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OEUVRES
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WALTER SCOTT.
TOME XXIII,
IMPRIMERIE DE U. PODRNIER,
RVI DR IRrak, S. 14
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OEUVRES
DE
WALTER SCOTT
TIIADUITES
PAR A. J. B. DEFAUCONPRET,
AVEC I4ES INTRODUCTIONS ET LES NOTES NOUVELLES
DK I.A HLItHlklIK KOITION D*KIII1lllOt)|li;.
TOME VINGT-TROISIÈME.
4:ilA*LES-LE-T£MÉitAIRK.
PARIS ,
FDKNK, OUAKLES GOSSELIN, PERROTIN.
F.niTKURS.
M DCCC XXKVl.
T^
CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
OU
ANNE DE GEIERSTEIN,
LA FILLE DU BROUILLARD.
INTRODUCTION,
Ce roman a été écrit à une époque où je n'avais pas à ma
^position les ressources d'une bibliothèque suffisamment meublée
^en ouvrages historiques , et surtout en mémoires du moyen-âge ,
au milieu desquels j'ai l'habitude d'élaborer mes narrations idéales.
En d'autres mots , c'est l'œuvre de mes heures de loisir d'Edim-
bourg, et non pas celle des tranquilles matinées de la campagne. Par
suite de la nécessité de m'en rapporter à une mémoire très tenace sans
doute, mais non moins capricieuse dans ses efforts, je dois avouer
que j'ai commis en cette occasion une plus grande quantité d'er-
reurs dans les détails historiques, qu'on ne pourrait peut-être en
reprocher à mes autres fictions. En vérité , malgré les compli-
mens qu'on m'a souvent adressés sur l'étendue de ma mémoire,
j'ai eu tonte ma vie le droit de m'approprier la réponse du vieux
Beattie de Meikledale, au ministre de la paroisse, qui louait en lui
la même faculté. — « Non, docteur, dit l'honnâte Laird de la Fron-
tière, je n'ai nul pouvoir sur ma mémoire , elle retient seulement
ce qui frappe mon imagination ; et il est assez probable, Monsieur,
que si TOUS me prêchiez peQdfint ppe couple d'heures^ je me trou-
I
2 INTRODUCTION.
Terais à la fin da discours incapable d'en répéter un senl mot. »
Peat-êtfe. existe-il* pen d'hommes dofit la mémoire les servie
avec une égale fidélité sur toutes sortes de sujets; mais je sois
fâché de dire que si la mienne m'a rarement fait faute, lorsqu'il
s'agit de quelques vers ou d'un trait de caractère ({ui m'a intéressé,
elle n'a été en général qu'un fragile soutien non-seulement pour
les noms, Içs dates et autres détails techniques de l'histoire, mais
encore popr dts choses lieaucoiipi plus impor,t^ntea.
J'espère que cette apologie suffira pour une erreur que m'a fait
apercevoir le descendant de l'un des personnages introduits dans
cette histoire, qui se plaint avec raison de la méprise qui m'a fait
faire un député bourgeois de l'ancêtre d'une noble, famille, dont,
aucun membre n'est jamais descendu du haut rang auquel je
demande à présent la permission de le replacer. Le nom de l'indi-
vidu qui remplit le rôle de député de Soleure paraît avoir toujours
été celui d'une maison patricienne comme il l'est actuellement.
Le même correspondant m'a averti d'une autre bévue , probable-
ment moins grave : l'empereur régnant, à l'époque où ma nouvelle
se trouve placée, quoique représentant de ce Léopold qui périt à
la célèbre journée de Sempach , n'éleva jamais aucune prétention
opposée aux libertés des courageux Helvétiens; mais, an contraire,
il traita avec une prudence et une mansuétii/dejConstaftte.ceiuL.qui
avaient établi leur, inâépendanoe , et avec-, uiîe. hmté au^si
sage que généreuse ceux qui se.reconpaîssaient encore vassauic
de la couronne impériale; des erreurs, de. ce genre > quoique
triviales i doivent toujours, suivant moi, lorsqu'elle sont indi-
quées à un auteur, être reconnues par un ayeii sincère, et
respectueux.
A l'égard d'un sujet qui excite à un haut de^ré Ja curiosité et
l'intérêt au moins de tou3 les antiquaires, et dont j'M parl^ ayec
quelque étendue dans cet ouvi^ge , le tribunal V^kwi^m. de Wiest-
phalie, nom si redoutable aux oreilles des hoaames diiranl; plusiencs
siècles, et <pie le génie de Goethe a de nouveau présenté à notre
imagination, entouré de ses anciennes' terreurs, je siûs d'autant
plus olAigé d'émettre mon opinion qu'une clarté tout-àisfait nouvelle
et très importante a étérépandue sur cette matière définis la publi-
cation ^Annù de Geiersuin^ par les laborieuses rechercfaes.de -mon
spirituel ami , M. Francis Palgrave. Les^femilles d!épre«»ves.come-
nant le passage en question m'ont été obUgôaminenf coimnuniquée
Hiiiiouuciioir.
^i»liig«aalierf^egaap»»'le> yeas dvjjnUie »rant qttt ecmn ifitrt>*
dnction poisse être imprimée*
« JS^ejûstaU entGennaiiit» dit ce svnnt éerifvlii^dne jniMicfioii
aîii|(Biîè«et^«éelamMt>iin» <&MsrNd^ avA? impoUti^
« Noos apprenons des<luitflrien>«iaopii fÊ€ X^ftefffMlgerielit^
on la cour libre de Corbey» était, an temps da paganisme, sons la
M^mauitie de» prêtres* de MBiÉ'esbtirgh , tiemple qal contenait
nrminsnie on pilier d'frmin. Lorsque la nation ent enAfsié la
religion chrétienne, les propriétés da temple furent conférées par
Louis-le-Débonnaire, àl'alÂayeiiiiïléloraàisaifiie^ Le tribunal
se composait de seize membres, dont les fonctions étaient à vie. Le
pins â|^ présidait en qualité de i gtnfa ou grafj » greffier ; le plus
îl^une remplissait l'emploi moîn« élevé de « frohner, »oq huissier ;
les quatorze restans agissaient comme échevins, tous lès jugemens
étaient prononcés et rendus par eux. Lorsque l'un mourait, un
BonveaiB membre était élu* par les prêtres , qui le choisissaient
panaî lès-vingtt^eux'famiHès habitant le gau ou district, et ren«
fermant tous les occapans héréditaires du sol. Plus tard le choix
fut bit par les moines, mais toujours avec l'assentiment du gjrajf
et du a frohner. »
Le bane^des juges , le^siége dtf roi, ou a konig-stahl » était tou-
jours établi sur le gazon ; et nous tenons de diverses sources , que
le tribunal se rassemblait aussi dans les champs ctnainnaitt du
gau, afia qoe les distassions relatives au domaine fussent déci*
dées dans ses limites. Ce siège da roi était on raorceanâ» terre
de sdze p^edadalong^sur seize de large* Quand le terrai* avait été
consacré, le frohner creusait une fosse au centre, dans laquelle
chacun des francs-juges jetait une poignée de cendres , un char-
bon et une tnile; si lentoindre doute s'élevait au sujet de la con-
sécration d'un des sièges du tribunal , les juges s'enquéraient des
gages; s'ils n'étaient pas retrouvés tons les jugemens rendus en
ce lieu étaient nuls et sans effet. 11 était aussi de Tessence de la
cour de tenir sesséances en plein air et à la «clarté dnsoteil. Toutes
les assemblées judiciaires des Teutons se tenaient dans la campa-
gne ; mais il serait peut-être possible de trouver quelques vestiges
du cnhedû soleil dans les usages et le langage de ce tribunal. Les
formes adoptées par lui trahissent une singulière affinité avec les
doctrines dM^iardae breMms touoblint'leur' gor^dau ou assem-
I.
4 DtTRODUGTION.
blées qui a se tenaient toujours en plein air, à la clarté da jonr ;
et à la face du soleil ^ »
a Quand un coupable devait être jugé ou une décision prise , le
graff et les francs-juges se réunissaient autour du a konig-slahl, »
et le frohner 9 après avoir ordonné lé silence , ouvrait la séance en
récitant la formule suivante qui était rimée :
« sire fftàîî, «Tec rotre permiMion, j« tous demande de dire, conformément aux lois et aans
délai , si moi , votre féal, qoi demande jugement, je pois, arec Yotae bon vouloir, placer ce siège
•or le banc du roi. m
A cette interrogation le grafF répond :
« Tant que le soleil brille avec même lamidre snr mitftre et sur féal , je déclarerai la loi de puis-
sance d'accord avec le droit. Places le banc du roi , juste et de niveau ; mesures même, pour l'amour
de la justice ; qu'elle soit rendue à la vue de Dieu et des bommes ; que l'accusateur puisse faire set
plaintes , et l'accusé répondre, — s'il le peut.»
Cl D'après cette permission , le frohner place le siégç du juge-
ment au milieu de l'enceinte, puis prend la parole une seconde
fois :
« Siregraff , brave msltre, j'ose ici vous rappeler vos sermens, et d'autant plus que je suis votre
féal ; ainsi dites «moi avec sincérité si ces toises sont exactes et sûres , bonnes pour le riche et bonnes
pour le pauvre , si elles peuvent à la fois mesurer la terre et le rang ; dites-le moi , au nom du salut
de votre ame. m
« En parlant ainsi il pose la toise sur le sol; le graff commence
alors à vérifier la mesure en plaçant son pied droit contre la toise ;
il est suivi par les autres francs -juges en rang d'ancienneté ; la
longueur de la toise étant prouvée , le frohner parle une troisième
fois :
« Sire grafF , je demande si je puis , avec votre toise, mesurer ouvertement et sans encourir TOtre
déplaisir , le siège de ce tribunal libre et royal ? »
Le graff réplique :
« Je permets le bien, et je défends le mal, sous peine de ch&timent. Telles sont les lois du viens
connu* »
« C'était alors le moment de mesurer le sol consacré; il l'était
t. Elégies d'Owen Pngh de Lewarch Hen , préf. pag. ^6. I^a place de ces assemblées était mar-
quée en formant un cercle de pierres autour du Jlfaen Gontdd, ou pienra du genêt.
INTRODIXmON. {
ayec la toise en long et en large , et lorsque les dimensions se trou*
vaient jastes, le graflbe plaçait sur son siège, déclarait la séance
onverte y et ayertissait les échevins libres qu^ils poayaient pronon-
cer leur sentence ayec équité et justice.
« En ee jour, •▼•€ le coniOBtement de toos , et «nu ee eui uag aasfe, mie cour libn t'est éU'
bU« ici , à la darté da jour t emtrei mu bruit , toos qol le pooTei. Le liéf e en ton lieu est fixé , U
toise a été troaTée joste ; reodes rotre seatenoe sans délai i et qa'ui Jogencnt équitable soit pio-
nooeé , tandis qne le soleil brille encore sur rboriaon. »
« Le jugement des écheyins libres se rendait à la pluralité des
yoix. i>
Après ayoir observé que lenteur à* Anne de GeiersUin avait ,
par ce qu'il appeUe « une licence poétique très excusable » » trans-
féré une partie de ces rimes judiciaires de la libre cour de l'abbaye
de Corbey au tribunal yehmique de Westphalie, M. Palgrave
continue à. relever plusieurs erreurs généralement répandues, et
que le romancier, remarque-t-il, a sans doute partagées, sur la
constitution réelle de ces cours. « Les protocoles de leurs actes ne
s'accordent pas tout-à-fait, dit-il, avec les idées populaires qui les
représentent terribles et tyranniques. » Peut-être m'est-il permis
de mettre en question si les simples protocoles de semblables tri-
bunaux sont suffisans pour annuler le témoignage de toutes les
traditions; mais il n'y a nul doute que les détails suivans contien-
nent beaucoup de choses aussi propres à instruire l'antiquaire
qu'à intéresser la masse des lecteurs.
a La cour », dit M. Palgrave, a se rassemblait avec une publi-
cité notoire , en plein jour , et ses arrêts, quoique prompts et sé-
vères, étaient fondés sur le système régulier d'une jurisprudence,
qui n'était pas aussi étrangère, même à l'Angleterre , qu'on pour-
rait d'abord être tenté de le croire.
« La Westphalie , d'après son ancienne constitution, était divi-
sée en districts appelés a fireygraCbchafiten » contenant chacun ,
ordinairement, un et quelquefois plusieurs tribunaux vehmiques,
dont les limites étaient exactement fixées. Le pouvoir du « stuhl-
herr , » ou seigneur, était d'une nature féodale ei pouvait se trans-
férer par les modes usités d'aliénation ; si le seigneur ne voulait
pas agir en personne, il nommait un a f reigraff » pour le remplacer.
La cour elle-même était composée de freyschoppfen , scabini, ou
6 «ntiosjffxniosi.
éck0vÎBft , «wMHirfn^yr le^ntt «t cKiiBë&'cati' Aem^ élassesr : -VofïK*
naÎTe» et edte <de» wtsgmcka :oq> wttm f %àBEÂB^àmw un^ercle pinfi
« L'initiation de ces derniimqiii pariieipaient 'à^lmis lesinyslères
da tribunal, ne pouvait avoir lien que dans « le pays rouge » c'est-
à-dire daofi les limites de rancien duché de West^phalie. Le can«
4idat paraissait léte lyoe .et .«aBS aeiaUire devant la redoatride
assemblée ; on l'interrogeait sur ses qualités, ou platât sur l'ab-
sence de topte incapacité; il devait être né libre, d'origine teuto-
nique , et pur de toute accusation de la compétence du tribunal
dont il allait être membre. Si les réponses étaient satisfaisantes ,
il prêtait le serment , jurant par la loi sainte qu'il cacherait les se-
crets do «um^^shme àfenme M^méBibs, — àFfère^t œèrey— àaœur
et firère9-<'*«ttfééu«tà>l'eaui — ^^à %9uies^]«acfé«taiM'cpie4efioMI
é^kivo %u «ail fesfoèHês laTeaéé «o«âie|-^ tottl 0e qm^sàsilB'eMre
Ic4»elet lacerre.
«Ulle«^tnB•€i•lHei6M'TCbÉt¥e>à ÊÊBéê^^irÈ'aL^êh. Il'jupe >âe
llévoiiieF«a txrtlM»nâl<€9vt^mmé •» tonAe ofliMito de la eompétevie
éa hàn aetMt^4e*WÊBp&mtr , <q«'ti^MMsrra>étre ▼MtaMe&'MM^fùVL
«kadra âfume Muree dlgae id» fiaî, «1 qtfil oW 'sera eoif étliéu
iparaiiiioinry i»f)arhakie> mfi0lQ'«Vy'tii|pottn^^ po«rf ierre
yréeiease,' AfiwavatrfMîêcéca iwimwil^teiiiBfiuaiairiHao^
«dmisianK lyalèi^cmiw ai ibao tf 'yrtiMMiqi» ;j oMini'eBBeîgnaic lemot
4f^éfB ^devait kiP8erfirà<dÎ6iittgiier«te8<imii黫tl&fligBe ]par
iaqii^ il»«e FeeaMMdsaaieiM; matoÉiHfliiMilritt en tUmm^do^^m
on l'avertissait du terrible ohtemiMitréserréatfirère' parjure. —
-Gèhii qui révélerait iea seerets' de la eoor devait sîattenèf e à ^tre
-sai» à KitBpr#vfSte parle «inistre^^e «e» ^en^ances. Ses yeas
«eroQt eewetts d'Hn*bandeàu;'ilsera jetés terre; sa 'langue lui
sera arradiée par la nuque, et en lependraa aaftftet sept lois
plus élevé que celui de tout autre criminel. Soit la cramteéu châitî-
Tuent , ou tes' yens plus forte du^ mystère « nul neTévéla jamais les
eeerets du tiifamàl.
« Liés ainsi par an- nœud mvisible , lea nembres du saint vehnie
4eviareat très neaibreux. L'association renfermait dans le qoa-
ferzième siècle au-delà de cent nriUe individus. Des hommes de
tout rang briguaient l'avantage d'être reçus dans ee eerps si pais-
aant , et de participer aux privilèges des initiés. Les pHaees s'em*
Cessaient d'ïinteriser leurs mihistresà feire parlée eette'mysté»
OmODlICVION. 1
ileâM*et -niftte^afllaitoé » et les oîtés de rSainre aedéâràieat^
ttMAs 'vaîr lears^niagiscms s'eanôler àtms Vmvàùst Trhmîyic
« La jtttMIoliati suprême des triimmiix-.'vduiiiqaes éMdt exeroœ
teia raHiieBlMée géBérile, «ompesée des freegraves et de loas icB
ÎÊÊHàés ée ifiAérens degrés ; l'Eiapereiir ponmit présider oeile
téamcni'en personne; mais il éudt ordmnrenient rcasplaoé par
tfSB délégué, le stadtholdér de rancien duché de Westphaii<&. Aptes
iaeliafte d'Henry •le*Iièn, duo de Bmnswicky cette fouctien fut
'SBaOMaL^eià'Parchevécbé de Cologne.
« Tous les membres éUôentiusliciaUesdnclMqpkre général, etil
fisnraît qQe4esfreegrayes7 rendaient oompte.^s iaiisquî s'étaient
passés •dâuâ leurs dîstrictsidarani le eonrs de Tannée ; les membees
indignes étaient «sDpulsés on subissaient une .punition âéyère.
€]opafiemeatVeliniique rendait les -édits ou réfoimations, comme
ta les appèlatt , j^our le règlement des cours et l'abolition des
libùs , et déoiduient les cas nouveaux et non préYiDi par lea kns esis*
tlkMés.
^ Comme Ms édievias se divisaieni en (deux classes , les imsiés
M les -non inttiés , de bidme les couravehaûquesÀyaient aussi deoK
8è!^rés. (i(l/Oflenbare*Dtngi> ^tait «ne^asseuiblée puUicpie oufM-
frallatr»; tnais « raenabohe^Accht». était le fasseux et eeniUe tri.
iMmaL secret. '
La première se réunissait trois lois par an, et, suivant l'antifue
«8^ des Teutons , die se rassemUaitJd^rdiiudre le mardi , appelé
jadis et dingstag » , ou jour de cour, aussi bien que a dienstag ;
jdur'ServMe , journée de travail qui succédait aux deux grandes
ikes hebdomadaires du dimanche et du lundi , consacrées comme
i^ion sait au soleil et à la lune. Tous les ohefo de bmille du idistrict,
SOh Kbi<es on serf S5 paraissaien t là comme ptaignans. « L!Of fenbare-
Ding » exerçait une juridiction âvile, et jugeait tons ceux qui
avaient quelque plainte à faire «t qui cherchaient àèbtenir le se-
Murs dn tribunal vehmique ; dans les oas où il n'^pliquast pas
Wtte justice expéditive , qni lui avait acquis une si redonlablc oé-
télÀrité , lesplaignaasidn district y déposaient aussi les déclarations
HW « wroge», ainsi qu'on les nommait, de tous dâits veousà
leur counaissmice , et qui devaient être punis par le graff et les
'Whevins*
« La juridicsion cnuihëHe du tribunal vdimique avait me îm*
^éMUO exieoiion ; les vuhluttipQuvaieut chfttier de singles scsla-^
8 INTRODUCTION.
dales , des fieiutes légères , toute Tiolation des dix oominiaidemeBS»
Les crimes secrets qui ne sont pas de nature à être prouvés par
le témoignage ordinaire des témoins , tels que la magie » la sor-
oellerie et le poison, étaient surtout de la compétence des juges
Tehmiqnes; si quelquefois ilsdésignaientleur juridiction comme ren-
fermant tout ce qui offense l'honneur de l'homme ou les préceptes
de la religion , une semblable définition, si cela peut s'appeler ainsi,
amenait évidemment tous les actes dont un individu peut se plaindre
dans le ressort de leurs tribunaux. L'usurpation d'une terre deve^
nait un délit soumis au vehme, et si la propriété de l'être le plus
obscur était envahie par le plus orgueilleux bourgeois de l'An-
séatique , la puissance du défendeur pouvait offrir une excuse, rai*
sonnable pour l'entremise de l'autorité vehmique.
<K Les échevinsy en leur qualité de conservateurs du ban de l'Em-
pire, étaient obligés de foire , jour et nuit , de fréquentes, tournées
dans leurs districts. S'ils pouvaient s'emparer d'un voleur, d'un
meurtrier , ou de tout autre malfaiteur en possession du salaire de
son crime — on en flagrant délit — ou si sa propre bouche confes-
sait la faute, ils le pendaient à l'arbre le plus voisin. Mais pour
rendre cet acte légal, les conditions suivantes étaient de rigueur :
— poursuite non interrompue , ou saisie et exécution du coupable
avant la chute du jour; — l'évidence manifeste du. crime ; — et
enfin que trois échevins, au moins, pussent prendre le délin-
quant, porter témoignage contre lui, et juger l'action qu'il veuait
défaire.
« Si un individu se trouvait fortement soupçonné , sans accusateur
digne de foi , sans indices du crime , et lorsque le genre du délit
était tel que les preuves ne pouvaient reposer que sur des présompp
tiens , l'inculpé devenait soumis à ce que les jurisconsultes ger^
maniques nomment le procédé inquisitorial; et les échevins étaient
obligés de dénoncer le « laimund » ou renom mauvais et mani-
feste, au tribunal secret. Si les juges et le freygraff étaient con-
vaincus de la vérité de l'accusation , soit par eux-mêi^es , soit par
les renseignemens de leurs confrères, le coupable était déclaré
verja^nbt. Sa vie était proscrite ; et en quelque lieu que le rencon-
trassent les agens du tribunal , ils devaient l'exécuter sans délai
et sans miséricorde. Le criminel qui avait échappé aux éôhevins
était passible de la même peine ; et tel devait être aussi le destin
de celui qui, cité devant la cour, osait ne pas comparaître. Maïs
lîrmoDUGnoN. d
un wbâétidèki lie pouvait » sous aucun prétexte, être sornnia à la
jostiee expéditiye on an procédé inqoisitorialy à moins qu'il n'eût
révâé les secrets de la cour. Il était présumé sincère ; et s'il était
sous le poids d'un violent soupçon ou « leumand, » la même pré-
somption , qui était iatale an ncfu initié , pouvait être anéantie par
le serment du franc-juge. Si l'individu accusé par voie d'appel
ne cherchait pas à se soustraire à l'interrogatoire , il paraissait
devant la cour, libre , et se défendait lui-même, d'une manière con-
forme aux lois ordinaires. S'il se cachait, si l'évidence ou de
fortes présomptions s'élevaient contre lui , l'afEeiire était soumise
aux juges de la cour secrète , qui prononçaient l'arrêt ; dans beau-
coup de cas, l'acte accusateur, ainsi qu'on l'appelait , était porté
en première instance devant « l'Heimliche-Acht. » S'appuyant
alors sur les réponses des témoins, il ne s'attribuait aucun carac-
tère particulier, et ses formes étaient celles des cours ordinaires
de justice. C'était seulement de cette manière qu'un wissenden on
witan pouvait être jugé ; et le privilège d'être à l'abri d'une jus-
tice plus prompte ou des effets du « lewnund^ » semble avoir été .
un des motifs qui portèrent un si grand nombre de ceux dont les
pieds ne foulaient pas le sol du pays rouge , à désirer être admis
dans la société vehmique.
L'Heimliche-Aoht se réunissait sans nul mystère; les juges
s'assemblaient à l'ombre d'un chêne ou d'un tilleul , en plein jour,
sous la voâte du ciel ; mais le tribunal tirait son nom des précau-
tions prises pour empêcher que la moindre indiscrétion sur la
procédure ne donnât au coupable les moyens d'échapper à la ven-
geance du vehme. De là le serment terrible que prêtaient les éche-
vins ; et l'arrêt de mort prononcé d'avance contre tout étranger
qui serait trouvé en présence de la cour. Si l'inculpé venait à con-
naître l'accusation portée contre lui , la loi lui accordait le droit
d'appel. Mab cette facilité était presque idéale , c'était une faveur
sans profit; car les francs-juges s'efforçaient toujours de cacher
leur sentence au malheureux condamné qui, d'ordinaire^ ignorait
son destin jusqu'au moment où le cordeau fatal entourait son cou.
« D'après les traditions de Westphalie , Charlemagne est le fon«-
dateur du tribunal vehmique ; et l'on suppose qu'il l'institua pour
contenir les Saxons toujours prêts à rétomber dans l'idolâtrie à
laquelle ils avaient renoncé, non par persuasion, mais par force.
Cependant ni les notions de l'évidence ni les historiens contempo-
10 nrmonooiieei.
HÔBs ne .dtaftinentroMe iqpwMQ^ ^et rA rnus» ^«saoûnots les
«eies 4atnb«iial Tebm«|«ey ^ms.TemoBs qa'enrjoiiiicipp&îbat
ttlèseAttsuT' AÉlj^int eMontielida liMÎiusidiiotioa'«sercée( «n An*
f^elerre, idaiiB le twtkokte des viUes et ém oanton^yi ptrles Ao^fo*
Saxons^Parai aoos , le ydleiir tm brigand 4taît également, jjpwi
Mr*le«cbaii»p:a'il était -aFfâté par les bemmeaite la ¥iUe, ^ la
iDâBie lei aettak ^eQ«x-«i à Pabri d'iiBe seiyiblable ^s^^ Lia
attHation d'«Q pmserit an^liis -élaît Mactement laoalafseiàeettB
de rkidi^îda échtppé aucM^nadea écheyuis, ou qai/flvait«[iaiicpié
de compavaitre^ devs^t la icoiir yebBiiijpin ; oondaBotaé - aaos lêtre *ml*
leada» anjielecettfinMUitpaa'aYeo.s^sftO€»8ate9rs. Lea^pre^éièléa
ÎD^sileriaiiXy aiasi queles nemiDeiit les lépatea aHejttanda, aavt
idettiîqaes ayec «Mis.^aiieiQiMieB dénon^aUoiia. Les préaomptîoM
scyBt,.ai]2MtitvéesanxtpreaiFes9 eti'Qfânion généiale lîetit la plaee
d^on -aconsaieiir Fesp^msable. lue sert de l'individu 'fae toittile
peiiple regiMPdait eoflme tmi^veiaii siècle des Sax.#ilfe,«a:^r^
trenvait leiipfsé à te MdvttilUAiQe de l'ei^iinèfe ^ . à la ^pémodessl»
vsitei iétaitàfieiiie^|ivé|éiiakla,à edWLderiioiiimeaîgnalé;oeDUite
«fewnnnd » par la Isi yehaâifiie.
« PottT lestas de dé^pablî^^tifte {NtvaeriptipiiiSl &'d3»atait»Éii
fond nulle différence entre lajurisprudenoeiKliglaiseetlaîaiiaiml»
dsMB yebmifae. MfiiBdaoaMpf^HWsinqviNiorial» iliéllétfietttuis à
l'inculpé 9 4'^rè8iift. code |das «aciep» de oeiitir les.riéfMs-jde
Tépreuv^. Acmé deyant lesJbwidrediQuJes tl^aincis^u^Wapefcuahe
Qes aeUes 4a caution) , .son .propre senpiekitie^ justifiait». 8'il!élait
iHHnme de bien ^ et il «portait) lé fer, » >8'tl. nfélait pas id>rfséfa(r
Testime qo^inspire we répmatisii.aafis tacke.^&e même «sagepeut
ayoir été ado]^ originairement en iWestfihaii^ ; car puisque le
m wissend^ » étant présumé, digne de lai , ^pouyait se •disou^er
IMir son aerment, A«st probabioquWn'Sfooordaât la deralèce res-
sooroe de répreoy^AB qoibl in^é fiu se tt^ou^ait placé à nu degi^
plus bas de conaidérationi<c de €or»flmee;:|QaiB lorsque >le jng»»
ment de Dieu fat alK>li par les décrets, de .relise, il ne yîtttpas4
la pensée des juges vehmiqiiesde soumettre raceuséo sa secoade
preuve par )e wisne^ qm forme maintenaAt le caractère discinctif
de la loi anglaise , et il était cwsidéré comme .coadajiuié« Les actes
4e rHoimliche*Acht étaient d'une aatwne absolue , on ne pouyaît^y
mettre aucme opposition.
«X#« tnbimmx vthmfiMdoiiffiiU iitt considérés cûfntne htjuH*
de leur pays, La forme vtimgmlàire ét\mfH9iifUe itU twn^mifMH » Al
uns de jl^umêêÈ -énignuOigfÊet» tuâoge JesimgmeB feiieytfdùlai de
wnsnimm' ïsanee^ ;pemmmt3/fnftmblemtmt. 4ire >mUriimée à Sèpmpm aà
le ej^memidier éksU unimmeutie Jes dMgû^ wtmgm9$m$ , màèit
stnlenee eimii .fmnmJgmée par les kteiMmeda^deeUn'fmeeemNé^f
comme jadie lu Omnkmefj, mmM^'pMs <fey mwtttt de nerwade
Woden. GetAe iMÎaan, avecCanoteiMW pottisfueda pafaMMD, si
Aiiyau^tiiiAiqaéfiiUuisrhBtiihii^ linNird » laiaMMwweqiMi-
^ÇMS fMfctofl.y^iîgeg dMMieeaft 4b UAaeleiMire» aaaift 16 mynàtfe
«fcéuii éyanftni 4QpMiaJkMtg*t«M;i»^ et làiniaaaiiln nynèÉw^iari— t
«•Quantjutt inbwMii ▼«liMqMs « il est facMMi ^pi««i 4ttift un
jiàcie et -iine oeaftrëe ^^nMUOoiit lierkeres, levr ao4e dttfieoédwB,
igpoifiie nkiknti. Me fct,|Mift4MiB!]ttîJlîlé. LeuBsé^re» etrMorèies
Teiigeaaoevr^^iiMilèMUit Mayestla eâfacité^d'ttn iiilear4e tMiMe
atnctktt let^.pnetiigèNwt r^eypnmé ebgcw^ rél^ntee^ et loéHie
fabeB ^.lear fUMurké^oeinoiiwitt'eii'qBelqeeiiieMàre ifostifiési,
daDs an état divisé en de nombffeiiMS'ÎHindialMMiMdéiMBdflBftai
las ânes 4ea«infrQS»<ei4^]iivM*4in0 eoer.ae«f araîne i^m fâftTendlie la
jnstieeA¥ec«M'JiflMe îaapwtialilé Maia à-nesmoKite IWdve ee«
lOÎal s'aBnéUeva.,! oos tvibanewt dég&iérAneetMlAes éalieniis oheisis
iaiia lesi claaaef Mrférieiafoi^, nUvakiit aiiawae •eeaÉUJénaioii per*
j0BMUe«£n »ffef!Îiîo»>ayee Jes tiiUea«j><Jeatat^dei^àiiiiéaÉii|l,
jdtijetft ■<€»> segipgQiia let 4e i'iîfiiauitiéi4\a«e nniiainlci iÉri8iofiraiae>
xes«tan fafla•t4»$S(f|e^uealdîaM«ctsAb«Ueaipatl laloi^ f»eat
4aBa d'Attto^|leSif(Nn»es4aa iribQoaeKieodiQaiiw^elle pknhgnaMi
nombre tomba en désnétnde. Cependant, à une époqne aaaaî t^
piocbée 4e Aoitf.iqae «le .aiiUeu tet4a-]Héiièafeftiàale, fuelfaes
.trifaiu«n&3iFelwMqDaa>eittaBrv«aeDleiicerelete «emySun^posBédur»
4iioueD&«» peii&luiâteeilt le «opposer, aaeimP0aie<dele«t amùonie
j^saDoe» » .^C«MI4VJB.. iSSar fa mainoMu H îeii pn>g^sdm'gmih
wtnuimen^angbUs}prmif€êee'dê»eiêpp0mi0i4fp. Ii7.)
J'M/Ooarqué'eii letiret» itâb^aes le {lasaafeie i^os iaflq[M<aiit4e
k eâiatâoa eifdasaea. L'oipÎBÎen •^'elk^ exprime. ote aeiaUe «veir
lotttes les appvre&ûas de la jestiçe et de la véidlé; et .si elle
est confirmée par de plus mûres investigations, ee ne aéra pas
une gloire médiocre pour an savant anglais d'avoir troavé la dé
12 tNTRODTJCTION.
d'un mystère ..lôti'gbtemps cherché en Vain par léâ laborieux et
profonds émdits de l'antiquité germanique.
Il y à probablement plusieurs autres points sûr lesquels il serait
à propos de saisir cette occasion de m'étendre ; mais la nécessité
de me préparer à une excursion lointaine, pour chercher sous un
ciel étranger la santé et la force qui , depuis quelque temps , m'a-
bandonnent, m'oblige d'abréger la présente Introduction. .
Quoique je n'aie jamais yisité la Suisse , et que de nombreuses
erreurs aient dû m'échappier en décriyant les sites de cette roman*
tique région, je ne dois pas quitter la plume sans reconnaitrci avec
un vif sentiment de gratitude , que cet ouvrage a été accueilU avec
une cordiaUté plus qu'ordinaire par les descendans de ces héros
des Alpes, dont je me suis aventuré de retracer les mœurs ; et j'ai
des remerciemens particuliers à ei primer à plusieurs correspon-
dans suisses, qui, depuis la, publication de cette nouvelle, ont en-
richi ma petite collection d'armures, des modèles de l'arme colos-
sale qui brisa les lances des cavaliers autrichiens à Sempach , et
ne fut pas employée avec moins de succès dans les sanglantes
journées de Giranson et de Morat.
J'ai , je pense , reçu jusqu'à six de ces anciens espadons à deux
mains de la Suisse, très bien conservés, de différons individus, qui
ont ainsi, attesté l'approbation générale qu'ils accordent à ces
pages. Mais elles ne sont pas moins intéressantes, ces épées gigan-
tesques , presque semblables de forme et de dimension , qu'em-
ployèrent dans leur lutte avec les braves chevaliers et hommes
d'armes de l'Angleterre, Wallace et les intrépides fantassins
qui, sous ses ordres, posèl*ent les fondemens de l'indépendance
écossaise.
Le lecteur qui désire approfondir les feitis historiques qui ont
marqué .la période oii cette nouvelle est placée, trouvera d'amples
ihoyens de se satisfaire dans les estimables ouvrages de Zschokke
et de M. de Barante. — V Histoire des dacs de Bourgogne , par ce
dernier auteur, doit être comptée parmi les plus remarquables
acquisitions modernes de la littérature européenne. — Nous cite-
rons aussi la nouvelle édition parisienne de Froissart, qui cepen-
dant n'a pas encore été, dans cette contrée, l'objet de l'attention
qu'elle mérite. W. S.
Abbotsford, 17 septembre x83i.
CHARLES
LE TÉMÉRAIRE,
ou
ANNE DE GEIJ^STÈIN,
LA FILLE DU BROUILLARD.
'**-*" ^"i* *^i*i~**"n*"ti"T*i^v>'^^it»l'>ri'»'><ir%'>-yi»wi«%*<»»%mf»m*r»«/Mm.^»ii.^^<Hj^,<.t,i,<,
CHAPITRE PREMIER.
Cet rapean boiUlloanant tout aotovr d« glaciers ,
Aa-de*soDS de mes pieds s'él^ent en spirale ;
Ces naages épaie doot U blaachear égale
Celle qa'offre à nos yeux l'Ooéao écornant ,
Qoand son sdn se soulève, agité par le reDi..«.
Ahl la tête me tonmel
JAkWWKBB.
Près de quatre siècles se sont écoules depuis que les éTènemens
qui Tont être rapportés dans cet ouyrage se passèrent sur le con-
tinent. Les documens qai contenaient l'esquisse de cette histoire,
et qu'on pourrait invoquer comme les preuves de son authenticité,
forent long-temps conservés dans la superbe bibliothèque de Saint-
Gall; mais ils ont été détruits , ainsi que la plupart des trésors
littéraires de ce couvent, quand il futpiUé par les armées iiévolu-
tionnairesde la France. La date historique de ces événement nous
reporte au milieu du quinzième siècle, époque importante où la
chevalerie brillait encore d'un dernier rayon , qui devait être
bientôt totalement éclipsé , dans quelques pays par l'établissement
U CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
d'institalioiis lil^s,4<li>s d^ti]0§^paf.celtt4aip«aiToir arbitraire;
ce qui rendait éfal/eii>eiit inptile l'iniervaiitioii dt ces redresseurs
de torts, dont l'autorité n'était appuyée que sur le glaive.
Au milieu de la lumière générale qui s'était récemment répan*
due sur l'Europe, .plâsienrs pays^ t^-que>la Friince, la Bour*
gogne, l'Italie, et plus particulièrement l'Autriche, avaient appris
à connaître le caractère d'un peuf^le dont jusqu'alors ils avaient à
peine soupçonné l'existence. Il est yraique les habitans de ces
contrées situées dans les environs des Alpes , cette immense bar*
rière, n.Vgiioraie|it4ia$qu(a(,inalgrétleuva!a^cts;déser^ et sau-
vage», les vallées isolélft qui serpentaient entre ces montagnes
gigantesques nourrissaient une race de chasseurs et de bergers;
ces montagnards .vivant dans.ua étaiide^simplicité primitive , ar-
rachant au sol par de pénibles travaux des moyens de subsistance,
poursuivant le gibier sur les montagnes les plus inaccessibles et à
tpavers^les- ferèls deptnar les-plos -épaisses', condoi^ient leurs
bestiaux partout où ils pouvaient trouver quelque pâture , même
dans le voisinage des neiges éternelles. Mais l'existence d'un tel
peuple, ou plutôt d'un certain nombre d'agrégations d'hommes ré-
duits presque tous aux mêmies travaux et à la même pauvreté, avait
peu occupé l'attention des princes riches et puissans des environs.
C'est ainsi que les troupeaux majestueux qui paissent dans de fer-
tiles prairies s'inquièieirtii peu que quelques chèvres sauvages
trouvent une nanrriture précaire sur les flancs des rochers.
Ces montagnards commencèrent pourtant à exciter la surprise
et l'attention vers le milieu du quatorzième siècle, lorsque la re-
nommée parla de plusieurs combats sérieux, dans lesquels la che-
Talerie allemande , voulant réprimer des insurrections parmi ses
tassanx dès Alpes', avait essuyé plusieurs sanglantes défaites,
queiqu^^elle-eàt pour elle lèoionÂre^ la^iscipllhe^et l'avantage de
l'équi^iement mîUtaîref Gn fatétonné quelacavalerie^ force pr^n-
cîpak' des avniëes féodales \ e6t été «mise' en déroute parles fan-
tasms, et' q«6' des guerriers complètement^ couverts d'acier
euBseoi été^terrassés par tles* hommes qui ne-portatent aucune ar-
mure ééfensiTe, et qui, pour attaquer,' n^étaîent quHTréguKère*
ment armés dé piques-, dë-hàllebardés' et dé' bâtions; I^r-dessus
tout, o»regaria comme .uncespèce dé miraclequedes chevaliers
et des» noUes eussent (été Tssneus perdes paysans et des 'bergers.
Biais«lea^Tieloire& rëitéÉées'que les'Sfdssesi remportèrent à Lan-
peu, àtSmpaeli, 'eti svr d'anlrMelMiiii^ de, iMiifti' itoiiit o<-
labres*^ iiid»qwOTOi\t>ciMr«mwi^ qaW a^¥aa»,pjwiMf» d'orgiUBV
8|itioQCÎyile.etideiiifliiftyeHie]it^niiUuîrQB avMt pris* Mmapcedwf
l^:régioBa ûrnseiues de l'iMyéûc^
Gq^eadapl» qnoifiele^ vt«toûpes d(é«îs»re&q|Bia8#vère»tl^ li*
lirté deAdmtiOdii(5: snîat^t aiiwbkii q/m Teipril^ de.réioliKiM
ei; de sagesse: ay^ lequel. 1^ m^wibras.de cette petite ooofiér
dteatien s'^uîent lasMUeiMi» ceetee les plee^ grands efforts de
rMtricb»^ eBsseetirépanitoleiwrfiisnnni^dsns toaales paya des
environs^ qneîqii'ila eitesent le^seetisseeiib intîais de la, force que
koraTaiem acquise des Yielaîircs répétées» ttéanieoiiis» ju^qu'ae
mi&ew àm quieiâènie sièele» et messe encsie pies tard» ils coasert^
▼èrcDA en grande partie la sagesseï la medératien et ]m sieiplicUé
de leurs anciennes mœurs* Geax même, à qui le crauaandemeni;
des troiqpies de la répnbl«|tte élait. oen^é pendant la gnerre».
avaient oontome de reprendre la houlette du. berger» qowd ils
déposaient le bâton, de cemmandfsaenit : comme les dictateurs ro*
mains 9 ils se confondaient avec leurs concitoyens » et n'étaieitf
pbe qne leurs égaux , quand ils descendaient du rang auquel leurs
émiaens talens et la voîz de lenr patrie les avaient ékirés.
C'est denc.dans les canlona des Forêts , de kSuisse , et pendant
l^utomae de.l474i^ qne notre Jbistoire oommcMce*
Beua^vogrageurs» l'nn. étant déjà bien. Ipindu printemps de h
▼ie^ l'antre paraissant avoir viagt-deux à viagutrois ans» avaient
psflsé la nuit jdans la petite viUe de Lnçerne , capitale du canton de
ce nom» sii«6Bmagnifiqaemen|sur lolac des Qiiatre-(Iantons« Leur
apparence et leur costuma semUaienV annonp^ des marchands de
la ppemièra;clasaef et taudis <pi'ils. allaient à pied,.manière de
▼of^^ quct'la nature du pays rendait le plus facile » un jeune
paysan, venu du^lé des Alpes* qui doHwe l'Italie, les suivait
avec une mxde d^ somme sur laqudle il montait ^d^efois ,
aiaisque plus iS0uiFeQtilcenduisa]itpev4a bride.
Ces voyageurs «étaient ides hommes de bonne mine , tels qu'on
en voit pea communément i et ilstseuiyblaient unis par. les^ liens
4Suue prodie parentés ProbaUem«KU'iétsÂt.le pàreet le fils$ cer«
16 CHARLES LE TÉMÉRAtRË.
dans la petite auberge on ils avaient passé la soirée précédente, la
grande déférence et le respect du plus jeune pour le plus âgé
avaient excité Fattention des naturels du pays, qui, de même que
tous lies êtres vivant loin du monde , étaient d'autant plus curieux,
iqu'ils avaient moins de moyens d'apprendre. Ils remarquèrent
aussi que les marchands , sous prétexte qu'ils étaient pressés , re-
fusèrent d'ouvrir leurs balles , et d'entrer en trafic avec les habi-
tans de Lucerne , alléguant pour excuse qu'ils n'avaient aucunes
marchandises qui pussent leur convenir. Les femmes de la ville
furent d^autant plus piquées de k réservé des marchands voya-
geurs, qu'on leur avait donné à entendre que la cause véritable en
était que les marchandises qu'ils avaient à vendre étaient trop
chères pour trouver des acheteurs dans les montagnes helvétiques ;
car il avait transpiré, grâce au babil du jeune paysan qui accom-
pagnait ces étrangers, qu'ils avaient été à Venise, et qu'ils y
avaient acheté beaucoup de marchandises précieuses , importées
de l'Inde et de l'Egypte dans cette cité célèbre, marché général de
tout l'Occident, et même de l'Europe. Or, les jeunes Helvétiennes
^ient d'autant plus contrariées, qu'elles avaient fait la décou-
verte, depuis peu, que les riches étoffes et les pierres précieuses
étaient agréables à la vue ; et quoique sans espoir de se procurer
de pareils ornemens , elles éprouvaient le désir assez naturel de
voir le riche assortiment des marchands et de toucher des objets
si rares.
On remarqua aussi que, quoique ces étrangers fussent polis, ils
n'avaient pas ce désir empressé de plaire que montraient les mar-
chands colporteurs de la Lombardie ou de la Savoie qui rendaient
visite de temps en temps aux habitans des montagnes, et qui y
Élisaient des tournées plus fréquentes depuis que la victoire avait
procuré quelque richesse aux Suisses et leur avait fait connaître
de nouveaux besoins. Ces autres marchands étaient civils et em-
pressés, comme leur profession l'exigeait ; mais ces nouveaux venus
semblaient pleins d'indifférence pour leur commerce, ou du moins
pour le profit qu'ils auraient pu faire dans la Suisse.
La curiosité était encore excitée par la circonstance qu'ils se
parlaient l'un à l'autre une langne qui n'était certainement ni l'al-
lemand, ni l'italien, ni le français; mais qu'un vieux domestique
de l'auberge, qui avait été autrefois jusqu'à Paris, supposa être
l'anglais. Tout ce qu'on savait des Anglais se bornait à peu de
CHARLES LE TÉBIÉMAIRE. n
chose. Gétaitf disait-on, une race d'hommes fiers, habitant une
9e, en guerre ayee les Français depuis des siècles, et dont un corps
nombreux avait autrefois envahi les cantons des Forêts, et subi
une défaite signalée dans la vallée de Russwil , comme s'en souve-
naient fort bien les vieillards de Lucerney à qui cette tradition avait
été transmise par leurs pères.
Le jeune homme qui accompagnait ces étrangers était du pays
des Grisons , comme on le reconnut bientftt ; et il leur servait de
guide, aussi bien que le lui permettait la connaissance qu'il avait
des montagnes. 11 dit qu'ils avaient dessein d'aller à Bfile, mais
qu'ils semblaient désirer de s'y rendre par des chemins détournés
et peu fréquentés. Les circonstances que nous venons de rapporter
alimentèrent encore le désir général de mieux connaître ces voya*
geurs, et de voir leurs marchandises. Cependant pas une balle ne
fut ouverte ; et les marchands , quittant Lucerne le lendemain
matin , continuèrent leur fatigant voyage , préférant un chemin
plos long et de mauvaises routes à travers les cantons paisibles de
la Suisse, plutôt que de s'exposer aux exactions et aux rapines de
ladievalerie pillarde d'Allemagne, dont les membres, s'érigeant
en souverains , &isaient la guerre au gré de leur bon plaisir, et
levaient des taxes et des droits sur tous ceux qui passaient sur leurs
domaines, d'un mille de largeur, avec toute l'insolence d'une ty-
rannie subalterne.
Après leur départ de Lucerne, les deux marchands continuèrent
leor voyage heureusement pendant quelques heures. La route,
quoique escarpée et difficile, était rendue intéressante par ces
brillans phénomènes qu'aucun pays ne déploie d'une manière plus
étonnante que cette Helvétie, où le défilé des rochers, la vallée
verdoyante, le grand lac et le torrent fougueux se distinguent des
autres pays de montagnes par les magnifiques et effrayantes hor-
reurs des glaciers.
Ce n'était pas dans ce siècle que les beautés et la grandeur d'un
paysage faisaient beaucoup d'impression sur l'esprit du voyageur
ou de l'habitant du pays. Ces objets, quelque imposans qu'ils fus-
sent, étaient iamiliers aux derniers; leurs habitudes journalières
et leurs travaux les y avaient accoutumés : les autres , en traver-
sant un pays sauvage , y éprouvaient peut-être plus de terreur
qu'ils n'y remarquaient de beautés, et ils étaient plus empressés
d'arriver en sûreté à l'endroit où ib comptaient passer la nuit,
2
18 CHAIILBS LE TERfSIUIRK.
qnedfifl'exlaiiersar la gmdear d^s scènoA «fui «^offi^MWt à làWHi
j^voL ayant qu'il» eoas^ni gagné Imv gUe. Cependaiit nos mar-
chanda,, tovt en eontinuant leur ronte, w purmt a'agipéçb^
d'éipe virement frappé» du paysage qui laa enlonrait^ hfnr route
animait lea borda du la<;, tantôt a'élayant k une grande hauteur sur
les flancs de la montagne , et serpentant le long de rochers aussi
perpendiculaires que le mur d'un obâteau^fort, Qa^quftfojs elie
]^ré90ntait à Tceil des aspects plus deu< , des fîateauy couverts
d'une verdure délioieuae , des yaUée» profond^» et retirées , des
pâlur^lges et des terres labourables; ensuîie un bameaii d^ t^m*
«ièvea eonstruites en bois , ayeo aa petite église de (Qrmfi S^nta»-*
tique f et son oloeber ; enfin des vergers et des pote^^n^ eouYert§
de vignes» et par intwvalle le cours 4'mp ruisseau qui Ml^it i^Mcf
dans le l%o«
-r- Qe ruisseau » Arthur» dit le plus âgé des deux voy^geqve, qui
4'^laieut arrêtés d'uQcpuiuuin accord pour contempler ^^ pajFSfigft
Sfoublahle tu dernier que je yiep^de décrire ; ce r^issecm ressônihlfi
% la vie d'm bonune vertueux et heiireux*
TT^ St ce tinrent qui ae précipite do oette mont^gaf éloignée »
et dont le eoura est marqué par ui^e ligne d'écmpe hlinchi, 4oi^
manda Arthur, à quoi reaseinhle-tTil ?
r-^ ▲ la vie d'un homme brave et ipfortiiné , répop^it so^ p^r®.
— A moi le torrent , dit Arthnr ; un cours impétuou^i; qiie U9)Ue
tMPoe humaiue ne peut arrâter» ot peu importe qu'il soit hp»ù ooprt
ifS» glorieux,
•^ C'eat la peoaée d'un jeune homme » répliqua sou père $ m^^
}%. 9fiiBi qu'elle est telleinent enracinée dan» vptre cœ\^r, que 1^
main cruelle de l'adversité pourra seule l'en arracher.
trrt Le» racÂnea tiennent encore, reprit le jeune homme t et ee^
pendant il me semble que l'adversité y a déjà a»»e^ porté la
main.
TT Vefis parlez de ee q«e voua ne comprenez guère, mon ffls ,
h» dît SM père. App^n^^ que juiqu'à ce qu'on ait pa»9é lo niiliou
delà vie„ on sait à peine di»ti(igufir le vrai bonheur de l'Adversité;
eu pkitftt Q^ recherche eommo dea fsveurs de h fortune, ce qu'où
devrait regerdev comme des marque» de son courroux. Voyeic la^
hee eette montagne, dont le front aoureilleus porte un difidîme d^
«nage»! qui taptât s^élèvent , t»ntftt s'abaissent , snivaut que le »o-
litt leafroHM», uiua we ses rayon» ne penveùt diq[>ei9er* -m Vu
etktw% poqrrait croirç que ç'«8t ape çonroniw ifH ikMfe ; **- fn
l^Qinme y Toit l'apnonçe d'uite tempête^
Arthur myait ladi^ei^tian des yeux 4f^ $f^ fprn» g^i ^ Snmt
sor le 3Pimn^( 3om})rç ^% Qoir du H<>at PilMf^«
— I^ç brouillard qui coayra cette mout^^fpci faufW^ ^st^il dOM
d'im 3i n^auyais augura ? d^ioanda le jeumç buimAi
— Qç^la^dez-le % ÂptpuiQ, lui lëmuidil Hm pèWt il VW !!*•
çwterfi la lég^de,
ArUiur ç'adress^ au je^pe Suissu qui le^ itrigouamuiiît, et M
4eiU9udsi le uom de cetifi «ombre mopH^g^ ^^i 4^ <)f fM»
^fgble ^ mun^qu^ de toptfu^ celles qu' w ycût dl»4 )ea mwOM
de Lacerne.
l^ jjeuw hûwm^ 4( nu «îgpe de erqix avec dévuM^^i #t |MU1|U
1» l^çude populairçi qui préteud qqe 1^ cQupçihh pr<¥VH|B«l de h
4i|d^ py^it lermiué eu cet epdroit ^ yie impif \ qu-ap9f« «IFoif
V^ pl«M«ui^ 4UP^4 d^m les retraite^ ^litairi^ de o^W moai
togue , qui porte e(}pore squ uom , «es remords pf «911 d^^^fl^r»
plu\àt que sa péuitençe, Tav^iput précipité dpps le Ip^fim^e qui
eu Qçgnpe \e sppuqet* Veau «e rpfusp-t-eUe pu suppUcp dp ep pw^
sérablç, PU , «pp cprp« fyapt été poyé, son çspri( çoptipUP-ttil %
^ftpter ip Upu pu le ftpiçidP UYfUt é^é cpqiniî« ? p'e»t p| gu' AttUmiO M
se çh^ur^ p^s^'pxpliqppri l^^s Pnypypit spuYeuti «ioulft-t-il| W¥l
&me bufp^ine «ortir de pettp epu spmbrp , ^ ip»itp9 le» feeM
4'^ hppiuie qui sp Ipye lç« w»»- QPAPd pplp 9rriYtU f 4f9 IM^iM
éj)^M^ 4e ]kpuiU^r4 sp rp^^eiublaient 4'abord tout aptwr dtt l4«
{pferupl (ÇM* tel e^t Ip npp^ qu'il pprtpit putre$t>is), et» eppyraut w
suite de ténèbres toute la partie supérieure dp )p Uiaptpgiie, pu-
l)pn(9ÎeUt UUP teu^i^êtp pu pp opragpn 1 qpi UP turdpit junaiA à
«rriypr. l\ aypntp qup çpt esprit pipUpispnt étpit ppreiUçipeiit pppn
ropçé 4p Vpndppp dei îitr%uger« qui o^pieut grpyîr Ip noAMnn
S^tqr ^mltu^plep Ip tbéptrp dç spu pbptiuippt , fi qu'eu cpuMfef
fp^pf ]i^ lUPgifitiFpM Pf Pieut défeudu que qui que ee suit pppro»
^t du M«ut Piiatp» ipup ppiue d'upe puuitiau séverpt àAtpim
%\ e%sR^ ip ^ipup de Ift preiit pu 6ni«Mmt au i«laiipu » et ppi ppia
4p déf^Uep fui mi^ Vêr «p# puditeur4i , trpp bpM cpihaKquei pp w
4éq|pr de Ip ^érit^ 4e «eu bi^teirpt
T77 Qpmmp le uiipudit païeu mnblp uom «pmûPFl dit le jenM
iiiiu:^bpud» taudis quedea nuppes noirs s'aeeurnubueut sur le sfuppM|
du Mont Pilate. — Fade rtirdî— Nons te défipuft^ péuhflW I
P.
3^ CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
* Un vent qui se faisait entendre plutôt que sentir, commença à.
rugir ainsi qu'aurait pu le faire un lion expirant, comme si l'esprit
du criminel puni eût touIu accepter le défi téméraire du jeune
Anglais. On vit descendre, le long des flancs escarpés de la mon-
tagne, de lourdes vapeurs qui, roulant à travers ses larges cre-
vasses, semblaient des torrens de laves se précipitant dû haut d'un
volèàn. Les rochers arides qui formaient les bords de ces immenses
ravins montraient leurs pointes rocailleuses au-dessus du brouil-
lard, comme pour diviser ces torrens de vapeurs qui se précipitaient
autour d'eux; et pour offrir un contraste à cette scène sombre et
menaçante, la chaîne plus éloi|:née dés montagnes de Righi brillait
sous les rayons d'un beau soleil d'automne;
Tandis que les voyageurs contemplaient nii tableau qui ressem-
blait aux préparatifs d'un combat entre les puissances de la lumière
et celle des ténèbres, leur guide, en son jargon mêlé d'italien et
d'allanand, les engagea à doubler le pas. Le villajge où il se pro-
posait de les conduire, leur dit^il, était encore éloigné , la route
était niauvaise et difficile à trouver; et si l'esprit malfaisant ,
afonta-t-il en jetant un coup d*œil sur le Mont Piiate et en faisant
encore un signe de croix, couvrait la vallée de ses ténèbres, le
chéiiiih deviendrait de' plus en plus incertain et dangereux. Ainsi
avertis, les voyageurs, fermèrent le collet de leurs manteaux,
enfoncèrent avec un air de résolution leurs toques sur leurs sour-
cils, serrerait là large ceinture qui, a l'aide d'une boucle, retenait
leur màiitean sur leur corps, et, (^aoitn d'eux tenant en main le
bâton garni d'un fer poiàtu^ dbnt on se sert sur ces montagnes , ils
ci^tiiiuèrent à marcher avec vigueur^
A chaque pas qu'ils faisaient, la scène semblait' changer autour
d'eux. Chaquemontagne, comme si la forme en eût été flexible et
changeante comme celle du nuage dont les contours varient sans
ce^se, offrait un aspect différent, suivant les mouveméns et la
marche des étrangers à qui le brouillard découvrait les rochers et
les vallées, on les cachait sous son manteau de vapeur». Leur
chemin n'était qu'un étroit sentier serpentant le long des sinuosités
de la vallée, et tournant souvent autour de rochers et d'autres
obstacles qu'il était impossible de surmonter ; ce qui ajoutait à la
variété agrested'une marche pendant laquelle les voyageurs finirent
par perdre entièrement les idées vanies qu'ils avaient pu avoir sur
la direction de leur route. '
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CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 31
— Je voudrais, dit le plus âgé, qoe nous eaasions cette aiguille
mystérieuse dont la pointe, disent les marins, regarde toujours
le nord, et qui les met en état de trouver leur chemin en pleine
mer, quand il n'y a ni cap , ni promontoire , ni soleil , ni lune , ni
étoiles,, ni aucun signe sur la terre ou dans le del, pour leur indi-
quer de quel côté ils doivent se diriger.
— Elle ne nous serait probablement pas d'une grande utilité au
milieu de ces montagnes, répondit le plus jeune, car, quoique
cette aiguille merveilleuse puisse maintenir sa pointe tournée vers
le nord quand elle se trouve sur une surface plate comme la mer,
OQ ne doit pas supposer qu'elle conserverait le même pouvoir
quand ces énormes montagnes s'élèveiuient comme des murailles
entre l'acier qui la compose , et l'objet qui exerce sur elle une force
de sympathie.
— Notre guide, dit le père, est devenu de plus en plus stupide,
depuis qu'il a quitté la vallée où est son domicile; je crains qu'il
ne nous soit aussi inutile pour nous conduire que vous supposez
que le serait la boussole parmi les montagnes de cette contrée sau-
vage. ^ Mon garçon , continua-t-il en adressant la parole à Antonio
en mauvais italien , croyez-vous que nous soyons sur le chemin que
nous avions dessein de suivre?
— S'il plaît à saint Antoine, répondit le guide, évidemment
trop embarrassé pour faire une réponse plus directe.
— Et cette eau, à demi cachée sous les vapeurs , et qu'on voit
briller à travers le brouillard, au pied de cette énorme monUgne
noire, fait-elle encore partie du lac de Luceme, ou en avons-nous
rencontré un autre depuis que nous avons gravi la dernière mon-
tagne?
Tout ce que put répondre Antonio fut qu'ils devaient encore
être près du lac de Lucerne , et qu'il espérait que ce qu'on voyait
là-bas ferait partie de la nappe d'eau qui s'étendait de ce cdté.
Hais il ne pouvait rien dire avec certitude.
— Chien dlialiènl s'écria le jeune voyageur, tu mériterais
d'avoir les os brisés, pour t'étre chargé de fonctions que tues aussi
hors d'état de remplir, que tu l'es de nous guider vers le ciell
— Paix , Arthur, lui dit son père; si vous effrayez ce drôle , il
s'enfuira, et nous perdrons le faible avantage que peuvent nous
procurer ses connaissances locales. Si vous employez contre lui
le bftton, il se servira contre vous du couteau; car telle est l'hu-
iZ GhARLËiS Le tÉMËftAmË.
Énteui^ tltMiêatiVé dtt Lombà^d. De lofite manière, vous atiginentez
flOtfe ehibàfflls ad liea de iiotiè éh ûr^t. ^-Ètonit , mon enfaht,
«dtitintiir-t^i tèli ii'âdiressànt au gtlide dans &on mauvais iulien, ne
«raUié fièA dé ttë jeune étoUrdi, Je ne sonfh^irai pas qu'il te fasëe
l« riiOllldiW Mal. Peiix-hl m'âp^làdi^ te nom des Villages dft Hdtis
devons passer aujourd'hui?
kittàMUë p&f iê ton &A doilëëtif dû Vlètix toyâgëtlf , le ^idë, qui
AtHit «té Hfl péH fk\Skmé du tdii dUr et dès éipi'ëàSicrns nienaçântès
du jettiiè Mimittë) {ifotlOîiÇà, en sôtt piitoiÀ, t>^nàiédH hoffis dahs
tesquèU tel èOf» IhttUràni de l'alleMàiid foi-diaient un iti»^kng^
«ittgttlief «¥66 M ddtli âcéelit de ritâlien, Mais qtii he donnèrëilt
M fi«illa«^ m^a i>èn!3i(ghélheht iuièllîgiblë kûï l^objét de èà
^ë&tf^tk^ éb Mrtë qu'il fbt enfin îorci de li'éeriéft-^Màtdié^
donc en ayant , au nom de Notre-Dame, ou de saiiit ÀUibiâèy ai
ir^ttl te pteSétét i bàr je Vtiis que noua né Msbnfr ^è pbtûré du
tëiâp» en bfaëlrêhànt à hbûÉ ëntendk'e l'Uh et l'àuttè.
Hè Bé rëfttii^éhd &\ themin eoinmë àttpàràvant , àf eë ëëttè diftlS-
feàéë, qtië le ^Idé, tenant le mhlet par là bride, âiàfchait le
^¥tMiëi' , àh Itou dé cuivré lé^ deux àutf ëà , ddht il aVàit; dirige tes
Uiionteiiiëils jusQd'âlèt*1( ëii leur iiidfqtiantpar deffièt'e lâdifëëtioù
qu'ils devaient suivre. Cependant les nuages s'épaississaient stir
lëûH t6tè6, et lé bi^otiill&ii-d, qtâ n'avait d^abotd été qù'utié légère
vapeur, comittén^ à tombé!' en fotihe de petite pMe, oU tbtiliùe
Êbk {{ddtteA de î^oséë , sUt* les inaiiteaut des voyageurs. Ou ënten-
dil dàÀs lé6 M()ntaghëS éloignée^ des âOns isethblablèl à dés géttiiâ-
«ëMënft , ëoftulië ceux p&t lesquels l'esprit khàifeisàhtdn Mofat Pilâtb
W^t ëèihbte ânhoniBët* la teiii{(ête. Le guide pt^Ssà dé iiotllrèaii
les deux voyageurs de doubler le pas , mais il y mettait obitaëte
Ittl-itiéifiè par ni teitteur et l'itidétisioii ^uHl montrait ëd leà èoa-
^nisaht.
Aptes AftAt fett alhSi ti*6iâ à quatre millet, pénikti leSqdëh
l'incertitude doublait ledr fetigue , ite ^ trôuvèféfit ëbftd Ànt- iih
tehtlët* fort étroit ad tommet d'ude môtitagne taillée à pië ^ itu pied
dé bqùélte tétâlt de l^ëâii tjd'lls voyaient brillef chà<ldë fois que lé»
coups de Vêtît , qtil devenaient assez fréquent, eteàS&âîënt te brtrnil-
lard ; ttiâli^ étàit-ëe le âiêdte làc sur lé& bof ds duqdel Hh avaient
éôtniftenfcé tenir Voyagé le hiàtitt, ou une àtttfé ha|)pe d'ëàtt cte
'lliéùlè espëtié? €tàit-ëe ùdë gf-atldë rivièfë où dil Ut^ Kor^f^t?
eétaii ce xfùi'A teai" tféVëHalt tiùpbsèiMè de diëtttigft#. Là isédte
ctîAftLfes Le Téméraire. 23
tfao^ dOiit \h fitâséht itars , c'était qu'il» tt'ëtaienl ptt Mr les bor^
un tet de Lncéftie diitt» ttii tendroit où ii ti ëa Mrgeiir ot-dionrei tàit
les inèmes ct)apè éë Vébt ^ui tetir faisaient ¥olt- reaii presiitte tonto
tetirâ t)ièd», leur {Permettaient d'apercevoir là riv« de l'ttttre tdté ;
itaais eëtte iiié n'étant que iliomentanéé ^ lia ne potitaieiit j«ger
Bien exactement à quelle distancé se trouTait cette rire § tpaà-
qa'dle fût assez Toisine pour leur perm^tre d'y entreteir de gtîiids
tocbetâ sur lesquels S'élevaient dès pins , tani5l féottia en ffûêpe,
tantôt croissant Solitairement.
Jusqu'alors le chemin, qnoiqne ràboteut et esearpé) était indi-
qué assez tlairement par des traces qui prontaient qêm des toya-
genfs à pied et des chevaux f avalent |iassé. Mais tout à eotip > à
llnstaht où Antonio, conduisant son mttlet, venait d'attèiÉiâr« le
^imhet d'tine éminence faisant saillie ^ et sur laquelle le Sentier les
avait conduits en tournant, il s'arrêta tout eonrt, ett ponssantMti
exdamation ordinaire» adressée à son saint patron» Arthnrerat
voir que le mulet partageait la terreur du guide , car il roettla 4'nn
pas , plaça ses pieds de devant à qnelqne distanoe l'tn de l'antre ,
et prit nne attitnde qui indiquait à la ftrfs l'hoiMUr , reffrni » et la
déieMttination de résister à toutes les invitations qu'on penmdi Ini
Mrt d'avancer.
Arihnr doubla le pas , non-seulement par curiosité^ nuda p6ttr
ii'eiposer au péril, s'il en existait j avant que son père arrivât
pour le partager» En moins de temps que nous n'en avons nds à
éerire les lignes qui précèdent, il se trouva à côté d'Antonio et du
ittttlet sttr la plate*forme du rocher » où le sentier qui les y avait
eonddits semblait sie terminer tont à coup , et au bas de ladite,
devant lui , était un précipice dont le brouillard empéehait de dis-
tinguer la profondeur> mais qui avait certainement plus de trois
tents pieds.
Le regard des voyageurs annonçait l'alarme et le déaappointè-
iBient qu'ils épronvaient de cet obstacle inattendu ^ et , à ce qu'il
paraissait > insamiontable. Le père, qui arriva ^elqaes insians
après , ne donna à ses compagnons aucun motif d'espérance ou de
consolation^ A son tour, il contempla le gonffre^ couvert de brouil-
lard , qui s'odvrait sous lenrs pieds , et il porta ses regards tout
étttënr de lui , niais inutilement ^ pour chercher la cOnlinM^on
d'un senties qni bien eertainement n'avait pu être pratiqué dans
Vbri^e pWl' dMitir dans un tel Uen. Gommé ils naaavaâeat quel
24 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
parti prendre , le fils tâchant en vain de découvrir qnelque moyen
d'avancer , le père étant sur le point de proposer de retourner par
le même chemin qu'ils étaient venns, le sifUement du vent se fit
entendre dans la vallée avec plus de force encore. Chacun d'eux
connaissant le danger qu'il courait dans sa situation précaire ^ s'ac«
crocha à des buissons ou à quelque pointe de rocher , et le pauvre
mulet lui-même sembla s'affermir sur ses jarrets pour pouvoir ré-
sister à l'ouragan. Il ne tarda pas à éclater , et ce fut avec une
telle fiireur» que les voyageurs crurent sentir trembler le rocher
sous leurs pieds ; ils en auraient été enlevés comme des feuilles
desséchées , sans ta précaution qu'ils avaient prise pour prévenir
cette catastrophe. Cependant la violence de ce coup de vent ayant
écarté complètement, pendant trois ou quatre minutes, le voile
de brouillard que ceux qui l'avaient précédé n'avaient &it que
rendre plus transparent ou entr'ouvrir un seul instant, ils recon-
nurent la nature et la cause de l'interruption qu'avait éprouvée
leur marche.
Par un coup d'œil rapide, mais assuré, Arthur fut alors en état
de remarquer que le sentier par lequel ils étaient parvenus à cette
plate-forme se continuait autrefois plus loin dans la même direc-
tion, sur une couche profonde de terre. Mais, dans une de ces
affreuses convulsions de la nature qui ont lieu dans ces régions
sauvages, toute la terre détachée des rochers, avec les buissons ,
les arbres, et tout ce qui la couvrait, s'était précipitée au fond
de l'abîme et dans la rivière qui y coulait ; car il était évident alors
que cette eau, aperçue à plus de trois cents pieds, en était une,
et non un lac ou une branche de lac , comme ils l'avaient supposé
jusqu'alors.
La cause immédiate de ce bouleversement pouvait avoir été on
tremblement de terre , phénomène qui n'est pas rare dans ce pays.
Cette couche de terre, qui n'était plus alors qu'utie masse confiase
de ruines , offrait encore quelques arbres qui y croissaient dans
une position horizontale; d'autres avaient été brisés dans leur
chute, et quelques-uns avaient leur cime plongée dans la rivière ,
dont les eaux avaient autrefois réfléchi leur ombre. Les rochers
qui restaient pat derrière , semblables au squelette de quelque
monstre énorme, formaient la muraille d'un abîme effrayant,
qu'on eût pu prendre pour une carrière nouvellement exploitée,
mais d'un aspect d'autant plus lugubre , que la nature n'avait pas
CaaARLES LE TÉMÉRAIRE. 25
encore en le temps d'y placer les germes. de la yégëtatioii, qui
coayre promptement la surface des rochers les plus arides.
Indépendamment de ces signes, qui tendaient à prouver que la
destruction du sentier était toute récente , Arthur remarqua aussi
de i^autre c6té de la riTière» plus haut dans la Tallée, et s'éleiiant
au sein d'une forêt de pins entrecoupée par des rochers , un édi-
fice carré d^une hauteur considérable , semblable aux ruines d'une
tour gothique. Il montra cet objet à Antonio , en lui demandant
s'il le connaissait; car il pensait avec raison que la situation par-
ticulière de ce bâtiment en faisait un point qu'il était impossible
d'oublier quand on l'avait tu upe seule fois. Le jeune guide le re-
connut promptement et avec plaisir , et lui dit que cet endroit se
nommait Geierstein, c'est-à-dire , comme il l'expliqua, le Rocher
des Vautours. Il le reconnaissait, dit-il, non-seulement par la
tour, mais encore par le pinacle d'un énorme rocher yoisiuypresque
en forme de clocher, sur le haut duquel qn lammer'geier^ ou vau-
tour des agneaux, un des plus grands oiseaux de proie connus >
avait autrefois emporté l'enfant d'un ancien seigneur du château.
Pendant qu'Antonio racontait le vœu qu'avait foit à Motre-Dame-
d'Einsiedlen le chevalier de Geierstein, le château, les rochers,
les bois , les montagnes disparurent à leurs yeux , et furent de
nouveau cachés par le brouillard. Mais comme il terminait sa re-
lation merveilleuse par le miracle qui remit TenfEmt entre les bras
de son père, il s'écria tout à coup : — Prenez garde à vous 1 l'ou-
ragan f l'ouragan! Le vent, à l'instant même, chassa encore de-
vant lui le brouillard , et rendit aux voyageurs la vue des horreurs
magnifiques dont ils étaient entourés.
^ Oui, dit Antonio d'un air triomphant quand le vent eut cessé
de souffler; le vieqx Ponce n'aime guère à entendre parler de Notre-
Dame-d'Ëinsiedlen ; mais elle protégera contre lui ceux qui ont
confiance en elle. Ave Maria.
— Cette tour semble inhabitée , dit le jeune voyageur. Je n'y
aperçois aucune fumée, et les créneaux des murailles tombent en
ruine.
— Il y a bien longtemps que personne n'y demeure, reprit le
guide; mais, avec tout cela, je voudrais y être. L'honnête Arnold
Biederpian, le landamman' du canton d'Underwald, demeure
- t ^ Ptimicr magistnt âa euton.
K CHARLES LE TÉMËR^IKË.
«rat ttftprèl I «t je tous rétiOnds i}oè ])ftrtottt où il eàt te ftiattr^, De
qui se trotlre de nlfëut d&tts stt cave et daftts soii ^rde^iiiaiigër èftt
toiijoalli ftti sertice de l'étranger.
— il'tti etitëhdti (varier dé lai -, dit te ^tete v^^yagietti* , ^tt'Autdtiio
fttait à|)ilt48 à ndmilîtef ëi^ef l>hiU|>sékl » côteliie d'tlll hottiinè yt»*-
tH^ttt et ht^tt^tàUM^ , et qttl ttlMtë te ei^édit ddût il joirit auprès de
MS iMMtOÎtoyélIft»
^Yoda Itd rendeÉ jdBlicé> Siiftior, réjKmdit le gttiâëi et Je tM-
draia ^ttê tt^a ^aiiaiis ^gtieraoti te^b^ oft tous fterl«K sûr d'être
biett at^cnéilli, et Qt H^eévoii* de bohs atia j^tifir totus vo^fage de
démailla Mais cottilnéiift potirriotia-iiôirt irriter Ait ehâtëaa des
Vatitonrt ^ ëaiia ATi^ir dés &ileA tmunë t&ik tautottr P ifm, ttié ^eb-
tioti difficite à l<é8btidt^.
Arthur y rëpotidit fat tme prbp(iàitim hardie, qti« M lècietlr
tfi9Qtérà dans te idlàt>itrë êillT^t.
CHAPITRE IL
L'hôrikbn g'obscafiSt. — Âppayéx-ro'tis sar moi.
llMtoi le pftd ici » -^ |l«is 1* ; i— d'uM Oiaitt lèrt ,
SaisiMcs cet «rbaste. — AUox avec mesure. —
tbBHi^ 1 — SeHet'Tatfi ite eé bttiM fth^.-i^
OonneS'moi Totre main. •— Bien I •^- Soyez assuré
i%tft ÏAA MifiilA r^Adak liii cMlct daiis née fAar«,
Loà^Bf&ét. Mahfi^i.
kPth àtoilr eiafkiîtië bette d&ètie de dësëlàtiofjd alissî etàctement
que le ^nhettaiëht te& sombra Huagiâs de l^àtmosphèrë : — t>àii8
tout àiitrê {>ays, dit te jëùbe voyageur, je difalà (|titi là tëmpÊie
commence à se passer; mais ce serait tlnë téihérité dé VôUloih pré-
dire à (}ttoi 1^6n doit â^attendre danè ce6 régious sauvages. Si l'es-
prit àpdàiàt dé t^ilate ëKt téëllekuëtit pbirié sUr leè àitëâ de l'ôbrà-
f^an , les sifflemeus du vent , qui ne se fout plus entendre que dans
e lointain, sèmbletit indiquer qu'il retourné au lieu de son châ-
timefit. Lé tentiër a disparu avec lé terrain Sur lequel il avait été
tfaùé) inai» j^eu tots là ÈOUfiuUàtion àù fbud dé cet abiihe; il
marque comme par une bande d'argile cette masse de terre et de
pierres. Avec votre permission, mon père^ je cr«éi ^u'il me se-
GHAHLBS LE TÉHERAIRB. t7
nit ^odsiblë ûm me glisser \t lonç (le iâ rampe ée ce roc'her, ja»>
qu'à ce qae je 6oit en ¥ae lie l'habitation dont Antonio nous parle.
Si elle existe^ il doit y ayoir un moyen d'y arriver, et si je ne pnia
en détoanir te chemin. Je pourrai du moins taire an signal à erat
4ai dcaneurénl dans les énTirons de oe CëâttM des Vanumf») et
éhlenir d'enx le aedoat's d'nh gtiidè.
— Je ne puis consentir ipie tous cmtrfea mi tel nsque» hd Ht
le père} qnê ee jèhne hbmme f aiUey s'il le peni et s'il le vent.
Il est né êanà lés montagnes^ et je le f<eompenseral génétm-
seaient»
Maia Aalonib l^fàsa ôbslinéofent eetie proposition» *^ Je stfik
Éé dàhe lès aftontagnes) réponditrfl) mais Je ne suis pas un ehftê-
èemr de ehèTresi Je n'ai pas des aileê potr me portef de rocher tm
rteheri ètanne M eorbënu i la Vie taêt mienm qoe iont l'or du
Émndé*
— R à Dîea ne plidse> dit le signor Philipsoû ^ qné je t^uHfo
TolM engager à esiimef l'atie an poids de l'antret AUea donci mte
fils ) alite j je Tona snis^
-=^ Atot TOtr^ permissiotty nion père^ Vous n'en ftrez rien» s^d-
dria lé jeune hmnme. G^est bien assei de risquer la Tie d'nn dis
nens) et ^ saiTani tontes les règles de la bagesse eolmne d6 la ttft-
taré» é'ast hi mienne» eomme la inoîtts préoîenie) kpi doit étra hn-
sardée la pire^tnièrè.
^ Moni Arthur I répliqua son père d'Éii ton déterminé; noÉ,
Alon filsi J'ai sdrtÂa à bi«n des pertes ^ je n« snrritrais pas à ili
tfttrei
^ Je ae <mins pas le résultat de cfelte tentatÎTe» mon père » si
Toidi me permettes de la faire senh Mais je ne puis , je n'ose eh-
ireprendf« une ttche si dangereuse, si vous persistes à touloir la
partager. Tandis qde je ofaerrtierais à faire un pas eh avant» Je
serais tonjonrs à regarder en arrière pour voir si tous êtes arrivé
au point que je viendrais de i)nitter4 Songes d'ailleurs^ mon pèntf,
qM ma perte ne serait qae eelle d'un être qui smrait oublié à l'in-
stant I qni n^a pas pkM d'importance que les arbres détachés de ee
iocher qifils eonvltiient naguère 9 mais vous» si le pied vous giis-
iaik) si la main tbus manquait, songez- vous à toutes les suites
^n'aui^it voti'e dhoie ?
— Vous avez raison, mon fils ; j'ai encore des liens qui m'en-
chaineraient à la vie, quand m^e je devrais perdre en vous tout
28 CHARLES LE TEMERAIRE,
ce que j'ai de pins cher. Que Notre-Dame et le chevalier de Notre-
Dame TOUS bénissent et vous protègent , mon fils I votre pied est
jeune, votre main est vigoureuse. Ce n'est pas en vain que vous
avez gravi le Plynlimmon ^ Soyez hardi , mais prudent. Souve-
nez-vous qu'il existe un homme qui , s'il est privé de vous, n'a
plus qu'un dernier devoir qui l'attache à la terre, et qui , après
l'avoir accompli, ne tardera pas à vous suivre.
Arthur se prépara à son expédition. Il se dépouilla de son pe-
sant manteau. Ses membres bien proportionnés étaient encore
couverts d'nn justaucorps de drap gris qui les dessinait parfaite-
ment. La résolution dont son père s'était armé l'abi^ndonna quand
son fils se tourna vers lui pour lui faire ses adieux. Il lui refusa la
permission de tenter cette épreuve, et lui ordonna d'un tonpé-
remptoire de rester près de lui. Mais , sans écouter sa défense > Ar-
thur descendait déjà de la plate-forme sur laquelle il était. A l'aide
des branches d'un vieux frêne qui croissait dans une fente du ro-
cher, le jeune homme put.gagner une étroite saillie, au bord même
du précipice, le long de laquelle il espérait pouvoirse glisser en
rampant , jusqu'à ce qu'il, pût se faire voir on se faire entendre de
l'habitation dont Antonio lui avait appris l'e3Ûstence. Tandis qu'il
exécutait ce dessein audacieux, sa situation paraissait si précaire,
que le guide salarié osait à peine lui-n^ême respirer en le regardant.
La saillie sur laquelle il se traînait semblait, dans l'éloignement,
devenir si étroite, qu'elle disparaissait aux yeux , tandis qu'il con-
tinuait à avancer, le visage tourné tantôt du côté du rocher, tantôt
vers le ciel , mais jamais vers l'abîme ouvert, de crainte que cette
vue effrayante ne lui causât des vertiges. Aux yeux de son père et
d'Antonio , dont les regards suivaient les progiès qu'il faisait, sa
marche était moins celle d'un homme qui avance à la manière or-
dinaire, et dont lès pieds sont assurés sur la terre, que celle d'an
insecte qui rampe le long d'un mur perpendiculaire , et dont on voit
les mouvemens progressifs, sans qu'on puisse apercevoir les moyens
qui le soutiennent. Le père désolé regretta alors amèrement, bien
amèrement , de n'avoir pas persisté dans le dessein qu'il avait conçu
un instant de retourner à l'auberge où il avait passé la nuit pré-
cédente , quelque ccmtrariante , quelque périlleuse même qu'eût
été cette mesure. Il aurait du moins partagé le destin du fils qu'il
aimait si tendrement.
I. Cttte OMBtafM , appelée aani le Snowdon , éit la plus été? ée de la dulne da payi de Galles.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 2»
Cependant Ardiur s'était armé de toot son conrage. Il retenait
son imagination y qui en général était assez active , et il refusait de
seliyrer^ même un seul instant, à ces horribles idées qui ne font
qu'augmenter un yéritable danger ; il cherchait à réduire les pé-
rib qui Tentouraient, d'après l'échelle de la raison , le meilleur
soutien da vrai courage. — Cette saillie de rocher est étroite » se
disait-il 9 mais assez large pour me permettre d'y passer; ces
pointes de rocher et ces crevasses sont petites et distantes les unes
des autres^ mais les unes assurent un appui à mes pieds , et mes
mains peuvent profiter des autres, aussi bien que si j'étais sur une
plate-forme d'une coudée de largeur, et que j'eusse le bras appuyé
sor une balustrade de marbre. Ma sûreté dépend donc de moi-
même. Si j'avance avec résolution , que je marche avec fermeté , et
que je sache profiter de tout ce qui peut m'aider, qu'importe que je
sois sur le bord d'un abîme ?
Calculant ainsi l'étendue et la réalité du danger, d'après le bon
sens, se répétant ensuite que ce n'était pas la première fois qu'il
avait gravi des rochers et qu'il en était descendu , le brave jeune
homme continua sa toarehe dangereuse , allant pas à pas, et ai^an-
çant avec une précaution , un courage et une présence d'esprit qui
le préservèrent d'une mort certaine. Enfin il gagna un endroit où
xm roc, faisant saillie, formait l'angle du rocher, jusqu'au point où
il avait pu le voir de la plate«forme. C'était donc là l'instant cri-
tique de son entreprise. Ce roc s'avançait en saillie de plus de six
pieds au-dessus du torrent qu'Arthur entendait rouler à environ
dnqaante toises sous ses pieds, avec un bruit semblable à celui d'un
tonnerre souterrain. Il examina cet endroit avec le plus grand
soin ^ et y voyant de l'herbe, des arbrisseaux , et même quelques
arbres rsibongris, il en conclut que l'éboulement ne s'était pas
étendu plus loin , et que s'il pouvait avancer au-delà , il y trouverait
la continuation du sentier dont une partie avait été détruite par
quelque étrange convulsion de la nature. Mais la saillie de ce roc
était telle qu'il était impossible de passer dessous, ou d'en faire le
tour; et comme il s'élevait de plusieurs pieds au-dessus de la po.
flition qu'Arthur occupait , ce n'était pas chose facile de le gravir.
Ce fut pourtant le parti auquel il s'arrêta , comme étant le seul
moyen de surmonter ce qu'il croyait pouvoir regarder comme le
dernier obstacle de son voyage. Un arbre croissait tout à edté : il y
monta , et à l'aide de ses branches , il sauta sur le sommet du roc.
Mai» à pfio9 y ty4it*il appnyé le piecli «^ peiqo «T^ilrS fm m in-
«t»iit pauF ^ féUoit^F ^n déapuvram > a» miiieq 4'^n ebap»^ fordt«
91 de rpcimr», Ifis ruiner «ombr^ i^ Qeiersleip , ei npe ft^méaqiû,
ft'élevant par derrière , iediqua^t l'çxisteacfi d'one bahiimiQn , que,
à «on wtFâme terreur, îl sentit le ro«^ éuonn« anr leqnel U était,
trembto aoB9 se» pîed4, et pencher lentement w levant par m
amm yement graduai. Ne tenant à la mentagne que par «n «eul point»
œ rec en aailUe avait résisté au tremblement de terre foi avain
•hanf^ la hop dea ep yirpns ; mai» l'équilibre en avait été détroit,
et il u'ayait fi^Uu qne le ppîda additionnel du eorpadn ienne bonuaA
D^na cet instant eritique , Arthur^ par cet inatinct qui porte à
aaiaiv tout moyen de aaluf , aanta sur l'arbre qui l'avait aidé à
monter aur ce roc, et tourna la ie|e en arrière, pousié comnm PW
une force irrésistible pour suivre des jpeux la chute de l'énonntt
masse de pierre qn^il venait de quitter. Le roe chancela dew on
trois secondes, comme s'il n'eût su de quel eâté tomber ; et j» an
ehnte eût pris une direction lat^ale, il aurait brisé l'arbre, éoi^ai
le jeuoe aventurier, ou Faurait entrafoé avec lui dana le torrfm^»
Après un moment d'horriblo incertitude, la force de gravitation dé^
termina la chute en avant. L'énorme fragment de rocher, ^^
devait peser au moins quatre mille quintaux S descendit en éenu
sent les buissons et les arbres qui se trouvaient sur son paaaage ,
t& tomba onfiu dans le torrent avec un bruit égal à la décharge do
cent pièces d'artillerie. Ce bruit fat propagé par tous les échos, dci
montagne en montagne, de rocher en rocher, et le tumulte ne fit
place au silence que lorsqu'il se fut élevé juaqu^à la région dea
neiges éternelles, qui, insensibles aux sons qui partent do la terre»
eHtJcndirent cet horrible fiEvcasdans leur solitude maiestueuae , e|
le laissèrent mpurir sans tronver une voix pour y répondre*
Quelles forent alors les pensées du malheureux père , qui via
tomber celte lourde masse , mais qui ne put voir si elle avait en»
trâuteé son fila dans sa ehute 9 Spn premier mouvement fut de oûah
rir vers le hoord du préeipiee, dana le dessein d^ descendre comme
Pavait 6iit Arthur ; et lorsque Antonio le retint en lui entourant
le oorps de ses bras , il se retourna vers loi a^ec la foreiu* d\in0
ourse è tgai Pon a dérobé ses petits.
r< »o toaiMim». Le tODueav est un poids de aeoe Hvree.
GHAilUtt U TMlUmM, Il
lui, et moi aussi j'ai un père 1
Cet appel k h miture péq^tni 44n« Vamo da IFfqmfWr- 1 il licba
^îim^ ^wae, «t , levant vert in cM !•« ym« #( te» iwûii»i U
s'écria da ton de l'angoisse la plus proffKiAf) » Pllîf mMA fl'qiMI
lô^use r^^îgpgtion : -r- fin$ whlH^ tm t Cf^9i% MIQ dornier
espoir; le plus aimable 4^ «nfiii^ , )f plm ai«^» te ploi 4igM d«
Vêire I et je yqîs planer s^pr U ¥«^11^ \m iMs^aw 4# pr^îe qpi vont
se r^paitrç 4^ sefi r^stei ; AlUia j^ \» ^wn^ «iiOPi^ me {ns, ûontâ
le malheureux père, tandis que des Yautours passaient suf* m (dtt||
j^HvgnrM wpii Aithivr, ^Y^nt qw l'flîfl» fi te Imp te «Mollirent.
Jf v^rrfû toqt iM& qni i^te encore df 114 mr te {enPPt Ne ida reMeei
pm, I^^e^ ifii «( i^uiTe^-mai de# y«w. j|i J9 p4m> ^i^nupe fi^te
est probable , je tous cbArg« de pr^i)dr# teft PWteF« «ftçteM^ Wi
Ttf» tranTlsi^ d^n^mî^ i^iUie, «t d§ tel pait^r àte Pfff«AmftÀqui
4s BQjdl «dr<|l»lési dani le plu^ ()ouf| dé^tû pan^bli, il y » dflMS 1M
l^WW A^^i d'^rg^t pQiir «^ foir« epUNTrer lii|i«î fqfs w^ f^wns^
Arthur, et pour faire dire ^ J»^mm fOi^V te ¥«im ^ IMP WM
^ ^ la «îeme i U tqqa Ffptef a «iiçpr§ u W ^i^bf f^fiftWIHiUli pour
yiHipn^ Hehétifm* d'^ae iateUit[tAfe ftipei b^rp^P* PWi
naturellement sensible et fidpte i IW^ d«l temMM fespdml «n» te
yieux TQ^dg^pp Ipi pnrteit «limi. Op9»d»P(f (sr^iOiDt d9 rirriter
m i^W99m\ dp popyean à s» patenté, e( ipAipf pp Ipt fpwppl dpt
i^QP^imp^) U te vit 0p »ilpnpp« fi'ppprâter % dP^PiPdrp duoa te
fcljd pftippîc(p «pr te bprd dpqq^l te faallieprppi ArM^ur «pipbi%î^
a?9MP ^Pbi «p d?stip qP9 «pp pm » pQiy»4 p«? te iéfiufm de te
^mtFe«|e ppUprppUp, d(it( d^t^rWPé à pi^tt^Wt
Tpm à cppp» de l'ppcte d'PH ft^^lail d^ip<ibép peitp «mip dp
pînTp Mps te« pieds téipéppirps d^Anhpr» on pptppdîipprtir tes
m^ vwqsm ^ prplppgtte d'pnp de pps pptmi de Vmm » op toof
•WIT98P d^ Spi§9P» qpîi dpp^ te» pppîmw tpnpi, dppppteni ppiî
PMHUpgpprd» te ^igpal de te cb%iie, pi tei^ ipmîppi Upp» dwa 1p»
batailles, de tous les instrumens de fpPMpPdTgP&riprPt
^ SPQptç», Sigppr, éçpotpy ! a'éçFÎp te<iri«PPi e'p^t pp figpal
4eCi^r4teip, Qpplqu'up tp vepir 4 npore pide dpps up ip«uipt, pti
MM ipitttrfira tefpbpmii te riii ito iowr pbprotipr wtip fitet Si
32 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
regardez, regardez cet arbre dont on voit briller la verdare à tra-
vers le brouillard; saint Antonio me protège! j'y vois déployé
quelque chose de blanc. C'est précisément derrière l'endroit d'où le
quartier de rocher est tombé.
Le père chercha à fixer ses regards sur le lieu indiqué ; mais
ses yeux se remplissaient de larmes ,- et il ne put distinguer Tobjet
que son guide lui montrait.
— ^Tout est inutile , dit-il en passant sa main sur ses yeux ; je ne
verrai plus de lui que des restes inanimés.
— Vous le reverrez y vous le reverrez bien portant; saint An-
toine le veut ainsi. Tenez 1 ne voyez-vous pas comme ce linge blanc
est agité ?
— Quelque reste de ses vêtemens, quelque misérable souvenir
de son cruel destin. Non, mes yeux ne le voient pas. Ils ont vu la
chute de ma maison. Je voudrais que les vautours de ces mon-
tagnes les eussent arrachés de leurs orbites.
— Mais regardez encore ! Ce linge n'est pas accroché à un buis-
son. Je vois distinctement qu'il est placé au bout d'un bâton , et
qu'on Tagite à droite et à gauche. C^est votre fils qui fait un signal
pour vous apprendre qu'il est en sûreté.
— Et si cela est, dit le voyageur en joignanit les mains , bénis
soient les yeux qui le voient ! bénie soit la langue qui le dit ! Si
ilous retrouvons mon fils, si nous le retrouvons vivant, ce jour
sera heureux pour toi aussi , Antonio.
-^Tout ce que je vous demande , c'est d'attendre avec patience,
de ne pas fermer l'oreille aux bons avis, et je me trouverai bien
payé de mes services. Seulement, si un honnête garçon laissait pé-
rir les gens par suite de leur propre entêtemeot , cela ne lui ferait
pas honneur ; car, après tout, c'est toujours sur le guide que re-
tombe le blâme , comme s'il lui était possible d'empêcher le vieux
Ponce de secouer les brouillards qui loi couvrent le firent, la terre
de s'ébouler du haut d'un rocher dans le fond d'une vallée , un
jeune écervelé de marcher sur une langue de pierre qui n'est pas
plus large que la lame d'un couteau , ou des fous, que leurs die-
veux gris devraie^^rqndre plus sages, de tirer le poignard comme
des spadassins deXombardie.
Le guide disait ainsi tout ce qui lui venait à l'esprit , et il aurait
pu continuer long-temps surJLe même ton, car le signer Philipson
ne l'entendait pas. Toutes les pensées de son cdfeur se dirigeaient
CHARLES LE TÉMÉtlAlRS. 3S
Ters l'objet qu'Antonio loi avait fait envisager comme on signal
annonçant qne son fils était en sûreté. 11 vit enfin flotter ce Unge
bhnc, et il fat èonvaincn qne le monvement qui Fagitait ne pon-
dait Ini être imprimé que par nne main humaine. Aussi prompt à
se livrer à l'espérance y qnll l'avait été à s'abandonner au déses-
poir, il se prépara de nouveau à s'avancer vers son fils, afin de
Taider» s'il était possible, à gagner un lieu de sûreté; mais les
prières et les remontrances réitérées d'Antonio le déterminèrent à
attendre.
p: — Etes-vons ce qu'il &ut être pour mardier sur un pareil ro«
cher ? lui dit-il; êtes-vous en état de répéter votre Cf^do et votre
Ave y sans déplacer un mot, sans en oablier un ? car sans cela nos
anciens vous diront qne vous périrez vingt fojs , eussiez-vous vingt
vies à perdre. Avez-vous l'oéil clair et le pied ferme ? Je crois qne
l'on coule comme une fontaine > et que l'autre frémit comme la
feuille du tremble qui vous couvre la tête. Restez tranquille ici ju^
qi^à ce que vous voyiez arriver des gens qui seront plus en état
que vous et moi de donner du secours à votre fils. A en juger par
le son de ce cornet , je pense que c'est celui du brave homme de
Geierstein, Arnold Biederman. 11 a vu le danger de votre fils, et
il prend en ce moment même des mesures pour sa sûreté et pour
la nôtre. Il y a des occasions où l'aide d'un étranger qui connaît
Uen le pays est plus utile à un homme qne celle de trois de ses
frères qui ne le connaissent pas.
— Mais si ce cornet a réellement fait entendre unsignal, com-
ment se fait-il qu'Arthur n'y ait pas répondu?
— Et s'il y a répondu , comme cela est probable , comment l'an-
rions-nons entendu? An milieu du tnmuhe du vent et dece torrent,
le son même de ce cornet ne s'est &it entendre à nous que comme
la musette d'un jeune berger ; comment donc le cri d'un homme
çerait-il arrivé jusqu'à nos oreilles ?
— n me semble cependant qu'an milieu de tout le fracas des élé-
meiis , j'entends quelque chose qui ressemble à une voix humaine ;
mais ce n'est pas celle d'Arthur.
— Je le crois bien, car c'est la voix d'une femme. Les jeunes
filles conversent ensemble de cette manière d'un rocher à l'autre,*
pendant un ouragan et un Orage, quand elles seraient à un mille de
distance l'une de l'autre.
soient rendues au ciel du secours que sa providence
3
UÊm nt^} Iffttfiire enq^re q^e Wfm "^mr^im o^t» l^m^ j^rpée
8K larmkicv taiis nalhear. Jq 'vaû» ^rier po^r répondre.
11 essaya ^ erwr 4e tom^ lu |pr<^ dç s^ poi^ium$; ^ais ^
eoaoaiaaaut fusà F«rt de se fi^i^ enytandre daiw ces çoptréçs, ^
Toâ, qû se ail à Foiûâsaii e^ee les qjHfgîi&emejDis des T^gues et 4a
ymtttf H' f «Mit pn èkre «bstingnée à cinquante p^s de distance ^ e%
elle sa eonfMicÛt atee le farait tiwiidtueiu;: de la. gnerrp q[ap se
IhrfaisBt les élémeiis. Antovto so«irit de h tfpnUtiye inf metoeose da
signer Philipson ; et élevant la yoix à son tonr, il poussa un cri
perçant I aigu et prolongé, qui» qpoiqiia produit, en i^parençe/
arec beaoeeap nMÎns d'efforts qiie^ eelui de l'Anglais» étipi un {ion
distinct des bruits du Tent et des eanx , et qu'qn pquTait yraisem-
UablemMit entendre à une distance «fmsidérable» D'autres cria
aMlognes j r^iendirent dans le loîntain> se répétèrent e^ s'appro-.
chant f et firent naître un Mnyel espoir dans le cœur inq^^t da
yeyagmr.
Si la détresse da père rendait sa situation digne^ de con^ssion»
son fila au mdme instant se tiponvait dans nue positiofi des pUis
périHeuaes» Mous ayons déjà dît qu'Arthur Philipson ayaitd'2(bQr4'
marché te long de l'étroite saillie duroeber avec le spng-froid, )e
conruge et la résehitioa inéfaranlabies qui étaient nécessaires pour
aeeompHr une tâche où tout devut dépendre de la fermeté des
nerfe ; mais l'accident qui avait arrêté sa marche était dWe nature
si formidable, qu'il lui fit sentir toute l'amertnmie d'une mort 8(1^^,^
àsAne, hon^e, et, à ee qu'il hd ayait paru , inévitable. U avait sienti
le roc trembler et s'kfihisser sans ses pieds, et quoique, par im
effort de Hnstinct pks que de la volonté, il se fil^t préservé de la
mon alErense qui l'attendait s'il fût resté une seconde de plus sur
cette masse de pierre chancelante^ il lui semblait que la meilleure
partie de kii-viteie» la force de son corps et la feripeté 4e son ^m^t,
avaient été brisées par la chute de ce roc» lorsqu'il toml^ ayee ^a
bruit semblable aux éclats àa. tonnerre, et au iniJieu d'un miage de*,
ponsfltèrei dans le torrent impétnaoK qui ceidaît 4u fond du préci-
pice. En un mot, le marin précipité par nbe vague da p^t 4'Q9
vetsseati naufragé, devenu le jowt des flots, et poussé contre les
éen^h qal bordent le rivage, ne difieve pas pfas de ce même marin^
qtti, M eoasmeiioeaient de la tempête, se tenait sur le tiUçM; de Boi|
navire favori, fier de sa propre dextérité et de la fibres de son^
im»m^ fpfAfftmty eaeemmeBçaat non eipédHieii, m lUilârait
ORARLD LE TÊMâltAIIUL fi
Ai nteM ATÙkMT emhnuÊM le tronc à d«Bi iiiiM dNn tMI
aitee, snspenân enirelecirtet la twre» apcit a^oirini iféetotlaf
le fsartier de rocher doftt il était été â prèa départager le'cbBte«
Ia tenrenragiafiaitasraecieiieeoBaBMavieBaBe, ear II terril
miQe eouIeiBrs lui passer derant les yeox; sa télé éttitattaiinéede
Tertiges, et il ne poavait plus commander à ses mankree ipà
FaTaîeBt si bien serri. See iMrae et set naine, ^i senMdem ne
pks obéir ^'à nne iinpolaioB étrangère , tantôt a^aesreelMnm
aai brancbes de Parbre aYee me téaacilé q«*il lai eàt été iaipee»
aible de modérer, laatAt trsasbMent comme déeertlcalés, de bmk
Bière à 1» fuTO enândre de ne poQToir se soatenpir danê sa pedMoih
Un m^dent bien peu important en hn-méme i^ovta eneore à la
détresse de cette singulière agitation. Dca i^eléee de iàboÊa , êe
dianTea^aooris, et d'antres oiseanx de tén^É^e», eHayis par le
brait de la ebute dn roc , s'étaient répandue» dans les ak», pnie
'étaient bâtées Ae retonrnér dans les lierres et dana les eretasaea
des rochers Toisins qni lear serraient de reflige pendant le jonTé
Panai œs oiseaax de manTais angnre , se trevtait un lammeP'
gtietf on vantonr des Alpes, oiseati pins grand et pins Yoraee qne
l'aigle fliénrs , et qo' Arihnr n'arait pas été accontmné à Toir, on
da moins qn*il n'avait jamais vn de très près. Avec Finsttnct de le
]^iq>art des oiseaux de proie, INisage de cdni-d , qnand il est gmrgé
de noarriliire, est de se retirer en quelque endroit ineeeessAle, el
d'y rester atationnaire et immobile jusqu'à ce que le tititail de lâ
digestion soit aecompH , après quoi fl retronre son acthrité arec son
appéth. TronMé dana un repos semblable qn'il goûtail sur la mon*
tagne à laquelle les baUtans ont donné son nom, un de ces oiseaux
terrîMes, prenant son essor, ayait décrit un grand cercle dans les
airs, en battant noncbalamment des ailes, et était renn s'abattre
sur une pointe de rocher qui n'était pas à plus de deux tolses de
l'arbre sur lequel Arthur occupait une situation si préCàlre. Qdoi-
qoe encore plongé dans une sorte de torpeur, le vatitonr, d'après
PAat d^HunobiHté du jeune homme , semblait le supposer mortoli
mourant , et 11 le regardait fixement, sans montrer aucun signe de
cette erainte quMprouTent ordinairement les animaux teis pltas
fiSroces quand ils se trouvent à la proximité de Phomme.
Tandis qu'Arthur fiiisait des efforts pour bannir la terreur su-
bite qu'avait fait naître en lui la c^ufe dn rocher, il leva les yeux
dmtriregarder autour de lui peu^à peu et avec précaution , et ren*
3.
36 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
contra ceux de cet oiseaa Torace et sinistre , que sa tête et son cou
sans plutnes, ses yeox entourés d'un iris d'un jaune brunâtre,
et sa position plus horizontale que droite , distinguent de Taigle
aux formes nobles et an regard audacieux, comme le loup, maigre,
hideux et féroce, quoique lâche, est ^au*dessous du Uon à l'air
miyestueux.
Les yeux du jeune Philipson restaient fixés sur cet oiseau si*
nistre, sans qu'il fût en son pouvoir de les en détourner, comme
s'il eût été fasciné par un charme. La crainte d'un péril imagi*
naire et de dangers réels pesait sur son esprit affaibli par suite de
la situation dans laquelle il se trouvait. Le voisinage d'une créa-
ture aussi odieuse à l'espèce humaine lui semblait d'aussi mauvais
augure qu'extraordinaire. Pourquoi cet oiseau farouche leregar-
daitpilavec tant de persévérance, le corps avancé de son côté,
coBune s'il eût voulu fondre sur lui? Ce Zam^n^r-^^i^r était-il le
génie du lieu qui portait son nom? venait*il se repaître de la joie
que devait lui causer la vue d'un étranger attiré imprudemm^t
dans ses domaines, et exposé aux périls dont ils sont semés, pres-
que sans espoir de salut ? si ce n'était qu'un vautour habitant ces
montagnes, son instinct lui foisait-il prévoir que le voyageur té-
méraire était destiné à devenir bientôt sa proie ? Cet oiseau, dont
on assure que les sens sont si vi&, pouvait-il, d'après toutes les
circonstances, calculer la mort prochaine d'un étranger, et, comme
le corbeau et la corneille qui épient un mouton mourant , atten-
dait-il l'instant de commencer son banquet barbare ? était-il pos-
sible que lui, Arthur, fût condamné à sentir le bec et les serres
crueUes de ce vautour, avant que son cœur eût cessé de battre?
avait-il déjà perdu la dignité de la forme humaine , qui inspire à
toutes les créatures d'un ordre inférieur une crainte respectueuse
de l'être formé à l'image du Créateur ?
De semblables craintes firent plus que la raison pour rendre
quelque élasticité à l'esprit du jeune homme; en usant de la plus
grande précaution dans tous ses mouvemens, il parvint, en agi-
tant son mouchoir, à faire partir le vautour du poste qu'il occu-
pait. IJoiae^xL prit son essor en poussant un cri aigre et lugubre,
et, étendant ses ailes, alla chercher quelque autre lieu où son
repos ne serait pas troublé , tandis que le jeune imprudent se ré-
jouissait d'avoîjr été délivré de sa piésence odieuse.
, Plus naître alors de ses idées, Arthur^ qui, fie l'endroit où il
GHAJEILES LE TÉMÉRAIRE. il
était, poavait apercevoir une partie de la plate-forme rar laqodle
il avait laissé son père, chercha à Finformer de sa aitoation en
agitant le pins haut possible le moqehoir à l'aide doqnel il avait
jèhassé lé vantonr. De m^e que son père, il entendit aussi, mais
à moins de distance > le son de la corne des montagnes, qui sem-
blait lui annoncer un secours peu éloigné. 11 y répondit en criant
et en agitant encore le mouchoir, pour indiquer Fendroit vers le-
quel devaient se diriger ceux qui se proposaient de venir à son
aide : puis, rappelant ses fiMïidtâ» qui l'avaient presque abandonné,
il chercha à tare rentrer réspérance dans son ccenr, et à retrou-
ver ses forces avec son courage.
Fidèle catholique , il fit une prière pour se recommander à
Notre-Dame<l'Ensiedlen. — Notre-Dame pleine de grfiees, finit-il
par s'écrier, si mon destin est de perdre la vie comme un renard
chassé au milieu de cette région sauvage, parmi des roobersehan-
celans, rendez-moi du moins la patience et le courage dont j'étais
doué , et ne souffrez pas que celui qui a vécu en homme, quoique
pécheur, meure comme un lièvre timide.
S'étant pieusement recommandé à cette protectrice, dont les
légendes de l'Eglise catholique tracent un si aimable portrait,
Arthmr, quoique tremblant encore de l'agitation violente qu'il
a^ait éprouvée , dirigea toutes ses pmsées vers les moyens de se
tirer de sa position dangereuse. Hais, en r^ardant autour de lui,
û s'aperçut de plus en plus qu'il était complètement épuisé par les
btignes et les inquiétudes qu'il venait d'éprouver. Tous les efforts
dont il était capable ne purent fixer ses yeux égarés sur les objets
qui l'entouraient. Les ari>res, les rochers, tout ce qui se trouvait
entre lui et le château eh ruines de Geiérstein, lui semblaient
danser en rond ; et telle était la confusion de ses idées, que, s'il
ne lui était resté assez de présence d'esprit pour sentir que ce serait
un trait de véritable folie, il se serait jeté à bas de l'arbre, comme
pour prendre part à la danse étrange qu'avait créée son imagina-
tion en délire. ,
— Que le ciel me protège! s'écria le malheureux jeune homme
en fermant les yeux, dans l'espoir qu'en cessant de voir ce qui
augmentait la terreur de sa situation, ses idées pourraient prendre
on cours plus calme; mes sens m'abandonnent.
n fut encore plus convaincu de la vérité de cette dernière pen-
sée, quand il crut entendre, à assez peu de distance , une voix de
M CHARLIS LB TÉBIERAlBev
ftMMM^ w pkMftl «n ori perçuM, qmqM Taeeent m fiU iiiél«(^
iiaittf «Iqnî lamUak lui acre ^is^mét^ U reHTrit les yeu, fe^a b
lâto^ «I porta aw regards 4a eèté d'aà le son paraissait .partir»
^isiqtfit pût à peûie crailw que ôe ne fillt pas encore «n eSèt en
délire 4e am JMiigiÉatioii. L'appariftîoB qoiae moatra à ses yeux
le aonâma preequeidana Tidée qa'il av:ait le earveas dérafigé, al
qa^ae poswaii plus eeoqHer siv l'eiactitiide du rapport de aea
6«r le aoBMMft d'an radier de forme pyramidale^ qui s'élevait
ds imd de la Tillée^ pamt «ne feiAme^ m«s tdHemeat eardoi^pée
de brouillard, que Fœil ne pouvait l'apercevoir qa'impaiifiEÙtemeiit*
Saiaittai se desainant en relief sar le firmameiit , présanlait l'idée
iadéfitaie d'àm esprit aérien > plotôît que d'one mortelle; car die
aernUaitaoïiil^ère et presque aussi tradq^renlequeks vàpenra
qoi entmiraieBt le piédestal élevé sur lequel elle était jdacée.
4rtiiar fut d'aherd porté à4:roire que la Vierge avait exaucé &ea
inièrea, et étail venue eu personne pour le secelunr. Il dlait ré»
citer un Av€, quand la même voix lui fit attendre de nouveau
•élte émmge nsflepée qui met les halntans des Alpes en état de
gsfHrimr d\mo montagne à une autre, à travers de$ ravins d'une
lai^l^eur et d^ine profondeur eensidéraUes.
Ikadis qu'il r^édiissait à la manière dont il s'adresserait à
oede apparittOB inattendue, die diqiarut du point qu'elle œbupait
d'éburd, et se remeotra bientdt sur la pointe du rocher an pied
dm^tii efoiaaaft beriaantalement Tarbra sur lequd Arthur s'était
wfugié. San ak et son costume prouvaient que c'était une habi*
tante de ces montagnes, qui en connaissait les sentiers dangefeux.
Bn un mot, il voyait devant lui une jeune H belle fenukie qoi le
fciôgaidait avec un mélange de compasaîou et de surprise»
-«*- Etranger , lui dételle enfin, qui étes-vous? d'où veaeit-vous?
-^ Je suis étranger comme vous le dites, jeune fiUe> répondît
Arthur en levant la tête vers elle aussi bien qu'il le pouvait ; j'ai
quitté Lucarne ce matin avec mon père et un guide ; je lies ai laissés
àaiMtron undemi-miliiB d'ici; Vous serait«H possible de leur dlonner
avts ^e Je suis ea aâveté, car je sais ^m ta:um père est dans une
ei'adla inqwétwie f
— Bien volontiers, n^Kuidit la jeune fille 9 mais je crois que mou
enefe ou queiquiefr-nnà de mes parens Ica aurontdéjà trouvés » et
tetair aerviraut du guidée. — Ne pui*je vMs aider ?~£tea« voua
OttÀRUES LB TÉHtiRâlRE. M
Mttflëf mmÀ9MûsétiWMÉuik f» Ile imiiili émit é)^
Tditt «n tMurlaiit têÊtà, la jeniiA HeMtkwi» Viif^pMéhÉ li fvis
en bord tla précipfioey «t regarda au fond en %wlÉbc ttfwm air ai
ihâifiKérent» que la force de la s^^athie (^luiit eli fawilBaom^
«ions celui qai agit et ertai qm regarde> oeMMOMi de nab^wai:
TeH^ à Anbiir ; il s'aecraeila plna ANneiimil qao jafliafoè «oh
ailMy en poussant une sorte de géiiiièMiiieiàt.
^Etes-Yoiis Messe f M demanda tine seieoadè M» li|«aÉe flDa
qai te Tit {yafir; quel tiaï é^ronTêt-^olftSP
— Aneim, jeune tUé^ A et n'est quelquei MgèreS WiMin»tosioMs ;
ttais la têie me toteme, et lé eosur me matiqne, erii inmè l^oyant M
jnrès de cet abtme.
— N'est-ce qtie cela? Sachez, étranger, qae je IMS io» ti^Stttè
fn pins tranq^Ue datas la maison dis mon ohele qoe Mt te bord
de précipices e» comparaison desqMb eéittt-el n*offiré qn'tm
obstacle qn'nn «nâint pterràit firancUr. Mabi Si j'en fÊigé par les
traces qne je remaiiqne, ^ons êtes venu M le long,de là saàlîe da
rodier dont la terre s'est éboulée récemment ; Tooè détriefe Asnte
Stre bim an-déssns d^nne pàreiile feiblioëse/ptaisqkie ^ toWi tstèssi,
Tovs ayet le ^bcoît de t^ns diM teontagilard.
-^ J'aurais pu me donner ce nom il y a nne doteUtearOi màië
je crois que désormais je h'oserai |das le prendra;
^ If e ^oiis décourages pas pour nn saisissenietti de cenir paàw
sager qid pent ébranler le tonra|pe et d)ëcut^ir la ilie de llioBiiiife
qM a le plus dé bmyoïlre et d''expérience. Let<ez-vouS> tMrditofe
hardiment sur le tronc de cet arbre, et quand Vous tei«z au tùi"
KeUy TOUS, n'aurez plus qu'un saut à faire pour if^us ti^liyërsnr la
potfte plate^fontae où tous ime Toyez. Après eela, veas he rene^MV-
trerez phis ni obstacle ni datiger qui nléittent qu'okl elipàirlé ft afa
jeune bcnume dont les membres s<mt robustes, et A^ssi'coùragèQ^
^e leste*
— Mes ilieniiyi^, sdnt robu^ies , rét)o^dit le jeùtieliéflMsie, màft
je rougis en pensant combien le couriige mé maniqUé^. GépéifAÂt
je ne souffrirai pas que tous ayez honte de l'intérêt que tous aTcz
pris à un malheureux Toyageur , en écoutant plus long-temps des
craintes qui jusqu'à ce jour n'aTaient jamais trouTé d'accès dans
mon cœur.
40 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
La jemuB fille le regarda ayec beaaooup d'intérêt, et non sans
quelque inquiétude , tandis qu'il se levait avec précaution , et qu'il
descendait le long du tronc de l'arbre , qcd s'élan^it d'une cre-
Tasse du bas du rocher sur lequel elle se trouvait , dans une posi-
tion presque horizontale ,. et dont la partie sur laquelle il était
tremblait sous lui* Le saut qu'il avait à faire pour arriver sur la
plate -forme où était la jeune fille n'eût été rien sur un terrain
lerme et uni , mais il s'agissait ici de passer sur un abîme profond,
au fond duquel un torrent mugissait avec fureur. Les genoux
d'Arthur battaient l'un contre l'autre, et ses pieds, devenus lourds,
semblaient lui refuser tout service. Il éprouvait, à un plus fort
degré que jamais , cette influence de la crainte , que ceux qui l'ont
éprouvée dans une situation si dangereuse ne peuvent jamais ou-
blier, et que ceux qui, heureusement pour eux, ne l'ont jamais
connue , peuvent avoir quelque peine à comprendre.
. La jeune fille vit son émotion, et en prévit les conséquences.
Ne voyant qu'un seul moyen pour lui rendre la confiance , elle sauta
légèrement du rocher sur le tronc d'arbre , où el|e resta avec au-
tant d'aisance^ et de tranquillité qu'un oiseau , et par un second
saut se retrouva presque au même instant sur la plate-forme. Eten-
dant alors le bras vers Arthur : — » Mon bras n'est qu'une faible
balustrade, lui dit-elle, mais avancez avec résolution, et vous le
trouverez aussi ferme que les murailles de Berne.
La honte l'emportait alors tellement sur la terreur dans l'esprit
d'Arthur, que, refusant l'aide qu'il n'aurait pu accepter sans se
dégrader à ses propres yeux, il fit de nécessité vertu, exécuta
avec succès le saut redoutable, et se trouva sur la plate-forme à
côté de la jeune fille. ,
Son premier mouvement fut naturellement de lui prendre la
main , et de la porter à ses lèvres avec respect et reconnaissance ;
et elle n'aurait pu l'en empêcher sans affecter une sorte de pru-
derie qui À'était nullement dans son caractère ; c'eût ét^ donner
lieu à un débat cérémonieux sur un objet bien peu important , et
sur un théâtre qui n'y convenait guère , une plate-forme de rochers
d'environ cinq pieds de longueur sur trois de largeur.
CHAPITRE m.
Maudits l'or et l'argtDt doii| l'atlrait no«t hnflm
k trafiquer an loia poor faire an gain licite 1
La pdz , an teint de lis, brille pins qae rargeal;
L'or , bien moins qne Ja vie , est an besoin uiyeati
£t ponrunt, à travers des déserts si stériles.
L'intérêt noas conduit dans ces marchés des TiUaa»-
. CoxAUs. ffasMM, ou U Coiniucmr d» cAesteew.
Arthur Philip^oh et Anne de Geierstem, dans cette sitoation ,
épnmTèrent on léger degré d'embarras; le jeune homme » sans
doutie dans la crainte de passer jMinr poltron aux yeox de celle qui
Tàvait seconm , et la jeone fille peut-être par suite des efforts
qu'elle ayait faits, ou parce qu'elle se voyait si soudainement pla-
cée en contact presque immédiat avec le jeune homme à qui elle
avait probablement sauvé la vie.
— Maintenant, lui dit Arthur, il faut que je retourne près de
mon père. La vie que je dois à votre secours n'a de prix pour moi
qu'en ce qu'il m'est permis à présent de courir à son aide.
n fut interrompu par le son d'un autre cornet qui semblait partir
dao&té de l'endroit où Philipson père et son guide avaient été
laissés par leur entreprenant compagnon* Mais la plate-forme> dont
il n'apercevait qu'une partie de l'arbre sur lequel il avait été per«
ché, était tout - à- fait invisible du lien où il se trouvait alors.
— Il me serait bien aisé , dit la jeune fille, de passer sur cet
arbre , et de voir là bas si je pourrais découvrir vos amis ; mais je
sois convaincue qu'ils oùt maintenant de meilleurs guides que vous
on moi ne pourrions l'être; car le son de ce cornet annonce que
mon oncle on quelques-uns de mes jeunes parens sont arrivés près
d'eux. Ils sont maintenant en marche vers Geierstein , et , si vous
le trouvez bon , je vais vous y conduire ; car vous pouvez être as-
suré que mon oncle Arnold ne soufErira pas que vous alliez plus
loin aujourd'hui, et nous ne forions que perdre du temps en cher-
dbant à rejoindre vos amisi qui, de l'endpint où vous dites que
42 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
TOUS les avez laissés , doiTent être rendus à Geierstein bien avant
nous. Suivez-moi d<mc , on je supposerai que tous êtes déjà las de
nke prendre pour guide.
— Supposez plutôt qœ j^ siiis las de la yie que tous m'ayez pro-
bablement conservée, répondit Arthur en se préparant à la suivre.
U examina en même temps le costume , la taille et les traits de sa
je«M eoBèaeiriee , eauuDMi qw emifirma la satisfaction qu'il avait
en la suivant, quoiqu'il ne pût le faire en ce moment avec un dé-
tail aussi circonstancié que celui que nous allons prendre la Uberté
de mettre sous les yeux de nos lecteurs.
Son vêtement de dessus n'était ni assez serré pour dessiner
ses membres, ce qui était défendu par les lois somptnaires du
canton , ni assez large pour gêner ses mouvemens quand elle mar^
chait ou gravissait les rochers; il couvrait une tunique d'une cou-
leur cUSKrente, et fad descendait jusqu'à mi-jambea, dont ta partie
inlérieure restait exposée à k vue dans tentes ées bettes propiMS
tîeas. Ses sandales se terttîiiakBt en pointe recourbée, et les Inm-
disiettes croisées aa-desius dé la dieviUe , pour les j attarii«%
étaieht garnies d'anneaux d'argent. Sa taille était serrée par xmit
eëintnre de soie de diverses couleurs , ornée de fils d^er ftdsaat
partie du tissu. Sa tunique, ouverte paMtevmnt, qui laissait toit
on cou tiégant et d'une pure blancheur, permettait même à 1^1
de péiiétrer eatkte plus bas* Cette blancheur contrastait un peA
avec son visage légèrisment bmai par l'air et h soleil , non pas av
point de diminuer sa beauté , mais seulement assez pour prouver
qb'eBe possédait cette santé dont en est redevdile à l'habitude et
l'exieroioe. Ses longs cheveux blonds tombaient en tresses nom-
breuses] sur ses tempes ;( ses yeux biens, ses traits aimables > et
leur expression pleine de dignité et de simplicité , indiquaient m
Blême temps le caractère dte doilceur, de confiance et de résolu-
tion d^tme ame trop vertueuse pour Soiq[>çonner le mal , et tr<^
fière pour le erainÂ!^. Sur ces dievenx , l'ornement ilàturel de la
beauté, et eelui qui lui sied le mieux , ou plutôt, devrais*je dir«,
an milieu de ces cheveux était placée une petite toque; qui, d'a-
près sa forme, était moins destinée à protéger sa tête qu'à pronver
le goAc de la jeune fiUe, qui n'avait pas manqué^ suivant la <Am*
tunone dés montagnes, de h décorer d'ime plume de héron , et y
avait ajouté; luxé encore peu eoiuaaun à cette époque, mepelitb
OHàBUBUS TÉMÉB&IBB. 41
fû k iMir» et dflttfc kfe deoA kMit étaîoM «MBvéi mn «i large
nédailkm de mèmB métël.
mute ^éèsnit moLféoÊÊm de la «Min» conuMne^ at fi» wm Vèè
Mileora de aca finraaa» aàna riee ateir db aaMêidiB^ loi êôxt^
arânt l'flv da Ifieèrve, jplDtèt qee la baMiléAàre de iaoe^
graees Votopiiaaafiei de Yénes* Ue fraet w>Ue^ dea m&uinréê
soaj^leaetbîieiifiMméa, nn pat fanne et léger eeielHalêiei^y aa
modeMîe TH^paaie» et aorteoft «ta air cmverc et eaa aaaiiraMéte*
géoee, tela 6l eiaut laa aharaieg de kjeaeeSUTétknBBy dignléw
«Cfet d^âiK ooai|ntde à la déeaae de la aageiae et «te k ehaaieté.
La i^te q«e fe jennte Anglak ^araâtalovaaeiiaaa oandnite élaft
èffioîle et «héteia» wêêm on nepewmt dire i|a'eHe lût dèlhges-
rame» sérUMit enk eompairàÉt avec keiieBÎiifii'il venait dé kire
sar les rochers. C'était, dans le fait, k continnatioa du létttkry
et rAMdeliuBiit dii tcrrei dratilaété si eomaiit ]»ailé, M aiait
détanôt m» falnîe. Qneîfa'il elit été iiadoBwagé an divtan élt^
ivoîta, à rdpOqee dn mêaie taremUement deitorre, en y vo^tdeft
navfaea «idiquant ifu'il avait défà M gieasièreÉiant lépai^, de
maaièna à le rendra praticdbla paor des gens qoî attaehent aessl
fiea d'ÎH^MMrtanee qne les Suisses à avoit dis cliamtiai de eeehnra»
uicsliiNi nnk et Um nivolëa. La jeeiieffik npprit ik^ami à AMittr
^e k route aelaaifa kisait un dronit pour aÛer rejoindre oèlliB
foeses ee^pd^nons et ki avûent sdivie dansk matkée, de sorte
qaes'ifa avaient tourné au point de jenelâôn de ce netovean chcMifal
avec l'anei«^n , fls auraient ëviié k dangtarqu'ds avaient eoara en
a'i^proekant dn piédipioe.
Le sentier sur leipiel ils marchaient akrs était pks kin dû
torrent, qwri^oa en entendit encore k tonnerre sekienrahi ,
èùat tea éckts avaient augmenté tant qu'ib avaient moAté parai-
lèleaient à smicoan. Mais tout à coup le sentier, tbdrÉiUità angle
droit» ae dirigea ea hgne directe vws le vieux drfteau, et ib M-
rmt sons ka yeux nn des tableaux les plus q^endides el les pltts
imposans de ces «Mitagaes.
L'ancienne tour de Geierstein, quoiqu'elk ne Mtni tr6A consi*
dérabk, ni dktîiaignée par dès ornemens d'architectni^, avait un
sûr de dignité et de terreur qu^elk devait à sa position sur le bord
de k rive <^osée dn tottenti k}hi) piréeiflément à l^Mgk du h»;
cher sur k^nel kê «aines tMnt ainaées, fbMne une dMtfie tfim^
** CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
ron cent pieds de hauteur, et se précipite du défiSé dans un
formé dans le roc vif, et que ses eaux ont peai>étre creusé depuis
le conunencement des <emps. En fuce de ces eaux éternellement
mugissantes et coulant à ses pieds , s'élevait la vieille tour, con-
struite si pràs du bord du rocher^ que les arcs-boutans que l'archi-
tecte avait employés pour en fortifier les fondations, semblaient
faire partie du roc , et s'élevaient , ainsi que lui, en ligne perpendi-
culaire. C(MÊnme!c'était l'usage dans toute l'Europe aux temps de la
féodalité, la principale partie du bâtiment formait un carré massif ,
dont le sommet, alors en ruines, était rendu pittoresque par les
tourelles de différentes formes et de diverses hauteurs qui le flan-
quaient, les unes étant rondes, les autres mgulaires, plusieurs
étant en ruine, quelques-unes encore presque entières ; ce qui va-
riait la vue en perspective de cet édifice, qui se. dessinait sur un
ciel orageux.
Une poterne en saillie, à laquelle on descendait de la tour par
nn escalier, avait autrefois conduit à un pont qm donnait accès du
château à l'autre côté du torrent où se trouvaient alors Arthur
Phihpson et sa belle conductrice. Unc^ seule arche, on pour mieux
dire le côté d'une arche, consistant en grosses pierres , subsistait
encore, et se montrait sur le torrent, précisément en face de la
chute d'eau. Jadis çsette arche avait servi à soutenir un pont-levis
en bois, d'une largeur convenable, mais d'une tdle longueur et
d'un tel poids , qu'il était indispensable qu'il repos&tfsn se bais-
sant, sur quelque fondation solide. U est vrai qu'il en résultait un
inconvénient : même quand le pontilevis était levé, il y avait pos-
sibiUté d'approcher de la porte du château par le moyen des pierres
destinées à en recevoir les côtés ; mais comme ce passage n'avait
pas plus de dix-huit ponces de largeur, et que l'ennemi audacieux
qui aurait osé le traverser n'aurait pu arriver qu'à une entrée ré-
gulièrement défendue par une herse, flanquée de tourelles et de
remparts d'où l'on pouvait lancer des pierres et des traits, et
verser du plomb fondu ou de l'eau bouillante sur l'ennemi, on ne
regardait pas la possibilité de cette tentative comme préjudiciable
à la sûreté^dn:château.
Dans le temps dont nous parlons , le château étant entièremetit
ruiné et démantelé, la porte, la herse et lepont-leyis n'existant
plus, le passage voûté sous lequel la porte avait été placée , et les
pierres étroites qui unissaient encore les deux cfttés de la rivière ,
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 45
serraiait d^ moyen de communioation entre les deux lÎTes pour
les habitans des en wons, que ThabiUide avait fiunîliarisés avec
les dangers d'un tel passage.
Pendant ce opnrt trajet, Arthur Philipsoni eommeonbonaro
nonyellement tenda , avait repris l'élasticité de corps et d'esprifc^
qui lui était natorelle* A la vérité ce ne fat pas avec une tian-
qiuiUité parfaite qa*il suivit sa conducjtrioe , tandis qu'elle marehait
légèrement sur cet étroit passage formé de pierres raboteuses^
moiiillées et rendues continuellement glissantes parles vapeurs de
la cascade TCMsine. Ce ne fat pas sans appréhension qu'il accom-
plit ce fait périlleux à si peu de distance de la chute d'eau , dont il
ne. pouvait s'empêcher d'entendre le bruit assourdissant , quoiqu'il
eût grand soin de ne pas tourner la tête de ce càié, de peur d'é-
prouver dtt nouveaux vertiges en voyant les eaux se prédpiter du
haut du rocher dans un abîme qui paraissait sans fond. Hais,
malgré son agitation intérieure , la honte oaturellede laisser voir
delà crainte y quand une jeune et belle femme montrait tant de
calme , et le désir de réparer sa réputation aux yeux de sa conduc-
trice, emjtêchèreAt Arthur de s'abandonner à l'émotion qui l'avait
accablé bien peu de temps auparavant. Marchant avec fermeté,
mais se soutenant avep précauticm de son bâton ferré, il suivit les
pas légers de la jeune Helvétienne le long de ce pont redoutable;
il passa après elle par la poterne en ruines » et monta l'escalier, qui
était dans un semblable état de délabrement.
Ils se trouvèrent alors dans un espace couvert de ruines, ayant
été autrefois une cour en face de la tour, qui s'élevait avec une
sombre dignité au milieu des débris d'ouvrages de fortification, et
des bâdmens destinés à divers usages. Ils traversèrent rapidement
ces ruines , sur lesquelles la nature avait jeté un manteau sauvage
de mousse, de lierre et d'autres plantes grimpantes , et ils en sor-
tirent par la porte principale du château , pour entrer dans un de
ces endroits que la nature embellit souvent de ses charmes les plus
délicieux, même au milieu des contrées en apparence arides et
d&olées.
Le château s'élevait aussi de ce cbté beaucoup au-dessus du sol
des environs; mais l'élévation du site, produite, du c6té du tor-
rent, par un ro,cher perpendiculaire, offrait de ce côtén» une
pente rapide qui avait été formée en talus, comme un glacis mo-
derne^ pour mettre l'édifice plus en sûreté. Ce terrain était alors
4$ OBUMiBI LE TÉMÉRURB.
mutait ai jmBM& arbPM etde biuMOins , an aûlieii dMfKtoIft toisr
i^Mt^ail «fwlMto ta digailé d'une belk niine« An^Ui de ces
bosquets en pente ^ la yne présentait nn oaractère tant dUKrent*
Une élaadm de terre de pkis de eent acnés était ttitoorée de ro-
ifaeveat de mentagnes foà, tout eo conserrant l'aqwct sattVagti
delà GMMrdefaenosToyagenrs avaient traTOtéelenatin, enviroiH
Mient ei en qnelqrn sorte défendaient nn petit canton oà la natnre
dtttîl pins lartfieet se montrait sonsdes traits pins donx. La snrftKse
de ee donatee éMiit extrémemesit variée» mais en général la terre
7 snNnit nn^ pente donoe vers le snd.
Vnè grande maiéon construite en bois^ sans le moindre ^ard
poor la régularité ou la symétrie i indiquait par la fcmée qui
en BOietiti comme par le nombre et la grandeur des bâtSmens de
UMiteiaiitare qui Fentironnaient y et par les champs bien cultivés
q/ÊNm voyait tout à PetttouTi que c*était le séjour^ sinott de la
splendeuTy du moins de Paisance. Un verger rempH d*arbres frui-
tiers en plein rapport s'étendait aasud de la maison. Des groupes
de noyers et de châtaigniers croissaient majestueusement en-
semble » et ttii vignoble de trois ou quatre acres prouvait m^e
que la vigne y était cultivée aveo intelligence et succès. Oetle
dernière culture est maintenant nniverseltement répandue dans
toute la Suisse; mais, dans le temps dont nous parions, elle n'oo-
éupait qu'Un petit nombre de propriétaires assez heureux pour
avoir le rare i^vantage d^uttir nntelHgence à la richesse, ou du
moins à Fàisancé.
Dans de riches pâturages, paissaient un grand nombre de bes-
tiau de cette belle race qui feiit Porgneil et la richesse des mon-
tagnards suisses. Où les avait retirés des contrées plus monta-
faneuses oft ils avaient passé lAété , pour quHls ftissent plus près de
l'abri dont il6 auraient besoin à f époque des orages d'automne.
Dans quelques endroits choisis, les agneaux tondaient tranquille-
ment Fherbe de belles prairies ; dans d'autres, de grands arbres ,
produit natiki^l du sol , croissaient sans craindre la hache, jusqu'à
ce qu'on eût besoin d'en abattre quelqu'un pour se procurer du
bois de constructleA , et donnaient un aspect de verdure et de
bois à un tableau de culture agricole. Unv petit ruisseau serpen-
tait à travers ce paradis ceint de montagnes, tantôt réfléchissant
lés rayons du solett, ^ avait alors dissipé le brouillard, tantôt
indiquant sa course par des rives âevées couvertes de grands ar-
hns, et tamÂtla cachant so^s des buissons d'anbépines ç(i|o noi-
setiers. Ce ruisseau , après maints détours qja^ semblaient indiquer
sa répugnance à quitter ce séjour pai$iUe » sortait enfin de ce do-
maine écarté^ et, semblable à un jeune homme aban^oiyi^nt lei
amples jeux de l'adolescence pour entrer dans la carrière. 4'une
Tie active et agitée, allait s^unir au ton^i^t impétueux qui > des-
cendant avec fracas des montagnes, venait frapper le rocher suf
leipiel s'élevait l'ancienne tour de Geieptein , et se précipîifaijb
ensuite clana le défilé sur les bords dunjiiçl notre jeqne loj^g^wç
avait 'été sur le point de perdre la vie.
Quelque impatient que fût Arthur de rejoindre son père» $ w
put s'entpec^er de s'arrêter un moment , tant il était sqrpris de
trouver taint de beautés champêtres au milieu d'une pareille scène
d'horrevt"; et il jeta un regard en arrière sa^ la tQur de Geier-
• sieûi et sur le rpché^ escarpé qui lui avait donné son noip, commei
' pour s'assorer, par la vue de ces objets reqiarquables» qu'il était
réellement dans les envfrons de ce désert sauvaj^ où il avait
éprouvé tant de dangers et de terreur. Cependant le^ limites de
cette ferme bien cultivée étaient si bornées , que ce cK)op d'œÛ en
arrière était à peine nécessaire pour convaincre le speçtatëiir que
cet endroit où l'industrie humaine avait t|*ouvé les mojen^ de SjS
déployer» et qui semblait avoir été mis eii valeur p^r suite de tra*
vaux considérables 9 était en bien faible proportion avec la nature
agreste et sauvage de la contrée environnante, I^i de hautes
montagnes fos'maient des murailles de ixHsher^; là|^ ^vê^uesde
forêts de pins et de mélèses dont l'existence remoJ|;itait p«tuuéure à
celle du monde. Au-dessus de ces montagnes et de l'émi^eiise suf
laqneOe 1^ tour était située» on pouvait voir la ^uapce presque
rosée d'ui^ inunense glacier frappé par les r$iyoQ3 du soleil ; et en-
core plus haut» sur la surface brillante dç cette meic 4e glace ^
s'élevaient^ avec une dignité silencie^use» les pics de oi^ monta^pnes
innombrables » couirennées de neiges éternelles*
Ce c{tt'U nous Sl fallu quelque temps pour décrire n'ocçqpa le
jeune Philipson qu'une minute ou deux; car, sur une pelouse en
pente douce qui était en face de la ferme » comme oq pouvait
ncmuner la maison , il aperçut de loin dnq ou si^ hpwnies » dans le
premier desquels » à sa marche , à son costume et à la fbime de sa
toque » il lui fut aisé de reconqaître son pèrct^i CQ père ^'iJl e^pé"
rait à peine revoir.
48' CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Il samt donc avec empressement sa conductrice , 'pendant
qu'elle descendait la colline, escarpée au haat de laquelle était la
Tieille tour. Ils s'approchèrent du groupe qu'ils avaient aperçu;
le vieux Pliilipson doubla le pas pour joindre son fils, accompa-
gné d'un homme d'un âge avancé , d'une taille presque gigan-
tesque^ etquiy par son air simple et majestueux en même temps ,
semblait le digne concitoyen de Guillaume Tell, de Staufbacher^
de Winkelriedy et d'autnes Suisses célèbres , dont le cœur ferme
et le bras vigoureux avaient , le siècle précédent, défendu avec
Buceès f contre des armées innombrables, leur liberté personnelle
«t l'indépendance de leur pays.
Avec une. courtoisie naturelle, et comme pour éviter au père
et au fils le désagrément d'avoir, en présence àù témoins, une
entrevue qui devait leur causer de l'émotion à tous deux, le Lan-
damman, en s'avançant avecle vieux Philipson, fit signe à ceux
qui lé suivaient, et qui tous semblaient être des jeunes gens, de
rester en arrière. Ils s'arrêtèrent donc à quelques pas, et parurent
interroger Antonio sur les aventures des étrangera. Anne, con*
ductrice d'Arthur, avait à peine eu le temps de lui dire : — Ce
vieiUard est mon oncle,, AJÊnold Biederman, et ces jeunes gens
sont mes parens , quand le Landamman et le vieux Philipson arri-
vèrent. Avec la même délicatesse qu'il avait déjà montrée , Ar-
nold prit sa nièce à part; et tout en lui ^demandant compte de
l'expédition qu'elle venait de &ire, il examina le père et le fils
pendant leur entrcYue , avec autant de curiosité que la civilité lui
permettait d'en montrer. Elle se passa tout différemment qu'il ne
s'y était atteùdu.
Le vieux Philipson avait la plus vive tendresse pour son fils :
nous l'avons tu prêt à courir à la mort quand il avait eu à crain-
dre de ravoir perdu ; et l'on ne peut douter de sa joie quand il fut
rendu à son affection. On aurait donc pu s'attendre à voir le père
et le fils se précipiter dans les bras l'un de l'autre, et telle était
probablement la scène dont Arnold Biederman avait cm qu'il allait
être témoin.
Mais le voyageur anglais, comme un grand nombre de ses com-
patriotes, cachait des sentimens vi& et profonds sous une appa-
rence de froideur, et il aurait regardé comme une fidblesse de
s'abandonner sans réserve aux émotions les plus douces et les plus
naturelles, U avait été > dans sa jeunesse , ce qu'on |>eut appeler va
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 49
homme bien fait, et sa physionomie , encore belle à un âge pins
ayaDcé , avait une expression qui annonçait an homme peu dis-
posé à céder Ini-méme à ses passions ou à encourager trop de con-
fiance dans les autres. II avait doublé le pas en apercevant son Sh,
par suite du désir naturel qu'il avait de se trouver près de lui ;
mais il le ralentit en s'en approchant , et quand ils furent en pré-
sence, il lui adressa, avec un ton de réprimande plutôt que d'af-
fection y ce reproche inspiré par la tendresse paternelle : — Ar-
thur, que tous les saints vous pardonnent le chagrin que vous
m'avez causé aujourd'hui !
— Amen! répondit le jeune homme; je dois avoir besoin de
pardon , puisque je vous ai causé du chagrin. Croyez pourtant que
î*ai agi pour le mieux.
— Il est heureux , Arthur , qu'en agissant poar le mieux , et en
ifécontant que votre volonté , il ne vous soit rien arrivé de pire.
— C'est à cette jeune personne que j'en suis redevable, lui ré-
pondit son fils avec un ton de patience et de soumission , en lui
montrant Anne, qui se tenait à quelques pas de distance, désirant
peut-être ne pas entendre des reproches qui pouvaient lui paraître
déraisonnables et inopportuns.
—Je lui ferai mes remeroiemiens quand je pourrai savoir de
quelle manière je dois les lui adresser : mais croyez-vous, Arthur,
qa'il soit honorable, qu'il soit convenable que vous ayez reçu d'une
femme des secours qu'il est du devoir d'un homme d'accorder an
sexe le plus faible ?
Arlhur baissa la tête, et ses joues se couvrirent de rougeur.
Arnold Blederman s'en aperçut , et voulant venir à son ^cours ,
il s'^pp^cha d'eux et prit part à la conversation.
—Jeune homme, lui dit-il, ne rougissez pas d'avoir reçu des
avis on des secours d'une (ille d'Underwald. Apprenez que la li-
Berté de ce pays est due à la sagesse et à la fermeté de tous ses en-
bns, de ses filles aussi bien que de ses fils. Et vous, mon vieil hôte,
TOUS qui, à ce qu'il paraît, avez tu bien des années et plusieurs
contrées, vous devez avoir trouvé bien des exemples qui prouvent
que souvent le plus fort est sauvé par le secours du plus faible,
le plus fier par l'aide du plus humble.
— J'ai du moins appris, répondit l'Anglais, à ne pas débattre
une qnestion.sans nécessité avec l'hôte qui m'a accueilli avec bonté.
Et y après avoir jeté sur son fils un regard qui semblait brillesr de
4
5b CHARLES LE TÉMÉftAIRE:
la plas vive afTectioiiy il reprit, tandis qu'on iretonmait vers la
maison I la oonTersation qu'il ayait commencée avec sa nouvelle
connaissance ayant qu'Arthar et sa conductrice fassent arrivés.
Arthur y pendant ce temps , eut le loisir d'examinCT* l'air et les
traits de leur hAte, qui, dans leur caractère mâle et sans affecta-
tion» offraient un mélange de simplicité antique et de dignité
agreste. Ses vêtemens , quant à la forme , ne différaient guère de
ceux de la jeune fiUe, dont nous avons déjà fait la description,
lis consistaient en une espèce de fourreau, presque de même
forme que la chemise moderne, seulement ouvert sur la poitrine ,
et porté par-dessus une tunique. Mais son vêtement de dessus était
beaucoup plus court que celui de sa fille , et ne lai descendait qu'au
bas des cuisses, comme le iilc^ du montagnard écossais* Des
espèces de bottéft lui remontaient au-dessus du genou , et ache-
vaient ainsi de couvrir toute sa personne. Une toque de peau de
martre, garnie d'un médaillon en argent, était la seide partie de
son costume qui montrât quelque ornement. Une large ceinture
de peau de bufSe qui lui serrait la taille était attachée par une
boucle de cuivre.
Cependant la taille et les traits de celui qui portait des vêtemens
si simples , où il n'entrait presque que la laine des moutons de ses
montagnes et les dépouilles des animaux tués à la chasse, auraient
commandé le respect partout où il se serait présenté , surtout dans
ce siècle belUqueux où l'on jugeait des hommes d'après leur vi-
gueur apparente. Arnold Biederman avait la taille ^ les formes , les
larges épaules et les muscles fortement prononcés d'un Hercule,
jftais ceux qui dirigeaient principalement leur attention sur sa
physionomie , voyaient dans ses traits pleins de sagacité , dans son
front découvert, dans ses grands yeux bleus, et dans la résolution
qu'ils exprimaient , quelque chose qui ressemblait davantage au roi
des dieux et des hommes de la fable. Il était entouré de plusieurs
de ses fils et de ses jeunes parens, au milieu desquels il marchait,
et don^ il recevait, comme un tribut Intime , les marques du res-
pect et de l'obéissance qu'un troupeau de daims rend à celui qu'il
reconnaît pour monarque.
Taudis qu'Arnold Biederman marchait à côté du vieux Philipson
et s'entretenait avec lui, les jeuneé geiis semblaient examiner Ar-
t. f apôii*
eBARLES LE TÉMÈRAmE. 51
t&ar Se trts près , et de temps en temps ils adressaient à Anne nne
gestion à démi-voix. Elle leur répondait brièvement et avec un
tond^impatience; mais ses réponses ne faisaient qa'exciter leur
gaieté; ils s^y livraient sans contrainte, et le jenne Anglais ne
poavait s'empêcher de croire qu'ils riaient à ses dépens. Se sentir
exposé à la dérision était im désagrément qoi n'était nullement
adouci par la réflexion que , dans une telle société , on traiterait
probablenoient de même quiconque ne serait pas en état de mar*
cher sur le bord d^in précipice d'un pas aussi ferme et anssi tran-
quille qiie s'il était dans les rues d'une ville. Etre tourné en ridi-
cule , quelque mal à propos que ce puisse être , pamît toujours fort
triste ; niais cette épreuve est encore plus pénible pour un jeune
homme quand il y est soumis en préisence de la beauté. Arthur
trouvait pourtant quelque consolation à penser que les plaisante-
ries des jeunes gens né paraissaient nulltoieat goûtées par sa belle
conductrice, qui /par son air et ses paroles, semblait Jeur repro-
cher leur manque de courtoisie ; mais il craignait que ce fût uni-
qnementpar sentiment d'humanité.
—Elle doit aussi me mépriser, pensa-t-if, quoique la politesse^
que ne connaissent pas ces rustlres malappris. Tait mise en état
de cacher son mépris sous les dehors dé la pitié. Elle ne peut me
juger que d'après ce qu'elle a vu; si elle me connaissait mieux
(et cette pensée n'était pais sans fierté), elle m'accorderait peut-être
on plus haut rang dans son estime.
IKn arrivant chez Arnold Biederman, les voyageurs entrèrent
Aamim appartement qui servait en même temps de salle à manger
et de salon de réception, et oii l'on avait £Êiit tous les préparatifs
poaron repas où régnaient en même temps Fabondance et la sim-
plicité. Autour de cette salle étaient appendues aux murailles des
armes pour la chasse et divers instrumens d'agriculture. Mais les
yeux du vieux Philipson se fixèrent sur un corselet de cuir, une
longue et lourde hallebarde, et une épée à deux mains , qui sen^
hlaieht placés comme une sorte dç trophée. Tout à côté était un
cafsque à visière, comme en portaient les chevaliers et les hommes
d'armes; mais il avait été négligé, et au lieu d'être bien fourbi il
était couvert de poussière. La guirlande d'or, en forme de cou-
totùkt, qui y était entrelacée, quoique ternie par le temps, indi-
quait un tàng distingué; et le cimicâr (c'était un vautour de l'es-
pèce qtii âtâot donné son nOm au vieux château et à la montagne)
4
52 CHARLES LE TEMERAIRE.
fit naître diverses conjecinres dans l'esprit du yieil Anglais : con-
naissant assez bien l'histoire de la révolution de la Saisse , il ne
douta guère que cette porlion d'armure ne fût un trophée de la
guerre qui avait eu lien jadis entre les habitansde ces montagnes
et le seigneur féodal à qui elles avaient appartenu.
L'avertissement de se mettre à tahle dérangea le cours des ré-
flexions du marchand anglais ; et une compagnie nombreuse « com-
posée indistinctement de tous ceux qui demeuraient sous le toit de
BîedermaUy s'assit autour d'une table , au haut bout de laquelle
était un plat de venaison de chamois; des plats abondans de chair
de chèvre , de poisson , de fromage , et de laitage apprêté de diffé-
rentes manières , composaient le reste du festin; Le Landamman
fit les honneurs de sa table avec une hospitalité simple et franche ,
et engagea les étrangers à prouver par leur appétit qu'ils se trou-
Taient aussi bien reçus qu'ils le désiraient. Pendant le repas , il
s'entretint avec le plus âgé de ses hôtes , pendant que les jeunes
gens et les' domestiques mangeaient modestement et en silence.
Avant qu'on eût fini dcdîner, on vit passer quelqu'un devant une
grande fenêtre qui éclairait cet appartement, ce qui parut exciter
une vive sensation parmi ceux qui s'en aperçurent.
— Qui vient de passer ? demanda Biederman à ceux qui étaient
assb en foce de la croisée.
— C'est notre cousin Rodolphe de Donnerhngel, répondit un
des fils d'Arnold avec empressement.
Cette nouvelle parut faire grand plaisir à tous les jeunes gens
qui se trouvaient dans la salle, et surtout aux fils du Landamman.
Le chef de la famille se contenta de dire d'une voix grave et calme :
— Votre cousin est le bien-venu; allez le lui dire, et faites-le
entrer.
Deux ou trois de ses fils se levèrent aussitôt , comme jaloux de
faire les honneurs de la maison à ce nouvel hôte, qui arriva quel-
ques momens après. C'était un jeune homme de très grande taille,
lien fait, et ayant un air d'activité. Ses cheveux, tombant en
boucles, étaient d'un brun foncé, et ses moustaches presque
noires« Sa chevelure était si épaisse, que sa toque paraissait trop
petite pour la couvrir, et il la portait de côté. Ses vêtemens étaient
de la même forme et de la même coupe que ceux d'Arnold, mais
d'un drap beaucoup plus fin, des fabriques d'Allemagne, et riche-
ment orné. Une de ses manches était d'un vert foncé galonnée
\
■
/
CHARLES LE TEMERAIRE. 63
et brodée en argent; le reste de son habit était ëcarlate. La cein-
ture , qni serrait autour de sa taille son Têtement de dessus, serv.ait
aussi à soutenir un poignard dont le manche était en argent. Pour
que rien ne manquât à Télégance de son costume, il portait des
bottes qni se terminaient par une longue pointe recourbée, sui«
Tant une mode du moyen-âge. Une chaîne d'or suspendue à son
cou soutenait un grand médaillon de même métal.
Ce jeune homme fut entouré à l'instant par tous les fils de Bie-
derman , comme le modèle sur lequel la jeunesse suisse devait se
former, et dont la démarche, la mise, les manières et les opinions
devaient être adoptées par quiconque voulait suivre la mode da
jour, sur laquelle il était reconnu tpi'il régnait, et dont personne
ne songeait à lui disputer l'empire.
Arthur Philipson crut pourtant remarquer que deux personnes
de la compagnie accueillaient ce jeune homme avec des marques
d'égard moins distinguées que celles que lui prodiguaient d'un com*
inan accord tons lès jeunes gens présens à son arrivée. Du moins
ce ne fut pas avec beaucoup de chaleur qu'Arnold Biederman
lai-même dit au jeune Bernois qu'il était le bien-venu ; car tel était
le pays de Rodolphe. Le jeune homme tira de son sein un paquet
cacheté qu'il remit au Landamman avec de grandes démonstrations
de respect; et il semblait attendre qu'Arnold, après en avoir
rompu le cachent et lu le contenu , lui dît quelques mots à ce sujet ;
laais le patriarche se borna à l'inviter à s'asseoir, et à partager
leur repas, et Rodolphe prit à côté d'Anne de Geierstein une
place qu'un des fils d'Arnold «'empressa de lui céder avec poli-
tesse.
Xf parut aussi au jeune observateur anglais que le nouveau vena
était reçu avec une fi*oideur marquée par cette jeune fille , à qui
il semblait empressé de rendre ses hommages, près de laquelle il
avait réussi à se placer à table, et à qui il paraissait songer à plaire
plutôt qu'à faire honneur aux mets qu'on lui servait. Il vit Rodolphe
loi dire quelques mots à demi-voix , en le regardant. Anne lui ré-^
pondit très brièvement; mais un des fils de Biederman, qu'il avait
pour voisin de l'autre côté, fat probablement plus communicatif,^
car les deux jeunes gens se mirent à rire ; Anne parut déconcertée^^
m
et rougit de mécontentement.
-— Si je tenais un de ces fils des montagjlles, pensa le jeune Philip-^
W;8ar trois toises de gazon bien nivelé, s'il est possible de trouver
/
en ce pays autant de terrain.plati je crpis qu'au lieu de leur .api»rê-
ter à rire, je pourrais leur en faire passer Venvie. Il est aussi
étonnant de trouver ces rustres snffisans sous le même toit qu'une
jeune fille si courtoise et §i aimable , qu'il le serait de voir un de
leurs ours velus danser un rigodon avec une jeune personne sem-
blable à la fille de notre hôte. Au surplus gu'ai-je besoin de m'in-
quiéter plus que de raison de sa beauté et de leur savoir-vivre ,
puisque demain matin je dois les quitter pour ne jamais les
revoir ?
Pendant que ces réflexions se présentaient à l'esprit d'Arthur,
le maître de la maison demanda du vin , invitales deux étrangers à
lui faire raison , en envoyant à chacun d'eux une coupe de bois
d'érable d'une taille remarquable, et il en fit porter une semblable
à Rodolphe Donnerhugel. — Iftais vous, cousin, lui 4it-il, vous
êtes habitué à un vin plus savo^^reux que celui qui est le produit
des raisins à demi mûrs de Geierstein. Le croirez-vous , Mon-
sieur? ajouta-t*il en s'adressant à Philipson, il y a des bourgeois à
Berne qui tirent le vin qu'ils doivent de France et d'Allemagne.
— Mon pareQt le désay^pronve , dit Bodolphe ; mais on n'a pas
le bonheur d'avoir partout des vignobles tds que celi»i de Geiersr
tein, qui produit tout ce que Iç cœur et les yeux peuvent désirer.
En parlant ainsi, il jeta un coup d^œil sur sa belle voisine , qui eut
l'air de ne pas comprendre ce compliment. Mais nos riches bour-
geois, ajouta l'envoyé de Bqme, ayant quelques écusdetrop^ ne
croient pas][coiamettre une extra vîigance en les échangeant .pour
du vin meilleur que celui que nos montagnes peuvent produire.
Nous serons plus économes quand nous aurons à notre disposition
des tonneaux de vin de Bourgogne ^ui ne nous coûteront que la
peine de les transporter.
— Que voulez-vous dire par là , cousin Rodolphe? demanda Ar-
nold Biederman.
— • Il me semble , mon respectable parent , répondit le Bernois ,
que vos lettres doivent vous avoir appris que notre diète va pro-
bablement déclarer la guerre à la Bourgogne.
•-r Ah! s'écria Arnold, vous connaissez donc le contenu de mes
lettres I C'est encore une preuve que les temps sont bien changés à
Berne et dans notre diète. Depuis quand sont morts tous ses
hommes d'Etat à cheveu?: gris, puisqu'elle appelle à ses conseils
des jeunes gens dont la barbe n'est pas encore poussée ?
— Le sénat de Berne et la diète de la confédération, répondit le
jenne homme on peu confas , et voulant justifier ce qu'il avait
avancé, permettent anx jeunes gens de connaître leurs résolutioiK,
puisque ce sont eux qui doivent les exécuter. La tête qui réfléchit
peut accorder sa confiance au hras qui frappe.
— Non pas avant que le moment de Ik'apper soit arrivé , jeune
honune, répliqua Arnold Biederman d'un ton austère. Quelle espèce
de conseiller est celui qui parle indiscrètement d*affoires d'Etat
devant des femmes et des étrangers? Allez, Rodolphe, et vous
tous^ jeunes gens , allez vous occuper 2les exercices qui convien-
nent à votre âge , afin d*appretidre ce qui peut être utile à votre
* patrie , au lieu déjuger dés mesures qu'elle croit devoir prendre.
Gdane s'adresse pas à vous, jeune homme, ajouta-t-il en regardant
Arthur qui s'était levé , vous n'êtes pas habitué à voyager sur les
montagnçsy et vous avez besoin dé repos.
— Non pas, Monsieur, avec votre permission, dit le vieux Phi-
hpson. Nous pensons, en Angleterre, qtie , lorsqu'on est fiitigué
paor un genre quelconque d'exercice , le meilleur moyen de se dé-
lasser est de se livrer à quelque antre, comme , par exemple, si
l'on est tas d'avoir marehé , on se reposera mieux en montant à
cheval, qne si l'on se couchait sur un lit de duvet. Si vos jeunes
gens le trouvent bon, mon fils partagera leurs exercices.
— n trouvera en eux des compagnons un peu rades , répondit
raelvétien ; mais cependant, comme il vous plaira.
Les jeunes gens sortirent de la maison , et se rendirent sur la
pelouse qui était en face. Anne de Geierstein et quelques fbmmes
delà maison s'assirent sur un hanc, poor juger qui obtiendrait la
snpériorité ; et les deux vieillards , restés tête à tête, entendirékit
iiertôt le bruit, les acclamations et les éclats de rire des jeunes
gens occnpés dé leurs jeux. Le maître de la maison reprit le flacon
de vin , remplit là coupe de son hôte , et versa le reste dans la
sieane.
— Digne étranger, dit-il, à Fâge où le sang se refiroîdît, et où
les sensations sont plus difficilement émues^ le vin pris avec modé-
ration ranime l'imagination, et rend anx membres de la souplesse.
Cependant je voudrais presque que Noé n'eût jamais planté la
vigne, quaiklje vois, depra's quelques années , mes concitoyens se
gorger de vin comme les Allemands , an point de se rendre aussi
ixii^pables d'agir et de penser que de vils pourceanx.
56 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
— J'ai remarqué qne ce TÎce devient pins commun dans yotre
pays I où j'ai entendu dire qu'il était totalement inconnu il y a im
siècle.
— Il y était inconnu, parce qu'on y faisait très peu de yin, et
que jamais on n'y en importait d'aucun autre pays; car personne
n'avait le moyen d'acheter ce que nos vallées ne produisent pas.^
Mais nos guerres et nos victoires nous ont acquis de la richesse
comme de la renonunéey et , suivant Fhumble opinion d'un Suisse
du moins I nous nous serions bien passés de l'une et de l'autre, si
nous n'avions obtenu la liberté en même temps*. Cependant c'est
quelque chose que le comnierce envoie quelquefois dans nos mon*
tagnes retirées un voyageur sensé, comme vous, mon digne hôte ,
que vos discours me font regarder comme un homme doué de sa-
gacité et de discernement ; car, quoique je ne voie pas avec plaisir
ce goût toujours croissant poi^r les babioles et les colifichets que
vous introduisez parmi nous, vous autres marchands, je reconnais
pourtant que de simples montagnards comme nous puisent plus de
connaissance du monde dans leurs entretiens avec des hommes
semblables à vous , qu'il ne leur serait possible de s'en procurer
par eux-mêmes. Vous allez à Baie , dites-vous, et de là au camp du
duc de Bourgogne ?
— Oui , mon digne hôte ; c'est-à-dire pourvu que je puisse faire
ce voyage en sûreté.
— Et vous pourrez le faire sans aucun risque , mon digne ami ,
si vous voulez passer ici deux ou trois jours ; car alors je dois faire
moi-même ce voyage , et avec une escorte suffisante pour être à
l'abri de tout danger. Vous trouverez en moi un guide aussi sûr que
fidèle y et vous m'apprendrez sur les autres pays bien des choses
dont il m'importe d'être mieux informé que je ne le suis. Est-ce un
marché conclu?
— Cette proposition m'est trop avantageuse pour que je la
refuse; mais puis-je vous demander le motif de votre voyage?
-*- Je viens de gronder ce îenne homme pour avoir parlé des af-
&ires publiques sans réflexion et devant toute la famille ; mais il est
inutile de cacher à un homme prudent comme vous les nouvelles
que je viens de recevoir et la cause de mon voyagé; d'ailleurs le
bruit public ne tarderait pas à vous en instruire. Vous avez sans
doute entendu parler de la haine mutuelle qui existe entre Louis XI,
roi de France, et Charles^ duc de Bourgogne, qu'on surnomme le
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 61
»
Téméraire. Ayant yu ces deux pays, comme yotre omTersation me
l'a appris, tous connaissez sans doute les divers motifs d'intérêts
difCérens, qui» indépendamment de la haine personnelle deces deux
souverains, en font des ennemis irréconciliables. Or, Lonis, qui
n'a pas son égal dans le numde entier pour l'adresse et l'astuce,
emploie tonte son influence, en distribuant de grandes somme»
d'argent parmi quelques-uns des conseillers de nos voisins d»
Bene , en en versant d'autres dans la trésorerie même de cet Etal^
en excitant la cupidité des vieillards, et en encourageant Tar*
deor des jeimes gens, pour décider les Bernois à faire la guerre au
due. D'une autre part, Charles agit, à son ordinaire, précisément
comme Louis le voudrait. Nos voisins et alliés de Berne ne se
boment pas, comme nous autres des Cantons des Forêts, à nourrir
des bestiaux et à cultiver la terre; mais ils font un commerce
considérable qtie le duc de Bourgogne a interrompu en bien des
occasions par les exactions et les actes de violence de ses officiers
dans les ailles finontières, comme vous le savez certainement.
— Sans contredit. Leur conduite est généralement regardée
comme vexatoire.
— Vous ne serez donc pas surpris que, sollicités par l'un de ces
souverains, et mécontens de l'autre, fiers de nos victoires passées,
et dëarant augmenter encore notre pouvoir, Berne, et les Cantons
desYiUes, dont les représentans, d'après leur richesse supérieure
et lenr meilleure éducation, ont toujours plus de choses à dire à la
fiète de notre Confédération , que nous autres des Cantons des
forêts, soient portés à la guerre , dont le résultat a été jusqu'ici
çae la République a toujours obtenu des victoires, des richesses ,
et me augmentation de territoire.
—Oui; mon digne hôte, et dites aussi une nouvelle gloire , dit
Pbilipson , l'interrompant avec quelque enthousiasme. Je ne sois
pas étonné que les braves jeunes gens de vos cantons soient dis*
posés à entreprendre de nouvelles guerres, puisque leurs victoires
passées ont été si brillantes et ont fait tant de brait.
— Vous n'êtes pas un marchand prudent, mon digne ami, si
vous regardez le succès obtenu dans une entreprise téméraire
comme un encouragement à un nouvel acte de témérité. Faisons
nn meilleur usage de nos victoires passées. Quand nous combat-
tions pour notre liberté. Dieu, a béni nos armes; mais ea fera-l-il
58 CHARLES LB TI^MÉR^QIE.
autant si nous combattons pour nons agrandir, on povrPor de. Ja
Rrancef
— Tons avez raison f en douter, rëponfit le mardiand 9'an ton
pins rasns; mais supposez que tous tiriez Tépée pour mettre fin
aux exactions vexatoires du duc de Bourgogne?
— Eeoutez-moi y mon cher ami , il peut se faire que nons autres
des Gantons des Forêts, nous -fassions trop peu de cas de ces af-
fedres de commerce qui excitentlellement Pattenlion des bourgeois
de Berne. Cependamtnous n'abandonnerons pas nos* voisins et nos
alliés dans une juste querelle, et il est presque arrangé qu'une
^patation sera envoyée au duc de Bourgo^e pour obtenir répara,
tien. La diète générale, actneUement assemblée à Berne, demande
que je fuse partie de cette ambassade , et telle est la cause du
voyage dans lequel je vous propose de m'accompagner.
— J'aurai beaucoup de satisfaction à voyager en votre compa-
gnie, mon digne hôte ; mais, sur ma foi , d'après votre poit et votte
t»lle. Vous ressemblez à un porteur de défi, plutôt qu'à on mes-
sager de paix.
-^ Et je pourrais £re aussi , mon digne hdte , que vos discours
et vos sentimens paraissent sentir leglaive plus que Faune.
— J'ai appris à manier le fer avant d'avoir pris l'aune en main ,
répondit PhÛipson en souriant , et il peut se fiâdte que j'aie encore
plus de goût pour mon ancien métier que la prudence ne le per-
mettrait.
— C'est ce que je pensais. Macis vous avez probablement com-
battu sous les bannières de vôtre pays, contre des étrangers , des
ennemis de votre nation ; je conviendrai que la guerre en ee cas a
quelque chose qui élève Pâme , et qui fait oublier les maux cp^éH^
teligéde part et d'antre à des lêtres créés à l'image de Dieu. Mais
la guerre à laquelle j'ai pris part n^avait pas cette noble cause :
c'était la misérable guerre de Zurich, où des Suisses dirigeaient
leurs piques contre le sein de leurs propres compatriotes ; où Fan
demandait quartier et où on le refusait dans la même langue. Les
souvenirs de vos guerres ne vous rappellent probablement pas de
pareilles horreurs.
Le marchand baissa la tête sur sa poitrine, et porta une main à
son iront , comme un homme en qui les pensées les plus pénibles
s'éveillaient tout à coup.
GSAIUUIS LB TÉBOÊRAIAK. 59
— HélasI ditrily je mérite de senûr la blessure qœ m*i|ifli(;eiit
TDS paroles. Quelle nation peut connaître tonte Pétendue des maux
derAngleterre^ sans les avoir épronyés f Quels yeux peuvent les
apprécier, sans avoir vu un pays divisé, déchiré par la cj[uerelle de
lenxlactions acharnées, des batailles livrées dans chaque province,
des plaines couvertes de morts ^, le sang coulant sur les échafauds!
même dans vos vallées paisibles, vous avez dû entendre parler des
gaerres civiles de FAnglet^e?
—Je crois a^voir entendu dire que TAngleterre a perdu ses pos-
sessions en France pendant des années de guerres intestines et
sanglantes pour la couleur d'une rose; n'est-ce pas cela ? mais elles
sont terminées.
—Quant à présent, à ce qu'il paraît, répondit Philipson.
Tandis qu'il parlait, on frappa à la. porte. — Entrez, dit le
naître de la maison ; et Anne de Geierstein se présoita avec Fak
de respect que , dans ces contrées pastorales^ les jeunes personnes
savent qu'elles doivent aux vieillards.
CHAPITRE IV.
S« main teaait cet arc qa'il connaiaMlt ai Inan.
Il i» tourne ea tovt mms , «pac «ajn l'ammlae.
Tandis qu'à ses dépens plus d'un railleur badine.
«-Gmbibb il tovae cet arol -- Sa» dootoaittanai ^o^lei
Il en a tu quelqu'un pareil à celui-ci ;
— Ou pent-éti% il en vend , — ou bien il en
Ott Teul-il le foler ? '
HoMàax.
libefle Amie s'apptt^cha uveeTair à demi vbnideet à demi iiki-
portant qui âied si bien à une jeune maflrcsse de maison , quand
de est en même temps -flère et honteuse des. devoirs graves
qu'elle a à remplir , et elle dit quelques mots à l'oreille de son
<mcle,
—Et ces cerveaux éventés ne pouvaient-ils *fidre kur commis-
àxm eiDL*mêmes?HQue veulent-ils donc, puisqu'ib n*osent le de*
Vttnder et qu'ils vous envoient à leur place? Si c'eiltt, été qudqiie
6Ô CHAtlLES I.E TÉMÉRAIRE,
chose de raisonnable, j'aurais entencLa quatre voix me le corner
aux oreilles I tant nos jeunes Suisses sont modestes aujourd'hui*
Anne se baissa de nouveau et loi dit encore quelques mots à demi»
YoiXy tandis qu'il passait la main ayec un air d'affection si|r ses
cheveux bouclés.
^- L'arc de Buttisholz, ma chère ! s'écria-t-il; à coup aûr ils ne
sont pas devenus plus robustes que l'année dernière; aucun d'eux
n'a été en état de le tendre. Au surplus , lé voilà suspendu à la mu-
raille avec ses trois flèches. Et quel est le sage champion qui veut
essayer ca qu'il ne pourra exécuter?
— C'est le jeune étranger, mon oncle; ne pouvant le disputer
i mes cousins' à la course, au saut , au palet et au jet de la barre ,
il les à défiés à la course à cheval , et au long arc anglais.
— La course à cheval serait difficile dans un endroit où il n'y a
pas de chevaux , et où, quand il y en aurait, il ne se trouve pas
de terrain convenable pour une course. Mais il y aura un arc an-
glais, puisque nous en avons un. Portez-le à ces jeunes gens avec
ces trois flèches , ma nièce, et dites-leur de ma part que celui qui
le tendra , fera plus que Guillaume Tell et le renommé Stauf bâcher
n'auraient pu faire.
Tandis qu'Anne détachait l'arc suspendu à la muraille au mUiea
d'un faisceau d'armes que Philipson avait déjà remarqué', le mar*
chand anglais dit à son hôte que si les ménestrels de son pays
assignaient une occupation semblable à une si diarmante fiUe ,
ce ne serait que poi^ir lui faire porter l'arc du petit dieu aveugle
Gnpidon.
— Laissons là le dieu aveugle Gupidon , dit Arnold avec viva-
cité, quoique souriant à demi en même temps. Nous avons été
étourdis des sottises des ménestrels et des ndnnesingers} , depuis
que ces vagabonds ont appris qu'ils pouvaient recueillir quelques
sous parmi nous. Une fille de la Suisse ne doit chanter que les bal-
lades d'Albert Ischudi , ou le joyeux lai de la sortie des vaches pour
se rendre sur les pâturages des montagnes > et celui de leur retour,
dans l'étable *. . .
Tandis qu'il parlait , Anne avait pris parmi les armes un arc
d'une force extraordinaire, de plus de six pieds de longueur, et
trois flèches de plus de trois pieds. Philipson demanda à voir cea
!• Médoftrels allemands.
a. Goann sons le nom de ranc det Tachei.
CHARLES LE TÉftlÉRAIRE. 61
armes, et les examina avec soin.*— C'est on excellent bois d'if,
dit-il y et je dois m'y connaître, car j'en ai manié pins d'nn sem-
blable de mon temp?. A l'âge d'Arthnr, j'aurais bandé cef arc
aussi aisément qn'oh enfant courbe une branche de saule.
— Nous soounes trop vieux pour nous vanter comme des jeunes
gens, dit Arnold Biederman à son compagnon en le regardant d'un
air qai semblait lui reprocher trop de jactance. Portez cet arc i
vos cousins , Anne , et dites-leur que celui qui pourra le courber
aura battu Arnold Biederman. En parlant ainsi , il jeta les yeux
sur le corps maigre mais nerveux du vieil' Anglais, et les porta
ensuite sur ses membres robustes.
p — Il faut vous souvenir, mon cher hftte , dit Philipson y que le
maniament des armes dépend moins de la force que de l'adresse et
delà légèreté des mains. Ce qui m'étonne le plus, c'est de voir
ici an arc fait par Mathieu de Doncaster , qui vivait il y a au moins
cent ans^ çuvrier célèbre par la dureté du bois qu'il employait ,
et par la force des armes qu'il fabriquait ; un archer anglais an-
jourd'Imi est même à peine en état de manier un arc de Mathieu
de Doncaster.
— Comment êtes-vous assuré du nom du fabricant?
—Par la marque qu'il mettait à toutes ses armes, et par les
lettres initiales de ses noms que j'ai vues gravées sur cet arc. Je
ne sois pas peu surpris de trouver ici une telle arme et si bien
conservée.
^ L'arc a été régulièrement ciré, huilé y et tenu en bon état,
puœ qu'on le conserve comme trophée d'une victoire mémorable.
Voos ne seriez pas charmé d'entendre l'histoire de cette journée,
car elle a été fatale à votre pays.
— Mon pays, dit l' Anglais avec un air calme, a remporté tant
de victoires, que ses enfians peuvent sans rougir entendre parler
d'one défaite. Mais j'ignorais que les Anglais eussent jamais fait la
^erre en Suisse.
—Non pas précisément comme nation, mais, du temps de mon
grand-père, il arriva qu'un corps nombreux de soldats, composé
d'hommes de presque tous les pays, et principalement d'Anglais,
de Normands et de Gascons, se répandit dans l'Argovie et dans
les districts voisins. Ils avaient pour chef un guerrier, célèbre
nonuné Engnerrand de Couci> qui prétendait avoir quelques ré*
clamationa à £ûre contre le duc d'Autriche , et qui, pour les faire
6i âtXRtËâ LE HsMÉRÀIlffi.
Tâloir, ravagea indifréremmeiit le territoire antrichien et cetiiî de
notie Confédération. Ses soldats étaient des Bandes mcrceffaires.
Us prenaient le nom de Compagnies Franches^ semblaient n'appar-
tenir à anctm pays, et montraient autant de bravotire dans les com-
bats qae de cruauté dans leurs déprédations. tJn interralte sar-
venn dans les guerres constantes entre la France et l'Angleterre
avait laissé sans occupation une grande partie de ces bandes> et là
guerre étant leur exercice habituel , ils l'apportèrent dans nos
vallées. Uait semblait en feu par Téclàt de leurs armures^ et le
soleil était obscurci par le nombre de flèches qu'ils décochaient.
Ils nous firent beaucoup de mal, et nous perdîmes plus d'une ba-
taille; mais enfin nou^ les rencontrâmes à Buttisholz, et le sanp*
de bien des cavaliers nobles, comme on le disait, se mêla à celui dé
leurs chevaux. Le monticule qui couvre les ossemens des guerriers
et des coursiers se nomme encore la Sépulture des Anglaù.
Philipson çarda le silence une minute ou deux, et répondit en-
suite : — Qu'ils reposetat en paix ! S'ils ont eu un tort, ils Font
payé de leur vie , et c'est tonte la rançon qu'on puisse exiger d^un
mortel pour ses fautes. Que le ciel leur pardonne I v
— Amen! dit le Landamman, ainsi qu'à tous lès hommes
braves. Hon aïeul était à cette bataille, il passa pour s'y être com-
poité en bon soldat; et cet arc a été conservé avec soin depuis ce
temps dans notre famille. H y a une prophétie à ce sujet, mais je
ne crois pas qu'elle mérite qu'on en parle.
Hiilipson allait en demander davantage, mais il fat interrompu
par un grand cri de surprise qui partit du dehors.
— Il faut que faille voir ce que font ces jeutfes étourdis , dit
Arnold; Autrefois les jeunes gens de ce pays n'osaient prononcer
sur rien avant' que la voix du vieillard se fût fiât entendre; mais
ce n'est plus la même chose aujourdlrai.
n sortit de la maison , suivi de son hÔte. T6us ceux qui avaient
été témoins des jeux des jeunes gens parlaient, criaient et se dis-
putaient en même temp^, tandis qu^Arthur Philipgon était à qnel-
qUes'pas des autres, appuyé sur Parc détendu avec un air d^indiffé-
fenc6. A la vue dû Laudamman, te silence se rétablit.
— Que veulent dire ces clàmeurà inusitées 7 dît-it^ fidsant en-
tendre uiie voix que chacun étiui habitué à é'coùter avec respect,
ftudlger, ajoufta-t-il éti s'adk^esàafbt à Viaiiné de ses fils, le jeune
étrahgeîr a-t-H ««ttdir Fâtts?
CiâAALES LE TÉMÉRAIRE. 63
—Oui, mon père, ooi, répondit Rudîger^ et il a atteint le bat.
Jamais Gaillanme Tdl n'a tiré trois conps d'afrc semblables.
—Hasard y, pur hasard 1 s'écria le jeune Suisse venu, de Berne.
Nal pouvoir hunaain n'aurait pu en Tenir à bout ; conunent doue
aarait pu le fûre un fiûble jeune homme gui n'a rénsaidaBS rîsii
ie ce qa'iT a essayé avee nous?
—Mais qn'a-t-il fait? demanda le Landamman» — Ne parles pas
tons à la fois I Anne de Geierstein, vous avez plus de bon sens et de
raison que ces jeunes gens, dites-moi ce qui est arrivé.
La jeane fiUe parut un peu confuse, elle baissa les yeux» et ce*
pendant elle répondit avec calme :
—Le but était, suivant l'usage, un pigeon attaché à une perche.
T0Q8 les jeunes gens, à l'exception de l'étranger, avaient tiré sur
Foisean, à l'arc et à l'arbalète, sans le toucher. Lorsque j'apportai
l'arc de Battisholz, je l'ofiris d'abord à mes cousins, mais anenn
i'eox ne voulut le prendre , et ils dirent tous que ce que Teus
n'a^ pu faire était certainement une tache au-dessus de leurs
forces.
— C'est bien parler ; mais l'étranger a-t*il bandé l'arc?
— Oui, mon oncle, mais d'abord il a écrit quelque chose sur un
morceaa de papier qu'il m'a mis dans la main.
— Et il a bandé l'arc et touché le but ?
— D'j^ord il a placé la perche à cinquante toises plus loin.
—Chose singulière! c'est le double-de la distance.
-Alors il a bandé l'arc, et décoché Tune après l'autre, avec
^«rapdité incroyable , les trois flèches qu'il avait passées dans
sa ceintore. La première lendit la perche , la seconde rompit le
^^Ji, la troisième tua le pauvre pigeon qui prejdait son vol dans
les aire.
—Par sainte Marie d'Kinsiedlen ! dit le I^ndamman avec l'air
^lapins grande surprise, si vos yeux ont vu tout cela, ils ont vu
ce qu'ion ne vit jamais dans les^Cantons des Forêts.
--Je réponds à cela, s'éoria Rodolphe Donncrhugel, dont le
%it étidt évident , que ce n'est que l'effet du hasard, si ce n'est
Qiie illasion et de la sorcellerie.
f
— Et vous , ArtHur, dit PhiUpsoa ea souriant , qu'en dilM-
tons? votre succès est-il dû au hasard ou à l'adresse?
— Je n'ai pas besoin de vous dire,. mon pare , que jfi nlsi. ùi/i
^ode chose fort ordinaire pour tm àrdier anglais ,' et je ne parte
€4 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
pas pour satisfoire ce jenne homme ignorant et orgueilleux; mais
je réponds à notre cligne hôte et à sa famille. Ce jeune homme
m'accuse d'avoir fait illusion aux yeux , ou d'avoir atteint le bat
par hasard. Quant à l'illusion, Toilà la perche fendue , le lien
brisé, l'oiseau percé ; on peut les voir et les toucher. Ensuite si
l'aimable Anne de Geierstein veut lire le papier que je h4 remis »
elle pourra vous assurer qu'avant même de bander l'arc , j'ayads
désigné les trois buts que je me proposais de toucher.
— Montrez-moi ce papier, tna nièce, dit Biederman , cela mettra
fin à la controverse.
— Avec votre permisssion , mon bon hftte, dit Arthur, ce ne
sont que quelques mauvais vers > qui ne peuvent trouver grâce
qu'aux yeux d'une dame.
— Et avec votre permission. Monsieur, dit le Landamman, ce
qui peut tomber sous les yeux de ma nièce, peut aussi me passer
par les oreilles.
Il prit le papier qu'Anne lui remit en rougissant. L'écritiire en
était si belle que le Landamman surpris s'écria :
— Nul clerc de Saint-Gall n'aurait pu mieux écrire ! il est étrange
qu'une main capable 4e tirer de l'arc avec tant d'adresse puisse aussi
tracer de pareils caractères. Ah ! oui vraiment , des vers ; par
Notre-Dame 1 Quoi I avons-nous ici des ménestrels déguisés en
marchands 7 Et il lut ce qui suit :
« Si j'atteins toor à tour, perche, lien, oiseaa ,
L'archer n'aara-t-il pas accompU sa promesse ?
Hais an feul trait» partant a'an oeil si beau,
' Ferait pi os qae ma triple adresse. »
4
— Voilà des vers précieux , mou jeune h$te, djt le Lai^damman
en secouant la tête ; d'excellens vers pour faire tourner la tête à de
jeunes folles. Mais ne cherchez pas à vous excuser ; c'est la mode
de votre pays, et ici nous» savons quel cas en faire. Et sans faire
aucune autre allusion aux deux derniers vers, dont la lecture avait
déconcerté le poète aussi bien que la belle qui en était l'objet^ il
ajouta d'un ton grave: — Maintenant, Rodolphe Donnerhugel,
vous devez convenir que l'étranger se proposait réellement d^at-
teindre les trois buts qu'il a touchés.
' — Il est évident qu'il les a touchés , répondit le jeune Bernois ;
mais quel moyen a-t41 employé pour celai c'est ce qui me paraît
J
GHAIULES LE TÉMÉRAIRE. 65
douteux I s'il est yrai qa'il existe dans le mdnde de la sorcellerie
et de la, magie.
-^Fil Rodolphe, ftl a'-écria le Làndamman ; est-il possible que
le dépit et Fenvie paissent exercer quelque influence sur un homme
aussi brave qaQ,TOiis, qui devriez donner à mes fils des leçons
de modération I de prtidence et de justice , comme de courage et
de dextérité.
Cette réprimande fit rougir le Bernois^ et il n'essaya pas d'y ré»
pondre.
— Gontinaez vos jeux jusqu'au coucher du soleil , mes enfiams ,
ajoBta Biedeman; pendant ce temps, mon digne ami et .moi,
BOUS ferons une promenade , car la soirée y est favorable main-
tenant.
•— Il me semble, dit le marchand anglais , que je serais charmé
d'aller voir les raines de ce vieux château situé près de la chute
f eau. Une pareille scène a une dignité mélancolique qui nous fait
sup^rter les malheurs du temps où nous vivons , en nous prou-
vant que nos ancêtres, qui > étaient pedt-être plus intelUgens ou
pins poisaa&s, ont aussi éprouvé des soucis et des chagrins sem-
blables à ceux qui nous font gémir.
^Volontiers, mon digne ami, lui répondit son hôte, et, che-
min bisant , nous aurons le temps de nous entretenir de choses
dont il est bon que je vous parle.
Us pas lent3 des deux vieillards les éloignèrent peu à peu de la
pelouse, oii une gaieté bruyante neHàrda pas à renaître. Le jeune
Pbïlipson, content du succès qu'il devait à' son arc, oublia qu'il
n'en avait pas obtenu autant dans les exercices du pays ^ il fit ie non-
teaoi efforts pour y mieux réussir; et il obtint des applaudissémens.
I^s jeunes gens, qui avaient été disposés à le tourne|r en ridicule^
commencèrent à) le regarder comme un homme méritant d'être
i^pcctë , et pouvant servir de modèle , tandis que Rodolphe Don-^
nerhagel voyait avec ressentiment qu'il n'était plus sans'rival dans
l'opinion de ses cousins , ni peut-être même dans celle de sa coU'-
sine. Le jeune Suisse orgueilleux réfléchit avec amertume qu'il
avait encouru le mécontentement du Làndamman , qu'il ne jouis-
sait plus de la même réputation auprès de ses compagnons , qui
l'avaient toujoiprs pris pour exemple, et ce qui ajoutait ^ sa nior-
tification , ce qui goi^àit isôn cœur dé courroux , c'était la pensée
qu'il le devait à un jeune étranger, sans liôm , sans renomttiée, qui
5
<$6 CBAlSLUBS tE JÉSSÉRàSUB^.
une jeune fille.
J^aw-cat ,^iAi»d^irritettoE , «Its-'^PiVMha 4n jannp Jkoglais^et
taadia qu^U Ipi^parUâttoathaiil; âe^4lle^lM» cirMQstances T«ia«
tives anxasuMemeos doftt anteQmwHttt.à è^oœivery il lui tenaît à
TfÂx, basie de»^ propo» d'an geiive >tmit dtffîr^t. Fi:app«iit bot Fé-
paale d'Arthnr ayec an air de 'franchise montagnarde, U loi. &t a
luaterou :
— Ce trait d'Ernest a fendti l'air ayèc la rapidité d'un bmam
qui fojad swr sr >proie ; et il. ajovta «a :l^UMiuit b^oix: -<- Vous
anures wafohand», tobs wndez desjgaads, iiafiqBUE»^raBsanaai^en
gantelietfi ? en yeiide»-¥0«s un seol , on iMt-il acheter la paire ?
r— Je ne vends pas de gant seul, répondit Arthur le compne-
qiAt jKT^e-Ahwip, et meezfkfié luîtinéme deis iragasdi dédai-
gnent qieieieweBerpois a^^it îeléa ewr iiH pendant k dtner, et
d^ VinMlaneie avep laquelle il avait aUtribué «n hasard ou àljiaeor-
eellçilîe le^Hiepès qnfîl avait obtenu en ikant de Tanc; je ne vends
pas die^gwt aoul i jHoMîe w, .nais je ne j^frue jamâs d'en ^han-
gar un.
— Je vois que vous m'entendez., veprit Rodoliihe; nais r^gar-
daz'les joileavB pendant que je vous parle, sans quoi ils sedentcâront
de l'objet de. not»B anlaetienv. Yous avea l'intelUgence plus ou-
verte que je ne m'y attendais. Mai3.si.Q0ns .édiangaana ]i0S)ganlSy
commet ehacim de^ncw radmandâra^itl le sien P
'^ A ia poiitôe deaaJurâie-épée.
^ Avao we ann»re, ou coiniiîe.noiRB ^
— QoBPHiie Aoua 3oiaines* Je ne prandcai ni âramn», ini nncnae
autre arme qne mon épée; et je orois ^'eUe jne aufiB^na. Monunee
le Heu et l'henre»
— he lien sera la coujr du vienàL dhateau de GeiersteÛL. ^
L'heure , jdemain matin au lever du aokâl , '^ Mais on nous exa-
mine, r-^ J'ai perdu^ma gageure, ajouta Rodolphe en parlant plus
haut,ave6 im ton.4'i]adifiéninoe,i6ar Ulitiek a jeté la horre plus loin
qn^^nqeat. Yoji/^i mon gant, onaigne.que je n'o^ubliorai pas le fla-
cçm de vin.
— Et voici le ]piea,,en;^igiie qisKe je.la hoirai volontieiss av«c
V0U5U
£ie.&t\ai9^, au wUeu des ^gfisenieus paiaibles, ^noi^e
I9ci17ansr.de lewrs compagmw^ q«e aes^dauj^ jeunes tgeniS à tête
nnmm tm téiébaiib; 67
màeÊtfwe ùnkeatea aeeret i kanr anhaMité, «n te é»iiiiMit an
Kodez-Tons dans des ôMmlioas liostilM.
cHAPrnuE V.
— rtUS» un de ces gens
Q|iia'aÛMi««Mle»l>«û,«tl«piM ,ctl«e alita|M,
Da simple Tillâgeois le eostàme et la vie ,
Où l'on troaTe ia paix et )e oontentement
4)iMlet ptlait dom àÊbmi li MNaent
Crojes-moi , ce n'est point luie coope d'érable
%i*«» choisit ponr eeirir le^imi «ar la nMe.
UissANT les jeunes gens occupés de jLears awiiiaeinteiiSy le Lan-
4immaa4'UnierwaAd let PlUiipstn s'avançaient v^rs^le i>Bt de leur
promenade en causant principalement des velatîws^pQlitiqaes de
h Fmice« de l'AnigJetmre et de la Bourgogae. X^eur ^nveviation
dnogea d'iobjet quand ds entràfent dans la oour du ima ebâteau
4&Geia8lfién»où^'ék¥ait lajUMBT'SoUt^ onteurée
te niBes desaniMs UitijMiiis.
—Celle habîtatifoi a dû étve, dans son temps, d'une fbree te-
iMfiaUe, âk nûlipson.
*^Bt]ft cace qm l'ocoipait iSiftit fiàne et {nôssame, répondu
AnwU; rittattnre des comtes de Geieratein nenonte jnsqu'aof
tops des anciens lUvétiais ; et l'on dit qne leurs <»{pliHts n^ dé-
meataieitt^pjas lenr noblesse. Mais toute gcandeurter-restre a sa fin.
Dtt hommes libres foulent aux ipieds aujourd'hui les ruines de ce
château féodal, à la vue duquel les serfs étaient obligés d'^ter
leurs bonnets y d'aussi loin qu'ils en apercevai^t les tonrdles, à
peine d'êtrepunis eomme des rebelles insolent.
— Jeremarque , gravé sur une jdes pierres de oe tte ^taurelle , ce
<p^ îeregarde eomme le cimier de csAte famille* un Ya.utoar,pef cbé
sor un rocher, expression syiidralique , si je ne me tromi^ey du
nom deCieiecBScin.
— Ooit G^est l'uneienne deme da eette fiimitte , et , comme vous
5.
68 CHARLES LE TEMERAIRE.
le diiea, elle exprime le nom da château, qui est le 'même que
celui des cheyaliers qui Vont si long* temps occupé.
— J'ai remarqué aussi, dans la salle où nous ayons dtné , un
casque surmonté du même cimier. G!est sans doute un trophée
d'une yictoire remportée par les paysans suisses sur les nobles
seigneurs de Geierstein, comme on conserve l'arc anglais en sou-
Tenir de la bat aille de But tisholz ?
— Et je m'aperçois , mon cher Monsieur, que , diaprés les pré-
jugés de Yotre éducation , vous iie verriez pas de meilleur œil cette
seconde victoire que la première. Il e3t bien étrange que le res-
pect pour le rang soit tellement Miraciné dans l'esprit même de
ceux qui n'ont pas le droit d'y prétendre. — Mais éclaircissiez votre
front, mon digne hôte, et soyez assuré que, quoique plus d'an
château appartenscnt à un orgueilleux baron ait été pillé et détmit
par la juste vengeance du peuple, quand la Suisse secoua le joug
de l'esclavage féodal f tel ne fut pas le sort de Geierstein. Le sang
des anciens propriétaires de ce domaine coule encore dans les veines
de celui qui en occupe les teiires.
— Que voulez-vous dire , sire Landamman? n'est-ce pas vous-
même qui les occupez ?
— Et vous, croyez probablement que, parCé que je vis comme
les autres bergers de ce pays , que je porte une étoffe grise dont la
laine a été filée chez moi , et que je conduis moi-même ma charme,
je ne puis descendre d'une ligne d'anciens nobles? On trx)uve en
Suisse un grand nombre de paysans de noble race , sire marchand,
et il n'existe pas de noblesse plus ancienne que celle dont on ren-
contre encore des restes dans mon pays natal. MaiSi les nobles ont
volontairement renoncé à tout ce qu'il y avait d'oppressif dans leur
pouvoir féodal ; ils ne sont plus regardés comme dés knps an
milieu du àronpeau , mais comme des chiens fidèles qui veillent sur
lui en temps de paix,. et qui sont prêts à le défendre quand il est
menacé d'une attaque.
— Mais, dit le marchand , qui ne pouvait encore s'habituer à
l'idée que son hô^e, en qui il ne voyait rien qui le disUnguât d'un
simple paysan, fût un homme de haute naissance , vous ne portez
pas le nom djfe vos ancêtres, mon digne'^hdte. Ils étaient, dites^
vous, comtes de Geierstein , et vous êtes...
-^ Arnold Biederman, à votre service : m w sachez , si cela peut
vous faire plaisir et présenter à vos yeux plus de dignité, que je
GHÂBLES LE TEMERAIRE. 69
n^ai besoin gae dé. mettre sur ma tête le vieux casqne qne vons ayez
YQy ou^ saDS prendre tant de peine , d'attacher à ma toqae une
jdmne de feacon, paurponTOÙr m'appeler Arnold , comte de
Geierstein» sans qae personne paisse me domier un démenti. Ce-
pendant , Gonyierrirait-il qae Monséigneor le Comte condoisît ses
bestiaux dans lears pâturages , et Son ExceUence le haut et puis-
sant seigneur de Geierstein pourrait-il , sans déroger, ensemencer
ses champis et fûre sa récolte ? ce âont des questions qu'il faudrait
décider an préalable... Je yois que tous êtes étonné de me trouver
si dégénéré , mais je vous aurai bientôt expliqué la situation de ma
famillew
Mes liants et puissans ancêtries gouvernaient ce domaine de
Geierstein 9 qui, de leur t^nps, était fort étendu, à peu près
comme les antres barons féodaux; c'est-à-dire qu'ils se montraient
quelquefois les protecteurs et les défenseurs de leurs vassaux, et
plus souvent ils en étaient les oppresseurs. Hais du temps de mon
lâenl, Henry de Geierstein , non-seulement il se joignit aux con-
Uàéré^ pour repousser Enguerrand de Couci et ses maraudeurs ,
comme je vous l'ai déjà dit, mais lorsque la guerre contre l'Au-
triche se renouvela, et qu'un grand nombre de nobles joignirent
l'année de l'empereur Léopold, il prit le parti opposé , combattit
dans les premiers rangs de la Confédération , et contribua par sa
^eur et son expérience au gain de la bataille décisive de Sem-
pach, dans laquelle Léopôld perdit la vie , et où la fleur de la che-
^erie autrichienne t.omba autour de lui. Mon père, le comte
WUiiewald , suivit la même conduite , tant par inclination que par
polidgoe. Il s'unit étroitement avec l'Etat d'Underwald, et se dis-
tingm tellement qu'il fut élu Landamman de la république. Il eut
deux fils', dont je suis l'aîné, et le second se nomme Albert. Se
troavalit, à ce qu'il lui semblait, investi, en quelque sorte , d'un
double caractère, il désirait, peut^tre pen sagement) s'il m'est
permis de blâmer les desseins d'un père qui n'existe plus, qu'un
de ses fils lui sucoédât dans sa seigneurie dé Geierstein, et que
l'autre occupât le rang moins brillant, quoique à mon avis non
moins honorable , de citoyen libre d'Underwaid, ef possédât , parmi
ses égaux jdans le Canton,, l'influence acquise par les services de
son père et par ceux qu'il pourrait rendre lui-même. Albert
n'avait que -. donze ans quand mon jpère nous fit faire avec lui un
oonrt Voyage en Allemagne , où le cérébiomal , la pompe et la ma*
70 GHABLES LB TBMBBAHUL
gnifiioenc^e qee noos ^vîmea , prodinsûpent une împWMim^Uwtt^e dit»
fiSrente sur l'esprit de noa frère et sur le mî». Ce qai pamt à
Albert le comble de la splendew lerjpeaire u'ofirit à mes yenc
cpi'jm élftlage &stidieiix de forpnaUtëit fatigentes et inatiks. Qnend
notre père non» expliqia eBsuite ses mtenlîoits» il me deçtma,
c<nn]xie étant son fils aiiié, le demaîne eonsidéndde deGeieia|eiB^
en exceptant senlement mie poitieM des tecnes les pins fertiles wab
fisante penv rendre man ftèie on des eitoyens lerpOis opakna d'un
pays où Ton eroit être riche qoand on a de qaoiiriiyre honeimUbt
ment. Lesi larmes coolèpoit des yeox d'Albert. — Fant-il donc»
s'écria-t-il, qne mon frère soit un noble comte , respecté de ns
vassaux , ayant une snke nombreuse, et qiio je vive en misérable
paysan au milieu des bergers à barbe grise dfUnderwaldl Hlkak^
monpère, je revote, votre . volonté , maïs je ne fsraipa» le ea?
, erifice de mes privilèges. Geietstrâi est nn fief qfà relève de FEm-
pire 9 et les lois me donnent droit à nne part égale dans eedenaine.
i^ mon frère est comte de Géîersteîn , je i^ett sins pas moins le
comte Albert deGeieraleiki , et j'eu.ap|ieUerai«FEmperasr, plntAl
^e de sonffrir que Ja vokmté d'un ée mes aïeux ^ ^pioiqne ee éoil
mon père, me prive dli rang et des pricvilégesi qnecent aaoftrae
m'ont. transmis. Mon père fin grandement ooovrsKcé. — AUez^
jeune orgneiOeux', lui dit-il^ invoquez la décision dfun prinee
étranger contre le bon plaisir de votre père ; donnez à l'ennemi de
votre pays'un prétexte pour intervenu dans ses afeîres intérieuret ;
allez» mais ne voua préaentea jamme» devant moi^et ctfaignezne
malédâçtkm étemelle. , ^
Albert allait répondus aivee violence » quand je le conjurai de se
taire, et de me laisser parler* — J'ai toii}oa«s< préféré ks monta»
gnes aux plaines^ di»je alara à mon père; rexeraice du cheval
me plah moins qocrla manehe; je sms plus fier de^ disputer à , nos
bergers le prix delenraejeiiK ,^qne j.e. ne le serais; d'ienirer en Koe
avec des nobles; une danse dans nbtre village lae^ fidt.plna de
plaisir que toutes les £ltes bviUanftes d'AUemngae ; «L voù» ^wules»
m'^argner mille sôuoist permettez donecpoije uà» tkajea ôehûâ
république d'Un^ter^ald*, et que nmn frère poite hu donnmnedeî
comte de Geîorsfteinf efe jouiaBede.tons les hcameurs allaeWe à €m.
Aprèsqndquè.discnBiiOtt^ mo» pèfe eonsenftit enfin à mai pw»*
pesjÉien> afi^A'e:aéca»Br kr^pBqîei ^'il^ajfik JU^cBn^^Jlwlfràraa
CaBARLE$ LE TÉBOlRAmE. 7t
tAèUkré héritier de sen rang et de son domainei sons le titre
f Albert^ ocnnte de Geièrsteiii; je fi» a» en possession de œs
chsttps etide œvyré»' iknfleB eu nôliea {dMpiels ma maisMi est
skofe , etmôs Toisins nf aii^pdloBt Araeld Kedemmn.
--fit ri le mot BiednïnBB sigittfie» oenue je le onrisi «a
hoMneplem d'hettiea^ defiranehiseet^générÂiitéy ditlemar^
chud) jénie œn&aiopersMne cpd ait plus de droite que tous à le
lorier. Gepeadant jf de» tous «vonerqw je dmme des éloges à
une oondoite que je n^avnds pas eu la forée d'imiter si j'aTaiaëté 1
wirephee; mas otmÛÊsaeM, j&yowB prie, l'histoire de Yotre fa^
viDe,sileréeitBeToasen'estpas'périible^ ^
—J'ai pea de chose à y ajouter. Mon père mourait pea de temp$
tpèS' avw .réglé I comme je 'ne» de tow l'expliquer , les aflaires
^ m soceesBien. Mon frère aTait d'antres posaessioiis en Sooabe
et eu Westphalie ; il yint rarement dans le châteaa de ses an*
citresy où. vësidait on sénéchal, homme qni se rencHc si odieux
vxmnsanixdema fiumHe, qne si mon Toisinage nfavait été sa
F^ttection^ on raarritarracliéà son nid dcTancbiir. et onTaiirait
tniié avec SMsipea do eéi^toonie qne s'il eût été Im-méme mi
^'cesioisnmH. Pour dire même la vérité , les visites qne mon
km faisait de loin* en loin à GeiersMin ne pkH>earaâent'pas' bean**
Mf de a^nlagemffiÉt à ses vassaux , et ne lut acquéraient guère
fepiyikiin^i parmi euac. Il ne voyaitet n'entendait que par lee
yott et lefroreillés de son sénédhal auski intéressé que cruel, Ital
UiBeckeniwaUL Refusant même d^éeonter, ou mes avisr, on mes
^Et|iteuuiilienf> il- se conduÎBait u>u{qnrB envers me» «vec un axa
^^Bettàfom ; mais je crois véritablemmt qu'il me regardait comme
flopaavre rostre y sans énergie; san» noblesse d'ame, qui avait
Mionové sa faaube naissanee pour se livrer à de vih penehans'.
&k toute eecasio», il afSchait du m^ris pour les^ préjugés de sear
0NKitoyen9y et partiddièrenn^nt en partant constamment en pu-^
Hic une pfaune de paon , et en dsligeant tous les gens de sa suite à
oUre sRitam, quoique ee fllt l'eraUème de la maison d'Autriche^
oAIème si délSflté.en ce pays , que" phnr d'un homme y a perdkr
la ^ son» antre motiC ^se de l'avoir porté. Cependant j'atair
épousé Bsrtliëi qni est maintenant une sainte dans leciel , et j'en
«îiùs en six gaer^ons , dtenr cinq^ étaient assis à md- table aujour*»
fbé* ÉMfètt mwmtt aussi, et il' épousa tme dkmedé^ haut rang
^ Wec(tphaliè ; mais son lit nuptikl ne fut pas aussi fécond^ il
72 CHARLES LE TÉ]\I£RÂIRE.
jamais qu'une seule fi}le, Anne deGeierstein. Vint alors la guerre
entre li^ yiUe de Zurich et les Cantons des Forêts^ dans laquelle
on répandit tant de sang , et où nos frères de Zurich furent assez
malayisés pour faire alliance avec l'Autriche. L'Empereur fit les
plus grands efforts pour profiter de l'occasion favorable que lai
offrait la désuniondes Suisses, et engagea tous ceux sur qui il
avait de Tinfluenoe. 2^ le seconder. Il ne réussit que trop biçn au-
près de mon frère. Noa*seulement Albert prit les armes pour
l'Empereur, mais il reçut dans la forteresse de Geierstein une
troupe de. soldats autrichiens, à l'aide desquels le détestable Ital
Schreckenwald dévasta tous les environs, à l'exception de mon
petit patrimoine..
— C'était i^ne circonstance bien pénible pour, vous, mon digne
hôte, car vous étiez obligé dé prendre parti pour votre pays on
pour votre frère.
— Je n'hésitai pas^ Mon frère était dans l'armée de l'Empereîiir,
et par conséquent je n'étais pas réduit à la nécessité de me trouver
les armes à la main en face de lui : mais je fis la* guerre aux bri»
gands et aux scélérats dont Schreckenwald avait rempli le château
de mon père. La fortune ne m'y fut pas toujours favorable. Le
sénéchal , en mon absence , brûla ma maison , et tua le plus |éuae
d«^ mes fils, qui défendait l'habitation paternelle. Mes terres
furent dévastées, Jous mes troupeaux détruits; mais enfin, à
l'aide d'un corps depaysaùs.d'Underwald, je pris d^assaut le châ-
teau de Geierstein. La Confédération m'en offrit la propriété, mais
je ne voulais pas souiller la cause pour laquelle j'avais pris les armes,
en m'enrichissànt aux dépens de mon frère ; et d'ailleurs, de-
meurer dans une pareille forteresse aurait été une pénitence pour
un homme dont la maison, depuis tant,d'aniiéps, n'avait eu d'autre
défense qu'un loquet, d'autre garnison qu'un chien de berger. Je
refusai donc cette offre; le château fut démantelé, comme vous
le voyez, par ordre du Canton ; et je crois même, lorsque je ré-
fléchis à l'usage auquel il avait servi trop souvent, que je vois
avec plus do plaisir les ruines de Geierstein, que je ne voyais
ce château quand il était bien fortifié, ^t qu'il semblait i^prensj)le.
— Je comprends et j'honore vos sentimens ; niaiS;, je le répète,
ma vertu n'aurait peutrêtre pu s'éloigner tellement du cercle de
mes affections de famille. Et que dit votre firère de, votre conduite
patriotique ?
CHARLES LE TÉMÉRAIRE, 73
— n fat, à ce qae j'appri^, craellement conrroQcé, croyant '
sans doute que j'ayais pris son château dans h vue de m'appro-
prier ses dépouilles. Il jura même qu'il renonçait à me considérer
comme on frère ; qu'il me chercherait dans les batailles, et que je
périrais de sa propre main. Nous étions tous deux à celledeFreyen»
bach; mais il ne put exécuter on projet inspiré par la yengeance,
car il fut blessé par une flèche au commencement de l'action , et
l'on fat obligé de remporter hors de la mêlée. J'assiçtai ensuite an
sanglant et triste combat de Mont-ilerzel , et à TaSaire de la Gha*
pelle de Saint- Jaoûb qui mit à la Tsiam nos frères de Zurich , et
qoirédmsit encore une fois l'Autriche à faire la paix ayec nous.
Après cette guère de treize ans , la diète rendit Ane sentence de
knnissement à ^ie contre mon frère Albert , et tous ses biens au-
raient été confisqués , sans les égards qu'on crut deyoir à mes ser-
rées. Quand cette sentence fut signifiée au comte de Geier3tein ,
il y répondit avec un air de brayade; mais une circonstance singu-
lière prou^ra, il n'y a pas long-tmips , qu'a eonseryait de l'atta-
chement pour son pays y et que, malgré son ressentiment contre
moi, il rendait justice à l'affeotion yéritable que j'ai pour lui.
—Je garantirais sur mon crédit de marchand , que ce qui ya
smm a rapport à cette charmante fille , yotre nièce. '
—Vous ne vous trompez pas. Depuis quelque temps> nous ayions
appris, quoique sans beaucoup de détails , car, comme yous ne
1 Ignorez pas y nous ayons peu de communications ayec les pays
itmgers, que mon frère était en grande fàyenr à la cour de l'Em-
P^^T)iQais nous sûmes ensuite, que tout récemment il y était
ûevenn sn^ct ; et que , par suite d'une de ces réyolutions si com-
^Does dans les. cours des princes , il enayait été exilé. Peu de
^ps après cette nonyelle , et il y a, je crois , à présent plus de
^P^ ans, je reyenais de chasser de l'autre côté de la riyière^ et
j^jant passé sur les pierres qui nous seryent de pont ^ je traversais
^^iCoar de l'ancien château pour rentrer dbez moi^ lorsque j'en-
tendis une yoix me dire en allemand :
-- Uon oncle y ayez compassion de inoil Je me retournai. ^ et je
^ sortir du milieu des ruines une petite fille d'enyiron dix ans,
{01 m'aborda d'un air timide , se jeta à mesr pieds^ et me dit : —
^on oncle , épargnez çia yie , en leyant ses petites mfdns , comme
pour implorer ma pitié, tandis qu'une terreur morteUe étaifpeinte
serions ses traits.
74 GHAKLBS US TËMÉRAIRE.
— Svis^jeTOtre onde , jeune fflle ? lui dis-je ; si je le suis » poar-
qaoi ne craignez^vcNiB ?
-r- Parée ipie yow âtes le cbef de méchane psy^ans qai se plai*
sourit rëpaaApe le'SUg-iiebfey iiierépeixdft*ellé atec on courage
qui me surprit;^
— Geinmeiit toi»niRnne&'^tte? hri demandai«*je, etqiiel est
odniqpiiy vous ayant inspiré nne têéesî pen'fiivoraMé de votre
oncle; Tossaanaenéeiei peiorwnsfidre vôirs^ ressemblé atrpor-
mdt <|Q'on Tons en'a feft?'
— C'esl^ Ital SebreckênwvM ({ai ra^aeondtiite ici, m^^répondit*
eHe ne oettipveBani (jafkéeaà k nataré de mfrqnestion.
-^ilal Sehreekeiiwaldl'rëpélai-je'y Iforsdemoiy en entendant
prouonoer kr nom d\in seéMrat que f avais tant de motift ponr dé-
tester. Uœ rmsL partant dii mifien des mines y semblaMean sombre
éoiM> d'un» route sépalwal») i^épen^t r — ItalrSelireckenwald ! —
et le misérable , sortant de Pend^poit >où'9 était caebé , se montra
deraait moi avec cette inèifEéreBee pour te; danger qai est mi des
attribntsde son caractère atroce. J^wais" en main' mon bâton armé
d'un fer point»;: qne devais^jVfidre? ^n^anrieV'Voàs fait dans fes
mêmes* câreonstances ?*
— Je lui aurais fendu la tête f je la' lui aurais brisée comme si
dte eût ébi de verre t s'écria PÀnglai» acvee farce.
— Jerfow snr le point d!e le bire, mai^ il étmt sans armes , il
m^était envoyé par mon frère, et par conséquoit je ne ponvais*
faire tomber- suer loi' mu vengeance. Sa^conduite mtn^tdcret amda-
cÛNise> contÉHMHi aussi à le sauver.
•— -Que le vussad du très haut et très pûssont; comte de Gieier-
sieûi, dit Pinsolent, écoute les ordres de son'maître, et qpfH ait
sein d^y obéir. Découvre fa tête et éeocAe; cartpioiiinerce soit ma
voix qui parte, ce- sont les paroles du noble cemtexpiejèr^ète.
— Bieu' et lea hommes savent sr je^dois hommage ou respect à
mon fipèrOi réptiqoaiyfe , et' c'est àiyt beaucoup si, par égard
pour lui y je ne traite pas son messager comme' 9 Fk si bien mé-
rilé. Adhèrve ee quetu as «médira , et déHvrennot de^ton odieuse
piéstâoe.
— Albevt, comee de Geiersfe^n^ tour maître et le mien, cùnti*
TMÊ^SékretikmÊmiil, îaymiv à s^eceûper de guerres et df autres at-
&ÎMS' iaipor«Mrte9} t^envoie sa JBIle hf eomtease Anne deGeien*
stein f pi te fait l'honneur de t'en confier le, soin }U9qa% ce qufif
CHARLES. LE TEMEIUIRB. 76
jigeà propos de le la redemander. DdésirefBe taapfdiqiiMàflen
CBtredeiiksrèTeiuu eipiodaitsdes teEresdeGemsteinfaieta iB
osnrpées sur lui.
— liai £clire(dceiiwald » répoBdi»je , je ne m^dmiBserd pas à te
isBiaiHkrnla nmiièvedoDt umepariesestcoiifiDniieaiixinMii»
tioiis démon firère , on si- elle^ i^esi dictée par loninaelenoe ; je t»
(bai scnleaMot que, si les -drosnstanees ont privé ma nSèeede son
protaeteor natnrd y je Im serrirài dépare^ et il ne loi manquera
Mqnejepoiseé lui donner. Les terres de Geierstoin ont été eon»
%iié» an pixifit de l'Etat ; Je châtean est rainé craune tn le Toîs^
ete'est par sôiSedertes orimes qne U mdson demes pèresest; dans
œiétatde désolaUon. Msisen quelque lienqoe jedemeore, Aimedo
Geiorstem y trouera nn adle, die y sera reçue connue nies propres
^sAm^ et je latraîtmd en tsnl oomme nia.fflle. El nuâmenant que
m t^es acquitté de ton message^ retire-tôi» si t» tiens à la TÎe; car
ilestdaBgereax de parler an pèrs^ quand ona les mains teintes
do sang du filai LemisënJ^lè se retira snr-le-chemp , maisflpril
<^iigéde moi ayec son insolence oïdinairs.
— Adieu , me dit-ii , comte de la herse et de la charrue I adieu,
noble compagnon de mépr^aUes bourgeois.
D disparut , et me délivra de la forte tentation de fiiire couler
son aang dans les lieux qui avaient été ténunns de ses onautés
^ de ses crimes.
Je conduisis, ma nièoe chez moi, et je la oonvainqnis hîent&t que
îétais son amii sincère. Je rhabilnaà, cmnme si elle eût été ma
^>'%Unis les.exercices de nos montagnes : elle l'emporta à cet
%^ sur tontes les jeunes filles de ce district ; mais on voit briller
en eUe de temps en. temps des éiinoeUes d'eq[>ritet de cyn^page,
mêlées d'une délicatesse qui^je dois l'avouer , n'appartienuent
t^ anx simples babitans de ces montagnes sauvages,, et annon*
cent une t^e plus notde et une éducation d'an g^nre plus relevé*
Ces qualités sont si heureusement mélangées de simplicité et de
^téy qu'Anna» de Geierstein est regardée aveo raison eonune
^'orgueil du canton , et je ne doute pa^ que, si elle voulait cbmsir
^ éponx digne d'elle , l'Etat ne lui accordât en dot line partie con-
sidérable des biens qui ont appartenu à son père> car il n'est
pas dans nos principes de punir les enfans des fautes de leurs pa-
«U8...
-^ jfai une- Meiaribrtenisoniponrjoindrema voixi ioutustfo^
76 CHARGES LE TÉMÉRAIRE,
qui font l'éloge de votre aimable nièoe ; et je suppose que tous dé-
,sirez qu'elle fasse un mariage tel que l'exigent sa naissance, ses
«espérances, et.surtout son mérite.^
— G'^st un objet quha souvent occupé mes pensées. Une trop
■proche parenté met obstacle à ce qui aurai tété mon premier désir,
son union avec un de mes fils. Le jeune Rodolphe Donherhugel est
plein de courage et jouit de l'estime de ses concitoyens; mais il a
plus d'ambition, plus de désir d'être distingué des autres, que je
ne le désirerai^ dans celui en qui ma nièce doit'trouver un com-
pagnon pour toute sa vie« Au surplus, il est probable que je vais
être désagréablement délivré de tout souci à ce sujet; car mon
frère, après avoir paru oublier Anne pendant plus de sept ans,
me demande, par une lettre que j'en ai reçue récemment, de la
lui renvoyer. Vous savçz lire > mon cher Monsieur^ car votre pro-
fession l'exige. Voici celte lettre; lisez-la. Les termes en sont un
peu froids , mais non pas insolens comme le message jpeu fraternel
d'Ital Schreckenwald. Lisez*la tout haut, je vous prie. .
Le marchand lut ce qui suit':
« A.n oemte Arnold de Qtientékn , dit Arnold Biedennan.
a Mon frère , je vous remercie du soin que vous avez pris de ma
Elle, car elle a été eil sûreté, quand autrement elle se serait
trouvée en péril ; et elle a été traitée avec bonté , quand elle aurait
eu à lutter contre le sort. Je vous prie maintenant de me la ren-
voyer ; j'espère la revoir douée des vertus qui conviennent à une
femme dans toutes les conditions , et disposée à oublier les habi-
tudes d'une villageoise de la Suisse , pour prendre les 'grâces
d'une jeune personne de haut rang. Adieu , je vous réitère mes
remerciemens.de vos soins, et je voudrais les reconnaître si cela
était en mon pouvoir : inais vous n'avez besoin de rien que je
puisse donner, ayant renoncé au rang pour lequel vous étiez né ,
et vous étant établi dans un lieu d'où vous viiyez les orages passer
bien an -dessus de votre tête. Je suis votre frère.
a GeIERSXEIM. » .
V
— Je vois> ajouta le marchand, qu'un ppst-scriptam vous prie
d^envoyeç votre nièce à la cour du duc de Bourgogne. Au totied , ce
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 77
MIet me paroît écrit da style d'un homme hautain , flottant entre
le soayenir qu'il conserve d'une ancienne offesise et la reconnais-
sance d'un service récemment rendu. Les propos de son messager
étaient ceux d'un subalterne insolent , cherchant à exhaler soa
dépit sous prétexte d'exécuter les ordres de son maître. <
--Je pense comme vous.
—Et ayez- vous dessein de remettre cette aimable et intéres-
sante jeone personne entre les mains d'un père opioiâtre, comme
il le parait , sans savoir dans quelle situation il se trouve , et quels
sont ses moyens pour la protéger ?
— Le lien qui unit le père à Tenfant , répondit vivement le Lan-
damman, est le premier et le plus saint de tous les nœuds que
commisse la race humaine. La difficulté de faire faire ce voyage
à ma nièce sans aucun danger est le seul motif qui m'ait fait.dif-
{éier à accomplir les intentions de mon frère. Mais puisqu'il est
probable que je vais moi-même mé rendre à h cour de Charles^
i^ décidé qu'Anne m'y accompagnera. En conversant avec mon
frère, que je n'ai pas Vu depuis bien des années , j'apprendrai quels
sont ses projets pour sa fille y et iï est possible que je le détermine
àtroQYerboii qu'elle continue à rester confiée à mes soins. Et
inaintenant. Monsieur , vous ayant appris tontes mes affaires de
Camille, pins au long peut-être qu'il n'était nécessaire, je m'a-
^'csse à TOUS , comme à un homme sage , pour vous prier de faire
attention à ce qui me reste à vous dire. Vous savez que les jeunes
gCQS des deux sexes sont naturellement portés à causer; à rire, à
l^a&ier les uns avec les autres, et qu'il en résulte souvent de ces
attachemens sérieux qu'on appelle aimer par amour. J'espère que
SI noos devons voyager ensemble, vous donnerez à yotre fils les
^^nécessaires pour lui &ire sentir qu'Anne de Geierstein ne
P^ convenablement devenir l'objet de ses pensées ou de ses at*
tentions. - ^
Lemarchand rougit, soit de ressentiment, soit de quelque autre
émotion du même genre. i
-^ Je ne vous ai pas demandé votre compagnie ; sire Landam*
^^) s'écria-t-il; c'est "vous-même qui me l'avez proposée. Si nion
fils et moi nous sommes devenus depuis ce temps, sous quelque
apport que ce soit , les objets i,e votre méfiance , nous sommes
très difiiposés à voyager séparément.^ .
— Ne vous fâchez pas , ;non digne hftte ; nous autres Suisses
76 GHàKLES IS TBMSRAUiE.
BOUS iie~BOiV;liy3rons pas faueilemeat aiUL soupçoos, et jMHir neims^
êine 4an0 le cas d'en ixmcevoir j nous {tarions des citconstaiifies
qui peuvent en fake naîtse plis frandMwpient qu'il n'.est d'usage
de le ledre dansies pays plus ci^nUsés. Quand je ¥ops ai- proposé
4e faire ce voyage avec moi; je vous durai la vérité , quoiqu'elle
> puisse déplaire à Tpreille d'un père , je rc^gardais votre fils cemme
un jeune honnaae doux et simple, trop timide >€it trop modeste pour
gagner l'estime. et l'Affectiou d'une. fille ; mais il vient de se mon-
trer sous des traits tout diffiirms, et qui ne peuvent manquer d'in«
téresser en sa faveur le cœur dkme fienunje. Il a réussi à bander
l'arc de Buttisbolz, £sdt qu'on avait long-temps regardé comme
impossible , et auquel ou bruit populaire attache une sotte pro-
phétie, n a assez d'espnj: pour Sakçe des v^s, et il possède ssoas
doute encore d'autre talons ^qui exer^nent beaucoup d'empire smr
le cœur des jeunes personnes» quelque peu d'importance qu'y aMA-
chent des hommes dont laJbarbe 4comnnen0e à grisonner comme la
vSitre et là mienne, ami.maschand. Or, vxms devez sentir, que,
puisque mon frère ne me pardonne pas d'avoir préféré la liberté
d!un citoyen suisse à. la condition servile etavilissante d'un cour-
tisan allrâahd, il trouverait fort mauvais ^e :sa fiUe. devint l'ob-
jet des vœux d'un homme qui n'aurait pas l'avantage d'être ismi
d'un sang noble » ou qui, comme il le dirait , l'aiurdit dégradé en
s'oocnpant de commerce , d'agriculture , en un mot.de qudLqœ
profession utile. Si votretfs aimait Ann&deGeiei?8teinril<se.pré-
parerait des dangers et un désafijpomtement certain. Abintemmt
v(His savez tont, et je vous demande si jaous voyagerons en-
semble.
■^ CEomme il vous plaira , sire Laodamman , répondit PhiUpson
avec un ton d'indifférense. .Quant à juoi , tout <ce que je puis vous
dire, c'est qu'un attachement tel que celui dont vous parlez serait
"aussi contraire à mes désirs qu'à ceux de Totre trtte et aux yâtres»
à ce que je suppose. Arthur P^iiUpson a des devoirs à r^emplir» qui
ne lui permettent nullement de s'amuser .à fûre l'amour à une
jeune fille de Suisse, etméme4'Àllemagoe, dans qpeiqUieraug de
la vie qu'elle soit née. D!aiUeurs c'est au fils plein de somwsion ;
il jo'a jamais désobéi à Uun de mes, ordres, ^ j'^aiirai l'ceÂl^oumsrt
sur lui.
— Il suffit , mon digne ami , il suffit , dit le Landammau. En oe
cas, nous voyagerons ens^nble, et je serai charmé d'acconqdir
CaàJRLBB LE TÉMÉRAIRE. 70
noD premier projet, car yolre entretirâ me plait^ ^^JV piùie4e
finstracUon.
Changeant alors de conyersation , il demanda an.maickaad A'il
croyait qae Talliaiice formée entre, le roi ^'AjogLeterre et le dncde
Bourgogne fut durable.
— NoQs entendons Iteancoqp parler ^ ajonta-t-il, Ael'immQiue
armée àyec laqnoUé le roi Edonard se propose de recooqaérir les
proTinoes qoe l'Angleterre possédaili en France»
—Je sais parfaitement j répondit Pbilipsont que rien Jie pour-
rait être û populaire en mon pays cpi'une inyasion en .France , jetL
une tentatÎTeponr recouyrer la Normandie,, le JHaine et la Gas-
cogne I anciens iqpainages de la coorcome d'Angleterre. Mais je
iloQte beaucoup ^e Jl'naarpateiir Toloptaoax qoi prend le titre de
roi puisse compter snr le seconrs du eiel pour réussir dans nne
paràUe entreprise. Edouard JY estluraye jsans doate; il a gagne
tontes les batailles dans lesgaelles il a tiré l'épée^ et le nombre
n'en est pas pea considérable ; mais , depuis qn'il a atteint , ,par on
diemin ensanglanté » le but de son ambitiQ^y on ji'a plus tvl en
Im qn'mi débauché liyré anx plaisirs des sens, an lien d'im yaU-
lant chevalier ; je crois qne la chance de reconyrer les beaux do-
ives qae l'Angleterre aperdns pendant les dernières guerres d-
^es exdtées par sa maison ambitieuse y ne sera pas.mâme^ur lai
wtentation suffisante pour le décider à qnUteir son lit Toluplueuz
de Londres, ses drap^ de soie, ses oreillers de duvet , et les sons lan*
gonieoxda luth qui appelle pour lui le sommeil , et à aller coucher
snrladnreen France , pour être éveillé par le son des trompettes
donnant Valarme.
— Tant mieux pour novs, ai cda est sàa^i, répliqua le Landam-
iBan;car, siFAngleterreetla Bourgogne démembraient la France,
conune cela est presque arrivé du temps de nos pètes , le duc
^iesanrait alors tout lé loisir de faire tomber sur notre Gon-
^dération la vengeance qu'il nolinût depuis si long-temps.
Tout en conversant de cette manière, ils se trouvèrent sur la
peloiHe en fàoe de la -maison de Biederman; et aux exercices de
<^rps qui avaient d'abord eu lieu avait succédé une danse à laquelle
prenaient part les jeunes gens des deu;x sexes, Anne.de Geierstein
et le jemie étranger étaient à la tête des danseurs; c'était un
arrangement .asaez naturel, puis^ae l-Ai^é^.un étx9X^t, et-qne
Vautre représentait JUumaîtres^ de la jua^op* ÛQpiQiidwt Je Lan-
80 CHARLES LE; TÉMÉRAIRE.
damman et Philipson se jetèrent nn coup d'oeil^ comme si cette
circonstance leur eût rappelé une partie de la conversation qu'ils
venaient d'avoir. '
Mais dès que £on oncle et le vieux marchand furent de retoar^
Anne saisit la première pause qui eut lieu, pour se retirer de la
danse. .Elle s'approcha de son oncle, le prit à part, et lui parla
comme si elle lui eût rendu compte des affaires intérieures de la
maison dont elle était chargée. Philipson remarqua que son hôte
écoutait sa nièce d'un air sérieux et attentif, et que, lui faisant un
signe de tête, avec sa manière franche, il semblait lui promettre
de prendre en considération ce qu'elle venait de lui dire.
On ne tarda pas à avertir toute la famille que le souper était
servi. Il consistait principalement en excellent poisson péché dans
les rivières et les lacs des environs. Une grande coupe contenant
ce qu'on appelait sHlaf-trank, c'est-à-dire le breuvage du som-
meil, fit ensuite le tour de la table. Le maître de la maison en but
le iprëmier, sa nièce y mouilla ses lèvres y on la présenta ensuite
aux deux étrangers, et elle fat vidée par le reste de la compagnie.
Telle était alors la sobriété des Suisses; mais les choses changèrent
bien par la^uite, quand ils curent plus de relations avec des na-
tions plus adonnées au luxe. Oh conduisit les étrangers dans leur
appartement, où Philipson et Arthur occupèrent le même lit , et
tous les habitans de la maison ne tardèrent pas à être ensevelis
d^s un profond repos.
CHAPITRE VI.
Notre combat sera celai de deax torreçs »
Oa de deux Tenu partis de deux points dlfferens : ^
Noos serons denx bûchers » dont la flamme ennemie
Pour 8'entre*dévorer s'âance avec furie. —
Quand im démon Tondrait, pour souffler la terreur»
Des élémens en guerre exciter la- fureur,
L'bomme dans son coarroax eët encor plus terrible.
' Fauaui^
Le plus âgé dç nos denx voyageurs, quoique vigoureux et habitué
à la fatigue; dormit profondément et plus long-temps que de cou*
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 81
tome, le matin da joar qui commençait alors à paraître; mais son
fils Arthar avait l'esprit occupé d'mie idée qui interrompit son
repos même avant la En de la nuit.
, La rencontre qui devait avoir lien entre Ini et le hardi Bernois,
homme d'élite parmi une race de guerriers renommés, était un
engagement qui , d'après l'opinion de l'époque où il vivait , ne de-
jait pas se différer, et auquel on ne pouvait manquer. II se leva,
en prenant tontes les précautions possibles pour ne pas éveUler son
père, quoique cette circonstance n'eût pn donner aucun soupçon à
celui-ci, qai savait que son fils était accoutumé de se lever de bonne
heore poar veiller aux préparatifs du départ, voir si le guide était
prêt, si la mule arait eu sa pt'ovende , en un>mot pour s'occuper
de tous les détails qui auraient pu donner quelque embarras à son
}ère.i!ilais le vieillard, fatigué de l'exercice dç la veiHe, dormait,
comme noua l'avons dit, plus profondément que de coutume; et
Arthar, s'étant armé de sa bonne lame,* se rendit sur la pelousie en
bœde la maison»du Landam^an, par une belle matinée d'automne
dans les montagnes de la Suisse. ^
Le soleil allait alors frapper de son premier rayoti le sommet dn
colosse. le^plus- gigantesque de cette race de Titans alpins, quoique
Tombre couvrit encore l'herbe, qui, en craquant sous les pieds da
jeime homme, -indiquait une légère gelée. Mais Arthur n'accorda
pas mi seul regard au paysage d'alentour, quelques attraits qu'il
offirit au moment où le premier rayon du soleil allait le faire briller
de Umt son éclat. Il ajusta le ceinturon auquel était suspendue son
^, et il n'avait encore fait que quelques pas vers le lieu du
re&dez-^ous, qu'il avait déjà serré la boucle du fourreau.
Citait aussi la coutume,, dans ce siècle militaire, de regarder ub
iéû accepté comme un engagement sacré, l'emportant sur tous
ceox qui auraient pu être contractés antérieurement. Quelque
ftndment secret de répugnance que la nature pût opposer aux
ordres de la. mode, il fallait l'étouffer, et le champion devait se
leadre sur le lieu désigné, d'un pas aqçài teste et aussi dégagé que
i'il e&t été à une noce. Je ne puis dire si ^nhurPhilipson éproi;-
Tait cette ardeur, mais,*dana le ca» contraire, spp w ^^ ^ 4ém^r ç^
gardaient bien le seeret.
Ayant traversé à la hâte les champs et les bosquets qui s^pà-
Iraient la denieure dn Landamman du vieux château de Geierstein,
Centra dans la cour nar le côté opposé au iorrent> et presque au
6
82 CHÀRLllS Lte TÉMÉRAIRE.
inême instant son antagoniste» d'une taille gigantesque, et qpi, à la
lumière encore pâle du matin, pai'aissait même plus grand et plus
robuste ^'il ne l'avait paru la soirée précédente, se montra sur
les pierres qui servaient de pont pour traverser la rivière, étant
venu à Geierstein par un autre clieinin que celui que l'Anglais
avait ^ivi.
Le jeune Bernois portait une de 'ces énormes épées dont la làtne
avait cinq pieds de longueur, et qu'on appelait épée à deux maiûs,
parce qu^il fallait employer les deux mains pour là Inanier. Oh
s'en servait presque universellement éh Suisse, ca^, indépendam-
Inent de Fétfat que de tdles armes produisaient sur l'armure des
hotnmes d'ariùes allemands, impénétrable pour des glaives plus
légers , elles convenaient parfaiten^ent pour défetidre les défilés
Ses montagnes; la force ét.l'agilité de ceux qui les portaient, pér*
mettaient aux combattans de s'en servir utilement et avec beau-
coup d'adresse , malgré lelir, poids et leur longueur. Un de ces
glaives gigantesques était suspendu au cou de Rodolphe, de manière
^e la pointe lui battait sur les talons, et que la poignée s^élev^ît
sur son épaule gauche , bien au-dessus de sa tête ; il eu 'portait en
main un second. . ,
-^ Tu es exact, cria-t-il à Arthur d'nhe voix qui se fit entendre
distinctement au milieu du tumulte assourdissant de la chute d'eau ;
mais je me doutais qtie'tu arriverais ici sans épée à detùcli^ains, et
je t'ai iipporté celle de mon coiisin Ernesti A ces inots ^ 'il jeta par
terre devant Arthur l'épée qu'il tenait eh main, la poigttée dirigée
du côté du jeune Anglais. — Etranger, songé à ne |)as déishphorer
ce fbr, ajbuta-t-il , car Ernest ne me le pafdotmëi^t jamais. Si tu
préfères le mien, je le laisse le^ choix.
X' Anglais regarda cette arme avec quelcpe l^tii^Hse ,'car il ne
savait pas s'en servir.
— Dans tous les 'pays où Yciù totanatt les loîls iîe IHiohnetrr, té-
pondit-il> celui qîii est âéfié a le choix des aïines.
— "Celui *qui "combat sur une mohtagûede la Stiisse doit com-
battre avec une arme suisse^ répli^a'Rôdx^ljihë. C!rois«tn que -nos
'mainis soient faites p ottr manier vxi canif? ' ' . '
— Et les nôtres ne le sont pas pour marier tiiféfattx, dit Arthto.
Et lont ^n rcgsnbiut l'énorme épéê qôe le Suisse' persistait à lui
^affrir,'îl HiQnuara ei^triei ses dents , trlUfn Hùn^ha9êï> : je n^ cono^is
jpas 4e sii9iittmeBt de celte amo.
.GHAIHJfS ÎLE TEHÉRAIRB. M
— XefqM»ta da ■imrriirf unfi fii mu frit? li'ilnrii In fniiiiiii , m
oda est y ayoae ta lâcheté . et va-t'en sans mn craiaiBe. Paite
dnreHeiit , aa liea de oraekeip du 'btoi ootanw lUi «krc o« nn
■oÎBtoiwswré* ^
— N«n yjenne cKP^gneJHaaXi r^pottdît PAnglMt, je ne t^ dtanaie
napB qaartkrl Je penaiâs aeia^emést à «• eoMbnt iqni a en liM
entre nn jeune berger et nnféanti etdnnsteqnel'nien aocoida la
TOtiire à eehiidont «les armée étaienl eneore f^ inégnkft qne ke
■Bcnaes. Je combattrai conme tti me veii. lien ipéa^me enifea»
ccMnine elle m'a déjà snfi pins d'une laie.
— Soit 1 reprit le montagnard , mais tiMi'as pas ie dpoil de me
Aire ancnn reproche , pnisqne je t'ai oitsrtégalilé d'armes. Et
nsiatenanl , écente-moi. Notre «ômbat est nn combat À mett; le
irait de oe torretat est le glas de la «doohe fànèbte ponr l'nn de
aois..fl y a long^tsemps qn'il n'aenlendu-le bmit des armes.
fte(^ude4e bien , oar'isi tnenooembesy^je jetterai .Um oerps dans
^Et si^e suis vainqnear, Smaie tHrgœillenXy répondit AHhnr,
«tîeeompte qne ta présomption teoendinra à tft p^te, je te ienn
«Bterrer dans l'église d'Einsiedlea, tet je ierai dire des «nsses peur
lempos 4e ton imie; ton tSpée «era placée s«r4on tombeau, et nne
ÎBscription dira âox passans : — Qirgtt un enisen de Berne tné
^ Ârtbnr FAngla&.
— La Suisse ne manqne pas de montagnes , dit ftodoljfdie a^ee
MaÎD, mais il ne s'y tnm^iepas une pierre snr laquelle ta puisses
^^er cette inscription. Prépare^toi ati cémi^at.
ànbar jeta nn coup if œil a^rec calme et réileaion sur le lien qui
dlaitétre le théâtre de oombat. On sait qne c'était ane grande
<mr,danslnfaelieétaient desamas dernineîs plns«on mm» c<m8i«
dénblesy et dispersés çà ^t là»
*- Mme semble, se dMl à Jm^mèmè, qu'on homme qui connatt
Mm arme, qnl a'apaa oubUié tosînatrnotioiis qu'il a reçneu de Bot-
tafoRuade Flckreaee, qm a leioseor pmr, ubk benne tanne 9 et la
liaia ferme, ^peUt Ukin «ne pas qraindre deuL^neAi d^acier de ]dns
daoïs 'la main de son ennemi.
Tout en fusant eee réflexions, «eten gm^ant dans son esprte,
ansnbîen que le «mômeitt lepermettak^ les loodités dont il |mni*
Tait titer qndqne ânranmge ipendmit le cismbaty II prit pesition aa
inSîeade h eour^^'Oftpsil en eet endroit nn espace qui m'était
' > '6.
84 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
pas embarras^ de décombres^ et, jetant a bas son manteaui il tira
son ëpée da fonrrèaa.
Rodolphe avait d'abord cru que son antagoniste était nn jeune
efféminé à qui il ferait mordre la poussière du premier coup de sa
lame redoutable. Mai^ l'attitude ferme et attentive que prit Arthur
fit songer le Suisse à quelque désavantage que pouvait lui donner
une arme difficile à mapier, et il résolut d^éviter \out(Q précipita-^
tion qui* pourrait offrir une occasion favorable à un ennem? qui
paraissait aussi déterminé que prudent. II tira du fourreau son
énorme épée par*dessus spn épaule gauche, <^pation qui exigea
quelque temps, et qui aurait donné à son antagoniste un avantage
redoutable si' les sentimens d'hoqneur d'Arthur lui eus^nt permis
de commencer l'attaque, avant que son ennemi fût en défense.
L'Anglais (resta fermé dans sa position jnsqu'àu moment où jie
Suisse, faisant briller, sa lame aux rayons du soleil, là brandit trois
ou quatre fois , comme pour en montrer le poids et prouver là fa-
cilité avec laquelle il la maniait. Alors il se tint ferme, à portée du
fer de son adversaire , tenant son arme des deux mains , un peii en
avant de son corps , et la pointe dirigée en'haut. Arthur, au con-
traire, tenait son arme de la m^n droite dans ^ne position hori-
zontale, à la hauteur d^ sa tête, de manière à être prêt, soitii parer,
soit à frapper d'estoc ou de taille.
— Frappe donc. Anglais I dit le Suisselaprès qu'ils furent restés
ainsi en face l'un de Pautre environ une minute.
— C'est an fer le plus long à frapper le premier^ r^ondit
Arthur. \ \
A peine avait-il ^ prononcé ce mot, que l'épéç de Rodolphe se
leva et descendit avec une rapidité qui, vu le poids et la longueur
de celte arme, paraissait effrayante. Nulle parade, quelque adroite
qu'elle eût été, n'aurait pu empêcher la chute terrible de cette
lame pesante dont le Beniois avait espéré* qu'un seul coup serait
le commencement et la iSin du combat. Mais le jeune Philipson
n'avait pas compté en vain sur la justesse de son coup d'oeil et sur
l'agilité de ses membres. Avant que le glaive eût eu le temps de
descendre, un saut léger fait de côté le mit à l'abri de ce coup
formidable; et avant que le Suisse eût pu relever son épée, il le
blessa au bras gauche, quoique très légèrement. Courroucé de
cette blessure, et surtout de u'avojrpas mieux réussi, le Bernois
leva json épée une sec onde fois,et employant une force qui répon-
CaiARLES LE TÉMÉRAIRE. 85
dail à son armey il porta à son adversaire nne suite de coups de
taille et d'estoc, de haut «n bas, de bas en haut et des deniL c&xiSf
ayec tant de viTacilé, qu^ Arthur eut besoili de toute son adresse
pour étitér, comparant, en sautant, en se penchant à droite ou à
ganphe, lui oi:agp dont chaque coup semblait suffisant pour fendre
un rocher- Le jeune Anglais fut même obligé de rompre la mesure
de son ennemi > en faisant quelques pas tant6t de côté, tantôt en
arrière, et quelquefois en prenant position derrière quelques
raines. Mais pendant tout ce temps il attendait ayec le plus grand
sang^froid que les forces de son ennemi furieux commençassent à
^é(Hiiaer, ou qu'un coup porté imprudemment lui fournît f occa-
âoa de l'attaquer à son tour ayec avantage. iGette occasion se pré-
senta, car, en portant un coup avec fureur, le 3tiisse heurta du
pied une pierre , et avant quîl eût le temps de 'se remettre en
garde, il reçut sur la tète un coup terrible, qui aurait pu avoir des
«ntes fatales si sa toque n'eût été garnie d'une doublure d'excellent
acier. H ne fut donc pas blessé, et se redressant de toute sa hau-
teur, il reno9vela le combat avec la même fureur, quoique Arthur
crût remarquer qi^il respirait plus péniblement, et qu'il pott^t ses
^nps avec plus de circonspection.
Ils combattaient avec une fortune égale, quand une Voix sévère^
se faisant entendre au-dessus du cliquetis des lames. et des mugis*
semens du torrent, s'écria d'un ton imposant : — A bas les armes
àRnstantl,
Us deux combattans baissèrent aussitôt la pointe de leurs
^P^, n'étant peut-être tâchés ni l'un ni l'autre de l'interruption
apportée à un combat qui, sans cela, né se serait probablement
terminé que par la mort de l'un d'eux. lU tournèrent la tète du côté
OU la voix était partie, et virent le Landamman s'avancer vers
^, le front et les sourcils annonçantle courroux.
— Comment, jeunes gens ! s'écria*t-il, vous êtes les hôtes d'Ar^
oold Biederman, et vous déshonorez èsl maison par des actes de
violence qui conviendraient mieux aux loups des montaghes qu'a
des êtres que le Créateur a.fprmésji son image , et auxquels il a
donné un,e ame immortelle qu'ils doivent sauver par le repentir
et la pénitence I . .
-- Arthur, dit à SQn fils lé vieux Philipson, .qui était arrivé
ftvec le Laodàmman, que signifie cette frénésie? Les devoirs que
tous avez à remplir tous paraissentJls assez légers, assez peu
M G^ARLBS LE TÉMERMRB.
ittportâiiè.fMr VMS luMcr le feinr de tow qkertUegd àe "Vdiii
hêtciw aTeo le ptcaûcr r(utre fnbfirbn et Air f» wos psavez
reneMtrer?^
Les jettncB genfty^oni fc coHièiii amt.cM0é,à Painri^ de c«
tpeciaieiirt inaltencla», S6 xegMrdaîinitFQnl^aÉitre» cbacimd^cBK
•fifpvyé ^ Mft éprfto.
— Rodolphe ï)oiiii«riiti|9el ,^ èil le Lmdaioitiuaiy doBnewoi Um
^pée, à moi^'pcioiNri^uarede ce tenaiO) chef é» eelt» finnille^ pr»
ftMer magiairae d« ee caAMi*
'^-*'£l ce qui est encone phtt , répeii£t Rêdfolplie ayec sovnb-
momày à Tow qm êtes Arnold BiederÀaiiy àt'erdre^oqfuél toiw les
kabitaos de cm moatagnet tarent lears épëead^tfoarrean, ou lesy
faut rentrer.
Il r^il 60»^ ait LandànÉiaii'.
-^ Sur naparoky dk Arnold, c'«at cdie stvec laquelle ton père
eembattit à glotwfesement à Senpack, à côté de Fillustre de Wii».
kdiied.. C'est ai|tt,lHMitÉ de Yacwr tirée contre un étiranger qm.
re^t de noàa l^faeepîlsdité. £t toqs, jeune bonsMe» €ontkiiia-«41
ea èe tenant ^ers Arcfamr, «--niais phîlipSon l'interrompit en
disant à son fils : -r-A)on fils, .remettes velre épée au Landamman. *
r- Ceàt itttttilè , Monsiear, r^ondk Artber : car, qoant à moi,
Î0 regarde notre ipierelledmime tetwnée. Ge jeanekemme plein
de bniTOtire m'a appcM m»> à^ ce qne je présome, powr faire l'essai
de mon courage : je rends justice complète à sa yaleinr et à soa
iNdâleté, et je me- flatte qn'ii n'a rien à dire qoi puisse me bire
toùgir • Je crois qoe notre combat à duré assez lengHemps ponr le
nijOtif qui y ayait donné Uea. , *
-7- Trop long^eaips ponr moi, dit Rodolphe arec nu ton de fira»*
dâse ; la manche Tjsrte de mon habit I couleinr que j'ai choisie par
affection pour les Gauftoms des Forêts, est doYOïae aassi cramoisie
qoTanrait pu la rendre le meilleur teinturier d'Ypres et de Gcuad.
Mais je pardonne de bon cœur à l'étranger qui a fait cette méta-
aioriÂose ; il m'a donné une leçon que je n^oublierai pas très
j^romptenuâtt. $i tons lés Anglais avaient ressemblé à TOjtre hôte,
non digne parent, je crois qup le montîcnle dé Bnttiaholz ne se
serait pas élevé si haut.
-^Cousin Rodolphe , dit leLandâmman dont le firent commença
& se éénder tandis que le Bernois parlait ainsi, je vous ai toujours
regardé comme étant aussi généreux que vous êtes étourdi «t que-
OUn^fS LE TÉlt^f^lRC. 87
relieur ; et iro^s,, |nOB jei^ie h^te^ tqus {U>uvea( comj^r que quioid
unSaisse dit que la querelle e^t terminée, elle ne se renouyellera
jamais. Nous, ùe sonnées pas cpmme les habitans des yallées da
cftté de l'Oriept^ qui nourrissent la vengeance dans leur sein
comme un enfant favori- Allons, donnez-vous là main , mes en-
bm^ et que cette 30tte querelle soit o^ibliéeJ
^ Voici ma ma^i, |>rave étranger, dit Donnerhogel; vous
venez de me donner une leçon d'escrime ; quand nous aurons dé*
jeni\é, nous irons faire un tour dans la forêt, si cela voj^s convient,
et je tâcherai de vous en donner une dans l'art de la chasse. Quand
votre pied apra acquis la moitié de l'expérience qu'a vo^re main^
et que votre œil aura gagné une partie de la fermeté de votre cœvar,
il né se trouvera guère de'chasseurs qu'on puisse vous comparer.
Arthur, avec toute la GODfiance de la jeunesse, accepta une pr(v
position qui était faite d'un ton si franc ; et tout en retournant à
la maison , ils se mirent à causer sur la' chasse , avec autant de cor-
£alité que s'ils avaient toujours été les meilleurs amis du monde»
•^ Voilà coi)%me cela doit être , 'dit le Landamman. Je suis tow
jours disposé à pardonner à la .fqugu^ impétueuse de' nos jeunes
^s, pourvu qu'ils soient francs «et sincères en se réconciliant ,
et qu'ils aient le cœur sur Tes lèvres^ , comme doit l'avoir un vrai
Suisse.
— Quoi qu'il en çoit , dit Philipson , ces deux jeunes fous auraient
paËdre de mauvaise besQgne ^ si vous n'aviez appris leur rendez-
vous, inon digiie bote, et si vous ne m'aviez appelé pour vous
aidera interrompre leurs projets. Puis<je vous demander comment
vous en avez été instruit?
'' —-J'en ai été ihrormé par ma fée domestique, qui semble née
fPUT le bonheur de toute ma famille, répondit Biedei*man; c'est-
a-dirc par ma nièce Atine , qui avait vu ces deux braves échanger
lears gants, et qui avait entendu les mots^ Geierstein et lever du
soleiL Qhl Monsieur» on' n'a pas d'idée de la vivacité de l'intelli-
gence d'une femme! Il se serait passé bien du temps avant qu'an-
con de mes fils à tête dure eût conçu un pareil soupçon.
^i — Je crob que j'aperçois notre aimable protectrice qui nous
regarde dû haut de cette éminence , dit Philipson ; mais on dirait
qu'elle désire nous voiir sans être vue.
— Oui , dît le Landamman ; elle cherche à s'assurer qu'il n'est
^vé aucun malheur. Et maintenant je réponds qi;e la jeune folle
88 CHARLES UE TÉMÉRAIRE.
est honteuse d'avoir montré nn degré d^intérêt si louable dans une
pareille affaire.
— Je serais charmé de tsive, en votre prés^ice ^ mes remercie-
mens' à une- aimable jeune personne à qui j'ai de si grandes obli-
gations, reprit l'Anglais. .
^- Il n'y à rieade tel que le moment présent; dit le Landam-^
man. Et il. prononça le nom d'Anne de Geierstein avec ce ton ou
plutôt ce cri perçant dont nous avons déjà parlé.
Comme Philipson l'avait remarqué, Anne s'était postée sur une
hauteur à ^elque distance, bien cachée , à ce qu'elle croyait , der-
rière un buisson. Elle tressaillit en entendant la voix de son oncle,
mais elle «e rendit sUr-le-champ à son ordre; et évitant lés deux
jeunes gens qui inarchaienten avant , elle prit un sentier détourné
pour aller joindre le Landamman et Philipson.
7- Mon digne ami désire vous parler, Anne , dit Biederman à sa
nièce après qu'ib se farent dit bonjour, car ils ne s'étaient pas en-
core vus de la matinée Les joues et même le front de la jeune
Helvétienne se couvrirent de rougeur, tandis que Philipson, avec
une grâce qui semblait au-dessus He sa profession, lui disait ce qui
suit:
— Il nous arrive quelquefois, à nous autres marchands, ma
jeune et belle amie, d'être assez malheureux pour ne pas avoir Iç
moyen de payer nos dettes sur-le-ehamp ; mais nous regardons
avec raison comme le plus vil dés hommes celui qui ne tes recon-
naît pas. Recevez donc les remerciemens d'un père dont le fils a
dû la vie hier à votre courage , et vient d'être tiré en ce moment
d'un grand danger par votre prudence, ^e me mortifiez pas en
refusant de porter ces pcndans d'dreilles, ajouta«t-il en lui pré-
sentant un petit écrin qu'il ouvrit. Ce ne sont que des perles , à la
vérité, mais elles ont été regardées comme n'étant pas indignes
d'orner les oreilles d'une comtesse , et . • .
— -'Et par 'conséquent, dit le Landamman, elles seraient dépla-
cées à celles d'nnejeune fille dq canton d'Underwald; car ma nièce
Anne n'est pas autre chose^ tant qu'elle demeurera dans nos
montagnes. Il me semble, maître Philipson, que vous avez man>>
que de jugement, car il faut proportionner ses présens au rang
des personnes à qui on les destine ; d'ailleurs, comme marchand,
vous deviez tous rappeler que faire de grands présens c'est le '
moyen de rendre les profits plus petits. . /
GHARLES L£ TÉMÉRAIRE. 89
. — Pardon » mon cher hôte , répondit l'Anglais ; mais permettez-
moi de Yoas dire ^que j'ai dp moins consulté le sentiment profond
delà reconnaissance gue j'éprbuTe ; et j*ai choisi , parmi les objets
qui sont à ma libre disposition , ce que j'ai jugé ponToir mienx
l'exprimer. Je me flatte qu'un hftte que j'ai trouvé jusqu'à présent
si plein de bonté n'empêchera pas sa nièce d'accepter ce qui du
moins ne messiéra point au rang pour lequel elle>est née. Vous me
jugeriez mal si yo'us pensiez que je suis capable de tous Caire in-
jure/on de me nuire à moi-même» en offirant un gage de ma gra-
titude qui serait au-dessus de mes moyens.
Le Landamm^ prit l'écrin des mains du marchand.
— Je me suis toujours éleyé , dit-il , contre la mode de ces bijoux
coûteux , qtà. chaque jour nous éloignent de plus en plus de la sim--
plidté de nos pères. Et cependant , ajouta-t-il en souriant ayec un
air de bonne humeur» et en approchant une des boucles d'oreillés
delà joue de sa nièce, cet ornement lai sied à merveille » et l'on
dit qu'une jeune fille trouve plus de plaisir à porter de pareils
colifichets, ^'un homme à barbe grise ne peut le comprendre.
Ainsi» ma chère Anne» comme vous avez mérité plus decon-
'fiance dans des affaires plus importantes» je laisse entièrement à
votre sagesse le soin de décider si vous devez accepter le riche
présent de notre ami » et si vous devez le porter.
-- Puisque vous me laissez tonte liberté à cet égard» mxm cher
oack, répondit Anne en rougissant » j.e ne mortifierai pas un hôte
estimable» en refusant ce qu'il. me- presse si vivement d'accepter :
mais, «?ec votre permission et la sienne» je consacrefai ces ma-
gnifiques penduis d'oreilles à Notre-Dame. d'Einsiedl^n, en té*
moig^age de notre reconnaissance à tous pour la protection qu'elle
nous a accordée pendant les terreurs de l'orage d'hier» et pendant
les alarmes causées aujourd'hui par la discorde.
— Par Notre-Dame» elle parle avec bon ^ns » s'écria le Lan-
damman» et elle fait un.sage 'emploi de votre présent »' mon cher
hAte, en le destinant à obtenir des prières pour votre famille et la
mienne, et pour la* pilix dç tout le canton d'Uiiderwald. Soyez
tranquille » Anne » vous aurez un coillier de jais à la prochaine
fêtedjB la tonte, des montons» si les totsons se Vendent bien au
marché.
CHAPITRE VII.
Colni goi, p^ 1^ pM I4 paix. qn'«n. li^ pn^fe ^
Mérite tons les maux qn'alorsi* guerr* enrante;
9l , piûcq«'à l'amilié ton amç çH ««IV9 «Ç^^^*
,Ta t annonces toi-même ennemi de la pkix.
LbTai
La coBÛs^noe qi|i régnait entre le Landai^mi^n et le mattchapd
anglais parât ^'accroître pendant le pçu de jom*s qui St'écoi^èrefit
jqBqn'à leur départ pour ge rendre \ la cour , de Chafiea, duc de
Bom^ogoe. Il a d^t^ été fait allusion à l'état de l'Europe f^t à cislui
4e la Confédération beli^tique ; mais pour faire bien (^ompi^^iodri^
liolm hiatpir^ » il est pefi^i^e à prqpo^ d'ep tracer ici i^p ^^(^
aperfp.
. Petidant une semaine ^e 1^ vxijrageuts passèrent ^ Geiersteiii^
on tint plusieurs diètes, tant des cantons des villes qi^e de çeiij^
des forêts, dan^ toptela Cpnfédéradap, Les pren^ers, mécoi^en^
des taxes imposées ^ur leur cpmmerce p^ le dlic de Bo^rgogne »
el qui dévoilaient encore pins insupportables par suite 4^ a&tes
de violence que se p^mettaient les agens qu'il employait pour^et]^
oppression^ désiraient ardemmentla guerre, c^ns laquelle ilaavaiepf
trouvé coastainment jusqu'alors' viçipire et ricl^e^s. pius^^or^
d'ontro eux y étaîf nt i^nssi o^ité^ jBQns; n^ftii) par les larges^ç^ de
Louis 3^1, qui n'épargnait ni l'pr pi les intrigufssi pour anie^er uno
rupture entre ces intrépidea-eonfiédé^és e^ 3Qn ennemi form^dablf^f
Charles le TéméraipOp * .
D'une tatre part, i).parai|sai| inipolitique dç la part d^ I^Suisse,
pour plusieurs raisons , do s'ongager dan^ nne guerre cont.ro im
des princes les plus ridées , les plus, puissans ot les plus opiniâti^
de l'Europe , car tel était sano contredit Charles, duc de Bonr*
gogne, sans quelque motif bien fort qui intéressât son honneur 0(
son indépendance. Chaque jonr on entendait se confirma 1^ a<^^*
velle qu'Edouard IV, roi d'Angleterre, avait conclu une allianco
étroite et intime, ofiFensive et défensive» avec le du(; de Bourgogne,
et que le projet du roi anglais , renommé par ses victoires noin-
OHAAUiS LE TÉMÉlUlliS. M
iveiifies^anr k mtMM de LyaiMwlre» mhU À^lààmme^ ^mtoivoi
foi, i^ès diiferem revers, kù aTiiem «btemft la poiMBiiiop pai*
siUe da irâoe» élaii da iaive talaîr ses dtaîla sur las fgQ^me9$ de
Ffanaaai lofif-taaAf»k doBkaiae da aaa aocdiraa* B Mubbdl ^pia
cala aaal ipan^piât à sa gkttre, ai qu'j^ani vainoa aaa tvMfimA im$
f ÎBi&kiur da sott lA^, U soQgô&l alon à reoaiMi^
fcécieuses que PAaglet^Tè avait perd^ies soas la régna da laAte
Hiuiry YI et paa<^aiit lea giKnrrea ciVfles qui déahiràvant si «raaUa-
aMat cai^aoïB/a lorsdaadif seasioiM de laKoia Blancbeat de la Rase
Rooga. Ob savak pmrtoat qaa toute rAagleterre regardait la parte
dos provinces fraacaiaes oonwne ime tache iaiie à llioiiaeiir natio*
«1 y et que noa-^eakMnent la noblesse qui avait été privée dea fiafr
aeasidéraUes qu'elle possédait en Normaudie , éo Gascogne» daoa
le Maine et dans l'Ai^oii » n^fr toat ca qui temait à la prèfassioa da^
«raies, hadâtiié à aequérir de la richesse et d^ renomiaée am:
iépeas de la Francei et niâiiia les simplea arcbeiçs , dont les ares
ankat si sonvant décidé la victoire, étaient aassi einpresséa da se
aecire ëm campagiw» » que leor^ ancêtres l^avaient été à Créc^y, à
Poitiers et à Axincpurt , de suivre lenr souverain sur les duunps
de bataille awqùala leurs exploits avaient donn^ w renpa» inft
ounteL
LesnoBveUesles plos récentes et les phis anthentiqoea aiuios-
paient qne le roi d' Anglaterre était snr le point de passer an' Fraope
ea personne, invasion iaoile^ puisqu'il était en possession de Ga-
bas, avec nue arinée plus nombreuse at mieQX discq^inée i^pie n^
\t lai Mwane àfi celles qu'ûja monoif que anglais eût jamais coilduilaa
dans ee royaume ; que tous les préparatifs d'hostilités étaient tai^
mÎQés \ Q^Gtk pouvait atteadre à chaque instant l'arrivée d^Edoowi^»
al qae la ooapératian poissante du duc de Bourgogne, et FaideidNin
grand noaabre d^e seigneurs fran^is^éconljens, dans les proviiMHis
4ai avaient été si long^tampa soumises à la domination anglaise ,
frisaient croire que l'issue de cette guerre serait fatale à Louis ^M»
9^1qve prudent^ quelque sage et quelque puissant que fût qp
prince.
Dans le moment ou Charles, dn(} de Bourgogne, formait ainai
une alliance contre son formidable voisin, contre son emieitii hé-
réditaire et persoimal , une sage politique aurait dû le porter à
éviter toute cause de qm^elle avec la Confédération helvétique «
peuple pauvre^ mais belUqneux, à qui dessu<^cs réitérés av^tent
92 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
» •
déjà appris que sooi in&interie intrépide poayait^ quand il le |àl«
lait y combattre avise égalité et même avec avantage la fleur de
cette chevalerie qui avait été considérée jusqu'alors comme for-
mant la principate force des années européennes. Mais toutes les
mesures de Charles, que la fortune opposait au monarque le plus
astucieux et le plus politique de son temps , lui étaient dictées par
ses passions et par son premier mouvement, plutôt que par la cou*
sidéra tion judicieuse des circonstances dans lesquelles il se trou-
vait. Hautain, fier, et absolu dans ses volontés^, quoiqu'il ne man-
quât ni de générosité ni d'honneur, il méprisait et haïssait ces viles
associations de bergers et de vachers, unis à quelques villes qui
devaient principalement^leur existence au commerce , et au lieu de
courtiser les Cantons suisses, comme le faisait son ennemi plus
adroit, ou du moins de ne leurdonner aucun prétexte spécieux de
querelle, il ne laissait échapper aucune occasion de témoigner le
mépris qu'il avait conçu pour leur importance toute récente; il
laissait percer son désir secret de venger tpnt le sang noble qu'ils
avaient répandu, et d'obtenir une compensation pour les succès
nombreux qu'ils avaient remportés sur les seigneurs féodaux , dout
il' s'imaginait qu'il était destiné à devenir le vengeur.
Les possessions du duc de Bourgogne en Alsace lui offraient de
grands moyens pour faire sentir son déplaisir à la Confédération
Suisse. La petite ville et le diâtean de la Férette, à dix ou onze
milles de Baie , servaient de passage à tout le comn^erce de Berne
et de Soleure, les deux principales^ villes de la ligue. Le duc y
étabUt un gouverneur, ou sénéchal, qui était en même temps admi-
nistrateur des revenus publics, et qui .semblait né pour -être la
peste et le flé^u des réptdïlicains ses voisins*
Archibald Von Hagenbach était un noble allemand dont les do-
maines étaient en Souabe, et on le regardait généralement comme
un des hommes doués du caractère le pltis féroce et le plus arbi-
traire parmi ces nobles des frontières, connus sons les noms de
Chevaliers-Brigands et dé Comtes-Brigands. Ces dignitaires,
parce que leurs fiefe relevaient du Saint-Empire Romain , préten-
daient à une entière souveraineté, dans leur territoire d'un mille
carré, aussi bien qu'aucun prince régnant d'Allemagne dans ses
Etats plus étendus. Ils levaient des droits et des taxes sur les étran-
gers, et jetai^t en prison, mettaient eni jugement, et faisaient
exécuter ceux qui, comme ils l'alléguaient, avaient commis quelque
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 93
crime dans leurs petits domaines. En outre i et poar mieax exercer
leors privilèges seignenrianx , ils guerroyaient les uns contre les
autres, aussi bien que contre les villes Ûbres de PEmpire, atta-
quaient et pillaient sans merci les caravanes , c'est-à-dire ces
longues files de chariots par le moyen desq[uels ^e faisait tout le
commerce intérieur de FAUemagne.
Une suite d^injustiçes &ites et souffertes par Archibald Von Ha-
genbachy qui avait été un de ceux qui avaient usé avec le plus
d'étendue dé ce privilège de Faustnelu *, ou , comme on pourrait
le dire> de droit du plus fort , avait fini par l'obliger , quoique à
un âge déjà un peu avancé , de quitter un pays où sa vie était à
peine assurée , et il était entré au service du duc de Bourgogne^ Ce
prince l'employa d'autant plus volontiers « que c'était un homme
de haute naissance et d'une valeur éprouvée, et peut-être encore
plas parce qu'il était sâyr de trouver dans un homme du caractère
bmtaîu , féroce et rapace d'Hagenbach, un ministre qui exécuterait
sans scrupule tous les actes de sévérité' que le bon plaisir de son
maître pourrait lui enjoindre.
Les négocians de Berne et de Soleure firent à haute voix les plus
Tiyes plaintes des exactions dUagenbach. Les droitslevés sur les
marchandises qui traversaient le district de la Fèrettei n'importe
^ù on les'transportait y furent arbitrairement augmentési et les
marchands et commerçans qui hésitaient à payer sur-le-champ ce
qu'on exigeait d'eux , étaient ^iLposès à l'emprisonnement, et
même à un châtiment corporel. Les villes commerçantes d'Aile*
magae se plaignirent au duc de la conduite inique du gouverneur
delaFérette, et le prièrent de destituer Von Hagenbach; mais le
doc traita leurs plaintesavec mépris. Là Confédération Helvétique
prit on ton plus haut, et demanda qu'on fit justice dugouverneur
de la Férette , comme ayant violé la loi des nations ; mais sa de-
mande n^obtint pas plus d'attention. .
Enfin la diète de la Confédération résolut d'envoyer au duc la
dépotation soliennéUe dont il a déjà été parlé. Un ou deux de ces
^voyés adoptèrent les vues calmes et prudentes d'Arnold Bieder-
man , dans l'espoir qu'une démarche si solennelle pourrait ouvrir
les yeux de Charles sur l'injustice criminelle de son représentant ;
i'autreS| qui n'avaient pas des intentions si pacifiques ,, avaiejnt
V
f
* •
<• UtttnlMMBt, c4roit du poinf . »
i^hi d'<mvrir k porte à ta gvetre par cett» i^emoMtimnee'y>>
gtOfurêaâ^. ^ •
AmeM Biecterman éttât Pa^ocat âëelaré de la paix , f ttut.qiî'^Hfc
était eonipatible ayec ^l'indëpe^dance de son pays'ecl'hentiear'^
ta Gemfédératîon : mais le jemie Phiiipson déeoiiTrit bienlAt que
le Landamman était le seul indiTÎdii de toatesa famille ({m n^wrlt
ces ifentimens de modëralioii. L'opinion de ses enfans aidait ëtésé-
Aaile lit dirigée par l'ëloquettce mpétuasseet irrésîi^tible de'Ro-
è(dp(h6 DonnerliQgel , qui , par ^elqoes traits paortieiiIîeiiB de^hra-
Vonre persenaelle , et par suite de ta eonsidéraftion due aux se^
vices de «ses ancêtres y wsit acqnisdans le8 00Bseita>desoncatiijto»,
et 'atfprès de teute ta jenanesse de ta GonfédépatioB^ mi^srédît qne
068 sages répoMicains n'étaient pas'datnsitiabitiided'aocorder à m
hemne de son j«^. A'rttmr, ^etoas ces jeunes gens j^uieiUiiefit
alors 'a^ec lAaîsn* «oimne ^oempaguen de tefirs parties de chasge «i
As leurs aimres am«f9emeiis> ne les entendais parler ^pede'l^oir
âeia guerre y ^^mbettfssaÂt Pespedr du bmin, et auquçl se j(»
gnait laperspectivedela nouTellerenoœméequelesSttissesdlaieBt
•cquérir* Les exploits 4e tevrs aneêtres ooitfire les AHeimmds
avaient réaUsé les vicftoires fabuleuses des romains , et poisse k
nouvelle génération n'était ni moins robuste si mcins valenreiisê,
ils s'attendaient aux ^émes succès. Quand îlspairiaieiitdn gcMlve^
iiear de la Férette , Us le désignaient sous le nom du chùntfa^
tUche du duc de Bmsrgagne , on du mâêiv^ d^Msacei et ilsdisaàeut
onvertement^qoe si :i^on maître ne répinmait pas^sesactâons 9bf^1<)'
champ, et s'il ne s'éloignait pas lui-même 4ies frontières de la
Suisse y Ardiibald A^oii HageiriMush verrait que sa ^Dnrtei^sse ne
pocfrrait 4e protéger <eimtrell'indigiiation4les haUtans^eSoléuie,
et snrtom âeshtfbilan$ de Berne*
Attbtir^tpaiitÀ sm>pètfe4Ln désirdeta^pieffvey maaifestépar
les jeunes Suisses , et celui-ci {Él»iin mMmientiiieertmlis'ilneierjit
|»a6im^«iix de. brffver ifis éncsâivâimns «t les (dangers qu'il ^^vA
éprouver ^n "voyageant seul arvec iDn< âta y iqae )de i^wir iê mgne
d'^re impliqué >âan£ qaelquejq&orélte'iHir/la'ûaiiâaf&e'désordeffBé^
de œs jeunes 'Ot Sers mœitagnapés tqoand ik'anraieBt pas^é lems
frontières*, ihitel évèafemént ainflk4téiobnin«mÀ tousta^^
de son voyagea joais Arnold jfiiedenmaa é^aoeX r«speiïlé par sa ft-
mille et par tous ses^compatriotès, le^ Inarchand anglais en con-
clut^ au total 9 que son influence suffirait pour r^primeri'ardsor
CRAmJES LE nSHÉRAntfi. 95
it ses oonpiigBonsy jusqu'à ce qtte la grande qaestieu de la paix
et de h gaérre fftt décidée , mais^ sartotit jasqn'à et qu'As eussent
iètean une auflience du duc de Bourgogne , et qn'Hs se fassent
acquittés de leur mission. Après cela , il serait séparé de leur com-
pagnie y "et il ne powr^ait étfe regardé comase responsable de leurs
mesures ultérieures*
Après enrirôn dix jours de ^lai ^ la députât ion chargée de fidre
des rentoutran^fes an duc sur les actes d'agression et d'exaction
i'ktûSbdià Von fiagenbach se rassettibla enfin à Geierstein , <d'oii
tes nembres qui la composaient devaient parrtir ensemble, fls
étaieat au nombre de trois , sans compter le jeune Bernois et le
lanàumnan 'd'UndeHrald. L'un d'eux était, comme' Arnold , un
propriétaire des Cantons des Forêts , portant un costume qui n'é*
tait guère que celui d'un simple berger » mais remarquid>le par la
taille et la beauté de sa longue barbe argentée ; il se nommait Ni»
Mks Bonstetten. Melchior Sturmthal , porte •> bannière de Berne ,
^Knume de moyen Sge , et guerrier distingué par sa brayourcy avec
Aèn ZSmxnerman , bourgeois de Soleure , qui était beaucoup plus
âgé, 'oormplétaient le nombre des enyoyés.
€htcnn d'«ux s'-était costumé jde son mieux ; mais quoique le re-
gard lastère d'Arnold Biederman trouyât'à redire à deux boucles
«
de ceinturon en argent, et à ane chaîiie du même métai qui déco-
iMt lVnd)onpoint du bourgeois de Soleure, il semblait qu'un
peQple puissafnt et victorieux, car les Suisses devaient alors ètne
^ima^sëiis ce point de vtie , n'avait jamais été représenté pair
-iBie Uùbassade d*un eai*aetère ëi patriarcal. Les députés voya*
'g^eMipied , le bâton fei*^ à la main , conmie des pèlerins allant
^erqciiqïit Keu de dévotion. Deux mulets efaatgés de leur .petit
^age*étaSêut conduits par des jeunes gens, fils ou cousins des
"Bi^mhpeîs de Vifmbassade , qui avaient obtenu , de cette mapière ,
la permission de voir èe qu'ils pourraient de la partie dq monde
4^ se trouvait au-delà de leurs montagnes.
Mass'quél^ peu nombreux que fiïit leur cortège, soit pour
temer de l^iippttrati leur mission , soit pour pourvonr à leurs ke-
s(^ 'personnels y ni les circon^ances dangereuses du temps l'tti
ks trotAles qui régnaient au «^ delà de leur territoire, ne permet-
taiem'àites honanes^cliargésâ^ff aires Si importantes de voyager
93118^ l^titort^. Le êaug^r mêmetLes loups, qui, aux approchés de
M'ittr, deseendent souvent des montagnes él enirem en troupe
96 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
dans ks Tiilages qai ne' sont pas défendus par des muraillc^Sy comme
4)enx dans lesquels les envoyés pourraient avoir à faire halte , ren-
dait celte précaution nécessaire; et le nombre des déserteurs des
troupes de différentes puissances , organisés en bandes de brigands
sur les frontières de l'Alsace 'et de FAUemagne , achevait de la
rendre indispensable.
En conséquence une vingtaine de jeones gens choisis dans les
divers cantons de la Suisse, et parmi lesquels se trotivaient Rudi-
ger, Ernest et Sigismond, les trois fils aînés d'Arnold , servirent
d'escorte à la députation. Cependant ils ne marchèrent pas en
ordre militaire » ni à la suite ou en avant du corps patriarcal. Aa
contraire, ils se divisaient en troupes de chasseurs de cinq à six,
qui reconnaissaient les bois, les montagnes et les dédiés par où la
députation devait passer. La marche lente des envoyés donnait
aux jeunes gens agiles , qui étaient accompagnés de ^os chiens ,
tout le temps de tuer des loups et des ours /et quelquefois de chas-
ser un chamois sur les^ rochers; tandis que le^ chasseurs,^ même
en poursuivant leur gibier , avaieht soin d'examiner tous les en-
droits qui juraient pu cacher une embuscade, et ils veillaient ainsi
à la sûreté de ceux qu'ils escortaieht , plus efficacement qae s'ils
les avaient suivis pas à ))as« Un son particulier de La corne du boeuf
des montagnes > dont nous avens déjà parlé , était le signal convenu
pour se réunir si quelque danger se présentait. Ro dolphe Donner*
bugely bien plus jeune que ses.coUègues dans cette mission impor-
tante , prit le commandement de cette garde, qu'il accompagnait
«rdinairenoîent dans ses parties de chasse. .Ils étaient^bien armés,
^C9ûc ils avaient des épées à deux mains , de longues pertuisanes,
des javçlines, des arcs, des arbalètes^ des coutelas et des couteaux
de chasse. Mais les plus lourdes dcces armes, qui avraient gêné
leur marche , étaient portées avec les bagages , pour être reprises
à la première alarme. .
Arthur Phitipson , çomnie son ancien antagonis^s, préférait
naturellement là compagnie et les amusemens des jeunes gens , à
la conversation grave et au pas lent des pères conscrits de la ré-
publique helvétienne. Il avait pourtant une propension à jouer le
rôle de traiaeur avec les bagages ; eti isffet quelque chose aurait
pu porter le jeune Anglais à oublier les parties de chasse des
jeunes Suisse^ et à enduier la conversation^ grave et le pas lent
des vieillards ; — Anne de Geierateiui aeeompagtiée d'ufie jeone
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 97
Smssesse à sob service , voyageait à la suite de la députa tipn*
Elles étaient montées sur des ânes, dont la marche lente pou-
vait à peine saiyre -les mnlefs chargj^s'dès bagages;, et l'on peut
présumer avec raisoif qu'Arthur Philipson, pour s'acquitter de^
services importans que cette belte et intéressante jeune personne
lai avait rendus , ne se serait pas cm trop à plaindre de lui offrir
son aide de temps en temps daifs le cours du voyage , et de jouir dé
l'avantage de son entretien pour alléger l'ennui de la route ; mais
il n'osa pas avoir pour elle des attentions que les usages du pays
ne semblaient pas perlnettre , puisqu'il ne lui voyait rendre aucuns
soins ni par ses cousins, ni même par Rodolphe Donneriingel , qui
certainement avait paru jusqu'alors ne négliger aucune occasion
de se Êdre valoir aux yeux de sa belle cousine. D'ailleurs Arthur
était assez réfléchi pour être convaincu qu'en cédant aux sentimens >
qui le portaient à cultiver la connaissance de cette aimable per-
sonne, il encourrait le déplaisir certainement sérieux de son père,
et prt^ablement aussi celui du Landamman , dont ils avaient reçu
l'hospitalité , et dans ht compagnie duquel ils voyageaient mainte*
nant à l'abri ^e tout danger.
Le jeune Anglais prit donc part aux amusemens *qui occupaient
les autres jeunes gens ; faisant seulement en sorte, aussi fréquem-
ment .que les haltes le permet&ient, d'accorder à cette jeune fille
des marques de politesse qui ne pouvaient donner lieu ni à une re- ^
marqne, ni à la censure. Sa réputation comme chasseur étant
dors bien établie, il se permettait quelquefois, même pendant
T^e\e& autres; pomrsuivaient le gibier, de rester en arrière sur le
bord dn sentier , d'où il pouvait du moins apercevoir le voile gris
d'Anne de Geierstein agité par le vent , et les contours des formes
éi^antes^qn'il couvrait. Ses Compagnons ne semblaient pas inter-
préter détayorablement cette indolence, qu'ils attribuaient à Tin*
difiérence pour un genre de chasse n'offrant aucun danger ;'quand
il s'agissait de poursuivre un loup, un ourç, ou quelque autre ani-
nud de proie , nul individu de la compagnie, pas même Rodolphe
Donnerhugel, n'était plus prompt qu'Arthur à saisir sa javeline,'
son arc , ou son coutelas.
Pendant ce temps*, les réflexions du vieux marchand étaient
d'une nature plus sérieuse. Comme on a déjà dû le remarquer y
c'était un homme qui avait une grande connaissance du monde , où
il avait joué un rôle tout différent de celui dont il s'acquittait ea
7
98 CHARLB& IM TEMfiRàlRB;
cemomeuUD'anoieiuies idées se réTeillèrentealoi^ en iH)}antd08-
divertissemeos Semblables à ceux de ses jeunes années. Lesaboie-
mens des cbiens 'retentissant, sur, les montagnes et dans les forêts
épaisses qpi'ils traversaient; la^Tne de ees jeunes chasseurs fùuvr
suivant leur gibier sur des rochers escarpés quji semblaient inaoces*
sibles au pied de Thomme» et sur le bord de précipices profonds;
le son. des cornets suisses qui se répétait de montagne en moa»
tagne ; tout cela FaTait tenté plas d'une fins de prendre part à un
amusement noble ,. quoique hasandeux:, qfdf après la gperre , était
alprs, dans la pbipartdes contrées .de TEurope, la plus sérieuse
occupation de la. yie* Ua^s ce désir ne se taisait sentir à lui que mo^
mentanémenty et il prenait un .intérêt plus pr<^nd à étudier les
nusnrs et Içs opinions de ses compagnons de y^yage.
Tqu& avaient, la simplicité droite et fieanelîe qui caractéri^t
Arnold Biedermaa; mais aucun d'enx n-offmtnrie égale dignité
dans ses pensées, ni une. sagficâté. si profonde. En* parlant de la. si*
tuationpoUtiqQedeleûr.pajrsy ils n'affectaient aucun mystère; et^
quoique, a. l'exception^ de Rodolphe , les j'euiies gens ne fassent
point admis dans leurs cénseils , cette exclusioftne semblait «^voir
lieu que.pouc maintenir, la. jeunesse dans^ nu esprit der sub^adina-
tion f et non parcei q^'on jugeait nécessaire d'avoir des seeiets^peur
elle^ Ils s'entrotenaient librement, en présence du vieux macchand,,
des prétentioiis du due de Bourgogne*,, des mM»yens qn'avaklenr
paya de soutenir son indépendanee, et delà terxae lésotutieii où
était la lig|ie/ helvétique,de braver toutes les forces que 1& monde
entier pouiirait lui oppiosev, pfaitêt que de soi^Ekiir la plus lég^e in*'
suite. Sons d'antres rappor&ij leurs» vuea pap^aissaient sag^ et m/Oc
déréés^ quoique, le porteur de bannière de Berba et. Knpprtanli
bourgeois de Soleure parussent regarder les conséquetnces^ df une
guerre sons, un. jour, moins sérieux, qua le prudent Tiandamman
diUnderwald et son vénérid>le compagnon Nicolas Bonsteitea, qui
adoptait tout^- les opinionsd' Arnold.
Il arrivait fréquemmait qa'oubliant ce sujet de coj^ersation ,
ils.fidsaient rouler l'entretien sur des objetsqui avaient moins d'at-
trait pour leur compagnon de voyage. Les pronostics du temps., la
comparaison des dernières moissons, .la manière la pins avanta-
geuse de cultiver leurs verger, les moyens à, employer pour ob-
tenir de bonnes récoi^tes , tout cela, q^oiquefoi^t intéressant pour
leamontagnatds, ne l'était guère pour Pbilipson» Le djgno nw-
GBMILB& LE TÉl^AIRft. 99
ter ZimiMraïaii de Sol«iu« aurait tolontiiirs cenTersé ayec lui de
commitree et de nav^anâiies; mais l'Anglais , ^i- ne trafiqufdt
qn'eB objets de grande valeur et de,pe« de ▼<diime, et qui fiiisaît
pour son négoce de longs yoyag<QS par terre et par mer, ne peoTait
troiifer qoe peà de sajets à diseMer avee k Suisse , dont le oom-
aevee ne a^ëtendait pas ao-delà des oaniens voisina de la Bourgogne
tidéFAUemagae^ et dont les marohandises Àe eonsistaieiit qu'en
grosèraps de bine, en fntaine, en pelleterie et autKs objets de
mêoie genre.
Mais inmiîe que les-Soisses discutaient de petits intévèu âe ecmi-
meree, dierivaient quelque procédé grossier d*àgricultttre, et par-
laient 4e la nidta des grains ou de la clavelée des nMivton» aTsc
f exactitude mioQtieHse de petits mAffobandsr ou de petit» feran^s
fâ se roMontront à une ibire ; souvMt queiqae endroit bien eônnu
répétait le Bom et riiistoii^ d'unebalaiUe dans la^eUb an nmas
f m d'entre em avait eoinbattn , car 9 ufj en avait pas tn parmi
«oz qai nfedt porté les ârnes. plusieurs fois ; les délaits nilitaâres ,
^1 dans Ws antres pfky9> n'étaient à la portée qoe des chevaliers
et des écnyea^ qui y* avaient joué leur rôle, oi> des sàvans clercs
qui travaillaient à en perpénuer le souvenirs étaient^ dans ' cette
toange contrée , un sÉijet fampilier et favori -de dÎBCussions entre
desgea^^pie leurs oecupatiens pailles sevUttent placer à nae
iistanee' immense de la profession dé* soldat. 'Celte circonsiaasce
nffA à Tesprit àf l'anglais les anciens kabiMi» de Rome, qui
^iMoAnuiaieHt si souvent la cfaarrae pour Pépéeetkircultiire des
Perret )^r l^dnikkistratien dtes affaires publiques, il parladeostte
foseiiiUanee entre les denx peuples au LandUmman. Cekii»ci ftit
tti&initteinmit flatté du compliment fiiét à sonpays^, mais tt y ré-
pondit : — Fnis^e le ciel conserver parmi nous lesvMrtus^sînïpdes
^Romains 9 et nous préserver de leur soif de conquêtes et de
leur passion pour les objets d'un luxe-étranger !
La marelfe lente des voyageurs, et diverses causes de délai qu'il
cstimitile de détailler, firent qu'ils passèrent deux njûts en route
avant éfarriver à Baie. Les petites villes et les- villages où ils lo-
seront les reçurent avec autant de reof eèt et d'bqspitalité qu'ils le
pouvaient , et leur arrivée était le signal d'une petite fête que leur
offiraient les principaux habitans.
Eu ces occasions, tandis que les vieillards du pays recevaient
JOO CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
les dépulé6 de la Confédération , la jeunesse en faisait les,honneors
aox jeunes gens de l'escorte; on leur procurait le plaisir de la
chasse y on les y accompagnait , et on leur faisait connaître les
endroits où il y avait le plus de gibier.
Ces fêtes ne conduisaient jamais à aucun excès , et }es mets les
plus recherchés étaient du chevreau , de l'agneau , et du gibier
tué sur les montagnes. Cependant Arthur et son père remar-
quèrent que le porte-bannière de Berne et le bourgeois de Soleore
prisaient ks avantages de la bonne chère plus que le Landamman,
leur hôte i et le député de Schwitz. On ne commettait aucun excès,
comme nous l'avons déjà dit, mais les deux députés que nous ve-
nons dénommer les premiers avaient évidemment appris Fart de
choisir. les meilleurs morceaux, et étaient connaisseurs en^vins
étrangers, dont ils avaient soin de ne pas se laisser manquer. Ar-
nold était trop prudent pour critiquer ce qu'il n'ayait pas l'espoir
de corriger, et il se contentait de donner l'exfanple de la sobriété
en né mangeant presque que des légumes , et en ne buvant guère
que de l'eau; en quoi il était soigneusement imité par le vieux
Nicolas Bonstetten , qui semblait se faire un point 4'honneur de
suivre en tout l'exem{)re du Landamman.
Ce fut ^ copune nous l'avons déjà dit, dans le cours de la troi-
sième journée qui suivit leur départ, que les députés suisses arri-
vèrent près de Baie, dors une des plus grandes villes du sud-
ouest de l'Allemagne^ où ils se proposaient de passer la nuit, ne
doutant pas qu'ils n'y fussent reçus efi amis. A la vérité, cette
ville ne faisait par encore partie de la Confédération suisse, dans
laquelle elle n^entra qu'environ trente ans après, en 1501 ; mais
c'était une ville libre impériale > liée avec Berne, Soleure, Lu-
cerne et d'^autres villes de la Suisse , par des intérêts mutuels et
des relations^ cotistantes.,Le but de la députation était de négo-
cier, s'iLétait possible, une paix. qui devait être aussi utile à la
ville de Baie qu'à la Suisse même., vu l'interruption de commerce
qui résulterait nécessairement d'une rupture entre ^ le duc de
Bourgogne et les Cantons; et dans ce cas cette ville , étant située
entre les deux puissances belligârantes , devait trouver un. grand
avantage à conserver sa neutralité.
Les envoyés s'attendaient donc à. recevoir des autorités de la
ville de Baie un accueil aussi amical que celui qui leur avait ^.té
fait partout dans le territoire de la Confédération , puisqu'elle
CHAALES'LE. TÉMÉKaIRE. 101
était intéressée à voir rënssir lear mission. Le chapitre soÎTant
apprendra comment ieor attente se réalisa. '
CHAPITRE VIII.
<— Ledn ytat virent en6n ,,
JCvtle belle c^é «fae tnvene le Bhin ,
Qaand ee fleuTe orgaeiIl«ax deecend de set montagnes ;
Comne aiitrefois la Oiule a vu dané aet campagnee,
Quittant de ses rochers la stérile gtandcnr ,
Le fier Oryétorix «'élancer en vaioqmenr.
HS&TBTU.
Lssyeax da voyageur anglais, fatigaés de Taspect continuel
de montagnes aanVages, se reposèrent avec plaisir snr une
contrée dont la snrface , à la vérité , était encore irrégnUère et
montagnease.^ mais qni était snsceptiUe de cnltare et ornée de
champs de Ué et de "vignobles. Le Rhin, gtand et large flenvoi
roulait ses eanil à travers les campagnes, et divisait en deux parties
la TiUe de Bile , qni est sitjiée snr ses rives. ' La partie méridionale
de cette cité offrait à leurs regards sa célèbre cathédrale, avec la
Menasse magnifique qui y tait face, et semblait rappeler à. nos
'▼eyageoTs qu'ils approchaient alors d'un*pays dàn^ lequel les ou-
yrages de l'homme pouvaient se faire distinguer parmi les œuvres
delaoature, au lieu d'être perdus, comme ce fut toujours le sort
^splqs glorieux travaux, au milieu de ces montagnes énormes
entre lesquelles leur route les avait conduits jusqu'alors.
Les envoyés étaient encore k un mille de l'entrée de la rille,
qaand ils rencontrèrent un des magistrats, accompagné de deux ou
trois citoyens , tous montés suites mulets dont les housses de
Tdonrs annonçaient l'opulence et la qualité des cavaliers. Us
saluèrent 4'un air respectueux le Landamman et ses compagnpns ,
^se pr^arèrent à écouter l'invitation hospitalière à laquelle il
^tait assez nalurel qu'ils s'attenïUssent , ot à y réfKmdre convena-
blement. ^ . .
Le message de la "ville de B&lé fut pourtant l'opposé de ce -qu'ils
s^étaîent ûgm^é Qa'ildevak ^tre. Lé foaoltoiiiiàiveitai lavr^adrc^
la parole parla en hésitant |H:èS9De d'an ak oonfoSj ,ei IVm jpoinraît
Toir qu'en s'acquittani de sa mission il ne la* regai'dait pas comme
la plus honorable dont il eût jamais été chargé. Voratenr de la
Tille de Bâle commença par des protestations d'affection sincère
et fraternelle pour les villes de l^ Confédération helvétique ^ avec
lesquelles celle de Bâle était unie d'intérêts. Mais il finit par an-
noncer qu'attendu, certaines raisons puissantes et^ urgentes» qui
seraient expliquées d'une manière satisfaisante plus à loisir, ht
villq libre de^ BâJe ne povvai^; rec^svt>ir ce soir dans ses murs les
députés granâeinent raspectés ^i 9 par ordre delà diète helvéti-
que^ se rendaient à la cour du duc de Bourgogne.
Philipson remarqua avec beaucoup d'intérêt l'effet que cette-
annonce très inattendue produisit sur les membres de l'ambassade.
Rodolphe Donnerhugel, qui s'était joint à eux en approchant de
Bâle, parut moins surpris que ses collègues : il garda pourtant ïm <
profond silence^ >çt*nuintraipltisd'efa¥ie.de pâietreclepiES «eatimens
que d'expimer les «ons^. Ge^n'^éiaît pas la^pronîève i^s.^iaiB la
pénétralâoin 4tt' marchand aoglajis avait renurv^foé^Que^ie jeuie
homme hardi ^t in^péttieQX ^ipowaît» fiiind .ses/desMus Veaà'^
geaienHi of^oser um férta'QMty^nt^.à.la foBgMe^aliureUe Ae^sm
caractère. Quant -aux .autres^y ie^royiit 4ii.]MieU«r de jMUMÛère «e
reffibruait; Je visage )du<b<mi^<m' de .iSol«iHre<fdevitttf enflammé:
comme la laae^jinndeUe^se lè¥eftiMi«Bd-Q«ebt;;t)e4^«lé^à.baarbe
grise deSchvi^i^arda.Bi0dernwiiav)eGruntfûr^'j||QÏiiélw^ elle
Landamman }iii-méme semlirla fikis émxL foe son «ahne faalMttwl
n'.aurai^^pâvmis de le;|^é$fimer4 Enfiâil i<4»ei>dit anifojrf AMfMMiige
de Bâle» il'une yoix 'un .peii akéréo'fpiu: sw^te#*iaa '^^
— GeBt un étranger message, qw fC6bii ^qiie ¥ons»iif|»el'tez 4e 1»
part des çitoyeijis^e Bât^, ^queao«hfty»ps ^wy)m»- tfwftés'e» ^mBÎ%
et qui ^prétendent exreone l'âtcei ^uK«d4(«^s ide^la QçNrfédéralîoii
suisse, 4^argés d'une -mission .|iraÎAble«..L'abni''de4eiH«.t«ita, la
protection de leurs anuroiUe^, l'iaefMi^il ii#ffâtatieF d'usagie), c'^st
çe^e les habitans d'atic«n pQjs«ami rn'on^jp&s deiâtPûkdie r^nsm*
à ceux d'un .autre.
^ — "Et <^ n'estfiaB volontairerncBatt^èla fnlOe deB&ie<vMB<en Ma
le refus, digne LaBdamman, p^pendU40 g^igiiiirat, >i#»iPÎ>ftjFeaa de
BâU désireraient vous accueillir, nou-jseulement vous et vos diglles
eoUc^es, nais v^oiFe>e^cor>(q>'eiiîi^«^ j^^it^^M mMm^^sMQ
CHMILES IX TÉMÉRAIRE. lOt
liote Vliotfpitalité qui est en leur pouvoir ; mais boub agîsfioiis par
finilsaîute.
—•£t cette eoilinaiite, ipii pent Fe^ffoer? â^ëeriaarec eolèrele
portenr de banniàre de Berne. ^L'empereiir^igisnibBd a-^il assez
pNi profité dePeKODiple detes'pfédéeeBBem, •ponr...
--- L'emperenr, réfdiqoa le délégoé de BfiJe , interrompant le
Bernois, est on monnrq«e<pai8ible eClieBinleiitionnëy eomme il
l'a toaiporo été ; mais ées trovpesboiiif^iHgnomies se sont a?iincées
réoeiraient dans le Snndgau, >et jjes messages noas ont été *eiiToyés
pur Je eomte Arcfaibald' Yon Hagenbacli .
— Dsiiffity ditle Landamman ; n^é^aMos'pasthivantagé le Tolile
fBi^coiiTre nne^fiiiblesse dont iroosToagiBsec. Je «vdns eomprends
psr&httnent ; Bâle se trente trpp prèsée la oitadellede la 'Férette,
poar qu'il soit.penmsà ses ehoyens de eonsnlter leur inoUnatién.
Mon frère y nous voyons en qnof consiste votre embarras; noos
TOUS plaignons ; noQS-mas pafdoBnoas<^FiMeracnqiw d'hosphaltté.
— Mlûs aoaniez-moi jasqU'à la fin, digne ^Landamman, répliqua
knagîatrat. Ily.aprè»d'iei n^anaien'pai^Uon'de cliassedes oomies
de Fatkenalein, sqipeléiGralis^iast ^y 4fvà , quoique en raines , peut
encore olInnrTin'Bbii'OÙrfoas serez mieù logée qn^en plein air, et
qi&aé«ie^eat sa8oeptiid»de»qiielqa0dë(ense ;>eseepen'danity à'Dm
ae ^kkm'^^ pei^Mmie ose y ^aller troubler votre repos! Maïs
écoQtez-moi encore, mes dignes amis ; si vous y trouvez quelques
itfraicbîsseniens,£emine vin, »biàre> etc.y*etc«, tfaitesMen usage
«tas sesspale, ca'r ils vonstsont desiÎBéS.
-^ae-refose paB>d'^M3Ciiper une^riase où «oue poîasions'troQver
f^ipesécorîté, dit.le Landermann^ car, -qmqve'le feit'de nous
Uieiamer ks pcHcies ée -Baie tpaissenlàtre- que le fésul|at d'un
i^niflablee^mt d^insolene&etd^aniaaoeité, qui peut savoir s'il ne
se rattache pas aussi à quelque projet ée 'violence ? Nous vous Te-
nursions de vos -proviaions jamais mous me vivrons pas, de mon
MDsealement, aoK^dépensdes gens qnt n?osent«se^moiitrer nos amis
fi'à la 4érobée4
*^ Un mot de plus, digne 'Landamman, ^reprit'le magistrat. Vous
êUaaccompagnés d'âne dame, qui, jeevois, estvbtre'fillé; Des
bomaieBne se t^oUsvensnt pastrop bien togéS'dttns Fendroitoù vous
dkz, etjpar «aBoéquent uneifemme yrsarait «noore moins commo-
<*'UiUNiMiMt,«1«flalilril«MflMc^» .
lOi CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
démen^ quoique nous ayons tout disposé à cet ^rd dé notre
mieux. ÏPermettez donc que yotre. fille nous accompagne à Baie;
ma femme sera poitr elle comâie une mère, et demain, matin je la
reconduirai près de vous. Nous atons promis ^e fermer nos portes
aux citoyens de la Confédération suisse^ mais il n'a été fsiit aucune
mention des femmçs. • ' .
— Les habitans de Bâle sont des casuistes subtils ^ répondit le
Latidamman ; mais sachez que depuis le temps où les HeLvétiens
descendirent de leurs montagnes pour marcher contre Césai*; nos
femmes ont fait leur séjour dans le camp.dç leurs pères /tle leurs
frères et de leurs maris, et n'ont cherché d'autre sûreté que, celle
que pouvait leur procurer le courage des ètr;es qui leur étaient si
chers. Nous ayons assez de bras pour protéger. nos femmes; ma
nièce restera avec nbus, et partagera le destin que le ciel nons
réserve;
— Adieu doncy mon digne ami, .dit le magistrat de Bâle ; je sais
fiché de me séparer de tous de cette manière, mais un sort fachenx
le veut ainsi. Cette, avenue en gazon vous conduira an vieux pa-
villon ; et fasse le del que vous y passiez la noit- tranquillement .
car, indépendamment dès autres risques, il coiirt demauvai&bnuts
sur ces ruines. Mais ne permettrez*v6ns pas à. votre niisce, puisque
telle est la qualité de cette jeune personne, de venir passer la nmt
à Bâle?
— Si notre repos est troublé par des êtres semblables à nous,
répondit Arnold Biederman , nou^ avons des bras vigoureux et de
bonnes^pertuisanes ; si , comme vos paroles semblent le donner a
entendre > nous avons affaire à des êlres d'une antre nature, nous
avons ou nous devons avoir de bonnes consciences et de là confiance
dans le ciel. Mes amis, mes collègues »i cette mission, ai'je énonce
vos sentîmens comme les miens?
Les antres députés suisses donnèrent leur assentiment à tout ce
qu'aivait dit le Lanidamman d'Underwald , et les citoyens ae j»»?
prirent poliment congé des étrangers, s'efforçant, à force de civi-
lités a}iparentes, de couvrir leur manque réel d'hospitafité. Apres
leur départ, Rodolphe fut le premier à exprinier ce qu'il pei*^
de leur conduite pusillanime. — Lesehiens de lâches ! s'écria-t-u>
puisse le boncher de Bourgogne leur anracher jusqu'à la peau pa
ses exactions , pouf leur apprencb-e à méconnaître d'anciennes W'
sons d'amitié, plutôt que de s'exposer au moindre souffle du^'***'
roux d'un tyran I
CHARLES LE TÉMERABIE. IfrS
^Et d'an tyran qiri n'est pas même lenr makre^ ajonta on
antre jeune homme; car presque toute Tescorte^'ét^t alors ras-
sembla autour des députés pour apprendre quel accueil on devait
attendre à Baie.
— TSans doate, s'écria Ernest , un des fils d'Arnold Biedorman ;
ils prétendent ne pas avoir reçu des ordres de l'empereur; mais
un seul mot du duc de Bour^pogné , qui ne devrait être pour cor
qu'une brise légère venant de l'occident, suffit pour les Caire man-
quer à tous léfi devoirs de l'hospitalité. Nous devrions marcher
snr la ville^ et en forcer les hâbitans, à la pointe 4e l'épée, à nous
y recevoir* . v '
Un murmure d'applaudissement, qui s'éleva parmi lés jeuncto
gens, éveilla le mécontentement d'Arnold Biederman.
— Ëst*ce im de mes fils que je viens d'entendre? s'édria-t41;
n'est-ce pas plutôt un lansquenet ^ brutal qui ne rêve que batailles
et actes de violence ? Qu'est devenue la retenue des jeiines Suisses
qni avaient coutume d'attendre, pour agir, que Içs vieiUards du
canton eussent jugé à propos de leur en donner le signal ; qui
étaient doux comme déjeunes allés, jusqu'à ce que la voix de leurs
patriarches les eût rendus aussi audacieux que defs lions?
— Je n'avais pas de mauvaises intentions, mon père, dit Ernest
déconcerté dé cette réprimande; j'avais encore bien moins dessein
de manquer à ce que je >rous dois ; mais je dirai que. ...
—Ne édites pas un mot, mon fils, répliqua Arnold; mais quittez
notre camp demain à la pointe du jour, et .en retournant sur-le-
champ à Geierstein, comnoie je vonsTordounne, souvenez-vous
V^ ceini qui ne peut oommander à sa langtie. devant ses propres
concitoyens et en présence de son père, n'est pa3 fait pour voyager
cû pays étranger.
Le porte-bannière de Berne , le bourgeois de Soleure , et même
le député à- longue barbe de Schwit^, intercédèrent pour le cpu-
psAIe, et tâcherait de faire révoquer la sentence qui le condam-
nait an bannissement; mai^ leurs efforts furent inutiles.
— Non, mes chers amis, non, mes firères', répondit Arnold, ces
jenoesgèns ont besoin d'un exemple; et qn^nque je' sois C&ché,
dans un sens , que la faute ait été commise par un /membre die ma
bmille, je suis charmé, §ons un antre rapport, qnç 1^ délinquant
/
- ^ Slnple soldat djb rinfinUri'e aUemandt.
iM GBAauâB LE rÈMBEmosm.
woit m jmnt htame .««r qni je puisse exeroer une plrine tmlorité
8«H lèlâpe ftoqMct de pardaÛté. Ernest, woqb averentenidii mon
endve; .«etonmec à Geieretainideinamati point an jonr, et que je
yous trouve dans de meilleures dispositions quand ]?y serai de
retenr*
ijt jenne iSnÎBsé , ^qnniqne éiddsmmentfiipiié de cet -affiront p6-
UiB, nMtion genon «Dtenre, let basmiiatmamideison père. Arnold^
satta ie naindrè ^sîgne de jMsentinerit plû ^damia aa béaéiietiooi
et fimaat , tans^lai adresser.nni'niot ide tremmtrance y se retira à
Ifanriaretfavde. La idépntaftion • entra «alersHlaiial^venne qui lui
ayait été indiquée , et au bout de laquelle on yoyait Jes minesntias-
tt<ws«de*6raffii<last; mais'il,»ne^aiiBit irtajB.aasee jrourpew en re-
connaître exaocement tkL'fontie. «Quand àls*en «forent plusprès , et
que IkiliioiDité éngmcnte ^ db yinent Mllerdes lumières>à trois ou
qnatie «rMées, t)aidiBtf[ae>lB retfts 'de la&^eétiiit'eonyert de
piefondeatdpèhBes ^^Lonqittilsy ftiwaii arri^^s^ ilareeonnurent que
leipa^iUimi étaitieniearé à^an ifessé *lnrge^ «profond ^'sur la surface
daqnel«ea3éfléèlii8sak,.queiqnefaà>leniinitji la bnmèlré qu'(m yoyait
à iimvera firéiquet) fsnètves.
CHAPITRE TX.
v»Mr«liqQ.
Je TOUS soahaite le bonsoir.
Adieu, bvave soldat t qui tous a, relire ào garde?
-VBuroxsco.
C'est Bernardo. Je tous soiUiait«iel»Ms<4f.
Lb premier soin fle^nss voyagem^s^fiit de éherdier 4e moyen de
toayeratr le Somé, 'et ils'ne»4^arefit 'pae longnempe sans découyrir
laitéla du'pont j io^e8l4i4lire4afiMlée' sur laquelle reposak autrefois
letqMibjeetas^^quandion^ieèeÉMait.» Qe pont* était (tonibé en ruine
iriwiis Ii^ig^e«y6^'iprisawï»en<»yait«eeast<ttit<nn ^n*e^^ire , -et ,
à ce qu'il paraissait , tout récemment , ayec des troncs d'arbres et
des planches , par le moyen duquel ikMiMÉvèleHt4iisénittttt à P^a-
r!»4Mgt LE TÉHUâlHL MT
wk^pÊtfUkm, faî'étut1tee69èQle'ie€b■ftilL^<fin7«■MMl9
ilstrouTèrent un guichet qui ^'on^rail son» le pamige goutté, ek »
giiiés par la inini^,' ib>arii«àrent dans um saUe f a'mi Mail
Mdemment ffféparée fêmt les.iMevoir «uinDifia qBelasrâiMMi-
rtMce le panaattaîmiu
I}b grand &u de bpîs sec br^aît dans lacbemmée : il y a^ndl
ii^eÊtttAenuei l0]ig-temp8,^qii^.anMqpnBk.un aîrdoiiK-etiieBi^
péné^ans eet ^iparteiKaly jaalgfé-aou éteadue ^ son «dilahrai*^
BMBt. Sans m eoia élaît'sn amas de iboisqni aurait. aaK .paur
winjr le iéa peîidaiit «oesenuëne. I>eiuL m troia loagaaaiablfla
ameat àé ps^rées , et P^m troma aussi (iluaiaiiEs gno^a pa^
aura coa^meM ées ifafeaioliisaeiiieiis de tome «apàoe. Les yens dn
iKmJmngooâs de^ateore ^brillàveat (de .plaÎBip.qQiâid il ^tleajeanea
geB8:s'o0cnpei? àipiaaer sw lesitablas les praciâsioiis quiétaBant daua
Inponiers.
•-rA|MrèS'ttwt9tdii«il9'oas paorras^geuB de:Bafe.<mtsaiv^.lenr
i^taiîim $ cars'ibnewnis oatpaa fait l'aecuail le^si obUgeaM».
do moins ils ne nous laissent pas manquer de bonne cbare.
--iih J m#n cher amiy dit Jknioldfiiederman ^i'ahfle&eadei'bftte
diioiBasiiH>iisidévàbkiBentle:prbLdiii£BâM[i« Lapatkiéd'aaepamme
lecaedc la ntaîauda vUseiAit^ yâatfmiaaKiqufniiirqiaade'iiaeea
aaBsawuiipagiiie;
— Ibiis Imt -^aB a¥<»i8»moins>d'aUigatiQnf,deitear bâaqaet, dit
lefoneJiaitmère 'de! Berne* .Mais ^^d'apràs la hmgafge dqaivaqne
qaBiioù TeiiOBSid''emendie9 je cvois-'qii^ est à. prapes idevoi»^
^^ tttle jnait aur ^ipas gardes, ^etiqn^ ^onigiendraittiuêBia qna
^dfKHiiia ide.noalfeiiaas 'gens fissent de temps en >tauipu «ne.
JwtFaiiUe daas'Vles ^anwaoâ. Cette fdajoe est feDrie'; snseaptiUe
dnâdie défaidâe,. ex . à'«et 'égard nous devons dès * vemeoeianenaà
^^^ qui ont ^ ëlé i Ufos ^quaptier^mskres. Oepandanit , «*eo vatre
PMnasian , ânes ( hanoi«likis«0fliiàguas> inoua> exaraiaeiSQna riafté-*
■
neoode laimaison y iapvèsi quoi jootistatgsineroasiuae ^arda at'das
patroQilfe&^ Jl TOirè devodr^ijeunei^gBisf etfialjosniie perqniateio&
^<aote dms tantes ces . itaines. Il «st rposaSile ^'il s^ iraoTe
d~aatres pevsonpes /fue 'nous, ^aar nous samaies:ntt|inieaaHtidans le
voisinage d'un homme quij comme un renard yolenr^ mariiie fdas
Tslontiess la*natit*qiie feiattCy.«dHenoiiattt>sa proie dans leslieux
^caités^ et am iiâieaidfB'aiûea plalèl»q^f^
ia^yrofiasitien iqt «MminwmaMr. jadaptafe^liea îeanas fanif^n*
108 CHARLES LE TEMERAIRE.
rânt des torches , d<mt on avait trouvé une bonne quantité dans la
salle, et firent une reconnaissance exacte. . . •
La pliis grande imrtié du château était dans on état de rame et
de dégradation beaRonp pins complçt qne la portion <pie les ci-
toyens de Baie semblaient avoir destinée pour 4e logement de Tam-
hassade. Le toit en était écronlé de différons côtés , et Vensemble
offrait un tableau de guerre. L'éclat des lumières, .celui des
armes, le . son de la voix humaine, le bruit des pas des jeanes.
gens , efirayèrent dans leurs, sombres retraites les chauves*soariSy
les hibous, et lés autres. oiseaux de mauvais augure, habitans or-
dinaires des édifices détruits par le temps ; ils prirent leur vol àam
les difSérentès chambMS , la plupart sans porte, et jetèrent parmi
ceux qui les entendaient sans les voir, une alarme qui fit place à
des éclats de rire- quand laf cause en lut connue. Le fossé entourait
complètement le château , et par coiiséquent on y était en sûreté,
puisqu'on ne pouvait y être attaqué du dehors que parx la grande
«ntrée ; . il était facile dei la barricader et d'y placer des
sentinelles.
^ Ih» s'assurèrent aussi , par une perquisition faite avec soin, qne
s'il étût possible qqfan individu fût caché parmi de tels m0K^wx
de ruines, du moins il ne l'était pas <pi'il s'y ti^uvât un nombre
d'hommes suffisant pour les attaquer, sans qu'ils ies eussent dé-
couverts. On fit un rapport de ces détails an porte-bannière de
Berne, qni ordonna à Rodolphe Donnerhngel de prendre sous ses
ordres un détachement de six jeunes gens qu'il dboisivaitiui-même
pour faire des patrouilles au dehors dans tous les environs , jo^'
qu'au premier^chant du coq , et de revenir alors au château poQ^
être relevés par d'autres , qui rempliraient les mêmes fonctiofis
jusqu'aux premiers rayons de l'aurore, et qui seraient alors rem-
placés à leur. tour.. Rodolphe annonça son intention de rester de
garde toute la nuit , et comme il était renommé par sa vigilsnee
autant que par son courage et sa force, on pensa qne rien ne man-
qnerait à la garde extérieure du château. Enfin il fu< convaiu
qu'eii cas dé TOncontre imprévue , le son ducOTnet suis$fe donn^
rait l'alarme, ee qui servirût de signal pour envoyer du renfort a
la patrouille^ ' . ^
La même prudence dicta des préeantions analogues daus^'^"^
rieur. Une sentinelle , qu'on devait velevoc toutes les ileux heures,
fut placée à la porte, et deujL autres forent postées de l'»'^'®
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 109
côté^a château, qaoiqae le fossé parût une défense suffisante.
Tontes ces mesures ayant été prises , on se jnit à table. Les dé-
potés occupèrent le hant.bont de la salle , et l'escorte se phça mo-
destement dans lâ partie inférieure. Une {prande quantité de paille
et de foin qui avait été empilée dans le yestibnle servit à l'usage
anquel les citoyens de Baie Fayaient sans doute destinée, et à l'aide
d'habits et de manteaux on eti fit des lits qui parurent exceUens à
des ho^nmes endurcis- qui en avaient souvent en de plus mauvais p
soil à la guerre , soit à la cbasse.
L'attention des citoyens de Bâle avait .même été jusqu'à pré*
parer pour Aime de Geierstein un logement plus commode que
celai de ses compagnons de voyage. C'était nu appartement qui
avait probablc«nent autrefois servi d'office, dont une porte don-
nait dans la salle où les Suisses étaient alors réunis , et où se
trouvait aussi une baie, sans porte, donnant sur un passage qui
conduisait dans les ruines. Cette baie avait été boucha avec soin>
quoique évidemment à la bâte, avec de grossespierres prises dans
les raines , empilées les unes sur les autres, sans mortier ni cinient
d'aucune espèce; nuds si bien assurées par leur propre poids
qu'ohe tentative pour les déplacer aurait donné l'alarme,' non-
seoiement dans cette cbambre, mais. encore dans la salle voisine
et dans tout le château- Le petit appartement arrangé .ainsi avec
soia, et mis à l'abri de toute surprise , contenait deux lits de
camp, et un bon feu allunié dans la cheminée'y répandait la cba*
leur. La religion n'ayait même pas.été oubliée i car un petit cru-
cifix de bronze et un bréviaire avaient été déposés sur une table.
Geozqai avaient décpuvert les premiers cette petite Retraite,
vûmeBt en faire part aux députés en se répandant en louanges sur
b délicatesse des citoyens de Bâle , qui , en songeant à ce qui était
iiécessaire aux étrangers qui allaient arriver, n'avaient pas oublié
depom^oir séparément aux besoins particuliers de leur compagne
de voyage. '
Arnold Biederman fut sensible à leur attention obligeante. *—
Nous devons avoir compassiim de nos amis de Bâle , dit-il , au lien
de nourrir du ressentiment contre eux. Ils npus ont fait un aussi
bon accueil que le leur permettaient leurs craintes personnelles;
tt ce n'est pas peu dire en leur faveur, mes maîtres/ car il n'est
aucune passion qui soit aussi égoïste que la peur. Anne, vous êtes
f^guée , ma chère , retirez- vous dans la cbambre qui voua est. dea*
110 GSàBIJBS LE/nÉlIÉltÀIRl.
tinée; Itiseile àkàmsi, puoA nos pnwrimis alMmia&M, ee
qoL^dkt caeoi/m kfks copseenaid» ptar votve sonpir:
A cea mou iè conduisit kâ-fliditto mmàoe èun sa ohomiNM'à
eoueholr, antoar 4e laquelle il jeta n» eoap dV)^ de satiaiMitaM;
et cornue il aUàil se retirer, ilhiî soehatta une bonne naiiç mm
fly ayait sur le front de-la jmme fiUenn nnage^t senbkit M^ioti*
eer qpe les soidiaite de ron^oocle ne seraient* pas accomplis. Oepais
le nMnnent oà elle arratt cpûttéla Soisiey eHe a^ait en Pair soa^
cienx; elle causait plus rarement a^eo eenx qui s'ajqirochaieBt
décile y 04 ette ne lenr réflondak^e'pBr ïa0nG^llabes; en va mot
elle semblait en proie à nne secrète inquiéinde, on à up cfaagrâ
ineonaan. .Son oncle, s^en étaitr i^pjv , maia il Faltribuait asses na-
«orellanent a» déplaisir qu'elle ëpvoviBaiO en se» T4^ant ob^gée à»
aea^Mrerde Im, céqnip^bablement nedcTaatpAs tarder^etai
xcgret qu'Ole avait de quitter le sëjearpai8iMe''0Ù elle avaii^ pasi^
tant d'ioinéee de sa jeunesse.
Mais dèÎB qu'Amie d^ Geieieteia ftitentrée dans son apparte-
ment , tons ses measbres tremUèren^ ; la? pàlisur eouvrit sesjooei)
el^e se laîesa tomber , assise sur le bok'dd^Ki des^ deux ^ts. Les
eondee appuya 9ur aes genoux^ et sa téle reposant sur ses MittaS;
eUe semblait accablée par-une aflfation pofonde', en atta^prfs de
quelque nudadîe^ semeuse, ptaAôt que fatiguée du veysfgtf eiaywt
IteaeaÉ de quelques rafraîiAisaeuieae. Aiiu»ld n^était paoî très à»
fojiasit sur toutes les^oauses quêpeanmife agiter le ecracétae
fomae. Ilf^t que s» nièce eauÂrsii, mais^il nePatti^ttaftqiAnK
aniîfi dant ndus avons dë$à paodé, et il* ki blâaa» aiw dw^tor
d^airoir déjà perdu le eoraetère dNine fille deliiSaiseey qnaudelle
peuvait eneoresenlÂr le ^^nt qui animait de cepay».
— U ne fiËnt pas, fait dit^, qa» vous fiii&iea croire am^dHOS^
d^ Allemagne et de Flandre , que nos filles^desent plus eequ^étt*^
leurs mères ; saae quoinone^auinotts à livrer enoeÎNi tes battéltesde
âempach et de Laapen /pour convaincre TEmperéur e^ ce* W"
gveiUettx duc de Bonrgo^ que les Suisles^de nos j<Nir»ettiif en-
core le mâlne comnge que. leur» aucAtresr Quant à notre^^^^^^
tîon:, je ne 'la cirains. pas } mon frère est comsrdeFEmpife^ft^^
VfSritéy et .par conséquent il vent être sûr que tous ceux? àfii ^^^
drdit de cenunander sont à ses ordres. Il vous mande près de av
poipr prouver qu!il a droit de le faire ; mais je Iç connais ^^^^^^
^'il aura vu que ses désirs sont une loi pour vous, il ne s^4^
CBIAU» JUS TÉStÊÊÊàmK m
daoa sea ÎBtiigMSiib oobv «(dans m» plauaBibilMiui ?Nod, nt»^
vwan'éti»paften:)étaftde8erw.kftpvoj«iBdaecnte etil^finulr»
loiâ résoudre à reimnMTj^flr av UU^^ et
à continuer d'être le bijou du vieux paysan votre onde.
— tlU an ^al que noua y fasaîona nainaenant I s'ëem Aue
a? ea uftaaaeM de déla«sae»qiifelki dkmwtàsL vainanaant à^achar on
àrépriffijar. '
— Qekk aenôt àUfittileafrant qnenoofrayûna raaqdi k Mnaaia»
pour bfadle nona sMwaa en uardiCt r^MmAtle LandaawMMt
<fi prenait toot à la iattre^ Maîa aniwa- nwn conactt, Anna,
nuiagaz on mooeeani bnreB tioia gtntaea de ¥in, re|ioaai*»voaa
amiiie^ et tous yena éveiUarez deanain anaai gaieqn'nn joor dt
&e m. Suiaae ,. foand la nnaette sonne la réreittMr .
Anne se trame alarator. état d'alb%i»ei^ ua violant nalfde téie,
çiino^oiperBwe^t^dQpvendxeanonnenonraîtnve, et aoofaniialé
iMuisair à aeii.onal((ft EUe.dîl^nanîte.à Liaettad^érctarchar ee
1"'if fai ffillnit à olfa mflmn poiir non nonpcnr j cl lui Toimiunsnia du
ikft fûre anem hrak «n reyeonnty et 4e ne paa kilcnenqpi« aaai
npas, âeUcaTaille bophenr des'endorpir. Arnold BiedaiHUMa
<SBi»asiaea iiiàce> etaMa^rejoindre seaeeUàgnaa, qui l'atundaîenc
a?ee impataenee pour attaquer lea fNNnéaiioas dont là idUb élaît
^^IttEgée. Les jenies gêna de Teseorte^ donftlenoelbn'<t«tdip
9àlaé par le dopant éfs» lai patmaîUeel par kplaeenM^de taete
loitiadlee à «leurs t]pasteai raapectîfs^. nUasient paa an^nminasbanna.
^<ailion.i^pBa lef peoaonnagaa jim grvrm ei. plur ùnpovians'
Plagié de tonte la «empngme^ quipienençahle krfnédaciiéiteBe
■ttiiàra petxQÛaraalei. Las* yayngeurs^ eomuteoeèrantaiorB' kurs
opératiana avec une vivacâté qui pi;e»mt;qne yinoarlituik'd»
siMipsr et le tawy qn'ik avaient pasa^ à.fiûra 'des anrafngenmna
P^Umiaairaav arvaiana considérabkBKnS aîgnké lenr * appdtiit^ Le
Undamman lui-même , dont la tempéranœ app roabait quelfaar
fiis da rabaainenwa , parat > cette<»niù » plos disposé qn^ L'oréînaiFe
^ se Ibtor ans plaiÉm d&la tadbk* Se» ann de Safawîtk> snivme
ion exempk., numgea, but et parla plus que defeoutnme^ Les
deux autres députés firait tout ce qn'ils poowent faire sans ris*
^Ito de se laisser aecni^r, deshanger k repes ep œgîei Leviêux^
112 CiHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Philip&oi^ regardait oette scène d'an oeil attentif , et n'emptissait
son terre qae lorsque la politesse exigeait qu'il ûi raison aux santés
qui étaient portées. Dès le commencement du banquet , son fils
était sopti de l'appartement de la manière que nous allons rap«
porter.
Arthur s'était .proposé de se joindre aux jeunes gens qui de-
vaient faire des patrouilles au dehors ou. remplir les.fonctions de
sentinelles dans l'intérieur du château; il avait même déjà pris
quelques arrangement à ce sujet avec^l^gismond , troisième filsda
Landamman. Mais avant d'offrir ses services comipe il se le pro-
posait, ayant jeté un dernier regard j^our ce soir sur Anne de
Geierstein^ il remarqua sur json front une expression si solennelle,
qu'il ne lui fut plus possible de penser à autre chose qu'à deviner
les motifs qui pouvaient avoir donné lieu à un tel changement.
Son front ordinairement serein et ouvert, ses yeux qui expri-
maient l'innocence qui est sans crainte , ses lèvres qui, secpndées
par un regard aussi âranc que ses discours , semblaient toujours
prêtes à énoncer avec confiance et bonté ce que son cœur lui dic-
tait; tout en elle avait en ce moment. changé de caractère et d'ei-
pression, à un degré et d'u^^e, manière qui faisaient croire qu'on
ne pouvait expliquer' ce changement en Fattribtiant à des causes
ordinaires. La fatigue pouvait avoir &it pâlir les roses de ses joues,
un mal subit pouvait avoir terni l'éclat de ses yeux , et chargé son
front d'un nuage , mais l'air d'acçablenient profond avec lequel ses
yeux se fixaient quelquefois sur la terre , les regards effrayés
qu'elle jetait de temps en temps autour d'elle , devaient avoir ku^
source dans pue cause différente. Ni la fatigue , ni la maladie ne
pouv^ent expliquer la manière dont elle contractait ses lè?resy en
personne déterminée à voir ou à faire quelque chose qui l'effraie;
il y avait une autre cause à ce tremblement presque insensible qu
agitait parfois tous ses membres , et qu'elle send)lait ne pouvoir
maîtriser que par un violent efforti Ce changement remarquable
devait avoir sa cause dans le cœur , une cause affligeante et pé-
nible. — Quelle pouvait-elle être ?
n est. dangereux pour la jeunesse de voir là ])eauté parée de tous
ses charmés et armée du désir de faire des conquêtes ; mais il 1 est
encore bien davantage de la voir dans, ses instans d'aisance et de
simplicité y cédant sans affectation à l'aimable caprice du moment,
et cherchant ce qui peut lui plaire autant qu'à plaire elle-m^'ûe*
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 1 13
0 existe des hommes dont le oœar est encore plus -rivement ému
ea voyant la beauté ptongiée dans le chagrin , et en éprouyaut cette
douce pitié, oe désir de consoler une belle affligée^ que le poète
décria comme un sentiment bien Toisin de Famoiir. Mais snr nn
esprit d'nne toomnre romanesque^ comme on en voyait souvent
dans le moyen-age, la Yue d*une jeune personne charmante, en
proie à la terrear et à la souffrance .sans aucune cause visible ,
devait peut-être faire encore plus d'impression que la beauté dans
son éclat, dans sa tendresse, ou dans l'affliction. E faut se rap«
pder qae ces sentimens n'existaient pas seulement dans les rimgs
élevés, et qu'ils se trouvaient dans toutes les classes de la société
au-dessus du paysan et de l'artisan. Le jeune Philipison regardait
donc Antie de Geierstein avec une curiosité si ardente, mêlée
detantdecompassion et de tendresse, que la scène active qui se
passait autour de lui semblait disparaître à ses yeux et le laisser ,
daos une salle où régnait tant de bruit, seul avec l'objet qui Tin*
téressatt.
Quelle pouvait donc être la cause qui accablait ainsi un esprit
dont réquiUbre ^tait si partait, un courage qui était au-dessus de
son sexe, tandis que sous la protection d'une escorte, composée
des hommes peut-être les plus braves qu'on eût pu trouver dans
toate l'Europe, et dans un château fortifié, la femme même la plus
timide aurait pu être sans inquiétude 7 Silrement si une attaque
avait lien, le bruit du combat ne devrait être guère plus effrayant
pour elle quelesmugissemensdes cataractesqu'il l'avait vue mépri-
'^•"-Du moins, pensait-il, elle doit songer qu'il existe un hcHume
qaef aBection et la reconnaissance obligent à combattre pour sa
défeose jusqu'à la mort. Plût à Dieu, continuait-il en se livrant tou-
joQrs à sa rêverie , que je pusse l'assurer autrement que par
signes ou par parole^ , de ma résolution invariable de la défendre
aa risque des plÉis grands périls. ' .
Tandis que ces pensées se traversaient rapidement son es*
pit, Anne, dans un de ces accès de tremUement momentané
qui semblaienti'accabler, leva les yeux , les porta tout autour de
^ salle avec un àir de crainte i comme si elle se filt attendue à
voir an milieu de ses compagnons de voyage, qu'elle connaissait
^0^) quelque apparition bizarre et funeste; enfin ils rencon-
trèrent ceux d* Arthur, qui la regardait avec attention. Elle les
l^ftisia aussitôt vers la terre , et sa rougeur prouva qu'elle sentait
8
1 iSk CHÂRLEa LE TÉHÉRiitllB.
que Ms maaièflies * étranges avùent été remor^péat pfeur le jiatme
Deaoïi oftté'^rtlliir sentit qn^jl né rongùsÉit pas mùafiqncLla^
jeune fille, et il se reûra à l'écart pour qiatdle ne pût; tltna^*
cmcitt Mafis qnaid Anne se leva et qte wn onde UbCfio^visil
dans sa eiMmbrey ««Bine nons l'ayons iéj^ mfiffàté 9 ilsemUa
au jeane Bbilipson qu'elle l^afrattiaissé dans le sombre crépnsoiile
d'ane^satteianéraipe. Il eonlinuait à réfiéchir sur lesiqetqni IW
cupaît sl^viveni^nti> qnand^a^veiix mâlede DonnaetHigdi se fit en*
teirii«'à son ot^tllet ;
-^Bb bieni Gaaiaradoy notre nuirehe d'-anjonr^htiiToas art-
eUe- tàtagfiLé^ am peint qae ^ona allez: vails endecmir. UM de-
beat*'
— ADien-ne^pli^el Hasiptmen, rendit le jeiqieAnglai|i sor-
tMit de sa- rêverie, çt donnant à Rodolphe le titre qne les jeimes
g^s <30i^iôSjant l'«oérte loi' avaient nnenjmettient centtrévetqui
signifie chef on capitaine. A Dieu ne plaise que je dorme, si te
Tent apporte quelque eheee qni médite qa^on veillel
-*- Où Tona proposez-TOUS' d'être aa,pren|i«r chant da eoq ?
^ <**0^ mon devcdr^ où votre eKfi^icnee m'appelleront, HsapO
man. Maîs^arréc TOtiie permissîeii^ j^ai d^sadin de saoïfter Ja g^^e.
snr le pont jnsqn'an dbantdn coq, en place de SigiaoUNid;. U se
reseentenoer&de rcoitofse qu^il s'est donnée en eonrant >aprè$ Q^
chamoift^ et Je lu» ai consefllé de pr^Mlre un rqpos nen intecrûa^Vi
comme- le meilleur moyen de recDfwrer-se» toro^^'.
— H fera donc bien de ne pas s^i^anter^ ^^ir^le vieuK Lan-
danm»! n^est» pas homme à regarder «1 si léger accident comm^
une excuse pour se dispenser de sen deroir^ Gçuk qni Bupt sens
sea ordres doiVeât avoir an^si pen de cervelle qttîan bceuf^-deSv.
membre» aressi i^gouvenx qae eeax d'ua.onrs y et itxie aniMi ioeBU'
sibles que le fer et le plomb à tous les évènenifaia de le vie, et
anssi'itiacoessiblés, ài tantes lee fadblessaa de If bumenité^ ^
-^ J'ai été quelque «eiiips l^hdle ducLandaHunan ,. et je n^^i P*^
vqi>d?e(neni|>le>d'niie diacipline^si rigoorense*
-^ y«iis êtesiétranger, et le vieillaiid est trepi hospitalier P^
iMis imposer- la^noindre ceotriânte ; qnqlqne paitiqdil vous p»>^
de prendre àinoa amusemena on à nos devoîsa, miHtaicea, ^^
an^velentaire. Aistsi dtiqe qwmé je 'Ve«i|>^I^
ade patripiltenn pcennet chmftr ^(<«^^
CnkBUIS IX TEMfRiMHB.. 1 ta
r^Je mé regarda oramio son^iNMiordrai ea m «oiÉnt. liai»^
pour ne pas ftii» assant de polilaMe» )é ^ova d^naî qm je aérai
relevé de garde sûr le pont ,' au chant du coq , et que je aemi-
cbrmé de pcavoir me;|Mroieeoer afera sac m terma plus étende.
—N'est-ce pas yons ei^poser saas néoBÉÔÈé k plos. dt fatigaa .
qWil «e oenvient peiil^ftre k vos* forces ?
— Je n'en aurai pas plea qm vous J. Ne "veee ppopeaevfou pee.
de veiller teete ^a seit ?
—Sans doQtç , mais je suis Suisse.
— tEt moi», je seis Aeglèît, «épliqua Philipaoe avec*vîtaoité«
— Je Q^ei^teadaia pasf 0^ quo'je dîeaia dans le sens^qqe vosa I^^'
prenez», di^ Rodolj^e-ei» siant; je voulais aeeleoiBeA dire que je
sais aaturcdlenMait plu» iaàéresaé ëû œtle afEoire qnervoiia n^ poe-
vez l'être^ vous qui êtes étranger^ à là cause k* lequrile noij»
soQimasperaoniieUemaiit attafii|és.
—Je suifl ui^ étiejiger aana doute» wais un éurauger qui a reçn
chez voua' l'hospitalité , el qei par oûusëqœnt a droit;, ixBt qu'il
sera avec tous, de partager vos. traMux. et ^oedangava*
-< Seil: 1 j'aarai fini ma première piKrouîlle à l'iMun» où lee aeu-
tineUes dû ébâteau seront rrievéea » et je eeraî prêt à in oommen»
cerune aeeonde en votre benne oompagnie. .
---D'eacord; et niainaenanftjevàismex^endreànioii peste» oar je
soQpçonnêSigismoQddein'aoeuser déjâd'aycir ouhUéniapromesae»
Ôs allèrent ensc^le àl la par te, et Sigismond céda sas armea et
^Hfoste anfjeutte Aaiglaiaà la pren^ère sommetîen» eonfimm»!
aiiuif opinion qWon! avait de lui en ginérel» qu'il était le pl&a.ia»
^olm et' le moins actif de^tous les en&na de Bi^denean. .Reddpkn
oepatcadoierscm mécontemâment.
^QuB dktait la Landamman, Jtti demanâa-t41 , s'il te voyait
céder aiusi tes aneea et toapeste à.iia ^trangfer ?
-^11 dirait qw j'ai men faiit» répondit Sâgianmid aana s'intian^
afin, oar â po» reixMiimande teajaavede laisser. £pire à l'étranuger
toet oe^pie Ibdb lui sen^Ue» et Arthur eet. snr ee pont de eapropre -
^^nakiité ; je ne ki lei ai pas dsHUiBdë. Ainaidionc» amm bon Arlhii^
paisque w^Stppréiânes «Q air finoièet leelaif deiune à diafsiniNniiL
<^aidetià an^beèiaDiiMMBil, j'y oaMeas^toMti w»n^oœttr. Ibib»'
taeaat».éeoiile& vetre^cmsignei. Voea dévee anéierq^inaonqafe én^
' • • • • ■ . •■ 8.
116 CHARLES LE TEIIÉRAIBE.
trera on Tcmdra entrer dans le cbfitean , à moins qa'il ne tous
donne le mot d'ordre. Mais tous laisserez sortir ceux de nos amis
que TOUS connaissez, sans les questionner et sans donner l'alarme,
parce qne la dépntation peat ayoir besoin d'envoyer des messa-
gers an dehors.
— Qae la p^te t'étonffe, fiiinëant 1 s'écria Rodolphe; tnesle
seul paresseux de tous tes firères.
— En ce cas, je snis le seul qui soit sage. Ecoutez, braye Haupt-
jnan : tous avez soupe ce sbir, n'est-ce pas?
— C'est une pteuve de sagesse, sot hibou, que de ne pas aller à
jeun dans la forêt.
— ai c'est une sagesse de manger quand on a faim , répliqua
Sigismond, ce ne pei^t être une folie de dormir quand on a som*
meil. A ces mots, la sentinelle relevée, après avoir baillé deux ou
trois fois, rentra dans le château en boitant , prouvant ainsi la
réalité de l'entorse dont elle se plaignait.
^ Il y a pourtant de la force dans ces membres indolens, dit
Rodolphe, et cet esprit lent et engourdi ne manque pas de cou-
rage. Mais tandis que je critique les antres, j'oublie qu'il est temps
que je commence moi-même ma tâche. Ici, camarades, ici.
Le Bernois accompagna ces mots d'un coup de sifflet, qui fit
sortir du château six jeunes gens qu'il avait désignés pour le soiTre,
et qui, ayant soupe à la hite, n'attendaient que son signal. Ils
avaient avec eux deux grands limiers, qui, quoique principale-
ment dressés à la chasse, étaient excellens pour découvrir les. em*
buscades, et c'était pour cet objet qu'on les emmenait. Un de ces
animaux était tenu en lesse par un jeune homme, qui, formant
l'avant-garde, marchait à environ trente ou quarante pas en^vant
des autres ; le second appartenait à Donnerhugel , pi obéissait à
tous ses ordres avec une docilité sans égale. Trois de ses compa-
gnons suivaient Rodolphe ,' et les deux antres se tenaient à quel-
ques pas en arrière, l'un d'eux portant une corne suisse pour
donner l'alarme en cas de besoin. Ce petit détachement traversa
le fossé par le moyen du pont qu'on y avait jeté tout récemment,
et s'avança vers la forêt voisine du château, et dont là lisière de*
vait probablement carïier les embuscades , si l'on avait à en
craindre. La lune était alors levée et presque dans son plein, et de
la hauteur sur laquelle le ehâtéau était 8itné> Arthur, à la faveur
de la lueur argentée de cet astre» put suivre des yeux leur marche
CHARLES LE TÉMÉIV^IRE. 117
lente et Girconspecte i jusqu'au moment où ih disparurent dans
l'épaitseor de la forêt.
Lorsque cet objet eut cessé d*attirer-aes regards , ses pensées ,
pendant sa fiiction solitaire, se reportèrent sur Anne de Geiers-
tein y et sur la singulière expression de chagrin et de crainte qui
s'élait répandue sur ses beaux traits pendant cette soirée ; et U
rongeur qui aTait &it disparaître uti instant de sa physionomie la
pâleur deFafflictionjet de la terreur, a» moment où leurs yeuxs'é*
taient rencontrés y était-ce terreur, modestie, quelque sentiment
plus doux et plus tendre ? Le jennePhilipson, qui , comme Téouyer
d'un des contes de Ghaucer , était aussi modeste qu'une jeune.fille,
n'osait interpréter ce symptAme-d'émotion d'une manière aussi
fitYorable que l'aurait fait sans scrupule un galant plus rempli d'a-
moar>propre. Ni le lever ni le couchor du soleil n'avaient jamais
otfert à «es yeux des teintes aussi douces que celles qui avaient
orné lea joues de la jeune Helvétienne, et qui étaient encore pré-
sentes à son imagination* Il ne cessait de multiplier les interpré*
tations des signes d'intérêt qu'avait montrés la physionomie d'Anne
de Geierstein. Jainais visionnaire , jamais poète ne prêta autant de
formes bizarres aux nuages.
Cependant, au milieu de ces réflexions , une pensée soudaine se
présenta à son esprit. Que lui importait de connaître la cause du
trouble .dont elle était agitée? U n'y avait pas encore bien.long-
temps qu'ils s'étaient vus pour la première fois ; ils devaient avant
fea se séparer pour toujours ; il ne devait être pour elle que le
loayenir d'une charmante vision; et il ne devait conserver une
phce dans sa mémoire que comme un étranger qui avait passé
quelques jours chez son oncle pour n'y pfus reparaître. Quand
cette pensée se présenta à la suite'des idées romanesques qui l'oc-
cupaient ,' ce fut comme le coup de harpon qui &it sortir la baleine
de son état de torpeur et lui imprime tout à coup un mouvement
Tiolent. Le passage cintré sous lequel il était en faction lui parut
subitement trop étroit pour lui; il traversa le pont de bois à la
hâte , et courut se placer sur le teirrain en face de la tête du pont
qui en soutenait l'extrémité.
Là, sans s'-écarter du poste sur lequel, en sa qualité de senU*.
nelle , il était de son devoir 4e veiller , il se promena rapidement
et à grands pas , comme s'il eût fkit vœu de prendre le plus d'exer-
cice pôsssible sur un terrain si limité. Cette marche, continuée
M 8 «lARtES Lit TÉMâRAIRË.
rentrer en Ini-mé^e; il se rappela les nomiNre^ses faiMms ^oi de-
-mÊmut r«mpêâier d'aocordfer aoii «ttentkm > «et sAnoat son affec-
tioR , à ^ette ^Mè penùmM-^ quelcjne «édlûiadKte ^'«He lAU
•— Il me reste cepiMiMnent «ssez 'de Ima Mfts^ se di^il à lld*
màmit «D rdsttf issant ie ptfs m en appvyant sur Mn éj^vte 'Ba
lemtle. peitaiiane^ piMH* mft convenir de Ma simaimi et àe iii«s
'AemTOy pear sotigar à mon fote , « qui je tiens Ken de loat , {wsir
penser an dëshwnenr 4e«t je* me eènvrirais si j'étais capabte de
«hercber i gagner 4'afiectiOb d'une jeune fdle doift le eqenr •^t
plein de franoUse et 4e ooniaaœy et à qui je toe pourrais eemoa-
orer ma "vie en retour de ses eenlûnens, Alais non, eUe m'oubliera
bientAt, et je l&dMami de ne me so«v«nir d'elle que comme d'im
songe agréable qvi a embelli «n imstant um ntût pleine de fétus',
telle que ma Tîe semble destinée à Pét^Sw
Bn pariant ainsi , il s'arrêta tont à eoup , et tandis qu'il s'ap-
puyait sar son anse , line latme s'ésbcippa de ses yanx satis être
essuyée. Mais il ôombattit eet aooès de sensibilité > eomaoîe il atàit
imtéMitrsfois contre des passions plus fières et plus arieni^eiâ* Se*
couant l'accablement d'esprit et l'abattement qu'il Sentait se gËs-
ser dans son eodur i il reprit rair et^aftitilde d'une seattinellentten-
tiire y et fixa ses idéé§ sur les défvob^ qu'il a? ait à i^smplir, et qu au
milieu du tttmulte de son agits^idn il aralt presque onbliés. Mais
quel fat son étonnemenl quand , en levant lés yeux ^ il vit ^ au clair
de la lunoy passer devant hii > eartant du ehftteau et se dirigeant
vers la forêt y un être vivaat qui lai offrit l'image d'Anae de
Creierstein.
CHAÎ'ITRE X.
Odi Sait t'il dort . oii t*il m éfmét
Vu 80Dg« clair, distinct , bien détaillé,
Quand nous dormans , à t«l iioint ooiti abUM »
Que ooss croyons que c'est la vérité; -
Et nom avons , en veillant , <raelq«ieei<nM«
Pour ne pa» croire à la réalita
De pins d'un fait que notre ttil Incrédole
«lof • iwpMttble. âliturd^, ridicole.
VkWkttnon d'Anne de Geierstein passa devant son amant , oa
son admirateur dn méins, en moins de temps que nous ne pouvons
le dire à nos lecteurs; à l'instant même où le jeune Anglais faisait
an effort pour sortir de son Accablenreat, et qu'il levait la tête avec
¥mr de vigilanioe convenable à uqe sentinelle , elle venait de tra»
verser le pont, et passant à^u^ques pas di^ faotionnàire, sans jeter
ttèihe un regard sur lui| elle s'avança d'un pas ferme et rapide
vers la lisière da bois.
Quoique Arthur eût ponr consigne de n'empédier personne de
sertir du cfa&teau, et de n'arfêter que ceux qui se présenteraient
four j entrer^ il aurait été assez naturel, ne fût-ce que par civilité»
qo^S eût adressé quelques mots à la jeune iiUe qui venait de passer
devint son posta ; mais ellô avait paru devant ses yeux si subite-
ment, qu'il en perdit un moment le mouvement et la parole^ Il lui
semblait que sob imaginfatioSk avait évoqué un fantôme présentant
à ses sens la forme et les traits de celle qui occupait ses pensées ,
et il garda te sUenee , en pairtie au moins dans l'idée que Tétre qu'il
voyait éttit immatériel et Ji'appartenait pas à ce monde.
Il n'aurait pas été moins naturel qu'Anne de Geierstein eût
lémoîghié,. par un signe quelconque^ qu'elle reconnaissait le jeune
houne qoi avait pasgé avec elle un temps assez coujsidéFable sous
k tek de seii mcleç avec qui elle avait dansé bien des fois, et qui
aVmt été son conqpagnon dans tant de promenades; mais elle ne
denaa pas far moindre marque qu'elle le reconnût^ elle ne le regarda
même pas en passant; ses regards étaient fixés vers le bois» et elle
120 CHARLES LE TÉKIÉRAIRE.
s'avançait de ce eôté d'un pas ferme et agile ; enfin elle était cachée
par les arbres avant qa' Arthur eût recouvré assez de présence
d'esprit poar prendre un parti sur ce qu'il devait faire.
Son praniêr mouvement fut de se reprocher de l^avcur laissée
passer sans la questionner, quand il pouvait le faire, sur les mptiCs
qui lui faisaient entreprendre une course si' extraordinaire, à une
pareille heure, et dans un lieu tel qu'il eût été en état de lui donner
des secours ou du moins des avis^. Ce sentiment l'emporta telle-
ment d'abord sur toute autre considération, qu'il courut vers l'en-
droit où it avait vu disparaître le bout dé sa robe; et l'appelant
aussi h^ut que le lui permettait la crainte qu'il avait de jeter l'a-
larme dans le château^ il la supplia de revenir et de l'écouter uu
seul instant. Il ne reçut; aucune réponse; et; quand les branphes
des arbres commencèrent à se croiser sur sa tête et à refoser un
passage aux rayons de la lune, il se .souvint enfin qu'il oubliait son
poste, et qu'il exposait ses compagnons de voyage, comptant sur
sa vigilance , au danger d'une surprise.
Il retourna donc à la bâte près du pont, plongé dans un dédale
plus inextricable de doute et d'inquiétude, qu'il- ne l'avait été au*
paravant. Il se deiAanda vainement dans quel dessein une jeune
fille si modeste, dont les manières étaient si franches, dont la con-
duite lui avait toujours paru si délicate et si réservée , sortait
seule à ^minuit, comme une demoiselle errante d'uni roman de che*
Valérie, tandis qu^elle se trouvait dans un pays étranger et dans
un voisinage suspect. Cependant il repoussait, comme un blas-
phème, toute interprétation qui aurait pu jeter du blâme sur
Anne de Geierstein ; il là jugeait incapable de rien faire qui dût
faire rougir un ami. Mais rapprochant l'état d'agitation dans lequel
il l'avait vue pendant la soirée , du fait extraordinaire de son ex-
cursion hors du château, seule, sans aucune défense, à une pa*
reille heure, il en conclut nécessairement qu'elle devait avoir eu,
pour agir ainsi, quelque motif très puissant et probablement dés*
agréable.
— J'épierai son retour, se dit*il intérieurement, et, si elle m'en
donne Foccasion, je l'assurerai qu'il existe auprès d^elle un cœur
fidèle et sincère, qui, par honneur et par reconnaissance, vetserait
jusqu'à la dernière goutte de son sang pour lui épargner le moindre
désagrément. Ce n'est point, un vain transport romanesque que le
bon sens aurait droit de me reprocher, ce n'est que ce que je dois
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. I2i
iiire, ce qu'il fitnt que je fesse, si je Tevx mériter le titre d'homme
d'honneur.
Cependant, à peine Arthur se crut*il hien affermi dans une ré*
solution à laquelle il ne trouvait aucune objectiob, que ses idées
prirent un autre cours. Il réfléchit qu'Anne avait pu désirer d'aller
à Bâle, suivant l'invitation qui lui en avait été faite la soirée pré»
cédente, son oncle ayant des amis dans cette ville. A la vérièé ,.
c'était choisir une heure singulière pour exécuter ce dessein ;.
mais il savait qu'en Suisse les jeunes filles ne craignent pas dé-
marcher seules, même pendant la nuit; et que pour aller voir une
amie malade j ou dans quelque autre intention, Anne aurait été*
seule , au clair de la lune , au milieu de ses montagnes, à une dis*
tance bien plus considérable que cdle qui existait entre le pavillon
de chasse et la ville de Baie.- La forcer de le prendre pour confi»
dent pouvait donc être un acte d'impertinence et non une preuve
d'aSection. D'ailleurs elle avait pa'ssé presque à son cdté, sans
&ire la moindre attention à 3a présence; il était donc évident
^'dle n'aTait pas dessein de lui accordier sa confiance, et proba»
Uementelle ne courait aucun danger que son aide pût détourner»
En un tel cas, ce que devait faire un homme d'honneur, c'iEtait
de là laisser rentrer au château comme elle en était sortie, «ans
ftToir Tair de la voir, sans lui faire aucune qu.estion, et delà laisser
maîtresse de lui parler, ou non, ccmune elle le jugerait à propos.
Une autre idée, enfiintée par le siècle dans lequel il vivait, lui
fsissa aussi par l'esprit, mais sans j faire beaucoup d'impression.
Cette iorme si parfaitement semblable à Anne de Geierstein, pou-
vait être une illusion de ses yeux, ou une de ces .apparitions dont
on racontait taqt d!histoires dans tous les pays , et dont la Suisse et
rAllemagnie avaient leur bonne part; le sentiment secret et indé-
^sable qui l'avait çmpéché de lui parler, ûonotme il auraitété na-
turel qu'il le lit, s'expliquait aisément en supposant que les sens
d'un mortel s'étaient refusés à une rencontre avec un être d'une
iiatnre diGEérente. Quelques expressi(ftis du magistrat de Baie ten*
daient aussi à faire croire que le château était hanté par des êtres
d'un autre monde. Mais quoique la croyance générale aux appari*^
tiens des esprits empêchât. Arthur d'être tout-à-fait incrédule sur
ce sujet, les instructions de son père, hoiàme aussi distingué par
son bon sens que par son intrépidité, lui avaient appris à n'attribuer
à une intervention surnaturelle rien de ce qui pouvait s'expliquer
par de» ealiiert mHàatàM. H /ftMoit ihnie ê9m^dMéfM tout bfti-
timent de crainte superstitieuse qui s'attachât un instant à <5^tte
aTenture noccorne. Enfin il vésMut d^ i^ plis se livrer à àéê con-
jeotares d»s lesqiîcllea il ne pdisaH qae de tictaveatt moiifii *A4n-
^étnde» et d'attendre a^rè^c fèrtnecé, sinon airec ipstienee^ lie re-
tour de sa bdie Vi^èn ; retmr qui , s^l H'^kpliclapt p9B côtt^ète-
aient le nfystère, semblait éû WÊms le seul moj^end'y jeter qntol^ae
jour.
^ Ayant adopté cette réselution> il çenlsnaa^dè se pronelier àr aon
poste, les yenx to«îoul*s fixés shr la partie dn bots eu il avait tu
disparaître ccftte fotniB eh^rfe^ enU^Mit un instani qii^l émit «n
ftedon penr autre thèse qneponr épier te ntpnieak Seson i^tovr.
n sortit de^eette rêverie en entendaiit du eàté de la forêt im Inmit
qni Ini parut un ciSqdetis d'armes, Rapptslé fc«ir«le<«h^Hap &u Sen-
timent de ses dcTOirs^ dont il Sentait l'importanèe powr son pire
et ses eomps^ons de rcffa^ , Arthur se posta sifi^ leftont'v afasez
étroit pomr ^n^m pût y faire quelque résistance^ et mit fowtto aon
attention à s'assurer si quelque dénger menaçait le bhatM^« Le
Inmit des pas et des armes approchait ; il fit briller au blair delMie,
sûr la Ësière du bois , des casqués et des javelines ; , bMs .la grâftide
taille de Rodolphe Dannerhugci^ qii mM'cfaait en têlode ses <Aim-
pagnons, fit reconnaître à noire àentîneile qiie c'était la patrawlle
qui rentrait. Lorsqu'elle ajqirocha du pont , le qiri*viTe , te mot
d'ordre, en un mat totate» lés fermes d'asugis^ furent obéferyés.
Rodolphe fit défiler sa trbupe sar le pont> et donna ordre ^n'on
éveillârt eur-le^iamp ceux qui devaient Composer la 'secondé pa-
trouille, et qu'on fit relever de garde AIrthur Philipson» le temps
de sa faction étant alors eapiné^ comme Pëât attesté au besoin
l'horloge de la cathédrale de la Tille de Bâle > ^mt le son 'é# )^ro-
loBgeant à travers les chanips et pàr^essu^ la forât , fit «uteiidre
tes dou2e heures dl$ mîtiait.
— El maintenant, tiMhtâàé, Ait Rodolphe à Arthur^ l'air froid
et une Idngtiè facttofi vMS ont pent-^ètrë dddné l'envie de prendre
^elque nourriture m de vohs reposer ^BIos^'Vcheis encorettao^s l'in-
teation de faire* «ne rtfnde avec nous ?
Au fond du cœur , Arthur aurait prftéré restar oè il était, afin
de Toir revenir Anne de Oriersiein de aon exommôn mysèériettse ;
ania 11 ne lai était pas facile d'en trouver le prétexte ; et il ne ▼ou-
Wt.paè donaer an fier Donaerhugel ie moindre soupçon qu'il fût
iniiis f^lMÛte et mk(Am ea ëtat d'eâdnrer b-ftitigve ifimtsm des
fnods nentagaards dont îl^Mùt en ee motnenfe lé 60inpagboa« Il
B'bénitaihmepaiiw îilstftBt^ et*renieltatit sa perUHflftiie à l'kldo*
lut ^iffmjBoni > qui -fltmta e6 baiUant et to éteadant les brafi ,
comme un homme dont le ftonniieil Tient d'être interrompa à aon
grand regret-, aatnoteeàtoùilîonissaitda repos le plnsdooxet
^plus profond^ îlrépendk à Rodolphe qu'il étâdt toujoors disposé
à faire avec loi une reconnaissanee. Les jelines geas ipA déyaieat
fonner la patreiniie ne tardèrent pas à arrÎTer. Parvâ eax se trou-
tait Rndig^ , fih aîné du lÊÀBdamniBn d^Uafderwald* Le ehampîqn
bernois se mit i leur téie, et kifeipi'ilB forent arrivés près de
k Msiète de la finrét ^ il ^irdiaïaà à trois de 9ê5 {[tas de aaîyre
Badiger.
-^ Vona fer» Toftre rcmde dn eké gadfébe» At Rodolphe à Ha*
d^er ; je félnai la dûenae par la droite, et nous noos réjoindrons
gaiement à Tendroit convenu. Prenea^ndas chiens avee Vous; je
gRderai Wolfi^'anger ; il eowrra ear un Bôilrgwgnoa tfftssi bien
fissornttoftra.
RiÉdiger> àvvte ses troi» hénones, partit du eôlé gaadw» sni-
nat l'ordre qu'il venait de r^oevoir i et Rodolphe ayant envoyé'en
«vaut on des deaa .jeàaiBS gens qui lai restaiout ^ et pla^ ravtre
ea airière, forma avec Arthar le corps du eefttire. Ayant ea soin
de ks placer a mie assez grande distance pour qa'Jl pût converser
bbriHnent mwet son oonipagaoa , Rodolphe lui adressa la parole
avee le tan de fackBiUarité qiie^nnëttait leur amitié récente*'
— Eh bien I roi Arthur , que pense Sa Majesté d'AD^atetlre de
fiosjeanesHelvétiens?croy<6^vtm$î noble prince, qu'ilé puissent
rempalter an prix dans une goutté ou dans un toui^oi ? iaat*il les
ranger pÊohm les ohfervifliéré eioaards de GefrnaqatÙes ^ ? .
— ' S'il s'agit éejbutes et de «oumois, ditArtfatfr ^ je ne puiâ tous
rtpondre^ 'car je B^aijamais vu aucun de tous mekité sar «a pale-
fcoi, et tenant une Ittiee en arrêt. Mais s'il faut préadte en ^nsi-
dération des membres robustes et des eeeuTs intrépides f je dirai
^e vas bravés i^nisses peuvent faire fâee à qui que -«e soit » dans
toat par^à o& l'on fait cas de la force on dé la valetit*.
-^ C'est Inen parler , jeane Anglais , reprit Rodolphe; fiims «a-
^z qèe- noBS n'avons paè afcoiàé bonne opiniez de Toas^ el je
'* I^chcTalien de Cornoaailles sout, en geDeral, baffooés «Uns les fabliaux Doraaanck^français.
124 ^ CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
▼ons en donnerai la preave tont à l'heure. Vous venez de parler
de chevanx ; je i|e m'y connais ^ère , mais je présume qne tous
n'achèteriez pas nn coursier qae tous n'auriez tu que sous ses
harnais et chargé d'une selle et d'une bride , et que tous Tondriez
le Tolr à nu et dans son état naturel de liherté.
— Oui , bien certainement , répondit Arthur; tous paileï comme
si TOUS étiez né dans le comté d'York , qu'on appelle la plus joyeuse
partie de la joyeuse Angleterre.
— En ce cas, je tous dirai » ajouta Donnerhugel, que vonsn^a-
Tez encore tu qu'à demi nos jeunes Suisses , puisque tous ne les
aTez encore tus que comme des êtres aTeuglément soumis aux to*
lontés des Tieiîlards de leurs Gantons, ou tout au plus dans leurs
amusemens sur leurs montagnes. Vous aTez donc pu reniarqaer
leur force et leur agilité, mais tous ne pouTez connaître le cou-
rage et la fermeté d'esprit qui dirigent cette force et cette agilité
dans les grandes entreprises.
Le Suitfse, en faisant ces remarqués, UTait peut^tre dessein
d^exeiter la curiosité du jeune Anglais ; mais Arthur avait trop
constamment présentes à sa pensée l'image et la forme d'Anne de
Geierstein, telle qu'il l'avait tùc passer doTant lui pendant qu'il
était en foctibn , pour se liTrer Tolontâirement à un sujet d'entre-
tien totalement étranger aux idées qui l'occupaient. 11 eut donc
besoin dé faire un effort sur lui-même ^pour répondre en peu ^
môtsaTOc ciTilité qu'il n'aTait nul doute que son estime pour les
Suisses, jeuiies gens ou Tieiîlards, n'augmentfit^encore à mesoie
qu^il les connaîtrait mieux. . - ^
Il n'en dit pas daTantage, et Donnerhugel , trompé peut-être
dans son attente en Toyant jqu'il n'aTait pas réussi à exciter sa cu-
riosité , marcha en silence à c6té de lui. Arthur , pendant ce temps»
réfléchissait s'il parlerait à son compagnon de la circonstance (pu
occupait ej^clusiTement s<m esprit, dans l'espoir que le par^
d'Anne de Geierstein, l'ancien ami de toute sa faniillci pourra^
jeter quelque jour sur ce mystère. - .
Il éprouTait pourtant une répugnance inTincible à s'entretenif
aT©c le jeune Suisse d'un sujet qui concernait Anne dp Geierstein.
Que Rodolphe eût dès prétentions à ses Ixmnes grâces, c*était ce
dont il était presque impossible de douter; et quoique Arthur j ^
la question en eût été faite , eût dû , pour être d'accord avec li^
même, déclarer qu'il n'aTait pas dessein d'entrer en rivalUe*
' CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 125
In y cependant il ne pondait supporter l'idée qu'il fiiLt possible que
MD rlyal réns^t , et ce n'aurait même été qu'avec un mouye*
lient d'impatience qu'il aurait entendu le nom d'Anne sortir de
sa bouche.
Peut-être était-ce par suite de ceti;e irritabilité secrète qu'Ar-
thur éprouvait encore un éloignement invincible pour Rodolphe
Donnerhugel, quoiqu'il fît tous ses efforts pour cacher ce senti-
ment, et même pour le vaincre* La familiarité franche mais un peu
grossière du jeune 3ttisse était jointe à un certain air de hauteuib
et de protection qui ne convenait nullement à la fierté dç l'Anglais,
n répondait aux avances du Bernois avec une égale firanchiseï
mais il était souvent tenté de réprimer le ton de supériorité dont
eHes étaient accompagnées. L'événement de leur combat n'avait
pas donné à Rodolphe le droit de prétendre aux honneurs du
triomphe, et Arthur ne se regardait pas comme compris dans le
nombre des jeunes gens que Rodolphe commandait en ce moment
(ar suite de leur consentement unanime. Philipson aimait si peu '
cette affectation de supériorité que letitre de roi Arthur qu'on lui
ibmiait en plaisantant , et qui lui était parfaitement indifférent
ilansla bouche des enfansde Biederman , lui paraissait presque
offensant quand Rodolphe prenait-la liberté de le lui appliquer. Il
se trouvait done dans la situation peu agréable d'un homme inté-
rieurement mécontent , et qui n'a aucun prétexte pour laisser per-
cer son mécontentement. Sans doute la source de cette antipathie
secrète était an sentiment de rivalité; ce sentiment , quoique Ar-
tluir crtàgnit de se l'avouer à lui-même^ eut cependant assez de
force ]poiir l'empêcher de parler à Rodolphe de l'aventure nocturne
qui rintéressait tellement. Gomme ilavait laissé tomber la couver*
sation entamée par le jeu&e Suisse , ils marchèrent quelque temps
en silence , la barbe sur l'épaule, comme disent les Espagnols »
c'est4hdire regardant sans cesse à droite et à gahche, et s'acquit*
tant ainsi avec vigilance des dcToirs qu'ils avaient à remplir.
Enfin , après qu'ils eurent fait environ un mille à travers les
cbmps et dans la forêt , en décrivant autour des mines de Grafb*
Inst un segment de cercle assez étendu pour s'assurer qu'il ne
pouvait exister aucune embuscade entre le château et l'endroit où
ils se trouvaient, le vieux chien, conduit par la vedette qui était'
en avant , s'arrêta tout à coup et gronda sourdement.
— Eh bien I WoU-Fanger ,.dit Rodolphe en «'approchant de lui ,
qfily ait-ii imo^ inev ooçniii? bUeft q|iM Ui b» srâiiM dirtip^
gttar le» amie de» «lUieiniB? Yopns» ïéflécbifi-ymi« sQQQode feU;
il ne £ftiit pasperdne u répitatioii à loaige. Allons, seniipUifnelfie
piste?
Le ebien le^â le nesc en l'air , comsie s'iLeût |iaTbile«i«at oom-
pns oe que Ini disakaon mallre, en aeoonantlalctoe^an'wnaunt
la qnane, comme ponv lui népondre.
•op* Tu b TOMibien à présent , dit: Donnerhogel en loi passauth
main sna le. dût;.lQa secondes pensées valent fi^Vùt* Xa vois que
b'fist xok BmU aprèa to«t«
Le dûenremna enoore laqnene y et seremità mareber en atant
sans montrer pins d%qniétude» Rodolflie revint près de éon ml
-^ Je précmme que noua allons rencontrer nos oompagaoufr) dit
Arthnr; et les sensidn ebien, pluapar&its. que les nôtres, Vea
avertisseau
-*- Il serait difficile que oe Skt déjà. Budiger , répondit le Ber-
nois, car la pottion. de terrain: <pi'il doit reconnaître anloar du
ct^ean a nne cîroonférenoe pkia étendoe qîie celle qne aon$ ve-
nons de parconrir. Cependant il y a qnelqo.'an dan^ lés eoTiroas»
car j'entends encore gronder Wolf*FangQr..&eKardea b»3ndetooa
côtés. ' ;
Tandia que Rodolphe recommandait à soniCOmpAgnon d'êm 9vr
le quî^vive» ils entraient dans nne grande dairiàce où étaieotépats»
à nne distance considéralile les uns des autrea» qnehjpKis yi»^
pins d'une taille gigantesque, et dont la cime» é^anl an clair de
Imlede laiges branches^ fidsait parutre. leurs tsenos plus gro&^^
pbjia noiira qn'ik ne délaient réellement. — M^ dit EkMiélpb^ ^^
avons du moins Tavairtageide voir distibtemant tont cfe qui l^ar^
s'approotier de nous. Ittaia je préanme, i^euita^-il après s;v«]^i<^^
nn cûup.d'cnl autour de hii, qu'nn daim ou un k>up a. passé ieii
et que. c'est s^ piste qne le chien a sentiov Attentez « le iwilà qai
s'arrêter; iOUt> <Mn> it fiant que ce soîi odai;. il sar^met «a
nftarche*
Le chim owlinna efifedÉremenli h mareber » apMrès.a.v<nr daafl^
qnelqnes^'signea d^iotertitnde, tt «lènBa â'darme4/Gepcadaat ^l
paruft se rassmrèr ,. et ne montra, fknm «mu» «fouptlMM é'iaqvi^'
tudot , ' ' . . '
--• Gela est.éimnga ». dit Arthnr , ei: eependantikme aenoUt^n*
jç i^onaite im mmu» f/rnUp^-'àxoit^ pmàê cn^buîMM » ^^*
\
CHARLES U XE»OB!UI&B. 127
{«r, Groi««eQt «otoar de trois on qaâlre gcands arbrc^i»
- J'aâ eu les yeux fixés sur ce buisson depois cinq mûmtes , et
je n'ai rien aperçu*.
— Qaoi qoe ce puisse être, je snis sûr d'y ^Toir ▼« qoelqpie
chose, pendant que yqo» Tpus oe^npiez du ebien' Avec votre per«
nu«^on<y j'irai, recomiaîire ce buisson*
— Si vons étiez tonuà-fait sou(i mes ordre». Je vous le défendrais ;
car si ce sont des ennemis , il est inpoctwt de net pas nons sépar
rer. Msis; leoos Ites an voloptaire, et pai? couséqneni maître de
Tûs mom^mens»-
—Je vous remercie, répondit Artbwr, et il s'élança en avant»
U sentait poortant qu'en agissant ainsi il ne suivait ni les règles
de la politesae » comme partianlier , ni peptrâtre oeUes de la subor-
dination comme soldai i eit qu'il aoarait dû obéir an chef de la
troupe dans laquelle il s'était enrôlé quoique volontairement. Mais^ ^
dW aatre part , l'objet 'qu'il avait vu » quoi^e d^ loin et impar-
biteioeiit, lui avait paru, ressembler à Anne de Gsierstein, telle
q&'eHe avait di^uru à ses yeux, une on deux heures auparavant,
sur la lisière de la loràt; et une curiosité irrésistible le portant à
Tenloir s'assort si c!était véritablenmnt elle > .ne lui permit à'é'
conter aucnœ antre considéralioQ.
Àraaiqiie/Bodolphie eûf eu le temps de lui répliquer, Arthur
était à mi-chemin du buisson. Il n'était composé , comme il en avait
jogé d«lmn f qae de.qudqnes arbustes peu élevés» et deirière les-
^^ ou n'aptait pu se cacber qu'en s'accroupissant par terre.
^<»tt ot^eibliinc » ayant lu taiUe et 1^ forme humaine » devait don^
se faire aisément^ découvrir , à tcavers le feuillage peu épais de
c^aiinssean»*. A ce^ etiserv^ons se mêlaient d'autres pensées.
Si c'était Anne de Qeimtein qn!il avait vue une seconde fois , il
^tpf elle eût qniti^ le ob^n plus découvert» probablement
^ le. deasein de^nepas elre aperçue ; et quel droit, quel titre
avait-il pour attirer sur elle l'attention delà patrouille? Il croyait
3^ mmrqn^.qn'^ik général cette jênn^ personne, bimloin d'en-
<»«ages lea atiesâionsde Bodo)pheI>on)ierlnigeU semblait cher-
^ à s'y aouftrakv , ei^ qu'elle m fiasse que les endorer qjcianA .
la politesse ne lui pmneltnU im.de: lee rejeter entipremenL lËifàU
Utern oMv^iable' qu'il la, troid)ln^ dana nnn excureio^.seivète ,
<IBe l'heure et le lieu rendaient fort étrange^ mais que, pour c^Ui^
128 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
raispn même, elle ne désirait peat-étreque davantage de cacher à an
homme qui lu était désagréable? M'était-il même pas possible qoe
Rodolphe troavât un moyen de faire Valoir ses prétentions , dans
la connaissance qu'il aurait acquise de ce que cette jeune personne
désirait couvrir du voile du secret ?
Tandis que ces pensées occupaient son esprit, Arthur s'arrêta»
les yeux toujours fixés sur le buisson, dont il n'était plus alors
qu'à une* cinquantaine de pas, et quoiqu'il l'examinât avec toute
l'attention que lui inspiraient ses doutes et ses inquiétudes » un
liutre mouvement le portait à penser que le parti le plus sage qu'il
pût prendre était de retourner vers ses compagnons, et de dire à
Rodolphe que ses yeux l'avaient trompé.
Mais pendant qull était encore indécis sur ce qu'il devait Caire,
l'objet qu'il avait déjà vu se montra de nouveau à côté du buisson,
sVança vers lui en ligne droite , et lui offrit comine la première
fois les traits et le costume d'Anne de Geierstein. Cette vision,
car le temps, le lilsu et la vue subite de cette aq>parition lui firent
prendre cet objet pour une illusion plutôt que pour une réalité ,
frappa Arthur d'une surprise qui allait presque jusqu'à la terrcHir :
elle passa à quelques pas de lui , sans qu'il eût la force ou la pré«
sence d'esprit de lui adresser la parqle , et sans qu'elle e4t l'air
de le reconnaître ou de le voir ; et dirigeant sa marche sur la droite
de Rodolphe et de ses deux compagnons , elle disparut de nonveau
dans Jes arbres.
Des doutes de plus en plus iuexjdicables assaillirent l'esprit da
jeune Anglais, et il ne sortit dé l'état de stupeur dans lequel il
était tombé , qu'en entendant la voix de Rodolphe, qui lui disait :
^ Eh bien , roi Arthur ; dormez-vous ? êtes- vous blessé ?
— Ni l'un ni l'autre; je suis seulement an comble de la surprise.
— De la surprisej et pourquoi, très royal. ••
— Trêve de plaisanteries, s'écria -Arthur avec quelque impa-
dence , et répondez-moi très sérieusement. L'avez-vous vue? Ne
Tavez-vous pas rencontrée ?
— Tu ! rencontré ! Je n'ai vu ni rencontré personne , et j'aurais
juré que voas pouviez en dire autant ; car j'ai toujours eu les yeux
jsur vous , excepté un instant ou deux. Mais si vous avez vu quel-
qu'un , pourquoi n'avez-vous pas donné l'alarme ? '
— Parce que ce n'était qu'une femme , répandit fidblement
Arthur.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 12»
— Une {enune ! répéta Donnerhugel ayec tin ton de mépris ; sur
ma parole, roi Arthur , si je n'avais m jaillir de tous de bonnes
étincelles de yalear , je serais porté à croire qae yons n'ayez yons-
même qae le Courage d'une femme. Il est bien étrange qu'une
ombre pendant la nuit , un précipice pendant le jour , fassent trem-
bler an esprit aussi audacieux que celui que vous ayez mo^tré
qoand.;.
— Et que je montrerai toujours quand l'occasion l'exigera,
s'écria l'Anglais recouvrant sa présence d'esprit; mais je vous
jure qœ, si vous m'aviez vu un instant déconcerté, ce n'est la
crainte d'aucun objet terrestre qui y a donné lieu.
— Remettons-nous en marche, dit Rodolphe; nous ne devons
pas négliger la sûreté de nos amis. Ce dont vous parlez pourrait
bien n'être qa'une ruse pour nous interrompre dans l'exéioution'
de notre devoir.
Ils traversèrent la clairière éclairée par la lune. Une minute de
réflexion suffit pour rétablir l'équilibre dans l'esprit du jeune Phi»
lipsofi, et pour lui fiûre sentir avec peine qu'il venait déjouer un
rMe ridicule et indigne de lui , en présence du dernier honune
^u'ilanrait voulu avoir pour témoin de sa faiblesse.
11 se rappela les relation^ qui existaient entre lui , Donnerhu-
S^I ) le Landamman , sa nièce , et le reste de cette famille , et mal-
pé la résolution qu'il avait formée quelques instans auparavant ,
il resta convaincu qu'il était de son devoir de faire part au chef
sous lequel il s'était, placé , de l'étrange circonstance dont il avait
été deuK fbis~témoin dans le cours de cette nuit. Il pouvant y avoir
des Rusons de famille, l^etécntion «l'un vœu , par exemple, ou
ÇQelfoe motif semblable, qui expliquassent aux yeux de ses pa»
'^ la conduite d'Anne de Geierstein. D'ailleurs il était en ce
inoment soldat , ayant des devoirs à rem|>lir, et tout ce mystère
pouvait couvrir des dangers' qu'il était prudent de prévoir et de
préveair. Dans l'un ou dans l'autre cas, son compagnon avait
droit d'être instruit de ce qu'il avait vu. On doit bien croire qu'Ar*
Anr adopta cette nouvelle résolution dans un moment où le sen-
taient de son devoir et la honte de la faiblesse qu'il avait montrée
''emportaient sur l'intérêt personnel qu'il prenait à Anne de Geier-
stein; intérêt qui pouvait aussi être refroidi par l'incertitude mys-
térieuse que les évènenàyens de cette nuit avaient répandue , comme
un épais nuage, autour de celle qui en était l'objet.
9
130 CiHAALSft Ll TÉAB^IBS.
Tanfis que ks pensées du JM«e AnglaU Jxrenalieiit otftte direc-
tinii son csqpitMiie» M sob cemp^gnm, apvès ^Iqves taimam
de fiÛence^ M «fresMi enfin la pavol&i
-^ Je croie, mon cher camarade , Ini dlb-il, qn'élant en ce vo-
ment votre officier, j'ai qnelfoe drok à entendre de tons k rapport
de ce qne TO«i '▼enez de Toir ; car UiMtfjpe ce soit qnelcpe chose
de très important , pour ayoir pu agiter si vivement un esprit aussi
ferme qne le vftcre. Si pourtant vone fMsnsez qne lasâreté générale
permet de le différer jmqn'à noire retemr an okâtean f et que vons
préfériez le faive au Landamman kii-niAme, vonsn'aveas qu'à m'en
informer, et je ne vous pvesseUai pas de m'açotoder. votre con-
fiance, qneiqnejeme flatte de ne pas en être indigne) je vous an-
toriseraâ même, à nous quitter 8ur4e*champ^ eb à retourner sa
cliâteA««
Cette proposition toucha celui à qui elle était Eaite^ préciséiKDt
à l'endroit sensible. Une demande pérèmptàire iie sa confiance at-
rait pe«t«étre «asvfé un refus, mais le ton de modération cooei'
liantede lUdolpiie seiMum à rornsonavaeeles pvOprearéflexicns
d'Arttar.
—Je sens patfiéMtteÉt ^ HànflBtfte, M dilnil , fia je dois Toils
infennerdeceqnej'àivii cette nuia^nniBlà première fais # mon
devev n'exigeaâepas qncr je le fisée; et depuis qpe j'ai vu le mêmie
objet une seconde fois , j'ai été éemme^ienrâi par une tdosnr*
j>tiae, fi'à p^ne puii^je enaone trenver dM panolea pov F^-
piimer»
•^CkmMlifrje ds pinsi hm^ fignrer ce que voua avea^m, H^^
que je ^^ona pri» de vons expBqoar • Noua antres , pauvres Susses,
noua affona le crânotrop ^paia pour savoir deviner dés énig»^'
— Oque f ai à vOus rapporter, Rodolphe Donnerhtigel, an est
pourtant mie véritable, et niie énigme dont il m'est absolomant
impossible de trouver rexplicatioOé Tandis ^e vous laisiee votre
première patrowUe autour des miies, oontiniia Artbar^ quoique
non âans héatter^ et pendant qte j'étais en laciion, ^^ fcmine
sortit du diateau> traversa le pont, passa à qudquespas de Vioif
sans me dire un seul met, et Âsjparnt au milieu des arbres*
•^ Ah 1 s'éeria Donnerhugel sans ajouter un mot de ^<i^
•—11 y a einq minntes, oontinna Ajrihur, cette mêtaie femme
sortît de derrière ce petit buisson et-ce groupe d'arbres, P^^
encore à peu de distance de moi sons «a parler, et dispate^
faukHtBS LE TÉMâum. m
mÊtMûXM ta inètf mt Tolfe àtoitB. Saebes n MtM q«e «ente
ajq^ition avait la forme» k ttarbhe , les traita et le costutiie de
totie pÊtéatd, tJOÊÊm ée Oeterotein,
— Cela est aéses aingiilier, idît Rodolphe arec «a ten 4%ierédt-
lilé; iuda je préiaaië que je ne âcrièpab «tonter de œ que ^niiift me
4îMr| ear je toëi ferais ama doate alie injure ^ndie : tel est
fMn eapHt de cketaterie danale Nerd. GepeMhnt t^na^ me pér-
«ettresde irons dii^ topie j'ai dès 70nx comine Toas^ et je te citiis
pasi^HMB a^mt perim de yve une minute. Mous n'étions gnètre qn'Si
«Mt pas de l'endndt où je ysta ai trbnvé plongé 4an8 one sinpetrr
peèfiittdie^oomliiêiliseiaîMldonQ fuenons n'ayons pas t« ai mènse
ceqoe tous dites et ce que vous croyez avoir vu?
-^ C«Bt «ne question a laqnriie je ne pm répokidrei Peift<étre
wsysna n^taienbds pâii tarirnAs yers asai pèMnrit le peà d'insiaas
•4|M fsi vu eëtie fimte hmaMùné : pem^èlve anssi» eooune en ffit
qw cala attivi ^oalqMiAiB lors dea aipptopiiioDS semanarelles ,
n^étail-eBe visMe que pdnr tlne seîrie personne.
'^ Yeds supposiez 4èiie qne «ëtte ai^psrisii^n était imaginaire ,
éotsintflRdle ?
•^ Que vous dirai- je? UÉ^se nonsispprand'4ue«elà pem, àf-
m»^ et oerttt ii esl pitis lumrel de ëroirè qbe eetie spparkioii
est one lUosiOn , que de snppéser qn' Anne de Gnlerstain , jfifme
lie aaedesta et bien tSetée» soit à douYir dans Isa bols, seule et
4 nne pri^eile heure » qnatd hsaeiit desa «Atetë-etMsemi^enaftiHSs
doivent Fobliger à rester dans sa chambre .
-^11 y a da vrai dans ee que Tani^ dtteiS ; et aependant il court
des bnrita > quoiqhe peu de gens aè someient d'en pirltn*^ qui stui-
Mout piknver qn'Anne de Gmneeih n'est pris Mit-ff»ftlit œ ^pse
sut tes antres jeunes fiHes, et qu'on Ta renvsntrée , «i corpa et
en esprit , dans des endroits où elle n'aurait guère pu arriver ëans
nn seconis étranger.
-^-Qwn ! s^fena Arthulr; si jeune , si belle-, et d^à ligués avec
Peanerai du gente hnmain I Gek est impossiblel
— Je ne dis pas cela, répondit le]] Bernois; mats je n'ai pas le
temps en ce moment de ni'explkpMr plus clairement. En retour-
nant an château je pomrai Iroovet* l'occasion de vous en dire da-
vantage. Mon principal bat » en vqu^ eng ageant à m'bceeînpagner
daàs isette paironille, a éléde vous présênier à quelques dnnts que
9-
132 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
vous serez charmé de connaître , et qui désk^iit faire votre con-
naissance ; et c'est ici que je dois les trouver •
A ces mots, il tourna autour d*une pointe de rocher, et une
scène iùattendue se présenta aux yeux du jeune Anglais.
Dans un coin ou réduit, abrité par La saillie du rocher, brillait
un grand feu autour duquel étaient, assis ou couchés une q^iinzaine
de jeunes gens portant le costume suisse , mais décoré d'ornemens
et de broderies qui réfléchissaient la lumière du feu , de même que
les gobelets d'argent circulant de main en main et les flacons qui
déjà commençaient à être vides. Arthur remarqua aussi les restes
d'un banquet auquel il paraissait qu'on avait fait honneur tout
récemment.
Le9 joyeux eonvives se levèrent avec empressement en voyant
arriver Donnerhugel, que sa taille fiiisait aiséme&t reconnaître,
et ses compagnons. Us le saluèrent , en lui donnant le titre d'Hanpt-
man , avec toutes les démonstrations d'une vive affection , mais en
s'abstenant avec soin de toute acclamation bruyante. Leur cha-
leureuse amiteié annonçait que Rodolphe était lé bien-venu parmi
eux', tandis que leur précaution prouvait qu'il y venait en secret,
et qu'il devait être reçu avec mystère.
Au bon accueil général qu'il reçut, il répondit : — Je vods re-
mercie, mces braves camarades. Avez-vous vu Rudiger ?
— ^Vons voyez qu'il n'est pas encore venu, brave capitaine,
répondit un des jeunes gens; autrement nous l'aurion» retenu jus-
qu'à votre arrivée.
— Il est en retard , £t le Bernois . Nous aussi nous avons éprouve
un délai , et cependant nous voici arrivés avant lui . Je vous amené,
camarades, l'Anglais plein de bravoure dont je vous ai parlé comme
d'un compagnon que nous devons désirer de nous associer dans
notre projet audacieux.
— Il est le bien-venu , trois fois le bien-venu , dit un jeune homme
à qni^n costume d'un bleu d'azur, richement brodé , donnait un
air d'autorité; encore -mieux venu, s'il nous «apporte un cœur et
un bras disposés à prendre part à notre noble projet.
— Je vous réponds de lui sotis les deux rapports, dit Donner-
hugel; versez-nous du vin ; et buvons au succès de notre (^orieuse
«itreprise et à la santé de notre nouvel associé.
Tandis qu'on remplissait les coupes d'un vin d'une qualité lOTi
supérieure à. tous ceux qu'Arthur avait bas jusqu'dors dans ce
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 133
pays, il jagea à propos, avant de s'engager plas ayant, de savoir
quel était Tobjet secret de l'association qui paraissait désirer de le
compter parmi ses membres.
— Avant de vons offrir mes faibles services , Hessieurs, dit-il,
puisque tous vonlez bien y attacher qnelqae prix, vous me per*
mettrez de Toas demander le bat et le caractère de Fentreprise à
laquelle je dois prendt'e part.
— Devais-tn l'amener ici , dit le cavalier en bleu à Rodolphe,
sans lui avoir donné tons les renseignemens nécessaires à ce
snjet?
— Que cela ne t'inquiète pas , Lawrenz, répondit Donnerbugel ;
je connais mon homme. Sachez donc, mon cher ami, continua-t*il
en s'adressant à Arthur, que mes, camarades et moi nous sommes
déterminé^ à proclainer sur-le-champ la liberté du commerce, et
à résister jusqu'à la mort, s'il le faut ^ à toutes ezaclions illégales
de la part'de nos voisins.
— Je comprends cela , dit Arthur, et je sais que la députation
actuelle se rend près du duc de Bourgogne pour lui Caire des re-
montrances à ce snjet.
-— Ecoutez-moi, reprit Rodolphe : il est probable que la ques-
tion sera décidée par les armes, long-temps avant que nous ne
Téjionsles traits augustes et gracieux du duc de Bourgogne. Qu'on
ait employé son influence pcfnr nous fermer les portes de Baie,
^e neutre et fidsant partie de l'empire germanique, c'est ce qui
iM^as donne le droit de nous attendre au plus mauvais accueil quand
i^ott arriverons sur ses domaines. Nous avons m^me tout lieu de
cme que nous aurions déjà ressenti les effets de sa haine, si nous
n'arions eu la précaution de faire bonne garde. Des cavaliers ve-
nant du coté de la Férette sont venus reconnaître nos postes cette
naît, et il n'y a nul doute que nous eussions été attaqués , s'ils ne
nens avaient trouvés si bien sur nos gardes. Mais il ne suffit pas
delear avoir échaippé aujourd'hui, il faut prendre garde à demain ;
et c'est pour cette raison qu'un certain nombre des plus braves
jeunes gens de la ville de Baie, indignés de la pusillanimité de
leurs magistrats , ont résolu de se joindre à nous pour effacer la
honte dont la lâcheté et le manque d'hospitalité de ceux qui ont
l'autorité en main, ont couvert le lieu de leur naissance.
— Cest ce que nous ferons avant que le soleil qui va se lever
dans deux heures disparaisse du côté de l'occident, dit le jeune
1S« CiUfULES LB TÉMÉlUi&Et
homme ea blm, et m mmrmvé %énés9l /nwiwy r#«6mitsmfiiii
de t9ii& edHX qtk FiMoiiraient.
— Mes chers Qlessienrs ^ dit Arthur profitaf^l; de Viii«Ui%te«le
silice S0 rétablit, permeti^Hvoi de tous mppelev que l'ambas-
sade est partie dws des iKies pm6é99t»9 ^ V^9 ceia qui compo-
sfut fio» cv^eorte dQV¥ei»|^viter tout aiîte qfii potiirait tendre à ai<^
grir les esprits , quand il s'agit de les eonciliep? • Yo«9 ne pwv«i
TÇII9 at^ôir« à de mwinî^ fn^péié^ dan^ W 4fiP9aines du doc,
puisque le caractère d'eièy^gré est respecté .da«s to»s tes pays civi-
lisés; et je suis sûr que vous ne voudrez Tous^même yous en per<^
nvqttre qshe de joinbks.
-r Noee poRVCws être ej^po^s à des ups^ltes^ qupi qu'il en soit ^
s'écria ficMÎMphe ; et cela^à cause de yoos et de YOtr^ jf^^, ArUuv
Pb^psQu»
-T*T Je ne yous (e>oiiq^rends pas*
— Votre père est marchand , et il popl^ avec Ifii des vaxt*
cbaocbses qui occupent peu de pteçe, maÂs qui aant d'w grand
— Sans doute, mais qu'en résulte-t-il?
--«• Morbleu { ^ YcwL {di^e que^i l'on n'y pvend gar^s» le cbieû
d'ettacbedtt duo de Bourgagne héritera d'utté htm» partie de YCSt
scieries , de ¥os «etâns et de^Yos jpyaii^
•^Soiwies, satina > j^jrauîK 1 s'écria*undes jeftues gens de Sale;
de telles marcbaudkses ne passèrent pas sans payer 4e^ drc^^ dans
une YÎlle où commande Archibald Von HagenlMicb*
-r- Mes chers Mesneurs , dit Arihtir après un moment de rép
flexion 9 ces marchandises èont la pr<^riété de men père et non la
mienne ^ c'est à bn» e t non à moi, qii'il appartient da décider quelle
partie il peut en saenfier sons forme de péage plnt&t que d'occa^
sioner upe qnerelbs qui pofunraît être anssi fiisbease pour h^ <^b^'
panons qni l'ont reçu dans leur sovoiété qpe po9r b»-miêfl^; ton^
ce qne je puis dire, c'est qn'il a dçp elfiûres iinpertafttes à la CMKS
de Qonrgogn^y et quidpiYent lui faire désirer dV arriYei^en paix
aYec tqn( le mio^de. Je suis méqie p^maincu que, pln0t que d*en^
courir le danger 4'<uie quereUe a^ec )a garnison de laFérettSi 9^
sapriifierait wolonitiers toutes les m^f pba^i^es qfi'41 a en ce xep^
ment aYec Iw* Je Tniis demnnde d(4?c^ Hess^urs ,, le tny^ps diicp9^
âi4^ San bfim p^îs^ k. ce w^^* ir^naasswwt Vi9 ^1 ^ yoIpi^^
«8i4» (e«eAis^' vmmM^m 4m dimt» i^i^g^ gn mm #i^ ^
CHABLIS LE TâtfÉRAlRB. tU
ttmtfigOBf TOns tnmTerez en moi nn homiiie biaii détciuîné à
combattre joiqu'à la dernière gautte de ian saag.
— Fort bieiiy soi Arthar» ik Kodolpbei Toaa âtaa fidile obaaiv
vatear de foatriàiiie coaimaadenntf , et ^r oos abtiendrea de looga
|oar» MT la terre* Ne croyea pas qae naos négligiena d'abéir ae
même pBécepla» qaoif wan ceiaaiiiaateoiiBaaoaTCgardionaoomme
€i^és, avant tomt, à oomnker las intérits de notre patrie, qui
est la mère caMpuma de nos pères eanutte de* nèas-mémea. Maia
osmme yeas aonnaisscE notve respeet poer le Landamman ^ toob
ae deiraE pas aramdre que aoea roffe^stons voloiitairement, en
eoBunettant des bostititéa inoonsidérées et iana qaelqne poissant
modf ; et one tentative da piUav son hôte tnyirverait en lei nne
léaistanea capable d'aller jnaqa'à la mort. J'a'yais espéré que voai
et votre père ,, vona smea dispoaésà voqs offenser d'one pareille
injinre. Cependant si votre père troave à propos de présenter sa
taisanpeur dtra tondue par ArduMiU Von Hagenbaehy dent il
verra qoe las ciseann savent oonpar d'assez près, il serait inutile
et impoli à nous d'offrir notre intervention. En attendant « voua
«vez Favantage de savoir que s» le geiivemeer de la Féretle ne se
eiatente pas de la taisen et qu'il vauiile aussi votre peau , voua
am à votre portée des gensi en plusgrand nombre que vous ne le
pcanez, que vous trouverez disposés à vous donner de prompte
secours , et en état de le faire.
^ A ces conditions , dit Arthur, je fais mes remeroieuMiis à ces
messieurs de la ville de Bâle, ou de qudque antre endroit qu'ihi
vim venus ; et je bois fratemeUement à notre plus ample et plus
iattns connaissance.
^Santé et prospérité aux Canlons4Jmsy et a lears amis I s'écritf
le jenne homme en bleu ; et mort et confusion à tous antres î
Oaremplit toutes les coupes, et au lieu d'acdauMtioas et d'ap^^
]daadisaemflQ8 , les jeunes gens témoignèrent leur dévouement à 1#
ouiaeqa'ibavntant embrassée, en- sa serrant laemain et en bran»
dieasnt leurs armes, mais sans faive le moindre hruit.
-— Ce fut ainsi , dit Rodolphe Donnerhugel , que nos illustre»
^noê^s , les fcndaiemrs de l'indépendsince de la Suisse, se ré-
mmeu dans le champ inmortd de Rud», enara Uri e^Underwald.
Ce fut ainsi qu'ils se jurèrent l'un à l'autre , sous la voûte eanvéei
4u ckl» qniib raaèraientila Ufacrtéà kmr pays opprimét; et l'his-
^HiensnfMtpprend camment ib timnelit|KiroèB*
13« CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
— Et elle apprendra un jonr, ajouta le jeune homme. en bleu ,
comment les Suisses actuels ont su conserver la, liberté conquise
par leurs pères. Continuez votre ronde, mon cher Rodo^he, et
soyez sûr qu'au premier signal de l'Hauptman, le^ soldats né
seront pas bien loin. Rien n'est changé à nos arrangemens, à
moins que vous n'ayez de nouveaux ordres à nous donner.
— Ecoutez-moi un instant, Lawrenz, lui dit Rodolphe. Il le tira
on peu à l'écart , mais Arthur l'entendit dire à son compagnon :
— Ayez soin qu'on ne fasse aucun excès avec ce bon vin du Rhin.
Si vous en avez une trop grande provision, cassez-en qucfiques
flacoQ3, comme par accident. Un mulet peut faire un faux pas,
comme vous le savez. Méfiez- vous de Rudiger, à cet égard; il a
pris le goût du vin depuis qu'il s'esit joint à nous. Nos bras doivent
être comme nos cœurs , prêts à tout pour demain.
Us continuèrent à causer quelques instans, .mais si bas, qu'Ar-
thur n'entendit plus rien de leur conversation. Enfin, ils se dirent
adieu, et se serrèrent de nouveau la main comme pour se donner
un gage solennel d'union intime.
Rodolphe et ses compagnons se remirent en marche; mais. à
peine avaient-ils perdu de vue ceux qu'ils venaient de quitter , qae
la vedette qui marchait en avant donna un- signal d'alarme. Arthur
sentit son cœur battre vivement. — C'est Anne de Geierstein ,
pensa-t-il.
— Mon chien est tranquille , dit Rodolphe ; ceux qui s'ap-
prochent ne peuvent être que nos compagnons.
. C'étaient effectivement Rudiger et son détachement. Les deux
partis firent halte à quelques pas l'un de l'autre , et le mot d'ordre
fut demandé et reçu pour la forme, tant les Suisses avaient déjà
fait de progrès dans la disdpline militaire, qui était encore
presque inconnue de l'infanterie dans d'autres parties de l'Europe.
Arthur entendit Rodolphe reprocher à son ami Rudiger de ne pas
être arrivé à temps au rendez- vous convenu. — Votre arrivée va
encore les faire boire, dit-il, et il faut que le jour de demain nous
trouve froids et fermes.
— Froids comme la glace, noble Hauptman, répondit le fils
^u Landamman , et fermes comme le rocher auquel elle est sus-
pendue.
Rodolphe lui recommanda de nouveau la tempérance , et le
jeune Riederman lui promit de suivre ses avis. Les deux détache-
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 137
mens se séparèrent en se donnant des signes mnets d'amitié , et ils
forent bientftt à nne distance considérable l'an de l'antre.
Le pays était plus déconyert da cftté du château où étaient alors
Rodoipbie et Arthur , qu'en face da pont conduisant à la principale
porte. Les clairières du bois étai«it yastes , il ne se trouyait que
calques arbres dispersés çà et là sur les pâturages, et Ton n'y
Toyait ni buissons, ni rayins, ni rien qui pût seryir à placer une
embuscade» La y ne , à la fayeur du dair de lune, commandaiit nne
^ande étendue de terrain.
— Noua pouyons nous juger ici assez en sAreté pour canser , dit
Rodolphe. Ainsi donc puis-je yous desnander , roi Arthur, main-
tenant que yous nous ayez yus de plus près, ce que yous pensez
des jeunes Suisses ? Si yous en ayez appris moins que je le dési-
rais, il faut yous en prendre à yotre humeur peu communicatiye,
qoi nous a empêchés de yoos accorder une ccmfiance pleine et
entière.
— Vous ne m'en ayez priyéjp'en tant que je n'aurais pu y ré-
pondre, et par conséquent je Vy ayais nul droit. Quant au juge-
ment que je me crois en état de porter, le yoicien pende mots :
Vos projets sont nobles et éieyés comme ^os montagnes ; mais l'é-
tranger qpi a toujours yécn dans la plaine n'est pas habitué aux
sentiers tortueux que yous suiyez pour les grayir. Mes pieds ont
toujours été accoutumés à marcher ea droite ligne sur un ter-
rain oni*
" Vous me parlez en énigmes.
— Point du tout ; je yeux dire que je crois que yous deyriez in-
struire ks députés, qui sont, du moins de nom , les che& de ces
jennes gens qui pandssent disposés à ne prendre d*ordres que
d'eox-mémes ; ne deyez-yous pas les préyenir que yous yous atten-
dez à une attaque dans le yoisînage de la Férette , et que yous es-
pérez ayoir le secours de quelques habitans de Bâie ?
— Oui yraiment , et qu'en résulterait-il ? le Latidamman ferait
halte josqn'an retour d'un messager qu'il enyerrait au duc de
Bourgogne pour en obtenir un sauf-conduit; et s'il était accordé ,
Adieu tout espoir de guerre.
— C'est la yérité; mais le Landammân aniyerait à son but
principal, et remplirait le seul objet de sa mission, qui est l'éta-
blissement de la paix.
— La paix I la pidx I s'écria le Bernms ayec yiyacité. Si j'étais
le seul dont les désirs aoimt opposés à ceux d'Arnold Bied^man,
1S8 CHAULES LE TÉMÉKAH&E.
je waoÊâé h biett len hotmenr «t sa foi, [j'ai an td respect
pour sa ^enr el Mm patriotiiBaie , ipCk sa roix je fera» r^itrer
ma lame da^s le finnrpeaa y quand même men plus Hiertal ennemi
seraic devant mei.^ Mais mes désirsiie sont pas œax d'an setd
bomme ; toat mon Canton , toat eeliii de Sekwpey sent* déterminés
à la guerre. Ûs ftii pi|r une guerre , par nue noble guerre^ que
nos anoétras secouèrent le joug d'une servitude msnpportable.
Ce fat par une gaei<re tieuveose es glorieuse , qu^nne race à bb»
quelle on croyait à peine devoir penscir autant qn'amt bœnb
quTeUe eendoisiity obtkvt sa liberté, aeqmt de l'jmportantey
et fat konorée , parce qa^ea la eraîgiiait , autant qu^elle était mé*>
prisée quand eUe n'eflralt aucune résistuice.
— TsuD eein pent être très Trai^ tam», sm^amt moi , l'o^t de
TOtre missien a été déterminé par vetre diète, en ckambre des
communes. IHie a résolu de Teas enreyenr avec d'autres , comme
des messagers de paix , et tous soufflez secrètement le feu de la
guerre c tandis que tons ¥0S colIè|usS' plus âgés^ ou dû moins la
jdiqMort d'eniT!^ eux , vont partir 4Biain dan^ l^aifetile d^lm voyago
paisible , voos toos préparez au combat et vous dierebez aiême
les moyens d'y donner lieu.
— Bt n'a»je pus raison de m'y préparer? Si nens reoevons nn*
aocaeil poiciâque eur le territoivé de Beurgegaie » comme tous dites
que les- antres dépnftés s'y attendent,' mes précautions devien-
dront inutiles, mais du moins elles ne peuvent faire aucun mal.
Cependant si le contraire arrive , elles servirsot à préserver de
grands malheurs mes collègues^ mon parent Arnold Biederman,
ma belle eoosine Anne, v^sos^mâme et v^fre père, en un mot
nous tons qnî voyageons joyeusement ensemble. *
-^B y a dans t09t ceei, dit Arllmr en seeenant la tète, quelque*
cfaose que je ne- comprends pas , et que je «e eherelierai pas à eom"
prendre. Je vone prie seolenient de ne pas^ elieraber dms les a^
faires et; ^les innérêts de mon pève «n motjf ponr rompre la paix.
Vous m'avttz donné à entendre qae cela pouvait impUqaerle Lan-
dsmman; dans une qnerdie qaTaotrement it aurait p^i éviter; je
suis sûr que mon père ne le pardonnerait jwQiaie.
**- J^ déjà éenBié ma pànieà ce adîst;: mais» si l'aceneil qu'il
recevra dn ^ien^d^sttacbe At diiodeiBeuegisgais liiipl»sail moins<
que vous ne sémblez le croire, il n'y a pas de mat que veme sackiev
qnfit pf ue, au. besoin,, êsre somenn par des amie fermes t«
CHARLES US TÉMÉRAIRE. IS»
--Et yoas-mdme^ mon cheir ami, tous fiorei bien de profiter d»
«qie TQoa avez entendu. On ne ae troQTe fOB à une nooe, oon^
wrtd'ene arnivre; ni dâne «ne q^wreUe# Tétn dSm poorpoint de
soie.
— Ja me pr^pacerai à ce (foi peut arrmr de pife, et en censé»
^eD£e j^ meurai vn Uger haubert d'aeier bien trempé^ qui est à
l'épf evve de la flèsheet de la javeline. Je voua repiercie de veCre
ayis amical.
— Yoas ne me deveai pas de lemeraiemens : je ne méviterais
pas d'être Haaptmaii, si je ne faisais pae eomaitre à çeun qm
(biveat lae suivre, et surtout à «n homoie aussi brave qam voue
, le mem^nl eu il faut eadess^ l'armure et seprépafer anz
La €oitveieati<ni cessa pendant quelques instans» aucun des ai
ôiierlociiteurB n'étant partaitement content de son compagnon ,
qooiqse ni Ton ni l'antre na voulût faire aucune rennurque à ee
sqet.
LeBersoisy jugeant lea marcbanda d*aprèa ks sentimens de
cnadeaMt propite pays, s'était regardé comme presque assuré
qne l'Anglais , se trouvant puissamment soutenu par la force,
aiffait saisi roceasipn die se rebiser au paiement des droiss ezor-
Utans doatil 4(ait QMnacé dans la ville voisivM; ee qui, sans que
Rodolphe parût y contribuer^ aurait sans doute déterminé Arnold
Kedennaa ki*m/teie à rompre la paix , et amené sur-le-champ
^e èédaiation de guerre. D'uneautre part, le jeune Philipson ne
poinùtid oompreyQdne pi approuver la conduite de Donneiiiugel,
V^f inambre lui-méaae d'une députation pacifique, ne semUait
^^ fus dn désir de uouver une occasion d'allumer le feu de
Occapés de ces diverses réflewns, ils marièrent quelque
^s à côté l'un de l'autre sans se parler. Enfin Rodolphe rompit
lesilease: '«
— L'appurition d^Anne de GeiersAcin n'ei^ite donc pins votre
<Vtt6itéi sire Anglais? ditfil à Arthur»
-^11 s'en faut de beaucoup»; mais je ne voulais pae yens fotir
SUT de questions, pe^dai^t que voua dtea oociipé d^ devoirs de
Totoe patrouiOe.
^Naqa povvops la regaid^ctf^ilMma temniaée, eaf il n'y a pan
^)fwap4va9am.iui^hii89ai»ei^4M eequind^
140 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Bourgnignon; et un coap d'œil autour de nous de temps en temps
est tout ce qu'il faut pour é^dter une surprise. Ainsi donc écoutez
bien une histoire qui n'a jamais été chantée ni racontée dans une
tour ou dans un château, et qui commence à me paraître tout au
moins aussi croyable que celle des chevaliers de la table ronde,
que les anciens troubadours et les minnesingers nous donnent
comme des chroniques authentiques du monarque fameux dont
vous portez le nom*
— J'ose dire, continua Rodolphe; que tous avez suffisamment
entendu parler des ancêtres d'Anne , dans la ligijie paternelle.
Vous savez qu'ils demeuraient entre leurs vieilles murailles à
Geierstein , près de la cascade ; tantôt opprimant leurs vassaux ,
pillant leurs voisins moins puissans et dévalisant les voyageurs qne
leur mauvais^ étoile conduisait à portée du nid des vautours;
tantôt fatiguant tous les saints en leur demandant le pardon de
leurs crimes f distribuant aux prêtres une partie de leurs ri-
chesses mal acquises, et faisant des pèlerinages > partant pour une
croisade , enfin aUant visiter la Terre-Sainte, à titré de réparation
des iniquités qu'ils avaient commises sans le moindre remords de
conscience.
— J'ai compris que telle était llûstoire de la maison de Geiers-
tein , jusqu'au moment où Arnold, ou son père, je crois, quitta la
lance pour prendre la houlette.
r^ Mais on dit qu'ils étaient des nobles bien différens des riches
et pnissans barons d'Arnheim, de Souabe, dont la seule descen-
dante devint la femme du comte Albert de Geierstein « et fut la
mère de cette jeune personne]que les Suisses appellent simplement
Anne, mais que les Allemands nomment la comtesse Anne de Geier-
stein. Ils ne se bornaient pas à pécher et à se repentir alternative-
ment, à piller de pauvres paysans, à engraisser des moines pa-
resseu^i; ils se distinguaient autrement [qu'en construisant des
châteaux avec des cachots et4es chaihbres de tortare, et en fon-
dant des monastères avec des dortoirs et des réfectoires.
Ces barons d'Arnheim étaient des hommes qui cherchaient à
reculer les bornes dès connaissances humaines. Ils avaient changé
leur château en une espèce de collège, où il y avait plus d'anciens
livres que les moines n'en ont empilé dans la bibliothèque de l'ab-
baye de Saînt-Gall ; et leurs études ne se bomaient'pas aux livres.
Enfoncés dans leur laboratoire, ils acquéraient des secrets dont la
GIUBLfiS LE TÉMÉRAIRE. 141
OHmaissaiice était ensnite transinise du père aa fils,. et qu'on sup-
posait approcher de bien près des mystères les pins profonds de
faldûmie. Le brait de lear science et de leors richesses arriva
soaYent josqn'au pied du tr^ne impérial; et dans les fréquentes
^ qaerelles que les empereurs eurent autrefois avec les papes, on
dit que les premiers furebt encouragés par les conseils des barons
d'Arnbeim , qui prodiguaient' leurs trésors pour la cause de ces
monarques. Ce fût peut-être ce système politique, joint aux études
mystérieuses et extiraordinaires auxquelles la maison d' Araheùn
se livrait depuis si long-temps i qpii fit naître Topinion générale-
ment reçue , qu'ils étaient aidés, dans leurs recherches de coft»
naissances au-dessus de la portée de l'homme i par des secours
samatorels. Les prêtres ne manquèrent pas de propager ce bruit
contre des hoiiunes qui n'avaient peut*dtre d'antre tort que d'être
plus savans qu'eiix.
Voyez, disaientôls, Toyez qnek hôtes sont reçus dans le
château d'Ari^heim. Qu'un chevalier chrétien, blessé par les Sar-
rasins, se présente sur le pont-levis, on lui donne une croûte de
pÔQ, un verre de vin , et on rengage à passer son chemin ; qu'un
pèlerin en odeur de sainteté , TenaiU de visiter les lieux saints ,
cliargé de reliques qv^ sont la preuve et la récompense de ses h^
^goes, s'approche de ces murailles profianes, la sentinelle bande
son arbalète , et le portier ferme la porte i coniime si le saint
homme apportait avec lui la peste de la Palestine. Mais s'il arrive
^ Grec à barbe grise, à langue bien pendue, avec des rOttlean:[;
ûfi parchemins dont les yeux chrétiens ne peuvent même déchif-
^ Fécritore ; s'il vient tm rabbin juif avec son Talmud et sa Ca-^
^6; on Maure à visage basané, qui puisse se vanter d'avoir ap
pm le langage des astres dans l9.Gbaldée,'berceau de l'astrologie ,
le vagabond , l'imposteur , le sorcier, est placé au haut bout de la
table da baron d'Arnheim ; il partage avec lui les travaux de Fa-
lambic et du creuset ; il apprend de lui des connaissances mys»
tiques semblables, à celles qu'acquirent nos premiers parens, pour
lamine de leur race ; et il s'en acquitte en lui donnant des leçons
plos terribles que celles qu'il reçoit, jusqu'à ce que son hôte impie
ait ajouté à son trésor àb Sciences sacrilèges tout ce que le païen
pent lui communiquer. Igt tout cela se passe en Allemagne , dans
le pays qu'on appelle le Saint-Empire Romain, où tant de prêtres
ont le rang de princes l et l'on ne met pas au ban de l'Empire , on
tl2 CHAÎILBS ZiE TÉMÉRAIIŒ.
nefrttjfpepA mime d'iln mofiitoire une nxm de doNim ^^ de
«ièel« en nèele, niomphent par Ja HécroOMSioie 1
Tels élaiem les argumeiis qu'on tépéti^ éauns ks È^Mm des
'^abbésy cùvÊiAe éaAs les ceUnleis des amioborèies 7 et etfpeaâttttilB
paraissent atoir fait pea d'impt^ssion sar le isonaeil de PEtape-
vear ; mais ils servirent à ^leitèr le aèle «le Uen des baretn et des
«mntes de l'EApire y qoi apprirent ainsi à regarder une ^mlk
«n nne gnerre avec les barons d' Arnheîâi f eomme à pea prè» Dem-
Udile à ilne croisade centre leè emwmîil de la ibi, et detam [enr
pi^enrer les mêmes itnmunijtés ; et me attaque contre ces fma-
tàts Tos de si mandats eeH^ eoeinie nn moyen sàr de ré^er ledrs
Comptes areo l'EgUse chrétienne. Mais qnoiqne les bai^ns d'Arn-
heim ne eherehassent qperelle à personne, ils n'en éiaiciatpn
moins belliqnenx ^ et ils taraient fort bien se défaiébrè. QïvA(f»s
indijidns de cette race étaient aussi vaillans chevaliers » AOân kt
trépides bommeS d'armée , fM savans biMles. D'sî&eoti ils
étaient riehes , sotitentts par de grandes aMlaitees , 6s^es ef ft\h
âens à un deg^é énrineai ; et cens qui les attaquèrent l'apprirent à
leurs dépens.
Les lignes qid Se MfÊûÈfMt MtKre fm faet^ènd d' Aiddieân htm
diësontes; les attaques' que lear s ennëboâsméékalenclBreÉftpréve^
nnes et déconoertées ;>ei ^eta, qui en TÎDi«nt à des actes «Thostiliié
effeetifi fttrent twicos et essuyèrent de ^nsiides pertes< InAn Fà^
pfessîon qai en i^éerita itt; qni* m répafadît dons sont itsr t«iK*
mgby fÉit qnoi vn les ii^rrmationa enàcées qit'fls roDèndetit de
i^taqnea ptôses ixmtre enic , et la manière ilnifoinBie dni ^
rfaississàient tonJo«rs à y résister et à «n ti^kmipber, ïlMba^
qli'ils etssem reconfs à des moyens de défense qne tftiUs (^
purement humaine n'était eàpaUe de tetntepe. ils deviaveiit don<^
aDissi Redoutés qu'ils étaient haâis, et pendant la deraière géÊtt^'
tîon on renonça à les inquiéter* G'étadt d'antant plos sage y qnsl^
▼aSBamx nondnpenx de cetae grande maison étaient satisfaite ^
lenr&seignearsy cbsposés à prendre letir défense , et portés à tt^^
que, soit que leurs maîtres fussent eereièrs ou non , ils ils PP^
raient rien à en avoir un aaitre, qne «ë fût nn des croisés de cette
gnerre sainte , on un des prélats qui en sarifiSaient le feu. l» ^
masculine de ces barons s'éteignit à la liiort d'Herman Von Arn-
heim, aïenl maternel d'Anne de Greierstein. tl fut enterré atei
son casque 1 aou^ épée et son bouclier , comme c'est la c^misiD^ ^
CMàMJm UB TÉHBEÊLÈOX. MB
iHmafiie à la mort da affirmer deaûesdant aftle d'une iaoille
Mais fl laine um fille mnqne^ Sibylle d'Araheiai , qai kértee
f une portioD eoBsidéraUe de ees domaines, et je n'ai jeaiaie oitf
dire que la cnielie aecueailion de soroeUerio portée oontre sa nud*
son ait empèohé des bomaes de U première distînotion de PBmpire
geimamqiie de. aoHicker de l'Empereeri son tntenr légal, la
main de la liohe héritière^ Albert de Gtfierstein , qa<»^'il ne lût
qa'iui banni , obtint la préférenee. Il était galant et bten fût , ee
qui fat ponr Ini une recommandation auprès de Sibylle ; et l'Empe*
rair, ^ se repaissait, alors du yaân p#ojet de reconvrer son auto-
rité sar les montagnes de la Suisse , désirait se montrer généreux
à l'égard d'Alberty ^'il regardait comme One vietime d'un dévo«e-
meat loyal à sa cause* Yens Toyez donc» très noble roi Anhw,
qa'Aane de G^ersteini se«l rejeton de ce mariage » ne deseenid
pas d'une race ordinaire , et que les oircofnstanoes qak pentent la
coseeroer ne doiTOit pas s'expliquer et se jnger aussi beilmnent
etd'après les ntdmesffaiaonnemene qjM s'il s'agissak de tome antre
— Sornum honneÉr^ sire Rodelpbe de D^nnerbngely dît Ar*
tknr, fiâsant un YÎolent eSsrt sw lui-méûie pour maîtriser ses sen»
timia, tout oe qût je toîsi toot ce que je comprends , d'q»rès
TotKiécity c'est que, pi^ee qu'il y a en Allemagne^ eomase en
Vautres pays , des fous qui tegardent oomme sor oiera et iMfieiaift
coviqû possèdent des œnnaissanoes «t de la stiande^ voué Ates
^séà dîffainer nae j^ine persoan^ qaî a tolqonrs^té diérie et
i*6V«ctiad0 tous oeuL qui l'«àlovent^ et à la représenter oomme
dôcifJe d'tm art qui ^ oomme je le ovois^ est aussi pencommui
qu'illicite.
Quelques instaas se passèrent avant ^ne Rodolphe répondît.
—J'aurais désiré , âit^il enfin f qi^e tous vous fassiez «ontenté
des traits généraux da caractère de la famUle maternelle d'Anne
deGeierstein, coimne offrant quelques circonstances qui peuvent
expliquer, jusqu'à un certain point , ce que , d'après votre pn^re
f^porti vous avez vu cette mit; et il me répugne véritablement
<i'eiitrer dans des détaUs plus partiouliM*9* La réputation d'Amie
^e Geierstein ne peut être plus chère k personne qu'à moi« Après
la famiUe de son onclCy je suis son plus proche parent. Si elle était
restée en Suisse, ou si die y revenait , comme oeta est assez pro*
144 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
bable, peut-être pourrions noas être unis par des nœads encore
plas étroits. Dans le fait^ le seul obstacle qni s'y soit opposé est
Tenu de certaiqs préjagés de son oùcle sur l'autorité paternelle ,
et sur notre, parenté I qui n'est pourtant pas assez proehepour
que nous ne puissions obtenir une dispense. Je ne tous en parle
que pour tous prouTer que je dois nécessairement attacher plus
de prix à la réputation d'Anne de Geierstein que tous ne pouvez
le faire, tous qui étçs un étranger, qui ne la connaissez que depuis
quelques jours, et qui êtes sur le point de la quitter pour toujours,
à ce qu'il parait.
La tournure de cette espèce d'apologie causa tant de dépit i
Arthur, qu'il iallut toutes les raisons qui lui ordonnaient de le ca>
cher, pour le mettre en état de répondre uTec sang*froid.
— Je n'ai nul motif, sire Hauptman , lui dit-il , pour contredire
l'opinion que tous pouTez aToir d'une jeune personne à laquelle
TOUS êtes lié d'aussi près que tous paraissez l'être à Anne de
Geierstein. Je suis seulement surpris qu'ayant autant d'égards
pour elle que TOtre parenté doit le faire supposer, tous soyez dis-
posé, d'après des traditions populaires , à adopter une croyance
injurieuse à TOtre parente , et surtout à une jeune personne à la-
quelle TOUS annoncez le désir d'être uni par des nœuds encore
plus étroits. Songez-Tous que, dans tout pays chrétien , l'imputa-
tion de sorcellerie est la plus odieuse qu'on puisse se permettre
coi^tre un homme ou contre une femme ? ^
— Et je suis si loin de Touloir porter une telle accusation contre
elle, s'écria Rodolphe, que -si quelqu'un osait laisser échapper une
telle pensée , par la bonne épée que je porte , je le 'défierais aa
combat , et sa mort ou la mienne en serait le résultat. Mais la ques^
tion n'est pas de saToir si elle pratique ellemême la sorcellerie;
quiconque le prétendrait, ferait aussi bien de creuser sa fosse et
de songer au salut de son ame. Le doute est de saToir si , descen-
dant d'une Camille qui a en , comme on l'assure , des relations très
intimes aTOc le monde iliTisible, elle n'est pas exposée à Toir des
esprits aériens , des êtres d'une nature différente de la nôtre,
prendre sa ressemblance et tromper les yeux de ceux qui la con-
naissent; enfin , s'il leur est permis de jouer des tours à ses dé-
pens, quand ils ne peuTent en faire autant à l'égard des autres
mortels dont les ancêtres ont toujours été pendant leur Tie fidèles
obserTateurs des lois de l'Eglise^ et sont morts régulièrement dans
CiilARLES LE TEMÉRAnÙE. 145
sa coommiiioii. Et comme je désire sincèrement consenrer YOtre
estime^ je yoos commoniqa^rai sur sa généalogie des circonstances
qui confirment cette idée. Mais je dois tous prévenir que c'est on
acte de confiance personnelle, et qne j'attends de vbns an secret
iiiTiolabley sons peine de tout mon déplaisir.
— Le secret sera gardé , répondit le jeune Anglais ^ cachant
a^ec peine les sentimens qui l'agitaient. Jamais il ne sortira de
ma bouche un mot qui puisse nuire à la bonne renommée d'une
jeune personne à qui je dois tant de respect. Mais la crainte du dé-
plaisir de qui que ce soit ne saurait rien ajouter à la garantie de
mon honneur.
-^ Soit 1 répliqua Rodolphe ; je n'ai nulle enyie de tous causer
le moindre mécontentement. Mais je désire y tant pour conserrer
YOtre bonne opinion à laquelle j'attache grand prix , que pour ex-
pliquer plus clairement ce qui a pu tous paraître obscur, tous
communiquer des choses que, sans cela, j'aurais préféré passer
sons silence.
— Vous dcTCz juger Tous-méme de ce qui est nécessaire et con-
lenable a cet égard , répondit Philipson ; mais souTcnez-TOUS que
je ne tous demande pas de me Communiquer aucune chose qui
doiye rester secrète > et, surtout quand il s'agit d'une jeune
dame.
— < Vous en aTczdéjà trop tu et trop entendu , Arthur, répon-
dit Rodolphe après une minute de silence ^ pour qu'il ne so^t pas
nicessaire que Vous sachiez toat^ du moins tout ce que je sais
moi^^me sur ce sujet mystérieux. 11 est impossible que les cir-
constanœs dont nous nous sommes entretenus ne se représentent
pas quelquefois à TOtre souTenir, et je désire que tous possédiez
tous les renseignemens nécessaires pour les comprendre aussi bien
que la natore des faits le permet. Nous aTons encore , en côtoyant
ce marécage, euTiron un mille de chemin aTant d'aToir terminé le
toor du château. Ce temps me suffira pour le récit que j'ai à tous
faire.
— Parlez, je tous écoute, dit le jeune Anglais, partagé entre le
désir de saToir tout ce qu'il lui était possible d'apprendre relati-
Tement à Anne de Geierstein , et la répugnance qu'il aTait à en-
tendre prononcer son nom par un homme qui annonçait des pré-
tentions semblables à celles de Donnerhugel ; car il sentait re*
luicre en loi ses premières préTcntions contré le Suisse à taiUe
lO
14« CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
gigantesque, dont les manières, respirant toujours une franchifle
qni allait presque à la grossièreté, semblaient alors marquées par
un air de présomption et de supériorité. Cependant il écouta avec
attention son récit étrange, et Pintérêt qu'il y prit Femperta lùen-
tôt sur tout autre sentiment.
CHAPITRE XI.
BéciT DE DONNBRHUGEL.
— L'a4«pte, en sa doctrine,
Noas peint les élétnens peuplés é'espril» dlffi*
(.« S^lpl»*, fils du ci«l , To^ige 4«Qs les ain :
Le Gtiome vit caché dans les grottes profonde;
La Naïade cpnstmit son palais dans lasoiyla;
Et le feu si terrible, cléinent dektrDCteor,
Btl poov ka SaUmaiMlTe un ^éfma éo boqbeur.
AirttirT«l>
-r- Je yous, ai d^jà informé, dit Rodolphe à Arthur, que les ba*
rons d'An^heim, quoique s'occnpaut de père en fils d'études se-
crètes, étaient pourtant, comme les autres nobles allemands;
belliqueux et amateurs de la chasse. Tel était particulièrement le
caractère d'Herman d' Arnheim , aïeul maternel d'Anne de Geier*
stein, qui se faisait gloire d'avoir un superbe haras, et possédait
le plus noble coursier qu'on eût jamais vu dans les Cercles de Vti-
lemagne. Je renonce à vous faire la description d^uii tel animal;
je me bornerai à dire qu^il était noir comme le jais, sans an seul
poil blanc sur la tête ni à ses pieds. Pour cette raison , et attendu
son caractère fougueux, son maître l'avait nommé Apollyon,ce
qi^ôn regardait en secret comme tendant à confirmer les inaa^ais
l)rnits qui couraient sur la maison ^Arnheim , puisque le baron,
disait-on I donnait à son cheval favori le nom d'un démon.
n arriva I un jour de novembre , que le baron était allé chasser
4a^ la forêt , et qu'il ne rentra chez lui qu'après la nuit venue. Il
ne ce trouvait aucun étranger au château , car , comme je vous I ^
donné \ entendre , les barons n'y recevaient guère que ceux dont
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 147
ibpoiiTaieiit espérer d'obtenir dé nouvelles connaissances. Le ba**
ron était seul , assis dans son salon , éclairé par des torches et det
lampes. D'ni|e main il tenait nn livre dont les caractères auraient
âé inintdligibles pour tout antre que lui ; l'autre était appuyée scuc
une table de marbre, sur laquelle était placé nn flacctn de y\u dQ
Tokai. Un page était placé dans une attitude respectueuse an fond
Recette grande salle, où il ne régnait qu'un demi-|onr^ et l'on n'en*
tendait diantre son que celui du vent de la nuit , qui semblait 8oi|«
pirersnr un ton lugubre en passant à travers les cottes de ipaiU^
TonJilëes et les bannières en lambeaux , tapisserie guerrière de
cet appartement féodal. Tout à coup on entendit quelqu'un monter
l'escaHer à la hâte et comme en tremblant ; la porte s'ouvrit ayec
nolence, et, l'efFroi peint sur tous ses traits , Gaspardjt chef de^
écuries du baron, ou son grand-écuyer , accourut vçrs la t^le cic*
Tant laquelle son maître ^tait assis » en s'écriant :
—Monseigneur I Monseigneur ! il y a nn diable dans Pécurie.
— Qne signifie cette folie ? demanda le baron ei\ se levant, 3Uf«»
pris et mécontent d*être interrompu d'une manière 91 lna$it^«
—Je me soumets à tout votre déplaisir , dit G^spsurd, 9i J6 ne
vons dis pas la vérité. ApoIIyon. . .
n s'interronipit un instant.
—Parle donc, fou que tu es! s'écria le baron; la firayoui* te
bit-elle perdre la tête ? — Mon cheval est-il nialade? lai esvil W-
ri^é quelque accident? -
Tout ce que put faire le ^and-écuyer, fat de répéter ; —
Apollyou!
— EbHenI dit le baron, quand Apollyon lui-même sendt ici
^ persoime , il n'y aurait pas de quoi effrayer un homme brave.
—Le diable est à cftté d*Àpollyon ^ s'écria le chef des écuries»
— Foui s'écria le baron en saisissant une torche; qui peot t'a-
▼<nr tourné l'esprit? Des gens comme toi , nés pour qod» servir ^
^vraient avoir plus d'empire sur leur tête , p^ égs^xA pour 11003 >
si ce n'est pour eux-mêmes.
Tout, en parlant ainsi , il traversa la cour du dhâtçau pour se
i^ndre dans ses écuries , qui en occupaient toute l'extrémité ipfiî-
rieore, et ou cinquante beaux coursiers étaient rtUUgés dea dwx
cdtés. Près de éhacun d'eux étaient placées les anvies o£Cenaive$
€t défensives d'tm homme d'armes, aussi brillantes et eu wm^
^a état qu'il était possible 1 et la cotte de buffle qui formait le
10,
148 CHARLES LE TEMERAIRE.
•vêtement de dessous da soldat. Le baron y entra ayec deux domes-
tiques qni l'avaient suivi , étonnés de cette alarme extraordinaire.
Il marcha à grands pas entre ces deux rangs de chevaux , et s'ap-
procha de son coursier favori , qui était à l'autre extrémité de
l'écurie y du côté droit. L'animal ne hennit point , ne secoua point
la tête ; ne battit pas du pied , enfin ne donna aucun de ces signes
par lesquels il avait coutume de témoigner sa joie quand il voyait
arriver son maître. Il ne parut le reconnaître que par une sorte
de gémissement qui semblait implorer son assistance.
Herman leva sa torche , et vit un grand homme qui avait la main
apptiyée sur l'épaule du cheval.
— ^Qui es-tu ? que fais-tu ici ? lui demanda le baron.
— Je cherche . Refuge et hospitalité ^ répondit l'étranger ^ et je
te les demande par l'épaule de ton cheval e^ par le tranchant de
ton épée ; et puissent-ils ne jamais te nianquer au besoin !
— Tu es donc un frère du Feu Sacré? dit leliarpn d'Arnheim.
Je ne puis te refuser ce que tu me demandes d'après les rites des
Mages persans. Contre qui et pour combien de temps me demandes-
tu ma protection ?
— Contre ceu^c qui viendront me chercher avant que le coq
chante y répondit l'étranger , et pour l'espace de temps d'un an et
un jour à .compter dé ce moment.
— Mon serment et mon honneur ne me pennettent pas de te
refuser. Je te protégerai donc un an et un jour ; ta tête aura l'abri
de mon toit , tu t'assiéras à ma table et tu boiras de mon vin. Mais
toi aussi y tu dois obéir aux lois de Zoroastre. De même qu'il dit:
« Que le plus fort protège le plus faible , » il dit aussi : « Qo^
le plus sage instruise celui qui a moins de connaissances. » Je sois
le plus fort , et tu seras en sûreté sous ma protection ; mais tu es
le plus saîge ^ et tu dois m'instruire dans les plus secrets mystères.
— Vous voulez vous amuser aux dépens de votre, serviteur;
mais si Dànnischemend sait quelque chose qui puisse être utile a
Herman y ses instructions seront pour lui comme celles d'un père
pour son fils.
•^ Sors donc de ta place de refuge. Je tè jure par le Feu Sacrai
qtd vit sans alimens terrestres, par la fraternité qui existe entre
nous, par l'épaule de mon cheval, et par le tranchant de mon épéet
que je garantirai ta sûreté pendant un an et un jour, autant
mon pouvoir y suffira.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 149
L'étranger sortit de Fécarie , et ceux qui virent son extérieur
singulier ne furent pas très surpris que Gaspard eût été effrayé en
le trouvant dans Técurie sans savoir comment il avait pu s'y in-
troduire. Quand il fut entré dans le salon, où le baron le conduisit
comme il y aurait conduit un hôte respectable accueilli |ivec plai-
sir, la clarté des torches fit voir que c'était un homme de grande
taille et'^ant un air de dignité. Il portait le costume asiatique,
c'est-à-dire un caftan , ou longue robe noire semblable à celle que
portent les. Arméniens, et un grand bonnet carré, couvert de la
laine noire des moutons d'Astracan. Tout ce qui composait ses
Tetemens était noir, ce qui &isait ressortir une longue barbe
blanche qui lui tombait sur la poitrine. Sa robe était retenue au-
tour de sa taille par une ceinture en filet de soie noire , dans la-
quelle , au lieu de poignard et de cimeterre, étaient pas^s un étui
d'argent et un rouleau de parchemin. Le seul ornement qu'il por-
tât était nn rubis d'une grosseur peu commune , et dont l'éclat
était tel que , lorsque la lumière le frappait, il semblait darder les
rayons qu'il ne faisait que réfléchir. Le baron W offrit alors des
nfnachîssemens, mais l'étranger lui répondit :
-^ Je ne pois rompre le pain , ni faire passer une goutte d'eau
entre mes' lèvires , jusqu'à ce que le vengeur soit arrivé devant
Totre porte.
Le baron donna ordre qu'on remît de l'huile dans les lampes,
et qu'on allumât de nouvelles torches ; il dit à tous ses gens d'aller
se reposer, et resta seul avec l'étranger. A minuit, les portes du
cbâiean forent ébranlées comme par un ouragan , et l'on entendit
une voix, comme celle d'un héraut, demander qu'on lui remît son
prisonnier, Dannischeinend, fils d'Ali. Le gaf^ien de la porte en-
tendit alors ouvrir une fenêtre , et reconnut la voix de son maître
parlant à la personne qui venait faire cette sommation. Mais la nuit
était si obscure qu'il ne put voir aucun des interlocuteurs , et la
langue qu'ils parlaient lui était inconnue, ou du moins leurs dis-
cours étaient mêlés de tant de mots étrangers, qu'il ne put en
comprendre une syllabe. Cinq minutes s'étaient à peine écoulées
quand celui qui était dehors éleva de nouveau la voix , et dit en
allemand : — J'ajourne donc l'exercice de mes droits à un an et un
jour; mais quand je reviendrai à cette époque, ce sera pour exi-
ger ce qui m'est dû , et ce qui m'est ûA. ne me sera plus refiisë. ''
Depuis ce moment , le Persan Daiinischemend resta constam-
150 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
ment aa château d*Arnheimy et jamais, pour quelque motif qae ^
ce f&t, il n'en passa le pont-leyis. Ses amusemens ou ses tiraTaux i
semblaient concentrés dans la bibliothèque et dans le laboratoire, •
où U baron travaillait souvent avec lui plusieurs heures de snite. ^
Les habitans du château ne trouvaient aucun reproche à faire an i
iftagfe ou t^ersan , si ce n'est qu'il semblait se dispenser de toat :
exercice àe religion » puisqu'il n'allait ni à la messe ni à confesse, ^
et qu^il n'assistait à aucune cérémonie religieuse. Le chapelain, à }
la vérité , se disait satisfait de l'état de la conscience de l'étranger;
mais on soupçonnait depuis long-temps que le digne ecclésiastique i
n'avait obtenu une place qui n'était pas très pénible, qu'à la oon- .
dition fort raisonnable qu'il approuverait les principes de tons i
ceux à qui il plairait au baron d'accorder l'hospitalité , et qu'il les
déclarerait orthodoxes.
On remarqua pourtant que Dannischemend était fort exact i
dims la pratique de sa dévotion privée. Il ne manquait jamais de ]
se ptostemer au premier rayon du soleil levant , et il ^avait fabii- ^
que une lampe en argent , des plus belles proportions , qu'il plaça ^
sur un piédestal de marbre » en forme de colonne tronqaée, et j
sui^la base duquel il avait sculpté des hiéroglyphes. Persoine, a ,
rexce{)tion peut-être du baron, ne savait avec quelles essences il ]
alimentait la flamme de cette lampe; mais elle était plus pare»
plus brillante qu'aucune lumière qu'on eût jamais vue, excepte
èellé du soleil ; et l'on croyait généralement qu'elle était Tolip
àtt culte secret de Dannischemend , en l'absence de cet astre ^(^
rieux. Ce qu'on observa en lui encore , fut que ses moeurs parir
saient sévères, sa gravité extrême, sa manière de vivre dictée par
la tempérance, et ses Jeûnes très fréquens. Si ce n'est en quel^
occasion particulières, il ne parlait jamais qu'au baron; mais»
comnoMBil ne manquait pas d'argent, et qu'il était libéral, il ^^
regardé par les domestiques avec respect, mais sans crainte »
sans âoignement.
. Le printeB^>s succéda à l'hiveir, l'été fit naître ses fleurs, la»*
to&me produisit ses fruits , et ils commençaient à mûrir et a toi&'
ber, quand un page qui. accompagnait quelquefois son maître ito» |
le laboratoire, entendit le Persan dire au baron d' Arnneioi . j
- : — Vous ferez bien, mon fils, de faire attention à mes parwes,
car les leçons que je vous donne tirent à leur fin» et nul p<^^
stlr U terre ne peut retarder plus langwtemps oçioa destin*
^
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. Ul
— Hëlasl mon maître, dit le baron, faat*il donc qae je perde
f avantage de vos leçons , quand votre lAain habile me devient
nécessaire ponr me placer sur le pinacle du temple de la Sagesse 1
— Ne vous découragez pas y mon fils, répondit le sage; jelé-
gaerai à ma fille le soin de vous perfectionner dans vos études, et
die vieiidra ici dans ce dessein. Mais souvenez-vous que , si vous
voulez voir se perpétuer votre nom , vous ne devez la regarder
qae comme une aide dans vos études. Si la beauté d'une jeune
fille vous fait oublier qu'elle ne doit que vous instruire, vous
serez enterré avec votre épée et votre bouclier, comme le dernier
descendant mâle de votre maison, et , croyea^moi , d'autres maux
en résulteront; car de telles alliances n'ont jamais un résultat
heureux. J'en offre en ma personne un exemple. — Mais silence )
on nous observe.
Tous ceux qui composaient la maison au. baron â^Arpheim
n'tyant que peu d'objets de réflexions, n'en observaient que plus
atteotiyement tout ce qui se passait sons leurs yeux; Lorsqu'ils
virent approcher l'époque à laquelle le Persan devait cesser de
trouver nn abri au château, les uns en sortirent sous divers pré«
textes» suggérés par la terreur, les autres s'attendirent en trem«
blaat à quelque catastrophe terrible. Rien de semblable ne survint
pourtant 9 car lorsque le jour en fut arrivé, et long-temps avant
llieure redoutable de minuit , Dannischemend termina soti séjour
dans le château d*Arnheim, en sortant à cheval, comme un
voyageur ordiqaire. Le baron^ son élève , avait pris congé de lui
^ec beaucoup de marques de regret et même de chagrin* Le
sage perg^n le consola en lui parlant assez long-temps k voix
hâsse, mais on entendit cette dernière phrase :
—Elle sera près de vous au premier rayon du soleil. Ayez ponr
elle de l'afifection, mais ne la portez pas trop loin.
A ces mots, il partit, et jamais on ne le revit; iamais on n'en
entendit parler dans les environs du château d'Arnneim.
Pendant toute la journée qui suivit le départ de l'étranger, on
remarqua snr les traits du baron une mélancolie particulière.
Contre. son usage^ il resta dans le grand salon , et n'entrai ni dans
la bibliothèque, ni dans le laboratoire, où il ne pouvait plus
jouir de la compagnie de son maître. Le lendemain matin,, au
point du jour, il appela son page ; et quoiqu'il fût ordinairement
peu soigneux de son cosfxusoBp il y appprta le plua grand son*
152 CiHARLES LE TÉMËRAIIŒ.
Gomme il était dans le printemps de la yie, et qa'il avait l'air
noble et distingué, il eut tout lieu d'être satisfait de son extérienr.
Ayant fini sa toilette , il attendit que le disque du soleil se montrât
au-dessus de l'horizon, et prenant alors sur la table la clé da labo-
ratoire, que le page croyait y être restée toute la nuit, il s'y
rendit, suivi de ce serviteur.
Le baron s'arrêta à la porte, et sembla réfléchir un instant s'il
devait renvoyer son page ; puis hésiter à ouvrir la porte, comme
aurait pu le faire quelqu'un qui se serait attendu à voir quelqoe
chose d'étrange. Enfin , s'armant de résolution , il fit toomer h
clé dans la serrure, ouvrit la porte, et entra. Le page suivit les
pas de son seigneur, et fut saisi d'une surprise qui allait jusqu'à
l'effroi, envoyant un objet qui, quoique extraordinaire, n'arait
pourtant rien que d'aimable et de flatteur à la vue.
La lampe d'argent n'était plus sur son piédestal, et l'on y
voyait figurer en place une jeune et belle femme, portant le cos-
tume persan, et dont le cramoisi était la couleur dominante. Elle
ne portait ni turban, ni aucune autre espèce de coiffure; ses cbe-
veux, d'un châtain clair, n'étaient retenus que par un minn
bleu, attaché au-dessus du front par une agrafe d'or dans laquelle
était enchâssée une superbe opale qui , parmi les couleurs dian*
géantes particulières à cette pierre , faisait jaillir une légère teinte
de rouge qu'on aurait prise pour une étincelle de feu«
Cette jeune personne était à peine de moyenne taille, mais pa^
&itement formée. Le costume oriental , avec les larges pantalons
noués à la cheville, laissait voir les plus jolis petits pi^s qu'on
pût se figurer; et sons lés plis de sa robe on apercevait des bras et
des mains d'une symétrie parfaite; sa physionomie avait de la vi-
vacité et de l'expression. L'intelligence et l'esprit paraissaient y
dominer; et son œil vif et noir, avec ses sourcils bien arqfi&>
semblaient un présage des remarques malicienses que ses lèvres
de roses, souriant à demi, paraissaient prêtes à faire entendre.
Le piédestal sur lequel elle était debout, et en quelque sorte
perchée, aurait paru une base peu sûre pour une personne d un
poids plus considérable ; mais, de quelque manière qu'elle y eût
été transportée, elle semblait y reposer aussi légèrement et avec
la même sécurité qu'une Knotte qui vient de descendre Cubant des
airs sur la branche flexible d'un rosier; Le premier rayon dn so-
leil levant, péniélrant à travers une croisée qui était précisément
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 15S
en fiice da piédestal^ ajontait à l'effet de cette belle statae vivante,
qni restait' aussi immobile que si elle eût étë de marbre. Elle ner
montra qu'elle s'apercevait de la présence da baron qne par les
mouvemens plus frëquens de sa respiration , accompagnée d'ime
vive roagenr et d'un léger sourire.
Quelque raison que pût avoir le baron d'Amheim pour s'at-
tendre à voir quelque objet de la nature de celui qui frappait ses
yeux , les charmes dont cette jeune personne était ornée surpas-
saient tellement soa attente y qu'il resta un moment immobile et
pouvant à peine respirer. Cependant, il parut ie rappeler tout à
coup qu'il était de son devoir de fûre un accueil hospitalier à la
belle étrangère qni arrivait dans son château ^ et de la tirer de la'
situation précaire qu'elle occupait. Il s'avança donc vers elle, les
lèvres prêtes à prononcer qu'elle était la bien- venue chez lui', et
les bras étendus pour la faire descendre du piédestal, qui avait plus
de cinq pieds de hauteur ; mais la vive et agile étrangère n'accepta
que le secours de la main du baron , et sauta sur le plancher aussi
l^èrement et sans se &ire plus de mal que si elle eût été un être
aérien. Ce ne fut que par la pression momentanée de sa petite
main , que le baron d'Arnheim put s'apercevoir que c'était un être
de diair et de sang qui le touchait.
— Je suis venue comme j'en ai reçu l'ordre, dit-elle en jetant
un regard autour d'elle. Vous devez vous attendre à trouver en moi
une maîtresse exacte » et j'espère que vous me ferez honneur en
V0II8 montrant un disciple laborieux et attentif.
après l'arrivée de cet être singulier et charmant au chfiteau
d'Arnlieim, divers changemens eurent lieu dans l'intérieur de la
maison. Une dame de haut rang et de peu de fortune, veuve res-
J)ectable d'un comte de l'Empire, qui était parente du baron,
accepta l'invitation que lui fit celui-ci de venir présider aux affaires
dcMnestiques de son parent , et d'écarter par sa présence les soup-
çons injurieux auxquels aurait pu donner lieu le séjour d'Hermione :
c'était le nom de la belle Persane.
La comtesse de Waldstetten portait la complaisance au point d'être
presque toujours présente quand le baron d'Arnheim recevait des
leçons de la jeune et belle maîtresse qui avait été substituée d'une
manière si étrange au vieux Mage, et quand il étudiait avec elle ,
soit dans la bibliothèque , soit dans le laboratoire. Si l'on peut ajou-
ter &i au rapport de cette dame , leurs travaax étaieat d'une nà«
15* CHARLES LE TÉMÉRAIRE-
turc très extraordinaire, et ils produisaient quelquefois des effets
qui lui causaient autant de crainte que de surprise ; mais elle sou-
tint toujours fermement qu'ils ne s'occupaient jamais de sciences
iliicRes , et qu'ils se renfermaient dans les bornes des eonnaissances
permises à la nature humaine.
Un meilleur juge en pareilles matières, l'évêque de Bamberg
Iw-même, fit une visite au château d'Arnheim, afin de pouvoir
juger de la science d'une femme qui faisait Unt de bruitdans toutes
les contrées arrosées par le Rhin- Il eut un entretien avec iïe^
mione, et il la trouva profondément pénétrée des vérités de la re-
lipon. Elle en connaissait si bien, tous les dogmes, qu'il dit que
c'ét^t un docteur en théologie, porUnt le costume d'une danseuse
de 1 Orient. Quand pn lui demanda ce qu'il pensait des connais-
sances qu'elle avait acquises dans les langues et dans les sciences,
Il répondit qu'il avait été à Arnheim ^wur juger de la vérité de
tout ce qu'il avait entendu dire à ce sujet, et qui lui avait paru
exagéré ; mais qu'en en revenant il devait avouer qu'on ne lui en
avait pas encore dit assez de moitié-
P'après ce témoignage irrécusable , les bruiu sinistres auxquels
avait donné lieu l'arrivée extraordinaire de la belle étrangère
finirent par cesser d'avoir cours, d'autent plus que ses manières
aimables forçaient tous ceux qui s'ajçrochaiejat d'elle à lui acco^
dt^ leur affection.
Cependant un ^and changement commença à se feire remar-
qner dans les entrevues de l'aimable maîtresse et de son élève.
Elles avaient to^jeurs lieu avec la même réserve , çt jamais, au-
tant qu'ofltt pouvait le savoir, sans que la comtesse dé Waldstetien
Qtt qo^oe autre personne respecuble y fût presente. Mais le lieu
de ces entrevues n'était plus exclusivement la bibliothèque ou le
laboratoire; on cherchait des amnsemeas dans les jardins et les
hosqueut on faisait des parties de chasse et de pêche; on passait
les soirées à danser; et tont cela semblait annoncer que l'étude des
sciences cédait en ce moment à l'attrait da plaisir. Il n'était pas
difficite de deviner ee qœ signifiait ee changement, quoique le
karon d'Aridieim et la belle étrangère pussent s'entretenir en nue
lAngiie que personne ne comprenait, et par conséquent avoir àes
entreii^is particuliers au milieu du tumulte des plaisirs qui les en-
teitf aient ^ «c pekrsemne ne fut surpris quand, au bout de quelques
8MMi«es* d fut formeUem«9ft annoMé que la belle Pepwe allait
devenir baronne d'Amheim.
CHiaUS LE TEMERAIRB. Ifi6
Les BuiBÎères de cette jeuae personne éuient m eédnstntes et
si aimabbes • ta conversatien û uaimée , son esprit si briUant , maîi
plein de doaeevr et de modestie , que, quelque son wigMie filk ûi*
eonnne » sa bonne fortune excita moins d'envie qn'on n'anrait f«
s'y attendre dans un cas si singulier. Par-deosns temt sa généro»
site étonnait généralement et lui gagnait les cœurs ée tentes les
jeones personnes qui approchaient d'elle. Sa riciiesse paraissait
sans bornes , et elle distribua tant de bijoux à ses belles amies ,
qu'on ne concevaitpas qu'il lui restât assez de joyaux peur se parer4
Ses bonnes qualités ^ sa libéralité surtout , la simplicité de son oa«
nctère, formant un. beau contraste avec k profeudeur des con*
naissances fu'on savait qu'elle possédait ^ enfin l'absence conplèle
de toute ostentation , Cûsaient que ses ceu^agnes lui pardonnaient
sa supériorité. On reuMrquait pourtant en elle qvelqMS sîngula*
rites» peut-être exagérées par l'envie, qui semblaient iirernne ligne
de sépamtion entre la belle Hermione et les simples nMtdlss
parmi lesquelles elle vivait^
Dans la danse ^ elle étaU sana rivale pour la légèreté et i'agîlM ^
et l'on auraii; pu la prendre poinr «n être aérien, fille pouvait se
Uvrer à ce plaisir, sans paraître éprouver la plus légère toigue,
an point de lasser le danseur le plus intrépide. Le geUne due île
Hsdi${»îng^i , qui passait dans Doute l'Allemagne pour être «nfa-
t^iaUe , ayant dâbasé avec elle une demi-heure , lut oMigé d*inlèr^
rsnipre la danse, et se jetasuruasoCa^eomplèlMnentépuieéf eH
disant ^'d venak de danser non avec une femme, mais avec «n
ba-follet%
On disait aussi tout bas que , lorsqu'elle jouait dans le iaby^
itBtbe on dans les bosquets du jatdm^ avec.sesjèunesamiesv à
des jeux qaiexigeaii^t de l'agilité , eUe devenait animée de cette
légèreté surnaturelle dont elfe paraisaaic inspirée en dunsunU A
riastant ou eUe était au niilieu de ses jeunes compagnes , on lu
voyait di^raître et irancUr les haies ^ les treillages , les bar-
rières 9 avec une telle rapidité , que VûbH le plus attentif ne ponvuil
découvrir de quelle manière fUe se trouvait de l'autre c6té ; et
quand on la <»*oyait bien loin dî^rrière quelque barricade ^ ceux qni
la regardaient la retrouvaient près d'eux l'instant d'après*
Dans de |Mireils momens , quaad ses yeux étincelaient », qm use
J0ues devenaient plus verineiUes ^ et que tout son extérieur éiiâl:
animé ^ on prét^idail; que Vopala «enchâssée 4aDS ragrafe quiaM^
1&6 C3IARLES LE TÉMÉRAIRE.
chait le ruban bleu retenant sa belle chevelare , ornement qu'elle
ne quittait jamais, lançait avec plus de vivacité l'espèce d'étin-
celle ou de langue de feu qui en sortait toujours. De même, si le
soir y dans le salon, la conversation d'Hermione devenait plus
animée que de coutume , on croyait voir cette pierre devenir plus
brillante , et faire jaillir un rayon de lumière qu'elle produisait
d'elle-même , et sans qu'il fftt , comme c'est d'ordinaire, réfléchi
par un autre corps lumineux. Ses suivantes disaient aussi que
lorsque leur maîtresse éprouvait un mouvement passager de
colère , seul dé&ut qu'on ait jamais remarqué en elle , on voyait
un éclat d'un rouge vif jaillir de ce joyau mystérieux , comme s'il
eût partagé les émotions de celle qui le portait. Les femmes qui
l'aidaient à sa toilette assuraient en outre qu'elle ne quittait jamais
ce bijou que pour quelques instans, pendant qu'on lui arrangeait
les cheveux ; que pendant ce temps elle gardait le silence et avait
l'air plus pensif que de coutume , et que surtout elle témoignait de
la crainte quand on en approchait un liquide quelconque. On re*
marqua même que , lorsqu'elle prenait de l'eaù bénite à la porte
de l'église , elle ne portait jamais la main à son front pour faire le
signe de la croix , de peur , comme on le supposait , qu'une goutte
d'eau ne touchât un joyau dont elle faisait tant de cas.
Ces bruits singuliers n'empêchèrent pas le mariage du baron
d'Amheim d'avoir lieu. Il fut célébré avec toutes les formes
d'usage , et le jeune couple parut commencer une vie de bonheur,
telle que là terre en présente rarement. Au bout de douze mois
l'aimable baronne accoucha d'une fille , à qui l'on résolut de don-
ner le nom de Sibylle , qui était celui de la mère du baron d'Arn-
heim. Mais comme la santé de l'enfant était excellente , on retarda
la cérémonie jusqu'à ce que la mère fiit en état d'y assister. Des
invitations fîurent faites dans tous les environs , et le château à
oette époque se trouva rempli d'une compagnie nombreuse.
Parmi les personnes qui y avaient été invitées , était une vieille
dame ; connue pour jouer dans la société le rôle que les ménes-
trek, dans leurs contes, assignent à une fée méchante. C'était la
baronne de Steinfeldt, fameuse dans tous les environs pour sa ca-
riosité insatiable et par son orgueil insolent. Elle avait à peine
passé quelques jours dans le château , que déjà , à l'aide d'une soi*
vante chargée de chercher des alimens à sa curiosité , elle savait
tout ce que Ton savait , tout ce qu'on disait, tout ce qu^on soop*
I
I
CHARLES LE TEBfERAmE. 157
connaît rektirement à la baronne Hermione. Le matlii dnjoiir fixé
ponr le baptême , tandis qae tonte la compagnie était rénnie dans
le salon et n'attendait pins que la maîtresse de la maison ponr se
rendre dans la chapelle , il s'éleva entre la dame à humenr aigre
et hautaine dont nous venons de parler, et la comtesse de Wald*
stettçn, une -violente querelle sur un droit de préséance qu'elles se
disputaient. Le baron d'Amheim, choisi pour arbitre, prononça
en faveur de la comtesse. Madame de Steinfeldt ordonna snr-le-
cbamp qu'on lui amenât son palefroi , et que toute sa suite montât
à cheval.
—Je quitte un château dans lequel une bonne chrétienne n'aii-
lait jamais dû entrer, s'écria-t-elle. Je quitte une maison dont le
maître est un sorcier; la maîtresse un démon qui n'ose se mouiller
le front d'ean bénite, et la dame de compagnie une femme qui,
ponr un vil intérêt, a joué le rôle d'entremetteuse entre un magi-
cien et un diaUe incarné.
EUe partit sur-le-champ , la rage peinte sur la figurée et le cœnr
rongé de dépit. .
Le baron fit quelques pas en avant, et demanda si parmi les che-
valiers et les seigneurs qui étaient réunis, il s'en trouvait quel-
qu'un qui voulût tirer l'épée pour soutenir les infiimes mensonges
qœ la baronne venait de vomir contre lui , contre son épouse et
contre sa parente.
Chacnn refîisa de prendre la défense de la barcmne de Steinfeldt
dans nne si mauvaise cause, et déclara qu'il était convaincu qu'elle
avùt ]^lé avec calomnie et fausseté.
—Qae ses paroles soient donc regardées comme autant de men-
songes, dit le banm d'Arnheîm , puisque nul homme d'honneur
oe veut en soutenir la vérité. Mais tous ceux qUi sont ici ce matin
verront si la baronne Hermione accomplit les devoirs du chris-
tianisme.
La comtesse de Waldstetten lui faisait des signes avec unair d'in-^
fniétttde, pendimt qu'il parlait ainsi ; et quand la foule lui permit
d'approcher de lui , ses voisins l'entendirent lui dire à demi-voix :
— Soyez prudent! ne faites pas d'épreuve téméraire; il y a
qnelque chose de mystérieux dans cette opale, dans ce talis>
man. Soyez circonspect , et ne songez plus à ce qui vient de se
passer.
hà baron était alors plus en colère que n'aurait dû le pennettre
1$8 GHARLI» LE TÉMâlAHlE;
la flAgffiae à k^foelle il iMréteodait^ Pea^re ayontra-t-en pMrtat
^'m p^iraîkaAroiil» reç« en de telles drooiisMMefty suffiflût
ffltwr ébmler la pnideiiee de l'iiemnie le plus patient et la pkilo»
iaphie énk lius sage ; il lui répondit brièyeneat et aveo hameiir s
«-^ Etea-yens aussi une folle? el il n'en persista pas moins dans \»
pn^et qn'il avait tome,
La iNorowie d'Avnheim entra dans ce moment. Son «eeoocke»
ment enoere récent Ini avait laissé ce qn'il iUiait de pâlenr pour
rendte son ebarmant visage pins intéressant qne jamais , qnaûp»
moins animé. Ayant salué la compagnie avec une politesse pleins
de ffrâea» elfe e^omençait à demander où était madame de Stein-
Uà^f qnand asn mari l'interrompit pour inviter la oomf^ignie à
passer dans la chapelle* et chacun s'éiant mis mi nsarche, il donna
le bras à sen épense peur l'y conduire, à la suite des autres. Getts
bnUanle oMnpagnie rempUnsait presque toute la chapelle, et tom
les yeux se fixèrent sur le baron et la baronne , quand ils y arrive*
Kent précédés par quatre jeunes personnes , qui portaient l'en-
fant sur une petite litière splendidement décorée.
£n emrant dans la chapeiley le baron plongea «on doigt dbns le
bénitiev^ el offrit de l'eau bénite à son épouse, qui l^acoepU , s«i-
lant l'usage, en bû touchant le doigt du sien. Mais alors , oosnas
peur réfuter les calomnies ée b méchante baronne èa SteinMdt i
et avec un air de familiarité enjouée , que le lieu et le temps sa*
raient peut^re dft lui interdiipe, il secoua vers le beau front d'He^
minae les gouttes d'^eou bénite qui restment suspendues à sob
doigt. Une de ces gouttes tomba sur Fopale, Cette pieFre lançssn
&u brillant , ecHume ^uae étoile qui tombe, et k moment d'spres
perdit toul son éclat , toutes ses couleurs, et devint semblable «s
caillou le (dus commun. Au mâme instant , la belle baronne tomba
sur le marbre de la chapelle , en poussant un profmd sonpk d^
goisse. Les spectateurs effrayés se pressèrent autour d'elle^ snl^
releva | et en la porta dans sa chambre : mais pendant ce court in-
tervalle, il survint un tel changement dans tous ses traits , et son
pouls devînt si fiûble, que tous ceux qui ht voyaient k regardèrent
oenune une feasme près ^expirer* Dès qu'elle fut dans son appa^
tement, eUe demanda qu'on la laissât senleavec son mari, ilresta
une heoreavec cHe^ et qn^nd il sortit de sa chambre, il (smia Is
porte à double tour. Il retourna alors dans la chapelle, et y do*
ptaftfuae henné pro^teraé au pied de yauteL
CHARLES LE TEMERAIRE. 15t
Cependant la plupart des personnes inTitëes an baptême étaient
déjà parties , frappées de consiemation. Il n*en resta qu'un très
petit nombre, les unes par politesse, les autres par curiosité. Cha*
enn sentait qu'il ne conyenait nullement qu'on laissât une Cemme
malad», seule el enfermée dans son appartement ; mais quoiqu'on
fût alarmé des circonstances qui avaient donné lien à sa maladie,
personne n'osait troubler le baron dans ses déyotions. Enfin des
médecins qu'on avait envoyé chercher arrivèrent, et la comtesse
de Waldstetten prit sur elle de demander au baron la clé de la
dkamhi^ Elle eut besom 4e M fiôre plmeuva tm eetie de-
Bumde, avant qa'ilt&t «i élat de l'eetcQdre , on de moâie de ki
eomprendre. Enfin il lui deana la clé, d'un aîr aeaihre» ee kn d^
sut que font secours était inutile, et qu'il désirait que tous ks
étrangers sortissent do ebftteaii.
Peu d'entre eux eurent envie d'y rester, quand , apv^ eveir<Mh
vert la chambre dans laquelle on avait transporté Hcnnione envi-
ron deux heures auparavant, on ne pot y décenvriv aneone troae
d'elle, ai ce n^est qu'en trouve sur le lit oi^ éa l'avait pkeée, «ne
poignée de eendres grisâtres et légèras , telles que oellea qu'aurait
pFedmtes du papier brûlé. Cependant eu lui fit un serviee aeleii-
nel , on aeeomplit tous les rites religieui ,- et l'on efaanta des messsi
pour le repos de l'ame de très haute et très noble dame Henuone,
baronne d*Amheim.
Tfois ans après , le même jour , le baron Ipi-méme fit enseveli
dusie eaveau sépulcral de la chapelle d'AmheMn, aveesMi ^ée.
Mm cteque et son bouolier, comme éta|it le damier rejeton nuye
deMiimiille.*^
Id se termina le tkii de Donnerhngel, et ils étaient alors à
peu de distance du pont conduisant au diâtean de Giofib-Lutt.
CHAPITRE XII.
Oui , er^ym-moi , Monil«ar , il « d« fortbMax tttîto; '^
Mais oe n'est qa'an esprit.
Il j eat quelques instsms de silence apfès que le Bernois ent fini
son récit singnlier. L'attention d'Arthur Philipson avait été pea
a peu complètement captivée par une histoire qui était trop d'ac-
cord avec les idées reçues dans ce siècle pour qu'on l'écontât avec
cette incrédulité qu'on y aurait opposée dans un temps plus mo-
derne et plus éclairé.
Il fut aussi très-frappé de la manière dentelle avait été racontée
par son compagnon , qu'il n'avait regardé jusqu'alors que comme
«m chasseur grossier y un soldat ignorant ; tandis qu'il se tronvut
anainteaant obligé de lui accorder plus de connaissance générale
•du monde et de ses manières, qu'il ne lui en avait supposé aap&'
iravant. Le Suisse gagna donc dans son opinion ^ comme hopme
de talent; mais il ne fit pas le moindre progrès dans son affec-
lion.
— Ce fier^-brasy se dit Arthur à lui-même, ne manque pu
pku de cervelle que d'os et de chair, et il est plus digne de com-
mande aux autres que je ne l'avais cru jusqu'ici. Se tournast
alors vers son compagnon, il le remercia d'un récit dont l'intére
lui avait fait paraître le chemin plus court.
~- Et c'est de ce singulier mariage , çontinua-^il , qu'Anne de
Geierstein tire son origine?
— Sa mère, répondit le Suisse, fut Sibylle d'Arnheim, ^
même enfant dont la mère mourut , disparut, devint toul ce ^^
vous voudrez supposer, lors de son baptême; et la baronni
d'Arnheim, étant un fief attribué à la ligne masculine , retourna
à l'Empereur. Le château n'a jamais été habité depuis la mort an
dernier baron , et j'ai entendu dire qu'il commence à tomber e
ruine. Les occupations de ses anciens maîtres', et surtout
catastrophe du dernier, font que personne ne se soucie d y f^'
sider. '
J
CaaiARLES LE TÉMÉRAIRE. 161
-^Et remarqua-t-on jamais quelque chose de sarnatiirel à Pé-
^ de h jeune baronne qui épousa le frère du Landamman?
— J'û entendu raconter à ce sujet d'assez étranges histoires.
On dit que k nourrice de l'enhnt vit pendant la nuit Hermione ,
baronne d'Amheimy ^debout et pleurant à côté du berceau de stf
fille, et l'on rapporte beaucoup d'autres choses du mâme genre.
Mais ici je tous parle d'après des renseignemens moins sûrs
qoe ceux qm m'ont servi pour vous faire mon premier récit.
*-<Mais puisqu'on doit acoorder ou refuser sa croyance à une
histmre peu vraisemblable en elle-même , d'après les preuves sur
lesquelles elle est appuyée» pui^-je vous demander sur quelle au-
torité votre confiance est fondée ?
—Je vous le dirai bien. volpntier^lThéodore Doimerhoge!»
page bvori du dernier baron d' Amheim , était frère de mon ptee.
A la mort de son maître y il revint à Berne, sa ville natale, et il
passa ensuite une partie de son temps à m'enseigner le manie-
OMsnt des armes et tous les exercices militaires usités tant en Aile-
magne qu'en Saisse, car il les connaissait tons parfaitement. Il
aYaitvudeses propres yeux et entendu de ses propres oreilles la
plnpart des évènemens tristes et mystérieux que je viens de vous
rapporter. Si jamais vous allez à Berne , vous pourrez y voir ce
Ikhi Ticillard.
--Et vous croyez donc .que l'apparition que j'ai vue cette nuit
^ qodqae rapport au mariage mystérieux de l'aïeul d'Anne de
Gdersiein?
-^Ne croyez pas que. je puisse vous donner une explication
positive d'une chose si étrange. Tout ce que je puis dire, c'est
qu'à moins de douter du témoignage que vous rendez à l'a{y[>arition
foeyods avez vue deux fois aujourd'hui, je ne connais aucmn
iBoyende Texpliquer qu'en me rappelant qu'on pense qu'une partie
dn sang qui coule dans les veines de cette jeune personne ne puise
ptsson origine dans la race d'Adam , mais dérive plus ou moins
^lo^tement d'un de ces esprits élémentaire^ dont on a tant parlé
^ les temps anciens et modernes. Au surpins , je puis me
^Qtper. Nous verrons comment elle se trouvera ce matin , et si
fille a l'air pâle et fatigué d'une femme qui a passé la nuit. Dans
Ifi cas contraire, nous pourrons être autorisés à penser, ou que vos
yeux vous ont étrangement trompé, ou que l'apparition qu'ils ont
^ est çdle d'un être qui n'appartient pas à ce monde.
II
m c»AiiLË6 LE TËRtiftAmiË.
Le ^foiie Attglàls A'esftayft pûi de fSpbnâte, «t il ffiSh Mt pas
même le téftnpi , cat ta roix de là âèûtioellë (pii était etl ftedoa àtuf
lé potit se fit entendre en ce moment.
Si^smond cHa denx fois : Qai yà ik , et denï fois eii IdiYé|)<m«
Oit d'une ihanièt^è itatisfaisante , arant qtt^l pût éë dééider à Itti^
passer lâ pati*ûiiille ^cti' le potat .
' ^^ Anè , mnlet , s'écria Rodolphe , potii*quoi ddtic te délfti ?
— Allé et itititet toi-ttiêtne, Haùptniatin, dit lejeiiiié Suisse, 6fl
j^]loiis(Èf à ce Complitnent ; j'ai déjà été crfte fais stit*pfiè à mon
poste y cette nuit, par un éspHt» et j'ai àcqtiii^^SSez d^eifférièliu»
à ce sujet pour ne pas l'être une secondé si aisément.
— Et quel esprit , sq^ cmé tu es , x'eprit Rodolphe , serait aà^
imbécile pouf Touloii" s'nmseï* Aux dépens d'un pàtrtte snimal
comme toi?
^^ Ttt es aussi bonrrU que mott pët^ , HaujittnabîJf , tkt 8 tiftf
pelle sot et imbécile à chaque mot que je prononce. El CepeaâàHt
j'àl/pour parler, des lèvres, des dews et Une bôtfche, tOttt MSii
bien qu'au imtfé.
^Rous n'autous pas de coutestatttm à ce éttjet/ Sigisuioiiâ. H
est certain que si ttt diffères dès antres , c'est eu nn pcyiat éHf \^
4ael il est diffielle de s'atrendfe que tu puisses le réeonuaîtft <Mi
l'aYOuer. Mais , au nom de ta simplicité , qu'est-ce qui t'tt àm
utermé à twi poste?
^ Je Vais tous le dite, Hattptùîanu. J'étais tin peu fttî^,
Toyez-Tons, à force d'avoir regardé la lune, et je me demairiu^
de quoi elle pouvait elfe feite , et comment il pouvait arriver qn'on
1& vtt aussi bien diei que de Gderstein ,. quoiqu'il y ait tant de
milles de distance. Ces réfleiti6ns , et d'autres non moitié emhst'
rassantes, m'avaient fatigué, fous dis -je, de sorte que je tirai
mon bonnet sur mes oreilles , car je vous réponds qoe le veut était
piquant; je me plantai ferme sur mes pieds, une jambe un p^
àYàucée; je plaçai ma pertuiaane droite devant mcd, Vemip(A*
gnant des deui maînà pour m'y appUyér, et je fettflai fes
yeux.
— Fermer les yeux quand tu étais de gdrde î s'écria Donnc^
hugd.
— Ne tous inquiétez pas , j'avais les oreilles ouvertes. Cep^n-
pendant je n'en fus guël^ plus avancé, car j'entendis quelque chose
marcher sui" le pont y d^un paiS aussi fégef que éélui ffnhë soUiis.
CHARLES LE fÉMÈtkktRE* 162
A ridâtant où c^a était prèé de moi , f Ontrii le» yeut ett tHMillJ
lant^ J6 regardait et dimnez ce que je Tin*
— Qaeiqae sot comme toi ^ dit Rodolphe en pressast le pM de
Pliilipsoil pour l'engager a faire atteiitioii à oe qu'allait itëpondrtf
SigisoDolid* Mais Arthur n'itrait paa Msoni de det «vis muet , êêt
il attendait oeite réponae a^ec la phia yïtè agitation^
^ Par saint Mare, dit Sigi^nond ^ o'était notte emisiM ^ Attw
dé 6et<nrstein.
«^ Impossible] s'éeria le Berfioift* .
-^ Cest œ que j'aurais dit eoiniiie vods ; ear j'étide tHé i^rir là
Aambre à eoncher avant qn^elle y entrfiti et mr ma M^ elle éMM
affraogde eondfte pour me feine on pour une prlneasse* Pwrqmi
donc aurait relie quitté uh si bon appartement, où elle avait M^
tour d'elle tofls ses amis pour la garder , et irait ^ die conrif dans
lafE»rét?
^ Fent^étrè éidit^^ne Venue jttsqn'an boi4 êm potUf peu' vok"
faelle nnitil iiisait^
-^ Point du totti< fille venait du ^té de la Ibrêt , et je l'ai vne
Mrer sur le pofiii J'étais taème stir le poini de luidomiei^ ttii boiï
Goop de ma penoisiaM $ crdyàùt que c'était todittbie ^ av«if pri»
sa ressemblance ; mdiâ je me édis tdj^lé k temps qiid tette ariiie
i^étaitpas une b^ùssine propre à cbîjtier des eflfans dt des jeunes
Ulss} ei si c'^t été AnM que j'eusse blessée, vous» auriez lotie
IMsiéde btMjL trh c«mtremOi t pour dire h vérité, j'en aiifai»
M bien lâcbéftioi-mêfiM?; Mt^ quoiqu'elle plaisante de temps etf
^'SMfsim^ dépens, notre msison settit Uen irisite^ si noua per*
<Mntt Ainie.
— £c as4â patrie k t^ttè htttéf à cet esprit, Hoame tn V«pj
pelles, âne que «tes?
— Non vraiment , savddt eérpitalne. Mon pète mé rqproelie um»
jours de parlef sans penser, et dans ce montent penser m'était
impossible ; je n'en â^ass paS même le temps , car eHe a passé de^
tant moi comme ntf flocon de neige emponé pàf nn eeragan. Ce-
pendant je la surfis dans lèdiâteftti;, ei? Pappelimt St bàdt par son
aott, que j'éveillai toc/s tettx qcd doi'maiéi^t; ehiteim oenrut au
armée, et il y ent autant de <$onfiision que A Atdiibald Yeai Ha^
g^bértU était arrivé atihé c^tia sabf^ et d'nntf hâfllebardé^ Et qiHI
vis -je sortir de la cbambre d'Anne, s'il vous plaît? Anne elle*
même , qui srraôt fait aussi dfrayée qcf adtfon de lions. BHe prd«
164 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
testa qu'elle n'était pas sortie de sa cbambre 4e toute k nuit; et
ce fat moi, moi Sigismond Bied^man, qui supportai tout le blâme,
comme si Je pouvais empêcher les esprits de se promener pendant
la nuit. Mais je lui dis bien son fait , quand je yis que tout le monde
était contre moi. Cousine Anne, lui dis-je,. on sait fort bien de
quelle race tous descendez , et après yous avoir donné cet avis , si
vous m'envoyez «icore un double de votre personne ^ , qu'il ait soin
de se couvrir la tête d'un bonnet de fer , car , sous quelque fonne
que ce double se présente , je lui ferai sentir le poids et la longueur
d'une hallebarde suisse. Tout le monde se mit à crier , fi! fil et
mon père me renvoya à mon poste sans plus de cérémonie que si
j'eusse été uil chien de basse-cour qui serait venu se coucher au-
près du feu.
Le Bernois lui répondit avec un air de froideur qui approcliait
du mépris : — Vous vous êtes endormi à TOtre poste , Sigismond,
ce qui est une grande faute contre la discipline militaire,* et vous
avez rêvé en dormant. Vous êtes bien héureui que le Landam*
man ne se soit pas douté de votre négligence , car, au lieu de vous
renvoyer comme un chien de basse-cour paresseux , il vous aurait
fait repartir, bien fustigé > pour votre chenil, à Geierstein,
comme il y a renvoyé Ernest pour une faute bien moins grate*
— Ernest I il n'est pas encore parti, quoi qu'il en soit; et je
crois bien qu'il pourrav entrer en Bourgogne tout aussi avant
qu'aucun de nous. Cependant, Hauptmann, je tous prie de me
traiter en homnie.et non en chien, et, d'envoyer quelqu'un pour
me relever, au lieu de rester à bavarder ici à l'air froid de la nuit.
Si nous avons de la besogne deniain, comme je suppose que nous
pourrons en avoir, une bouchée de nourriture et.une minute de
sommeil sont nécessaires pour ,s'y préparer, et voilà plus de deux
mortelles heures que je suis en faction ici.
«A ces mots, le jeune géant bâilla d'une manière prodigieuse,
comme pour prouver que sa demande était bien fondée.
. — Une bouchée i une minute 1 répéta Rodolphe , un bœuf rôti
et une léthargie sem^iablcf à celle des Sept Dormans suffiriuent à
peine pour te donner l'usage de tes sens; mais je suis votre ami»
Si^smoiud, et vous pouvez être sûr que je ne ferai aucun rap*
port qui vous soit défavorable; je vais vous faire relever survie-
T. On nomdae eh AUemagne double-gœDgen» c'est-à-dit double-marehaan , ces espdctf ^ ^'
plkata téricm 4« l'hawanité» cpi reprëteoUnt le» trtita d'una p«r«00D« «moi» vÎTanta.
CHARLES LE TÉ»I£RA1RE. 165
champ, afin gne vous pmssiez tous livrer an sommeil , et j'espère
qn'il ne sera plas troublé par des rêves. Passez, jennes gens, dit*il
à ses autres compagnons qui arrivaient eh ce moment, allez tons
reposer; Arthur et moi nous rendrons comnte de notre patrouille
an Landamman et au porte*baimière. ^
La patrouille entra dans le obfiteau , et ceux qui la composaient
allèrent rejoindre leurs compagnons endormis. Rodolpbe Donner-
hngel saisit le bras d'Artbur, à l'instant où ils allaient entrer dans
le vestibule, et lui dit à Poreille :
—Voilà des évènemens étranges I croyez-vous que nous en de-
vions faire rapport à la députation ?
— C'est à vous qu'il appartient d'en décider, répondit Arthur,
puisque vous êtes le commandant de la patrouille; j'ai fait mou
devoir en -vous disAt ce que j'ai vu, ou ce que je crois avoir vu.
Cest à vous de juger jfliqn'à quel point il convient d'en &ire part
au Landamman ; j'ajouterai seulement que , comme c'est une af-
faire qui concerne l'honneur de sa famille , je pense que c'est à
loi seul que le rapport doit en être fait.
—Je n'en vois pas la nécessité , dit précipitamment le Bernois ;
cette circonstance ne peut influer en rien s'ur notre sûreté : mais
je pourrai saisir quelque occasion pour en dire un mot à Anne.
Cette dernière idée contraria Arthur autant que la proposition
de garder le silence sur une affaire si délicate lui avait fait plaisir.
Hais le mécontentement qu'il éprouvait était d'une telle nature,
<ivi^il jugea à propos de le dissimuler. Il répondit donc avec autant
de caîme qa'il lui fut possible d'en montrer :
— Tous agirez , sire HaupUnann , comme vous l'inspireront le
Mndment de votre devoir et votre délicatesse. Quant à moi, je
garderai le silence sur ce que vous apptSlez les évènemens étranges
de cette nuit, et que le rapport de Sigismond Biederman rend dou-
blement snrprenans.
—Et vous le garderez aussi^nr ce que vous avez vu et entendu
de nos auxiliaires de B&te ? dit Rodolphe.
— Certainement; si ce n'est que j'ai dessein de parler à mon
père du risque qu'il eoart de voir son bagage visité et saisi à la
Férette.
— Cela est inutile; je réponds sur mon bras et sur ma tête de
la sûreté de tout ce qui lui appartient.
— Je vent eti remërde en' son nom; mais nous sonimes des
166 CHARLES LE TÉBfÉRAIRIÇ.
voy^fçiirs pai$i))les» et noua désirons éviter toi^te qmrdley piQtit
qi^e d'ep eiuciter upej, quand i|(|âmi) f^ppa iimon» sûr^ d'en 9prtir
4iyc}c }î^ {lonnears du trîompbe.
-r- Ç|^ 8p9t ^64 sentimeoft d'nn |niQrchan4y ^ noi^ 4*im 9pld9f »
dit Rodolphe d'un toiiroid 0; mécpntem^ Al^ sprplîf^t c'ertTQtre
f)f|^ir«^ i({$ Tpp^devQ^ f^gir.m oeti^ caiWl^ voft^ le jugerea % pro-
pos. Sqng^z «pA)f ^^|^t que «i ?Diift Mp^ ^ns npm» à U Fér«tto,
Yos miM^^handiMl Pt TQtre ¥if» seront égf^l^ment w dangfirf
Comme il achevait ces mots , ils ^ptrèrçnl: d^ns I91 s^lf QÙ
é^iept }mir& pQmpAg^PP» dp voyage. Cpw qui vepuîpnt dp faire k
patrouille étaient déjà étendus à P$t4 de leurs ofoiisradi^ ^pdor-
mis à UD« f^tr^mi^ de l'appartemem;, Lf^Land^mpa» «tt^porte-
tisnnière de Remo entendirent le rapport que le9r ^i ïfmn^fhm^
gpe la p^tTQuiUf) avait fait sai rondp m sûrelV t et sans avw rim
rencpfiiTé qui pi^t donner lien de praii)d#Dnde soupçonner aucsn
Ranger. Lct Rernois, s'envfiloppant ensnite de son mantesQ^i^
CQUpba snr 1» p^ll^ 9 ^vec cette heureuse indifférenoe' poQr on
bon lit y et cette promptitude à saisir un moment de repos , qQ on
doit à pnp yie d^e Pi lajiorieuse. An honl de quelqPO^ «minutes
il donnait profondément.
^rtl^ur r»sta debout quelques in^tans de pins , pour jeter p
90PP d'œiJ sur r^ppartepient d'Anne de Geierstein , §* ponr réA^"
fibff tm \^ éyènnmens singuliers de cette soirée; msi» c'était
pouir Ipi m cbftQ» n^ystérieoî. dont il lui émit imposable de p^
Vçk\i^untét Pt la nécessité d'avoir sur^lorchamp un en^r^rten avec
son père changea le loofirs de ses pensées. Vqnlwtipil^ 9^ ^^^'
fifn fiit «eer^t , il fut obligé de prendre des préctytipns. D ^
poq§bf donc* côté df> son père, pour qui, avec cette bosp^W^
dont il avfkit eu tant de preuves depuis qu'il avait fait com^^^^
9Ye^ Le digne et bon Landamman , on avtit arrangé un )i^ ^^
paille dans le coin qui avait paru le plus CQmmodfi dO. l'WP*^^^'
WWJ».^^ % quelque distaneedes autres» l\ dormait proM*^*'
mais il s'éveilla en sentant son fih se cpnpber près de \^* ?^^ S
Iw 4îti vftij bPSfl» Pt en anglais, pow pbis de pt^^^'^
9W\ 4^8 nQRVfllles importantes à lui commimiq^ei^ ^n p?rtiw^*
— Attaque-t-on le poste ? demanda Philipson ; faut-il pW^
posarm^?
— Pas à présent ; ne vçnsieYe:? pw,. W» ^fm ¥^ l'*'^*'
qffAALBS LE TÉMÉIIAIRS. |«7
^ Pfi fiwi ^141 quftfitiop? 4ile9*letni(iî siir.lç«4^||q^ , mo9 QU)
Yoos parlez à un homme txop accoutiupié ^^Jf. it^ogjfap^JfOW ^9 ^M
^£Qrajé.
-rr C'^ nue affiûrç «fir U^eU« Tooa mi^ ^ réPâ^t^r ^¥ef
pT«deiM5ttf Penflant qne je faipaîa me pAtrwUI^, j'ai »ppm qn« ]^
gQVYffroear 4e la Férqtt^ saisira iDdat>i^d)l(9lP^^( yQlr« bilgac9 §1
To« j^iarcbandiaen » «0114 préte^t^ de ^ fair? pf yçr Im drui^ d^^ W
dac de Bourgogne. J'ai aussi été informé que les jeunes Suifia^
comppsapt r^acortç do U députaiion 001 réaol9 df» r^iki;^ à cette
exaptioft f et qn% cfoieot «^voir lî^ %<)9 et lei |noy9^a ii^cef^rei
poiiryréuwr*.
-- Par saÎDt Qeorge f cela 09 doU paa i^tre ! a'éqm PbiKp«>ii i
D^ «er^ reffomaitre Uep m^l rboapitalité dn 1h»9 («aq^ainmm ^
^ de foarPÎr à ce prince impétueux un préte^t^ pwr ^oywuençer
«ae guerre que cet ejicelleut vieillard déaire ai Titm^nt éviter,
s'il est possible. Je me soumettrai yolontiera à tovtea le# e^^ctioua
poaaî|)lâs ; mw h wtàià des papiera que je porte sur moi pem t pne
mine complète. J'aytiia quelques criMintea il cet égard , et c'é^it
e» qui me^Ââsait hésita à pie joindra m Landamiq^ii, Il U^t, main-
\mf^% QûQA ou séparer^ Ce gouverneur rapace n'sirrâtçrfi aûrit*
Otept pa^ mie députation protégée par ]a. loi des natign^» et qui ^
f^ prèflr de sou maître » mais je ym ^s^wX qu'H PPiurfÂt
ftQUTf^ 4aii«x>uU^ presque» ?.yec eux le prétexta d'uœ qfiereUç»
f4 ^opvieudriût égalemeut i^ sa cupidité et à Vh«»iieur de ces
jww cfin» f qui uf> cbcrcbeut qu'uue occasiou de ae croire offen-
l^îce n'eM. P9^ noqftqui h leur fomnirous. ^QU# umè 4^M*o*
n^W 4iie dépptéf , et noua rcaterous en arrière juiHIu'À ce qu'ils
4Qi^ papaéa plus |itépt« Si ce Von Uag^ntuich m'e^ pf»A I9 plus
déndacMii«fd)le dea hommes y J9 trouyeri^ le moyeu d^ 1^ cpu^teir ,
eniif^ qui noua eopcerue peraonnellemeut. C^^pd^^t j^ nm éY^A-
l(9r le iffandauiumo, cer je yeu^ lui apprendre sqr^le^di%mp Monre
Philipson n'était pas lent à accpmpUr 9Ca r^aolutioiuh &^ ipoîus
d'unp «Miiiitc> U ^tt debout à c&té d'^raold Biedenuan , qui , ap-
puyé HHf le çqudf^i écou^ ce qu'il^yail |i lui cqiuuiuoiqucr ; (gp-
diyique parslesans l'épauje du LAuilauiui^u &'élevi4^ut le^ bqu9?t
foprré et la longue barbe du député de So^wi^, fix%u( 904 gr^^s
168 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
temps sot flon'coUègae^ pour voir quelle impression fiiisaient sur
loi les discours de l'étranger.
-*- Mon cher ami, mon digne hôte, dit Philîpsoiï, nous avons
appris , de manière à n'en pouvoir douter, que nos pauvres mar-
chandises seront assujetties à des droits, peut-être même con-
fisquées , lorsque nous passerons par la Férette ; et je Yondraû
éviter toute cause de querelle, tant pour vous que pour nons*
mêmes.
— Vous ne doutez pas que nous n'ayons le pouvoir et la volonté
de vous protéger , répondit le Landamman. Je vous dis , Anglais,
que l'hftte d'un Suisse est aussi en sûreté à côté de lui, qu'un ai-
glon sous l'aile de sa mère. Nous qtûtter parce que le danger ap-
proche, ce serait faire un pauvre compliment à notre courage et
à notre fermeté. Je désire la paix ; mais le duc de Bourgogne lui-
même ne ferait pas une injustice à un de mes hôtes , s'il était en
mon pouvoir de l'en empêdier.
En entendant ces mots, le député de Sdiwitz serra le poing et
l'allongea par-dessus les épaules de son ami.
— Cest précisément pour éviter cela , mon digne hôte , que j'ai
dessein de quitter votre compagnieamicale plus tôt que je ne l'an-
rais désiré et que je ne me proposais de le faire. Songez, mon
brave et digne ami, que vous êtes, un ambassadeur qui tend à con-
clure la paix, et que je suis un marchand qui cherche à faire dn
gain. La guerre , ou une querelle qui pourrait ramener", seraient
également la ruine de vos projets et des miens. Je vous dirai très
franchement que je suis disposé à p;ayer une forte rançon , et qw
je suis en état de le faire ; et j'en négocierai lé montant après
votre départ. Je resterai dans la ville de Baie, jusqu'à ce que j'aie
fiût des conditions raisonnables avec Archibàld Von Hagénbach;
et quand même il mettrait dans ses exactions tonte la cupidité
qu'on lui suppose, il modérera ses prétentions avec moi, plotôt
que de risquer de tout perdre , en me voyant retourner sur mes
pas et prendre une autre route.
— Vous parlez sagement , sire Anglais ; et je vous remercie d a-
voir rappelé mes devoirs à mes souvenirs. Mais il ne faut poof'
tant pas que vous soyez exposé à des dangers. Dès que nous nons
serons remis en nuirche, le pays va être ouvert de nouveau anx
dévastations des soldats bourguignons et des Lansquenets, qàilMr
laieront les routes dans tous les sens. Les habitans sont mab^'
CHARLES LE TÉMÉRAIRB. 16»
rensement trop craintifs pour toqs protéger; ils tooi liTrendent
aa goaveméur à la première demande; et quant à la justice et à
rhàma|iitéy tous pourriez, tous attendre à en tromrer en enfer
autant qu^en Hagenbach,
-^ On dit , mon cher hôte , qu'il y a'des conjurations qui peu*
Tent iiaire trembler l'enfer même, et j'ai les moyens de me rendre
faTorable ce Von Hagenbach lui-même , pourru que je puisse aToir
aTec loi un entretien partiSÉdier. Mais j'aToue que tout ce que j'ai
à attendre de ses soldats et de ses Lansquenet», c'est d^être mas*
sacré, quand ce ne serait que pour la Taieur de l'habit que je
porte.
— En ce cas , et s'il faut que tous tous sépariez de nous, me-
sure en feTcnr de laquelle je ne nierai pas que-TOus n'ayez allégué
de sages et fortes raisons, pourquoi ne partiriez -vous pas d'ici
deux heures aTant nous? Les routes seront sûres^ puisqu'on attend
notre escorte ; et en partant de bonne heure , tous aurez probable*
ment l'aTantage de Toir Hagenbach aTant qu'il soit iTre , et aussi
capable qu'il peut jatnais Tétre d'écouter la raison, c'est-à-dire
d^sperceroir son Téritable intérêt. Mais quand il a feit passer son
déjeuner à force de Tin du Rhin, ce qu'il fait tons les matins aTant
d'entendre la messe, sa foreur rend sa cupidité même aTCU^e.
— - La seule chose qui- me manque pour exécuter ce projet , c'est
on mulet pour porter mon bagage, qui a été placé aTec les
Y&ures.
—Prenez la mule ; elle appartient à mon frère de Schwitz que
xoid , et il TOUS la donnera bien Tolontiers.
—De tout mon cœur, et quand même elle Tandrait Tingt cou-
ronnes, du moment que mon camarade Arnold le désire, dit la
tieille barbe blanche.
-— J'en accepterais le prêt aTec reconnaissance , répondit l'An-
gbis^ mais comment pourrez-TOUs tous en passer? Il ne tous res-
tera qu'un seul mulet.
— Ilnous sera fecile de nous en procurer un autre à Bfile , dit
le Landamman. Le petit délai qui en résultera sera même utile à
Y08 projets. J'iai annoncé que nous partirions une heure aptrès le
pomt du jour ; âotas retardjèrons notre dépàrt^d'qne heure , ce qui
ncf&s dodnera assez de temps pour trouTcr un mulet Ou un chOTid,
et tous facilitera le moyeti d'arriTer aTant nous à la Férette , ou
ïeÈipb!e que , ayant arrangé tos afiaires aToo Hafo^bach > à Toire
WtîrtHJjÎQPi y^m p<Hurr9X m^QWPn^mi^^ooivim voira •nnpafBii
^Sji no^ iirqifBU réciprQfiiM fiennQltem qu^aoïiç TOfagioni
ensemble, digne Landamman » je m'estioittnd tm heafeqi. d'être
mn^f» Tofcm «wppagyiw 4> ^yng»* Si naiotttiMt gQÙta^le Npos
4IIM i>i ii»t«rroi»|M»«
->- Q»9 Pm vom pr(i|4g0» Mgft ei digno bMm»f , dil la Lnif
d<mmio, en «e leYani poqr «ii))]Pifiwr VAqglaîa. 6fik arriTait 9»
main PA poq» rovwioa» pliia» je me loiineodFiu lonjoun da nw»
l)hfpd fui ft repoo^sé tovUiidée degnin pour inaroher dav lettOf
tier de la sagesse et de la droiture. Je n'en connais pas on wtif
gui pi'^At rinqii^ H» 6dv^ i^pandre w taa du swgf ppv ipsrgner
eiaq opç^ d'or, Adieu aussi, braTe jeu^e homme* VensMesa^
p^rmi opiis à maretièr d'un pied imqe sur les roidieia escaqiés fk
THitlT^» mm ptruoime nt pMt TOiia amunnidre âuun bîîn qw
YP(re père à suÎTre I0 bon ebeom «a milieu dea m^^kftgH et te
paréeipices de to irie humaiiNu
H embraasa «es deux amis» etleuu fit sca^eus aveo tootealfis
RiApques d'ttoe amitié sincère* Sra oaUègue de Scdiwiu iiuitA ¥»
Mmiple» effleura de sa longue b^rbe les deux Joueades dsui A»*
glftia* et leur répéta 4ue sa mnle éiaîâ àluor semuu. CbaMi d'ev
U# iOQiDM plus «lora qu'à prendre uu pun 4e nqms aieut le j<Mir.
CHAPITRE XIIL
Qui fait naître entre nous la haine ^la jiicordc?
Yotre dac, qui , suiffitt IWMIMflib dM ibM«Mi
A proscrit sans pitié tant de pauvres marchand*
eni t n'mjmn pat d'ieaa po»r fseketar Un tlVi
Ont au prix de leur sang scellé sa tyrannie,
SHAKSPXAaa. Comédi* Jês Errtur^-
lot premkHT rayoi^ d^ l'eurore eommeugaii; à peiu^ À p^^ ^
l'fiori^Qu kÛPteip , quend Arthur PbiUpeun se te?» p<w 'mr^ ^^f
aou^ père k» prépfiratifa de son dépéri» qui i eamiuA 09^ ^^^
jQopvmu la unit préeédeute, dffreit awir lieu 4im^ \m^^^^^
•ui41e^i^lA4éNliHPW
auMXs t% iiswÉaAiw. 171
jmnes de Graffs-Lust, H ne loi fdi pa» diflSipile de troofe^ les pe-
qoets bien arrmgén du bagage de son père an milieu de cepx d4U98
le^fff^sis étftien^ placés sans soin les effets appartenant an^ Sniisof*
Les preinier;^ avfiient été lait^ ^^ep T^e^se et le soin de g^n^ J^
hitnés k des yoyeges lopgs et daagereipp, l^f ^jfiift^ t^w^fi )a gm^
insomwce d'hoipines qni fpàsxmnt rwânient l#pr logjv» t ^ 4P
n^avaient ancone expérience çojpf^^ JQJ^WPfi»
Un domeaitiiiiie dv Landaipn>;iP aid^ Ajr^bmr à porter 1^ fn^tes
die pon pèrç p e( k les plficer sar ]t^ nmle appartenu an d^pM^
bsrba de SpJ^w^z* Î| en reçi^t w^\ qaelqni9« ryuaeigwennens #9r ia
route de Graffe-Lnst à la Férette , et elle était trop djp^^ §% tfçnp
facilç pp^r <p^'^ ^ probubje qR% i^arqfi^f )f» ri^^q^ de se
perd?^ , comme çe^ leor ^t^t w'iyé ^ q^ltoi d« paontagim 4e
la Suisse. Dès que les prépSLr^^}fs ffiri^nt termifféf > lejf nm 4Mtoî>
éveilla çop pèrp^ ^ l'iiyertî!; q|ii^ tpnt éU^% P^lt popr Ifur d^^Kart.
Q s'apprf çl^ ensuite de Ifi d^ei^imée i landi Que PbiU|^spn • spî-
vwit si^p ppage jpprpf^ljpr. r^if^iJ Torwsoi» dn MWt Jp}i«9i , p^gn
des Tojagiçnr» , ç^ nj^^if *P<* vôtepiens,
Ûp Qe çera p^ #»rpri? si WHP ajQpton^ qn^, i^dapt nme le '
père s'çcgp^^t^t.d^ ^ pmiqwjj d? d^vptio»! et #'éqHipeit poHf
m voyage i |e ^J^ , te pcçvr.piein de Kmt' Pf» qp'il i^v^ii v"» d'Awïfi
de Geierstein depnis quelque temps , et des incidens de ln nuit pré-
çédepte I ^^\. tQjjwP l^P yeux ft^és wr •* porW de )i^ chambre
d«n^ laquelle iil'^y^it vueentn^r jj^ dernière (ois qn'eUe f^wt peva
à SCS yçp^ j ç'p4t44i)r^ , à wips que Ift fiprwe p^le et fantestiqne
qù ^\. pasfi^ dens: foi« dey^nt H d'nne manière si étr^ge ne fût
m ^t él^n^^^tf in$ et fxram ; si^ cpriosi^é , k Pfî *^i^^ • ^^t pi
finfeotç , q^e ^ regards semblaiept s'efforcer dfl p^étrer, à tra-
vers la porte et la muraille , jusqne d^m la i^bambre d? U belle en-
dormie , ef y dijçoçvrir si m yf n» o^ ses je^iw Offirai^nt quelque
i^m qp'çfle ^ftf pwsé «w feonpe pi^ti9 d« i4 «mu 9t wU«r «t à
ae proinçperr
— pi^ c'^ Wf l^ ppfwye à teqwUe ïip^lpjie en fipp^i^t , se di$-
il ^ jini-meni^ î et |{odolplie sert wr» l*opca«o« 4'»* ren^rquw le
résidât. Qtti ftaif qnpl i^vf^o^g^ U pewrra ti^er, ppur ses pr^en-
tions.à cette aimable personne, de. ç^ que je Ipi ai iipprif ? £t que
deyr^t^reUe pf^uier dfl ?P9i ? Pï« w^ reg^^rders^t^Ue p»s oornine un
komtq^ qui n^ §fdt «i p^f^c^bip, «^ W^e^r m ]mgm ; ^ «4 il Qe
172 CHARLES LE TEMERAIRE.
oreilles da premier yena ? Je voudrais qae ma langue eût été pa-
ralysée , avant que j'eusse dit un seul mot à ce fier-à"bras aassi
rusé qu'orgueilleux. Je ne la verrai plus ; cela pent être regardé
oonime certain , et par conséquent je n'obtiendrai jamais l'explica-
tion du mystère qui ^entoure. Mais penser que mon bavardage
peut tendre à donner de l'influence sur elle à ce paysan sauvage,
c'est un reproche que je me ferai toute ma vie.
Il fut tiré de sa rêverie par la voix de son père. -—Eh bien , mon
fils 1 Êtes- vous bien éveillé, Arthur ? ou le service que vous avez
fait la nuit dernière vous a-t-il fatigué au point de vous faire dorv
mir debout ?
— Non, mon père, répondit Arthur , revenant à Icîi sur-le-
champ ; je suis peut-être un peu engourdi, mais grâce à l'air frais
du matin , bientdt il n'y paraîtra plus.
Marchant , avee précaution à travers les groupes de dormeurs
étendus çà et là dans Fappartement , Philipson, 'quand ils furent
à la porte , se retourna , et jeta un coup d'œil sur le lit de paille
occupé par le Landamman et son compagnon le député de Schwitz ,
et que le premier rayon de l'aurore commençait à éclairer; la
barbe blanche de celui-ci lui fit aisément distinguer celui des deux
qui était Arnold Biederman , et ses lèvres murmurèrent un adiea
involontaire.
— Adieu, miroir d'ancienne foi et d'intégrité*, dit-il; adieo,
noble Arnold ; adieu , ame pleipie de bandeur et de vérité , à qnila
lâcheté , l'égo&me et la fausseté sont égalemetit inconnus !
— Adieu , pensa son fils , la plus aimable , la pins franche, et
pourtant la plus mystérieuse des femmes. Mais cet adieu, comme
on petit bien le croire , ' ne fut pas , de mêpie que celui de son
père , exprimé par des paroles.
Ils furent bientdt hors du vieux château. Le domestique suisse
fut libéralement récompensé , et chargé .de faire de nouveau
adieux au Landamman de la part de ses hôtes anglais , en loi
disant qu'ils emportaient l'espoir et le désir de le rejoindre bien-
tôt sur le territoire de la Bourgogne. Arthur prit alors enfnain la
bride de la mule, et tandis qu'il la conduisait à xin pas modéré »
- bon père marchait à son côté.^ • .
• Après quelques minutes de sSence , Philipson dit à son fils: -^
Je crains que nous ne revoyions plus 4e digne Landamman. l^s
jeunes gens qui FacckanpAghent âo^nt décidés às'<^eD8er à la pre-
CHARLES LE TEMÉRAIRB. 173
mière ooeasiony et je crois bienqaele duc de Bonrgogiie ne inaii-
qoera pas de la leur fournir. La paix que cet excellent homme
désire assurer au pays de ses ancêtres sera troublée avant qu'il
arrive en présence du duc; et quand même il en serait autrement,
comment le prince le plus fier de toute l'Europe preudra-t-il les
remontrances de bourgeois et de paysans? car c'est ainsi que
Charles de Bourgogne. nommera les amis quç nous venons de quit-
ter. C'est une question à laquelle il n'est que trop &cile. de ré-
pondre. Une guerre filiale aux intérêts de toutes les parties , à
l'exception de ceux de Louis, roi de France » aura certainement
lieu, et le choc sera terrible si les rangs de la chevalerie bour-
guignonne rencontrent ces fils d'airain des montagnes, qui ont
bit si souTent mordre la poussière à tant de nobles autrichiens*
— Je sois tellement convaincu de la vérité de ce que vous i&e
dites, mon père, répondit Arthur, que je crois même que cette
journée ne se passera pas sans que la paix soit violée. J'ai déjà
mis une cotte de mailles, dans le cas où nous rencontrerions man-
Taise compagnie d'ici à la Férette, et je voudrais que vous pris-
siez la même précaution. Gela ne retardera pas notre voyage, et je
TOUS avoue que, moi du moins, j'en voyagerai avec plus de con-
fiance et de sécurité , si vous y consentez.
— Je vous comprends, mon fils, reprit Philipson. Mais je suis
on voyageur paisible dans les domaines du duc de Bourgogne , et
je ne veux pas supposer que, tandis que je suis sous l'ombre de sa
lAmiière, je dois me mettre en garde contre les bandits, conune
sii'étais dans les déserts, de la Pajkstine. Quant à l'autorité de ses
offiiâers et à l'étendue de leurs exactions^ je n'ai pas besoin de vous
aire qae , dans les circonstances où nous sommes , ce sont des choses
auiiaelles nous devons nous soumettre sans chagrin et sans mur-
more^.
Laissait nos deux voyageurs s^avancer à loisir vers la Férette ,
3£int que je transporte mes lecteurs, à la porte orientale de cette
petite ville, qui, étant située sur une éminencé , commandait sur
tons les environs, et principalement du côté de Baie. A propre-
ment parler, elle ne faisait point partie des domaines du duc de
Bourgogne, mais elle avait été placée entre ses mains, comme
gage du remboursement d'une sommç considérable due au duc
Charles par l'empereur Sigismond d'Autriche, à qui appartenait
la suzeraineté de cette pl^ace. Cependant la yiUq était située si fii-^
114 GftAKLËjS^ iM mHÉkktAË.
rdftMmMtfù&r gèoer lé cMtiattce de lat S^iÉàe expmtiitti*^
net deè mài'qttè^de màtteillAtice à un peuple qii^it hàfes&it et qtffl
jàéptisàït, ^pe fapitkiùiï géfiérade était ({lie te diià dé Bofit^6^a6
nf éeovterfllf jftxfiM» anéiiiiésr pttfpoiitiûni de rltdiftt , qtfehftfé équi^
tifUed, qMlqtie ârtàfitâgett^eè qu'elles pttésent êtré^ et cpi'il né
oe^n^eiktifâdijaittai^ à rendre à TEmpereur un poète iVftucéaMttfll
importatit que Yiuàt la Féi^te pour Mtisfidi'e ba haine.
La ritiMitMMi dé cett# petite tiite était forte étt elle^tafêlifé , itudtf
lés ttnirMài dé fortificâ^tion qui l'etitcmrai^ùt sAl&âsdéUt à |>eine
pcHll' f epméser une attaque éattdaiii&, et ééaMnt 1i6r^ d'état de ré"
sfaptéi* ioug^enips à un dége eti règle.
Leé ThyoM du Mleil Inrillideiit tlepuis plM â'titte hmtë ûta! le
doétref de Péglfàe, quândtnt vieillard grand et màîgré, ^telèppé
dTmie robe de ehatnhre Atitour dé laqd^te était !iKOUcIé un large
céinturM , sotHenant d'am côté une épée, et un pôiguard de Pantre,
a^avança yef s la redoute, de la porte située àtf letant. Sa toque
était ornée finùH plumé, ee qui, de méifte qu^une quéuedere*
ïDStif était mr emblème de noMe^ dans toute FAlléittftgftc^, eot'
Uème dont bteaient gfsaià cas toua ceoi qui ataieut dtdt àt
le porter.
Le petit détachement qui y arait été de gaMe la Mit pi'écédeùtef,
et qui atait fourni des seutinelleapour la porte et des ^datsrpoar
les patrouiller à l^èif lérîeùf^, prit les armes en troyant arrhref cet
indiTidtr^et dérangea en koff ordre, comme une troupe vqût se dis-
posé à tecêroir avec le^ honneurs militaires un offièier d^iibpor-
tance. Archîlald Von BagAibach, car c'était lé gorft^articur Iw*
même, avait alors cette physionomie qui ebcprime cette htnnW
morose et bourrue qui accompagne le lever tftrn débauché taKtti-
dinaire. Les artères dé sa tête battaient violemment, il avait le
pouls fiévreux, et ses joues étaient pâles, symptômes qui anûon-
çRÎent que, suivant sa coutume, Û avait passé la ntrit ptécédente
entre tes veffres et les flacons. A en juger d'après la hâte âtecf
laquelle les soldats formèrent leurs rangs , et d'après le sifenctf
respectueux qttr régnah parmi eux^ fl paraissait qu'ils étaient
habitués à sa mauvaise humeur en pareille occasion , et qu'ils fer
redoutaient. II jeta surent un regard perçant et mécontent, comm^
s^fl eét cbéi'cflié sut* qui faire tomber son bumeuf/ et eitftf il *^
manda où était ce ch^ de paresseux lUIian.
^ÏÙan flttitra pt^^erau même instant;* Cétait dtfhoflntted^a^^
iriHttlr f Momm, mfml «ae fhynomQom siùwtre ^ Bair«f%i» de Bflltf»
sance , et remplissant Im fndtîoni d'éoayer près d« ki peiMfiHé
dngoutcraeiir.
«^Qnriles nooTclies de œ» p«yiaiif iUBMft^ KiMaltf dtBMliâa
Archibaid. D'après leurs habitades mesquines, il y a deux betireê
qi^ik dernient être en ronte. Qm mailans s« pefmettdfit^ls de
ibger les manlèresdetgeBtikhMunésrept^UoftiliMélftbMCeitift
juèqu^aa cfannl da ooq?
-^ Siir mn firi, cela est très possible, répondit KSitm ; ear lét
bonif sais d9 Sale lent ont donné de qnoi ilin^ une oi^ cofnplèui t
— Quoil ont-ils osé donner l'bospitalité à ces bouviers 0lûs§É§^
q»rès lee oidres eontraspes qne je lenf avais envoyés?
^ Non; ils ne. te» ont paatvçQB dans k ville, nuiiÉrfid flj^tfte»
par ibè espions aftrs y qu'ils leor ont proenré le$ sioyeiitf ûé éê
loger à Graf&-Lust, et fourni force jambobseï pitéB, fMttf lié
rien £re des barils de biere^ de flaoMs de via du Rbitt/ et des
beatsilks de liqnenrs fortes^
•^ Les Bftloîs me rené^ent e^mpCg de letir e<»fidtfilf , KWatt«
S'imaginent-ils que je doive toujours me placer entre eux et le bofi
pUnr dn dncf pour lenr dfvt utile? Ceft gros porcbers em t^opde
ixtéftomptiliD depois qne nons avons aoèepté d'oui qw^ifés ea*
àÊUKy pfart5t po«r kttr faille plaisir que poni'nivmt^ qilé ûOûi
pouvions tirer ^ lenrs misérables préoetis^ N^était^tie pal M tiDf
Htm de fi£le, qne nous avotis été oUîg^ de boifo dana deè ^oiM^
hii tmamt ono piiHo, de peur qn'il ne fût légra le lendenddn?
-Il a été ba, et dans des gobelets tenant une i^tite$ éêêt tOllt
eadoni je inè sowieii*.
^^ Imn» ioiâi tranqoille^ Rapprendrai k cebétiH de B&toqntf
fin'n Mcnne oMigatlon de pareils présens, et qoe le swvOËir
te vtii qoe je^boia ne durs pas phiê tong-téntpa que 1« niai de iét#
^a^il me laisse ebaqne matin d^aii troiê ans, gfâcii attt Arogtioo
qui le frelatent.
•^ Votre ËxesHenee fora donc un sOjet de quensUë Mtii% kr duc
de Bourgogne et k vfflo ê& Bfile^ ied imoiAi^ inâif60t« (ftftiaê é
doaaés à la dépcrta^n sid«se?
-•^Ottl) mt itia féi/ j« te ferais à ttiohiè qtfil He a'y trotivo Aeë
giU0 adOte sageft poniif me donn^ de bonnet raisons ^nt le^ ptù^
téger« Ohl lés Bâlois ne connaissent pas notre noble duc^ ni le
talent qu'il a pour châtier les chétifs habitans d'mie tSto fibre; Tn
176 CIURLES LE TÉMÉRiLIRE.
peux l^ir direi aussi bien qae qui que ce sMt , comaiie il tpaka les
^vilains de Liégé, qnand ib Tonloreiit raisotiner ^.
— Je le leur apprendrai quand l'occasion s'en -présentera , et
j'espère qne je les trouverai disposés à cultiver votre honorable
amitié.
— S'ils ne s'en inquiètent pas, je m'en inquiète encore moins,
Kilian ; cependant il me semble qu'un gosier sain et entier vaut m
certain prix, quand ce ne serait que pour y faire passeï^ dnboadin
et de la bière, pour ne rien dire des jambons de Weatphalie etdn
vin de Nierenstein. Je te dis qu'un gosier fendu n'est plus bon à
rien, Kilian.
— Je ferai comprendre à ces gra» bourgeois le danger qifib
courent et le besoin qu'ils ont de s'assurer un protecteur. A coup
sûr, je n'en suis plus à apprendre comment faire tomber la balle sur
les genoux de Votre Excellence.
— C'est bien parler. Mais pourquoi ne me dis-tu rien de ces
Suisses? j'aurais cru qu'un vieux routier comme toi leur aurait
arraché quelques plumes des ailes , pendant qù'ib étaient à &ire
ripaille. « '
— Il m'aurait été aussi faxrile de prendre un porc-épic en eolère
avec la main nue. J'ai été moi-même reconnaître Graffs-Lnst. Il
y avait deux sentinelles sur les murailles , une antre sur le pont,
et une patrouille faisant des rondes dans les envifc^. Il n'y STatt
rien à faire; sans quoi^ connaissant l'ancienne querelle de Votre
Excellence, j'aurais tiré aile ou patte» sans qu'ils eussaoït jamais sa
qui avait £ait le coup.
— Eh bien I ils n'en vaudront qae mieux, la peine d'être dégrais-
sés en arrivant. Ik viennent en grand apparat sans doute, a?ec
tous leurs bijoux , les chaînes d'argent de (eurs femmes, leurs m^
daiUons, leurs bagues de plomb ou de cuivre. Les vils goiyatsi ib
ne méritent pas qu'un homme de sang noUe les débarrasse de lenrs
guenilles.
— Il se trouve quelque chose de mieux avec «ux , si mes infor-
mations ne m'ont pas trompé. Il y a des marchands. ...
— Fi y Kilian , fi ! des bêtes de spmme de Berne et de Solem^
chargées de leurs marchandises .de rebut I des draps trop gi^
pour en faire des.couverturesà de bons chevaux, et des toiles
CHARLES LE TEMERAIRE. 177
semblables à un tissa de crin .plutôt que de chanvre I Je les, en
dépouillerai pourtant, quand ce ne serait que pour vexer ces drôles.
Quoi! ils ne se contentent pas de vouloir être traités comme un
peuple indépendant, d'envoyer des députations et des ambassades ;
ils s'imaginent encore que le privilège des ambassadeurs couvrira
Fîntroduction de leurs marchandises de contrebande I ils osent
ainsi insulter le noble duc de Bourgogne , et le piller en mqme
temps I Mais Hagenbach consent à n'être regardé ni comme che-
valier ni comme gentilhomme, s'il les laisse passer impuné-
ment.
— La chose en mérite la peine plus que Votre Excellence ne le
suppose, car ils ont avec eux des marchands anglais qui voyagent
sous leur protection.
— Des marchands anglais ! s'écria Archibald les yeux étincelans
de joie ; des marchands anglais , Kilian ! On parle du Gathay et
des Indes, oîi il y a des mines d'argent, d'or et de diamans; mais,
foi de gentilhomme, je crois que ces brutes d'insulaires ont tous les
trésors du monde dans les antres de leur pays de brouillards. Et
la variété de leurs riches marchandises! Dis-moi, Kilian, y a-t-il
une longue suite de mulets? un train nombreux? Par le gant de
Notre-Dame I je crois déjà entendre leurs clochettes, et c'est une
musique plus agréable à mon oreille que le son des harpes de tous
les minnesingers d'Heilbron.
— Votre Excellence se trompe. Il n'y a que deux marchands,
a ce que j'ai appris , et tout leur bagage ne forme pas la charge
d'un mulet ; mais on dit que le bagage se compose de marchandises
dW valeur infinie, de soieries, de tissus d*or et d'argent, de den-
telles, de fourrures, de perles, de joyaux, de parfums de l'Orient,
et de bijoux d'or de Venise.
— Extase du Paradis I s'écria le rapace Hagenbach, n'en dis
pas davantage, Kilian, tout cela est à nous I sur ma foi, c'est d'eux
que j'ai rêvé deux fois par semaine, tout le mois dernier. Oui, deux
hommes de moyenne taille, et même au dessous ; ayant bonne mine,
le visage rond et lisse; des estomacs aussi dodus que des per-
dreaux, et des bourses aussi dodues que leurs estomacs. Ah! que
dis-tu de mon rêve, Kilian?
--«J'en dii^i seulement que, pour bien vous instruire, il aurait
clû vous montrer avec eux une vingtaine de jeunes géans aussi
"^gonreux qu'aucun de leurs compatriotes qui ait jamais gravi un
121
178 GHiJlLES Ut TEMÉRAIBE..
rocher, on qni ait fait siffler «ne flèche contre on dunnoift^ avjec
nn assortiment complet d'épées, d'ares, ^e javelines,. et de cea
lourdes pertoisanes <jui brisent un bouclier comme si c'étaiit vok
gâteau de &rine d'avoine, et qui font résonner les casques comme.
les cloches d'une église.
— Tant mienx, drôle , tant mieux! s'écria le gouverneur en se:
£N)ttant les mains ; des colporteurs anglais à piller, desrodQmonts
suisses a battre pour leur donner une leçon de soumission l je sai&
que nous ne pouvons avoir de ces pourceaux de Suisses que lenia
soies hérissées, mais il est heureux qu'ils nous amènent ces deux
moutons à tondre. Allons , préparons nos épieux à sanglier et nos
dseanx de tonte. Holà! lieutenant Schonfeldt !
Un officier s'avança.
— Combien d'hommes avons*nous ici ?
— Une soixantaine, répondit l'officier. Une vingtaine sont en
fkction de côté et d'autre, et il y en de quarante à cinquante dans
la caserne.
— Qu'ils se mettent tons sous les armes à [l'instant même ; mais
écoutez-moi ; qu'on ne les appelle pas au son du cor ou de la trom-
pette ; qu'on Içs avertisse de vive voix de prendre les ^rme&aossi
tranquillement que possible, et de se rendre ici > à la porte dû
l'Est. Dites aux drôles qu'il y a du butin à faire, et qu'ils, en au-
ront leur part.
— Avec un tel leurre, dit Schonfeldt, vous les feriez mi^rcher
sur une toile d'araignée, sans effrayer l'insecte qui l'aurait filée.
Je vais les rassembler sans perdre un instant.
— Je te dis, Kilian, continua le commandant transporté de joie,
en s'adressant à son confident , que le hasard ne pouvait noas
amener rien de plus à propos qu'une pareille escarmouche. Leduc
Charles désire faire un affront aux Suisses. Je ne veux pas dire
qn'il veuille donner des ordres directs pour qu'on Agisse envers
eux d'une manière qu'on pourrait appeler une violation de la foi
publique à l'égard d'une ambassade pacifique; mais le brave ser-
viteur qui épargnera à son prince le scandale d'june^telle affairei
et donthiL conduite pourra être appelée une erreur ou une méprise,
« sera regardé, je t'en réponds , comme lui ayant rendu un serTice
signalé. Peut-être recevra-tril en public une l%ère réprioufode,
jjMÔB en secret le duc saura quel cas il doit en faire.. EkbienI pour'
^<d re8te9»-ta rilondeux? Que signifie oeta^eist Ingnbm? Ti^
GURUS LE TÈVlÈkmŒ. 179
■AnfflifMir dewigt mbm mîmw», ^i&d luiii» ftt<w à lum
ordres une ai belle troape de javcthiM?
-^ Le» SiOMes ddaaei^m^ ivcetiNRtt de boas cottpi, dh Hol^
nu» je ne iee cnms pàs. Cefendeat je ne Tendrid* pas me fier si
aTeoglém^it aa duc Cbavles^ Qe'il s<tit diamé di^dievd d*a|H
prenAro fw ses Soîsses cm ëeé bîett étrfflës> e^est ee qeà esf assez
TTaîimwbliiMe; smus m ^ esMfcife Veire EneelMaoe tieat de me le
dsaaerà enteHére, ii jiift à|Mposeiiiiiità éedésÉWfter ceue
csblaîte, ii est heaanmàftdre pendre les aessinre de celte scène,
psnrdimner ne eeelenr pkts vive à sen diteveif^
— Boa, boni Je sab snr ^[ttel terrain je mareiie. Lenis de
Fnswe peamdt joner on pa»ul t^r^ rie» n'est pins prdMiMe ;
mmcda n*eBt pas dianle cnrnei^eiie mfite^éiÉénkmêt Bonr^
gogne. Mais qae diable as-C» dene ?Ta faâfl^ dés gyinmoes comme
on singe fui tient entre ses ésig^anmantm trop <5band.
— Votre Eitcdlenora antsaft de sagesse qae de eenrâge, et il
ne me conirient pas de erM^er ses desseins. Haïs cette ambas-
sade pneiâqae', ces marcfasnds augliris! SI Cinvles bit la gaerre
àLonîs, comme le bruit en court, ce qu'il doit le plus désirer,
c^est la neutralité de la Suisse, etP^ssistance de PAuglteterre, dont
le roi tra^Ferse la mer à la tête d^e grande armée. Chr, rsire Ar-
cUbidè Von Hage^^cb, il est poasB^ que ce que tous allez fiiire
oeimttin dëeide les Cantons Confédérés à prendre kb armes contre
Charles , et lui donne pour ennemk tes Anglais qui sont ses
m».
—Je m'ton soucie fort peu. le coilnais rhumeur du duc. Lui qui
est lemttîtredJè tant de belles provkices, s^il- consent à les risquer
p«nr fidre un coup de têfie^ que dc(it fcire Arcbibald Von Hagen«
bach, qui n'a pas un pouce de terre à perdre ?
— Mais vous atez votre tie, Monseignenr.
--Oui, n» vie; un miséraWte droit ^exister que j^ai été prêt à
hasarder tous les jours pour quelques doUards ou pour quelques
hreateer»! EtermsHtt quefhésitieraiàVaventurer pour des don*
Mens, pour des marchandises de l'Orient, pour des bijoux d'or de
yeittSe?'Nbn, K3Kan, non-; ilfHBtse«AiHg«r ees A^lais^H poids de
lears balles^ pour qi^ Arcbibald Yen flagenbadl puisse boire utr
vin plus'généiQus? que leur piquette Ae la MMeAIu , et porter dtt*
IvoeardavKen'da œvétottrsrftpé; Il'n'est m^epsfs moins siéces-
la.
1«0 GHARLBS LE TÉMÉRAIRE/
saire que Ulian ait an jastaacorps neaf plos brillant, et oneiioane
de ducats suspendue à sa eeinture.
— Sur ma foi, ce dernier argument désarme tous mes scru-
pules, et je renonce à mes objections, car il ne m'appartient pas
d'être d'un antre avis que Votre Ezcellenee.
— Eu besogne donci Mais un moment; il faut d'abord mettre
l'Église de notre bord. Le prêtre de Saint- Paul a eu dé l'humeur
depuis quelque temps ; il a dit d'étranges choses dans sa chaire :
il a parié de nous , comme si nous n'étions guère que des bandits
et des pillards ; il a même en deux fois l'insolence de me doniier
an avertissement , comme il l'appelle, en termes fort audacieux.
Le mieux serait de fendre la tête chauve de ce matin grondeur;
mais comme le duc pourrait le prendre en mauvaise paf t, le parti
le plus sage est de lui jeter un os à ronger,
— Ce peut être un ennemi dangereux, dit l'écnyer Inx^ant la
tête ; il a beaucoup d'influence sar l'esprit du peuple.
— Bon, boul je sais comment désarmer ce crâne tonsuré.
Qu'on me l'envoie, qu'on lui dise de venir me parler ici. Ebatten*
dant , que toutes nos forces soient sous les armes; que la redoute
et la barrière soient garnies d'archers ; qu'on en place d'autres
dans les maisons de chaque coté de la rue ; qu'on la barricade avec
des chariots bien enchâssés ensemble , mais comme par l'effet da
hasard , qu'on place une troupe de gaillards déterminés dedans
et derrière ces chariots. Aussitôt que les marchands et les mulets
seront entrés, car c'est le point principal, qu'on lève le pont-levis,
qu'on baisse la herse, et qu'on envoie une volée de flèches àceox
qui seront en dehors , s'ils font les mutins. Enfin , qu'on désarme
et qu'on arrête ceux qui seront entrés dansr la ville. Et alors »
Kîlian
— Et alors, dit l'écuyei^, en vraies compagnies franches, nous
enfoncerons nos mains jusqu'au poignet dans les valises des An*
glais.
. — Et comme de joyeux chasseurs, nos brasjusqa'au coude dans
le sang des Suisses.
— Ils feront bonne contenance , quoi qu'il en soit. Ils ont à leur
tête ce Donnerhugel, dont nous avons entendu parler, et qu'on a
samommé le Jeune Ours de Berne; ils se défendront bien.
— Tant mieux : aimerais-tu mieux tuer des moutons qae de
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 181
ehasser des lonps 7 Fi , Kilian 1 ta n'étais pas lud>itiié à avoir tant
de scrupules.
— Je n'en ai pas le moindre. Mais ces pertnisanes et ces épëes
à denx mains des Suisses ne sont pas des jouets d'enfans. Et si
TOUS employez tonte la garnison à cette attaque , à qui Votre Ex-
cellence confiera-t-eUe la défense des autres portes et de toute la
drconfiérence des murailles?
-—Ferme les portes » tire les Terrons, place les chaînés * et ap-
porte-moi les clés ici. Personne ne sortira de la ville avant que
cette affaire soit terminée. Fais prendre les armes an nombre de
bourgeois nécessaire pour garder les murailles , et qu'ils aient
soin de bien s'en acquitter , ou je prononcerai contre eux une
amende qne je saurai leur fidre payer.
— Ils murmureront. Ils disent que , n'étant pas sujets du âuc,
qnoique la ville lui ait été donnée en gage , ib ne Ini doivent aucun
service militaire.
— Ils en ont menti , les lâches coquins! s'écria Archibald. Si je
ne les ai guère employés jusqu'ici , c'est parce que je méprise leur
aide; et je n'y aurais pas recours en ce moment , s'il s'âgi^sait
d'un service plus sérieux qne de monter une garde et de re«
garder droit devant soi. Qu'ils songent à m'obéir , s'ils ont quel-
que égard pour leurs biens, pour leurs personnes et pour leurs
badlles.
— J'ai vn le médiant dans sa puissance fleurir comme le laurier,
unis qnand je suis revenu, il n'existait plus ; je l'ai cherché et je
ae M pas trouvé , dit nue voix forle derrière lui , en prononçant
aree emphase ces paroles de la sainte Écriture.
Archibald Von Hagenbaeh se tourna brusquement , et rencontra
le regard sombre et sinistre du prêtre de Saint-Paul , portant le
costume de son ordre.
— Nons sommes en affaires, mon père , et nous vons écouterons
smnpnner une autre fois.
— Je viens ici par votre ordre , sire gouverneur , sans quoi je
ne m'y serais pas présenté pour sermonner , comme vous le dites,
sans aucune utilité.
— Ah ! pardon , révérend père , s'écria Hagenbaeh ; oui , je vous
ai envoyé chercher ponr vous demander vos prières, et votre inter^
cession auprès de Notre-Dame et de saint Paul pour obtenir leur
protection dans une affaire qu'il est vraisemblable que nous allonfr
avoir ce nuitîii, et 49ins UiqnfiUe^ i9.pr6roi», cjonme ifctto JUmi-
bardy fvéa diguadagno^.
-** Sire coaTi9c»oiiPf n^Qdil^leiN(âtM4'«ta. ton calme» j'espère
que YOUA n'oublies^ V^^^ Qiitmmdf & saittl» ada^is dam le séjour de
Ugloire»aapoi»td'appeleclei«rt>éiiadîalimsardes«xi^loi^
ceux dom Yoas tous dUs QPaapé trop souveâlt depua volreaniyée
ici f éyènement qui , par lui-même , était un sigiie de la colère di*
Yina* *you« me pemiMUraa même d'ajont^r, tout kwable que je
fiuisy que la déoeuce anvail; dA voua empêcher de proposer à»
senriteqr de» autels de faire des pdirea pour le aueoèe da i^ol et
du pillage.
-—Je Tonaeoimweiiday mon pàre^ et je irais Tsua le prouver.
Tant que vous êtes sujet du dna» ^ens dever» par ente das foll^
tiens que voaa rempUseez» pixer pcwr qu'il révesû^ deaa toutes
.aes entreiurjsea eondaitea avec jualîoe. • Yoas reowmaîsaea eetie
vérité 9 je le vois à la manière dont yous inclinée votre Aêle véné-
rable. ShliieafJ jeMraiwuinîaoBMble^queveae Kêtes» Hbus dé-
sirons Tiiaer^eeei^ii deasaûMeft h vâiie, vbimlMrpiciiaLOE^^
dans une affeôre àleqnetteiil Ciiit aeriver pur on chemin un p«
détgnnié , imi afiuae dmala mitwe ealm peu éq^voqM9.8Lvom
le voidez; maja €rogrez*<voae fae bsua noua imaghiienft qaa mm
avons le droii de vous dmmier|.avim qn/& ema» tant de peimet
d'embarras sans aucune marque de reconnaissance? non sûremmt*
•r« fais donc le vmuiSolemMl qnei» aklaiDrimm mfest faveraUe ce
matin, saîftt Paul; aura na déranft dfauMly H, un bassâadfargmt
fkia ou moina goand .smvanftfae nacm botin le. penMsltmi; ^^
Dame , une pièce de satioi pour une robe^ et un ooUiert de p^
pour les je«rs de fête ; et voua^ révérend père, mm ^gtais^ ^^
pièces d'ord'>A3igletecrepoitr iMmaréeempMsm^d'idveii^agi
entremetteur entre les saints et nous, nous.rec^nimimmi^iB^^'^
de négocier dîreetmpflnt avec enx est* notre persoMie peaiki|^ 'j'\
maintenant, sire prêtre/ nous entendonstnona? Pmdev» car je^aei
pas de temps, à pwih^e. Jfe sais parCmtemmit ee^ qtft veM paa^ f ^
moi.; maie^vona voye« que> après Uwt , le diable rfeat^pae.tw*'*'
fait aussi noir qu'on le représente.
-T- Si mus noua eatendon» l'ua rawtre? répéta le ptitti^ de
Saînt-Panl , hélas I non ; et je eraîss Uen qne noaa.nfi noeaiB*^
• • •
Sb.nKb«ilièga9fer*
muâSM lE fÊitÊkÈÊm. ^i
iiflM JHÉiiiis. WVa-tii jfimêh oitf ks pair^ks iiêféMffits pat* le sàSftt
«nuite Bepchtold d'Oéringeii à riliiplacable téiat Agnès » qui avtf t
vngé avec tme sévérité Â lei^riMe VwÊmAot 4e Mm père, Pem-
fOPtaat AJhiait?
-^ Non, aor ma foi ; je n'ai étncKé «6 lea ébroiulqnes des èmpe-
leorsy ni les légenèos dea emfite»« G^st pourquoi , sire piètre, si
ma proposition ne vous convient pas, n'en parlons plas. Je ne siiia
pashabitaé à- prier qu'on veuille bien accepter mes faveur A , nia
avoir affaire à des prêtres qui ont besoin d'être pressés quand on
leur of&e an présent.
— Ecoutez pourtant les paroles dé ce ^aint homme, sire gou-
verneur. Le temps peut venir, et cela avant peu, où vous en-
tendriez bien volontiers ce que vous rejetez maintenant avec
mépris.
— Parle donc, mais sois bref; et sache que, quoique tu puisses
éSrsLjer ou. cajoler la canaillCi tu parles en ce moment à un homme
ferme dans ses résolutions i et que toute ton éloquence ne peut
ébranler.
— Apprends donc qu'Agnès, fille d'Albert assasûnét apr^s
avoir versédes flots de sang pwr venger le meurtre de son père,
fonda enfin la riche abbaye de Kœnigsfeldt ; et pour donner à^ ee
monastère jdua de droit à un renom de sainteté» elle fit elle-même
aa pèlerinage à la cellule du saia4 ermite^ et le pria d'honorer son
abbaye en y fixant sa résidence. Mais queilie fut la réponse de l'a-
aaabarète? — Retîre-toi, femmo im^ ; Dieu ne veut pas être
seni par des mains sanglantes, et il rejette les dona qui sont le
Mtdê la violence et du pillage. Le Tout-Puiss^t aime la meret ,
b justice et l'humanité, et il ne veut avoir pour* adorateurs que
«eot qui pratifoent ces vertus I Et maintenant» Arahibald Yon
Hagenbach , tu as été averti une fois, deux fois, trois fois. Vis
donc comme un homme cimtre qui une sentence de condamnation
â été prononcée , et ^ d<»t ^'attendre à la voir mettre k exé-
Mion.
Après 9cwiAT prononcé ces mdts av^e l'air et le Ion' de la menace»
kprêtre deSaint-Paul tourna le dos au gouverneur /et se retira. Le
premier monvtaietit d'Arehîbald (ht d'ordonner qu'on l'arrêtât;
MEÔs'se raillant lea suiteâ sérieuses que pouvait avoir un acte de
violence «xer ce contre un membre du clergé, il le laissa p$rlir evt
|ia.i sadiam qu'un» twmtîve de iienteanoe aetfiBktane iSmérité
184 . CilAAtEfi LÉ tÉHÉRAIRË.
impinâeiite ^ attendu ]a haine.qn'il avait inspirée aux habitans. H
demanda donc une large coupe de vin de Bourgogne qu'il vida jus-
qu'à la dernière goutte, commepour ensevelir en même t69ip9 son
ressentiment dans son sein. Il venait de rendre la coupe à Kilian^
quand le soldat qui était de garde au haut de la. tour sonna du cor^
signal qui annonçait l'arrivée de quelques étrangers à la porte de
b ville.
CHAPITRE XlV.
Avant de me toamettre kevi affiront, il feat
Qa'on ait mit mon coara^e et ma force en déf«at«
SaAKarKA&a.
-^ Gb cor a sonné bien feiblement, dit Archibald Voi^ Hagen-
baeli en montant sur les rempart^ d'où il pouvait voir ce qui se
passait de l'autre côté de la porte. Eh bien! Kilian, qui nous
arrive?
Le fidèle écoyer accourait à lui pour lui porter la nouvelle.
— Deux hommes avec un mulet , Votre Excellence. Des mar-
chands , à ce que je présutne.
— Marchands! Morbleu , drôle » tu veux dire des porte*balles.
A-t-on jamais entendu parler de marchands anglais p voyageant à
pied , sans plus de bagage qu'il n'en faut pour charger tiû midet?
Ce sont des mendians bohémiens , ou de ces gens que les Français
nomment Ecossais. Les misérables! leur estomac sera aussi vide
en cette ville que le Sont leurs bourses. .
— Que Votre Excellence ne juge pas trop à la hfite ; de petites
valises peuvent contenir des objets de grand prix. Mais qu'ils
soient riches ou pauvres ^ ce sont nos gens; du moins ils répon-
dent au signalement qu'on m'en a fait. Le plus âgé, d'assez bonne
taille, visage basané^ paraissant avoir environ cinquante-cinq ans,
et barbe grisonnante; le plus jeune environ vingt-deux ans , taille
plus grande que son compagnon, bien bit, moustaches* brun-elair»
point de barbe au menton.
'-*• Qu'on les base entrer, dit le gouyerneur en se préparant à
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. m
descendre do rempart /et qa'on les amène dans ItifoUei^kammer^
de la douane.
Il se rendit lui-même sur-le-champ dans le lieu désigné. C'était
un appartement sitaé dans la grande tour qui défendait la porte de
TEsty et dans lequel étaient déposés divers instrumens de tor«
tore, dont le gouverneur, aussi cruel que rapace, faisait usage
contre les prisonniers dontil voulait tirer du butin on des informa-
tions, n entra dans cette chambre dans laquelle un demi-jour seu-
lement pouvait pénétrer, et qui était couverte d'un toit gothique
très élevé qu'on ne voyait qu'imparfaitement, mais crà étaient sus-
pendues des cordes dont le bout se terminait par un nœud cou*
lant, et qui étaient en rapport effrayant avec divers instrumens de
fer rouillé ^ attachés le long des murs, on jetés çà et là sur le
plancher.
Un faible rayon de lumière, pénétrant à trfivers une des bar»
iMcanes qai formaient les seules croisées de cet appartement, tôm*
liait sur un homme de haute taille> à visage basané, assis dans ce
qm aurait été, sans cet éclair de clarté, un coin obscur de cette
chambre. Il portait un costume de drap écarlate, avait la tête nue,
et couverte d'une forêt de cheveux noirs que le temps comment
çait à blanchir. Il était occupé à fourbir un sabre à deux mains ^
dW forme particuUère, et dont la lame était plus large et beau-
coup plus courte que celle des armes de même espèce dont se ser^
raient les Suisses , comme nous l'avons dit. Sa tâche absorbait
UUement toutes ses idées, qu'il tressaillit quand la porte pesante
^OQ^t en criant sur ses gonds. Son sabre lui échappa des main8>
et tomba sur le carreau avec grand bruit.
-Ah ! ScharfgerUhUr^ ^ dit le gouverneur en entrant, tu te
prépares à remplir tes fonctions P
— Il conviendrait mal au serviteur de Votre Excellence d'être
trouvé sans y êbre prêt. Mais le prisonnier n'est pas loin , à en ju-
ger par la chute de mon sabre, ce qui annonce toujours la présence
de celui qui doit en sentir le tranchant.
— Il est' vrai que les prisonniers ne sont pas loin , Francis ;
nais ton présage t'a trompé. Ce sont des misérables pour qui
mie bonne corde suffira, car ton sabre n'a soif que de sang
noble.
V
X* Chambre de tortare.
>. Biécutenr dm baatM-ceinrrtt*
— Tant «in poiur fn^m $tàimm)w;zl fesgémê fm Véme
Excellence, qui a toujours été pour moi un bon nudtw^AHilfuÉfMte
4einoî aqoiiri'bui un noble*
— Unnoble J.a6"tu perdu T^^ii? Toi noble i
•^Etpourçopi non, 8ÎreArciiibald|yoaIfa^^b{Mà? Je onés
fae le nom de Francis Steînecnher« Feu Bkii?afiker^^ >étgbt bîen
et légitwnementijagné, convient àla noblesse tout ausai bîei» q«'im
antre. Ne me regardez fêAsmceet air sori^ris» Quand un hoaune
de ma prcrfèssioa a rempli ses fimctioas à l'égard de nauf tnâivÂdœ
de noble naissance, avec la même arme» et sans donioer fim d'un
coup à chaque patient^ n'a-tril pas droit à une exemptim de taostes
taxes et à des lettres de noblesse ?
— La loi le dit ainsi ; mais c'est plutôt par dérisîon que sÀHwH-
sement , je crois , car on n'a jamais vu personne en réclaatfr l'âf -
plioatiop. ,
— Gela n'en sera que plus glorieux pour eelni qtfi sora le pvif-
mier à demander lés honneurs dus à un âabce bien affilé el» « uH
poignet vigoureux et adroit. Moi, Francis Steinernherx , je seiai
le premier noble de ma profession, quand j'aurai dépêché eaeiNPe
un chevalier de l'Empire*
-*- Tu as toujours été à mon service , n'estnl pas vrai?
— Sous quel autre mautre.anrais»je trouvé l'avantage de poavdr
sn'entretenir la main par une pratique si constante? J'aiexiéeuté
vos sentences de condamnation depuis qne je suis en ^t de mmiier
les verges , de lever une barre de fer ^ et de brandir cette attne
fidèle. Qui peut dire que j'aie jamais manqué ma besc^e dupro-
mier coup ; que j'aie été une eeule fois obligé d'en frappet oa» ao-
cond? Tristan de l'Hospital et ses famena %ideS| Petit- André et
Trois-Eschelles ^ , ne sont que novices companés à moi dans le nuh
niement du noble sabre ; cari morbleu I qm^nl au poignard "et à la
corde, qu'on emploie dans les camps et en campagne y je seiw
honteux de descendre à leur niveau $ ces exploit»- la* ne' sont pas
dignes d'un chrétien qui veut s'éle^i^ aux honneurs de la ne^
blesse.
— Tu es un drôle qui ne manque pas d'adresse , je ne le meni
pas. Mais il n'est pas possible » je l'espère d|i moins ^ qu0» tandis
que le sang noble devient rare dans le pays, et que des manans
X. François Comr-dfl-Piem de Champ>de«Sang. u. -
a. Fameux penoona^es ijai joaent un rdle du» le Qit0iUm DwwndétMÎt Walter Sfiott.
0r<iieQlaiix T^idf itf djoniner aw les fibeyaliers €t lea barons » j'en
aie £at répandre mai aeml une si graade ipunuté.
— Je vais faire à Votre Excellence réniimératiûn de mes pa-
dénis , par lenrs noms et qualités» dit Francis , prenant on roalean
de parchemin, et accompagnant sa lecture d'un commentaire.
1^ Le comte Guillaume d'Elyershoe : ce fut mon coup dressai.
Channant jeune homme, et qui mourut en excellent chrétien.
— Je m'en sonyiens, il avait fait la cour à ma maîtresse.
— n mourut le jpur de saint Jude» Tan de grâc^ 1455.
~- Continue 9 mais dispense-toi des dates.
— Sire Miles de Stockenbourg.
— Il avait volé mes bestiaux.
— Sire Louis de RiesenCeldU
— >I1 faisaitFamonr àma femme*
— Les trois inng-herm ^ de Lammerbourg. Vous avez lût
perdre aa comte y leur père, tous ses enfians en un seul jour.
— Et il m'a fait perdre toutes mes terres; partant c'est on
compte réglé. — Tu n'as pas .besoin d'en dbe davantage; j^'admets
l'exactitude de ton compte , quoiqu'il soit écrit en lettres un peu
rouges. Mais jie ne comptais ces trois jeunes gens que pour une
exécution.
— Yùtre Excellence me faisait grand tort , il m'en a coûté trois
bons conp6> de mon bon sabre.
— A la bonne heure, et qu^ leurs âmes soient avec Dieu i Mais
il but que ton anibition dorme encore quelque temps , Schart-
geridkter^ car ce qjuinous arrive aujourd'hui n'est bon que poiùr
le cachot ou la carde, peut» être un tantinet de torture ; il n'y
a pas d'honneur à acquérir.
— Tant pis pour moi I j'avais certainement rêvé que Votre Ex-
cellence devait me rendre noble aujourd'hui. Et puis la chute de
meo sabre....
— Bois un flacon de vin i et oublie tes augures.
— Avec votre permission » je n'en* ferai rien. Boire avant midi,
ce serait risquer de me rendre la main moins sûre.
-*-Eh bien! garde le silence , et songe. à ton devoir.
Francis prit son sabre , m essuya la lame avec un soin révéren-
cieux, se retira dans un coin de la chambre, et y resta debout,
les deux mains appuyées sur la poigfiée de l'arme fatate.
lés Charles le téméraire.
Pfefiqne au même instant , KiHan arriva, à la tête de six sol-
dats, conduisant les deox Philipson auxquels on avait lié les mains
avec des cordes.
— Approchez -moi une chaise, dit le gouYemeor; et il s'assit
gravement devant une table sur laquelle était placé tout ce qu'il
Dallait pour écrire. Qui sont ces deux hommes , Kilian , et pourquoi
sont-ils garottés?
— S'il plaît i Votre Excellenee, dit Kilian avec un air de pro-
fond respect tout diflérent du ton presqi;ie fflontlier avec lequel il
parlait à son maître quand ils étaient tète à tête , nous avions cru
convenable que oes deux étrangers ne parussent pas aimés en
votre présence ; et quand nous les avons requis de nous' remettre
leurs armes à la porte, comme c'est l'usage eh cette place, ce jeune
homme a iait résistance. Je conviens pourtant qu'à Tordre de son
père il a rendu son arme.
— Gela est buxi s'écria Arthur ; mais Philipson lui fit signe de
garder le silence , et il obéit sur-le-champ.
— Noble seigneur, dit le père , nous sommes étrangers , et nous
ne pouvons connaître les règlemensde cette citadelle; nous sommes
Anglais , et par conséquent peu accoutumés à souffrir une insnlte
personnelle; nous espérons donc que vous nous trouverez excu-
sables, quand vous saurez que nous nous sommes vus rudement
saisis à l'improviste, nous ne savions par qui. Mon fils , qui est
jeune et irréfléchi, porta la main à son épée, mais il ne songea
plus à se défendre , au premier signe que je lui fis, et » bien loin
d'en frapper un seul coup, il ne la fit pas même entièrement sortir
du fourreau. Quant à moi, je suis marchand, accoutumé à me
soumettre aux lois et coutumes des pays dans lesquels je fiiis mon
commerce. Je sois sur le territoire du duc de Bourgogne , et je
sais que ses lois et règlemens ne peuvent être que justes et raison-
nables. Il est l'allié puissant et fidèle de F Angleterre, et quand je
me trouve à l'ombre de sa bannière , je ne crains rien.
— Hem ! hem ! dit Hagenbach , un peu déconcerté par le sang-
froid de l'Anglais, et se rappelant peut-être que Charles de Bour-
gogne, à moins que ses passions ne fussent excitées, comme c'était
le cas à l'égard des Suisses, qu'il détestait, désirait avoir la réputa-
tion d'un prince juste, quoique sévère; ce sont de bonnes paroles^
mais elles ne peuvent justifier de mauvaises actions. Vous avez
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 189
tii^ l'ëpëe tB rébellion olmtre lea soldats du dae» tandis qu'ils
exécataient leur consig^ne.
— Sûrement 9 noble seigaenr, répondit Philipson» c'est inter-
préter Jbien sévèrement une action toute naturelle. Mais, en un mot»
si vous êtes iiisposé'à la rigueur» le fait d'avoir tiré i'épée/ou ,
pour- mieux dire, d'aveir fait un -geste pour la tker , dans une
ville de garnism , n'est punissable que par une amende pécu*
niaire , et nous somuies disposés à la payer, si telle est votre va*
lonté.
— Sur ma foi, dit Kilian à l'exécuteur des hautes*œuvresy à
coté duquel il s'était placé un peu à part des autres , voilà un sot
mouton , qui offre volontairement sa toison pour qu'on la tonde.
— Je doute qu'elle serve de rançon à son cou, sire éeuyer, ré*
pondit Francis Steinernherz ; car j'ai rêvé la nuit dernière» voyez-
vous, que notre maitre me faisait noble, et la chute de mon
sabre m'a appris que c'est cet homme qui doit m'élever à la no-
blesse^ Il faut qu'il donne aujourd'hui même de l'occupation à mon
bon sabre.
-^Comment, fou ambitieux! cet homme n'est pas nobte; ce
n*est qu'un colporteur; rien de plus qu'un bourgeois anglais.
—Tu te trompes, sire écuyer. Tu n'as jamais fixé les yeux sur
les bommes qui sont prêts à mourir.
--Tu crois cela? N'ai je donc pas été présent à cinq batailles
rangées, sans compter des escarmouches et des embuscades in-
nombrables?
—Ce n'est pas là l'épreuve du courage. Tous les hommes com-
battront quand ils se trouveront rangés les uns en face des autres.
Lesplos misérables roquets, les coqs élevés sur le famier, en fe«
roiit tout autant. Mais celui-là est brave et noble , qui peut regar? '
derteblocet Péchafaud, le prêtre qui lui donne l'absolution, et
Texécuteur dont le bon sabre va l'abattre dans toute sa force,
comme il regarderait la chose la plus indifférente; et l'homme
qne tu vois est de cette trempe. .
--A la bonne heure, Francis; mais cet hoiume n'a pas sous
les yeux un appareil si formidable. U ne voit que noire illustre
maître Ardùbatd Von Hagenbach.
— Et celui qui voit Arcbibald Yen Hagenbaoh , si c'est un
homme de boft sens et de discernement , comme, .celiuh'çy'esl i)a*
dabitablement^ ne voit-il pas l'exécuteur et son sabre? Assuré?
19» CÊUOâaS^lX VÊS^IÊRAUHÊL
ment eeprisonspier )• sentr trè^ bien , et te cah&e cft'il iH0ittrey
malgré cette conyiction, est une 'plrènve qo^ est de sauf iioUe,
ov poisséje n'^benir jainaîfi les hoanears de la noblesse.
-—Je Résume que notre wt/kre en fiendr» à nn oomprooris
ayee lot. Vojr^y il I^ vegarde en sonriant.
«'—Si cela arriTe> dit l'exécueenry ne comptée jamais «nr mon
JQgeiaent ; il y a dans Fceil de notre patron- nn re^nrd qtd amiOBce
I&sflfng-y anssi sArement epie l'étoile dn Grand-€!hien pr^it In peste.
Tandis que ces deux serviteurs d'Hagenbach parlaient aiim à
part» leur mattre ftôsait ans prisonniers une foule de questions
insidieuses sur leurs i^ffinires en Suisse , sur leur liaison arvec le
Landannian , et ûir les motifs qui tes eondteisaient en Bourgogne.
PhilipBon dirait itépondu à towtes les parties de cet interrogatoire
d'une manière claire et précise, à l'exception de la dernière. H
allait en Bourgogne , dit-il , pour tes afbares de son commerce. Ses
marchandises étaient à la disposition èa gou^meur;il pouvait
en prendre «ne pande, méfiie k totaUfté, suivant qu'il voudrait en
être responsable à son maître. Mais son affaire avec le dtrê était
d'une nature privée , ayant rapport à des intérêts de ecmunerce
particidiersy et qui concernaient d'autre» personnes indépendam-
ment dé lui-même, n dédara qu'il hë communiquerait cette afiiedre
qu'au duc seul , et ajouta d'un ton forme que, s^- souffrait quel-
que mauvais traitement eh saf personne ou veHe de son fils , le mé-
contentement très sérieux du duc en serait la suite ibévitnble.
-La fermeté du prisonnier mettait éridemment Hagenbach dans
un grand embarras, et plus'4'une foiâ il consulta sa boutdille, son
oriaroie infaillible dans tes^oas très difficiles. PfaîKpson lui avait
remis, à sa preteiève^réqoisilson, k liste-ou Aidure dA toutes ses
mardiandisQs ^ étoiles avaient qodqide dbose 4e' si séduisant que
le gouverneur semblait d^ s^en emparer dtes yeux.
.Après avoir été pkmgé quelques instants dafns^ de profondes ré-
flexions, il leva la têts , et paErln amsi qu'il Bui% ?
— Yous devez savoir, sire marchand, que le- bon pinisiirdudoc
est qu'aUGuncB mavohandifies suisses ne passent «nr son territoire.
Cependant vous avee, de Votre proproaven, séjourné quelque
temps dans ce pays^ et vous étes^ venu isi en eompiargnie de cer^
tainesgens qui 'se disons députés Moses* Jb' Sui^éone autorisé à
croire que ees^ «ardamdisoBpiériomies leur appuniennent , fbuM
qu'èwi lunaie^qui ulW«iiai£yimM:€pievouo?0t'Éi je voriaè
demander nue satkfiwlioii: fécmpiaire^ tBoii«0nU fiàem for ne
seraient pas nue anMnde tr^p ibrte. poor me eondoiie aasai anda-
deiue qae la ^^ire^ après qaoi yo«a povrriea aller rftder où
YQQS tondriez y, ayec 1^ roste de ntas aawchamWgcBefl». poiFvii qw
ce ne fût pas en Bourgogiui*
— llaûi c'est pnëciaénimt la Bomtgogm^ ipà «st kbat de inon
yofage^ dît Phi%san;, c'ast an. présanœ du duo qne je doit ne
rendre. Si janepuis y aUer^ nimiiTAjHige est imitiley et le mécam*
tentement du duc tombera certakieoiantsav oenx qnipoiirroiijty
mettre obslacle^ car î^ dçia iBfiavmer Yoilne EabceUenoe que le
duc esidéjà ÛKatmit de vion voyage^ et il fera une stricte enqoâte
pons savoir dans quel lû^ii et. par qeelles penonnes jfanrai été nos
dans l'impossibilité de le continuer.
Le gonvemeiu: garda eneoce le sîlenee » cfaercbaitt le moyen de
satisfaire sa rapacité sans eampromettre sa sûreté peraeniielle.
Âpcès quelques wontes de réflëadon, il s'adressa de nouveau au
prisonnier.
-—Tu racontes ton histoire d'un toa fort poûtif» Tami; mais
l'ordre que j'ai reçu d'empêcber le passage des marchandises
suisses ne l'est pas moins. Que feras4u , si je mets en fourrière
ton bagage et ton mulet?
—Je ne puis résister au poi^voir de Yotse G|:oeUe&ee. Fautes
tout ce qpi'il youe jdaira; En^ oe cas ^ me transporterai jusqu'au
pied du trÔJQCi du diio.t. jffmr lui rendre cionpie de la oommianDit
dont je suis chargé ,, et de maeonduite.
—Et de la mienne aussi , n'est-ce pas? c'est-ài^ire qne tu iras
porter «ne plainte an du0 contre le goui^erjaeer de laFécetley
pour aroir exécuté ses or^re^ tcpp i^oiement ?
-~Sin;mayieetsurman)iiQnBeiur^Jl3.9eki femianeune «plainte.
Laissez-moi seulement vffin argent comptant» sans lefoel il me
serait bien difficile de me rendre à la cour du due», et je ne sou*-
gérai pas pbs à ces marehattdîses que le cerf ne- songe aux beis
9i!il a jelîsraniiée^éc4denta,
Le gauwmenr scioona la tâte d'ua air qui annonçait <jpi'iLcoii*
serrait encore dea soupçons.
— Oane pena^.ayïiiir confiance «i des hommes qui sent dans ta
sitnalicA, êti ce aeeaitfolie de: esoire qu^ife la méritest^Les mar-
chandisea <pi» to dnia aeiietme.ant dne eaauûnKprepns^ en qeoi
conaist^at^elles?
192 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
-- Elles sont soas mi sceau, répondit l'Anglais. ^
— Elles sont de grande valenr, sans doate ?
— Je ne puis le dire ; je sais que le duc y met, beanQ0np de prix ;
mais Votre Excellence sait que les grands hommes attachent quel-
quefois une immense valeur à des bagatelles.
— Les portes-tu sur toi ? Prends bien garde à la manière dont tu
vas me répondre. Regarde ces instrumens qui sont autour de toi,
ils ont le pouToic de rendre la parole à un muet , et songe que j'ai
celui d'en essayer Tinfluence sur toi.
— Et sachez que j'aurai le courage de souffrir tontes les tortures
au;iqneUes.vous pourrez me soumettre, répondit Philipson ayecle
même sang-froid imperturbable qu'il avait montré pendant tout
cet interrogatoire.
— Sonvieiis*t0i aussi que je puis faire fouiller ta personne aussi
exactement que tes malles et tes valises.
— Je me souviens que je suis entièrement eji vott^e pouvoir ; et
pour ne vous laisser aucun prétexte d'en venir à des voies de fait
contre un voyageur paisible, je vous dirai que le paquet destiné au
duc est sur itia poitrine , dans une poche de mon pourpoint.
— Remetsle<moi.
— J'ai les mains liées, et par l'hôiinenr, et par vos cordes.
-^ Arrache-le de son sein., Kitian; voyons ce dont il parle.
— Si la résistance m'était possible , s'écria Philipson , vous
m'arracheriez plutôt le cœur. Mais je prie -tous ceux qui sont ici
de remarquer que le sceau en est entier et intact , au moment où
on me l'enlève par violence.
En parlant ainsi , il jeta un coup d'œil sur les soldats qui l'avaient
amené, et dont Hagenbach avait oublié la présence.
— CSomment, chien I s'écria Archibald s'abandonnant à sa colère ;
veux-tu exciter mes hompies d'armes à la mutinerie ? Kilian , £ûs
sortir les soldats.
Eti parlant ainsi , il plaça à la hâte sous sa robe de chambre
le petit paquet, scellé avec grand soin , que son écuyer venait de
prendre au marchand. Le» soldats se retirèrent, mais à pas lents,
et en jetant un regard en arrière, comme des enfaus qui regardent
des marionnettes, et qu'on emmène avant.que le spectacle soit fini.
— Eh bien! dr61e, réprit Hagenbach , nous voici plus en parti-
culier à présent : veux^^tu me parler plus franchement , et me dire
ce que contient ce paquet , et qui te l'a remis ?
CHARLES LB TÉMâUlRB. 10»
-r- Quand tonte votre garnison serait assemblée dans^ cette
diambrey je ne pourrais qne vous répéter ce qaeje voua ai déjà^
dit. Je,ne sais pas précisément ce ^kie contient ce paquet. Quant à
la personne qui m'en a chargé, je ne la npmmerai pas ; j'y sois
déterminé.
— Ton fik sera peut-être plus complaisant.
— Il ne pent vous dire ce qu'il ne sait pas.
^ La tortnre tous fera peut-être retrouver vos langues à tous
deux. Nous .commencerons pur ce jeune drôle , Kilian ; tu sais que
nous avons vu des hommes fermes faiblir en voyant disloquer les
membres de le^mrs enfans, tandis, qu'ils auraient laissé arracher leur.
viëUe chair de leurs ^ sans sourciller.
— Yons pouvez en faire l'épreuve, dit Arthur, le ciel me don*
aende la farce pour l'endurer. ,
^ Et moi du courage pour en être témoin , ajouta Philipson*
Pendant tout ce tem|is le gouverneur tournait et retournait dans
sa main le petit paquet, en examinant chaque pli avec curiosité, et
repettant sans doute en secret qne quelques gouttes de cire em«
preintes d'un sceau, jetées sur une. enveloppe de salin cramoisi
retenue par un fiLde soie, empêchassent ses yeux avides de voir
k trésor qu'il contenait, comme il n'en doutait pas. Enfin fl fit
rappeler les soldats, leur ordonna d'emmené les prisonniers, de
les enfermer dans des cachots séparés ,^ et de veiller sur eux avec
le phisgrand soin, . et surtout sur le père.
^ Je vous prends tous à témoin , s'écria Philipson méprisant
les âgnes menaçans d'Archibald,* que le gouverneur m'a enlevé
par force un paquet adressé à son seigneur et maître le duc de
Bourgogne. ,
Hagenbadi écorna dé rage.
— Et ne devais-je pas l'enlever f s'écria^t«il d'nne voix qne k
foreur rendait inarticulée. Un paquet suspect trouvé sur la per-
sonne d'un hornsne qui l'est encore plus, né peut<»il pas convrir
quelque* infâme tentative contre la vie de notre très gracieux
soaverain? N'avons-nons jamais entendu parler de poisons 'qui
opèrent par l'odorat f Nous qui gardons en quelque sorte la porte
des domaines du duc de Bourgogne, y laisserons^nons introduire
ce qiii peut priver l'Europe de la fleur de la chevalerie , la Bour-
gogne de son prince, la Flandre de son père? NonI soldats,
emmenez ces deux itiécréanp { qu^iw lés jette dans les cachots les
i3
pltts prefimds, «piHksoiéitt tépcnfe-» 6tc(a'«ê'Tcffl6F«iir'6fix'ffvec
graade attcntioD. C'est «se tvahiMn iniBiée de x^empliêhé anrec
Berne et'Sekm.
Jkrobibald Yea^Haf^eiibecli , s^thattUtemast à Mot flou rnuporle-
ment y continua à crier ainsi à Toix 'haute, et le yisage enininnié,
jusqu'au moment oùJ'on eesea d*«ntesdre le 1»niit de» ytas et le
cliquetis des armes des «créais i{iii se vêtiraient avec les prison-
niers. Alors «eiKteint derâit plus fiâleiqae de MutniDe y il fronça
los'sonrcilsy rinqaiétuâe lîàa soé &ontril'baâflBaia#oiX| parut
késiter, et enfin dit à een ticmyer :
•^ KiUan , nens marchons 'sixr >ttae planche cUMame , -et innis
avons sous nos pieds un Cftrrcttt fotkuft. Que de^Ngis-neaB
— Morbleu I avancer d'un pas fimney mais'pnfieiit, TéponAk
rastwieili ^éevyvr. Il est lftelMMUL-^e> ees «oldais aîeni; fo ee pa-
fMty et wpct>eÉieadn ce qae vient de dire ce ■MMhandà-iieifs
'MnBS-Benndfamr «et arrivé^ et ce pafsetttyaiit^cë vn^duis
lesmm» AB'VetgetfiKetihincej vonsnavez toatl^iiiMiMnr éçr«<vieîr
emcfty ijaand ttême vous èeiraiârieoaviic .^te^eeBn^avséi iattaet
^ffee leÉB^ëtvewi<Ur«& i^ça.On supposerait eeiilemeuiiqiie'vott
âirea eu. assez xL'fldsesee po0r 4Miwir*le paqvetJsfliis le^roaipfttott
p<mr le mspheaMKvtSBSeniienu Veyims di^netee ipi^U eemiwt
«faBt,ided!éeider]s&qidilfiiim>lriseéu^ioBlMa« Ge^^^tmqMiqw
diose de grande valeur , puisqoe)ce •oofu» de«uirébaad e^isemiidt
à'atanrtflimer^aiig» seprJdhesqnapèhiiniiseB» ipnrvu q^ie^^ie pré-
— .fleit^lxMaiUet sépendk HegeftbaAy'ftttliQcMieMtaeïidtspa^
piers relatifs aux affairés politiques* De semblables piteee^-^t^de
haqte importance, voyagent souvent ^0inT0iBielMrd4^Attgleierre
d iB'doc nofretmaiire»
' **-^ Si oftsent-iàes^piasiBapertans pearrleittecy BMs^poavons
lôsanvoyer iAijan^lls ^uvent^médie étvede «elle aatare que
luouis» roi deFienoe, les paîevaitcjeiibiatiePB lenr poMsif cor.
;, ...^Fft dana; Kiliaiil TMdimis^» que }e veadisse ies^seerets-de
«ionanaîtfe^«u;roi4e iFraMë? d'iamevaiB mieux ^boer maeête
enrile. bleic.
'ij-'-^^itoinient?. veependaiit ¥<ptre: E^eÉtienefeneBettatryas ecm*
. ^flUttrtqper aAtaobâyaipris ib (fhivtses ^frebableiMIit ^4er «eMAMe
\ >
dnnUES LE TËlâllASIE. 195
d'offenser son patron «n |Mrïam de ees maumuyres d'une manière
trop ibanehe et trop intelligible.
<^— IH {nHeHeflne, ireax*ta dire , impudent eoqoinfdit Hagen-
bacli» En parlant ainUy-tn te montrerais aussi sot que tu l'es orcB*
<6nreraent. Je ^irends ma parc du butin Tait sur les étrangers par
ordre du due » etrieii n*est plus juste. Le ehien et le fiiueon pren-
nent la leur de là ptDié qu'ils ont attaquée, et même la part du lion,
à moias que le ehasseur et'le fauconnier ne soient trop près. Ce
sont les profits de mon rang, et le due, qui m'a placé ici pour
satâsMre son ressentiment et rétablir ma fortune, n'en &it pas un
reprocbè à son fidèle serviteur. Et dans le fait, dans tonte déten-
due du territoire de la Férette, je suis le représentant du duc, ou,
tômm^ùa peut le dire, aliere^o^. Bt «'est^poorqiioi'j'onTrirai ce
.^quet, qui, Ini ^étant adressé, m'est par^conséqncut égdement
adressé à moi4ia(ème.
Ayant ainsi parlé, commepour se eotnndnere de son autorité,
il coupa lesfik de soie qui entonraient le paquet, déploya le satin
qui en formait l'enyeloppe» et y trouya une très petite botte de%Ois
de sandfll.
— 'Il fiiitt qne'leixmtenn'SOit d'une grande' Taleor, fit4, râril
oceupo^'lMen pen. ne pia^*
A ces mots, il pressa un ressort, et, la boîte s'onvrant, laissa
'Toir tti coffier de Ufllans TsmanjuaMes ^par 4eui' édat ' et ^lenr
^frossevr, ^^ ponfesant d'mie' vàlenr «xtraofdinaire. ^Iî«sf yenxda
Souyemenr rapace et ceux de son confident non ^moins'lniéîpesBé
^tawpt • ufflement Afeuis par "Wclat 'imsité de eesliijeiix, que
peotait {fiVtqfBtéitmofs ilr ncpurent exprimer qtie'^la joie et4a
'flvpiise.
--Iforldeal s*éeria KiHan, Pébstiné rieax^enqttin «vait le
iK>nmes^raisomr pourétre'si ojrinifttre. J'aurais moi^néme subi une
minute ou deux de torture «yant de lÎTrer de pareils bijoux. Ct
inamtenant YOtre*BxccHenoe permet-elle à son filèle serriteur de
4m demander comment ee bntîn'sera partagé entre le dnc et son
gouremeur, attirant le^règles nsîcées dema les yiHes de garnison?
-^Snr nia foi, Kilian, nous supposerons la rille prise d'aa-
sant; et dans nnefiHe prise d^assant^ comme tu le sais, celui qui
troate quelque. chose prjesidk'toiéKlé,'Sans'OiAi^ ses
fidèles serviteurs.
i3.
196 GHARU^ LE TÉMÉRAIRB*
— Gomme moi| par exemple, dit Kitian.
— Et comme moi^ par exemple^ répéta une autre, yoix. qui 8em«
blait l'écho de celle de Técnyer, et qui partait da coin le plus obs-
cur de rapparteiftent.
— Par la mort I quelqi^ui nous écoutait I s'écria le gouyemeur
en tressaillant et en portant la main à son poignard.
' ^- Seulement un fidèle senniteuri, comme le disait Votre Excel*
lence, reprit l'exéc^uteor des hantes œuvres, en.s'ayauçant àpas
lents.
^ Misérable I comment osès-tu m'épier ainsi? s'écria le goa-
temeor. •
' — Q^^ Votre E^cellenee ne s'en inquiète pas, dit Kilian. L'hon-
nête Steinemherz n'a de langue pour parler et d'oreilles pour eof
tepdre que suivant le bon plaisir de Votre Excellence. D'ailleais
nous avions besoin de l'admettre dans nos conseils, car il faut dé-
pêcher ces marchands, jet sans délai. .
«— Vraiment I dit Hagenbaeh; j'aTais cm qu'on pouvait les
épai^er. ^
— Pour qu'ils aillent dire au dnc.de Bourgogne de quelle ma-
nière le gouverneur de la Férette tient compte à son trésorier da
produit des droits perçus et des confiscations prononcées à la
douane?
— Tu as raison, Kilian. Les morts n'ont ni dents ni langa^;
ils ne. peuvent ni mordre ni rien rapporter. ScharfgeruhUh ^^
anrbs soin d'eux.
— Bien Yolontiers, répondit l'exéculeor, mais à condition 4^ ^^
ce dpit être une exécution secrète, ce que j'appelle pr^^i^ ^
cave, mon droit de réclamer la noblesse me sera expressémeot
réservé, et que l'exécution sera déclarée aussi Talable,.quaP^^
mes^droits, que si elle eût eu lien sur la place publique, et par le
tranchant honorable de mon sabre officiel.,
Hagenbaeh le regarda d'un air qui sei^lait annoncer qu'il ne le
comprenait pas ; et Kilian, s'en apercevant, lui expliqua 4^®j^
Scharfgerichlerff était persuadé, d'après la conduite ferme, et intrC'
pide du plus âgé des deux prisonniers , que c'était un homme de
sang noble, et que par conséquent sa décollation lui procurerai
tous les avantages promis à l'exécuteur qui aurait rempli ^^ ^^^^'
tiens sur neuf hommes d'illustre naissance.
— Il pourrait avoir raison, dit Archibald , car void n» morceau
J
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. W
de parchemin snr lequel on recommande an dnc le porteur de ce
éollier, et on le prie d'accepter ce bijou comme nn gage qui loi est
envoyé par quelqu'un doot il est bien connu, et de donner au por-
teur pleine croyance ^ en tout ce qu'il lui dira de la part de ceux
qm l'enviaient.
—Par jqui est signé ce billet , si je puis prendre la liberté de
TOUS faire cette question ? demanda Kilian.
*~ Il n'y; a pas de sigi^iture. Il faut supposer que la vue du col-
lier, ou peât-étre le caractère de Pécritnre, doit apprendre au dnc
^ud est celui qui lui écrit.
— Et il est probable qu'il n'aura pas tout à Fhemre l'occasion
d'exercer son imagination sur l'un ni sur l'autre.
Hagenbachjetaun coup d'œil sur lesdiamans^ en souriant d'un
air sombre. L'exécuteur des hautes œuvres, encouragé à conti-
nuer un ton de fiuniliarité qu'il avait en quelque sorte forcé le gou-
verneur à souffrir, ea revint à son sujet favori, et insista sur la
noblesse du prétendu marchand. Il soutint qu'il était impossible
qiï'on eût confié à^un homme de basse naissance des bijoux si pré-^
ëenx ^ et qu'on lui eût donné une lettre de créance ^i illimitée ^ •
— Tu te trompes, fûaque tu es, 'dit Hàgenbach. Les rois au-
jourd'hui emploient les instrumens les plus vils pour les fonctions
les plus élevées. Louis en a donné l'exemple en faisant fidre par son
barbier 'et par ses valeta de chambre ce dont étaient chaigés au-
trefois les ducs etpaiirs; et d'autres monarques commencent à pen-
ser que dans le choix de leurs agens pour leurs aflhires impor-
tantes, il vaut mieux 'consulter la qualité de la cervelle deshonmoies
qoe celle de leur sang. Quant à l'air de fermeté et de hardiesse qui
distingue ce vieux drôlç à tes yeux , ignorant que tu es , il appar-
tient à son pays<^et non à son rang. Tu t'imagînesqu'il en est de
TAngleterre conune de la f'iandre , où un boui^eois de Gand , un
dtadp de Liège ou d'Ypres, est un animal aussi difféi!ent d'un-
chevalier du Hainaut /«que l'est un chetal de trait de Flandre d'un
genêt d'Espagne. Mais tu es dans l'erreur. L^Angleterre possède
maint marchand qui a le coeur aussi fier , le lM*as aussi prompt
qi^aucun noble né dans son richcét fertile sein. Mais ne te 4écou-
tsge pas, archifott ; fais ta besbgne comme il Caut avec ces mar-
>• Lonf« XI «t probablement le premier roi de Frenee qui tit mis de cdté tonte affiecMlion de
<^i*ir »M ministn« parmi U, nobtesat. Doi bonnifl do buM naîMan^ f aroattt««f0|i% élev^ par Ini
tu fooctions les plus importantes.
198. CHiALE» UÇ TÉHËUiBE.
chands; nom aaroo» bientftt eno» nos maina lef «amUMman 4îUiir
derwakl : il est paysan par choix » Biais il esb voi^Je ^en^issmoe ,
€t sa mort bien méritée t'aidera |l te lafver de la crasse dont tu es^
las d'être encroûté.
— Votre exqsUence ne ferait-elle pas mieoz d'ajourner le de^tbi
dexes.marchands, draianda Kilian, jusqu'à as que nonsi ayons
appris quelque chose sur leur oompte» dea prisonniess^snisseï^
nMs attons ayoir tout à Vheure eu notre pouvoir ?
— Gomme tu le TjQudras.| dit! Hafenbâcb en seeooant le. bras»
conime pour écarter de lui quelque tâche désagréable; mais<|Q|B
cela finisse, .et que je n'en entende. plus- parler.
Les satellites farouches saluèrent caa sigpe d'obéissance, etk
conelaare sanguinaire se sépan ; le*chel emportimt seigaeusement
leS'bijoux précieux qu'il voulait s'ap^mprier au psix d^unetrahi*^
son envers le souverain au service, duqjiiel il était entré,, et du sang
de deux.hômme&innocens. Cependant, a^c cette faiblesse d'es*
prit qui â'est pas tréa raro chéries grandsi criminal^, il cbeccbait
à effacer de son souvenir l'idée de sn bassesse et. de sa cruauté».
ainsi qne le sentiment «du déshonneur do[Bt.le>^iowiraitaacondiiit0
en çhargeanl de L'esàmliDn immédiate de ses ordces- atrocQS des
a§QD8 subaltenies*
CHAPITRE XV.
Bt «noat.nos aiein
Qui pour rbommé oot conetrnit ce cachot ténebM»? ,
. •^ Ancienne comédie-
N -"
hk piâfiondans lamelle on eonduisit ÂKthun.Phttipsèn ^tait att*
deiœs cadiots ténébçeux» qui aocusianl^ l'inhaiimnité de nos sik
eta«a« On. diraîi qu?Us éti^ni^ p^resque incapfdil^ de 4i0tm(P^
«aare riniioe9nee'et le arimiO', pmêqpB um simpte aeousntîoiPf^^AÎ^
«.w,««,M« ^MMM^fi^Mm .M^aséi^piencea- bien-plus sé^rést.que'ael!^*^
jourd'hui cette espèce d'emprisonnement prononcé comme la I^
sîltjioft^expr^ise du crime» "^«iLij&r
GHÀRLE& LE lEMEHAIRB. 1«9
aài&étTMty obMir, et cfeani dais le roc sur le^pid tfditmât la
toov. Uq0 petite laoqpA lui tak laisaé», nonne une grâoe sa^s
eoDséqfMttoe^.iiiaifril.raaift garottéy et* qvandtil denanda im pea
d^eaa., «a 4e» saleIUtie$ fismudie» cpi» ra^tBtomdintieii ce Uea
kâ léposadît Inp^nenlBBl ^|oe>/ paai^k temps q»'il' amdt à.iPWvB ,
il ]>pfCFftie hîea'soaffm Ici 80Îf. Gettesosiiànfi néponsefiitt pour l«i
iffi aiHgprefiiie sa* soif durerait aataiit?<peda ^ie, oi^is pottr finir
praiBfiteiiieot Fivie et. Vantrei AlaifaiUeJaMvdeealaBipev Arthur
iimil «imneé yeK« un haiuLgnsaaièraB^flBt taillé dans- îe^ 190 , . et »
ses yeux s'^tant accoatainés peu à peu à Pabacorité .d« cachot^ il
aperatdaiis>la^inerm qai em iaimait ta plamherime espèce de
laiige fante imaenblaiil) aaeezi à Feieireraare d^mi piiîta> mais de
bTBÈB inrégnlîère » ett^Mirttasaiit ptatftt celka d'un gouffre cr^nsé
i'aiiorà pat It^ Jiafiiire;^ et agran^par le traïf ail des haaiaies.
— Yoî^î donc mmklk de mort, sedit«iIàhiiHiiâmf , etcegoaffee
e8l.peiit<^tru;la tonke destinée à mca restes ! j'ai mâme eateadn
diae foedes [râoBinârs awaiit été pvécipités toatTiTaus. dans, de
aeiBUai)le»#btïiiea>,.poixr y noulriit lentemeaaf Mtaaé&de leur dmtf ,
ttds^cpe peraoane eséenrilt. leum gémjssfenenS'Ou jpieigQit leur
S^appKochaot deceue ainisiie-caiiité » ilientaidit.^ àunegrande
profondaor^. un aco^^i lui paru cehûd^èMeaiijMJatenFaiiiedmit
la mmb^jumcfomm aemUait deuuoidar sa Tktûnei La «lort: ea t
effrayante à tout âge ; mais danale piânteaips delà -miy quand ea
sent la prix d9 tolia*lea Saisira qn'cUo «ffioe» itim arraché ^nokm-
HMiBt au Ifaiftqaet auquel on yimjL à peine de a^aaseoîr , c'est alovs
9islamoi>t e^ déjà pleine êtummMmB,, mâme quand elle anme
d'apièa le ooura erdinaîre de la natare. Nais âtre asais, comme
l'ttait Aiibor ,;&ur le bord d'uia^bm aoiâerraîn ; diercher , a^iac
ma hofinA>ls ine^^tiiudo » ams qiiaUe formeelle allait s'approebar
de loi, c'était une situation «BipabUid^ilwtârelecoiUMige de l'inimme
lapins- breana, ail. l'infortuné pàmmm» se n^ouva. hors d'état de
retenir le torrent de larmes qui ooidaîani* de ses yeua^t, et queue
yoaii^Bt essuyer sea mains gano^oà. J!foaa avens ^jà dit que,
qnaiquè ee*jeuoe homme iût ioiarépide daâa ks périlaqttQ.peut ceia-
bs^re e% aarmcmter la fercede l'ame > il ayait une imagiaeâoUsâr-
dnya et suftceplible de se prétett à toutes les e:fegératîons qui
«talteut daus' uao:sHnatiaa pénible e^ lueai^aiile>eeliâi<}iui.ae p^t
pbia^at«Ndlre la^SMbttrar emiâÉiine déf où^
200 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Cependant les sentimens d'Arthur n'avaient rien d'égoïste. Sa
pensées se reportaient snr son père , dont le caractère noble et
juste léuit fidt pour attirer le respect « eomme ses soins oonstans et
6on affection paternelle devaient exciter Tamour et la reconnais»
. sance. Il ét«it aussi entre les mains de scélérats inaccessibles aux
remords I et déterminés à recourir an meurtre pour cacher le voL
Ge bon père , qui avait montré tin tel courage dans tant de dangers,
une telle résolution dans tant de rencontres , il était , comnieloi,
.garoti;^ , sans défense , exposé aux coups de Tétre le plus vil qd
.Toudrutle poignieurder.
Arthur se rappela aussi la dme du rocliér voisin de Geierstein,
et le vautour farouche qui semblait le réelamev comme. sa proie.
Mais , dans ce cachot » il ne verrait pas un ange sortir comme d'im
nuage 9 pour venir lui indiquer dés moyens de salut. Ici lesté-
nèbres étaient souterraines et éternelles; elles ne lui permettaient
que de voir briller ^ à la lueur de la lampe ^ l'acier de Tarme dont
«n scélérat viendrait lui porter un coup &ital. Cette angoisse se
prolongea au point qu'elle lui devint insupportable. II se leva^ et
fit de si violons efforts pour se délivrer de ses' liens ^ qu'ils sem*
Maient devoir se rompre / comme ceitx dont avait été chargé le
Fort d'Israël. Mais les cordes étaient trop solides , et apîrès de fa*
rieuses tentatives qniiés faisaient presqne entrer dans sa éhair, il
perdit féqnilibre, et tomba à la renverse , à deux pas du goufre,
- avec la craitite horrible d'y être précipité.
V II échappa heureusement au danger-qu^il craignait , mais il s'en
fallut de si peu qu'il ne tombât réellement dans cet abîme y qne sa
tète frappa contre un rebord peU' élevé qui^en entourait en partie
l'ouverture. 11 resta quelques instans étourdi et immobile f et qaand
il revint à lui , il se trouva dans une obscuirité con^plète , sa chute
ayant renversé et éteint la lampe. En ce moment , il entendit h
porte de son cachot crier sur se» gonds. •
— Les toici I voici les meurtriers ^ Notre-Dame de' merci I Dieo
XM>mpatîssant ! pardônnez-m<â mes fautes I
Il tourna les yeux r^s la porte/ et fut un instant ébloui parla
-clarté d'une torche portée par un homme vêtu en noir, quiV^v^'
çait vers lui , et qui tenait en main un poignard. S'il fftt venu seul;
le malheureux prisonnier aurait pu le regarder comme l'assassin
tpn venait mettre fin à ses jours ; mais une autre personne l'accom-
pagnait. La lumière de la torche fit distinguer à Aithur la robe
CHARLES LE TÉMÉRAmE. SOI
blanche d'une Semme • et lui fit même entreToir des traits qn'il ne
pouYait onUier , et qni se montraient à lai lorsqu'il s'y attendait
le moins. Son étonnement fat tel , qu'il en oobUa même sa situa-
tion dangereuse. — De telles choses sont-elles possibles ? se de*
manda-t-il à lui-même. A*t-elle réellement le pouvoir d'un esprit
élémentaire ? a-t*elle conjuré du fond de la terre ce démon noir,
pçur le idre coopérer avec elle à ma délivrance ?
Sa conjecture sembla se réaliser;, car l'homme yêtu eu noir,
donnant la torche à Anne de Geierstein , ou du moins à l'être qui
en avait pris la parfidte ressemblance , se pencha sur le prisonnier ,
et GOupaayec tant de dextérité la corde qni lui liait les bras , qu'elle
sembla tomber dès qu'il l'eut touchée. La première tentative que
fit Artfanr pour se relever ne lui réussit pas. À la seconde, ce fut
la main d*Anne de Geierstein, une main palpable , aussi bien que
\isible , qui l'aida à se soutenir , comme elle l'avait déjà fiiit quand
on torrent mugissait sous leurs pieds.^Ge contact produisit siir lui
nn effet bien plus puissant que le peu d'aide que pouvait lui donner
la force d'une jeune fille r il fit rentrer jle courage dans son cœur ,
la vie et la force dans ses membres engourdis et Croisses; tant
l'esprit a d'influence sur le corps, tant il l'élève au-dessus de la
faiblesse de la qature humaine, quand il est armé de toute son
énergie. Arthur allait adresser à Anne les accens de la plus pro-
fonde reconnaissance, mais la parole expira sur ses lèvres quand
il Tit cette jeune fille mystérieuse mettre un doigt sur sa bouche,
pour lui faire signe de garderie silence, et en même temps de la
msre. Il obéit, plongé dans une surprise silencieuse. Sortis du
&tal cachot, ik traversèrent divers corridors formant une sorte
de labyrinthe , et taiUés , les uns dans le roc , les antres bordés
de murailles construites de grosses pierres tirées des flancs du
même rocher , et conduisant probablement à d'autres cachots sem-
blables à celui où Arthur était détenu quelques înstans auparayant.
L'idée^ que son père pouyait être enfermé dans qndque biorrible
prison comme celle qu'il venait de quitter, fit qu'Arthur* s'arrêta
qoand ils arrivèrent au bas d'un petit escalier en limaçon , qui
semblait conduire au ^îte de cette partie du bâtiment.
— Chère Anne , dit-il à demi-voix , guidez-moi jpour le délivrer :
je ne puis abandonner mon p^.
Elle secoua la tête avec un air d'impatience, et lui fit signe
d'avancer.
202 dtauiHS&E:
-— Si votre pouvoir m^ ya jiss^josqii^ aapYW BM^inre^ jent^
terai poi^r le sauvM; oa moarîp ave» loi»
£U& nesépandît rien» viaii aoa oooHMisnHt Inî difc^ d'une Tok
creofie \ astaz. analogue à^ son >ex^îear t
-«^Jeane honune, parle à Mia«» q« il^eet panais de te ri-
pandra, oa^plutôt'gerde lé aileii|Mi».ei smaines«6ensals*,G!6stIe
seul moyen d'assurer fabUliMt<i et ln^via de ioibpere^.
Ha montànentreacnliai;^ Aiiiie:dia GeierateiB^ ntaMuuit^ la pre-
inièra. Artfaar^ qui ki siiiyakp. iiotpni l'anffêohar da penanr ^
celte forme légère pnedoîaait mm paatM-da^lailamîèreeiiiiaBQDtée
de faLtocche et»'qBi4e.iKAéiail«aiis: 8a.retiietbU9chttt C'Aak pmba-
hlement l'effet deaiidées-^upeartiJieiiaee qn^svaî&faitatÀre en sw
esprit l'histoire. ^ekraïattle:d^A«nev qiie'BaÉcdphe Iniavaili racon'
téêy. idéeaqai 19e traavaieatiQOufiiimâeBipBDma apparMoa inatten-
due dana un pareil lieuà H n'^aftiMmatant qa» quelques instsas bien
oourts pom^ &ire eea icétkiàxms ,<.Gav elle monta FéM»ber tov-
nant d'an paasî riq»îde:qii'îl iat.imp0Mbki à^Aathur de la aum
deprèa^ etil«nelavitplos«qmBidilaiviT2asHr leL'palîer. AVut^
disf arn^miraeuleuaeiBeiit ? élaitteHaaoftréadims^fnriilue autiai^*
ridôr ? il.a^eotpas ou moment de Joisiapemr déeÛer. oelte qwfltiflo
aviec luirmèna* # •
— Voioi yotoezobmpin^ loi ditrjsamgnidetnoie. Pi^ éteignant
sa.torohe^ il piit Arthur pan le bras et^ la fiii eol««r dmis.no loag
oorrâdor obsoiuN Notne jeanOrbemmecnefui paa àiL^abrLd'eiLBiO'
ment. d'inquîéUide ^ ea sa rappelante l'air sîiiiatNi de son coadoc-
teiVs et.Ie yyaîgnaDd qu'il poayaii. laâ .{dongmn lont àieoiq> dans le
seia; mais il ne^put se sésondinaàoreinaeapftUec d'une trahisoouB
hamme. qfi'il awt vu« a^eo. Anae^de GeierstjBÎn ^ à qm il demaada
pandan>dn fond da.<Haiar du motp^^neat de.oraânlie q^'il a^
éprouvé.
Il,se laissa, done oondoinepan son eem^mgpmn;, qui avançât à
.grands.paa,^ mai&saas ïekmoindrabriiftt^.et qpLlui^itiàl'oraUe de
pEoadte la. mêma précaution^ .
— - Ici se termine aotre vofagp ; ajwtar epfMa>aanigatde.
Gomme il pariait aiosii^ une pofJ^eaiooiibnÉt^/etiilaeulrèreat dans
nna cliaBnbre godûque, autour deLbupietteétaieal>dtSrt«4>lettes en
bois de chêne,, chargées de livnBiSvet.de piannaarilSk hèBf&B'
d! Aartfaar fnyant.ébloiiîs pan 1% etarté aedûteda vf^ad J^uTr à^^ il
avait été privé depuis quelque temps , et , s'étant retoAmé yil^^
CHARLES fin 'BMRAnB^. 3Qt
-rit fkm U. porte p«r laquelle il» étaient; entrés due^eet «HMurter,
ment. H n^en fat pourtant paa très anipria, pavce qp'ï jngen
91'eUe était oonterte de tàblettes«eiid»lable4 à oeUes ^ tapiiaaieiit
tout Uapparteipeat , et cpH empêchaient qu'on ae.la distingiiat , ce
qpi arrivait qndqnefoia à. cette époqae , , et ce qaW Toît encore
fréqiUHBinent açyonrd'hnL A la lunûère du jonr^ aan libémtenr ne
hn parait pins qn^on eoclésîaatîqiifai: dont leatnûts et le coatnme
n'avaient rien de cette expression d'horrenr saniatni^lle que Ini
awetttirr^éelftliient d'une tOBehe etlat^rreor d'tin'oad^.
La jennePhilîp^oajpeipioi plus librement, cemmA qn bonuntt
qA a'éifoâlle après airoir fait onaonga allieux« Les idéea anpertti*
tieoaeft qu'avait &4t nidtre dans apn ûmig^tion la vm inattendue
d'Anne^de Geiersteii^ jQonnnracàreiit à a'évanooir ,. et il dit à son
-^Poiir assoit où) je doi^adt^ettcr les ténvMgnagea-de^tii.JRfite
reoonnaîasance , von révér^d Père.^ pennettea^moi de ^vnna d€K
mander si Anne de Geierstein
— Parle de ce qni oonceme ta maison et ta.tamiUe , répondit
le prêtre aussi briàTement qn^aupimyant». Aa?tti.déjà oublié Ift
dang^ de ton père ?
— Noi^ , de par le^ueli non! s'écria. Artbni: ; ditasHUOi ce quai
j'ai à taira peur le.(iiUivDer, et vonsb-verrej» eonment nn fUa peut
GOBibaltze poun iHi> père. .
— C'est bien , car cela est nécessaire , dit le pr^tae. Goa¥r^-tc&
A^ ces yâtemena ^ et stiis«nibi«
LfiB.Yâtâmens qp'il loi pnéseutia. étaient le froc et le.oai^icboil.
d'oniuyvice*
-'Abaisse lé capoichonsur iKH^yisage^ dit le prêtre ». et q^ que
ee soit que tu r«ncontr4^« ne lui v^onda pas. Je dirai- qp» tu a»
iait ?œn de silence.- Puisse }e eieLpar4lonner à l'iudigne.tysan çii
nous force à celte dissininlarian prcfane I Sois-moi de trèspr^*.
et sactout ne parle point.
Le dëguîsenienl fut bientôt terminé.. Leptâtre de Saint-Paul»
car c'était lui^ marcb^ le premier , et Arthur le suivit pas à pas «.
prenant autant qu'il le: poorait l'air humble et nu>deste d'im.no-
Tice. En sortant de la bibliotbèquiç ,, ou dil cabinet d'étude da^
prêtre^ ils diescendtrent ua petit escalier^ et se tcouyèrent. ensuite
dans une rue de la Férette, Une tentation irrésistible ppKt$ le
204 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
jeune hômtte à Jeter on coup d'oeil en arrière , mids^à peine eut-
il le temps de yoir qoé la maison dont il venait de sortir était un
petit bâtiment gothiqne , situé entré l'égUse de Saint-Panl et k
grande tour qui défendait la porte de la Tille»
— SuiTea^»moi| Melohior, dit la^oix, grave du prêtre, tandis
que ses yeux perçans se ^fixaient sur le prétendu novice avec une
expression qui rappela sur-le*champ à Arthur le dan^r de sa si-
ttiation.
Us continuèrent à marcher, personne ne faisant attention àeox,
si ce n'est pour saluer le prêtre, soit en silence, soit en loi adres-
sant quelques mots en passant. Enfin , étant anrivés au miliea de
la ville, le prêtre prit nne petite me qui se dirigeait vers le nord,
et à l'extrémité de laquelle ils montèrent nn escalier. Suivant l'a*
sage des villes fortifiées, cet escalier conduisait sur le rempart,
t[ui, à la manière gothique , était flanqué à tous les angles, et de
distance en distance^ de tours de diverses formes et de difEérente
grandeur.
Il y avait des sentinelles snir les murailles , mais la garde y était
montée par des bourgeois armés d'épées et de javdines , et non
jpar des soldats de la garnison. Le premier près dnqaelils passèrent
dit an prêtre à demi-Voix : -^ Notre projet tient-il?
— Oui , répondit le prêtre de Saint-Paul ; Benediciu D&mino,
— Dec gmiias ! répliquarle citoyen anolé, et il continua sa faction
sur le rempart.
Les autres feclionnaires semblaient les éviter ; ^car lorsque Ar*
Anr et son compagnon en approchaient, on ils disparaissaient, on
ils passaient à c6té d'eux sans les regarder, et sans ayoir l'air de
les voir. Enfin ils arrivèrent devant nne vieille tourelle qui s'éle*
vait au-dessus de la muraille, et dlns le mur de laquelle était per-
cée nne porte donnant sur le rempart. Elle était placée dans on
ooin séparé de tous les angles des fortifications ,• et rieii ne la coni-
jnandait. Dans unct forteresse bien gardée, nn point si important
aurait dû être surveillé tout an moina par nne sentinelle, cepen*
dant il ne s'«n trouvait aucune.
— Maintenant écoutez-moi bien , dit le prêtre^ car la vie de votre
père, et pent-être celle ^ bien d'autres, dépendent de votre atten-
tion et de votre promptitude. Vous savez courir? Vous êtes en ëtat
de sauter?
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 205
^— Je ne $eBs plm de fa%ae depuis 4ae tous m'ayez reiida la
liberté 9 mon père; et les daims qne j'ai ^ s^onTent chassés ne me
gagnerai^t pas de vitesse en pareille ocoasion. •
— Faites donc bien attention. Cette tonrelle, dans laquelle je
Tais Yoos faire «atrer, renfsnne on escalier qni conduit à tine po»
terne de sortie. Cette poterne est barricadée à.l'intérieor^ mais elle
n'est pas fermée à dé. En rouvrant , vous arriverez an fossé» qui
est presque à sec. Qiiaînd vous Pâlirez traversé , vous vous trou-
viez près du rempart extérieur. Vous pouirez y voir des senti-
nelles, mais elles ne vous verront pas. Ne leur parlez pas^ et
passez Iq mieux que. vous pourrez par-dessuji la palissade. Je
suppose que vous pourrez gravir un rempart qui n'est pas dé*
fendu?
-^ J'en ai gravi un qui l'élait... Et qne dois-je.fidre ensuite ?.. •
Tout cela est fort aisé.- .
— Vous verrez à quelque dittanoe un petit bois> ou pour mieux
dire un taillis. Gagnez-le avec, toute la vitesse dont vous êtes (ca-
pable. Quand Yousys«i)ez^ tournez :versPorieitt| mais alors prenez
bien garde de ne pas vous laisser voir par les soldats bourguignons
ifà sont de garde sur cette partie des murailles i car s'ils vous
aperçoivent, une déchai^ de. flèches et la sortie d'un détache-
ment de cavalerie pomr vous poursuivra en seront la consé-
qoence iniaillibley et ik ont les yeux de l'aigle qui voit sa proie
de loin^
— J'y mettrai tous mes soins , mon p^e •
-- De l'autre c6té de ce petit bois , vous trouverez un chemin ,,
00 plofftt. on sentier tracé par les montons , quir , s'éloignent insen^ '
sî^Iement des murs de la ville, va rejoindre la route de la Férette
à Bâle. Conrez à la rencontre des Suisses qui s'avancent;' dites-
leur que les heures de la vie de votre père sont comptées , et qu'il
CiQt qu'ails se pressent» s'ils veulent le sauver. Surtout ne man-
qœz pas de dire à Rod^i^e. Donnerhugel que le prêtre dé Saint-
Pad l'attend à la potM>ne du côté du nord pour lui donner sa bé-
nédictin* -r M'avez-vous bien compris?
— Pariaitement , répondit Arthur.
Le prêtre ouvrit la petite porte de la tourelle , et y entra avec
Arthur qui aUait descendre rfipidement l'escalier qu'il y trouva «
— Attendez un instant \ loi dit le prêtre ; dtez ces yêtemens de
novice/ils ne feraient que vous gêner. ! ;
fla imdiiitt^ctt&'ArtiHirw dëbaurfasM da frise etda:«apiiolton,
et ilse jdiqK>6ait ée «oti?eftU à partir. ";
^^r Encore an moadent/peprit le^prètre. Oelfrec pooicttit déposer
eontremeiis*'Aide2*ikioi à ôter marobti.
QaQiqne brûlant d'in^pattenee, Arinir reMnmt la néfemié
d'obéir k son guide/ et lorsqae le^ieiflard eat qaitté sa longaerobe
tioire, il pamt^ax fenx da jeune homme cto toutane de serge nmre
eoQvenabte à «a profession. Cette soutaiie éttti^^ée sur sa tailfe
hm par ^une cemtafse telle qa^en porteut'lesieôdétiastiqoesy mais
por un oevatttrdâ très«peti eaiîoniqae, en peau de butté, soHtenjnt
mt sabre fovt ^sourtet à double trÉacliatit^propreà frapper d'es-
toc et de taille. ^
— Donnez-moi maintenant le costume de Aoyice, dit le "vésé-
rable prttre, et je «ettraî ensuiceima rsèie paridessns. Pottqué je
porte en ce Qioment quelque chose qui sent ieial^e, il «st 4- pro-
pos que je devble mes -yéteafem ide'cbiBe.
' £a piôiant ainsi ^ril ^seuriit iStm» air ^nîM» 9KetJee'S0aiife''mit
quelque chose de ph» étErayant qaei^le fnmeeiiiitnt desoitVQÎis qé
hd était habituel , en^qa^ osQTeoait imsax ^àees tt ails*
<-*-Qa'atietidiiMdateHftm«ce>joane^iitsi^^ dit«il^ qiumUa vie
M'b mont dépendent^etta-protttpiitiidef
Arthur 'i^'attendit pasqnééwmd^wijs tteopatdr, et il iëstfnéit
Pescalier'ou lAntdt'le^^ffaMeMi. fLa pMerM, Jooamie l^irm^oUt 46
prêtre, n'était fermée que par des barres de^er qui ne haieBri-
rent d'autre réftistance^^qitie eèlle que 4a wnuite psamit ^^^peser.
Ayant Téosfti^' roiwnir» Use* ttent^^wr >ielbéitt'daJfiMâé^aféca-
, gens , doftt laettrfateiétsâcirinidÉtrey ist , sms Jexaaauiepqdelle poa-
iridten ètrela profo&d[ear,sâiis>eoifger àllaibMe:{^tfie*ipiî<iè-
tèaait ses pieds â 'dmqœ' pas , il>le ^«^Mia , «N; ««riva^^stip i^autift
tifB, mon à^rer Pattefittondè deax'dign^ Imiygeoîs èarkii^
rette, chargés de la garde de cette barrière. Vmk(d*èaxtéttlÊL pvs-
fondement oecupé à lire, ^t une tAirMjNpre^rôJhaey «oitituie lé-
gende i^Ugiéuséy Patttre etssihinidt' leisssé av«6 Meàtion /^XHaaie
s'il y eût cherché des angeiliiBS'M des gfeiHaâUes, car il peignit
un petit panier qui semblait *^^ieisrtiàé à teeetQi^)qll^qae bùtis de
«etteeiqièce.
Vdyaiit que y feomtttfo 4e pfétre le Jiti -aWtpilMt ^il^ii^ildtfriQii
à cxamdre de là ^^^attoe des'seaiineUeB , ^AathnràcoaM; êFers la
palissade dans Tespoir ^'en'wiiiisaist k talitides^iMu: » il^poor*
nkla^fimtteÛr'4te «cal^sMit. Mais , on il âtait trop préramé de
ses forées, ^n . ton emprfaqimqiBent , les liens dont 11 avait été
oiHFséy'et la ^Q€e fifil airaft fcite, les «taient diminnées ; il ne
j»at en aftteisApe leihâdt /^mmiiba en arrière ^ et /en se vAetviiil,
ûyii on .seidat -en auûfiMnne janne et bien, conlenrs quittaient
œiles d^BageEnbaGh.y^»eoai]rir*tertt lai en criant aaxYaedonnidrei
négligeas ^t yareoiMiBL t — Alarme! akmfel 'arrdiez ee fifyard,
dâens'de Cuméains y-'ow^iiis^es morts tons deux !
I^ beorgieMS qnlpteliait jeta par teriie son trident à angmlleâ,
tirasen épée, laât brandirrarsa tâte^'Ot s'nvawçaTersPhiiipsiAi
d^«n ^^^ n*aHMMfiçait'pas.iméprëcipitntion'incotMidérée. Gehli
qui lisait fat encore' plas malheureux , car il mit une t<!lle'hftte4
fermer an Vnm et à^MNiper de ses émûm qu'il oe jeta* snr le
ekntinvilu âeUat, à OMp sur éans en avoir riatentien. CSctai-et,
fai emnait de tentes ses'iMroes , heuiHi le citoyen de la Férette,
et le ekcN; fatisï viohntifu'ik fùrant toi0 deux renversés; mds le
boarfeon^ étsmtvn benmed^nn-poidsét -d^nn embonpobit respec-
tables, resteànaoïebifetàl'endrat où il était^tonibé , tandis que le
soldat, :fia»Ié^,'et s'âMenâantpeu^tm moins à cetie rencontre,
itemone «I fM oQ^dcttx en tëmhant, et roula jusqu'au fossé , au
Inid doqnel U resta ésendu^tmit de son long , se débâftaJtt dans la
fangeépînsfle. be ^Mêêkêt et leledenr, "sans trop se fnresscr , àllè*-
rent ofbir leur sèoours an compagnon de garde qu'ils n^VSieflt'ni
iiimâa^ûaiéBÎisé. Seariant^èitfMnps/ JÉrthmr/stimalé'pèfrfe^dan-
gtrifi2il osatiiaitvifiiuâtmNrtM^eesfforees^nf^ peur
sauter une seconde fois, et il réussit à fritttdrti<llapiliBlMis.41'edli>-
rat altami^teiilleiitetS'lisiii#i^
qui nVtaîmttpasLà anetsèsfrrtbâe distanee ,'et ywriNwsans àreit
entendu aucun cri d'alarme sur les «mrufllei. 11'seittaSt ponrttnt
qae sa eîMuidoniitaiil devenue eatrtfliement. ptéeaire ,' ptàsque sa
Ûteétatesomme an^asoins 'd^un sc^dat, ^ né manquerait pas
dted(mnér<««iséè8fq«Ul«usaitq)U^se*tirer*dcf la booe* du fossé,
queifis AfAtttseoiipçsmiâtlesdeux^dioyensdevOal^ isedonner
tout j«ste4^ir de>miidir/Oss>pensées, qui se'préseiMieM: à son
esprit, ajoutèrent à son agilité naturelle, et, en mOtn& de'tiemps
qé^t^^teirtit pii^'et^ire'poirifc)e,;il'a«tëig^ Pextrémité du
petit4ieis,^isià il'pMtàiftitoiir 'la^^ tenr «de'la«penede FBêt, et^te
vempart»eemireit deseUais^rtmities «mues.
il«tf; lMNMifr4e4Mte^seir«A^ scMiveftsoùs
208 CHARLES LE TÉMÉMIREr
le peu de boisions qui prot^^ent encore sa faite , afin dMviter
d'être vu^iar cent qu'il Toyait luirméme ti distinct^nent; Il s'at*»
tendait à chaque instant à entendre le son d'un eori et à voir parmi
les soldats , sur le rempart , un ^lonvennent tumultueux qui anoon-
cerait une sortie. Rien de tout cela n'arriva pourtant, et » suivant
Ic^ sentier dont le prêtre I«i avait parlp, il perdit enfin de vue les
tours de la Férette , et rejoignit bientôt la grande route par laqnelle
il était arrivé dans cette ville quelques heures auparavant avec
son [ère. Bientôt un petit nuage de pouisière, à travers lequel il
vit briller quelques armes , lui fit reconnaître qu'il approchait d'un
détachement d|honunes armés , et il en conclut que c'était Fayaut*
garde de la députàtion suisse.
Au bout de quelques minutes , il rencontra ce petit corp8> qoi
était composé de dix hommes, ayant à leur tête Rodolphe Don*
nerhugel. La yuedu jeune Philipson , couvert de boue et même de
sang, car il s'était fiait une légère blessure en. tombant dans son
cachot , excita l'élonnement de tous les Suisses , qui s'attroupèrent
autour de lui pour savoir ce qu'il allait leur apprendre. Rodolphe»
seul ne montra ni empressement ni curiosité ; il avaitla tête large
et forte, une physionomie semblable à ceUe des anciennes statues
d'Hçrcule, et dont Texpression calme/ indiflérente et presque
sombre, ne changeait de caractère que daps de^ momens de w
lente agitation.
. Arthur, qui pouvait à peines respirer, lui apprit que son père
avait été jeté dans pu cachot, et condamné à mort. Cette nouvelle
fut entendue sans émotion.
— Ne deviez-vous pas vous y attendre ? dit le Rémois avec froi*
deur* N'aviez- vous pas été averti ? Il aurait été bien fiacile de pre*
voir et de prévenir ce malheur. .
. — J'en conviens I j'en . conviens 1 s'écria Arlbur en se tordant
les mains ; vous étiez prudent ,. et nous avons agi follement. Mais»
je vous ea conjure, ^ ne songez pas à notre folie duis ce moment
d'extrême danger ! Montrez le courage et la gâiéroâté que tons
vos Canton^ vous accordent I Venez à notre secours dans ce w-
heur terrible.
— Mais'comment ? de quelle<manière 7 dit'fiodolphe , paraissaiit
encere hésiter. Nous avons congédié les Bâlois , qsà étaient dis*
posés à.iions prêter niain-forte, tant l'exemple de vos sentimeos de
soumission a eu d'i^uence sur nous* Nous ne sommesnoère qu'une
CHARLES LE ^TEHÉRÂffiE. 209
vingtaine d'hommes; comment Toidez-vons que nous attaquions
unç ville de garnison , protégée par des fortifications et défendue
par six. fois notre nombre d'hommes, bien armés ?
—Vous ayez des amis dans l'intérienr > répondit AMinr, j'en
«ms sûr. Ecoutez un mot à Poreille 1 le prêtre de Saint-Paul m'a
diargé de vous dire, à vous, Rodolphe Donnerhngeli qu'il tous
attend à la poterne du côté du nord, pour tous donner sa béné-
diction.
— Sans doute y dit Rodolphe en résistant aux efforts d'Arthur
pour l'engager dans une conversation particulière , et en parlant
assez haut pour que tons ceux qui les entouraient l'entendissent;
)e n'en doute guère , je trouverai à la poterne du nord un prêtre
poor me confesser et me donner l'absolution , et après cela un
iiflot , un glaive et uu exécuteur pour séparer ma tète de moki
corps. Mais j'y regarderai à deux fois avant de Ceûre courir un pa-
reil risque au fils de mon père. S'ils assassinent un colporteur an«
glais qui ne les a jamais offensés, à quoi doit s'attendre le Jeune
Oars de Berne , qui a déjà fait sentir ses^ griffes et ses dents à Ar*
chibald Von Hagenbach ?
A ces mots , le jeune Philipson joignit les mains en les levait
vers le ciel , en homme qui n'attend plus de secours que de lui.
Des larmes sortirent de ses yeuxl, il serra les poings , grinça les
dents, et tourna brusquement le dos aux Suisses.
— Que signifie cette colère? demanda Rodolphe. OùaUez-voas
àprésent?
— Sauver mon père, ou mourir avec loi, répondit Arthur. Et il
allait semettre en course pour retourner à la Férette , quand il se
sentit serrer le bras par une main vigoureuse, mais dont rétreînie
avait quelque chose d'amical. , -,
—Attendez un moment que j'aie noué ma jarretière p lui dit
Sigismond Biederman , et j'irai avec vous, roi Arthur.
— Vous ? s'écria Rodolphe, vous, idiot I et sans ordre f . . .
-^Ecoutez donc, cousin Rodolphe, répondit Sigismond en con-
tinnant avec le plus grand calme à attacher sa jarretiè^ qui, sui-
vant la mode du pays , devait être nouée d'une manière 4m Ij^u
compliquée; vous êtes toujours à nous dire que nous sommes
Suisses et libres ; mais quel avantage y a-tâ d'être lifarOi si l'on ne
peut pas finre ce qu'on vent ? Vous êtes* iaon flattptniaa aussi J^iWg*
temps que je le voudrai, vayez^vcms, iqais ]ias mi^ iniMH* ^ $lis<
l4
mo QtULBlSB liE IXlfÉKlUIIS.
'— *£t pourquoi pe qultenûs^u à ffféMiit » iaaifm Au i«if .d^
BMUida le Bernois, pourquoi en ce BU^jDMnt plutôt cpi^euiloutiSiitttf
— Ecoutez-moi y x^ondit le soldat in^nboodonué ; âlty apicj^
'd'unonais^ue je dviaae avec Arthur, «t je lui auisitfJladKi lamais
il ne m^â appelé ni fou ni idiot , quoiye mes j)faa<aB .TJenaBtf
«peut-être un peu moîàs vite que cel|^ des autres, fil j'aime mi
aen pwe ; c'esl; lui quiim'ii /ait»présent de.œ Ittudoer et>d£ Mm
corne , dont je réponds qu'il a donné plus d'un bon kreuizcr^ Il
anfa dlt^einepas me /décourager, pajîoe igae aï jieiii'»isaîs pas assez
•d'esprit pour penser vîte, j'aws aasez de bou seaç pour peas^
juste, et cpe cela valait mieux. Et le bon ^eîttardjec$ maJatenaat
«nfeiyné dans la suerie de «e bonober d'Hti^çuliacb I Um w^ ^
•aiiverons, Aithur, si deuac hommes peuyem; «n veoir à tel*
'Yousme-vernez combaâtne, 4|int qjie4)et|elaisi^ dVtf^tieudniÀtf
vianehe de frêne.
En parlant ainsi , il agitait sa lourde pertuiswifi , qui tramUbit
dams sa main comme si c'e^t é^ une branche de snulc* Sansk
Hait, si l'iniquité devait êtx» terrassée iBopme im I?^^f , f^atBQtto^t
dacns cette troupe d'élite , ne paraissait plus en étal queSigimcod
4e£ùreun tel exploit;! car, i^oîqn'il fiil d'une taille un pea moins
iprande qpe celle de ses frères , et .qu'il «ât moins .de fosgse f^
d'i&ipétiiosité, ses larges épaules et ses ouiseles wigoureux en fu-
saient un athlète di^osé au eombat; «I quand il é^l uns fff»
•animé, -ce qui n'âordivait pas feéqnemmem , fiodolpbe lui-même,
en ne parlant que des forces physiques, aurait pu trouvar fp^^^
«difficatoé à loi résister.
L'^ipve^sion énergique d'un aentaiiient irâritahle pi^o^t toa-
]0«rs de lUiCet sur des caractères naJtureU^meni; fâDéfeBi:« f^'
sieprs des jeunes gens qui les entouraient eommem^èmni à l'toi^f
^è Sigismmid ^vait raison ; que si le vieiUsrd s^étaiftams/eB <^'
ger, c'était pavw qu'il avait pensé ai^ succès de leur négefliatiân
plus qu^à sa pvopne sftreté ; qpi^il atait renoncera Icmr protection
pour ^lie'pàs le$<îmidiquer dans qndquje:querelle« cause délai*
T^'Viqm^ *u*en ^mmes jque d'autant plus cUigéa de nsiUar à t^
^'4u'fi'tae^luiaarri3ire aucun malheur, tojant^iQ|iltiifr| ^«'«stoafi^
MMsferens.
<^ '--i'ifeUaiice , tavardeJ s'éoria fiodolpfa^ en «gardant aitfaor i»
JiB>aMe«uatui0>^snpénbfkié. £t tmbs, i^thisr, ajHaftMfUtffl^
• " *• * >».
C96ILIIL» Ile tÈMÈRhBOL lit
fB!^ mt noCipe c6«uiM»4aBi: tn ehisf , iptil «•« aH«iiFatû.d]icèfm
et rtUBte pète ; towt ee qu'il ponrn d^emtF «n m ftiwi, ^ot^
nous trouverez tout prêts à l'exécuter.
Ses eompflfpiov» pamrenl; approvr^ cet vris, et'IeJ€»MPIiHip-
son vit la^'iaérne qo^il ne poovaiit se dispenser de le suhre. An
boA èa eoenr, qaoiqn'iî soepçoaiiât Roèotphe dfafv«îr ph» di
moyens de le servir e» oetie ooBrjectnWy par SMÎte de ses JDtrigvos
atec la jeuncMe de Suisse cndeBttey et des niellig9&ee»q»'il wrait
dsfitt k vilkr mène de h FArette y eofnmeeapowaîffeliapvéMDMÉ
d'après le meseai^ que lui avait envoyé le prtore de Saint-Paul^
àrthnr osmptait luûueeup plus sur k siinplieitë feanche et h
bonne foi impoturkible d'JbnHddBkderman, et iinepttdttpasani
JnslaBC pour courir à sa reaMati^y sAn de ki raconter son hist^in
d^lorable, et dlmplorer son sacoumi.
Su haut d'une éuinence qu'il attseigidt quelques ■ûnutas après
avw quitté Rodolpbe et son avuit-garde, il vit le vénérable Lan-
damman et ses c^Alègues, acconpagnéa du reste des jeunes gens
qiûles escortaient; car ils ne se ÂspersaienI plus idorsde cftiéel
d^antiie Sur les flancs , mais ils suivaient ks députés à quelques
{«s, en bon ordre, sous les armes, et cm faounnes préparés à ré»
sttteri toute attaque imprévue.
En arrière marebaient les deux mukts chargés dbs bagages,
et ÂrtJbiar r eeennwt ansri ceux qu'avident montés pendant toute la
marche Anne de Geierstein et sa suivante. Ik poitaîent deux
femmes, eorameà Pordinaâre, et, autant qu^il laî était possibk d^en
juger, erile qui mar ebait la première avait k oostume, qu^iUonnais-
saitpBrJhicement, de k jeune Helvélienne, depuis son grand voile
pis jgBqu^à la petite plume de héron qu'eHe avait pontée depuis
son entrée en Allemagne , ponr se eonfiormcr aux useras du pays
eia&nenoer qa'elle était d'un sangnoble etd'un rang distingué. Ce-
pendant, si les yeux d' Arthur ne k annnpaient pa» en ce moment ,
eominmit farvaienfl^ik servi il n'y avait guère pks d'une demi-
beare, qwand il avait va, dans un ctufàM, aout^rrain de k Férette^
les mêmes traits qai a'olFraient; ider s à ses regards . dana des cii>-
csonstanoes^i différentes? Cea idées, qui ee présentèrent; à son
esprit, Peeeupèrent tetement, ma» un seul instmit : ee fat oonnne
féclaîr qui^Hlonne les nuaig«a pendant k m^^ét quN>n a à peine
aperçu qu'il s^évunocÉtdaus les^ ténèdMKS^ an, pour mieux dira^,
VétnmenmnD fae fit iii^llre %m ki eut inoidsnt mm^vatUam^ ne
212 CHARLKS LE TÉMÉRAIRE.
fwaoii pa9 l'inquiétude qu'il éprouvait pour la sûreté de soh
père, Bentiment qui, eu ce moment , remportait sur tons les
autres.
— ^.S^il existe réellement, se dit-il à lui-mémei un esprit qui
porte ces traits charmans, il doit être aussi bienbisant qa'ai<
oiable ; et il ne refusera pas à mpn père , qyii la mérite mieox qae
moi, la protection qu'il a accordée à son fils.
SlaJis ayant qu'il eût eu le temps de &ire de plus amples ré-
flexions sur ce sujet y il arriva près du Landamman et de son es-
corte. Sa Tue et son extérieur leur causèrent la même surprise
qu'à Rodolphe et à l'ayant«garde. Le Landamman le questionna
sur-le-champ, et il lui répondit en racontant avec brièvetësoa
emprisonnement et ^ délivrance, dont il laissa toute la gloire au
prêtre de Saint-Paul, sans dire un seul mot de l'apparition plus
intéressante dont il avait été accompagné en remplissant cette
tâche charitable. Arthur garda aussi le silence sur un autre point;
il ne crut pas qu'il fût convenable d'informer Arnold Biederman
du message dont le. prêtre de Saint-Paul l'avût chargé pour Ro-
dolphe , et qui lui .était adressé exclusivement. Quel que pàt en
être le résultat , il regardait le silence comme une obligation
sacrée que lui imposait la confiance qu'avait eue en lui un homme
qui venait de lui rendre un service si important.
Le Landamman resta un moment muet de surprise et de cha-
grin ^apprenant de pareilles nouvelles. PhiÛpspn père avait
obtenu son respect par la pureté et la fermeté de .ses principes»
autant que par l'étendue et la profondeur de ses connaissances.
Ge dernier mérite était doutant plus précieux aux yeux d'Arnold,
qu*il sentait que son excellent jugement pouvait être quelquefois
égaré , .feiute de connaître suffisamment les pays étrangers , les
mœurs et l'esprit du temps , objets sur lesquels son ami l'Anglais
lui donnait quelquefois des renseignemens exacts.
— t Marchons en avant, sans perdre un instant, dit-il à ses col-
lègues. Rendons^nous médiateurs entre le tyran. Hagenbacb et
noireami , dont la vie est en danger. Il faudra qu'il nous écouta)
car je sais que son maître attend Philipspn à sa cour : le vieillard
mel'a donné :à entendre. Gomme ijious sommes en possession de
ce secret, Archibald n'osera l>raver notre vengeance^ car il oonà
serait :bien, facile de.&ire savoir au duc, Charles jusqu'à.quelpouit
le gouverneur de la Férette al»use.de son pouvoir, non-seulement
(2HÂRLES LE TÉMÉRAIRE. 213
en ce qui concerne les Saisses, mais même dans des affaires q«i
regardent lé duc personnellement.
— A?ec votre permission^ mon digne oollègney répondit le
porte-I)annière de Berne ^ notis sommes dépotés par la Suisse » et
nous ne sommes en marche qne pour aller iaire des représenta-
tions sur les injustices dont la Suisse peut se plaindre. Si noua
nous mêlons des querelles d'étrangers , nous en tronyerons pins
de difficulté à obtenir le redressement des grieb de notre propre
pays. D'une autre part , si le duc , par cet %ete de scélératesse
commis à l'ombre de son pouToir, contre des marchands anglais,
attirait sur loi le ressentiment du roi d'Angleterre , cette roptnre
ne peut que le forcer à conclure avec les Gantons suisses on traité
qui leur soit avantageux.
II entrait tant de politique dans cet avis, qu'Adam Zimmer»
man, député deSoleure, y donna sur-le-champ son assentiment^
en ajoutant pour nouvel argument , que leur collègue Biederman,
il n'y avait guère que deux heures , lui avait dit que ces marchands
anglais > de son avis et de leur propre volonté , s'étaient séparés
de la dépntation, pour ne pas l'impliquer dans les querelles que
poorraieiit occasioner lés exactions du gonvemettr^. soifs le pr6>
texte de lever des droits sur leurs marchandises,
— Or, qnel avantagé nous aura procuré cette séparation, con-
tinna-t-il, si, comme notre collègue semble le proposer, nous de»
Tons nous occuper des intérêts de cet Anglais, conutte Vil était
notre compagnon de voyage et placé sons notre protection spé-
ciale?
Le Landamman se trouva serré de près par cet argument ad
kominem; car, bien peu de temps auparavant, il avait fait valoir
h générosité de Philipson, qui avait préféré ^e s'exposer aa.
^ger, plutôt que de risquer de nuire à leur négociation en res-
tot en leur compagnie. Ce raisonnement ébranla même le dé-
Tonement loyal du député de Schwitz à barbe grise, Nicolas Bons*
^tten , dont les regards passaient sans cesse de la physionomie de
Zimmerman, qui exprimait une confiance triomphante dans la
solidité de son argument, à celle de son ami Arnold, qui semblait:
plus embarrassé que de coutume.
-^ Mes frères, dit Biederman d'un ton ferme et animé, j'ai
commis une erreur en tirant vanité de la politique mondaine dont
ie TOUS ai donné une leçon ce matin. Cet homme n'est pas de notre
une des images de l'Être qui poii9 a; tous créés » et d'autant
)plns digne déipostac i» 4ilce^ .^pi'il ^ Jipiniiie d'honnear et in-
tlègvft« Meus ne ponr^ûons, . w^^xoiumettriB .u«i péc^é hqnténx, le
.Ueser dans .le daimper,, tq/xBjàà même .il ne se tropyerait ^e par
Jwaotâ s«r noire ^A^mio ; «encore J)iexi moins deyonsroojas raban-
'doimer . qwrnd il s'est mis en. péril pour l'amour de nous, et pour
)iioos empâehorde tomber dans lepiég^ ou il est pris. IHe vonsdé-
^ooiaragez doue pas. Nous obiéirous .à lu yolouité de J>ien, i^n secon-
.mnt au imume .oppcimé. Si «uons ^rénssii^sous par la doacear,
;oosiMe jel'espeyse^yuous aurons ^fai,t une «bonne action à pea de
lirais rsi.te'.oontiiwe Arrive » Oieu.peut&ire^triompbeTlacausede
l'humanité par les mains d'une poignée d'l»omm^.9.S)is.^i'^i^ f^
«par tonte nne^permée.
— 8i teUaeat^otvoopinîoQiiréponditleporte^bonnière, iln'yapas
.M ma seul bemme q«i.ne)Soit prêta tous soutenir. Quanta moi;
J«pIaidais.o0iilie ma;{«Fopre inclinaJtion,^,<9n ,yoiis.<)onseillant d'é-
i^ler une mp^iire.aitee 1^ bourguignons. C^ndsnt je dois dire,
*^icmmm 4alda^,igueij{aio^orais,mion^ combattre la {^ain^ison eara^
«MmiMgMf fàt^iledew ifois^plns foicte qu^'on ne le prétend^ qae
d'entreprendre de m^empasor d'i33&aiut de.lenrs fortifications.
• ^ Saymx, tnmquftUaf. dit, te T wdamm^.n ;,i'espère «ae. noi|s entre-
.i9iifrdAns,la iiâlfe'^ Ifii'KâEetlo «t ^e«nona.j^j9Artirons $ansd^-
inoser An «aviielèrefpaci%iie dent naosiaTjBstit h mis^QO ^® ^^^
«â/fons>goçifrrdeiia.Ôioto>
CHAPITRE XViL
Mais , qa«Dt à Someriet , que sa tdte conpabi*
La .gouTerneur de la Férette éuit sur le faîte de la tour ^
lOommandait l'entrée de la yilte du cdté de l'orient^ et ses^r^^^
«A^/diilgeaiçntsur la route <|ui. cQndqisait à Baie» q[iiand OP ^i^ ^
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 215^
loin d'abord Payant-garde de la députation saisse , nuis le corps du
centre, et enfin Farrière-garde. Bientôt Favant-garda s'arrêta ,
le centre la rejoignit, et les mulets qni portaient lis desx faminet
et ks bagages s'y ^tant aussi réunis, les trois eorps n'en formèreat
plus qu'un seul.
Vn messager s'en dëtacba, et fit entendre le son d^un de œa
cornets énormes, dépouifles de l'urus on boeol saunage, ainimaiiaL
qm sont si nombreux dans le canton d'Uri, qil'on suppose qu'ila
iiii firent donner ce nom.
— lis demandent à entrer, dit l'écuyer .
—Et ils entreront , r^ondit Arclnbald Von Hagenbach ; mais,
monUen! somment en sartiront4Is2 o!est une amre qne3tion» at
plnsimjportante.
— Qae Votre Excellence y réflécliisse un iitstnat, répondit
fib'an i songez que ces Suisses sont dea diables dansle eomkat, et
ipiis ne nous laisseront aucun butin pour nous payer notre tî^
toire, seulement quelques' misérables bhatnes de bon enÎTre où 4e
numvais argoat ; Vous avez déjà tiré toute la moeffe^ m risquez
(as âe vous casser les dents en youlant .briser' les os.
— To es un fou, Kilian, rSipôndit llagenbadi, et peatrétre un
jpoltron par-dessus le marché. L'approche d'une vingtaine, ou toiit
AQ plus d'une trentaine de partisans suisses, te fait rentrer les
cornes cônmie ceBesd'un limaçon que touche le dœgt ^^ua enfant.
Les miennes sent aôissi dures et aussi fermes que eàio de l'urus
^ntils parlent tant, et dont ils sonnent si faardimMii. Sooge
^e, timide créature, que si nous Imssous passer librement cea
iépàés suisses, comme il leur plaît de s'appc^r, ilsiront raconter
^odoe l'histoii'e de marchands qui se rendaient à sa cour, et qui
IH)rtaient des marchandises si précïeusçs adressées à. sa personne..
Charles aura donc à subir l'ennui dé l'ambas^de d'un peuple qui
^t l'objet de son mépris et de sa haine, et il apprendra que le gou-
Terneclr de la Férette , en leur permettant de passer, a cependaht
^ arrêter des gens qu'il aurait yus avec grand plaisir ; car qilel
pnnce ne ferait pas un accueil excellent a un collier senïblaUft. à
c«li]i que nous venons de prendre à ce vagabond de colporteiir
anglais?
^ Je ne vois pas comment une attaque contre oes ambassadeurs
vous donnera une meilleure excuse pour avoir d^K>uillé
.Anglais;
^^^ GËÂfitÈS LE TËHËRAIRE.
«^Td hé Vois pas» Kilian, parceqne taesiineiaiipè,imetanpe
)l¥eiigle. Si le dto de Bourgogne entend parler d'une escarmoude
cnl^ ma garnison et les manans montagnards qu'il méprise et
'qu'il déteste , il ne s'occupera nullement de deux colportears qui
auront péri dans la mêlée. Mais, dans tous les cas, si l'on faisait
une enquête à ce sujet par la suite, il ne me faut qu'une heure poar
me transporter sur les terres de l'Empire; et ^oique l'Empereur
soit un fou sans énergie, le riche butin que j'ai fait sur ces insolaires
m'y assurera un bon accueil.
, .-*. Votre Excellence me trouyera à son côté jusqu'au dernier
moment, et tous pourrez juger|que, si je suis un fou, du moins je
ne suis pas un poltron.
— Je ne l'ai jamais regarde comme tel quand il s'agit d'en venir
aux mains, mais en fait de politique tu es timide et jjrésola. HetSr
moi mon armure, Kilian, et*aie soin de bien l'attacher. Les piques
et les épëes de ces Suisses ne sont pas des aiguillons de guêpe.
— Poisse Votre Excdlence la [porter avec autant de profit que
d'honneur ! dit Kilian ; et il se mit à remplir ses fonctions offi-
deUeaen courrant son maître de l'armure complète d'un cbeya*
lier de l'Empire.
— Votre résolution d'attaquer les Suisses est donc bien prise i^
. ajouta-t-il ; quel prétexte en donnera Votre Excellence ?
— ' Laissez-moi le soin^d'en trouver ou d'en faire naître an. Songe
seulement à placer à leurs postes Schonteldt et les soldats, et son*
Tiens-toi que le mot de ralliement sera : Bourgogne à la rtscoasse !
Quand j'aurai prononcé ces mots, que les soldats se montrent;
quand je les aurai répétés , qu'ils tombent sur les Suisses ! Et main-
tenant que je suis armé , ya faire ouvrir la porte à ces paysans*
Kilian salua son maître et se retira.
Les Suisses avaient déjà fait entendre pluueurs fois le son de
leur corne , car ils étaient mécontens d'avoir attendu près d'one
demi*heure devant la porte sans recevoir aucune réponse, et^
son , plus fort et plus prolongé à chaque fois , annonçait leor un*
patience aux échos qui le répétaient. Enfin la herse se leva, I«
pont-levis se baissa, et ils virent s'avancer Kilian, en costume
d'homme d'armes prêta combattre , et monté sur un palefroi mar-
chant à l'amble.
— Il faut que vous soyez bien hardis , Messieurs, s'écna-t-»'
pour vous présenter à main armée devant la forteresse de la *• '
ÉHAiOJES LE TÉMÉRAIRB. SlT
jrëttey dont. la seignetirie appartient, de droit an trois fob aôbfe
doc de Bourgogne et de Lorraine , et qui est commandée ponr loi
et en son nom par Archibald Von Hagenbach , ofaeyalier dn saint
Empire romain I
- Sire écayôj^^ répondit le Landammsn , car , d'après \a pliunô
que yons poirtei à votre toqae , je suppose qne tel es^ yotre grade ,
Hloiië hé soinôies point ici ayec des intentions hostiles. Si nons
sommes larmes comme toos le Toyez » c'est ponr nous défendre
pendant nn voyage périlleux qui , le jour , nous offre quelques
pénis , et , la nuit , ne nous permet pas toujours de nous rqposer
^ stiûreté. Mais nous n'aTons aucun projet ofifensif ; et si nous en
msm eo , nous ne serions pas arrivés ici en si petit nombre*
— Quel est donc votre caractère , quels sont vos desseins?. de-
manda Kilian , qui avait appris à prendre , en l'absence de som
maitre , un ton aussi impérieux et aussi insolent que celui du gon*
Ternear lui-mâme.
"—Nous sonameSf répondit le Landâmman d'une voix calme et
tranquille , sans paraître s'offenser de la conduite arrogante de
l'écayer, et sans avoir même l'air d'y fiiire attention , des députés
des Gantons libres et confédérés de la Suisse et de la bonne viUe
de Soleare , chargés par notre Diète législative de nous rendre en
présence de Sa Grfice le duc de Bourgogne , pour une affaire de
grande importance ponr son pays et pour le nôtre , et dans l'espoir
d'établir avec le seigneur de votre maître, je yeux dire avec le
ikoble duc de Bourgogne , une paix sûre et durable , à des ,condi*
tioiis honorables et avantagenses pour les deux pays , et d'éviter
ainsi des querelles qui pourraient conduire à l'effusion du sang,
cjirétien faute de s'être bien entendus.
^ Montrez*moi vos lettres de créance.
— Avec votre permission , sire écuyer, il sera assee te^nps de
montrer quand nous serons en présence de votre maître , le
S^avemeur.
-- Ce qui veut dire qu'un homme vobntaire n'en agit qn* à sa
^te« Fort bien , mes maîtres ; et cependant vous pourriez recevoir
abonne part cet avis de Kilian de Kersberg : il est quelquefois
plos sage de battre en retraite que de marcher en avanjt. Mon^
maître, et le maître de mon maître , sont des personnes plus dif-:
aciles à manier que les marchands de Bâle , à qui vous vendez vos
iromages. Retournez chez vous, bonnes gens, retournez chea
tMif k diMÛa YMis est onvort » et yoos êtes bien aTertb.
-«^ Noos T<Nw renereioiis d« yotre conseil i riépondit le I^tndam't
liaiit coQ]^tla[^rolB aa port^bannièr e de Berne , qui commeQ-
^t à s'abandonner à son courroux , si ce conseil est amic^ ; s'A
9e Test pas , une plaisanterie iQciyilp est comme un fusil trop
dhargé , qui rejKNUse celui qui le tire. Notre route çst par la Fé-
rette y «lousADUS proposons donc d'y passer^ et nous y reccTrons
l'ÎB^ueil qu'on peut nous préparer.
— Entrez donc , au nom dii diable I s'écria Kilian , cpd avajt ea
(^elqne esjpoir de leur inspirer assez de crainte pour {es décidera
retourner chez eux^ mais qui se trouva trompé dans soç attpnte.
Les Suisses entrèrent dans la ville ^ et furent arrêtés", aune
^i^rantaine de pas de la porte ; par la barricade de chariots que le
gouverneur avait fait établii" dans la rue. Ils rangèrep^t I^r petit
corps en ordre militaire et se formèrent sur tjrois lignes , les ^eax
femmes et les députés placés au centre. Cette petite phalange pré-
sentait un double front , un de c}iaque,côté.de la rue , tandis que h
ligne en face se disposigit ^ marcher en jivant dès qu'on aurait
écarté l'obstacle qui gênait le passage. ^En ce moment d'attentç^
fm eheya^er armé de toute^ pièces sortit par une petite p<jirte de
la grande tour, sous le passage cintré de ^aque^De le^ ^T)isses
ftvaient passé pour entrer dan^ la villp. ^a yi^ère de son caç^e
4itait levée , et il s'ayai^ça le long de la petite ligne formée f^}^
Suisses I d'un àir hautain et menaçant'.
— Quiêtes-vpuSy^à'écriM-ily vous qui osez avyiocr a}nsi,lcs
armçs à la main, da^is upe ville appartenant à la B9urgogi}ef
— Avec la permission de Votre Excehejice , d^t le lJândîp^|M> ,
je lui répondrai.que nous sommes des houimes chargés^d'iuie np-
sion pacifique , quoique nous soyons aripés pour notre, ^défense
personnelle. Nous /sommes çnvoyés par les villes de Berne et de
Sokure , par les cantons JXJri. de Schwitz etd'Underwâlâ, poifr
régler des affaires importantes avec Sa Grâce le duc de Bour-
gogne et de L^rraùie. .
— Queues villes ? quels cantons ? demanda le gouvemçpr de to
,yereue ; je n'ai jamais entçndja prononcer de pareils noms parmi
ceux des villes libres d'ÀUemàgne. Berne, vraiment! et depuis
, C[uand Berne est-elle devenue upe ville lib^e ?
— Depuis ie5l juin d^iy de grâce 1339, répondit kLai^*ï^"
pll^; dep^s le jour de la bs^taille de Laupen.
— Tutf-taiif vÎMixiABiaron, reprit Hugenhach ; troii-taqae de
pareilles rodomontades puissent passer ioî pour argent oonq^tant ?
Dlaas a^DHs bien wUeniUi pader de qpelfees yillages et hameanz
ifi seront iasnrgés an jnilâeu des Alpes; nous saYOBSfae , xéyoh
tés centre FEiaperenr , ils ont , à l'aide de lears mcMitagnes et de
lems défilés , dressé des embuscades , et assassiné qaelques ehera-
liers et ^elqnes gentilshommes envoyés contre eux par le duc
d'Autriche; mais nous étions loin de penser que de si misérabli|S
JiWipations^ de si mépnisables bandes de mutins i eussent Vinso*
Jeace^epren.dre.lexitxe d'Etats libres, et la présomption.de tou-
jLoir f^ti;^r ep .aégoçi^UoniiYec un piinçe ^ussi puissant ^e le duc
ile Bpur^pgne.
^y(^ j^cell^9^;fern)e.p^nnetti;a deluifidre remarquer, ^t^
.IfSil^amnjia^ ^TCCrup gc^i san^*fi:oid, qiie vos propres lois de
,cb^al^e.disei|t qu^ §i|e plus fort nuit ^u plus fainle, si le nûbie
.in$idte le rptmier^ ce &it seul détrqit toute distinction entre enx,
^X celui qiPia .commis ri^ure est obligé d'en donncpr satisfac^pn.de
.ld}e,|nMiwe ÇPie,i'sKite,lajPiirlie;iniurîéc.
— .B.etoi|i];ne.dans .tes .montagnes, manant! sfécrif l!^geiiba<^
,{^Tec hauteur, yas^ pçigi^er ta))arl^e , et faire^ rôtir tes cl^atai^ep.
,^oi I paifce gjjie quelques rats et quelques ^ouri|^ trouvent upe
^^^te daii^Jf^.niuis çt derrière les boiseries de nos miBds9n^,
]|^ j[)çr9iettT.Q;^H)^3 PP.^^ ^i^I^ de nous insulter par leur dégoù*
;)fa|t ^peçt , ^etrdç. se donner i^evant nous des airs de liberté et d'in»
dépendance ? Non : nous les éçra^rpos j)lutot sous le ^on fenré
v4e,pps b^tt^.
— Ifpi:|s,|^edp)nmesj|a,s ,des gens qu,'on puisse fonlcfr apxpiec^,
.réppn^t ./^nifid Biederman avec.Ia même cahne ; ceux qui l'ont
l^ipiÇiaféopt fr9^yé çn nous des pierres qui l£S pnt fait tr^btichgr.
«Qie^4ez^un,ju|^s|aj^t <( jice^çbevaiier, ce ïangage hautain quine peut
conduire qu'à la guerre, et écoutez des paroles depsux. B^endç^
M. W?Kî^.àpQU:e compagnon , le nmrcha^jinglais Philips^n , que
lYQçs ayez, fajît arrêter illégalement çejpEiatin , qull pi^e une soopne
,raî;so,nn^ble pour sa, rançon, et nous rendrons au 9uc » ponr leqpel
«Aûiis ^vqi^St une mission, jan coippte favorable de son gojuvenienr
delaFérette.
-"^Yoqs.ser^çz si g^o^renx I (en, vérité I s'écrjaArchîbald avec on
itaade,^^sion.;Et quelle garantie me doiçinçrez-vous que voqs a«*
tez pour moi autant de bonté que vous 1^'annonce^ ?
220 ËtiA&LES LE tÉMéRAmS.
^— La parole d'an homme qui n'a jattiais manque à ta {nrômesseï
^répondit le stoïqoe Landamman.
— Drftle insolent ! a'écria le gottyerneiir : oses-ta me faire des
conditions? Oses-tu m'offrir ta misérable parole, comme une ga-
rantie entre le duc de Bourgogne et Archibald Yon Hagénbadi?
Apprends que tous nuirez point en Bourgogne , on que, sivons j
allez y ce sera les fers aux mains et la corde au cou. Holà! ha!
Bourgogne à la rescousse 1
A l'instant même , l6s soldats se montrèrent en ayant , êti Arrière
et sur les côtes de l'étroit espace que les Suisses occupaient. Les
remparts voisins de la tour étaient garnis d'une ligne d'hommes
d'armes y des soldats parurent aux portes des maisons et à toutes
les fenêtres, armés de fusils^ d'arcs et d'arbalètes , et prêts à tirer,
ou à tomber sur les Suisses. Ceux qui étaient derrière la barricade
se présentèrent aussi, disposés à disputer le passage. La petite
troupe, entourée d'ennemis bien supérieurs en nombre, ne parot
ni efirayée ni découragée, et prit une attitude défensive. Le Lan*
damman, se portant au centre de bataille , se prépara à forcer la
barricade. Les deux autres lignes se mirent dos à dos, poor dé-
. {sndre l'entrée de la rue contre les soldats qui voudraient sortir
des maisons. Il étai. évident que ce n'était que par la force et par
l'effusion du sang qu'on pouvait subjuguer cette poignée d'hommes
déterminés , même avec une troupe cinq fois plus nombrease.
Archibald le sentit peut-être , et ce fut sans doute la cause da délai
qu'il mit à donner le signal de l'attaque.
Un soldat couvert de boue arriva en ce moment tout essoufflé
devant le gouverneur, et lui dit que tandis qu'il s'efforçait, qael«
que temps auparavant , d'arrêter un prisonnier qui s'enfuyait, les
bourgeois de la ville l'avaient retenu et presque noyé dans le fossé,
et qu'en ce moment les citoyens introduisaient Fennemi dans
la place.
— Kilian, s'écria le gouverneur, prends quarante hommes avec
toi, courez à la poterne du nord, et poignardez, égorgez, préci-
pitez du haut des murailles quiconque vous trouverez porfaut les
armes, bourgeois ou étrangers. Laissez-moi le soin de tailler des
croupières à ces paysans , de manière ou d'autre.
Mais ayant que Kilian eût eu le temps d'obéir aux ordres de son
maitre , on entendit de loin pousser de grands cris. — Baie I Bal® l
liberté ! liberté I victoire !
CHARLES LE liMÉRAIRE. 221
Oif TÎt brriYer lès jeanes gens de Bâle » qui n'étaient pBs assez
loin pour qne Rodolphe n'eût en le temps de les fisire ayertir pa»
ies Suisses qni avaient sniyi la députation à peu de distance poos
être à portée de la secourir si le cas l'exigeait , et enfin les haU-
tans de la Fârette , qû» forcés par le gouTemeor de prendre les*
armes et de garder les remparts , avaient profité de cette occasion
poor se délivrer de sa tyrannie en ouvrant aux Bâlois la porte par
laquelle Arthur s'était échappé.
Lk garnison , déjà un pen découragée par la fermeté des Suisses,
qui ne paraissaient pas disposés à céder au nombre , fut complète-
ment déconcertée par cette insurrection inattendue et ces nouveaux
enneims. La plupart des soldats se disposèrent à fuir plutôt qu'à
combattre, et un grand nombre se jetèrent du haut des murailles
dans le fossé, regardant cette ressource comme la meilleure chance
de salut. Kilian et quelques antres que l'orgueil empêchait de foir,
et le désespoir de demander quartier » se firent tuer sur la place
en combattant avec fureur. Au milieu de cette confusion , le Lai^
damman tint sa petite troupe immobile, lui défendant de prendre
aucune part à l'action , et lui enjoignant de se borner à se défendre
si on l'attaquait.
— Gardez vos rangs ! s'écria-t-il d'une voix forte , en allant de
la droite à la gauche de sa ligne. Où est donc Rodolphe? Dé-
fendez votre vie, mais ne tuez personne. Arthnr Pbilipson, ne
sortez pas des rangs , vous dis*je..
— U faut que j'en sorte, répondit Arthur qui avait déjà qujitté
sa place ; il faut que je cherche mon père dans les cachots. Pen-
dant cette confusion on peut l'assassiner, tandis que je suis ici les
bras croisés.
— Par Notre-Dan^e d'Einsiedlen , vous avez raison , dit Arnold
Biederman; coônment ai-je pu oublier ainsi mon digne hâte IJe
yais vous aider aie chercher, Arihur; d'autant plus que le. tumulte
paraît tir» à sa fin. Sire porle4>annière, digne Adam Zimmer-
nan, mon ami, Nicolas Bonstetten , maint^iez nos gens à leurs
rangs ; qu'ils ne prennent aucune part à cette affiire ; que les Bâ-
lois soient re^nsaUes de leurs actions. Je reviras dans quelques
minutés. . . ^
A ces mots il suivit Artiinr , à qui sa mémoire reii^aça asfez bien
les localités pour;q)a'jilpût.troui9:er saps be^iucpup d^ ijpfàfiti l'esca-
lier qui conduiwt an «aabot. Ils rei^caatrèrent^r le ptJier un
fst caijujs u f Éiiiain&
liiMMir de ■mmikeviae, en jnMmorp» de baMtar eb portant à
fticeiiiiEm^noivowBeiiiide Aét^rwmlléet ^wikqaÊ^hfmmam
— Gondai8*Miw à la prismi do nnvdMnid avglaisv M dk Ar«
^dmr^oiitfiiDcataécBHimaHi. ^^0
— *-Leqttd des d«iuL Toiritex-^NHM t«irf deniattdat'Ii geMier; h
tieuat M 1« jemef
— Le yienx , répondit Arthur ; fw âU !f a échappé.
— EnttezdoMÎdi Msstienrs, dtelegeMieFenkYaMiiiietdorde
iMrre d0fer <p lemaitone perte épaisse.
A Péxfrémicé de ee eadMt était assb à ferre eefaâ qn'ibelier-
cbaiettC. Ss le r^yèarent à f instant , et le serrèrcAat 4afis leniv
— Mon cher pèret bmb digne Mtef s'éeiièrent en même temps
son ^ et son ami ; eomnent -«oin trouvez-vons T
— Ken 9 mon fils, hien, mon Agne tim, r^îidltniiBpsoB,
si y comme je soi» porté aie croire d^prè» tos armes et TOtre air,
vons arnreî ici Iftres et Tainqpiefirs ; mal, si tous y venez pearta-
ger ma captivité.
-— Ne craignez rien à cet égard , dit le Landamnmn ; nous avons
été en danger, maïs noas en avons été délivrée d'fme manière re-
HMrqoable. Appuyez- vons sur mon bras , mon digne hftte ; ce ca-
chot froid et humide vons a engourdi les membres ; sonffirez qae je
vons aide à gagner un endroit ou tous serez mseax.
n futittterrompnpar tm bruit soudain, semblable à tm cliquetis
de ferraille, et tont-à-fdt différent du tumulte «jui régnsdt enoore
dans la ville, et dont leurs oreHles étaient encore frappées, comme
on entend de loin la voix mugissante de l'Océan courroucé.
. — Par saint Rerre^èfrl^iens ! s*éciia Ar âinr qui àVait reconnu
mr-le^bampla cause de ée bruits le geftlier a baissé la barre de ia
p<M^, on elfe loi a édhappé des mainSi Noua sommes sons les ver-
rons , et la porté ne peut s'ouvrir qne du dehors. Ifola 1 chien de
1 ge^er ! miâérable ! ouvrelk porte, ou^ta vie répondni...
— Il nf entend probablement pas vos menaess^, hu dit son père^
et vos eria ne servent à rien. Mais èies-voas bien sûrs cpe les
Suisses soient en possession de la ville ?
— Nonaen sommés lesfadiitaius paifliUes , répondit leEandw-
mna , mais {as wbl eonpn'à été frappé' dénotas cd«é«
•^Ba m 0m, reprit PM!q>sen>vw geiie v««i teUMnef^^
MwtACp Mmi ibtMoiiioBBqe aommep yii4e|iiitM gjros, et
Itefouendt «Vfas&iœ aatmmànotri àbâ^mm; nuds iwiB
itet mi oivflœtiwpînpoittntpoor «qo'cii ^namnHr^pMpat k-vfttie
quand on récapitulera TOtre nombre.
--^ feÊfèse qÊB ^Q^t&t 4st qm unmeni j iit le lanSManuHi ; mai8>
Imee^mUe qoajeiûaBeaatsaMeiignfei enfe^
«ichiEt^ani le Inrffet oè il est irenu ^^«ier de la erèaie..ArtiMBr^
mmhîMegas^,i»v9fe»^iom «rannieyeii <ie faire eanter k
Wmaefar?
4nliiire¥ail4^^enuaèié svee soin la porte et la aemm; il
fépmffli^fl a'entiWTaitmiioiin , f«%l ftiUait ^'ih a^armanaent
éepati^aeeeflfe^itoatliaiidkseat, peiayf il» ne pottwmt accéiépflr
le moment de leur édlvivanbe.
Inioid Biederman pamt'peiirtaHtimpea pi^deiaiiégligaaoea
te seieBbns etde eea conpagnone.
^ Tonanoa jeuwa gêna, dit-il» ne aaehant si je snia mort on
nrsffiit, profitent «ana deate de «Ma ab$ènoe pour ae M^rer à la
fio»ee etaa pillage. Lepd&lîqiie Rodelpbe a'inqaîèlefort peu, je
ffémxtmt, qoe je r^araisae en non. Le porte-bannière Zinuner-
AMiytee fba àbarbe ffrise, Bcmatetten , qui se dit mon ami, tOBs
mVmt iJMndoiiné, et ponrlaDt ils sayent cpie la sAreié dn demîttr
4'entpe eux m'est {tes chère que la xéenne. De par le cid! cdh
m'a Vair dHm stratagàne. Oa dirait que ces jeunes insensés ont
^odv ae débarrasser tfonriiOBnie dont les principes étaient ttitp
fiftHÊn^trop padiqiies pemrplaire à ^sgens ^ nerèvutqae
SWtre ^ conquêtes.
Pendi»t qae le liandamman , à qoi un mewremenl d'hnaenr
am bk perdre la sérénité M»«adie de soniront^ et qui ond-
gnatt qae«es eoncitoyens se eondoisiaseM; mal ea son abeenee,
fsfflailainm'de sesMsisetdeseseompagnoDSyle toaaabeqa^
avaii entenda jnsqiMors fit plaoa an silence leplas prolmd.
^ Qae feire maimenantf dit Ardior ; j'espère qi/ib profite-
'mit de ee HKOvwat ée tranqi^ité peaur fJre luaappely et s^asea^
retifû ne lear manqoe peraenne.
0B anradt pn eroife qoe te soaiiait dn jeune Asglids a^t éti
exaucé; car à peiaeayait41promM|0(l oesmots» qa'Usemcndireat
fevet la %9n% et-^reat là porte cMr^avftffte par qaelqa'an qai
monta ensuite l'essatter si rapMeaatnt, qœ eeu qa*il yeaaif de
iSkmat dfr piisoa aefareat apeiiovolr tour Ibérataar;
"22* CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
. ,--^ C'est sans doute le geôlier, dit le Landamman; fl a pà avoir
•qnçl^e raimm pour eraindre qae nous n'ayons, plus de ressenti-
ment de notre détention qve de reconnaissance de notre mise en
liberté*
Tandis qu'il parlait ainsi , ils montaient l'étroit escalier, et,
«étant sortis de la toor, ils rentrèrent dans la rue , où an spectacle
étrange les attendait. Les dentés suisses et leur escorte gardaient
•encore leurs rangs, à l'endroit même où Hagenbach avait eu des-
sein de les attaquer. Quelques soldats de l'ex*gouvernear, désar-
més f et craignant la fureur d'une foule de citoyens qui remplis-
saient les rues , s'étaient postés , la tête baissée , derrière la pha-
lange de montagnards , comme dans le lien de r^nge le plussAr
qu'ils pussent trouTer ; mais ce n'était pas tout*
Les chariots qu'on avait {dacés pour obstruer le passage dans
la rue étaient alors joints ensemble, et servaient à soutenir one
plate-forme, ou, pour mieux dire, un échafaud, qu'on avait con-
étroit à la hâte avec des planches. Sur cet échaCaud on voyait une
ebaise sur laqudle était assis un homme de grande taille, ayant h
iéte, le cou et les épaules nues , et le reste du corps couvert d'one
murmure complète. Il avait le visage pâle conune la morti mais
Arthur reconnut an premier coup d'œil le barbare gonverneor ht-
•chilvdd Yen Hagenbach qui semblait être lié sur la chaise. A sa
dcoite, tout à coté de loi, était le prêtre de Saint-Pad, son bré*
Tiaire à la main et murmurant quelques prières. A sa gauche, mais
«n peu en arrière, on voyait un homme robuste, portant un habit
ronge, ayant les deux mains aiq>uyées sur la poignée du sabre na
4ont la description a été &ite dans un des chapitres précédens. A
l'instant m^e où Arnold Biederman arrivait , et avant qu'il eût
le temps de demander ce que signifiait ce qu'il voyait , le prêtre fit
quelques pas en. arrière^ l'exécuteur brandit son sabre, et d'an
seul coup fit umbfSF sur l'échafaud la tête de la victime. Des ac*
damations générales et des battemens de mains semblablesà ceux
qu'on accorde à un acteur qui a. bien joué son rôle, applaudirent a
cet acte de dextérité. Tandis que les artères du tponc répandaient
: un Jtorrent de sang qu'absorbait la sciure de bois dont l'échafaod
éuit cov^vcrt , Texécoteur se présenjtaalterpatiyemj^nt aux quatre
cpips , saluant le peuple a'fec un air de modestie gracieuse, et de
nottveaux.applaudissemens hù furent donnés. . .
— Chevaliers, nobles gentUabomnies de naissaa^o libre, Im^
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 225
citoyens, dit-il, voas tops qui aT6z assisté à cet acte de haute
justice, je yous prie de me rendre le témoignage que le jugement
a été exécaté spiyànt la teneur de la sentence, et que la tête a été
séparée du tronc d'un seul coup.
De nouyelles acclamations partirent de tontes parts.
— YiTe notre schaffgevkhUrSvàs^sniïetz^ et pmsse-t-il exercer
ses fonctions sur plus df un tyran I
— Nobles amis , dit l'exécuteur en saluant profondément les.
citoyens , j'ai «icore un mot à tous dire, et je le prononcerai avec
fierté: Que Dieu famà grâce à l'ame du brave et noble chevalier
Àrchibald Von Hagenbachl il a été le patron de ma jeunesse,
mon guide dans le chemin de l'honneur. J'ai fait huit pas vers la
liberté et la noblesse en bisant tomber, par son ordre et son cour-
mandement, les têtes de huit nobles et chevaliers ; et c'est en
tranchant la sienne que je viens de faire le neuvième, qui me con*
doit à ce but : en reconnaissance de quoi j'emploierai à faire dire
des messes pour le repos de son ame, l'or contenu dans cette bourse
qu'il m'a donnée il n'y a qu'une heure. Gentilshommes , nobles
amis , que je puis regarder à présent comme mes égaux , la Fé«
rette vient de perdre un noble et d'en gagner un autre. Que Notre
Dame sent Savorable à ièu le chevalier Archibald Von Hagenbach,
et qa'elle bénisse et prot^ l'avancement dans le monde de Fran*
ds Steineniherz Yôn Blnt-Sacker, maintenant Kbre et noble de
dmi(a*)
A ces mots , détachant la plume qui décorait là toque du défunt,
sooiilëe du sang de celui qui l'avait portée, et qui était sur l'écha*
&ndprè8 du corps d'Hagenbach , il la fixa à son bonnet écarjate ;
et la feule fit retentir les airs de nouvelles acclamations, les un»
pour l'applaudir , les antres pour se moquer de cette ridicule mé*
tamorphose.
Arnold Biederman retrouva enfin la parole dont la surprise
l'avait d'abord privé. Dans le fait , cette exécution avait eu lieu
si rapidement , qu'il lui aurait été impossible d'y oppoMr son in-
tervention.
^Qui a osé ordonner cette scène tragique?. s'écria>Hl avec in^
dignation ; de quel droit a-t-dle en lieu?
Un jeune homme en habit bleu, richement décoré, se chargea
de loi répondre*
>• Ui notes indifBéef par om lettre ilaUqoe sont pUeéei à U fin da tolame,
i5
22A CBUtl^lS ij; 7iÊBQÉIUJD&
~ Im dUfm^ lîbrM d* B&la on suivi Teicmplei^iie knr m
damé les pères ds b lib«n(é ««isM^; «t la inort te tjmii HfegialNdli
^été prononcée da màm» dr«it ipie ecdle Ai tyra» Gesskr. N««
avons souffert jusqu'à ce que la ceiipe filft fitù^ «nia alon «ns
ne pouvions plMSwffrir*
^ Je ne dia pas ^'il nfavaîl pa» iaéa!lé la marL, répByiale
Landamman ; mais par égard pour Ji9as et peor yoawaéme, ywa
anriez pu l'^airgner jusqu'à ce ipieleboaplai^âttdnofùtcoimn.
— Que nous. parian- VOUA du>dne7 sféeriaiemâme jeane homne
(Lauwren;!; Neipperg , quliUrihor avail vu au reMèaz^Taaa secnt
dfis Bâloisy oùRodolpbe l'avait ooidait); que ttpnaparlefrvcras k
duo de Bourgogne? noi^ ne soHunes pas sea sujets. L'Enfeoew,
QOltre seql sonvonâo* latine» n'avait pas la dfoît de .Im dooiv
IsngjSgelaTiUedelftFérettei ^lireat une dépasdanee delà Bâle9.in
Ifr^udice de notre ville lifarev II pecvaic loi emiéUga»^^
oas>.alri en snjHx^santqpfii l'ail f«t^ ls^detlieaélépa3^deiiz&i^
jprâoe aw* eMiqtions da- eet opyressear» 9» vi«n% de roMvoitv
^«beliment niénM4 MaiaoïntHMieaifOtne romiej iMAutonandrOnr
d»rwald* SLootn^Qoàai» wna d^laît ,mïka, Vndéflisnoagg mp^
du trAnflidt;.diode;Boiugpgiio, main eeraocar.dtfsaaoiieraa mène
tanq^is Gnittaimie Tell, SiKâi^BtarïMB^ VkmiX étJWflttfal, ks pè0»
da lailiJiestÀaniasiB*
•^ ¥ans.avw vaisoo^» a^^da àmMJBi9i0tmm9.nm^^^^
ment est malheureux et mal choisi. La patience aurait^ MaéiH^
tona^veamaus; paisonafruatearanaeitlMt plaaiwiTOneot»etB?ag|^^
filBa aordavuMiit désiné va» eadéM^ner qne)oellii fû ^^I^ .
Slaia, j(snae.i«^[radam ^ wiai aiveiS nuiM laneimM f^*^^"^
votre âga^ et la sennission^qiie va«s4Éfrefaà VQr>nia9Stsaia« G^
Imune Telli e^sea catlègma élaiei^ des^hammas à qni lt«»^^
avaient dpnné de l'expérience et du jugement; ils étaient «?•■*
«a pècea; ils aisaent kdroift dr flâéseran «ornaaB ^et d^tw les p^
>«iiers à agir. Safet! je laisse aus magistrats et ans ^^^^^
votre ville le sei« d'afiflrouiier on à» hlamer votisa «onda*e.
vous, porte -bannière de Berne , vous, Zimmerman, 7^'**'«^-.
dolj^, voaaj aanoitt., émi ceaMsada et mon aaai, Nicob^
stetten, pourquoi n'avez-vauapa&pdaoamiséfiaUrsaas.TOo^r
%^ùùm? vous aunes} par là pBouvé auduodeBmagogneç^^^
étions calomniés par ceux qui prétendent que nouad^rcna
lévoUe. MainteDant tontes^ ce^ jftérrmaiknm se tsoiiTQiDnt oanfir-
wées dans l'esBidt. des gens q/ai retieneiit plna faeilemsAt ue
maavaise impifissioa.^'ils ii!eik«QiiçoWiiia one fiurorable.
— Aussi ynii qae je vis de pain, voisin et compère, séponiit
Bonstetten ^ î^avais. songé à ftire mot à mot tout co qoe tohs Tenez
dadire, et j'éuds- su la point d'a;nmBev'ao seconr^du goveer-
neor y qpand. Rod<dphe DoimerlHii^ m'a rappelé que yoifi aviez
donné* ordre qo^ancon Soiase ne quittât ses sangs i^ et qu'os Jaiaaât
les habitans de Baie req>onsablea de leuBS actions- A coap.âûr « me
dis-yr ai/ùrs à moitmâme., mou. emnpèsa Apaold aait mieoK qp'au-
con de nous ce qu'il convient de &dce.
— Ab IBodolpkel Rodolphe I dit le Landamman en le reg^urdant
d'an air mécMitenti ne r«ngiflMZ- vous paa d'aimr ainsi trompé
onuieillavcC?
^ Moil l'avoir trompé 1 c?esi nue aconaatîoa dnre à entendra ,
liandamman/>ditïlodolpheavecsontondedéKrfnceprdinaii:ejmai^
il tt'eÎBt xiuq!Be.)ene puisse supporter de votre part. Jediisaî seu-
lement qu'étant membre de cette députation ^ c'est wx devoir poer
moidepcaDaeretdedoBiies moaopâQiatt^snctonteal'abaaneede
eelnî; qû est asses sage pour omis^xmdaiM et luieadiriger t^
— Yoos avea toujpnns de belles, pumlea» Bodpipbe, répliqua
Arnold Biederma% et jf espàre<qpavm intmuions sont aueslpnres ;
cependant il j a des.instanaoàî&aapuis m^'empéchec d'en douter.
Quoi qft'il en soity n'afons paade qvHKelles en«rem>uSft ei^majii-
tonant denaea>BKÛ votre avia» uea amis» &endenMu>ua pour oala
i Fandroit le plus convenable »» dans cette église* Nous remexcia-
roQS d'adrari le ciel de nous avoic protégés contre l'assassinat» et
noas tiendrons ensmte conseil sur ce qjoe noaa deyona faire.
Le Landaamau' marcha en: avant t et ses coUàgpes le suivireet
dansTégUse de Saint-Paul. Rodolphe, comme leplnajenney lais^
passer les antres avant lni« et saisit cette occasion pour faire signe
à Rodiger, l'aîné dee fils d'Arocild Biederman^ de venir lui par-
ler, et pour hn dire à l'oreille de débarrasser la di^utation dee
deux marchands anglais»
— Il faut qu'ils partent, moa cher Rédiger» dit^l; emploie des
eioyona de dtueeur» s'il est possible j, mais il faut qït'ils partent
sor-le-6han^« Ton père est comme ensorcelé par loes dew colpçor»
teur&an^aâsy^et ilnfécoutera (pieleu» oonseilLOr,; tu sais^ commf
Ja»if num cher Rédiger, qju'il n'appartient pas à de pareilahoauns^
i5.
228 CHARLES LE TÉMÉRAIRS.
de Mre la loi à des Suisses libres. Tâche de retroaver les mar-
ehandises de dinqaant qa'on leur a Tolées, ou da moins ce qui ea
reste, aussi promptement que tu le pourras, et, au nom du del,
fais-les partir.
Rndiger ne lui répondit que par un signe d'intelligence, et alla
offrir ses services à Philipson pour faciliter son départ. Le mar*
chand'pmdent désirait s'éloigner de la scène de confusion que pré»
sentait la ville, autant que le jeune Suisse souhaitait le voir en
marche. Il voulait seulement tâcher de recouvrer la petite boile
de sandal dont le gouverneur s'était emparé. Rudiger Biederman
s'occupa donc sur^le-ehamp d'une recherche encte pour retroaver
cet écrin précieux, et il était d'autant plus à espérer qu'elle ne
serait pas inutile , que la simplicité des Suisses empêclûdt qa'ils
n'attadiassent aux bijoux qui y étaient contenus leur valeur véri»
table. On fouilla donc avec le plus grand soin non-seulement les
poches du feu gouverneur, mais de tous ceux qui avaient approché
de lui à l'instant de son exécution , et ceux qu'on supposait avoir
jpui de sa confiance.
Arthur aurait volontiers dérobé quelques momens pour faire ses
adieux a Anne de Geierstein,,mais le grand voile gris ne se voyait
plus dans les rangs des Suisses; et il était raisonnable de croire
que pendant la confasion qui avait suivi l'exécution d'Arcliibald
Yon Hagenbach, et tandis que les membres de la députàtion étaient
réunis dans l'église, elle s'était réfugiée dans quelque maison voi-
sine : car les soldats qui l'entouraient, n'étant plus retenus par la
présence de leurs chefis, s'étaient dispersés , les uns pour chercher
les marchandises dont les Anglais avaient été dépouillés, les antres
pour partager les réjouissances des jeunes Bâlois victorieux et des
bourgeois de la Férette qui les avaient admis de si bon cœur dans
l'intérieur de leur ville.
Le cri général qui s'élevait parmi eux était qu'il fiillait que la
Férette, qui avait si long-temps été considérée comme le irein des
Suisses confédérés, et comme une barrière contre leur commerce,
reçût une garnison pour les protéger contre la tyrannie et les
exactions du duc de Bourgogne et de ses officiers. Toute la ville
était livrée à des transports de joie désordonnés; les citoyens se
disputaient à qui offrirait des rafiratchissemens aux Suisses, et les
jeunes gens qui servaient d'escorte à la députation profitaient gaie-
lOgpt et avec un air de triomphe des circonstances grâce auxqoeU^^
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 229
l'eoibiUGade préparée contre eox par là trahûon s'était changée
en on accaeil hospitalier.
An miliea de cette scène de confusion , il était impossible
qa' Arthur qoittât son père , même ponr céder an moavement qiji
loi faisait désirer d'avoir quelques instans à sa disposition. Triste,
sombre et pensif» il resta donc près de lui , ponr l'aider à remettre
en ordre et à placer sur knr mule lenrs balles et leurs valises ;
car les jeunes Suisses avaient réussi à les recouvrer après la mort
du gonvemenr, et ils s'empressaient à l'envi l'un de l'autre de les
rapporter à celui qui en était le propriétaire légitime. Cétait même
avec difficulté que Philipson, à qui Hageid>ach n'avait pas songé
a prendre Fargent comptant qu'il portait sur lui , venait à bout de
les forcer à accepter la récompense qu'il croyait devoir à ceux qin
ioi rendaient ses propriétés. Ceux-ci , dans leurs idées simples et
bornées , regardaient cette récompense comme beaucoup au-dessus
de la valeur de ce qu'ils lui rapportaient.
Cette scène avait à peine duré dix à quinze minutes, quand
Rodolphe Donnerfaugel s'approcha de Philipson, et l'invita, de la
manière la plus polie, à se rendre avec lui près du conseil des cheb
delà députation des Gantons iuisses, qui désiraient , dit^il, avoir
les lumières de son expérience sur quelques questions importantes^
relativement à la conduite qu'ils devaient tenir dans cette circon»
stance inattendue.
— Veillez à nos afGaiires , Arthur, et ne bougez pas de l'endroit
oà je vous laisse, dit Philipson à son fils. Songez surtout au paquet
scdlé dont j'ai été dépouillé d'une manière si illégale et si infâme «
il est de la plus grande importance qu'il se retrouve.
A ces mots, il se prépara à suivre le jeune Bernois ; et celuiH5i
lai dit à demi-voix, d'un ton confidentiel, tandis qu'ils se rendaieîit,
en se tenant par le bras, à l'église Saint>Paul :
— Je crois qu'un homme sage comme vous l'êtes ne sera guèi<e
porté à nous conseiller de nous rendre devant ^e duc de Bonr^
gogne, dans un moment où il va être courroucé de la perte de sa
forteresse et de l'exécution de son gouverneur. Du moins, je
suppose qjOLe vous serez trop judicieux pour nous accorder plus
long-temps l'avantage de votre compagnie et de votre société,
puisque ce ne serait que vous exposer volontairement à partager
notre naufrage.
•-.Je donnerai le meilleur avis qu'il ïne sera possible, répondit
'<•.:«
Sap OtUAUS LE TÉMÉ&AfRE.
circonstances qui font qa^on me le demande*
JHq^flm froCém k .df»â*Toii^ m îmaneaUy on dannaas uie
el^^^ifM^ d'JuuM Vf «( Wttdwiît Pl^ilq^n i 1-égii^ flans lui
prqjli^ .4e nopTfyHiP^ xrgwieM»
f^ qiiatredépptéff étfiimt afiSMMéa m ooadaf e daiiflinie pttilfr
ch^îpdto 4« Vét]mf éfàié^M mr^ Nagniu, «iaFi|x« Ils étaient de<
Tn$ J^ ^tit»^ cIa mm Jiâriis, MjwésoBfé «mé isomme loipqii'il
Wl^i^- 1^ IW^tve di» Swl!?^ jr âaît quii pvésent, fit senUfit
pc«ff4r« J«K 'Tif i^nll à te dÎMSfissioii foi avmk Mm. H.y ett-ipi^
inAt|tm;^sflcwo^g^iiâulqii9iid Bbilip^oaiirmay ei^ ïandawiafl^
lui #dl*e«P^ 9li8mle .la parole eo Cfs teismas 2
.r- ^ignor PhîUpson> nous yans rogardona ooHvme «n hemine
ajiw^ l)fWPo«p vofMgfi, m b^t des jdcbiiss dc^ p«y» étiangcn, et
•cnA^îfi&^nt le 4aracl«re de Charles, duc de Bovrgqgne^ tous
n'ignorez pas que nous portons dans cette miosio^ le désir ardent
de ipf^t^iiir la $aii ai^ee ce prinoe; vous sfiyez anssi ae cpi mot
de ^e p^i^r a^j wr^d'lioi , u qu^oa aura frobtf^iÊBMÊA aoin de im
Pendre /ions les couleurs ^ea plus défavorables, Nai^ co^setUevez^
TORS 9 ipu p4irei}.caSy de nous r^drejen {ufésence du.duc^ abargés
de^tPnt Tcidif^ix âeafft éyèoeqient, ou «raye&ypns quenous fiBsions
miemi de rjOtouiser ea Suisse, et de cous prépaser àla gaenre
«outre la Bourgogne ?
?r- Que peuse^yoi}^ Tonsrmêmas à oe sujet? demanda l'Aaglais
. «ir>son»pect«
r- lïpqe aommes diwés d'qnnions , répondit le ^nté de
Berne. Pendant treole an^ î'ai porté la baimière de 8en^ contie
sef ^en^emis , et je suis pb^ disposé à Isl porter encore eoatxa le»
lai^çes 4es cbeyaliei;s du Ha,inau> et de la Lorraine , qu'à soufivir
le traitement insultant a.ufuel nous deyons nous attendre an pie^
du fffiv^ 4u dac.
7-7C'es$ pteeer «otrelaÉ^dans la gncnla du lion, ai nous aoas
j»r^aU>9» deyaot lui» dit ZUnioennan, le député de Saleiire*
Hop avis est qae uous retonriiiona sur nos pas.
3r: (i'il ne s'egî^Mt qae 4e ma yia ^ d^t fiodbiiphe DBjai^h^f
je ^. e^cmeUVai^istpas la. cc^tn^; maia le Laa^aamaâ d^finde^
wa|4 i^ h pèvQ 4e».Ganèeia-lIaia, et ea sen^t an parricide qna
de consentir à mettre sa yie en péril. Mon ayis est ifnp nens le»
^%8Î/^ ^^ ^fùms^i el9lftla.^fidératiou fvoma na» attilnde
dléfensiye.
CHARLES LE TÉBIÉRAIRE. 2S1
•^Ifoo opinion est tonte diffi^nte^ dit Arnold Biedennan^ et
je ne pardonnerai à qtn que ce soit qui , par amitié véritable on
ppétendae, mettra mon hnmUe existence en balance avec l'aTan-
tage des Gantems. Si notis marchons en avant ^ nous risquons
nom tête : soit. Mais si nous rctotmions en arrière' i nous entrât- '
nous notre pays dans ime goerre contre une des premières puis-
sances de TEnrope. Dignes concitoyens , tous êtes braves quandt
il s'agît de eoHd)attre ; montrez à présent une bravoure non moins
intrépide, et n'hésitons pas à nous exposer aux dangers person-
nela qai penvent nous menacer, quand 9s nous ofllnent une chance
de fBDX polir notfe paftiie.
—Je pense et je vote comme mon veishi et mon compère Ar^
noUBietoman, dit le laconique député de Schwitr.
—Tous voyez que nous sommes avisés d'opinions, dit le Lan-
daanaan à ^Hpson. Quelle est la v^ftre?
— Je veiis demand^ai d'abord, répondit Phittpson , quelle part
TOUS atvee prise à l'assaut d'une ville occupée par les forces du
due, et à la mort dé son gouverneur?
— J'atteste le ciel , dit le Landaminan, que jusqu'au moment où
la viSc a été prise d'une manière si inattendue , j'ignorais ce projet'
d'atuqne.
•** Et quant à l'in^cution du gouverneur, dit le prAtfe de Saint-
Paal , je voifs jure , étranger, par mon saint ordre , qu'elle a eu
lieu en vertu d^e sentence qui a été rendue par un tribunal com- .
pèlent, et que Chartes, due de Boui^gogne , lui-même est tenu de
îeipeeter. Les membres de la députation suiss^.aui. pouvaient m*^*
accélérer m rotarder les suites de ce jugement.
--S'il en est ainsi, dit Pfaiypson, et si vous pouvez prouver
que vous n'avez pris aucune part à ces évènemens, qui doivent .
néeessanrement eniammer de coarroux le duc de Bourgogne,
l'avis que j'ai à vous donner est certainement de continuer votre
Toyage s vous pouvez être sArs que ce prince vous écoutera avec
justice et impaitidité, et peut-être obtiendrez-vous une réponse
&vorable. Je connais Charles de Bourgogne; je puis même dire,
prsaant en eonsid^artibn la difiëreticè de condition et de rang,
qae je le coniiafo bi«a« Son courroux sera terrible quand il ap« " ^
preadra oe qoi vie^t do se pasëér ici ; et je ne doute pas qu'il n^
ecamience par voua enaaetiser ; malssi, loiiKdorexamen qu'il fera ^
de tootea les esrcimtanee* de ces évènemens , vous êtes en état
• ♦
^
%
232 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
de vous justifier de ces faasses accnsatiqns^ le sentiment indifte
de sa première injostioe fera pencner la balance en votre favair,
et| en ce cas^ d'an excès de séyéritë il tombera pem-étre dans
une excessive indulgence. Mais il faut que votre cause soitplaidée
avec fermeté, devant le duc par quelque bouche qui connaisse
mieux que la vôtre le langage des cours. J'aurais pu vous rendre
ce service d'ami, si je n'eusse été dépouillé d'un paquet précieux
que je portais au duc > et qui devait être la preuve de ma mission
auprès de lui.
— C'est un misérable prétexte, dit Donnerhugel à l'oreille da
porte-bannière y pour obtenir de nous une indeminité des mar-
chandises qu'on lui a volées.
Le Landamman lui-même eut peut-être un moment la mime
idée.
— Marchand y dit-il , nous nous regardons comme tenus de tous
indemniser, c'est-à-dire si nos moyens peuvent y suffire, des
pertes que vous avez pu faire en comptant sur notre protection.
— Et nous le ferons, dit le vieux député de Schwitz, quand
même il devrait nous en coûter vingt sequins.
. — Je ne puis avoir droit à aucune indemnité, répondit PhiGp-
8on, puisque je m'étais séparé de vous avant d'avoir soufiert au-
cune perte ; si je regrette cette perte, c'est moins pour l'objet en
lui-même, quoiqu'il soit d'une valeur beaucoup plus considérable
que vous ne pouvez vous l'imaginer, que parce que c'était nn
signe de reconnaissance entre une personne de grande importance
et le duc de fioiygogne. Maintenant que j'en suis privé, je crains
de n'avoir pas auprès de Sa Grâce le crédit que je désirerais
avoir, tant pour moi que pour vous. Sans cet objet, et ne m'adres-
sant à lui que comme un voyageur, un particulier, je ne pms
parler comme je l'aurais fait si j'avais pu employer le nom des
personnes qui m'ont chargé de cette mission;
— Le paquet important , dit le Landamman , sera cherché soi-
gneusement, et Ton aura soin de vous le faire rendre. Quant a
nous, pas un seul Suisse ne connut la valeur de ce qu'il contient»
et s'il est tombé dans les mains de quelqu'un de nos gens , u '^
rapportera comme une bagatelle à laquelle il n'attache aucun pnx *
Comme il parlait ainsi , on frappa à la porta de la chapelle*
Rodolphe , qui en était le plus près , entra en pourparlers arec
ceux qui étaient en dehors, et dit avec un sourire qu'il réfnW
CHARLBS LE TEMÉRAIRB. - 2M
siir4e*cfaampy de peur d'offenser Arnold Biederman ; — Ceit ce
hou jeune homme, Sigismond : Fadmettrai-je à notre délibération?
— LepanTre garçoni à qnoi bon? dit le Landamman aTec nn
sourire mélancolique*
— Permettez-moi poortant de loi ouvrir la porte, ditPhilipson;
il désire entrer, et pent-ètre a*t41 des nonyelles à noos apprendre.
J'ai remarqué , Landamman , qne , qnoiqn'il soit lent à concevoir
ses idées et à les expliquer, il en a qndquefois heureuses, et qu'il
est ferme dans ses principes.
n fit donc entrer Sigismond, tandis qu'Arnold Biedorman, quoi-
que senabk an compliment que PhiÛpson Tenait de fùre à un
jemie homme dont Tesprit était certainement le plus lourd de toute
sa fiunille,' craignait que son fils ne donnât quelque preuve publi-
que de la pauvreté de son génie ou de son manque total d'intdii-
genoe. Sigismond entra pourtant avec un air de confiance, et
certainement ce n'était pas sans raison, car, pour toute explica-
tion, il présenta à Philipson le collier de brillans, avec la bohe
qui le contenait. •
—Cette jolie diose est à vous, lui dit-il; do moins c^est ce que
je viens d'apprendre de votre fils Arthur, qui m'a dit que vous
serez charmé de l'avoir retrouvée.
— Je vous remercie de tout mon cœur, répondit le mardiand.
Ce collier est certainement à moi , c'est-à-dire le paquet qui le
contenait m*a été confié; et il est pour moi en ce moment d'un
bien plus grand prix que sa valeur réelle , puisqu'il est le gage et
la preave de la mission importante dont j'ai à m'acqmtter. Hais,
mon jeone ami , continua-t-il en s'adressant à Sigismond, comment
ayez-vous été assez heureux pour recouvrer ce que nous avions
inutilement dierché jusqu'id ? Recevez tous mes remerdemens ,
et ne me croyez pas trop curieux si je vous demande comment
Tons vous ea trouvez en possession.
— Quant à cela, répondit Sigismond, l'histoire ne sera pas bien
longne ; je m'étais planté ausd près de l'échafaud que je l'avais pu,
n'ayant jamais vu d'exécution. Je remarquai que l'exécuteur, qui
me parut remplir ses fcmctioiis très adroitement , à l'instant où il
couvrait d'un drap le corps du défunt, lui prenait dans la poche
çielque chose qu'Û mit àla hâte dans la demie : d bien que, lors-
V^ i'entaidis dire qu'il y avait un objet de valeur qu'on ne pouvdt
i^ctroaver, je me npsà la redierdie du coquin. J'appris qu'il était
214 GHABlLES LE lâklÉRAIRE.
àUé CMnmander des Messes jii«iiif à eencurrence de cent conrnKS^
n gnaà Mtel de &uiit>Paiil, et je réussis à afpraMJffe ^il était
dMB mf Uif&a» de la ville ,. où qiidqiies homiies denaaTaise
mine bayaient joyeusement à sa santé , en félkâtatkiB de oe (jn'il
ët^îfc d#vas« JÉbre et méble. Je me {Nrësentaien milîen tfeox» ma
pertnisaiie à la «râi 9 et jf somm MonseigMqr de me remettre
ce dont il s'étate empené^ s'il ne Toulak scotir le poids de non
aiBM. Sa Mgnewie k Bflwsnm liérila^ et il arat entie de n»
chercher qnereUe ; mais j'insistai de teUetorle ^'il jnfia à pmpoi
denei-eaielti» k|)aqnei9 et, j'es|)àf^ signer Pfailipson, 9» fo»
7 liDow«ee«te«t ee vi'on tons a pm. Jeks Uiesai eontiwict à »
div«ràr, eu»m€i^mé efradà tonte FJbistoîri»
f-«-ye«iétesunlMnive«affçim, ditPbiUpson; etqpMndlecMr
Ta tei^oaiis droit, la «èteve pevi aller de iramm qaeraremeot.
Maïs l'EgUse ne perdra pee ce ^ InieeldA.^t ayant de çôcter la
Pérette je me chafige de payer ka messee fMcet homaie atait
demandéeft famr le reffiede l'ame d' Avchib^ Ven Hagenbacb, f»
a été si bmsqnemment congédié de ce monde.
fiîgismoiid aUaîl répliqMr; mais Phiiipeea, ovaignant qae h
simpUciti de ce jeune bemme ne loi fît dire qaéhpie chose qui
pourrait diminuer le plaisir que le LaodanmiaB éproavait de b
condnile de son fib, se hâta d?iy orner s
«^llaimwftiit, mon jeue ami, reprenda cette boîtei et perte-
la fap4o-diaaip à mon fils Anthar.
Evidemment salirfnt de Mceroàr des applandisscpaens §Wf^à^
il était pea haUusé, Sigismond partit amr-le-champ , et il ne resU
ploa dans la chapelle qne les membres du conseil.
U y mt wi nmpeat de ailenoe, car le Landamman ne pouvait
a'empdeher de se Uveer a« {daiaîr dont il jeviseait en toyaot h
sagacité qae le latKvre Sigiamoad a;eait moaccée «n eette occaaos,
quoiqu'on ne dût guère s'y attendre tf après la teaenr générale de ai
condaite. C'était pourtant un aealiaaent onqnd las circenstaBces
ne loi penaeUaieBt pas de s'abandenaer pabUqttemèpt, et ili^
réserva la aalâsCaction d'en jooîr ensuiie en secret , en dédommt*
gemeait dee iaquiétadee qn'il avait oonçoes si seaveat sar rinteUi'
genee bornée de ce jeune hsmiai pleiii de simptieité. Enfin u
a'adPcesa à PUiipaen avec l^air franc ci envert ^ lui était aatorel
iT^Sigaov Philqpaan, hii di|«il, aoaa ae yen» pegni'dcvoDS pa*
coaaaaa lié paap ka o&ree qae ifoas aeaa avei Mtes ^aad eeft P^'*^
InQantôa ^'étajent {iliis en votie^isesnon» pasce 91e sonireiii ma
haaaeif^nt croire que, s'il étak dans teUe potîtian , il .ponneah
iuire^^^lipsesqa'tl troure luu's desa^poitée qMndilyeaftaRiTéf
iDiôs k jvoéaent qne 7000 «nrez si beima8eBient.et d'nBe^BHaiMra A
inattiendae recouvré la possession de l'objet qne tous disiez jèmwfàt
i(m tonnir on certfôm «râik aiiprès dn dncde Bovrgegiiei je
Titp ^Tfnwff^ir '^f Ttnffi"irrjf*tmTifr noos^erw de nédiffievr a»^
ps^fi^^^ «ampie tmis jaonsl^amxfMreposéaiipasttfaHt.
?iW 4e paddKÙTfatpnftmBl/ppar imaiixeiilendiieia^pépoaaeé»
misflhaiid.
*TTr|4a|da9P|W, dk JHhiiipeeii, janaisy danfriin«iODMnt dediffi^
miféj jjBL^'j^yi fek vne.pirciniessa que je^e inssefHrdt k tmàcqamDd
€GUfi difficuM n'a wCe plus. Y am dites que «ans n'avez prisaipana
p^ à Vi^pàqm de la F>éi;at4e, «t fe toas onais. Vous dites aasA
qqe Yi^0iAi^9^m d'ijrchibald Von Hageabaoh a aa lien en vertn
d'une sentence sar laquelle tous n'avez em ni pa avoir afloone
ioflaeaqs^ ft^^îga^ «n procis-verbal constittaBl: toi|tas ces eiBcan-
^pes^ ^vec le^ preoias, amant qaa faire sa paurra; cùcfisob^BM
cette pièi^ ^op» notre scean, si voiKslefogez ^eaveneUe, et, ai cas
&iu soivt bien 4tabjyis , je voas donne nui pareia de. .. da« •• ifiMOr
nêtebo^W)^ et d' Anglais né ld»rey queUdôcdeBoargognenewons
retjfiri4i^|ia^ pn^miiiîars, et ne voas fei^ anauna iafaee persanneHa»
J'oipère aua^ pronarar à Ghavles , par de.fortes et paissanues rai»
soBfi, qu'on traité d'aiaitié entre la Bom^iogiie atlas Gantons^Unis
de VH^vétie serait 4a sa part nne mesare sage al; généoease. llest
possible que j'échoue à l'égard de ce dernier point*, et en ^oa cas
î'ep serai profondément affligé. Mais ea vons garantiasaBt vi>tre
ariivéeaans danger à la cear da daa, et votre paisible retour dans
Totre pays/ je ne crois pa^ 91a ja riaqne de me troipper. Si je sais
dans l'erreur^ ma vie et celle de mon fils uniquCi de mon fils chéri,
paieront la rançon de mon excès de confiance dans l'honneur et
dans la justice du duc.
Les autres députés gardèrent le silence , et restèrent les yeux
fixés sar le Landamman ; mais Rodolphe Donnerhugel prit la
^ole.
— Devons-nous donc , s'écria-t-il, exposer notre vie, et, ce qui
nous est encore plus cher, celle de notre honorable collègue, Ar-
nold Biederman, sur la simple parole d'un marchand étranger?
Kons connaissons tous le caractère du duc; nous savons quelle
S36 CHARLES LE TEAIÉRAIRE.
haine l'a toujours animé contre notre patrie et ses intérêts. Il me
semble que. ce marchand anglais devrait nous expliquer pins
clairement snr qnoi est fondé son espoir de crédit à la conr de
Bourgogne 9 s'il vent qne nons loi accordions nne confiance si
entière.
— €'est ce qne je ne snis pas libre de fiEure, Rodolphe Donner-
hbgel f répondit le marchand ; je ne cherche point à connaître vos
secrets d'ancwe espèce ; les miens sont sacr^. Si je ne consnltais
q^e ma propre sùretéi le parti le pins sage qne j'aurais à prendre,
4» serait de me séparer de tous en ce moment. Hais le but de yotit
«mission est la paix ; Totre retour immédiat en Suisse, après ce qd
vient de se passer à la Férette, rendrait la guerre inévitable : or, je
crois pouvoir vous garantir une audience où vous parlerez au duc
librement et sans danger ; et quand il s'agit d'assurer la paix de k
chrétienté, je suis disposé à braver tous les périb personnels qui
pourraient me menacer.
— N'en dites pas davantage , digne Philipson , reprit le Lan-
dâmman; nous ne doutons pas de votre bonne foi, et malheur à
qui ne peut en lire le caractère gravé snr votre front ! Nous mar-
cherons done en avants prôts à hasarder notre sûreté à la cour d'un
prince despote, plutdt que de ne pas nous acquitter de la mission
4ont notre pays nous a chargés. Celui qui ne risque que sa vie
snr le champ de bataille , n'est brave qu'à demi. Il y a d'autres
dangers qu'A est également honorable d'affronter; et, puisque
l'intérêt de la Suisse exige que nous nons y exposions , aucun de
nous n'hésitera à en courir le risque.
Les antres membres de la députation annoncèrent leur assenti-
ment par un signe de tête ; le conclave se sépara, et l'on ne songea
plus qu'à se préparer à entrer ^i Bourgogne.
CHAPITRE XVII.
Il* $aMl » tor la point d« ftair m ctrrièN »
nappait d« lei darnien ray«iia
La cdta oaa Toehara tapiaaâa da brnyèiaf
Et da Rhin dorait lat ittlona.
SovTaar»
Les dépotés suisfies consnltèr^t alors le marchand anglais sur
tons leurs monvemens. Il les exhorta à faire leur Toyage avec
umtela diligence possible^ afin d'dtre les premiers à rendre compte
ao doc des évènemens qui Tenaient de se passer à la Férette, et
de prévenir ainsi les hmiu défavorables qui pourraient arriver
JQsqa'à: lui sor lenr conduite en celte oeeasion. Philipson leur re-
commanda aussi de congédier leur escorte ; les armes et le
nombre de ceux qui la conqposaient pouvaient donner de Tom-
brage et de la défiance i et eOe était trpp faible pour les défendre.
Enfin il leur conseilla de se rendre soit à Dijon , soi t ^ tout autre
endroit où le duc pourrait être alors , à grandes journées et à
Gheral.
Cette dernière proposition éprouva pourtant une résistance
i&mcible de la part de Pindividn qui s'était montré jusqu'alors le
plus maniable de tons les doutés et l'écho perpétuel du bon plai-
sir du Landamman. Quoique Arnold. Kederman e(U déclaré que
l'afis de Philipson était es^cellent,. l'opposition de Nicolas Bon-
stettenint absdne et insurmontable, parce que, s'é tant jusqu'alors
fié à ses jambes pour le transporter d'un endroit à un autre, il lui
Ôait impossible de se résoudre à se livrer à la discrétion d'un
cheval. Comme on le trouva obstiné sur ce point, il fut définitive-
lAent résolu que les deux Anglais partiraient d'avance , marche*
nient avec toute la célérité possible, et quis Philipson informerait
le duc de tout ce qu'il avait vu lui-même de la prise de la Férette«
U Landamman l'assura en outre que les détails relatib à la mort
da gouverneur seraient envoyés au duc par un homme de con^
fiance, dont Tattesution à ce sujet ne pourrait être révoquée en
dpme«
nS CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Cette marche fat adoptée , Philipson assurant. qu'il espé-
rait obtenir du duc une audience particulière aussitôt son ar-
rivée.
— Vous ayez droit de compter sur mon intercession, dit-il ; elle
s'étendra aussi loin qu'il sera possible, et personne ne peut mieux
que moi rendre témoignage de la cruauté et de la rapacité insatiable
4'ArchibaIdyonHagenbacb, puisque j'ai été si près d'en être yîc-
time. Mais quant à son jugement et à son exécution, je ne sais et ne
puis rien dire à ce sujet ; et comme le duc Charles demandera cer-
tainement pourquoi l'exécution de son gouyemeur a en lien sans
un appel à son propre tribunal, il est à propos ou que tous m'ap-
preniez Iles fnts que vous wfti à riléguer, m dti moins qii0 tons
enfvoyiez le plus prMnpteoienii posnUilê tatts tes «enseignemenset
toutes tes preuves 4M vous mtet à lui «MMttSMre s»* œ» pMnt in-
portant.
La proportion êa naf sbandt At ntfiite un embstfTM ^^itiHk
wr les traits du LantemM»; st oe fat émtsttnnettt en Mêitam
qu'Arnold Biederman Payant tiré «m peir à r^^arl, kii £t àteni-
voîr t
— Mon digne ami I Iss^ mysiSres ssm etf gAiéral cMiitt^ te
tristes brouBIards qui veHent les ti^ailsles pk» ttebiiBfs As fetiaMrs;
mais de même que ees'brouHaf^ , 3s sm^éoneni qnelyieiBfc
quand nous le voudrions le moins, et quand nous désirerions ttM-
trer lepliis de fran6ltoe)et d^îMSKiirriiira ée^tcÊmr. Tmêû-^^ ^ft h
manière dont Ifagenhudts été ndâr h mon-; AMsaùrdntfsoiildè
Iriie savoir an doc en -vertu de qudDfe'itutorité^il ya ét&omêkWÊîA.
Cest tout ce que je puis vous ëSm Mee HVSmenv s«r oe écjéi, «
pennettez4nos d'ajouter que , monis vntis et partet^n a qus ^sce
soit, moins vous serœ ^aleeas dftenépI*o«rter'quelfaeteeM^
vénie^t.
— D^eLandammon, dft^l'Aegkis, âe même que vooSi je dé-
teste les mystères , ttmt par esprit naMomil que patr non canielère
personnel. Cependant j^av une silamte oôfifisneedausvetrePlM-
neur et dans votre franchise ^ que vsAs seret mon guide dam»' ees
drconstances obscures et secièVeif , comme au milieu des l^einl-
lards et des rochers A^vinre pays natal. Dans l'un et dnS'Pesitre
cas , je suis décidé à aecMtler une confiance sans bornes à "^trs
sagacité. Permettez-moi seulement de vous recommander qne les
explications que vous devez donner à Charles lui soient enveytfes
CiHARLlS LB TEMéRAlM!. 2S9
VÊÛ pram|iteiBttit qu'elles doiyent être claires et fhuocbes. Les
choses étant ainsi , je Me flatte qoe mon homble crédit auprès du
èie poorra mettre mi certain poids dans la balance en TOtre
ftyeor. Elmaintenasity noos allons nous séparer , mais, comme je
Fespere, poumons rejoindre bientôt.
Philipson alla retrouver son fils , qu'il chargea de louer des cbe-
tanx et dft cberdier un guide pour lès conduire en toute diGgence
«& pr&ence du duc de Bourgog;ne. Ayant questionné ^Ters habi-
tans de h t3Ie , et notamment quelques soldats du feu gouyemeur,
ikapfHrirent enfin que Charles était occupé depuis quelque temps
àffeiire possession de la Lorraine , et que soupçonnant à Fem-
pereor d!AHenagne et à Sigismond, duc dTÂtricbOy des intentions
pes anîeiles à son égard , il avait rassemblé près de Strasbourg
onepertie eoiisidérable de son armée , afin d^être prêt à réprimer
toite tentatiTe que pourraient fidre ces princes ouïes villes Bbroa
(le PEmpirc pour Farrêter dans le cours de ses conquêtes. Le duc
<fe Bourgogne , à cette époque , méritait bien le surnom de Témé -
nire^, poîsqiiey ttieouré d'îennenus, comme un des plus nobles
«dnunDt qœ poursuttent Bbs cbasseurs, il tenait en respect , par
sm laaintiett ftrme et audacieux » non seulement loê princes et
les Eiatsdont nous venons de parler , mais même le roi de Franco^
nttiDobftpttissant et beaucoup meifleur politique quH ne Fêtait
l&Haénie.
La deux veyageurs se dfirlgèrentdonbversIèiBampdiidtodk
Ihnrgogne, diacun tktix étant liVrél des réfiexiohs profondes et
laftiBcdiqnes, quî riempècbaient peut-être de faùre beaucoup
d'attention à oe qui 9e passait dans Fesprit de son compagnon ;. ih
Buirdiaient en bommes absintiiés dans leurs pensées, et s^entrete-
naioit moins fréquemment qu'Ss n'avaient été habitués à le &dre
<h]is leurs voyages précédens. Le noble caractère de Phiïïpson ,
MD respect pour ta probité da Landamman , et sa reconnaissance
^ l'hospitalité qn^il en avait reçue , Pavaient empêché de séparer
M canse de celte des députés suisses, et il ne se repentait nullement
^ h générosité qui Favait déterminé à leur rester attaché. Maïs
^psjii il se rappelait la nature et l'importance de Faffaire persoa-
Mlte dontil avait à traiter avec un prince fier, impérieux et irri-
te, il ne pouvait s'empêcher de regretter que les circonstances
"M»» ipith*te dt «dWnMff T ■-■ "•
240 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
cassent mêlé sa mission pariicnlière » si intéreaiHinte poar loi et
•poor ses amis, avec celle de personnes qae le dac Terrait proba>
blement de si mauvais œil qu'Arnold Biederman et ses compa-
gnons ; quelque reconnaissant qu'il fût de Faccneil hospitalier qai
lui avait été bit à Geierstein , il était fâché que la nécessité l'eût
forcé d'en profiter#
Les Idées qui occupaient Arthur n'étaient pas d'un, genre pbu
satisfaisant. Û se trouvait de nouveau séparé de l'objet vers kipd,
presque malgré sa propre volonté , ses pensées se reportaient sans
cesse; et cette seconde séparation avait eu lieu après qu'il ayait
contracté une dette nouvelle de reconnaissance , et lorsque «ni
imagination ardente avait trouvé pour s'en occuper l'attrait de
certaines circonstances mystérieuses. Gomment pouvait-il conàf
lier le caractère d'Anne de Geierstein , qu'il avait connue si douce,
si pure , si simple , avec celui de la fille d'un sage , d'un esprit
élémentaire , pour qui la nuit était comme le jour , à qui un cacbot
impénétrable était ouvert comme le portique d'un temple? Poa-
vait-il identifier deux êtres #diflérens? On, quoique offrant aaz
yeux la même forme et les mêmes traits, l'un était-il une habitante
de la terre, l'autre un fantôme auquel il était permis de se montrer
parmi des créatures, d'une essence différente de la sienne ?..... Ne
la re verrait-il plus? Ne recevrait-il jamais de sa propre bouche
l'expUcation des mystères qui se rattachaient d'une manière si
étrange à tout ce qu'il se rappelait d'elle ? Telles étaient lestes-
tiens qui occupaient l'esprit du jeune voyageur , et qui l'empé'
cbaient d'interrompre la rêverie dans laquelle son père était
plongé, et même d'y faire attention.
Si l'un ou l'autre des deux voyageurs eût été disposé à tirer
cpelque amusement de la vue du pays traversé par la route qu'ils
suivaient, les environs du Rhin étaient bien profères, à leur en
procurer. La rive gauche de ce noble fleuve ofEre , à la vérité , on
pays plat et uniforme; car la chaîne des montagnes d'Alsace, qui
eu suit le cours , ne s'en approche pas assez pour varier la surface
unie de la vallée qui la sépare de ses rives ; mais ce grand fleaTCi
roulant ses eaux avec impétuosité, et se précipitant autour des
iles qui veulent en interrompre le cours, est en lui-même un des
spectacles les plus majestueux qu'oIEre la nature ; la rive droite en
est ornée et embeUie de montagnes nombreuses, couvertes de botf
et séparées par des vallées : c'est ce qui forme le pays si oonno
CHARLES LE TEMERAIRE. 241
sons le nom de laForél-Noire, dont la saperstidon crédule rap-
porte tant de sombres légendes. Ce canton ayait aussi de jasteset
▼éritables objets de terrenr. Les vieux cbâteaox qa'on voyait de
temps en temps sur les bords du Rhin , ou sur ceux des lorrens et
des rivières qui y portent leurs eaux , n'étaient point alors des
mines pittoresques, rendues intéressantes par l'histoire de leurs
«nciens habitans; ils étaient encore les forteresses véritables, et
imprenables en apparence , de ces chevaliers-brigands dont nous
avons déjà parlé plus d'une fois, et dont nous avons lu tant d'his*
taires étranges depuis que Goethe, auteur né pour tirer de son
long sommeil la gloire littéraire de l'Allemagne, a mis en forme
de drame celle de Goetz de Berlichingen^. Les dangers auxquels
exposait le voisinage de ces citadelles n'étaient connus que sur la
rive droite du Rhin, c'est-à-dire du cftté de l'Allemagne; car la
lai^ear et la profondeur de ce noble fleuve empêchaient ces ma-
faudeurs de faire des excursions en Alsace. Cette rive était en
possession des villes libres de l'Empire, et par conséquent la ty-
rannie féodale des seigneurs germaniques pesait principalement sur
leurs propres concitoyens, qui, irrités de leurs oppressions et
épuisés par leurs rapines , étaient obligés d'y opposer des barrières
4'mie nature aussi extraordinaire que les grie£s dont ils cherchaient
i se défendre.
Hais la rive gauche du fleuve, sur la plus grande partie de la-
qoelle Charles, duc de Bourgogne , exerçait son autorité à diffé-
rens titres, était sous la protection régulière des magistrats ordi-
naires, qui, pour s'acquitter de leurs devoirs, étaient soutenus
par des troupes nombreuses de soldats stipendiés , dont la solde
M payait sur les revenus privés de Charles; car, de même que
Louis, son rival, et d'autres princes de cette époque, il avait re-
connu que le système féodal donnait aux vassaux un degré d'indé-
pendance qui pouvait être dangereux, et il avait pensé qu'il valait
mieux y substituer une armée permanente, composée de compa-
gnies-franches f^ ou soldats de profession. L'Italie fournissait la
plupart de ces bandes , qui formaient la force de l'armée de Charles,
ou qui du moins en étaient la partie en laquelle il avait le plus de
confiance.
Nos voyageurs continuèrent donc leur chemin sur les Ix^rds du
<< Sir Waltcr S0Mt a traduit lû*méaieen anglaii ea dnuBc romantifae*
i6
im «■âBLB& LE l^HÉHAI».
Ijliiîiii avec «itam de sécsriti qa'on pooyait ea eipéMr èuam œ
tenps de ^idenoa et de désordre. Eoftii Fliilipiaii, apis amqr
«Kamipié faelfae aanfs le goide qfu'Artbnr avak Isné, demnda
tovt à coiqp à soa fik 4[m élait eet houieu .
Arthiir loi réfioâdii ^'ilairait mis trapt d^iiy»fi§ifaiWft àttsao»
irar qoelqa'oA 4[tti coniiftt bien la roase, él qui ikl dîspseé • lear
aerw de gaide^ pooi? mwmc eu la temps de preaAnB des iafenaar
aions'lûea eaiaeies sar sa^pisiité at sa prciession ; siais fse » ^apnàs
àatt eitMaïuTy il paaaak qae c'était an de eeaeedésîaiitiqQesqHÎ
paraoïuMâent la psys peav yeDdredesfelîipies» des chaf^ekls el
4as agnnsy et qai a'ebbeaateiit le respect » em gébésai, qae è»
alaasas infërienresi qn'on les asjsusait soaiseiit de lopooiper , on ab»
aaaS de ^ar saperstUMiu
La costume de cet lioiiiaie anaonçut whùwm an frère mendiant
fu^imdéTet laïcpie> ou pèleviny allant Tisiter les tomkeanx de&SaintSi^
n portait le chapeau, b cédule , le baurdon , et la dabnalî^pied'é^
toffè grossière, dont la {orme ressemUait assez au manteau dfaa
kossard moderne , que prenaient alors ceux qui entrqnranaîaat o»
excursions religieuses. Les clés de saint Pieri c , grossièrement dfr
coupées en drap éc$rli|te, étaient attachées derrière sompantean,
placées en sautoir , en termes de blason. Il paraissait âgé an mmns
de cinquante ans , était bien fait , vigoureux pour son âge , et a^
nne physionomie qpi 9 sans âtre raponssante, était kin d'ofiir
quelque chose qui prévint en sa fiyeur. L'expression de ses yeoz
annonçait dg Fastnce, et la vivacité de Ions ses monvemensËdsait
souvent cbntriEtôte avec le caractère d& sainteté grave qu'il prenait*
€ette dilfiirence entre le costume et la {d^anomiese rencontrait
assez souvent parmi ïes g^is de sa pno^sion , qn'u gnmd npmbse
embrassait «plutdt pour satis&ire une habitude de vagabondage* et
de fainéantise que par vocation religiense.
— Qui es-tu y brave homme? lui demattda<PI]iKpsoi|; qneinoip
dois -je te donner, pradant^pe noua sommes compagnons de
voyage?
-^Bardiélëmi, Monsieur > répondit te^gpude, flcm BaithâtçBuh
je pourrais direBartholomœuSy maif fl ne convient pas à nn piinvre
frère lai comme moi d'aspirer à l'honneur d'un nom savant»
--* B« quel est le hnt de ton vo3Fage,, frère Bartlrflqmî ?
-^ Le but de mon voyage sera celui du vôtre, Monsieur. J'irai
partout où mes saniaes eoBune gndepeurmit' vow ètea utilési
GHMBSJSS tJE TÉMêfimU. m
mifpmmiiUKgotàs que ^««oft tt'4iectn4«nKleî«iilr'â6itt^ac(p^^
k m» pBfllâf«eB<te4éwtkNi «tt Mâtfltt'SliiiiMB quenoos troaTe-
rois dieiBÎo fimnt.
*^ G'ji9t4i'idiMqiie tom 'voyage ii*a m b«t fix« , ni iH^et ptéÈsaat*
^àmgnmmk pairtioidkir, coMie 4miB le-d)ies Huit Ken, Ilônv
oear.ie ierab pamtaiit «mw de ^re qne mon vojrage^mbraâilè '
laaid'^fcffltft, qn^Hm*^» éÊMÊÊMOÊ^ wsmmcmeet^ffaT Fini on par
rantre. J^ fak Tomiie paaaar q«atre ana ^ TO^ai^er ^ Usa aaiitl
en lieu saint ; mais mon yœn ne m'oblige pas k les tMicst dans na
«mrlaiiL oeire et à aora» 4e rMe.
--G'eali-iffire qae aoa ^^œa èe pèlerinage ne fempètbe pas de
te feaar ea qoaiilé 4fo giii<ie4B«K YO|agairs ?
-^Sije puisaBoir la dëiFOtiott pa«r les bieniieiifeiix Mints dent
je miÈ€ les xeMqaes , à «n iiâri^ee rendtt à nn de mes semblables
ya ast es laapige et fai » besoîtt d'an €end>actettr , je pense qne
M8 deoK cigeiB pevreut parfadteaient se oeneilier ensemble.
^Sartont parce qa'un pen de profit mondain tend à lier èn-
umbkcea. ètwn deimms > q«a«d ateie ils advient intoïkipatibles
MBsceh».
— C'est Tùtee bon plaisir de parl^ ainsi , Monaienr; mais von^
ponmaa TosMaérne, ai«voaa le tonlieiy lârer de ma compagnie
qaelqae profit de pins qne la connaissance qne j'ai de la rente qnè
Toos a:vmi. à faire. Je piû rendre votre Toyage pins édifiant en
TOQS apprenmt les légendes des bienhenrenx saints dont j'ai TÎsité
bi nlii^s ssiorées y et piife agf^Me en Ton^ racontant les choses
menreilleases qne j'ai vues et qne j'ai apprises dans le conrs de
9» tayage»; je pniil Tobs fournir Pec^àision de Tons mnnir d'un
fuèon de Sa Sainteté peur toutes tos fiiUtes passées , et même*
d'ooe indulgence pour Tos errear s Aitnres^
*-Tasleelaeat oertainetneiit fort mile, firëreBartfaétemi; mais
qsaiid je déaire parler d^nn pareil sujet, je m'adresse à mon con-
fittenr , à qui je confie régulièrement et exchisîvement le soin de
ma conmeDoa » et qui par eensécpeiit doit connaître mes disposi»
iH»Mf, et lire au eut iai me presetfre tout ce qm peut être cdn^
leuaUe^
de prolestaas. Les imktlgutnê aecordiiei par U dMf de.l'Bylivë cathoiiqM »'oiit jawris a«
i«t lâ'TMlniM» dhtanitMfatant, el. amfef ank f<àfes passées, elEei ont toaioars eu b«-
9. Ott)
Boinbre i
fBttr objet îâ'TMlniM» èm araté» fotont , eî . qôvfef ank f<àfes passées , elEei ont toojoars eu b«-
f«ùi de ié|^mlip.C».«9ii|^p«pdMteeMinf iilièiwtiféftotiMW Wf^M*M q|i|k«MCMUlUé(a^pi^
MBfcr jm^k SM ftarf nbl&me de rUrtanik.
i6.
244 CHARLES LE TEMERAIRE.
— Je me flatte pourtant que tous avez trop de i^eligion et que
TOUS êtes trop *bon catholique poar passer près d'une sainte station
sans chercher à obtenir Totre part des bienfaits qu'elle répand sur
tous ceux .qui sont disposés à les mériter; d'autant plus que tous
les hommes I quelles que soient leur qualité et leur profession, ont
du respect pour le saint qui est le patron spécial dé leur métier.
J'espère donc que, tous quiètes un marchand y vous ne passerez
pas près de la chapelle de Notre-Dame du Bac sans y faire quel-
ques oraisons convenables.
— Je n'ai jamais entendu parler de la chapelle que tous me re-
commandez^ frère Barthélemi; et, comme mon affaire est pres-
sante , il Taudra mieux que j'y fasse ua pèlerinage tout exprès
dans un moment plus opportun , au lieu de retarder mon Toyage
en ce moment. C'est ce que je ne manquerai pas de faire , s'il
plaît à Dieu; de sorte qu'on peut m'excuser si je diffère cette
marque de respect jusqu'à ce que je puisse m'en acquitter plus
à loisir.
— Je TOUS prie de ne pas tous fâcher , Monsieur, si je tous dis
que TOtre conduite en cela ressemble à celle d'un fou, qui, troa-
Tant un trésor sur le bord de la route , ne le ramasse pas pour
l'emporter aTCC lui, mais se promet de resFenir un autre jour, et de
bien loin, tout exprès pour le chercher.
Piûlipson , un peu surpris de l'opiniâtreté de cet homme , allait
lui répondre s^Tec TiTacité et humeur; mais il en fut empêché par
l'arriTée de trois personnes qui Tenaient derrière eux , et qui les
joignirent en ce moment.
La première était. une jeune femme , mise fort élégamment , et
montant un genêt d'Espagne qu'elle conduisait ayec autant de grâce
que de dextérité. Elle avait la main droite couTerte*d'ungant sem-
blable à ceux dont oh se serTait pour porter un &ucôn , et an
émérillon était pcirché sur son poing. Sa tête était eouTorte d'une
toque de chasse , et y comme c'était souTcpt l'usage à cette époque,
elle portait une espèce de masque en soie noire qui lui cachait tout
le Tisage. Malgré ce déguisement , le cœur d'Arthur battit Tive-
ment quand il la Tit paraître, car il fut certain, dès le premier
moment , qu'il reconnaissait en elle la forme incomparable de la
belle Helyétienne. Elle était suivie de deux personnes qui parais-
saient être à son senrice, uiîe femme, et un fauconnier avec son
bâton de chasse. Philipson, dont les souTenirsen cette occasion
CHARLES LE TEHÉRAIRE. 245
it'élaient pas aussi exacts qae ceux de son fils, ne Tit en cette
belle étrangère qu'une dame eu une demoiselle de distinction qui
prenait le plaisir de la chasse ; et. Comme elle lui fit une légère
inclination de tète en passant , il la salua à son tour, et lui de-
mandi^ avec politesse, conune la circonstance l'exigeait / si elle
«ITait fut une bonne chasse ce niptin.
--- Pas trop bonne , répondit la dame; je n'ose donner le vol à
mon émérillon si près de ce grand fleuTC 9 de peur qu'il ne s'euTole
de l'antre cdté , ce qui m'exposerait à le perdre : mais j'espère que
f aurai meilleure fortune quand nous aurons ))assé le baC| dont
nous ne sonimés pas bien loin.
— £n oe caS; dit Barthélemi , Votre Sdgnenrie entendra la messe
dans la chapelle de Hans, et priera le ciel de lui accorder une
^nne chasse.
— Je "ne serais pas chrétienne si je passais si près de ce saint
lien sans m'acquitter de ce devoir.
— C'est précisément ce que je disais 9 noble dame; car il est
bon que tous sachiez que je fais de vains efforts pour convaincre
ce digne voyageur que le succès de son entreprise dépend entière-
ment delà bénédiction qu'il obtiendrarde Notre-Dame-du^Bac.
•— Ce brave honmie , dit la jeune dame d'un ton sérieux et même
sévère y ne contaaît donc guère le Rhin? Je vais lui fidre sentir
combien il est important qu'il suive votre avis.
Elle s'approcha d'Arthur, et lui adressa la parole en suisse , car
^e avait jusqu'alors parlé allemand.
— Ne montrez pas de surprise , mais écoutez-moi , loi dit-elle ;
et cette voix était bieUvCelle d'Anne de Geierstein ; ne soyez pas sur*
pris, yous dis-je, ou, si vous l'êtes^ que personne ne s'en aper-
çoive. Vous êtes entouré de dangers» on connaît . vos. af&iires sur
oetteroutOy et un joomplota été formé contre votre vie. Traversez
le fleave an bac de la Chapelle , au bac de.HanSy comme on l'ap-
pelle ordinairement.
Le guide était alors si près d'eux , qu'il lui fut impossible d'en
dire davantage sans être entendue. En ce moment nn coq de
broyère partit de quelques broussailles, et la jeune dame donna le
volàsonémérilloli.
Le fauconnier, pour animer l'oiseau , poussa des cris qni firent
retentir tous les environs, et il courut au galop pour suivre le gi»
bier. Philipsônet le guide ne songèrent plus qu'à suivre dés yeux
2M OMIin LE TÉHÉBXKC
yoMwa» et «a froit^ taM m ^aaie éB<tMiii' BUmJÊLifmtêiÊi» yon
IwbMimas êi %aala eaiiiMliim:; mais h aw éalk ▼« dfAweéiait
»ii»a|^p&t^Qiattmit>êétoiiBBél?atleo>tiB^
jilléiMflfanf.
«^ Trvwntn l^hkàm^ lai répéiMidkB, M' bas qn oPiidnili
Rirch-Hoff , de Paatre côté da Aaaiaa^ pnenei iwlve lugeaienti k
TwoïK^'Oivi* "aaiia y tyaimrea an gîiMa pour Toasceadmiei
CkraaboQif « Jani'fiaîaiieatar pUia hai^'ienipa»
A eea aaott , die se radreaaa av laiaette , frappa l^ginmeniaw
laa rém» le co» da .fian aonraieii» fm, déjà impatient dfim si <Mt
délai, partit an grand galop , comnaa s'il arait Tonln dispatcrè
ifttaaie à Véméâilm'^ i aar pràie. La^danie , b aaitianteet le ta-
«Mimer axaient dé^fc dbpam a«x jnpox 4e nos weyageapw.
Us restèrent en silence quelques minutes , temps qn'Aràwc»
flbgia à xrifléékjr deqoatta nifiuàfs il oommaqiqoenâtà son père
Fayis qu'il venait de recevoir, anaa éreillar laa atBpçoatde lenr
«aidé; maja MûI^moii rowpit li|i4iéme le aUenae, en disairtà
«dbDi««i? ^-^ £«Betaaa»voa» ea raarcli^ , s^iluaiiaf^lattielteiM»
^aaBBàqnelqpM8paaiMi>aaraaai; jetMam pariffr em jmrtkrikrt
moit)filK
Le gnide«drfit^'et, oaiBfne«peiir>iriontittrqnKljnraic4)^
yn^ndteent. oeoiipé des obasea eékaïaa peur danaaraBOieiÉ
pensée aux affaires* 4e ae^aaoade aablaBim , itte^tooM anehyaii
wl'luttBcin^de saifitWnidalia iebeifar, d'kM/mii «i^^
dante, qu'il fit partir jusqu'au demaroiawi 4a ^«V^ ^^
IttèsdaqMlila'paasaiaiit. Jaasais^M |l?•A^MHik mM«idlopée sacrée
-^n pvolane ««asi triste qmt eeHe qui penate à PtOif»»^ '**^^
«Tee aon^Ha la oottrersatifin^siiivanaa:'
Anhap, kiî dit-il , jesuis eaftv«inaa^ ea brailbrit» ce^
Ml'lypeeriie, a quelque projet oeotreBoq»? ^îfi'^^
^roiie que'k metlfeor »^e» âe4^îe«er^ ses da»«as, ««•
consulter mon opinion et non la sienne , tant sur' laa ïaa*' ^
{devons fiiir^^halle, que sur la vont» quD aoas devons ^^'f^^^ u
T- Votre jugement est aus^ sûr* que de coutomey mon P*'^* ^^
•usapersuadé que cet homme est -un- tdJlre; et, caq**»*'** ^.^
croîref , c'est que cette jeune dame Vient de me dire tout»**" ^^
noue conseillait de prendre la route àt Strasbourg ^.t^f^
droîte duRhin , en traversant ce fleuve à un endwituoiBni*
Hoff , situé de l'autre cèté:
CMMHLm liK IBMBiUlML Xt
«— Je répondrai sar ma^yie de la boue faî dr rnttfl jminr iamn
*— QooiJ pnèe ^i^élla ae liait Um aw aoh (mlefroir» et ip'elle
a k taille bien faite ? C'eat le vaiaooiieneiiC dfwi jenne hoaune; et
pnfftant. meft wu eoèotf, éTec te«le>aa* eweenapeelien., eaizfort^
meut tenté d'avoir confiance eor eUe. Si notre aecrat eat connu eià
4» payai.,, ii^y^a:» aÉUia eantvedit y bien dea gêna «{ni peuvent être dia-
foaéerà ovoîre qu^Ma ent ititérét à m'emlédber d'approcher du duc
dtt Beuvgegiift» et à emplej^er à cet efifet lea moyenâ les pins vio-
ko»; et vQua^ aama parfaken»ent fue le aaGrifierais ma vie aana
regret pour pouvoir m'ac(|nîtt«r de sm nûaékm. Je vous dirai donc^
Avthnr, qae je ne reproche d'avoir pria jua<pi'ifii troj^ peu de soin
paor jH'aBBuner le» moyen» de la remplir, par suite du désir bien
nattrel qae j'arms de vous ooiiaerver près de meL Nous avona à
aboioi^ entre deux ehemîaa peut nouarandreà labeur de duc, et
Mes deua aeMi doQgetenx eft incertaiaa. Sloua pouvons anivre ce
fàitf en eemptant avur sa fidélité douteuse , en passer sur' l'autst
nreduRhia , et tRaveoser de nouveau ee fleuve à Strasbourg. Il j '
a peut-être autant de danger d'un côté que de l'autre ; mais |/a sens
fi^eat ée- mon devoir de dênînuer le risipie fœ.je cours de ne
poayeii cawiaier m». misaioA, ea voua faiaant passer sur la rive
iMte^. «audit que- je contimeriui mon v<qrage sur la gauche* Par
et mofen, s'il anâve quelqee aoaident à l'mi de nous, l'autre
poonra y édmpper et s'aeqtntter de k miaaion importante dont
meaaomnmé dbaegéai.
•*- Hélaal mon peiie> comment m'eat-il posaible de voua obéûp,
famé je ne paa» le faire qu'en voua laiasimt seul, ei^poaé à tant de
itngtts, et ajomt à lutter eomare tant de diffieultés^ dans lesqneUea
j^aanés du morâa la benne vetoaié de voua aider, qaeiqué faible
fie pât être mim secours? Quelque péril qui puisse nous menace
ihne ces rircQnatanaaa délicates et dangereuses t ayons du moiiia
la consolation de les bravée enatmble*
— Artfaor» mma dier fils, me séparer de toi^c'estme briser le
asras; mai» le même^evoir qui nous ordonne de nous exposer à la
amet^ neos enjoint auaai impérieuievient de ne paa céder à notre
iaadse affeeeian.^ il fattt qoe noils nai^ aépariona.
-— Bn ce eàa ^ sfécria vivement aon fila , accprdez^moi dammna
IMftahoaè i ee aéra ve«a qui- tvaverseroa le Rhia, et vous me Im^
248 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
serez continuer mon voyage par la roate que nous avions d'abord
dessein de suivre ensemble ! , *
— Et poorquoi , s'il vous plaît , prendrais-je le chemin que vous
me proposez , de préférence à l'autre? . .
— Parce que je garantirais sur ma vie la bonne foi de cette jeans
dame , s'ëcria Arthur avec chaleur.
— Encore , jeune homme 1 Et pourquoi tant de confiance dans
la bonne foi d'une jeune fille ? Est-ce uniquement cette confiance
que la jeunesse accorde à ce qui lui paraît beau et agréable , on la
connaissiez-vous déjà mieux que ne peut le permettre la cofirte
eonversation que vous avez eue avec elle?
— Que puis-je vous répondre, mon père? Il y a long-temps que
nous ne voyons plus la société, des chevaliers et des dames ; n'est-il
donc pas naturel que nous accordions à tout ce qui nous rappeUe
k» tiens honorables de la chevalerie et d'un sang noble , cettecon-
fiance d'instinct que nous refusons à des misérables comme ce char.
latan vagabond , qui gagne sa vie en vendant de fausses reliqnes
et des légendes absurdes aux pauvres paysans dont il parcourt les
villages?
— Une pareille idée , Aithur, pourrait convenir à un aspirant
aux honneurs de la chevalerie , qui puise dans les ballades des mé-
nestrels tout ce qu'il se figure de la vie et des ëvènemens dont elle
secompose; mais elle est trop visionnaire pour un jeune hommeqoî
a vu, comme vous, comment se conduisent les affaires de ce monde*
Je vous dis, et vous apprendrez à reconnaître que c'est la vérité/
qu'autour dé la table frugale de notre hôte le Landamman ilse trou-
vait pins de langues sincères , plus de cœurs fidèles , que la coor
plénière d'un monarque ne pourrait se vanter d'en offrir. Hélas 1
l'esprit mâle de la bonne foi et de l'hoiineur a disparu du ccenr des
chevaliers et même des roi^, où, commeledisait Jean, roide
France, il devrait continuer à résider constamment, quand même
il aurait été banni de tout le reste de la terre*
— Quoi qu'il en soit, mon père., accordez-moi cette grâce, je
vous en supplie : s'il faut que nous nous serions » suivez la riye
droite du Rhin ; je suis convaincu que c'est la route la plus sAre*
— Et si c'est la plus sûre , lui dit son père avec un ton de tendre
i*€proche , est- ce une raison pour que je cherché, à mettre en sû-
reté une vie presque épuisée, et que j'^expose au danger la tieiuie>
4ont le cours commence à peine ? Non, mon fils, non.
CHARLES LE TraiÉRAIIlE* 249
— Mais , mon père, s'écria Arthur, d'une Toix animée j en par^
lant ainsi^Toas ooldiez combien yotre vie est plas importante qne
la mienne. pon)r l'exécution du projet que tous avez conçu depuis
si long-temps 9 et qui est maintenant sur le point d'être accompli.
Songez que je ne pourrai m'acquitter de notre mission que trè»
imparfaitement, puisque je ne donnais pas le duc, et que je n'af
pas de lettre de créance pour obt^r sa confiance. Je pourrais, à
la vérité, lui dire les mêmes choses que vous, mais je n'aurais
lien de ce qu'il me faudrait pour avoir droit d'être cru; et , par
conséquent, vos projets, au succès desquels vous avez consacré
votre vie, pour lesquels vous êtes disposé en ce moment à braver
la mort , ne pourraient qu'échouer entre mes mains.
— Mon fils , vous ne pouvez ébranler ma résolution ni me per-
soaderrque ma vie est plus importante que la vfttre : vous me rap*
pelez seulement tjue c'est entre vosmains, et non dans les miennes,
qne doit être placé le collier qui est la preuve de ma mission. Si
vons réussissez à arriver à la cour ou au camp du duc de Bour»
gogne, la possession de ce joyau vons sera indispensable pour y
obtenir crédit. Moi , j'en ai moins besoin que vous, parce que je
pois citer d'autres circonstances "qui feront ajouter foi à mes pa*
rôles, s'il plaisait «u ciel de me laisser seul pour m'acquitter de
cette ÛDoportante mission, ce dont Notre-Dame, dans sa merci ,
daigne me préserver! Songez donc bien que , s^l se trouve une
occasion dont vous puissiez profiter pour passer sur l'antre rive
duRhin , vous devrez diriger votre marche de manière à repasser
oe fleuve à Strasbourg. Vous y demanderez de mes nouvelles aor-
Ger^Ailé, auberge de cette ville qu'il vous sera facile de trouver ;
^» si vous n'en pouvez obtenir , vons vous rendrez sur-le«champ
02 p^sence du duc , et vous lui remettrez ce petit paquet.
- En finissant ces mots, il glissa entre les mains de son fils, avec
les plus^-grandes précautions , pour que le guide n'en vît rien, la
petite boîte qui contenait le colli^ de brillans.
— Vons savez parfaitement ce que votre devoir vous ordonne
de faire ensuite, continua Philipson; seulement, et je vous en con-
jore^ queledésir d'api^ndreceque je suis devenu ne retarde pas
im S4Bnl instant l'accomplissement de ce devoir. En attendant, pré-
parez-vous à me faire des adieux soudains avec autant de résolu^
tien et de confiance qu,e lorsque vous marchiez devant moi sur les
rochers au milieu des oriE^es de la^uisse« Le ciel nous protège au*
IMips de|ir4Mi«iMr cA m^t iataL, «l Itt |i«ui amA Arimabwrh
iira* ^pio j'eaiflfeeti.
Le MBtûmM p^niUe 4»iift étaiflaft fteovnpagpM cas aiieiKaB'
Arffëty <tait flioeèie at piolûiid das-deu: niitéa. ArflharMeaoopt
aâni6 PAS, dans la pMonu: wmmmAy à paiser naa eoaaDkiiai
diBts Vidëa^ qu'il éuôl YrtaïamWahla fa'k «e ttooaemt «ooaiiuM»
dnite de cetla faauae aiofuliàre» émt kaoupvanir ^na leqakint ji^
aMÔi. Il était ym qua la beaulé d'Aiwe de Gernmbtka^H laaa*
aièra étraiiga dont rila ¥aaail; aacara da pacaStsé à sas yeoty
avaient été ce wutêim même lapgjmâpate'ocawpltf iep<da aoa 6tpnt?
SMiii «ae noavalle idée^eoLehiuyi alaia laaiea ka aatr^^ aitti fi'il
aUaît sa t^purf r i, 4Mia uaaieiaaali de daagep^ d'aa pm^aiÉ»'
tait ai biea tonte «an ettiiae aiea plaa lendta. aBéciaeBfi
<]epaDdaiitaepèfee9M|fa la^iane fna aaa«déwtiimneat aifiîfM
a^«?aitpa airêiar daaaaeayaaxf; atcalôaiiaa^ilfAt^^saiafeâ^aKHUir
aa féaaliiÉiia'ea ^afeiaidiiaiatà la lendeease fiÉ^Mnalla ^il afpb
la pîeax Banhélemi , et liii> édnMtda-s'^ïs éCiâeBliaiMaa&kiaiWi
da la abapaUe da Huia^
-~A aa^iron «»ttiUla> aépaadîl la gitida.^
L'Aagjlaia loi deaMOda^aMiiîta aa^ wA4mmiâ Hmkhlitm'
4m da eaite ahapellay «t Ikatliéleaii hm at>p«fc fate ^tau lai^
Sur, pddbanv en uiâaM taafs -, aaaMaéfieiia^aml da«eifé4ii4^
tai^ en cet aadgdi^eMi'ilraaiiaaearaifc des laajreaa êmunUm^^Mi
ytrécÉÎre an {wani pMear laa Mvckaads al laa inj/êm^sèjé^
me da iewreià l'aalsa.JLamlSfaearqaHliaatée-itfvdÉieA
aaant deux baleaax 91» fiureMtaabaieBgéa'daaftks aaaor pv^ta^
at rapides da RU» « et la traîale qiif iasiârèneiit moB TajMif^ ^
aaeideas r^tés ^ OMaBatiMiieat pavanant; à<diaabiaav «Dniiifr&'
Uemepit laspvafiifrdasa psaleMkia. €W^naiUaiié,.aCaB^;boa'<atlit^
liqne 1 tourna , dan» sa. déireBsr^ iloatas aaa paasées lassla tét
fîo». Urjalaanfagavd'aafarriàieaarsDiÉipasaéé^eliclMtf)^
qad aviaaa il ayait mérilé les iaisvtaneë ^^bmarchMsa^l^^
de seajèars. Ses remopdaiineBtppintipataMBBexeîlléapsrlett''^
yenâr qi^eA mie cerlaina aeeasian ^ pnr joor qms: Vas» du 4^
était pairticnlièreaant agitéa par an orage, âataisrsÊiséda*^
foittar de ses* fqiiiclîaas^ coania baialier^ powrtiMsp*rt^*
KaatceriTa on prêter cpir pwtak ayea laâ'u»rkwws ds te^w^**
#1 BAim^ Pmt iép«rer «etts fiuto» Hâii6 m ammiï k om aévèw
pénitence , car il était porté à se regarder >o«Btt» c—pahie J «mît
^pmé ^e la V«efige eût «BMiidepaorotr pourproléger BoaioMige,
)9 irê^K^À flii i» iMileUffr ^i I»î aurait Dtâèn «enicae;» le dos fall
iSfc à l'égUse 4^ KmlirHoff (^««e^raiide patiiâa de ob j^s'il poatéînl^
proai^ ^ moéiiAé d» Ma sepiniîr. Le Tiaittavd ae se peraHt plus
k Ka¥e«âr de mettee le laoiiidre délai a tjraaapovter d*iia» immi
Kwa« yîtfjwaye^ippiirtqiaait à la aaittl» E^#; et toaa laa raiip
dftcki!g^9 dfifMii» l0 pnélat p<artinM: Ift vitt« t. JB^
«^aat BH^pîeda , paftvaîftnt ràdaoïer aas aarvieaa et caMc de aa
Imqjpe b nui* QQRiBO» le JAlie*
Vmës ipi'al weaait ut: ne aï édifiaiike ,. flaiia< trénaa a» jour,
for les bords da Rhia ^ itt^petiiia àna^a^db k Vierge qneiea eanuc
7 avaient jetée, çt (pii lai parut exactement semblable à celle que
portait le frère sacristain de Kirch-Hoff lorsqu'il avait eu Taudace
de loi refuser le passage sur l'autre rive. Il la plaça dans la partie
la plus en vue de sa dibaiie» aA^essa devant elle ses prières à la
Vierge aTec dévotion , ^et la supplia de lui faire connaître, par
quelque signe, s'il devait regarder l'arrivée de sa. sainte image
comme une pmuvti q«eaea>péehés lui étaient pardonnes. Sa prière
fat exaucée dans* une, niaiim noclurne. Notre-Dame , prenant la
forme dePimage^i parut au pied de son lit , et lui dit pourquoi elle
y était venue.
— Mon fidèle serviteur , lui dit*elle , des hommes de Bélial ont
bttéoBi^'dMMiire^àiKn^vilitoff , pàUé mat dkanfie^, et jesédàns
leasaoK da<Bàiif::teaakM^ image qiiî«ie»pepréaettte , eirquipd»9«dt
aaivise le cM«B>dli ûw^. Or , j'ai résot&<d0 né' paa deiwiire» plw
iang'<t«ftp» ibtt» le» iPdîskiage»dQs*aiit«irft'iinpios>#
deaiAetaea vaseana quin^ont paa es le eeurage de s^ opposai^ lé
aBla.d0iso^obllgée4eiehanger à'hahttatîen ; ei, eki dépit 4a eeùvaii:
aDatvaîiie, te» raè ans déterminée à abonitor sur eeiU»riv8> eeà
iaermott aéjmn» oh^lz un, mon fi4He*aertîeaiir, afâo- d'aaoordar
aialxénéâielioii av^yaqu&tu Aafaitsa, aitiai qu'^ toi et à^ta^maison.
Tandis qu'elle parlait ainsi,, eUis^sendlteit exprimer dfea tresees
desea^chèveua Peau dont elles élaîent encore trempées ç et ses
vêtemens en désordre, son air fatigué , lui donnsàeht l'air d'une
personne qui vient de lutter contre les vagues.
Le lendeiùain matfn , on aj^rit que , par siûté d'une de ces que*
252 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
relies fjodâles si fréquentes à cette époqae, Kirdi-Hoff avait été
nus à feu et à satig, que l'église ay^t été incendiée , et que le
trésor en avait été pillé.
La vérité de la vision do vieux pteheur se trouvant proayée
d'une manière si remarquable , Hans renonça entièrement à sa
profession ; et , laissant à des homnies plus jeunes que lui le soin
de s'acquitter, en cet endroit , des fonctions de batelier, il fit de sa
chaumière une chapelle rustique^ prit les ordres , et la dessenit
en qualité d'ermite ou de chapelain. Le bruit se répandit bientJk
que cette image de la Vierge opérait des miracles , et ce lieu devint
renommé comme étant sous la protection de la sainte image de
Notre-Dame du Bac et sous celle de son Uenheureux serviteor.
Barthélemi finissait à peine cette relation , quand nos voyageurs
arrivèrent à l'encbroit dont il était question.
CHAPITRE XVIII.
Rhin, c'est sor ton heureux rivage
Qu'on cultive ce finit dîTin
Dont le jus donne da courage.
Vive à junab, vite le Bhin 1
Deux ou trois chaumière sur le bord du fleuve^ près desquelles
étaient amarrées quelques barques de pécheurs , prouvaient qae
le pieux Hans n'était pas resté sans successeurs dans sa profession
de batelier. Le Rhin , qui un peu plus bas était resserré entre ses
rives par uiie chaîne de petites îles , avait en cet endroit pins de
JargeuTj et coulait moins rapidement qu'au-delà de oes chaumières »
offrant ainsi aux bateliers une surface plus tranquille' et moins de
difficultés à sormontjery quoique le courant j fût encore trop uB'
.pétueux pour qu'il fût impossible de le remonter, à moins qoe le
.fleuve ne fût dans un état de tranquillité parfaite*.
Sur la rive opposée , mais beaucoup plus bas que les caJ>ftDes
X. C'est une des meilleures et de* plus populaires chansons de l'Allemagne i
Der ,Rhein , der Rhein , gesegnet see der Rhein ,
nà wachseo ontr* rebea; etc.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 25S
dont nous venons de parler, s'élevait, sur nne hauteur couverte
d'arbres et de buissons , ]a petite ville de Kirc-Hoft. Un esquif
partant de la riVe gauche , même dans les momens les plus favo*
râbles , ne pouvait couper en ligne droite les eaux profondes et
impétueuses du Rhin, et il n'arrivait à Kirch-Hoff qu'en déoriTant
une diagonale ; d'une autre part, une barque parlant de Kirch*
Hoff avait besoin d'être fayoriséepar le vc^ntet munie d'exoellens
rameurs pour pouvoir débarquer sa cargaison ou conduire ses pas-
sagers à la Chapelle du Rac , à moins qu'elle n'éprouvât l'inflaence
miraculeuse qui avait porté de ce côté l'image de la Vierge. La
communication de la rive orientale à la rive occidentale n'avait
donc lieu qu'en faisant remonter les barques assez haut le long de
la rive droite , pour que la déviation qu'elles feraient en traversant
le fleuve leur permît d'at^teindre avec facilité le point où elles dé-
siraient arriver. Il en résultait naturellement que, le passage
d'Alsace en Souabe étant le plus facile , le fleuve était plus souvent
traversé en cet endroit par les voyageurs qui voulaient entrer en
Allemagne que par ceux qui en arrivaient.
Lorsque Pfailipson , jetant un regard autour de lui , se fut assuré
de la situation du passage , il dit à son fils d'un ton ferme :
— Partez , mon cher Arthur , et fiiites ce que je vous ai ordonné.
Le^cceur déchiré d'inquiétudes causées par l'amour filial, le
jeune homme obéit, et s'avança seul vers les chaumières près des-
qiaelles étaient amarrées les barques qui servment tantôt à pêcher,
tantôt à conduire des passagers sur l'autre rive.
— Est*ce que votre fib nous quitte 7 demanda Barthélemi à Pfai«
Kpson. - ^ ' ,
— Il nous quitte pour le moment* Il a quelques renseignemens
à demander aux habitans de ces chaumières.
— Si ces renseignemens ont rapport à votre route , je prends
les saints à témoin que je suis plus en état de les donner que ces
paysans ignorana, qui entendront à peuqie la lauf^e. qu'il leur
parlera.
— Si nous trouvons que leurs ^discours ont besoin d'interprète ,
i^pondit Phiiipson , nous aurons* recours à votre aide. En atten-
dant, conduisez-moi à 1^ chapelle, où-m(m fils viendra nous re-
joindre.
Us en prirent le chemin, mais à pas lents^ chacun d'eux jetant
à tout moment un regard à la dérobée vers les chaumièr^â : le
36.4 fflf^fiT#f^ Is iiMiimimr
gmih^ «P«i»e fmm voir « 1& je«9e wjftgBNir ww—ûif w «ut; 1»
|àre 9 ifBpatinU de déo^raisrir iMie mile 4^ojsée sur le iraite«wi
te BUu» poiv cofiâiMe «on fils 8«r la lim <^ fsmumà ètrt 001»*
iéi^ ^fUfllke la plu» $tlist ; mais quoique lews jeu a» iMrvâaMit
tWTWt du c^ié 4m Ssmre , bmva pieds lès eoiifiimnîeBf ^tera h
eb^pdle» qii}b9 l«is hal^MS des enkoias» enaéoume 4« {Dodu*
I^BIJ^» iqppdaie^ la ChepeUe ds flaais.
^^ufilqiies arbnes épax» Umè, à l'eaDsordennaieBA è eesile amiiv
sbWfAtve et w^ ^ns frite, el la eliapette , 'qofeo "fuyait sur m
«ysnJiMle 9 à q«elq«e jKstjmce des cbaumiènesi était eoosiniitB
dMiA on style sûosple, en kanBeoîe avee le reste èa paysage* St
petitesse cqpifirmait la traditipe qti^elle avait été dans l'origins la
deneeve d'en pèoheiF ; et la ereîc , fovmée de tvenes de wjm
eeai»rts de kar écoree , indiipiftit sa desdàaAieii eeSaelle. La el»-
patte e| le site d'alevAenr ae^piraient ime irenquillijié.soïeiieeHe,
et le biuit aouedda goand fi^llTe'S«nWait imposev éàmae^sauL toix
Iwioaioes qai amnaient es lapr^mptiondeadlerlenre aeoensi
ces impbsans marmôres.
Lorsqne Pbilipsoa et son guide animent prèg de la cftapslfe;
Barihél^mi profita du sîlanee que gardait le marehaindangbis pool*
entonner à haute toix quelques stances en I^honmnr de Notre-
Dame du Bac etde sen fidèle sertiteur Ibns; apvte qaoi il s'écria
aveo eetbousiasme' : >- Venei ici , vous qui craif^e^ 1^ naëfragei ,
'voiei le pçrt qui vous mettra en sâveté t Yene^idi , tous qui ater
soify Voici un puits 4e merei qoifous est ouvert! Yenes ici/vona
que de longs iroyages ont'fiitigaës , yoioi le lieu eil Tefis* trouverez
des rafraîchissemens ! Il aurait continué ses e^iclamations , si P^i"
Upaon nft lui eût inipos^' silence en» IHnteprompant bmisquement.
—Si ta dévotion était ipéritfd>le^ lut dit'U, elle semt iboIb»
bruyante; maie il est juste de ^iire ce qui est bien en sei, même
fuand c'est umhypoorijte qui nous y invite. Entrons dans oetta
sainte. chfipeU^, et prisMiJe ciel de noue ae^OBdep ttna heaf^ass
fin d'un voyage dangereux.
Ids CnèiPe lai 1^'àtlacba.à ee» demten âiets.
Tft J'étais faienisûr, dit^il^ que vous- sema t^op sufe^pourpasstf*
^pràsde cetto sainte dupeUe aam narplei^i^ yinflueace protee*
trice de Notre-Dame du Bac. Attendez un instant, je yaitf ohe^
aller |epiétrei.cbaisé âe( tadcs^serw» «An qi^M^ dise mie mease
Bd>«yit^Brodfct«rt>(Be,ca»topwte4»h Jiap
«Mi à CÊmfr «n «odéshtsiif «• m oMitm nm le seaU . PhUipaon re»
munitt à riaetut 1^ préire do SaiotMal» fa'il «wft to te ÎMlîft
même à la Férette. 11 parât qae Barthélèmi le connaiaBafe a— ai^.
wt aon âofMMtt hypocrile loi iMaïqm $im h cihaaiy, éi il resta
dmnikii, leftl)TCMeiioieéaMirMfoityiiie|«BlionuBeqiH MenA
«a sentBBce de cPMidMHiatios.
«-MfaAraUeldkie précre, regeidaiitlogttider«iiabsé?ère^
Mei*ui MeQ eeedoire iw étranger dans les Men saiets» pow Paa-
MBsiotr ensidle e4 t'emperer de ses dépowUes t Mais le eîel ne per»
meUra pas eecie trabise». lleim*tei» scélérat , et ta dire avi
méovésaa tes eonfrères ipà sent en chemin penr tcmt te join^be,
^ ta iborberle n*a servià rien; te-leor que cet éongcr iimo*
Mot est sons n^ {weieclieD,*.... sons iu protection, te die- je} et
qniconqiie osera la nrier eii sera ' récompensé cMnme Arckibald
yonliagenbflieh.
Le guide resta immobte pendant qne le pr^re kn parlait tf on
ton aussi impérienx qne menaçant; et dès qne celiû-ci se tnt, il
n'essaya ni de se justifier, ni de Ini répliquer ; mais tournant sur
les taloas> il s'enfuit à pas précipités par le même chemin qu'il
af ak pris pour conduire Philipson à la chapelle.
— Et TOUS, digne Anglais, continua le prêtre, entrez avec con^
tance dans cette chapelle , et prononcez-y en toute sàreté les
prières par le moyen desquelles cet hypocrite youlait tous retenir
ieîîusqrfà Tarrivée de ses compagnons, d'iniquité. Mais d'abord,
pourquoi êtes^ous sepl 7 j'espère qu'il n'est arrivé aucim acci*
dent à votre jeune compagnon ?
—Mon fils traverse probablement le Rhin en ce moment, r^
pondit Philipson , attendu que nous avons des alEBÛres imfportantes
à régler sur l'autre rive.
Gomme it parlait ainsi , on vit se détai^her du rivage une barque
, sur* laquelle deux on trois' bateliers semblaient ocoupéa
depuis quelque temps. Elle fut d'abord obfigée de céder à la fioroe
du courant , niaii iiq& voile ayant été déployée , elle suivit une
figue d&^onale , en se érigeant vers la rive opposée^
-^Dieu soit loué! dk PhtUpson, qui savait que cette barqne
aDatt conduire sonAb hors de l'atteinte des dangers dont il était
lui-même entouré. "
— ilm^it'/'réponcât le prêtre à ht piense exclaonatiôn du
256 GBABLBS.LE TÉI^RABIE,
Toyageûr. Vons avez de fortes raisons pour rendre grâces au ciel.
-r- C'est oe dont je suis conyaiaca , dit Phitipson ; mais j'espère
apprendre de tous qaelle est la cause da danger auquel je Tiens
d'échapper.
^- Le temps et le lien ne permettent pas une longue explica-
tion, répondit le prêtre de Saint-Paul. Il me suffira de tous dire
que^ce scélérat, connn par son hypocrisie comme par ses crimes,
se trouvait présent à l'instant où le jeune Suisse: Sigismond for^
l'exécuteur à vous remettre le. joyau précieux dont Hagenbach
TOUS avait dépouillé. Cette vue mit en jeu la cupidité de Barthé-
lemi. 11 se chargea de voi^ conduire à Strasbourg, dans l'inten-
tentioQ oriminelle de vous retenir en chemin jusqu'à ce qu'il eût
4té joint par un nombre suffisant de complices pour rendre inutile
toute résistance. Mais ce projet coupable a été déjoué. Et mainte-
nant. Monsieur, ava^it de vous alÂndonner à d'autres penaées
mondaines, avant de vous livrer, soit à la crainte, soit à Tes-
poir, entrez dans la chapelle, et rendons ensemble d'humbles. ac-
tions de grâces à l'Être tout-puissant qui vous a protégé, et à ceoi
^ui ont intercédé près de lui en votre bveur .
Philipson entra dans la chapelle avec le prêtre, se joignit à loi
en prières, et remercia le delet la sainte patrone de ce lien,
d'avoir permis qu'il échappât à un tel danger.
Après s'être acquitté de ce devoir, il annonça Tintention ^'il
avait de se remettre en voyage.
-r-Bien loin de vouloir vous retenir dans un endroit si dasge*
xeux , luii dit le prêtre , je vous accompagn^ai moi-même nne
partie du chemin, .car je me rends aussi en présence du duc d«
Bourgogne.
— Vous, mon père, vousl s!écria le mardiand avec quelque
surprise,
-r Pourquoi en êtes- vous étonné ? Est-il si étrange qu'un homme
de nion ordre se rende à la cour d'un prince? Cro7eZ4noi, on nf
«n tropvç qu'un trop grand nombre.
— Je ne parle pas eu égard à votre ordre., mais eu égard au rôle
que vous avez joué pendant l'exécution du gouverneur de laFérettC'
Connai^ez-vous assez peja l'impétueust duc de Bourgogne pour
croire que tous puissiez braver son ressentiment avec plus de su'
reté que vous ne tireriez la crinière d'un lion endormi?
.^-^Je cgnnais p%rfaitemei)t ^on caractère ; mais ce^ n'est pa^
CHARLES LE TÉIŒRAIRE. 257
pour ezoaser la mort d'Hagenbach que je me rends devant lui,
c'est pour la défendre et la justifier. Le duc peut rendre des sen*
tences de mort contre ses serfs et ses vassaux au gré de son bon
plaisir; mais ma vie est protégée par un talisman qui est à l'épreuve
de tout son pouvoir. Mais permettez-moi de rétorquer votre ar-
gament; tous connaissez le duc aussi bien que moi ; vous avez
été tout récemment rh6te et le compagnon de voyage de gens dont
la visite loi sera souverainement désagréable ; vous êtes impliqué,
du moins en apparence y dans ce qui vient de se passer à la Fé-
rette; quelle chance avez-vous d'échapper à sa vengeance? Pour-
4(1101 vous livrezpvous volontairement çn son pouvoir?
— Permettez 9 mon digne père, que chacun de nous garde son
secret sans offenser l'autre. 11 est bien vrai que je ii'ai aucun ta-
lisman qui paisse me mettre à l'abri du ressentiment du duc. J'ai
•des membres qu'on peut soumettre à la torture et à l'emprisonne-
ment, des propriétés qu'on peut saisir et confisquer. Mais j'ai eu
autrefois plusieurs affaires avec 1q duc ; je puis même dire qu'il
m'a quelques obligations , et j'espère que mon crédit près de lui
pourra suffire non-seulement pour tout ce qui me concerne ^ mais
même pour être de quelque utilité à mon ami le Landamman.
— Mais si vous êtes réellement un marchand vous rendant à la
<
cour de BourgogtiOy quelles sont les marchandises dont vous faites
commerce? N'en avez-vous pas d*autres que celles que vous pou-
vez porter sur vous? J'ai entendu parler d'un mulet chargé de votre
bagage. Ce scélérat vous l' aurait-il volé ?
Cettfs question était embarrassante pour Philipson, qui, au mo*
ment de se séparer de son fils, et en proie aux inquiétudes causées
par cette séparation, n'avait pas songé à dire à Arthur s'il devait
lai laisser le bagage on le transporter avec lui de l'autre côté du
Rhin, il répondit en hésitant : — Je crois que mon bagage est dans
quelqu'une de ces chaumières; c'est-à-dire , à moins que mon fils
ne l'ait emporté sur l'autre rive du Rbin.
— C'est ce que nous saurons bientôt, dit le prêtre.
Il appela quelqu'un; à sa voix un novice sortit de la sacristie
de la chapelle ^ et. reçut ordre d'aller s'informer si les balles et le
npilet de Philipson étaient restes dans une des chaumières, on si
^U fils les avait hit passer de l'autre côté du Rhin.
Le novice ne fut absent que quelques minutes, et revint avec le
mulet cbar|;é des bajjfaf^es : ç$^r A^t^nri m TQolwt pas que son
17
|>ëre inangnat d'^aucane chose qui pourrait fan être néoessainv
aTait laissé le tout sdr ta rive gauche. Le prêtre regardaPMlipsoii
ayec attention, tandis qtfe celui-ci, montant à cheval, et prenant
â'une main les ténes dn mtilet, I«i lUtfait ses ^std^euten «4»
termes:
— Et à prissent , «mon père , je vais prendre WOffé de vous; U
''frat que. je Tasi^e diligence, car  ne serait pas prudent de voyager
^e nqijt aveclnés bàlies ; &mis quoi j'aurais Lien vcSontiersrîdeati
le pas, avec vdre permission, ptfur avoir le jflid^r'de'v^otre com-
pagnie.
— Si telle est Voire intention obligeante, comme f àllus vousie
pYbposef, répondit le prêtne, je ne retarderai ntàlement votre
.Ikiarche, cai^ j'ai ici un fort bon cheval ; et -Melchior, qui sans eeb
aurait dû aller à pied, pourra monter votre mulet. Gomme il serait
. dangereux potii vous de voyager pendant ia tiuit, je vous fais cette
' J^roposîiion d'autant plus volontiers , que je puis voas condnirei
Yuie auberge qui n'est qu'à cinq milles d'ici, et où nous pouvons
encore arriver de jour. Tous y fierez logé^n sftreté, moyennaiit m
^ot Raisonnable.
Le marcihand anglais hé^ta un moment. 11 n*avait nulle eofie
'd'avoir un lioavean compa:gnon de vopge; et , quoique les traits
du prêtre fassent encore beaux pour son âge, le caractère général
de sa jihydonomie n'avait rien qui inspirât la confiance ; aa con-
'traire^ son 'f^ont, armé de hauteur, était couvert dNin auage
sombre et mystérieux , et l'expression setriblable de ses yettx gris
)Aeins de 'froideur indiquait une humeur sévère tt même dure.
Ifais, malgré ces apparences repoussantes, ce prélré venait de
tendre un grand service à Philipson , en découvrant la trahison de
aon gnide, et le marchand n^était pas homme à se laisser'inflnenoer
i)ar des préventions imaginaires fondées sur l'air et les manières
'd*un autre. ïl i^échît seulement à l'étrange suigularité de son
destin, qui, en Tobligeant de paraître devaift te duc de Bourgogne
de la manière la phis propre à se cotrcfFlier les h&tàiës grâces de ce
'][>Hndè , 'Èlèniblâit le réduire à se transportera sacotTrefacompa-
'yiie de gens <fui devaient en être vus de<mauVais odl; car ilB«
"^vouv^ dotktêt" que ie prêtre de Saiilt**Patd ne sfe trouvât daiA ce
cas. Cependant, ^pitàstm ÎUstaiit dert^Se^on, 11 accepta pcSimcat
\*6tb^ i^elûi ttàît feffe le prêtre 'dfe le conduire % tmfe auberge,
^éar'il^^é^iyt'^ttiiÊflriQin dhèVal àutantesointte itoufHttt^^te î^
Ipntiétiiiit rannsi f«mmgé« Iq 4ia^ice «mew te cawciner 4ii prèùre,
fse celui-ci monta a^ee AnUat ^jgrico que d^ dgy^égité; e|;|#
jà9fi^fVtf f ai éiait probfibleinfaa 4çel«i dont ArUmr fiTaît joué le
jBftle poÉr 9'<écbsppçr^ ^ Férettci, jnm^t, 4>prè;i» l'qrdre de 9§k^
ODaifiie, aor le j^t 4e l'^syiglm. Fjii«ut jw fig»e de crpix, «|
JNÔMMit bwvUemm^ lu lèfe,lofi^[ae.le pràice pM#^ deyaiit liû, Û
ie tim «ei»staiiimi6»|.à ffmdiqM» p»s#ii arrières et^iembU pi^a^er
le temps, comme le fiinx frère Bartliéleilô,« «lidÂve «on çhapeltf
AYec moù farvepir 4e .piélé qui ém% paojtvétre pllW nffectée que
réeOe. A en joger par le jmguA qa% jeta awr le u^^cieu le prêtre
4e Sfiiot^Pinl yJNsamaît fttre.peii 4e.ca^ de b 4évotîon apparente
de ce jeone homme. Il montait un -vigonrenx cheval iHUt» reaaem-
llaiit pl«l&t à «u^^iinsîer 4e JmUiUed'w gnenÂer «pi'aji patqfroi
narcham k VboM» 4Hui if(pclé»Aatiq«e , ^ h mwièm dont il JJre
conduisait ne montrait ni gaucherie ni timidité. Sa fierté , quel
•ga'en 'fiit le oai^aclèi», n'était oeroiineioejaJt pa» entièrement
feadée 8«r'aB]HrofiMsîonfeUe.preiiaîlaasonrQedaœwaiitjre
d'ei^gcvei^ foi se mèlût an mn^metA intiiw^ de Tinqficirtance qafi
tfatiritpenB eeolésiaatàqne pnwant. ~^
Phitifaen jnegandait 4e iMips en teiqps aw eompoigpan comoNB
s'il eût Yonln lire dans son ame ; celui-ci ne répondit à ses regards
^ne jMur :am «emdre hamw » fpi semblait 4ire.: «^Yoiis poayez
^mamàMmr aaw4ix<ériiiar.0toiaitFaîtSy;iiiais¥0osrnepauYez percer
kivfsière^ me eovvne.
Les yeox de Bbîiîpaen9 fui »eV^ât;ûe»t jaiikais jMÛsàés devant
perscBUiek» semUaient dqi «épliqiier ^vec la même Ju^uteor : — Ta
jnesaimaipiftS'AeniplttSy fivMm orgaeilleiu:, qne lu es^^ecMn
ihoiftine émt\» seenft eat tum plus wqoiortaDt qne le tiien.
JBnfia ie j^rétre ^ontspia k Tconverjiation ^en laisant .allosipn à
l^eqfèce ê^xtémm» .qjsà rigmXâMt^ ewc ^eopune 4'jan joouaeme-
ment^miinel.
-^ We» ifi0yn^wii , éMlf mmm» depx paiftsaips enohajitem^,
.idiaeira'OoiMBsea»t'aesgmi4si^ /portiié /wr
son char de nuages y et ni l'un ni l'autre ne (sÂsav^^Murt^ fi<^ ^i^vn-
pagnon da motif et da bat de son voyage.
— Vous me pardonnerez, mon père, répondit Philipson. Je ne
TOUS ai pas dfflnandé le bnt de votre voyage, mais je ne voas ai pas
ï7-
260 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
caché le but da mien, en tant qu'il peut nous intéresser; je vous
répète qae je me rends en présence du dnc de Boargo^e , €t que
mon motif, comme celui de tont autre marchand, est le désir de di^
poser rfantageusement de mes marchandises.
— Rien ne parait, sans contredit, pins probable, ditleprétrè,
d'après l'extrême attention que tous faisiez à tos marehandi5es
il n'y a pas plus d'une demi-heure. Vous ne saviez pas même si
votre fils les avait prises avec lui, on s'il vous en avait laissé le
soin. Les marchands anglais font-ils ordinairement le commerce
avec autant d'indifférence ?
— Quand leur vie est en danger, répoiidit Philipson, il leur ar-
rive quelquefois de négliger leur fortune.
— C'est bien I répliqua le prêtre. Et il retomba dans ses ré-
flexions solitaires.
Une demi-heure après , ils arrivèrent à un dorff ou village, et
le prêtre informa Philipson que c'était celui où il se proposait de
passer la nuit.
— ^Le novice^ ajouta*t41, vous conduira à l'auberge; elle jonit
d'une bonne réputation, et vous pouvez y loger en toute sûreté.
Quant à moi, j-ai à visiter en ce village un pénitent 'qui a besoin
de secours spirituels. Je vous reverrai peut-être ce s<»r; pwt-
être ne sera-ce que demain matin. Dans tous les cas, adieaqaant
à présent.
En achevant ces mots, le prêtre arrêta son cheval. Le novice
approcha de Philipson, lui servit de conductenr^ans là rue étroite
du village, une lumière qui brillait çà et là à une croisée annon-
çant que l'heure des ténèbres était arrivée. Enfin il fit paslBcrrAn'
glais sous une porte cintrée qui les conduisit dans une grande conr
où ils virent une couple de chariots, d'une ionhe particulière! a
l'usage des femmes , et quelques autres voitures de voyage. La le
novice sauta à bas du mulet, en remit les rênes dans la main de
Philipson, et disparut dans l'obscurité, qui augmentait à chaque
instant, après lui avoir montré un grand bâtiment en mauvais
état, et dont la façade n'était éclairée par aucune lumière , ^^
qu'on pût encore voir qu'elle était percée d'un grand nombre de
croisées fort étroites.
CHAPITRÉ XIX,
nmm rokxsvm.
Hé , palefr«Di«r 1 — Mandit lofs-ta I o'as4ii pM dm yeax
dans la téta t N« peo»tn entandre? J9 Teax être an infama
coquin si ca ne tarait pas une aossi bonne action de te bri«
aer le erine que de vider an flacon. — Viens donc, et
poisses-ta être penda ! — N'as-tn pas in seal grain de foi f
•ADSniUi.
Préte-qBoi ta lanterne, je te prie, pour condnire moa
cheral dans récnrie.
BBimiàMa roaTsva.
Tont doux , s'il tous plaît — Je connais on toor qui en
ti«t dans cooiBe cel«i>U.
«AltSBIlL.
Je t'en prie, prête-moi la tienne. *
rmoisiài» wo*tmvm.
Oai,'^nand ? Ne penx-ta le dire F — Tenrétar ma lan-
terne, du-ta î sur ma foi , je te Terrai pendn aaparaTant*
SaAUniAaa. ^
L'sspRiT sodaly pardcatier à la nation française, avait déjà in-
troduit dans les aoberges de France cet accueil enjoaé et préve-
nant sur lequel Erasme y à une époque postérieure, appuie si for-
tement comme faisant contraste avec la réception grave et sombre
qui attendait les voyageurs dans une hôtellerie allemande. Phi-
lipson s'attendait donc à voir accourir à lui un hôte empressé» civil
et bavard 9 une hdtesse et sa fille, pleines de douceur, d'enjoue-
ment et de coquetterie, un garçon souple et attentif, une cîiam-
brière officieuse et souriante. On trouvait aussi dans les prind-
cipàles auberges de France des chambres séparées pu les voyageurs
pouvaient changer de linge et d'habits, faire leurs ablutions , et
dormir sans avoir qndques étrangers dans leur appartement, et
déposer leur bagage ea sûreté. Mais tons ces avantages étaient un
loxe encore inconnu en Allemagne; et, en Alsace, où la scène se
pâs^e à présent» on aurait regardé comme des efféminés les voya-
geurs qui auraient désiré antre chose quç les provisions stricte-
ment nécessaires ; encore ne se trouvaient-elles ni de première qua-
lité, ni en abondance, à l'exception du vin.
L'Anglais , Toyant que personne ne paraissait à la porte, com-
mença à annoncer sa présence en appelant à haute voix. Enfin il
descendit de cheval , et frappa long-temps de toutes ses forcés à
la porte de l'auberge sans qu'on y fît la moindre atteotionu Gepen-
262 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
dant an Tieux serviteur montra sa tête grise à une petite fe-
nêtre, et lai demand» ce qa'iL voiilak ^ d'un ton qai indiquait plus
de méconlentement d'être interrompu , que de satisfaction de voir
arriver une pratique dont on pouvait attendre quelque profit.
— Cette maMen evMHe une auberge? reprit Philipson.
«^Om, reprit le ôomMJqmtiil'um ton brusque; et il allait se
Aetirer de la fenâftve^ candie ipo-yagenr ajouta :
— En ce cas^ puis'je j trouver un logement?
— Entrer y répondit te domestique laconiquement et d'un
ton sec. ^
— Envoyez-moi qeelqu'ee pour peendre soin de mes chevanxi
dit Philipson.
— Persenne n'en a le i»mifA^ répliqua le plus repoussant de
ttms les gatçons d'auberge; pnener-en soin vous-même comme
vous Tentendrâz.
— Où est l'écurie ? demanda le marchand i dont la prud^oe et
le sang-froid étaient à peine a l'épreuve de ce flegme allemand.
Le di^i^aiwvode eeB'pMPeleSy comme ei>. tel ^e la pmeeisse
4ârs enittes^ile téËSfii nf eàt>pu!>pffen<nMer ov MOdsase qja'il iQvbit
^ sa bouolM» a«te piàoe-d'or^ «wiEraidod^igfeMii TCQpaf^Hr m bi^
DMiit qi/ait ûiivaiit prieponetan oeUier pfaMôl i|M fowf «m iv^^i
ymiè il se^ftttifa delafMiétw et la>Seniia>H»cmme s'il mià T(Nila
te débairaitter d'uti< meadiant impennn*
MaiidissaiM l'esprit d/inAépeadànoe qui id)iiidainait aim ^
•i^0f9^eairà à l&mea preprés^reMouroea, eufaisa»! de néoessitévertib
-^illpsoii ceeiiuistt «es éwoK ttioftiuMa vera lai perte^fn H ^^
été désigtrfe eemwe eeilede Hécakrie^ et ne lilt paa £i«M d'y V4)ir
briller une faîble lumiëre à tmveva ks féales» Il e«tra daBS is^
pièce voâoée^ qui ressemblait heaacoqp es cadiefc dfoii wà^
Gâteau, et fn'mairaît gvossièremeaft'gariiie de matifioiiw»®^^
«alelier» ; cfHè 4tak d'ane étenàoe «eatsidéraUe en loagueoTi et il
nit k l'eKtréttticé opposée den oa um tiBdi;ndii8 eeeapés à Mia-
ther karaiAevaux, àleiéliriifer^ etàlewdliiniierkwr ptovendey
Avniie par fe gai>Çoa d'éenne.
C'était un vieillard b«îteiK, fpi ne teocbail; jamttia m foit^ f
ëMller il éfaît assktranqaiUemeat^ pesant k Mu qa'il^^^^^
MX vèyagenra, et mestirant.l^avdne aveetiial d'aMentieUtÀ l'a>^
^neebaifd^èfrfeeéediinsJHae laa«cvm de ceme^ qm'ihrfM!^
tfte «^oiftpwer^eqae fraie. iU ne^coopm peeméiiie la iAi0 ^ ^-
^digitl^l^pj^ qap Q^ l'Ai^^lais en entranf ayeç ses deux chçyaux ;
^cprç bien Vf^oins piirat-il disposé ^^ se donner la moindre, peine
IQur ai^çi: cet ^tran^^jr.
Al'çj^a^^ 4*^19^ propreté, cette écnrte alsacienne ressemblait
beaucoup aux étables d'Augias, et c'eût été un exploit digne
^'B(iere|ile qii^ 4e la mettre dans un état à ne pas blesser 1^ yeux
^ offenser l'odorat de i^otre voyageifr ^i^cile. Le déjj^oût qu'il
^rouya nq fçt poiM^tant point partagé par ses deu^ compagnoiis'^
c'estpà-dire les deux cheyaux. Paraissant parfaitement comprendre
qp.e l,a règle de cel; endroit était cpic^ le premier arrivé fût servi le
]^7:e)Bier, ils $e hâtèrent d'occuper deqx places vides qni se troa-
'yaie^tàleur pçrtée, ce qui ne réussit ppur tant pasàPun d'eux, car
im palefireiïiei: lui appfiqua^un grand coup de houssine sur la tête.
— Reçois Cjçja, s'ecrîa le drôle, pour Vapprendre à t*empar«r
^'i^ii^e p^açe retenue^ po,ur le d^eval du b^^on d^e Kandelsheim I
Ja]Q9ai3^, âat^s toute sa vie, lé marchand anglais n'avait eu phis
^fî peine ^ cpnisçrver son empire sur luirméme : songeant pourtant
pçPe honte ce serait ppur lui d'avoir u^e querelle avec du pareil
homme, et pour une telle cause> il se contenta de conduire i'animal
.fltlii^issé 9>vec ci pç^ de cérémçnie de 1^ place ^u'il avait choisie , &
cçUequi n'éta^ pas occupée de l'autre éôié de son compagnon, et
à ^quelle il parai^ait que personne n'Avait de prétentions.
Le ipaçchand , malgré là fatigue qu'il avait éprouvée, s'occupa
ialoirs à aççprdeç à ses muets compagnons de voyage tous les >oins
<pi*il$ ont drpit d'attendrç de tout' voyageur qui a un peu d'huma*
vite. Le degré peu ordinaire d'attention que Philîpson donna à ses
chevaux, quoique son costume etçurtoutses manières semblassent
le mettre au-dessus de ce ^r^v^il servile, parut faire imprèssioB »
ïûêîne sur le cqeiir de fer du vieux garçon d'écurie ; il montra
quelque empressement à fournir à un voyageur qui connaissait si
bien tous les détails du métier de palefrenier, l'avoine, le foin et la
paille dont il fivait l>esoin ^ ijuoique en petite quantité et à on prix
jBXprbitîint , jjû'il se fit payçr comptant ; il alla même jusqu'à se
levpr pour s'avancer jusqu'à la porte, et indiquer à PhiHpson ea
.était placé le puits, où il fut obligé d'aller puiser de l'eau lùi-
i^Uj^cne. Tous ces arrangemens ^tant terminés , le marchand crut
avoir obtenu assez de crédit auprès du grand-écuyer de cet éta-
blissement pour se hasarder à lui demander s'il pouvait sans dafn-
|Qr laisser a^s baUsa dao; l'épnrjp*
n
asi CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
. — Voua pouvez les y laisser si vous le voulez ^ répondit le gà^
çon d'écurie; mais pour qu'elles soient en tonte sûreté,, vous ferez
plus sagement de les emporter avec vous : le moyen qu'elles ne
donnent aucune tentation à personne, c'est de les garder sousvos
yeux.
Après ce peu de mots , prononcés comme un oracle , le mar»
chaud d'avoine ferma la bouche, et toutes les questions qae
l'Anglais lui fit encore ne purent le déterminer à l'ouvrir le
nouveau.
Pendant cet accueil si froid et si rebutant, Philipson se rappeh
la nécessité où il était de bien jouer le rftle d'un marchand pra^
dent et circonspect , ce qu'il avait oublié une fois dans le cours de
cette journée; et, imitant ce qu'il voyait faire par ceux qui s'é-
taient occupés comme lui du soin de leurs montures , il prit son
I>a^g<^e et le porta dans l'auberge. On souffrit qu'il entrât^ plntSt
qu'on ne le reçut, dans le stube^ public, ou appartement onVert
à tous les hôtes qui arrivaient. De même que i'arche du patriarèbe,
tous les êtres de la création , purs et impurs , y étaient admissaos
distinction.
Le sùibé d'une auberge allemande tirait son nom du poêlé énorme
dans lequel en entretenait constamment un grand feu , pour main*
tenir la chaleur de l'appartement dans lequel il se trouvait. Là se
rassemblaient les voyageurs de tout âge et de toute condition; ib
suspendaient leurs manteaux autour du poêle, soit pour lesséclier,
soit pour les chauffer: on les voyait s'y occuper de divers actes
d'ablution et d'arrangemens personnels , qui , dans les temps mo*
dernes , se font dans le secret du cabinet de toilette.
Une pareille scène répugnait à la délicatesse plus susceptible au
voyageur anglais, et il désirait s'y soustraire : il résolut donc de
chercher à parler à l'aubergiste lui-même, se flattant qu'à l'aide
de ces argumens qui ont tant de force sur les hommes de Isa profes-
sion, il pourrait obtenir une chambre séparée, et des rafraichisse-
mens qu'il prendrait tranquillement. Un Ganymède à èheveux gris^
à qui il demanda où était son maître^ le lui montra , presque cacbé
derrière l'énorme poêle, où voilant sa gloire dans an coin obscur et
bien phaud , il plaisait au grand homme de se dérober aux regards
du vulgaire. Une petite taille, des membres robustes , deis jambe»
I. Le stubèsigniûe littéralement nn poêle, mais on emploie anni cette expression pour dctif»»
un appartement où il s'en tréave un.
GtlARLtS LE TÉliÉIlAIlUB.' 36$
torseSi on air d'importance, tel était soo portrait; et il était à cet
égard comme on ^rand nombre de ses confrèrea de tons les pays;^
mais sa physionomie et snrtont ses manières différaient de celle»
da joyeux aubergiste de France on d'Angleterre , encore pins qae
Philipson , malgré tonte son expérience, ne s'y attendait. Il con-*
naissait trop bien les mœurs allemandes ponr se flatter de tronyer
dans son hôte la politesse sonple et préyenante dn maître d'un hôtel
de France, on même les manières franches, quoique plus brusques,
d'un aubergiste anglais ; mais quoique les maîtres des aubei^es
allemandes où il avait logé fassent absolus et péremptoires en tont
ce qui concernait les usages de leur pays^ cependant il ayait tu
que, lorsqu'on leur cédait sur ce point, semblables aux tyrans
dans leurs momens de bonne humenr, ils traitaient avec bonté les
bâtes sur lesquels leur juridiction s'étendait, et ils allégeaient, par
la plaisanterie et la gaieté, le joug pesant de leur autorité despoti-
que. Mais le front de cet homme était sombre comme une tragédie^
on aurait trouvé plus de gaieté dans le bréviaire d'un emûce^
tontes ses réponses étaient brèves et brusques; son ton et ses
manières avaient quelque chose d'aussi dur que les paroles qu'il
prononçait. On en jugera par le dialogue suivant, qui eut heu entre
lui et le voyageur anglais.
— Mon bon h6te, lui dit Philipson, dn ton le plus dotix qu'il put
prendre, je suis fatigué, et fort loin de me bien porter. Puis-je vous
prier de me donner une chambré particuUère, et de m'y fidre
servir un flacon de vin et quelque nourriture ?
— Vous le pouvez, répondit l'hôte, mais d'un ton et d'un air qui
n'étaient nullement d'accord avec l'assentiment que ses paroles
semblaient indiquer.
— En ce cas , faites*moi conduire dans un autre appartement
aussitôt qu'il vous sera possible.
— Tout doux ! je vous ai dit que vous pouviez m'en prier, mais^
non pas que je consentirais à vous l'accorder. Si vous voulez être
servi autrement que les autres, il faut aller chercher une autre
auberge que la mienne.
— Eh bien ! je me passerai de souper ce soir ; je consens même
a payer comme si j'avais soupe , si vous me faites donner une
chambre particulière.
— Monsieur le voyageur, chacun doit être logé ici aussi bien
que vous, puisque chacun paie de même. Quiconque vient dans
^
k9vaitfF«s bQiyeiH:^69<metU0.à,table'avQC Ie.reat€î4pk<^PU|a^<^j^
•baUev se«oo«pb0r qaaodilfi^ co^Ti^eSiont ûpi^û^ I^Q^:e^
^ ^^llml C6la€^ fort v%Uoi^4bIo, dit ÇhiJjpsQft.4*iW top^d'homi-
lilé y puisque celpi delg colère et^t été ];icUQute > et j^ ne qi'pppo^
Mttemeat à l'obser^i^Uoa dq rw Ipi$ et; d^ tq;$. ^f^^^. Hajs,
l|M|a-tri| #11 psemiit, sa bourse à sa ceinture » u^ m^la^de peqt
a^oir ^elqnes priiôléges» sufftiojitqaftnd U esit dji3{>a^é à les eajjer;
#i U QMi semUe qu'et), qe cas la rij^uenr de- yo3 réglem^çnç pe^ja
saoffirir qnekiiae modification.
-^Jetie94 luya aii))çrge,, ]M[ûnsiuir» et 90À U0 hôpital. Si vous
Vie«tM ici t. ^«MiA aeipez send avec la «lême attentiç^ qne toasies
MtMi. Si i(OHs li^ ynQiA^^ pas{ûre oonme ^Vt ^oMs,]^Uyçz>P^
4e ma maisoaet ^herckiei; nneautre auberge*
Après ce refus p<^Hif, PliUipsoo Teqon^à.laçQMtÇçta^9)4
^plbfta le sqncium ^(md^m^n de son U5te {)ea, gir^ç,^^^»^ F^
at^#4re rarrivée àf\ soopei'K en^^mé , comme w hçpuJE en four-
JÎ^re^ d^ps w ^û^^* peMpl^ de nambreKX b^bit^uv?. Qaçl9aes;ai^
-Centre eux, éipipiisf^^de fatigue, ^b^régeaiw^^ epironiÇ^i^V^'W'*?^-^^
iitti 6^«rv^ l'iMStWIt 4* Iwr 9fmv4e de ceiuJi 0% Top servirait le
repas qu'ils attendaient. D'autres causaient en^q[4)le des nojayell^
'4u piyff. Vli^iews jou^ie^t aux #1 ou à d^an^re^jç^]);, ç^ii pouvaient
iwarvir à Wre pa^^^ )^ tem{i^. ï^fs^ yoy^ev*^ qui ç'ï troqvâeiit
4Uâent 4e divarse^ cpi)ditio|i(is ; W e? voyait qiii étaient bi^ mis «t
qui paraissaient ric|ie9, ta^ndî^ç que le^ yête^^em^ et le$ pianièresde
j{uelques autres îM»i|PUÇ4ient qu'l}& n'ét^em q^ç dv'uç, W^ P^"^
4in^ssus de la pau^r^eté*
On frère mendiant, homme d'une humeur jpTÎale et agràiWe»
s'approcha de Ph^lipsqi) e|t ^\xvi eA cqnyçr^fttion avec lui. ^^'
glais avait assez d'expérience du ipo^^çi ppijf savoir <^^'il ^e P^*^'
yaii mÎBttx voilef çi^ qïi'il i^^ afO»l?^^ pa§ d^^yrif çje ses affaire*
et de spa projets que ^^ ijqi extérieur d^ f^-^^^çhise et de dispoM"
iions sociales. U seç^t dei^ç l^s ay^^fiçs dff ft^èr^ 9^^ec cordialité,
et causa avec lui de la situation de la Lorraip.e;, çt ^e Vi".l^rf* ^
{>araiissait i^vQÏv faire paitrç » tant en France qu'eiji jj^llen(^D^> ^
tentative du duo de Boiirgoipie pour s'empjçif er de ce pef. Se con-
tentant d'entendre l'opinion de son compagnof^ ç^ur ce sojet, rju-
iîpsoii s^'ab^ifît d'éwpçpr ift sipRije, et, fiprè3' ay^r ^««"^^ ^
muTfilfas 4«'4i pi^t au (rèrp de Imj cpipflinmgneir* H ip* l?*f^* •
1w<ti« 4<i'U éimt ^MUffé M fi«t eat^eUes, qui aeinbl^t naturel
à «a Jioiiim^ i» sa firofesaMH, rbdte e<it'r« toai à çyup d^ns 1^
^baybWft iiiiiiitts^ siv? iw ¥Îeia barili prowe^jB^ lentement se3 regard
ta«t aiMKNir 4e r«p|^tfiiiieot s a|^cè« a^oir terwné cette revqe » 3
donna ce double CMrdve d'iM% UM)^ 4>9l^Pt)tUi^ • — 9^'^ f^rme les
-^Que le hem saint Antoine soit louél à'écriale frère. Notre
Ji&tei s^enfii^ renoncé à Tespoir de mr arriver ce soir de nouveau^
iF^9af««rs, sans f«si il awrait cuntioné à noua faire jeûner sanç
j^tài, Ooii, YCÂci qu'on apporte l^n^pe. l.a vieille pprte est main-
tenaai Juan vafroniUée, et foand ]an Mengs a une fois dit : Qa'oii
jfenne ia pcffial ta voyageur peut j frapper ausw lon|;-ten:^s ^ne
iim Ini sembl^^ et être bien s4r q^*on nç la lojt ouvrira pas,
-^ Mé^H kçtr MAQga mMaueat m^ i^triciie dî^cipUne dai^ ^
maison 9 dît- l'AnglaiSt^
-^ 4«sfi» stsiiçta qne f elle du dnè «te B<Mr(pQ|;iV^ d^ U sî^^ui^^
dépendit ki^ère. Après dix bjBure^, per$pnae n^çntre plus,. Xfi
nkçmJi^^ une m^ fi^P'S^t <l^i îasqn'a^Qi:^ i^'est ip^'nne inenac^
^îop&tionneUev. de<f ief)t, qn^Qd FhorilQge a soiwé et qni^ les dom^-
liipies lont ^mmmfà lum rondç, on arcbre poaitif (fexclusiof).
<2elni <pii esi^ debora doit j mster, et il faut q^e celui qf|i e|t
dans r in^s^qur j rasie de wâm^ , jusqu'à oe que la porte s'ouvre ^
point du jwr« iIaiiVi?alor&, cette ifiuison ,e4 çofpme fine Qitadelîe
assiégée, dont lan Meags est le sénéchal.
-*- Bt aws seagoinasaea p^risonoiera, mon bon frère? dit Pbîlip-
son. Eh bieni j'y consens. Un voyageur sag^e dok se ,soumett|:e
aux volonté 4as ^elb d» peuple parmi lequel il se tro«ive : et
î'esp^/aqw'ui» ppiwtat^i a l-ei^bon|M4ut dj^ seigneur Mejngs nous
«Miatr/era ainaiit de «l^meiM^e qi^e^on rgnjg; et ;sa dignité le lui per-
mettent.
Paadant ipi'Jjlsisaiisaienft ain^ j le vieux, gangon, W ppn^sant de
proÊMd» soiopirs et des géa(iias^mens , adapta à im^ table qui était
a« miUon da ^^4 diflëreates planches qm ^r valent à rallonger »^
afia d# la a^endre sulfisaote pont le nombre de conrvives ^
fattaia«t «"y f^iaeoir^ et la couvrit d'u^e jûappe qjii n'étaili remar-
quable flâ fv aa Mit^^beur , |ù par sj^i Jftn,esaev JUwr^qjie ceW;e tabjc
eut été arrangée de manière à pouvoir admçt^ \Q^ X^i^W^Wf^
268 CHARLES LE TEMERAmE.
qui se tronTaient dans la salle , on plaça devant chacun d'eox une
assiette de bois , une cuiller et an verre , personne n'étant supposé
voyager sans avoir en poche un couteau pour s'en servir à table«
Quant aux fout'chettes, elles ne furent connues qu'à une époque
bien postérieure , et tous les Européens se servaient alors de l^ors
doigts pour prendre les morceaux et les porter à leur boudie,
comme les Asiatiques le font encore aujourd'hui.
Dès que la table fut mise, les convives' affamés se hâtèrent d'y
prendre place. Les dormeurs s'éveillèrent, les joueurs interrom-
pirent leur partie 9 les oisifs et les pioli tiques renoncèrent à leors
savantes discussions , afin de s'assurer une bonne place et d'être
prêts à jouer leur rôle dans la solennité intéressante qui semblait
sur le point de commencer. Mais il peut se passer bien des choses
entre la coupe et les lèvres , et il s'écoule quelquefois bien du temps
entre le moment où l'on met la nappe et celui où l'on sert le repas.
Tous les convives^ étaient assis autour de la tablé, chacun tenant
en main son couteau , et menaçant déj à les vivres , qui étaient en-
core l'objet des opérations du cuisinier. Us avaient attendu, avec
plus ou moins de patience, une bonne démi*heure , quand enfin le
vieux garçon dont il a déjà été parlé arriva avec unegrandea*ache
de vin de la Moselle, si léger et si acide , que Philipson remit son
verre sur la table dès qu'il y eut goûté , et que toutes ses dents en
furent agacées. Cette marque d'insubordination n'échappa point
à l'hôte, qui avait pris place au haut bout de la table, sur on
siège un peu plus élevé que%s autres, et il ne manqua pas de la
réprimer.
— Ce vin ne vous plaît pas , à ce qu'il me semble , mon maître?
dit-il an marchand anglais.
— Gomme vin , non, répondit Philipson ; mais s'il y a quelque
chose qui exige du vinaigre , j'en ai rarement trouvé de meillenr*
Cette plaisanterie, quoique faite avec calme et bonne humeur,
parut mettre en fureur l'aubergiste.
— Colporteur étranger, s'écria-t-il, qui êtes- vous pour oser
trouver à redire a mon vin , qui a reçu l'approbation de tant de
princes , de ducs , de rhingraves , de comtes , de barons et de che-
valiers du Saint-Empire, dont vous n'êtes pas digne de nettoyer
les souliers? N'est-ce pas de ce vin que le comte palatin de Nim-
mersatt a bu six pintes avant de quitter là chaise' sur laquelle je
suis maintenant assis ?
CHARLES LE TÉMÉRAIRB. ^
— Je n'en doute pas» mon hftte, et je n'accuserais )mi8 cet ho-
norable seignenr d'aToir manqué. aux lois de *la sobriété , quand
même il en isurait bn le double.
— Silence 1 mauvais railLeurl s'écria Phôte, et faites-moi amende
honorable snr*Ie-Ghamp y ainsi qu'an vin que tous avez caloiliniéy
on je Tais ordonner qn^on ne serve le souper qu'à minuit.
Cette menace répandit une alarme générale parmi les convives.
Tous déclarerait qu'ils étaient bien loin de partager l'opinioii in*
jurieuse de PUlipson, et^plusieurs proposerait que lan Mengs
punte le vrai coupable en le mettant sur-le*champ à la porte de sa
maison , plntftt que de feirie retomber les conséquences de sa faute
sur tant de geaiâ innocens cpii avaient bon appétit : ils assurèrent
que le nn était excellent , et deux Ou tr<»s. vidèrent même leuir
rerre pour donner une preuve de leur sincérité ;, enfin ils ofErirenti
non lemr vie et leur fortune , mais l'aide de leurs mains et de leurs
pieds podr exécuter contre l'Anglais réfractaire la sentence qui le
mettrait au ban » non de l'Empire , mais de l'auberge. Tandis que
des pétitions et des remontrances assaillaient Mengs de tous côtés,
le frère mendiant , en sage conseiller et en ami fidèle, cherchait à
cahner cette querelle en invitant Philipsonà reconnidtre la sou*
veniineté de l'hôte.
— HnmiUez-voUs, mon fils» lui dit-il, et faites plier l'inflexibi*
Uté de votre co^tt devait le haut et puissant seigneur du tonneau
et delà canélle» Je parle ainsi pour les autres comme pour moi-
mime, eàr le ciel seul peut savoir combien de temps nous serons
encore en état d'endurer ce jeûne.
— Mes dignes, amis , dit Philipson , je suis fâché d'avoir offensé
notre respectable hôte, et je suis si loin de vouloir trouver des
défauts à son vip , que je consens à en payer une seconde cruche,
qui sera distribuée à toute cette honorable compagnie (pourvu
qu'on me dispense d'en boire ma part).
Ces derniers mQts furent prononcés tout bas ; niais l'Anglais ne
manqua pas de s'apercevoir, d'après les grimaces de quelques
convives qui avaient le palais plus délicat, qu'ils craijgnaient au-
tant que lui d'avoir une double ration de ce breuvage acide.
Le frère pcoposaalorf à, la conipagnie que le marchand étranger
qui venait 4e ^ condamner lui-mêm|B à u^ie amende , au lieu de
s'en àcquitler ptgr uçe cruche de. vin semblable à celui dont il avait
médit, enpay&t une mesure d!un vin pliu généreux ^qu'on avait
QEA IIMIB DE mÉHÉRllRB.
nnit ffOD'ft^vmitiige àotei fateaiqne fes conyiimy let^tMiiiiniei^lHljp*
son n'y fit aacune objection , la proporiiSoaf fui tiUftpÉf e ji rmaj»
ndté, «t Mengis du luMtiâe son âége, sAnuÉaieMgBal ptur ^'o&
«eirvtt le souper.
& repus ; img-nBnapê MsBoÊa » fNumt enfin^ «ft Fti^iemidoTR»
^nr y faire hoiiMiir, letdauble dii temps qaVifDavaiEt passéi fat-
tendre, lies mets Amt^se oontpéflail; lé seapèry m la manièBe^
les servir , étiietit 'floSts ftn^ Mettre Ifi fniienee'deta èéofMigne a
*ifne aoBsi rode «épveave. fies terrines de Boèpe«i; deb plais AtU-
gmnes se sHooéâèreiit , 4et des «vkndes rftsies et bevdUifis firtnt a*
'suite letonr de la lAIe. Des boadins, da baad tené , dapoiaMiD
salé j parnreift aosei avec divers âstfnsoiiDeniiaEB MÊmsâki^io^
•et caviar, composes d^ioenh éb poisson 'Ot d'é^oicea^ letqsffopiiest Of
citer la soif, et ^r bonaécpieikt à ;faire iioise. iDes ilal)0MdBfiD
accompagnèréiiK ees mets 'recâiercli&. Hais ee ma était ji^sopé^
rieur en savent et en force eii vift d'ordinaM qpi aivait ocsiMé
une querelle , ijn^cfn poxfvak Im -feire le reprocbe' obotvttn , car îi
ëtait si lorty'si spirilneiix , si ea|ttteax, qoe^Ptailipaeft, end^plt
de la meroariale qne sa, critique tui arvait déjà «vskaoi ^ kasanda
de demander de Peau pour le couper'.
— yous'ites ffiftdle à sdtisMre , MoMieurJ^^éeria rhftte^
regardant'd'un iiir mécontent et m fron)^nt le soorcil. Si ^»
' trouver le vin trop fort chez moi , je veas mppreailÉai an mt^
"pour en dSminiier là force. C'est d'^ boîrë woiai^ Û tious eA «-
différent que vous buyiez ou que vous nelmvîez fûi^f^^T^^
yons payiez l'écM de texA qui boivent. >Et il teraniaa iK» flàset^
'^mn grand édat de rire. . .
niilipson ^iait lui répliquer; mtais lelr^^ conaew****
caractère de inédiateQr, le tira par Ffad^t ,'0t1e4Otqiira de t^^
rien faire.
—Tons ne conmrîssez pas les mtinièr«B;ïeteé))|PfSj ifcit *ï1;
'vow rfétes M ni dftasune iaoberj^e tf'Anj^eti9tYe«i iaps ««^^f'
lièrgeyK'y#anee, où^éhacun demande eeqù^H^Mi^^» et «épie
que ce qu'il a^^teidiandé. Rons agissoDs ici d^api^uafr*»*?*^"^
d'égalité et de firatendté. PeflBOiiwM»réeta»e«en»p0«i*^'**^
'l^ttciAeF , et chactm prend sa part des met»^[«e^l%d^'j^^'
toans iMWr «otis ce(tt^'9Mt assis^n^
'«n^fléFéOM etmuiiema Ibstifr/<aift0«it^i»4« téèm tf»^^^
J
«HMk^Tiiifirme, même te femme^et l'enint, .{tateBttoatwmt
if» le pajBSftii «ffii«ié «t ie^Lusqucnet vtfgabond.
^Cette coutvme ne me pafmttpiB}iiM9*ditiPfaîlq)Bon,nak4tii
Toyageur ne doit pi9 s'ériger en }«g«. Ai&n donc » i ^oe que je ocoé-
iprend»^ • idiaeim m <pâie*le ^mâme fort , «qtuwi '«fieDt te<attom«tt de
tom]iierl
-— TeUe est la règle, répondit le irèrêy «xeeptérpem-étreqMiqQe
pauvre 4tn^ de tioire ordre , <qiie Moire- B^me et «dtait *Ft*Miçoi8
eirv<sî6iit ^s«iiii&aidierge cc^mitte oettè-d , iptorfoiimir à de boas
'ebrétieii9P»eea8ioii>delanre'iinpas ynw^Ie eiel^en (exerçant «overs
lui im acte de charité.
Les premiers «motB de ce petitolisooQrs finentcpreiieiieès «veele
ton franc et indépendant quele firère «vek pris ett/cMnmençant'la
eonvenatien ; mais Ie6 derniers le Idreiit âTèc cet«eoent qui est
particolier à -la profession de moitié mendiant, «tils apprirent
sm^le^champ à Philipsofo quel )>rix il deirmt payer pdor les con-
seils et la médiation da bon frère. Après avoir ûnsi expliqué les
nsigestda paytf, IcfeèreOratien songea à en donaer«ie.démoYi»>
tn^ion |iratiqiie par son cxefiq>liB , «t, loin de critâpter -la fofiee
do vin / tt stmUa disposé à se signaler parmi te&btvei|rs les plis
déterminés, et bicntsésofaii ne peé avoir on son à pérj/ier pomr ke
qi^anraient'lMi les «utses. Les. «libations prodnisirent .pea à pén
leur effet ordinaire. L'Mte 'loi-même perdit <pielqae obose de. son
aq^eet^sondnre et fiuNradbe, et il sourit en voyant l'étinccAlé Sec*
triqQS'de la gaieté paiser rapidement djon convive .à l'aolre/ii
l'exception d'an très petit nombre quittaient trop amis de te tem-
pérance peur caresser 'fréquemment là bouteille^, ou itrop dédd-
gnenx pour <pMmâiie part an^t .dîsaussions ifa'elle fidsàit tnîâtr^.
L'hôte jetait de temps en temps sur cenl^oi nu oregavâimipeateiit
etcoorretoeé*
PhiHpsoB'élait réservent riftencieux, tant puitceiqpf il^Abalenait
de donncnr de tn^ fréquentes «oeokdes au^fiaDou^ que parce ^^1
ne se sMeiait pas 4'entrei: «da 'conversation aveeâes étrangars*
Mengsle trouvmt en d^ut«urMs deux points- 1 et à mesuré que
le viu aiiiilia sou^earaclèpe indoleiit, ii eoimneu^ilafitoer des
8ai^c&!taies^Ooiitre>lett>getispqm élàiieitt des raban>joi&, desffttë-pAte,
des etmemis'du pMait Ûû pl^ocAain , '«t UtttrerépMiètes 9embfaAdes
claireBHttU? JBrigées eotfirt yAi^hdg, 9M&tMA «^MMriBt «^^ €e
372 CHARLES LE TEMÉBAIRE.
plas grand calme qu'il sentait parbitement qu'il.n!était pas en étal
en ce moment de se rendre .un membre agréable d'ane compagnii
disposée à se livrer à la joie , et qu'avec la permission de toaU
la'sooiétéil se retirerait dans sa chambre , en leor souhaitant à
ions le bonsoir et la continoatîon de leur gaieté.
Mais cette proposition très raisonnable/ comme ou aarait pn la
la trouver ailleurs, était un acte de haute trahison contre les lois
4'une orgie de buveurs allemands.
— Qui êtes- vous , s'écria Mengs , pour vous permettre de quit-
ter la table avant qu'on ait demandé et payé l'écot? SappenmtU
der Uafel! Nous ne sommes pas des gens qu'on puisse insulter
ainsi avec impunité I Vons pouvez aller donner des preuves de po*
litesse dans Ram's-AUey, ou dans East-^uheap, ou dans Smith*
fieldy si bon vous semble, mais ce ne sera pas chez lau Neogs,
â l'enseigne de la Toison-d'Ori et je ne soufhrirai pas qu'on de
mes botes aille se coacher, pour n'être pas présent an moment
Aà payer l'écot, et me dupier , moi et tout le reste de la cooi-
f)agnie. ...
Philipson regarda autour de lui pour s'assurer de ce qne pen-
saient ses compagnons de table ;^ mais il ne trouva dans leurs T^i^
rien qui pût l'encourager à en appeler à leur jugement. Dans le
fait , un très petit nombre d'entre eux avaient encore la tête on
peu saine , et ceux qui étaient en état de faire attention à ceqm^
passait étaient de vieux buveurs, hommes, tranquilles, qm<^>A'
ménçaient déjà à songer à l'éoot , et qui étaient disposa a paf*
tager l'opinion de l'hote et à regarder le marchand anglais comios
un aigrefin qui votilait éviter d'avoir à payer sa portion dn vw î
qu'on pourrait boire après son départ. Mengs reçut donc les »?• ,
plaudissemens de toute la société , quand il termina sa philippif^ j
triompbante en ajoutant :
— Oui, Monsieur, vous pouvez vous retirer, si bon voussemj »
mais, p(H%^ 'imsandl ce ne selra plus maintenant pour aller e
dier une autre auberge ; vçus irez dans la cour, et vons coo
rezsur la litière de l'écupie^ C'est un lit assez bon pour nn bom
qui veut être le pren^er à quitter bonne compiignie. .
— Bien.dit , mon joyeux hôte I s'écria un riche commerça» ^
Ratisbonnej et nousf sommes ici nue demi -douzaine, p ^
moins, fjpk .yoi^ soutiendrons pour maintenir les "^'^ ^u
jri^U^ C99t.uiiie8 d'AUemugne, et les estimables r^lem^"^
Toison-d'Or/
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 27^
— Ne Toas fâchez pas. Monsieur y dit Philipson ; il en sera toat
œ que vous voudrez, tous et vos trois compagnons, que le boa
¥in a moltipliés au nombre de six; et puisque vous ne voulez pas
me permettre d'aller me coucher, j'espère que vous ne vous offen-
serez -pas si je m'endors sur ma chaise.
— Qu'en dites- vous, qu'en pensez-vous, mon hôte? reprit le-
bourgeois de Ratisbonne. Monsieur étant ivre, comme vous le
voyez, puisqu'il peut déclarer que trois et un font six; peut-il,
dis-je , étant ivre, s'endormir sur sa chaise?
L'hôte répondit à cette question en soutenant que trois et un
faisaient quatre, et non pas six. Cette réponse fi^t suivie d'une ré<^
plique par le marchand de Ratisbonne. D'autres clameurs partirent
en même temps, et ce ne fut pas sans peine que le silence se réta--
blit parmi les convives pour écouter des couplets à refrain joyeux,
que Je bon frère , qui commençait alors à oublier la règle de saint
François, entonna de meilleur cœur qu'il n'avait jamais chanté un
cantique du roi David. Philipson profita de ce moment de tumulte
pour se retirer un peu à l'écart , et , quoiqu'il lui fût impossible de
dormir, conome il se l'était proposé, il put du moins se mettre à l'a»
brides regsœds courroucés que Mengs jetait sur ceuxquinedeman*.
daîent pas du vin à grands cris , et qui ne vidaient pas de fré-
quentes rasades. Ses pensées étaient pourtant bien loin de la Toi-
son-d'Or , et dirigées sur des objets qui n'avaient guère de rapport,
avec les sujets de conversation qui étaient sur le tapis , quand il,
entendit frapper à grands coups à la porte de l'auberge.
— Qui avons-nous là ? s'écria Mengs dont le nez même rougit
d'bdignation. Qui diable ose frapper à une pareille heure à la
porte de la Toison-d'Or , comme si c'éuit celle d'un mauvais lieu ?
Que quelqu'un aille regarder à là fenêtre de la tourelle I Geoffroy l
drôle, ou bien toi, vieux Timothée, allez dire à cet impudent que
personne n'entre à la Toison-d'Or à une heure indue. >
Tous deux partirent pour obéir à leur maître ; et on les entendit
du stubése disputer à qui affirmerait le plus positivement à l'in-
fortuné voyageur qui demandait à entrer qu'il ne serait pas reç»
dans l'auberge. Cependant ils revinrent bientôt annoncer à leur>
maître qu'ils ne pouvaient vaincre l'obstination de cet étranger,
qni refusait opiniâtrement de se retirer avant d'avoir pfirlé à Mengs
en personne.
Cette opiniâtreté de mauvais angoçe enfla^nma de courroux b
i8
274 CHJOtCË^ tt llAAiÀlVktf.
mattre de là Tmsoihd'O^, et, ateela rapidité éë U SMMbè.^ti
inAi^ationVéfMM^desim iMfràBe6 jeoM et à a(m frtynt. n se
lettt dé table, pfit eif mÈSmiOLitgÉdS'gekLt&ti^ ÉtiaMMèU^ son
sceptre on «on bâton de'ceaMÉiideMeiit', et 'sortit en mtiiinarant
qu'il savait comment caressefles ëp)i«rteis desfooSy et lear rafrid-
chfi^ les orei&es ^vec nn seàn -d^ean froMe on d*ean' de vaisselle. II
m^ta àlft tênëtté qttî donttéiï'sùi' la rtté , et piendant ce'tempsles
contives -se IM^irïetft «dés mghth , se jé^éht des clins d'beîl , et îM
disaient qnelqaes mots à voit b^Me, s'attendant à chaque infant à
entéhdi^e qnril<li!h^ preuves bi^yantesde'sa' colère. Il ti*eh fntpbur-
tant rien, ear% peine MIengs avait^l teu le temps d'échanger avec Vé'
triHj^erqtsélqtiés mots qihe personne ne'pnV entende dMmctement,
que tonte'la compagnie îin an* comblfe de là sarprite en entendant'
tirer les vérronx et ontrir la serTnrede'la pOi*tede Fanberge, ceqni
fat stô^par le'brait des pas de phtfûenrs personnes mont&ntllâ^
caHer. Enfin^I'hAlè rentra dans le stuh}^^ et, avec nne apparence
de'pbliVèièë'gài^i^ehe, il pria les convives de' faire nde place àim
reè]^etibfe vd^ai^dr (j^i'Hreiïàit se joindre' à eux , qnoiqik^tf peâ
tardJ 11 éldtt su^i ^aii^nn b^oninie Aef gtf'ànde' taille enveloppé d'bn
maA€<ÀVi/de'vbyaî^; et dèb x(aM s'etrfàt déba^àdsé, Pfâl%On re^
oonftot en M son'ctmipaghon de voyage , le prfitre dé Sàin^MitS.
dei!te circonëtàiâfce, en dne^mMe , nierait rien de Mén étota-
naÉt.U était nittnrel'qt^nnaribergidte, 4ttel<][ae gToisier, qvtHqtA
impelrtiÉMNlt'4Vil'plâ[téti^^n^i^desef1^eSl mdhfrSt de h' dé-
férence ponr tin eccfiftiâ^ti(j[ne y àOit pd^' scfitede sonf rMg'dàùtf
FEl^ae, sMt à'tmse de te tëpntatîon âte sainteté. Mais ce qtffpamt
pli* étOoMttÉft à FMHpsdfà' ; Oc iht Tef fet qtfe pTbdnitft l'affi'^ it
ce eottvi^iMftenfdltf; lis^m^ata , sahs hériter, dé là^Hid^ d%oti.
neàf y Où^ié^ief^ atr^iiavsâit le ridie conMnërçàiA de flàtiébonnei
qaeMengs avftit détrôné sans cérémonie; malgré son zMè pottf
les bonnes et vieillefs cfontumes allemaîîdèis , sa fidélité inébran-
lable aux IdoaMeè ' ré^emens de la Toison -d'Or, et son gôâtt
prononcé pour les rasades. Le pfétrè de Saintt-PattI prit stl^lè-
champ possession sans scrupule dé ce siège éUiinent , après avoir
répondu avec utt' air de négligence au< politesses dèsbn fadte; 6t
l'on aurait dit •queFeflbt de sâ lifngue robe nOire substituée àl-haibit
galonné et à tuillades de son prédécesseur , et dn re^Yd glatiàl
que ses yeui^ gris laissaient tomber à la ronde sur tonte k conïpa-
gniey rès^mblail' nft pëè à ^eWqilfe f^rodUMit, suilf^atfl la fable,
GMâRU» Ll TÉMBRAIRS. 37»
la Ttw de la t/k» de MëdiHe; oaT s'il ne ehaageait fm littëi*àle» *
meni en ]iîeiTe ceux dont ks jeaok reMontraieiit les siens, il y
ayait quelque chose de pétrifiant dans ce regard ^é que Ton eût
dit ToakÂr lire au idnd de ïm/ut de ehadua de ceux qu'il eaaminait
laitf à tour i sans daiftter leliir aeeovddr nue plus longue atleniioA*
Phitipsou fat à s6n tour l'objet de cet e;iaiilen momentané i
nai^ il ne s'y mêla rien qui indiquai qee le |»*ètre eât deMeih d'a«
Toir l'air de le connaître. Toat le coitfaf e et tout le sang^froid de
l'Anglais ne purent l'empêcher de sentir Une serte de Éialeise ^
quand les yeux de cet homme mystérieux le iix^^t sur Itii, éf il
éprouva du soubgemeac quand ils paesoi'ent à son voisin» qui
parut souffrir à son Ulur l'effet glaml de ee regarda Le Jbi^t deb
joie et de FiTresse, lee diseassîeas produites par le vki» ks arg»
mens Inruyans , tas éclats de rire ^ qtii l'étaîeÉl euool'e davantage y
téat oe tumulte avait été suspendu à l'instant où lè prêtre éUdr
«tttré daua le siMé Deux ea trois teatatives p<mr faire renaître
la gaieté, échouèrent d'eUes«niémes« Ou aurait dit que 16 feMm.
s'éteit ehan^ tout à eoëp en funérailles , ift que lee jolyeax con«
vives étttent devèitus les personnage^ lugubrea et muet^ qei eui'
cohaient le convoi* Uà petit honuEue à figufe bè«if donnée^ qu'oit
apprit ensuite être un tipHèur d'AugàdHMiÉg ^ a^nt peut-^lre l'âuif^
Ûon de montrer un degré de courage qu'on ne regarde pas ordir
nurement comme un aMribut de sa proCâssion efiémtaétf S fit u»
effort» et aependant oe fut ^une Voix tinnde et eoniraiiite qu^ifr
ixnta le îrkte Gràtien à répétai sa ehaneott. lfab> sait qu'il n'esal'
pSB se p^metti^ un pàsse-temp^ ai peu catfeasqtfe eli^préoëtaée d^te.
cei^re qai était dans les ordres» soit qu^il eèt quelle' autre f'aâ'
s<m poui^ se refuser à eette invitation » le BseiHe meiMaâa baiiatf)
la tét(e et la sÉttoua d'ftn ai# si mélanceliqiae^ que le tailhmi^ pMttt
âossi confus que n cm l'eût surpris volant du dfe'ap slir une roH»
decarctinal» ou une mine de gialon sur une dbasnUe ou su^un de-
vant d'autel. En un mot, un profond silence succéda à l'orgie , et
les convives étaient si attentifs à tout ce qui pourrait arriver, que,
lorsque ks cloches de l'église sonnèrent une heure après aiinoit ^
tb tressaillirent comme si c'eût été k tocsin qui eèt annoncé ma
incendie ou un assaut. Le prêtre, qui avait fait à la h&te un légelr
repas que Méngs lui avait fait servir saàsi k moihdre diiKéuUé p
t. Uq proverbe anglais dit qu'il faut neuf tailleurs ^Hrar faire un fiomme» L'origine en Tient»
4Sé-9n t ^4é ^'U ârilVi étié hiiJk na hààÈàè teèi A'éA Mttrë imS 9b «éilv t*otosiMi<
l8.
376 CHARLES LE TEMERAIRE.
sembla penser que les cloches, qui annonçaient Thenre des laudes,
premiei* service de l'Eglise après minuit^ donnaient un sigoàlpour
se lever de table.
— Nous avons pris de la nourriture pour le soutien de notre
corps, dit-il : maintenant prions le ciel de nous accorder tes dis-
positions nécessaires pour bien mourir ; car la mort suit la m
aussi infailliblement que la nuit succède au jour, et que Tombre
accompagne un rayon de soldl, quoique nous ne connaissions ni
le lieu ni le temps où la mort doit nous frapper.
Tous les convives se découvrirent et baissèrent la tête / comme
par un mouvement instinctif, pendant qu'il prononçait d'une voix
solennelle une prière en latin pour rendre grâces au ciel de la pro-
tection qu'il leur avait accordée à tous pendant la journée précé^
dente, et pour le supplier de la leur continuer pendant les faearesde
ténèbres qui allaient s'écouler avant le retour de la lumière. Quand
il eut terminé , tous ses auditeurs baissèrent la tête encore plos
profondément , comme par signe d'assentiment à la prière da
prêtre, et lorsqu'ils la levèrent le prêtre de Saint-Paùl avait déjà
quitté l'appartement avec l'h5te , qui le conduisit probablement
dans la chambre où il devait passer la nuit. Quand on eut vu qn'ii
était sorti, on commença à se faire des signes, des clins d'œil, et
même à se dire quelques mots à voix basse , mais personiie ne se
permit d'élever la voix ni d'avoir une conversation suivie; de sotte
que Philipson ce put^en ent^idre distinctement. Se conformant
à ce qui semblait être l'étiquette du moment , il se hasarda ioi-
mème à demander à demî-voix au frère près duquel il était assis, ^
le digne ecclésiastique qui venait de se retirer n'était pas le prêtre
de Saint-Paul , qui demeurait dans la ville frontière de la Férettê.
— Si TOUS saTCz qtii il est, pourquoi me le demandez-voos? Im
répondit le frère Gratien d'un ton et d'un air qui prouvaient qne
les fumées qne le vin avait pu lui fidre monter à la tête s'étaient
dissipées tout à coup.
— C'est que je voudrais savoir, répondit le marchand, par
quel talisman il a changé tant de joyeux buveurs en hommes
graves et sobres, et fait d'une compagnie si bruyante un courent
de chartreux?
-*- L'ami, répliqua le frère, vous m'avez bien l'air de demander
ce que v»ous savez parfaitement; mais je ne suis pas de ces sots
oiseaux qui se laissent prendre au leurre. Si vous connaissez ce
OURLES LE TÉMÉRAIRE. 2T7
prêtre, yous devez connaître anssi la cause de la terreur qu'i»
spire sa présence. D serait plus sûr de se permettre une plaisanterie
dans la sainte chapelle de Lorette que devant lui.
A ces mots , et c6mme s'il eût craint que cette conversation ne
se prolongeât, il se retira à quelque distancede Pbilipson.
L'hôte reparut en ce moment , et ses manières étaient , un peu
plu^ qu'auparavant , celles d'un aubergiste ordinaire. 11 ordonna à
son garçon Geoffroy de servir à toute la compagnie ce qu'on ap-
pelait le coup de la nuit ou de l'oreiller. C'était une liqueur dis-
tillée, mêlée d'épices, et Philipson lui-même fut obligé de recon-
naître qu'il n'en avait jamais bu de meilleure. Pendant ce temps,
Mengs, avec un peu. {4us de déférence qu'il n'en avait encore té-
^inoigné, dit à ses bêtes qu'il espérait qu'ils étaient sat^&dts de la
manière dontik avaient été reçus : cependant il fit cette question
d'un ton si négligent , qu'il était évident qu'il y^ entrait ^rt peu
d'humilité , comme s'attendant à la réponse affirmative qui lui fût
faite unanimement. Cependant le vieux Timothée inscrivait avec
de la craie , sur le dessous d'un plat de bois , le compte général de
.l'écot, dont les détails étaient indiqués par des hiéroglyphes de
convention ; il fit la division du total par le nombre des convives ,
fit examiner l'exactitude de son calcul , et alla ensuite demander
la. part de chacun.
Quand la fatale assiette dans laquelle chacun déposait son argent
•fat sur le point d'approcher du frère Gratien , sa physionomie
parut changer. Il jeta un regard piteux sur Philipson , comme
étant le seul individu en la charité duquel il pût avoir quelque
9poir ; et notre marchand, quoique mécont^it du peu de confiance
qae le moine mendiant venait de lui montrer, voulant bien se per-
mettre une petite dépense pour se procurer en pays étranger une
connaissance que le hasard pouvait rendre utile, paya l'écot du
frère et le sien. Frère Gratien lui fit force remerdemens en ))on
allemand et en mauvais latin ; mais l'hôte ne lui laissa pas le temps
de les finir, car, s'approchant de Philipson une chandelle à la
main , il lui offrit ses services pour le conduire dans sa chsimbre à
coucher ^et.porta même la condescendance jusqu'à se charger lui-
même de son bagage.
— Vous prenez trop de peines , mon bon hôte , dit le marchand
on peu surpris du changement subit survenu dans les manières d^
l'aubergiste, qni jusque-là l'avait contrarié en te at.
trs CHARLES LE TÉMÉRAIIII.
-^ Je h* ta puis tr«p prenclré, répMiék Mengs , povr <iib h^e
4|iie m^B vénérable ani le prêtre de 6«iBt<#aiil a epédal^mentte»
commandé à mea soins.
H onmt alors la porte d*iine petite ehandire i coileiier) où loat
était préparé pour la véception du voyageur.
r^ Vous poQvez TOD8 reposer ici , ajo«ta*t4l » jusqu'à telle heure
de la matinée qtt'il vous pU^ , et rester ohez^m^ aussi long^temps^
f«e TOUS le jugeais à propos. Cette elé mettra vos marehaBdisea
' à Tabri da yol et du pillage détente espèce. Je n'agis pas ainsi à
fégard de tout le monde » car si Je donnais un lit séparé 4 ehacan
'de mes hôtes , la première chose quHIs me demanderaieiit ensoil^
'•eratt me table particnlière ; alors , adieu nos bonnes et vieUles
•eoiHames allemandeé , et aoiis deriend^ns aiissi fiivoles et aossi
vidicofes que nos voisins. ^
Jl plaça les b^es sur le |daBcher, et il aemblail sur le point de
'«e retirer, qnand, se tonmant vers Pfailipson, H eemmença à lai
fure oiie sorte d'apoloj^e de la grossièreté de sa eonduite.
-^J'espère qu'il n'y à point de rancune entre nous, «on Agne
hôte, lui dit-il. Yens pourriez aussi bien vous attendre à voir au
de nos ours descendre des montagnes pour faire les mêmes tours
qu'un singe , qu'à trouver un de nous autres , vieux et revèchts^
Allemands, révérencieux comme un aubergiste français ou^ita-^
Ven. Mais je vous prie de remarquer que si nos manières sont
Inrusques, nos éoots sont raisonnables, et qp» nous ne trompons
janiais sur la qualité des denrées que non^ fournissons. Noqs
n'avons pas recours à des révérences et à des grimaces afin de
dhire passer le vin de la if oselle pour du vin du Rhin ; et nous
n'empoisonnons pas , comme le traître italien , ce qœ nous vous
^rons, tout en vous appelant IlbiHrissimo et Magnifieo,
Ces mots parurent avoir épuisé toute la irbéto^ique de Mengs^
car, dès qu'il les «ut prohoncés, il se détourna brusquement, et
sortit de l'appartement.
Philipson perdit ainsi une autre oeeasion de demander qui étaât
et ce que pouvait être cet ecdésiaetf que qui exerçait une telle-in-
fluence sur tout ce qui approchait de lui. Au fond^ it u'avait^uemu
désir de prolonger son entretien avec son hôte, quoique Mengs se
fftt dépouillé eii grande partie de aon abord sombre et; repoussant f
«t pourtant 41 aurait bien voulu savoir qui pouvait être cet homme
q[ui n'avait besoin- que de prononcer «» mot fipiHP détôuraer las
GBABUÎS LE T$M)i»A{RE* :^79
poignards de bandits alsaciens, habitués an yqI et an piUage,
tomme Vétmnl aJbrs l^s habitais de tou^ les pays frontières , et
pour çhajiger en ciyilité la grossièreté proverbiale d'un auber-
^te allemand. Telles étaient l«s reflétons de Philipson , tandis
qa'ilse débarrassait de ses vêtemens pour goûter un repos dont il
«y^it grand ^Mispin après on jpçr de fatigue , 4^ dangers et d'em-
b^rraa» et ponr se jeter aor le lit qaç lui ofbrait l'ho^piti^t^ de la
X(tts(M'Or ikm le Bb^n-Tbal.
Cïjapïtrî; XX.
Eh bieni fille* de la nuit* noires et mystériense»
LU SQaciàsis.
— Viie ^tkéét qui h*» pn <^ nom.
Nous ayons dit» en finis^ant le cbapiure précédant, qu'après
9ne journée de fatigue extraordinaire ^ d'agitation peii conunume»
le marchand anglais espérait oubUer tant d'incidens étrangers en
le liyiavf; à ce profond rapos qui est la suite et le remède d'un
^ttiftsmant extrême ; mais à peine s'éu^t-il étendu sur son humble
eoucbette, qu'il sentit que sw oprp^i fatigué par un e^cès d'exer-
oee, n'i^taît guère disposé à céder aux charmes du sommeil. Son
^prit ayait été trop agité , ses membres étaient 4*op tendus de
lassitude pour qu'il lui fût possible de goûter le repos qui lui était
ù néce&san*e. Son inquiétude sur la &tu:eté de son iUs , ses coojec-
tares ani* le résultat de sa mission auprès du duc de 3ourgogney
mille antres pçn^s qui lui retraçaieï^t des évènemena passés , on
qui lui pei(paiaient ceux que Tayenir réservait , ét;^ent pour son
imagination comme les vagues d'une m^er conriroucéej et ne lui
laissaient amsune disjK>sition à s'endomir.
U y avait environ une heure qu'il était couché, et le sommeil pe
s'était pas encore approché de ses yeux , quand il sentit qu'il das-
etndait avec son lit, il ne pouvait dire où. Il enlen^lit un bruit
^omrd de cordca et dç poulies, quoiqu'on eût priç toutes les pré-
280 ' CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
'«autions pour qu'elles n'en fissent point ; et notre yoyageuri en
ëteiidaui les mains autour de lai, reconnut que le lit sur lequel il
était couché était placé sur une trappe qu'on pouvait faire
descendre à volonté dans les caves ou appartemens situés en des-
sous.
Philipson ne fut pas exempt de crainte dans des circonstances
qui étaient si propres à en inspirer; car comment pouvait-il espé-
rer de voir se terminer heureusement une aventure dont le com-
mencement était si étrange ? Mais sa crainte était celle d'un homme
ferme et intrépide , qui , même dans le plus grand danger, con-
serve toute sa présence d'esprit. On paraissait le faire descendre
avec lenteur et précaution , et il se tint prêt à se mettre sur ses
pieds et à se défendre dès qu'il se sentirait sur un terrain ferme.
Quoique un peu avancé en âge, il avait encore toute sa vigaem* et
toute son activité, et, à moins qu'on ne l'attaquât à forces trop
inégales , ce qu'il avait sans doute à craindre dans ce moment, il
était en état de faire une résistance courageuse ; mais on avait
prévu son plan de défense. A peine son lit avait-il touché le plan-
cher de l'appartement dans lequel on l'avait fait descendre , qoe
deux hommes, qui semblaient avoir été apostés pour l'attendre^Ie
saisirent de chaque côté, le tinrent de manière à l'empêcher de se
lever, comme il en avait l'intention, lui lièrent les mains, le ga-
rottèrent sur son lit , et le rendirent ainsi tout aussi bien prisonnier
que s'il eût encore été dans un cachot de la Férette. Il fat donc
obligé de se soumettre , et d'attendre la fin de cette aventure for-
midable ; le seul mouvement qu'il pût faire était de tourner la tête
à droite et à gauche , et ce fut avec joie qu'il vit enfin bril-
ler des lumières , mais elles paraissaient à une grande distance
de lui.
D'après la manière irrégiilière dont ces lumières avançaient,
tantAt en ligne droite , tantôt en se mêlant ensemble , et en se croi-
sant les unes les autres , il conclut qu'il était dans un vaste sonter
Tain. Le nombre en augmentait peu à peu; et à mesure qu'elles
approchaient, il reconnut que c'étaient des torches portées par
des hommes enveloppés dans de grands manteaux noirs, sem-
l>lables à ceux qu'on porte en suivant un convoi, ou à ceux des
frères noirs de l'ordre de saint François. Le capuchon en était
rabattu sur leur tête , et cachait entièrement leurs trait». Ce»
iiommes semblaient occupés à mesurer avec soin une partie OQ
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 281
souterrain y et tont en s'acqnittant de cette fonction ik ehsntaient
dans l'ancienne langue tndesqne des vers qoe Philqiaoa poiEvaft à
peine comprendre, mais dont ceux qui suivait peuvent passer
pour une imitation.
M«nmiin du bian «t da mal.
Apport» Tit0 en ee local
LeaiTeau, la toiaa et réqvam »
£1«TM l'autel fanéraire.
Et creusez le fossé fatal.
La sang coulera sur la pierre .
La tranchée en regorgera.
le banc des juges s'étendra
Sur deux toises ; même distuce .
De l'aecnsé séparera
Le tribunal dont la sentence
Sur son destin pronoi^cera.
Qu'à l'orient la coor s'assemble ,
Qu'à l'occident l'accusé tremble.
— Maintenant , frères . dites-nona ,
Etes-Toos prêts?.:... Répondes tons.
On répondit en chœur à cette question. Le chœur se composait
d'un grand nombre de voix, et .ceux qui chantaient paraissaient
être, les uns déjà dans Tappartement souterrain, les autres en-
core dans les passages ou corridors qui y conduisaient, Philipson
put donc juger que la réunion allait être considérable. La réponse
fut à peu près ce qui suit :
Sur notre TÎe et sar notre ame»
Sur le sang et les ossemcna ,
Mous STons accompli sans blâme
Ca qa'ordoiwient nos réglemens.
Les premières voix se firent entendre de nouveau*
• »
k quel degré de sa carrière
La naît est-elle en ce moment f
Dn matin déjà la lumière
Ome-t-elle le firmament?
L'aurore , son avant-courrière ,
Frappe-t-elle les eaux du Rbinf
Quelle Toix flotta sur son sein f
IDes oiseaux la Toix matinièrt
Reprocbe-t-elle au difu du jour
D'être trop long-temns en arrière ?
Examines bien tour a toor ' .
Les montagnes et la rivière:
Bt dites-nous précisément
k quel degré de sa carrière
La nuit se trouTe en ee moineat ?
Le chœur répondit, mais moins haut que la première fc^s. Il
semblait du moins qneceax qui chantaient la réponse étaient plr<?
flB2 aàatm» LK TÉMOMdAE.
La nait •'•▼ance dans son eoiara«
Mail les étoiles . ses compagnas,
Sar l'aau da Rhin brillent tonjonit.
A l'orient , sor les nuotagnes ,
Nnl rayon n'anaasea la jone*
Mab une Toix qui naiu aoinnidit
Vient du Rhip|iii8^^'ca
Et c'est du sauf qu'akU i
Le même chœar ajouta enc^jr^ ee fm vmx\ mais beaucoup de
nouyelles voix s'y joignirent ;
Obéissons , lerpps*nons tousl
Lorsque le soleil se repose ,
Qui Teillera , si ce n'est nous!
An jufemeat qu'on se di*po^>
Jamais la vengeance ne dortt
La nuit arec elle est d'accord.
>
]U xMUJ^ ^ ce» Ner^ eux t^ientftt j^( içpioprendre à Philipaon
^*il ^jl^t^ fxésm^ de$ Initiés ou 4es Hommes Sages » noms
fp'w d^np^jt àU>x^ à^x iipimeu:^ membres du Tribunal Secret qui
.cpntiijMi^it à subsister alors en Spuabe» eu Franconie et dans d'au-
tres cantons de la partie orientale de l'Allemagne , qu'on appelait
le Pays-Rouge , peut-être à cause des exécutions fréquentes et ter*
ribles qui avaient lieu par ordre de ces juges iavisibies. Pbilipson
avait souvent entendu dire qu'un franc • comte , c'est-à-dire un des
chefs du Tribunal Secret , tenait même quelquefois des séances
secrètes sur la rive gauche du Rhin , et que cette cour se mainto
nait en Alsace avec l'opiniâtreté ordinaire de ces sociétés secrètes,
quoique Charles , duc de Bourgogne , eût manifesté le désir d'ea
découvrir l'existence et d'en détruire le pouvoir, autant quille
pourrait y sans s'exposer aux miUifirs de poignards que ce tribanal
mystérieux pouvait faire lever contre loi* Redoutable moyen de
défense, qui fit que, pendant biien |pi>g-tem.p^, les divers sonvo
rains d'Allemagne , et les empereurs eax -mêmes , n'auraient pa»
sans un extrême danger, détruire ces associations singulières par
un coup d'autorité.
Dès que cette explication se fut présaotéft à l'esprit de Philip-
son , il y trouva un fil pour pénétrer le mystère qui couvrait le
pvàtre dia£ai«i-Paiil» En ke aapposnt un: ftat prvsyns on des
inîainpaK M^imrn de eetia bmwmimii e^cfàte^ ià n'étail |»3
CHARLES LE TBil»A«E. US
àmnamt qn'îl se aoitte k bardietae d'alkr jnstifinr k mort d'Ih*
fBBbfteh ; qse sa présmee «ût iasipùÊé à Buthëknn» q«'tl awt
k poairair de fûm jngar at «xëentAv sur k fi^^ mAne; que son
arrivée le mît préoéd^at, pendatti le seaper» eût frappé de tar^
leoptoiia lea eoBTiTesi car, qaoiqoe tost ee fai aTaîlramMHnà
ae tribanal» à ses ^pérationa et à aas effiiâeray fikt eoavart tmste
obseaiité sembkbie fc celle qui tMo eneope aiqoard'faiii k frate-^
mmipmam» , cependant kaearel a*éudt pas assea hipa gavdé poar
aaipécher qufoa m» soupçonnai » et fa'oa ne désignai mépie imt
bas certaines personnes comme des Initiés , investis d'un pon?oir
DBrnMe par k Vekmi^Géricht ^ oa Trikual dfia Liens. Quand nn
pareil poapgopa'altaoliail àwaiadîvidu, son pooyoir aecrei, alk
eonMÎiissfice qu'on lai supposaii de tons les oriaMS, quelque ea«
ahés qaTik fdssfnt , qui se eoauu^ltaient dans l'^taudne de k jmî-
diction de k aociété dont il éuit meaibre, k rendaient fol^jpl de
kkiiae et de k teneur de quiconque k voyait; uMÛa il jouissait
ao pka iiaut degré de ce respect personnel qu'on aurait aocoidé à
an puissant cndianteur ou à qn génk krmidabk* Eu aonv^saut
avec un tel borarae , il était surtout nécessaire de s'abstenir de
tonte question qui aurait fiedt k moii^e allusion aux fonctious
qu'il remplissait dans le secret tribunal. Bioniror même quelque
curiosité sur un «qjet sî mystérieux et si solennel f c'était un moyen
iAr de s'attira quelque inkrtuue.
Toutes ces réflexions se présentèrent en même temps à l'écrit
de l'Anglais, qui sentit qu'il était toanbé entre les mains d'un tri-
bunal qui n'épargnait personne ^ et doi^t k pouvoir était tellement
Tedoaté par tous ceux qui se trouvaknt dans le cerek de sa juri-
fiction y qu'an étranger sans protection n'avait qu'une bien kibk
ehaoee d'y obtenir justice , quelque sûr qu'il pût être de son kno-
«mce. Tout en se livrant à ces tristes pensées , Philipson résokt
pourtant de s'armer de tout son oourage, sachant que ces jugea
terribles y et qni n'éli(ient respeosabks envers personne de lews
jag^mens , se genvemaknt ponrtant d'après oei^ainea règles qpi
modéraknt k rigueur de leur 4}odeeaLCraêrdinaire.
Il /eccupa donc à chercher les q^eUleurs moyens d'écarter le
danger qui le menaçait » tandis que les individus qu'il entrevoyait
dans l'éloignement s'offraient à ses yeux , moips comme des formes
disikctes que comme des fantftoMS créés par k fièvre , ou pstr
cette fantaampgarie qu'on a vue qndquekk peupkr k chambre
Sa4 CHARLES LE TEMÉRAISf.
.d'an malade, dans certaines affections des nerb optiques.. Ëufis
ces personnages s'assemblèrent an centre de la salle où ils s'étaient
d'abord montrés , et parurent s'y ranger en ordre.. Dès torches
noires forent suocessiTement allomées en grand nombre, et tonte
ia scène derint yisibleet distincte. Philipson put alors aperoeroir
»aa miliea de rappariement im de ces antek qu'on trouTe^neiqne-
. fois dans les chapelles souterraines. Mais il bat nous arrêter ici
nn moment ponr décrire en peu de mots non^seulement le spec-
tacle qu'offrait cette cour terrible, mais > sa nature et sa consti-
tution.
Derrière l'autel , qui semblait . être le . point central sur leqoel
^ tous.les yeux étaient fixés , étaient placés en lignes parallMesdeoi
' JoBncs tendus de drap ncnr*- €bacnn d'eux était ocqupépar nn cer-
'tain nombre de pers<mnes qui paraissaient r/emplic les fonctions
'^ juges; mais ceux qui étaient asûs sur le premier étaient en
moindre nomlnre , et en apparence d'un rang supérieur à ceux (fi
CQuyraient le banc le plus éloigné de l'autel. Les premiers sen-
<fclaient tous être des hommes de quelque importanœ^ des prêtres
revêtus de hautes dignités dans l'Eglise , des chevaliers; des
nobles , et malgré une apparence d'égalité qui paraissait régner
dans cette singnUère institution , leur o^Hnion et leur tèm\ff^
avaient nn poids plus considérable. On les appelait francs-che-
valiers , francs- comtes , ajoutant le mot franc à telle dignité qu'ils
pouvaient avoir. Les juges de la classe inférieure n'avaient qne le
titre de francs et dignes bourgeois ; car il est bon de remarquer
^e le FeAmé ^ , nom que poruit communément celte institution.
quoique son pouvoir consistât en un système d'espionnage iw
étendu y était ponrUnt regardé (unt on avait d'étranges idéesM^
la manière d'assurer la fprce des lois publiques) comme comerao
«n privilège an pays où il était reçu , et ce n'était jamais (p^^^
hommes de condition libre qui en éprouvaient l'influence» De ® ^
les serfs et les paysans ne pouvaient occuper une place P*""^
juges y assesseurs ou assistana; car il y. avait même dans
association quelque idée de faire juger l'accusé par ses P^^*^' j
Outre les dignitaires siégeant sur les deux bancs , ^ f^
rf «ît '•'■
I. L'itjmologiedtt root Wehmit qu'on proDonce VcHmit est incertaine ; niais *"", . -j,niirti«"|
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 285
nombre de personnes placées tout antonr sembkient garder les
diverses entrées qui condiisaiént dans cette sàUei ou resudeoit
derrière lés bancs sor lesquels leiurs sapéiieurs étaient rangée,,
prêts à exécuter leurs ordres. .Us étaient membres de l'ordre^
ç[iioiqiie«iioii du plus haut rang. Ou leur donnait en général le nom
de Sdueppen , ce qui signifie officiers ou huissiers de la cour. U^
prêtaient serment d'en mettre à exécution les jugemens, quoi
qu'on en pût dire f contre leurs plus proches parens et leurs meil»
leurs amis» comme s'il s'agissait de malfûteurs ordinaires.
Les Sckœppen, ou ScMni, comme on les appelait en latin,
avaient nn autre devoir à remplir ; c'était de dénoncer au tribunat
tout œrqm venait àleur eonnaissance » et qu'on pouvait regarder
comme me offense tcwibant sous leur juridiction , comme un crimes
contre le VeAme, comme ils le disaient. Ce devoir s'étendait
aux ji^ges aussi bien qu'aux assistans » et devait être rempli sançi
acception de personne ; le sorte que connaître et cacher volon^
tairement le crime d'une mère ou d'un frère , soumettait l'officier
infidèle aux mêmes peines que s'il eût commis lui-même le crime
qu'il avait dissimulé. Une telle institution ne pouvait subsister que
dans un teàtps où le cours ordinaire de ki justice était arrêté par la
main de la force , et o«i » poer fure subir au criaie la punition qui
lui était due , A fallait l'iàfluence etTautorité d'une telle confédé*
ralioii. Ce n'était qm da^s m pays exposé à tonte espèce dç tyran-
nies Séodales, et privé de tous les moyens ordinaires d'obtenir
justice et satis&etion , qpfwa pareil système avait pu s'établir et
se propager.
Il £aut maintenant que nous retoumioris au brave Anglais, qui ^
quoique ses&iant tout le danger qu'il courait devant nu tribunal ^i
formidable y conservait pourtant tout son aang*firoid et un air de
dignité. .
Le tribunal étant assemblé , une corde roulée en rond , et une
épée nus » signaux et emblèmes bien connus de l'autorité du f^ehmé^
furent déposées sur l'autel; l'épée , dont la lame était droite et h^
poignfe en croix , était regardée comme représentant le saint em-
blème de la rédemption des chrétiens , et la corde comme indiquaiit
le droit de juridiction criminelle et de punition capitale. Le pré-
sident de la cour, qui occupait la place du milieu sur le premier
banc , se leva ensuite , et plaçant la main sur ces symboles , pro-
nonça tout haut la formule qui exprimait les devoirs du tribunal i.
2S6 GHiOLIS LE TÉHÉHAIRE.
formalé qui tat ehMriie répétée d'une voix foorte ec ÎÊÈp9Uaaè
ptr «MM tes flutfM jugé» et même per les aensiaBe.
«^ Je jare, par la SaîâDe-Trinité , dKaiief et de eoopérer mqb
reltcfae en terne çtaew ooDcematit le aHiat Vihmé; d'en défendfe
les doctrines et les institittieM oomre père et mère , firère et scsar^
femme et enhus , centre le fea , l'eaa ^ ta terre et l'air \ eetitFS
tetlt ee^pie le ssleil éclairei toat ce que h rosée abrsin^ ^ ettoat
ce cpii a été créé dans le âel» saf la tenre , et sons lea eaax* Je
jure de dénoncer à ee sidM trièunal teat ee qne je samai ètie
vrai, ou que j'aurai appris .de téraesi» dignes de foi» €t qui»
d'après les réglemens dn saint Vehmi , mérke rementrate ou cU^
tiaaent; de ne oacher, ni eourrir» ni disÂmnler ce que je anm
akisi 9 m par amour, ni par amitié f m par afieetîen ée-CaanHey ni
pour or, ni pour argent, m pem* des pfervespcécienseB» denrpai
iînre société aTec ceux dent la sentence aéié prononcée par et tn*
bmal sacré ; de ne pas donner a entendre à nameonaé qu'il estai
péril; de ne pas lui conseiller de s'eofinr^ deiielnidontietmdj8i
atis pour s'écliapper^ ni des moyens d!y réussir ^ de n'aeeordo' ca
oatre à aacm prétenn ni feu, ni y^nensl, A» noorrkare, ni
alMÎ, quand même nmi père me demanderait no verre d'eta dsas
les plus grandes chaleurs de l'été , on que Bum frère me snppiersit ,
de lui donner une place au coin de mon fihs, pendant la naît h
plus frmde de rfairer* Je fa» en outre tosu et promecaed'bbfliiar
cette sainte associafion', et d'en exécuter les ordres atec pftup^
titttde, id^té et résolnâon, de pi^fireaKe à ceux te qoek|M
autre tribunal que ce soit. J'en prends à témoin Dieu et ans sakaf
Eyaqgilek
Après aroir prêafr ce serment officiel , le )>résideat s'adrnssaat i
l'assemblée commeà des gens qmf jageaicHt et q» punissaient sa^
crètement, demanda pourquoi cet enfant de la corde ^ était detam
eux lié et garotté. Un komme placé »i# le secM»! bans se leVa
aussitèt, et d'une voix que PUlipaon crut recoanaitrev qimiqn'eHe
fût cbangée et agitée, se déclara racousatem", comme so* ser*
ment Vj obligeait, de Penfiini delà oMie, en prisonnier, quîétait
devant evx.
-^ Amenez le prîsOMito, 4àt le ptësèdênt? qnfon hr s*rveiik
avec soin, comme c'est fsrAre de nos lois^sectèiea; mais qtfil ne
I. On apjpeUit strkk-kimd , c'eit-à-din enfant de U eorde, tonte perMMUw moBuim difiat cm tn-
bodituz rôlonieblcs.
ClOMUffi CA TÈÊÈBUaÊm. 2#
SMT^s tPiA^^aTèê mue sétérité qfti détovim' 8<m fltitàiftftm dk ce
(fui se passera dans ce tribunal, et ^ tfeiiqièdie'f euusiidfe eV^fit
répondre.
Six a^istaiiB' ôrtVetit anMiCte entvadit^ la D^ppitt qtti'MMVemfta!
le lie sur lequel émit PhiKpson , et s'arrêtèrent an pied de Fanvet.
Chaeim d^eûx tira ensaitte son poignard da fourrean. Ben^ d'entre
eoA démdliàreiit V» covdes émt le marchand' était lié, et tf fut
ayerti k ^oise basse qoe s'il faisait Itf meindre tentative pcmSr ré-
sister ou peor s'éehapper , «e serait un siçnal penr le poignarder.
-^Leve^^'VlMiSi lui dit le président; écoutez l'accusation qui tïi
être portée eoaitre vous, et crofez que vous tronteret en nous des
jugeÀ' «asti îfxs«es cpi'iaflnxibles.
Philipson^ évitant avec soin de &ire aucun geste qui pflt indt
qner h yoloncé dte s'échapper, se glissa au bout de son fit, et y
resta sitr son eéant ^ etk caie^n et en gitlet de dessous, comme il
s'était eovchéy wfM en' face le présidisnt de ce tribunal tei'rible ,
dont le visage^écair eaehé sens son câpuchen. M^ftme dans ces etr»
coastanee» eiErayantes, l'intréplie Anglais ne perdit paft^son calme,
ses pavpière» ne tressnIlireAt pas", et son^ eo^nr ne battft pas plus
vite, qMîqfrïi partit, «uhMt l'expression de l'Ecriture, être un
voyageur dam» la Vallée de F ombre de la mort , entonré de piège»
ncmbreift , et ploe^ èam une obscurité complète , quand Ik &!•
mièner aurait é^ n^cessaireà sa sûreté.
Le préfidént lui demanda quels étaient ses ndms, son p^y^, soH
oc^upatloii^
^ JelinlPUlip^etï, r0pdn«ft leprl^nntei*, An^ ife nuisance,
et nHMShMi de' pi^efeHriettF.
— rfavez-vons jamais^povté'd'aattt nom , et i^àM une antiHs ptù^
^ J'ai été iélMt, et, emnme beaucoup d'antres, jeportais afon^
un nom sous lequel j'étais connu à l'armée.
-M^eft était Ce nOttf ?
— Je l'ai quitté qaand j'ai renoncé anx anneïf; et je ne désire
plus dire iMkïta Sb«3 Ce nom : d'aHleurs je ne Fd jamais porté dans
auèia lie» od( Voiâ^insthutions sent en autorité .
— Savez-vous devant qui vous êtes ?
-»/ Je p«ls M moins le sôupçonnef .
-^QtiëÉùïtp^amife'î^'^Wsf DiteMotfs qui nous sonates et ponr-»
quoi vous êtes devant nous. •
288 GHAALES LE TÉMÉRAIRE.
— Je crois que je suis devant les Inconnus, ou le Tribunal Se-^
cret qu'on appelle Fi^W-C^ncA^. >
— En ce cas y tous savez que yons seriez plus en sûreté si tous
étiez suspendu par les cheveux au-dessus de Tabime 4e Schaff-
house y ou que vous eussiez la tête placée soùs une hache retenue
par un seul fil de soie. Qu'avez - vous fait pour mériter un tel destin?
—Que ceux qui m'y ont soumis répondent à cette question , ré»
pliqua Philipson avec le même sang^froid qu'auparavant.
— Parlez y accusateur , dit le président ; parlez aux quatfe coins
du ciel y aux oreilles des Francs«Jnges de ce tribunal et des fidèles
exécuteurs de leurs sentences ; et à la face de cet enfant de là
corde , qiii nie ou qui cache son crime , prouvez la vérité de votre
accusation.
— Très redoutable y répondit l'accusateur en s'adressant an pre>
sident, cet étranger, portant un faux nom^ est entré dans, le terri-
toire sacré qu'on appelle le Pays-Rouge, à l'abri d'une profession
qui n'est pas la sienne. Lorsqu'il était encore à Torient des Alpes,
lia parlé de ce saint tribunal, à plusieurs reprises, en termes de
haine et de mépris, et il a déclaré que, s'il était duc de Bourgogne,
il ne souffrirait pas qu'il s'étendit de Westphali® ou de Sonabe,
jusque dans ses domaines. J'accase en outre celui qui se trouve de-
vant vous comme enfapt de la corde , et qui nourrit de » mau-
vaises intentions contre ce saint tribunal, d'^^v^ir manifesté l'in-
tention de se rendre à la cour du duc de Bourgogne , et d'employer
le crédit qu'il se vante d'avoir auprès de lui, pour l'engager à dé-
fendre les assemblées du saint Vehmé dans ses Etat^, et à faire in-
fliger aux officiers et aux exécuteurs des sentences de cette cour ,
le châtiment dû aux voleurs et au:}L assassins.
— C'est une accusation grave , mon frère, dit le président quand
l'accusateur eut cessé de parler ; comment vous proposez-vous d'eu
donner la preuve?
— Conformément à la teneur des statuts secrets dont la lecture
n'c^st permise qu'aux Initiés.
— C'est bien ; mais je vous demande encore une fois quels
sont ces moyens de preuve. Yous parlez à des oreilles saintes et
mitiéea.
— Je prouverai mon accusation par Fàveu de l'accUsé lui-même,
et par mon propre serment sur les saints emblèmes du jugement
secret , c'est-à-dire sur le fer et la corde.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 28»
— La preuve offerte est légale ^ dit on des membres placés sur
le banc d'hoimeary et il importe à la sûreté du système que nous
ayons si solemiellemelit juré de maintenir / de ce système qai's'est
perpétué jascpi'à nous, après avoir été établi par le très chrétien
et très saint empereur des Romains, GharlemagnOy pour la con-
yersion dés Sarrasins , et pour le châtiment de ceux d'entre eox
qui retombaient dans les pratiques du paganisme, que de tels
crimes ne restent pas impunis. Charles, duc de Bourgogne, a déjà
rempli son armée d'étrangers, qu'il peut' aisément employer contré
cette sainte cour, et surtout d'Anglais, orgueilleux insulaires,
opiniâtrement attachés à leurs usages et haïssant ceax des autres
pays. Nous n'ignorons pas que le dàc a déjà encooragé l'opposi-
tion aux officiers de ce tribunal dans plusieurs parties de ses do-
maioes en Allemagne; et qi|'en conséquence on a vu qu'au lieu de
se soumettre à leur destin avec une résignation respectueuse , des
en&ns de la corde ont été assez hardis pour résister aux exécu*
tears des sentences du F'M»!^', et pour frapper > blesser, et même
taer ceux qui avaient reçu la mission de les mettre à mort. Il faut
chercher un terme à cet esprit de rébellion, et s'il est prouvé que
Taocosé sôit un de ces gens qui nourrissent et qui prêchent de
telles doctrines, que le fer et la corde fassent leur devoir à son
égard. Tel est mon avb.
Uq murmure général parut approuver ce que l'orateur venait
de dire ; car tous savaient fort bien que le pouvoir du tribunal dé-
pendait plutôt de l'opinion qu'on avait que ce isystème était pro-
fondément enraciné, que de l'estime et du respect que l'on conce-
vait pour une institution dont chacun sentait la sévérité. Il s'en-
suivait que ceux de ses mend>res qui jouissaient de l'importance
due au rang qu'ils occupaient dans le Vekmé^ voyaient la néces-
sité d'en maintenir la terreur, en donnant de temps en temps des
exemples de punition sévère, et nulle victime ne pouvait être sa*
crifiéeplus facilement qu'un voyageur étranger et inconnu. Toutes
ces idées se présentèrent en un instant à l'esprit de Philipson \
mais elles ne l'empêchèrent pas de répondre avec fermeté à l'ac-
cusation.
— Messieurs, dit^l, bons citoyens, bourgeois, ou quel que
soit le nom que vous désiriez qu'on vous donne, sachez que je me
suis déjà trouvé en aussi grand péril qu'aujourd'hui , et que je
n'ai jamais tourné le dos pour l'éviter. Ces cordes et ces glaives
19
i9» CHA&lK9!£BTEIIlRAIHBi:'
iiQ peayeiit dfcayier ceiui. qi|i eiit TOil^tattteo&'dèsi^liéMpfiiiis-et
dos lances. Ma r^as&À racoqsttîoïkfisl^qAe je simAjoglaifi^ né.
an luiliea d'uae.oatiou'acQQiUni«ué«^àjnQ«diilB eià vecsvoir une^jos*
tice impartiale à la clàrléda jqprf; eep<»ldyiPt je^suis Toyagwr, et
jejsais qii*ua voyageur a'a pii» lefdiHÛt dis tiOQ¥«c à.raUirea«xloia
et aux jcomamesdes anU:e%payiparcerqtt'^le8iie jresMtiiblêntpAS
à celles da sien. Mais cette observaU^iB n'^si aj^licable que dans
le^pays où le sysièmedesf loi» doiil; on^ parle est eq pleine>r{oinoeet
eu, exécution, Si< non» pi^rlAi^ides:iQ«ii|«|ioiis d'Allemagne en
France on en Espiagoe» nop^poif^ons*^. saas offeasee I0 paysou
el|e^.$ant étabUes». noufi peiapei^Q^^ de les-diMutor) onameles
écpliers.disaatent une thèse de l<>(Mpe dans ane^ universît^. On
m'accuse d'avoir critiqua» à Turin ous aiUamrs i dan& le « ncnd de
ril^lie, le trilmnaLqui. VA méjuger» JentiiiÎQrai|>aaq«aje<M»ine>
rappellci quelque chose- de< œ genre ; mais tcefni. pai^ aniteid'ime
qu9Stiou à lAq^elle ie fus en que^qn^mne forcé de répondne , par
depiK con^ives^ qui étaient à «ahle ai^p^mM X je foi longriemps el
vi^emeiit so]iUciKé.4'éMi)<vf]^ipQnr^ipi0tifi6ii«aq(i; d^la donnai».
'-^ Et ic^t^ QPV^ ,^d9miiida.le^préaîd«p|'4 é|s»lr;ette jbvMtUe
oa4é£àvcr«bl^ W^W^ et^^eopreu V^ekm^Gemhiit^ Qne.k v^riié
soi^te de va^^ howthe^ somvenez«^|ii«s{fu^ilame;aM <»an^
jugement éternel.
T^ Je, n^ von^nùs pa^r^c^MiUHr.mafvifirpiir.w mmiMSge^
* opinion f ut d^faiv^reblâ^» etJei|i'expnmf»iiineivqii'iliAiii%i:«-^^À^^^
cuoeslo^» auçupea pp^dHrm}i;tdMWil^.M
et louabliBS qpan^ eUi^^^ewilsl^Uilt.fl^^V^fKWt.qi^
d'qne]^s8pddt¥Vi aecvèjbQ^, J'aj^Ui^quetUja^litf^iie^poiiFaitâLi»
justice cpk'en. plein ai^» s^q^ ,.lorsiqi)i?^Ue eeia^Ml'âtire pubti^ee^»
elle dégénérait en.hain<( et ^nive^g^a^e^. 49-d»». qutWiiSjrstèBio
dont, vos propres jucisconsultoi ctiit dit «
, Non looer à geaero, non hospes ab hospite tatos *■ ,
était trop>eontraire aux lois de. b nature pour se rattacher à caUes
de la religion et les prendre p^iur règle.
A peine ces mots étaient prononcés, qu'on entendit s'élever de&
baucs des juges un murmure de mauvais iiugnre pour le prisonnier :
— IL blasphème contre le saint Vehm4l Que • sa bouche soit fer-
mât; pour toujpur(|j
X. Le iMM^fèm 4»U> jtontirt j^qpt'à «on fendra ^ rhéM ««oo hAto.
-^ ÉhckMMAoi , nantit î'Anglair ; écotitet-md coitaÈÈt r^ns ié*
sMmr^MMikélliéS'tm j<nir ètw écoutés. Je cUs'qaë tëls^UdëAf
lÊfÈi wéâtàimiDê'y et'tpLéje lestai éiq^tittfés ainsi. Je dhr aussi que'
yirtrâ le'drdiVd'ëxpirîiiierlkioA opitiioiiy juste on erronée , dain»'
nb'IMrfS'iietttre'^ oùce tri))nnai n'ayafi et né pouvait rédamei*'
ancmle jôridiction. Mes sentimens sont*eneoti6 les mêmes*; et Je'
IéS'a:foimMs qtatBà^ mênté'ià pointe de 'cette épée serait diUgée
oitetrrmeil sein et qae cette edirde me serait passée antoar Sn conV
IMâs^qiiej'itie jamais parléxontreVinstitation da Jf^eRméûkns nû
pkfÉ o& iteèt établi' comnie nn^lorUede jastioe nationale; c'est'
Gèqùè \e nie fômiellbinéntf. Je nie encore plnsf fonneUément , sll
eA-pdsrilflè , TàUflltti^ë cilIbtnil^qniineTépï^Seï^ moi ; Tbyagënr '
étranger; comme* étent' cftar^é d^Her discotér' aVed lé dnc de"
Brar^Ognede^ afliilrês Bi4m][><tt1aiites'y ott Jdë fblttfer niie conspi-
raiioirponrla déstir^<ftiôn d'im systëmé^ aùqtttertant de pétsotittéi^
paraissent fermement attachéei : jànids 'je loM dit uiiè pkfëiUë'
chose \ cejftto^ ai'niéttie jsfniair songëv
^'AfeetfMttimr;' dit^ le'jngév tous wëttiktéùiéVktctLsét que
--il â\lironé, et'pfê^&iïëe *dh M hàftt tHbihiUr , là^ ptéiSkré^
pttnfe-deinteeitsatiôn^ il'^StflcoilVéïia'qnëàaliili^ëlibpiëkiâaîi^^
gllëm«DttM<yiAnfé'nos^i$ahit»']iiystètes'^ cHibe'j^oâr lé^dèlil niâtfté^
qft'on loi aMiClie c«cté iatl^ë'dfeia gàtgfii* ^ant an sdrplns'fU^^
l'àùéiteâtiittis c'êStltidire lé'cbëf qtti l'àc<:frsë"d4itr(fii< tranië dëé^'
€omt)ldM pomr I4c6éantiBSî^6ttt dé lliistitbtfiô^^dti 1^1^%^; jè"
pfonveSrai» pat mtfnisehnièitït^ffldël'ysUvlnn'ndS'nsl^
lois; qn'il contikntTéfitéiiasttibienqtte ce qtmVapi!s^ènip0cliét'«
d^aVbner^M-méttie:
— En lonne justice, dltrAn^ais, qnattd nnb àccttsatidiin^e^*
pas a^pùytSe strr dés pteaves satiàCaLisantés'y le seMèfnt devrait
être déféré à l'accusé > au lien de permettre à Faccnsateur de s*èii'
servir cônime ôfvni moye<l*p6nr coihrrîr' ce qrfîl Y ^àe défectueux
dans son accnsation.
— Etranger y répliqoa'iç président', nbds'avôns permis à toù'
ignorance de faire une défense plus longue et'pMs ample que ne
l'admettent nos formes ordinaires. Apprends que le di^it de siégèfi^
parmi ces juges yénérables confère à celui qui en jouit un carac-
tère ^eré, aii^l'les^iicminKS' ordinSsres ne pevrent prétendre.
Le serment d'uu^btttié doit l'empoflw sur le serment le plus s(h
^9^
292 CHARLES LE TÉMERikJRE.
lennel dç quiconque ne connaît pas noà saints secrets. Tout doit
être veh^ique iemslsi cour VehvU^ : la déclaration de l'Empe-
reur 9 n'étant pas Initié , aurait moins de poids dans nos conseils
que celle du dernier de ses officiers. Le serment de l'accusateur
ne peut être rejeté que d'après le serment d'un membre du même
tribunal , de rang supérieur.
— En ce cas , dit l'Anglais a^ec un accent solennel , que Dieu
m'accorde sa gtâce, car je n'ai de ressource que dans le ciel. Ce-
pendant je ne succomberai pas sans un dernier effort : je t'invoque
toi-même./ esprit ténébreux qui présides cette assemblée redou;
table ; je te somme de déclarer sur ta foi et ton honneur, si tu me
crois coupable de ce qu'affirme audacieusement cet infanie calom-
niateur ; je f en somme par ton caractère sacré » par ton nom de...
— Sileuce ! s'écria le président. Le nom sous lequel nous sommes
connus en plein air ne doit pas se prononcer dans la salle souter-
raine où nous rendons nos jugem^s.
S'adressant alors au prisonnier et à rassemblée , il ajouta :
— Etant appelé en témoignage , je déclare que l'accusation in-
tentée contre toi est vraie , comme tu l'as reconnu toi-même , en
ce qu'elle porte que , dans d'autres contrées que le Pays-Rouge ^»
tu as parlé indiscrètement de cette sainte cour de justice ; mais je
crois sur mon ame, et je rends témoignage sur mon bouneur, que
le surplus de. l'accusation est faux et incroyable» et j'en fais ser-
noient la main étendue sur la corde et l'épée» Mes frères , quel juge-
ment prononcez-vous sur l'affaire que nous v^aons d'instruire?
Un des juges assis sur le premier banc , et par conséquent de la
première classe , ayant, comme tous les autres, le visage couvert
d'un capuchon, mais que le son de sa voix et sa taille voûtée an-
nonçaient comme plus âgé que les deux autres qui avaient déjà
parlé, se leva avec quelque difficulté, et dit d'une voix trem-
blante :
— L'en£ant de la corde qui est devant nous a été couvain eu, d'a-
voir été coupable de folie et de témérité en parlant en termes in-
jurieux de notre sainte institution ; mais ses paroles s'adressaient
à des oreilles qui n'avaient jamais entendu nos lois sacrées. D'une
autre part , il a été déclaré , par un témoignage irréfragable, in-
I. Lci partiet de l'Allemagne soumises à la juridiction du tribunal secret s'appelaient le Pays-
Bouge , soit à cause du sang ^e ce tribunal j faianit té^pAn, soit pour quelque autre raison. L«
Wcstphalie, comprise dans. les limites qu'elle àyait dans le moyen-âge. et qui s'éleDdaient beau*
coup plus loin qu'APjooxd'Irai, éuit le principal théâtre des «des du F§km4*
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 293
nocent d'avoir tramé des complots impnissans pour saper notre
pouvoir et exciter les princes contre notre sainte association,
crime ponr leqael tamort serait un châtiment trop léger. Il a donc
été conpablede folie, mais il n'a pas commis de crime; e^ comme
les saintes lois du Vehmé ne connaissent d'antre punition que la
mort , je propose qae cet enfant de la corde soit renda à la société
et an monde snpérienr, sans qu'il lui soit fait aucune injure,
après qu'il aura été dament admonesté pour ses erreurs.
— Enfant de la corde, dit le président, tu viens d'entendre la
sentence qui t'acquitte ; mais si tu désires être placé un jour dans
une tombe qui ne soit paà ensanglantée, profite de l'avis que je
vais te donner. Regarde tout ce qui s'est passé cette nuit comme
un secret qui né doit être communiqué ni à père , ni à mère , ni à
épouse , ni à fils ou fille; qui ne doit être révélé ni à voix haute ni
à Yoix basse ; qu'on . ne doit divulguer ni par paroles , ni par
écrits^ ni par peinture, ni par sculpture, ni par quelque autre
moyen que ce puisse être , soit directement, soit eh employant
des emblèmes et des paraboles. Obéis à cet ordre , et ta vie est en
sûreté. Que ton cœur se livre donc à la joie, mais que ce soit avee
tremblement. Que ta vanité ne te fasse jamais croire que t^ es
hors de l'atteinte des juges et des serviteurs du saint Vehmé. Quand
tu serais à mille lieues du Pays-Rouge, quand tu parlerais dans
une contrée où notre pouvoir serait inconnu , quand tu te croirais
en sûreté dans ton île natale , et défendu par l'Océan qui l'en-
tonre, je t'avertis de faire le signe de la croix chaque fois que tu
penseras seulement à ce saint et invisible tribunal , et à renïermer
tontes tes pensées dans ton sein ; car le vengeur pourrait être à
coté de toi, et tu périrais dans ta folle présomption. Retire-toi ,
sois prudent , et que la crainte du saint Vehmé soil toujours devant
tes yeux.
A ces mots , tontes les lumières s'éteignirent ei^ même temps
avec un bruit semblable à un sifflement. Philipson se sentit de
nouveau entre les mains des officiers du Vehmé y auxquels il n'op-
posa aucune résistance. Ils le replacèrent doucement sur son lit,
qu'ils traînèrent dé nouveau jusqu'à l'endroit où il était descendu :
il entendit alors le bruit des cordes et des poulies , et sentit qu'il
montait avec son lit. Au bout de quelques instans, un léger choc
Tayertit qu'il se trouvait de niveau avec le plancher de la chambre
dans laquelle Mengs l'avait conduit le soir précédent, ou pour
.^DoiçuXvdire 9 dftus leapiremières heures deicett^ofiviiige. ft n^cUt
«ar^tout ce qui yeivait de a^ passer» et rendit w.eidJe3.aciyioiis4e
grâces qu'il loi déçoit pont l'aToir Uçé d^iiasiigrand.dai^gisr^ I^
.fà^^e l'emporta enfia &nr son ag^iation , et iliiomba.4apsim pn)-
>^d ^QDAl^éjll , dqpt.iiQpsle Jliwiacopa jo^jirypQiir r^Kovmir appm
)4Q;«(mÂls.
CHAPITRE XXI.
Bb bi^ , n'j ptosona pMis : ^at ik U SfgeiM
^Qai erca l'anÎTvrs : saint, enchanteresse ,
O natnrei d.qaafn^tt^n^ifefte^^ Vmas
Où s'avance le Rhin , 4on fils majestueux 1
.9e ta XéoQSçUté coiabifl».on i^it fl« i9*S«»I
C'est lÀ qoe , varié par mille et mille imagaSf
S'bfire.aiix fifprd» d'Harold via ip^atacleilifia;^
Le feoilûfe, le fralt, le rocher» le aaTin ,
•Le pampre qui vtidlHtsaF «ses haate» collinei,
.Et les yieax châteaux forts, imposantes ruioM
^ùk brillaient autrdfois lei ^rmès des barons,
]^nt. le^ÎMf* etU u^op/sM qnt ç^é )es k^HOf^
Loan Bsaov. QMd^z^knU*
Lorsque Arthur Philipson eat gpîHé jqa .pqnc poipr>m(9iter dans
ja barque qui Jb condi^rait de l'autre ç^té duÀhiu^ jUl^ne pxitq(|iie
jpeu de précautions pour, pouvoir f(^urnir à ses prppres b^ows
Tîendant une sépsoration doint.il calculait ,qu^ la diuçéçp^ serait pfis
Jbien Ipngue. Un peude linge ^t-qnelques pièces d'jp>r fweiM^atGe
qu'il crut nécessaire d'emporter ayec Ipi, et jliai.s^le reste dus
bagages et de l'argent avec lemulet, &tupp.o^nt.q^e son p^re^
^aurait besoin pour soutenir son rôle de jnarcb^d ai^gïais* I^
barque de pécheur à bord de laquelle il se trouvait avec so^^cbeTil
et sa petite valise , dressa spii ipât sur-l^b94fip i éteni^t sa voilei
rattacha à la vergue^ et> sout^uecoçtre )a lâf^^ee .du xoawt
par la force du vent, txaversa leflfguve en li^e (ob^qœ^ ^ diP'
géant versKirch-Hof^ ^ui^ comme pous l'avojos d^<diV> ^§tsitaé
nn peu plus bas que la chapelle de^ftnjs., I^a it^rav^ejo^ {^tsi b-
;vorable> que la Jbarque toucha l'autre, riye a^.hQut de^q«elqa0S
minutes^ et, avant de la quitter, Ar^^rJ dPi^tJes yeux. et les pea*
sées se portaient vers la rive gauche, vit ^^pèr^.sprtûr.deja cbft"
^Uedu Bac, aççom|i^néde ^^ux h9l?Wes ÀiAievfil.| gU^iUpP"
tnuiaiBs le Tj^iumE. 'S95
^(BB'êlre le gmde Banhëlemi et quelque voyageur que le hasard
loi a^f«it ftdryettooiiiM*. des dèmx individus îtaieut le prêtre de
Samt4^Ql<ei'«B«^Dyîee9 «oitxuie'n lectietirs en dot été informés,
n ne put s'empêcher de penser que cette augmentation de com-
pagnie 4e^fiât ^ajoutet^ à- làiirfkrëtédeamipère, car il n'était ^ms
probable qnei%iKpsen eût soèfferi qu'on lui dornifitmaigré luinn
tcemuMigPon'èe ^éyagr ; *et s^rfavait choisi lui-même, «t que celilt
>«n tri^tre y^sat présence- ^pouvait ^êfre uno prMeethtti contreHn.
DIUD04OHS les^eas , fl arralt I serfouir d'avoir vu -^n père partir
'M «k»eté d'^m^enfrèitètf^a "avaient Heti'detS'aiildre que qutHqM
Ranger Ml'Éttittifllt.ll^résbhA donc 'de hé pas &'a(irtêter à^nrch-
Hoff, ^ de eoiniiMér^ pilssêtn^'son voyage dans'% direetion'de
Strasboorg , jmqu'à ce que robscuï^t^ PoMilgdit à ^'arrêter dans
^elqv'ini des 'i9Ïnr/7^on v3hges situés i»ur la: rive droite dntlhtn.
Avec r«pd»itrtle'la jemielse, qui sefiatie toa)Otrrs /il-espéràitire-
joindre son père, 'et y aTll ne' pouvait tout-à-frit écarter les inquié-
tudes q«e lui ea«ait leur séparation, il nourrissait'du moins Pes-
feirâe le retrouver -en sftreté. Après^ avoir pris quehjnes rafirà!-
<hiDsbména,* et domié^à son cheval quelques iifttans pour se reposer,
9 se retorit'en'fnarelie; et continua, sanë perdre de temps, à surm»
-h rchitecvientaie du grand fleuve.
^Béltth alors du c6té le phisintéliessatft du Rhin, bordent tsn
«qaelqfie se^rte muré ^tt ciette rive par les rochers les plus pitto-
'fesques/tanlèt tapissés d'mte végétation qui offrait les couleurs
^rldtes et variées de l'automne, tantôt couronnés de forteresses
sur les poites desqudtes flottait fièrement la banilièré barbnmate.
AÎBeurs, on voyait des hameaux ou la richesse du sol fournissait
afa 'pauvre cultivateur les %ilimens «dont le bras opjnressenr de son
tynm menaçait 'de le priver entièrement. Chaque tuisseau x}Ui
rporte «es-^eaux au-Rhin serpente dans la vallée dont il^reçoit les
tributs l' et chacune'de ces vaVées a un taractère varié qui lui est
"prepre; les nues sont enrichies de pâturages, de champs de blé et
de vignobles ; d^autres sont hérissées de'rbchers, oHrentdes préci-
pices, et présentent d'antres beautés pittoresques.
Les principes du goût n'avaient pas^encore été alors eiplit^és
-et analysés comme ils l'oirt ^é depuis ^ans des entrées où Ton a
lea le loisir de'se livrer à cette éttrde.^Mais le sentiment tjne -fait
naître la vue d'un paysage aussi riche que celui de la Vallée du
' Rhiu; doit avwîéié ImaAiÊib »dttas 4o«s lea^ceeufs ^^^depûis^'le temps
296 CHARLES LE TÉMÉRAIfiE.
où notf e jeune Anglais la traversait en voyageur solitaire , josqu'à
. celui où Childe-Harold ^ indigné dit un superbe adieu à sa terre
natale, pour chercher en vain une contrée où son cœur pût battre
plus tranquillement.
Arthur jouit de cette scène , quoique le jour qui commençait à
baisser lui rappelât que, voyageant seul et chargé d'un dépôt pré-
cieux, la prudence exigeait qu'il cherchât quelque endroit pour y
passer la nuit. Gomme il formait la résolution de prendre des in-
- formations à la première habitatiou qil'il rencontrerait sur la route
qu'il suivait, il descendit dans un superbe amphithéâtre oouvert
de grands aibres, dont l'ombre protégeait cçntre .les chaleurs de
. Tété rherbe tendre d'un beau pâturage. Une grande rivière y cou-
lait, tributaire du Rhin. A un mille de là, en remontant vers sa
source , ses eaux décrivaient un demi-cercle autour d'une hauteur
escarpée ^ couronnée de murs flanqués de tours et de toorellès go-
thiques qui formaient la défense d'un château féodal du premier
ordre. Une partie de la savane dont nous venons de parler avait
été irrégulièremeut ensemencée en blé^ qui avait produit une
moisson abondante. La récolte .en était faite et rentrée, mais le
chaume jaune qui restait sur la terre faisait contraste avec la belle
verdure du pâturage et avec les feuilles à demi desséchées et rou-
geâtres des grands chênes qui étendaient leurs bras en dessus. Un
jeune homme ^^ vêtu en paysan, et aidé d'un épagneul bien dressé ,
cherchait à prendre au ûlet une compagnie de perdreaux ; et une
jeune fille , qui avait l'air d'être au service de quelque famille dis-
tinguée plutôt qu'une simple villageoise , assise sur le tronc d'an
arbre tombé de vi^llesse , s'amusait à regarder cette chasse. L'épa-
^neul , dont le devoir était de pousser les perdrix sous le filet, fat
.évidemment distrait par l'approche du voyageur; sou attention se
.^partagea, et il était sur le point d'oublier le rôle qu'il avait à jouer»
et de faire prendre le vol aux perdreaux Bn aboyant, quand la
jeune, fille se leva, s'avança vers Philipson, et le pria avec poli-
tesse de vouloir bien passer un peu plus loin , pour ne pas nuire à
leur amusement.
Le voyageur y consentit sans hésiter.
— Je m'éloignerai, à telle distance qu'il vous plaira, belle de-
moiselle, lui dit-il; maia {>ermettie2-moi de vous demander ,
I. Cette «lloftioD à lo^d Byron ettici amenée par.répignphe au chapitre.
CHARLES LE TâklËHAIRE. 297
en retoar , s'il y a dans Içs environs nn coaVent , an château , mie
ferme, où un voyàgenr Catigué et qui s'est attardé paisse recevoir
l'hospitalité poor une hait. ^
La jeune fille, dont il n'avait pas encore distincteilieiit vu lés
traits y sembla contenir une envie de rire. — Croyez-vous qu'il n'y
ait pas dans ce château, li^i répondit-elle en lui montrant les tours
dont nous venons de parler, quelque coin où l'on puisse mettre à
l'abri un voyageur réduit à cette extrémité ?
— L'espace n'y manque certainement pas, dit Arthur; mais il
reste k savoir si la bonne volonté s'y jcnnt.
— Gomme je suis moi-même une partie formidable de la garm-
son , reprit la jeune fille , je me rends responsable de Taccueil que
YODS y recevrez. Mais comme vpus me parlez en termes hostiles »
Jes nsages de la guerre veulent que je baisse ma visière* *
A ces mots, elle se couvrit le visage d'un de ces masques que
les femmes portaient souvent à cette époque lorsqu'elles allaient
en voyage, soit peur protéger leur teint, soit pour se mettre à
l'abri des regards trop curieux. Mais avant qu'elle eût pu termi-
ner cette opération, Arthur avait reconnu les traits enjoués d'Aii-
netteVeilchem, jeune fille qui, quoique simple servante d'Anne
dcGeierstèin, jouissait d'une grande estime dans la maison du
Lahdamman. tiardie, n'ayant aucun égard pour les distinctions de
rang , que connaissaient peu les simples montagnards suisses , elle
était toujours prête à rire et à plaisanter avec les jeunes gens de la
famille d'Arnold Biederman. Personne n'y trouvait à redire, car
les mœurs du pays n'établissaient guère d'autre différence entre la
maîtresse et la suivante, si ce n'est que la maîtresse était une
jeune personne qui avait besoin d'être servie , et que la suivante en
était une autre qui était en position de servir. Ce genre de fami-
liarité aurait pu être dangereux dans d'autres pays, mais la sim-
plicité des mœurs de la Suisse , et le caractère particulier d'An-
n^tte , qui était résolue et sensée , quoique ses manières fassent
libres et hardies, en Içs comparant à celles des contrées {dus civi-
lisées, faisaient que tous les rapporta qui existaient entre elle et
les jeunes gens ^e la famille se maintenaient toujours dans les
limites de l'innocence et de l'honneur.
Arthur lui-même avait faut beaucoup d'attention à Annette;
<sar, d'après les sentimens qu'il éprouvait peur la niaîtresse , il
était naturel qu'il désirât gagner les bonnes grâces de h suivante.
rM8 €3UkB££S LE TBMÉRàUŒ.
X^s MMÙanB-A^nn b^a jeune homme ne pouvaient; goène usn-
rgner d'y réussir » jaintes sfirtoat4 lagénéfeoitéa^eciaqaelle^il
lui fit quelques petits préseus d'objetaidb pamve et4e 'toilecte,
^4n'JjiB«t(ef*qiM»ifae. fidèle à «a auikmsâe^ s^ot pus île eœur de
. jrefiiser.
. UaMUEfuce^qu'il é^t dans le i^ÎMge' AJlafeie»4eGei€iUteiB ,
«t^'iJrattadirprebflUeiiMlntpaflserla màt^mimlemêtoi&i^iXfèplé^,
ce qu'indiquaient la présonceet ies-diseoBre d^ionetiie yÉFtttnva*
l)erïe.sa«|g|»Ui6 mpidemtniféansl^si^einBsidMivâiurv^BqNiis qu'il
avait trayersé le Rhiny.iLa'étaâtjqnelquetiMdivré àl^eqpeir lie re-
voir cdloiquiiufait blMBa-si'fvolonâetiiiifreaMon tnpeoii' imagi-
«Aatiou.; nmif^tsw jugement iiiî aiait r^pnésemé^eu' mémo teiqis
oomhjwa la iObanee de la nroeMrtren létait légère^ et, urtme en €e
moment il-^élait glaeéiper ^la réflexioa'tfBevoaMenteervtie uwtc éBe
«aérait Béeessa^Msnt suiiâe d^ueei laéparataen eondaine et éter-
iBelleéHeMaipeuitMit^ l'alttttt îliirf»bHtriqa^il'ee. promei^,
«ws 4iif|>.elurâher.àrdétanainer q«tile»éevnmnt«a être les'ci»-
..sAfoenees^ fa divée* En-^Atendant^idérirant aftpreadre dMs
.qaelle^ntualjiea Anne aeftneiniQdt ^alovs »- «nttaait iqu'Ànnette jogs-
«nuità jpnspeade l'en îuatruiiie^ il résoluiiès ne fws faire voir à cette
jeune 4Ue enjouée qu'il .Fayflitreeonuue, aifmtipi'il luiplAtàelie-
^némed'éeimeFd'eUe touteappaimeœde mystèëe.
Tandis cpie ees^pensées strpréseulaieatvajBitemBnt à «soniungi-
aatiouy ÀMiette ^t le jeune homme fiûne tomber eonfitet, 6t kd
«dît defcboîsir Jes deux plus fceati:££peiidmux9 de les/porteràla
;0insine />et de xisndre la liberté aiuxtautres.
-^-^ill ïauc^qoe je foucnisse le «souper y ditHsHetaa' -fieyagenr,
qvniafuft J'ftmène an Jogîs cttmpagiiiet uastevdue*
dbrthmlttidit-qu^âeepéiraât que i'haspitâMté qi^ilsveevrmtlB
«dhÂteau^ne causerait auena «mbanrus<à<ueux'iqui llbabitaieaty et
^rik^ltti t!épeDditd'«Be manière assessalAfidsaiitefioiAncidmer %m
MS'SornpiIefr n ce sujet.
*-^i|ee«t]iiîsrbîen l&oiié^drf éner«iem(Doieis dnrnMmBu^'iiotreiQDii'
t^resee > ajoata? le voyageur.
— Ydyeaeela! s^éona Jbmette YéikisÉnii; je nfai^pnrlé niée
maître ni de maîtresse., et «e pauvre^ -voyageur égaré iBUnâgte
dn^à qaXl taâttpe^neçofdans InbêtedRiiÉ dte» daniBed
--'GasImentldît'ArUMr luirpeD eoBins<4e^sotuiniiieBàlieidls-
«Mirtie nf Me»vous paaiéîtîqne veuaélieaitt|isfS«Mleid0«ecMfc
CHARIiESvLE TEMÉRimE. S99
importance dans ce châteaa? J'ai pensé qu'on» demoi^lle ne pou*
Tait commander en second qae^ons un gonyerneor de Aon sexe*
— -e Je ne vois pas que nette cond^iop aôît jnate : j'ai Ta des
dames remplir des fonctions impo];Untes dansdeigrandes tfmvUWy
et,coiiTemer même le gonvernenr-
— Bois^je comprendrez belle demoiseUe^rCpie tous openpezuie
^çe.^ éleTée.dans! le. obâtean dont.noiia jyprodwing» «l»do»tje
Tom dprie.de mf^ppriQodxtile nom?
— Ce château se Mmme Aniheim.
•r- S fout qne tqus ayez une gamiiy>n très nombronae, isi to98
jpoiEfieziCOUTTir de soldats tontes ces tonrs et tontes^es^murattlet*
— Jefdois avouer que nons sommes en défaut sur ce point. On
, poivrait dire qiL'Auiieu d'habiter œ chfiteau^^nons nons y oachon»
9ce4noment : mais il est t^uffisaniment d^fendy par les bffiiits.4f|tt
effraiei^ticeiixqni.poirrai^kt ytronbler.notre jrntraite.
*^ £t jsependaut vous osez y demeurer ? dit ^mbur se rappe-
isat 4ce, gne Rodolphe Doonerlmgel hii «avait dit des barons XAim,"
hein^, et de la cal^trpphe.qiii avait éteiut 4^te AmiUe dans la
ifjBte mascaline»
•^Pent-^tre connaiasoQs-noQs.trop bien la^canse^deices csaînti s
pour 4en »recevoii: nons -«mêmes une ipi;te impressiop; .peut*âtfe
avons-nous des jDoyens, particuliers pour pouvoir hiraver ce qui.
inspire de la terreur aux autres; peut-être n'avons-nous pas le
..çhoîx.dîun meilleur asile, et ce n'est pas la copjectnre la moins
vraisemblable. Vous paraissez être dans la même situation en ee
moment» Monsieur, .car le scAeil retire peu. a peu ses rayonsân
sammet.des .moiitagnes qu'on aperçoit dans le loint%iny et'Si vous
ne prenez pas un abri à Ambeim» que vous en soyez satislsôt- on
jaoD, veos.auicez eucoroplusieurs milles, à &iie avant de trouver
an logement sûr.
JEn pariant ainsi, ^equHta Arthur » etpcit aveolejiaone homme
qui l'^ccoi^pagnait. un sentier très «escarpé , mais beaucoup plus
court 9 jquimontaît au- château ^ droite Ugne^ faisant signe en
laème temps au jeone Anglais de suivre on autre chemin qui con*
.duisait a« même but, maisçutiumaot , et par une montée bean*
coup plus douce.
n aroya bienlôt devant lalsçade^m^idionale ducbâtean d'Am*
bfdni^qni^t un bâtiment bisaucoup plus considérable qu'A, ne
l'^nail; sfy[^iosé> dtaprès la rd^scription^qiie Rodo][phe jUii en «vaît
300 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
t '^
faîte , et d'après là vue qu'il en a'vaît eue à quelque distance. Ce
châteaà avait été coYistruit à différentes époques, et'une grande
partie de cet édifice était moins dans le goût gothique que dans ce
qa'on a appelé le style maaresi^ue, genre d'ai'chitecture qui an-
nonce une ipiagination plus fleurie que celui qu'on adopte ordi-
nairement dans le nord , et enrichi de minarets , de coupoles
et d'antres omemens qu'on remarque dans les édifices orientaux.
Ce château singulier avait en général un air de solitude et de tris-
tesse; mais Rodolphe avait été mal informé lorsqu'il dit qu'il était
en nânes; au contraire, il avait été soigneusement entretenu , et
quand il était tonibé entre ses mains, l'Empereur, quoiqu'il n'y
eût point placé de garnison , avait eu soin de réparer le bâtiment.
Les bruits qui couraient dans le pays faisaient que personne ne se
souciait dépasser la nuit dans l'enceinte de ces mursredoatés;
mais le château était régulièrement visité de temps en temps par
quelqu'un qui avait une commission à cet effet de la chancellerie
in^riale. La jouissance du domaine qui entourait le château était
une excellente indemnité des àoins dont cet officier était chargé,
et il prenait bien garde de ne pas s'exposer à la perdre en négli-
geant ses devoirs. Les fonctions de cet officier avaient cessé de-
puis peu, et il paraissait que la jeune baronne d'Arnheim avait
alors trouvé un refuge dans les tours désertes de ses ancêtres.
Annettè ne laissa pas au jeune voyageur le temps d'examiner
-en détail l'extérieur du château, et de chercher à s'expliquer ce
que signifiaient des emblèmes et des devises qui avaient un carac-
tère oriental. Ces symboles, placés sur diverses parties des mnrs
du, bâtiment, semblaient exprimer de diverses manières, plus
ou nioins directement, l'attachement que ceux qui l'avaient fait cons-
truire avaient eu pour les sciences de l'Orient. Arthur n'avait en
que le temps de jeter un coup d'œil général sur cet édifice, quand
la voix d' Annette l'appela à un angle du bâtiment , où une longue
planche était jetée sur un fossé sans eau, et offrait un moyen
d'entrer par une fenêtre à laquelle était alors la jeune suivante.
-^ Vous avez déjà oublié les leçons que vous avez reçues en
'Suisse, dit-elle en voyant Arthur passer avec une sorte de timidité
sur ce pont provisoire et peu sûr.
La réflexion qu'Anne de Geiêrstein pouvait faire la même ob-
servation rendit au jeune voyageur le sang-froid dont il avait be-
soin. Il passa sur la planche avec le même calme qu'il avait montré
GHAflLES LE TÉMÉRAIRE, SOt
eabravant le pont bien plus daogereiu;: qui cpndoisait.aox raines
da châteaa de Geierstein. Dès qu'il fut entré par la fenêtre, Annette
Sta son masque y et lui dit qu'il était le bieuTenu en Allemagne ,
chez d'anciens amis qui portaient de nouveaux noms.
— Anne de Geierstein n'eusts plus, ajouta-teUe, maïs tous
Terrez tout à l'heure la baronne d'Amheim, qui lui ressemble on
ne peut davantage ; et moi, qui étais en Suisse Annette Veilchem,.
an service d'une jeune persane qu'on ne regardait pas comme étant
beaucoup au-dessus de moi , je suis devenue femme de cJxauibredcv
la baronne, et je tiens. à une distance convenable quiconque.. est
de moindre qualité.
— En dételles circonstances I ditPbilipson, si vous. jouissez^dii.
crédit qui est dû à votre rang , peiqnettez«moi de vous prier de dire
à la baronne, puisque nous devons maintenant lui donner ceimm,
que si je me présente ainsi devant elle , c'est pigrce que j'ignorais
qu'elle habitât ce château.
— Laissez, laissez 1. répondit Annette en riant; je sais n)ieiM(.^
qaevon&qf^que je doisdireenyolrefaveiir. Yous^'êt^spaj^le pir«r
midr pauvre marchand qui. ait gagçé 1^ bonnes .giiçe^ d'uçe,
grande dame; mais le moyen d'y réussir n'est |^as de fiûre.d'hupir ^r.
blés apologies,, et de chei:cher à s'exç^er de.se présenter devant. ,
elle, Je lui parlerai d'un lunour que to^e l'eau da Hhin n§.pour<..
rait étmdre , et qui vous a conduit ici,. ne. vous laissant d'autre,
alternative que d'y venir ou de périr* ^j^
-T Mais, Annette, Annette..*.
—Fi donc I étes-vous fou? Raceourcisses^ce nom; criej^ Annç | .
Anne] et il est plua probaUe qu'où vous ;répondra«
Aces mots, la jeune étourdie s'enfuit précipitamment, char-
mée, comme devait l'être une montagnarde de son caractère,
d'avoir fait pour les autres ce qu'elle aurait voulu qu'on fît pow .,
elle-Qiéme , en cherchant obligeamment à procurer une . entrevue
à deux amans qui étaient à la veille d'nne séparatioi) inévi*
table.
Dans cette ^position à être satisfaite. d'eUe*mâme , Annette
monta un étroit escajier tournant qui conduisait à un cabinet de
toilette où sa jeune inaitresse était assise. Elle s'écria en arjj^vant t
— Anne de Gei.. . je veux dire , madame U baronne , ils sont ar^^
rivés I ils sont arrivés I
—Les Philipson? demanda sa maîtresse respirant à peine.
*^Oiii> nous cf^ât^à-direotdl^oarte n^eâltenr dë9;déiÉi'M^tf«
livé, et c'est Atthar;
-^Qae Tenx^ita dite, Annettë? Ld'rignwPffilipsofisi'ècft-fl^IMl»
avec son fils?
-^Noii> Traltneiir, ettjen'ài^pas'iiidiiie't^eiisé à "feire inM"^!!»»-
iion à son égard; Ce n'était ni' mon amiy ni ceftti de pei^Miiâe, à
l'esLception du Tieust Landamman ; etib étaiènt^en Mis¥itaf(rtit
l'antre, avec Ienrl>oiich»rempUe'deT}eatxniovetbesec leurfiHmt
chargé tIesoQcis.
— Poïe, itteonsidârée qtre tn es*! ne Ifàtai^'pas^cbavgéë délies'
conduire ici tons denx? Et tu amènes un jeune itaùrOÉè Èè^éms
un endrditoù nous sommes presque* dans une solitude cMilplèttr!
Que pensera^-t-il de moi; que peutâi^et» pensei'f
^*-^Et qnepoQTais^Jedottc feiref 'demanda* Admette t^ftéyitftff^
ment à son iDpinion: Il'éttât seid V falUât^ qtu^jë l^ènTèyàMêdUtt fe*
dorffy pour qu'il y fût assassiné par les laittqtietietsda Rldngnrtef
Ghacon sait qu'ils' prainentpom^^poiMmitcHii^ M qmcdd^
lenrs filets. Et connnent pofttrait-ittraTérSet^tt'pajiB ûCÊ[ÉOA0t!été^
ci 9 renipli deaoldàts errans, de liàihmtbri^awfe': pardon, iiiadaaiir
la baronne! ' et dé piSarb italieUff; qdi eoarentteTaiigeren feule
«oas l'étendaftl du due 4fd 'Bourgogne T^^t^tte rien» d^ ^é^scMqtf
est, plus- que toute aiftire chose iP^ôBjet^a^me terreur >e&èttt«^Mtt'
grande-, et qui, sournlierfbrmeeii'mtte auttre/ eH!idajoift!l$^l^âelir
aux yeux et aux pensées de chàûtm
— Chut, Annette! chut! n'ajoute-pé«»'lihierdéiliettee^(kiifl(fi^^
cet exeès^folie; smigeOttS'pltttAft^à ce qit&MMâlëf6n9^Bà¥^.9ïït
égard pour nous ,* par égard pour kd^êine*^ il<fa»i^^^%i»dhM^
reux jeune homine«qiii!te;ce ^j^èM'à'PâiiitàfM';
— En ce cas, voiis'ld'porterez'f^ti^^esnge rmÊ^mènÈ^i'ÈiîaBi^i
de €^ier . . . , pardon, noble baronne! 41 peut être fort- cenvcMabl^ i
une dame du hautrangtL'enyoyer^depareîïs^orApfe»,' et'j'èn^i'Wde
semblables exemples dansr les^ romances de^ MhUffejnngêrs^^ mais je
suis sûre qu'il ne le serait ni à moi ni à aucune jeune montagnartfr
delà Suisse, à coeur franc, de conseMii* à^^'e» olwrger. PÈii'*
foHe : sonyenez^ousquesi vouflêtés 6éé4arèifiv64'^rnheimy i*ê«»
ayez été élèrée dans te sein des niontagiiesd»4à4Siiie0ei, et^^aa^par
conséquent TOUS deyez^Vous cottdnire«endemoiseUeayantrdélK)ttiK»s
et honnêtes intentions .
CHARLES LK TÉMËlUffiE;' SM*
•«*-El^ es qaoiwtse/ sagesse me trmts*t-eUb éompMeAe folie,
loademaiselle Aiiaeiiei?
— rEù. qooii Toyczr oonn» notre BoMe ssng s^sgîtë dans nos-*
TtÛMsi Soavaiiei»<roiig4.|iebleb8roiioe> que lorsque j'ai quitté nos ^
beUQi.-inoiiÉdgiies el qn» j'fii venonoé a l'air librequ'oD y respire',
pow Teni^ mecIafBemaMr dans ce pays de.pnsons etd'eselaTes»
il a été cpnvena qne îe iraas dirais ma façoa de penser tontaossi
liiunNMnt<iiieliôraqQecnQS tâtes reposaient sur le mteie oreiller.
-^Paries- dono^ dit Auie> qni, en: se préparant à Péeoater, .
déioiMnia mai peu. la tête ^ mais songeai nedire risn qa'3 ne me eon^
Tî^imft pas d'eniendna*
— JeTonsdirai ce qn^lanatoreetlebonscm m'inspireront-, et
si ycs aoBles oreilles) ne, sont pas en teitde m'entendrez de me
conprendrs^ ce sera Jeor faafte, et non celle de ma langue* Beontes"
lisn. YoasiavBa san^é ce jenne àonme de deox grands dangers':
onelttis» lors de.VâNndcBMBt de ceroolier ii<GeierstHBin$ mieaxitra,
aojciird'liû. mteie», qnand' sa yfie était .menaoée^ C'esi nn bean
jetas bomme». lâenifait, parlant bien >,et!a3fantitont crqn^il^tet^'
povgagn^ les boimeagrâcesd'one dame. Airant^eTOuarenssiee'
^i.uoa jeunes. SoisteS' ne Tons déphâsaient' pas ; dn nains iww
dansiez airoo eax.| ▼ons^plaisantiex aTec enot, YooaéiieE^penr en ^
Toly^l d'one admûration générab, et, comme ▼0Dsil»'San^ea»i rmê
anrie^paicheîiir dana tons ksilanlonsi; je'CMSiniènw^iBB<^ff>it
preMan»>nnpen^icnaigmtipnvonsdéternÉDss!ià panade
Rodolphe Donnerhagel.
•- Jamais . Annette^jamaî&i
— Ne parlecf pas.entenMSttpositifriÀ* SKI asnilaPabcriclilena' '
lesboimeagrâcesfdeX'ùttslev manf.hnmbleopinîoniestqQei'dans
qne^actbismens moment» iLanndb bien p» aassi gagnes lanièce^
Mai$ dapnifrqnstironft aiMB eonnuce jenne Anglais, ilafen estfalllide
bienpea qne tous n'ayez.dédaigné^ méprisé, jediroispresqaéliiÂ'',
toas les jennes gens que voiifr endnriea assez bien anparamnti
-^Ebbi^i eb.bienije tè haïrai et te délesterai' eneere^plns
qa'ancnn d'eux , si vtu ne finis bientdt. ton discours.
---Tontdoiii» noblebaronnel QaLyadeueement, pentallèr l6inr
ToQt cela prouTe qae vous aimez ce jeune hommes et je permets ^
à cenxqni y tnsnvi^rent qeelqne. chose d'iélonnant, de dire* qne
Tons airez tort. Il y a beanoonp de choses à dira ponr tous justifier,
et pa&an met qne je sache pej^r Yoosîblftmer.
[3H CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
'^ Ta es télie, Ankiette ; souviens-toi de mon rang et de ma con-
dition, qui me défendent d'aimer un homme sans naissance et sans
fortone. Songe que je désobéirais à mon père en aimant qnelqu'im
qui me ferait la conr sans son consentement. N'oublie pas sàrtont
que la fierté de mon sexe ne me permet pas d'accorder mon affec-
tion à un jeune honuue qui ne songe pas a moi , à qui les apparences
ontpeat«<éu>e même inspiré des préventions contre oioi.
— Voilà une superbe homélie I Mais je puis répondre à chaque
point aussi facilement que le père Francis suit son texte dans ses
sermons. Votre naissance est une absurde vision, dont vous n'ayez
appris à faire cas que depuis deux ou trois jours ^ lorsque, ayant
mis le pied sur le territoire d'Allemagne, une mauvaise herbe
allemande, qu'on appelle orgueil de famille, a commencé à germer
dama votre cœur. Pensez de cette folie ce que tous eu pinsiez
quand vous demeuriez à Geierstein , c'est-à-dire pendant tonte la
partie raisonnable de votre vie , et ce grand et terrible préjugé ne
sera plus, rien à vos yeux. Vient ensuite l'article de la fortune;
mais Ptailipson, qui est le plus généreux des hoiiunesr donnera
sûreniwt. à son fils assez de sequins pour monter une ferme sur
nos mc^tagnes. Le bois ne vous coûtera que la peine de le couper,
et la terre eelle de la cultiver, car vous avez sûrement droit à une
partie du domaine de Geierstein , et votre oncle tous en mettra
\MXk volontiers en possession. Vous êtes en état d'avoir soin de la
basse-cour ; Arthur pourra chasser, pêcher, labourer, herser,
moissonner. «.
Anne de Geierstein secoua la tête comme si elle eût grande-
ment douté que son amant possédât ces derniers talens.
— Eh bien I eh bien I reprit Annette Veilchem , il est encore
assez jeune pour apprendre. D'ailleurs Sigismond Biederman l'ai-
dera de tout son cœur, et Sigismond est un vrai cheyal pour le
travail. Je connais aussi quelqu'un qui est,.**
— Un ami d' Annette Veilchem , j'en réponds.
-«-Sans doute; mon pauvre ami Louis Sprenger. Je n -aurai ja-
mais le cœur assez faux pour renier moti amoureux.
— Mais à quoi tout cela doit-il aboutir ? s'écria la baronne avec
quelque impatience.
— A une chose toute simple, suivant moi , répondit Annette.
y a des prêtres et des missels à un mille d'ici. Allez trouver votre
amant; dites-lui votre façon de penser, ou écoutez-le vous dire a
CHARLES LE TÉSOÉRAIRE. tU
sienne ; joignez vos mains , retournez trancpuUement à Geientein
comme i^ari et femme , et mettez-y toat en bon ordre ponr le re-
tour de Yotre oncle. Voilà comment une fille élevëe en Suisse doit
terminer le roman d'one baronne allemande
— Et briser le cœur de son père^ dit Anne en soupirant.
— Il est d'un métal .plus dur que tous ne pendez. Après tous
ayoir laissée si long-temps loin de lui , il lui sera plus &cile de se
passer de vous le reste de sa yie , qu'il ne tous le serait, malgré
toutes TOsnouTenes idées de noblesse, d'endurer ses projets d»
fortune \t d'ambition, qui tendront à tous donner pour mari
quelque illustre comte comme Ilagenbach, dont nous ayons tu,
U n'y a pas long-temps, la fin. édifiante, faite pour donner une
leçon à tons les chevaliers-brigands des bords du Rhin.
— Ton plan ne yaut rien , Annette; c'est la Tision puérile d'iine
jeune fille qui n'a japais connu le monde que par ce qu'elle en a
entendu aire pendant qu'elle était à traire ses Taches. SouTÎens-
toi que mon oncle a des idées très sévères sur la soumission filiale^
et qu'agir contre la Tolonté de mon père , ce serait me pwdre dans
son esprit. Pourquoi suis- je ici ? Pourquoi a-t-il cessé d'agir comme
mon tuteur? Pourquoi sais-je contrainte.de quitter des habitudes
qui me sont chères, et de prendre les manières d'un peuple étran*
ger, qui par conséquent me sont désagréables ?
— Votre oncle est Landamman du canton d'Underwald, ré-
pondit Annette ayec fermeté ; il en respecte la liberté , et il a fait
serment d'en défendre les lois ; et quand tous » fiUe adoptiTO de la
Confédéiiition , tous en réclamerez la protection, il ne peut tous
la refuser.
•— En ce cas même , répliqua la jeune baronne, je perdrais son
estime et son affection plus que paternelle. Hais il est inutile d'in-
sister surce point. Quand même j'aurais pu aimer ce jeunehomme,
et je ne nierai pas qu'il ne soit aussi aimable que ta partialité le
rej^ésente , jamais...., elle hésita un instant ; jamais il ne m-a dit
un seul mot sur le sujcft dont tu persistes à Touloir m'entretenir
sans connaître ni ses seotimen&m les miens#
— Est-il possible! s'écria Annette. Je ^lensais, je croyais^
quoique je ne tous aie jamais pressée de me faire aucune confi-
dence y que TOUS doTiez , attachés l'on à l'autre comme tous l'étiez^
TOUS être déjà parlé en Téritables et fidèles amans. J'ai donc mal
agi , quand je croyais fûre pour le mieux. Est-il possible I Oui, on
ao
^ CHABLES LE TÉftOERAULE.
% euUsnda parler de pareîUet choses » même dans aotiie Gantoa»
Esi-il possible qu'il ait coqçii d'aussi indignas projets qii% Ibrtia
de Brisacb , qui faisait l'amour à Adèle du Simâgan , qui Ini fit
fidre un faux pas (cela n'est que tnop "vrai , quoique presqneior
croyable ) » qui l'abandoaua ensuite , qui quitta le pays » et quialk
se yauter partout de sa scélératesse? Mais Raymond , teooiisiiï
4f Adèle ^ loi imposa silence pour toajoars , en lui brisant le erâas
4'ui^ coiup do batou» en pleine rue » ^ns la ville même ou l'infamii
brigand était né. Par la S^nte Vierge d'Binsiedleni si ji^pouvaû
craure œ^ Anglais capable de méditer une telle trahisoii , je sde*
i^s la planche placée sur le fessé , de manière que le poids d'une
jonche suificait pour la rompre ; eft ce serf^it à six toises de pr(h
fondear qu'il expierait le crime d'avoir osé fermer des projets ])e^
Mes contre Tbioaneur d'iine fiUe adoptîve de la Suisse.
Tandis qn'Annette Yeikhem parlait ainsi ^ tout le fen da oo»
rage qu'eUcayai^ pu^ dans le sein de ses montagnc^s brillait dans
^es yeux; et ce fiit presque à coatre*oœur qu'elle écouta Anne de
Geiersteiny qui chercha à effecer Fimpression défavorable que lei
dernî^s mpts qu'elle avait pnmoncés ayaiisnt faite sur l'esprit de
sa simple mais fidèle servante.
*r- Sur mon ame» kidit-eUe, vous feites injure à ArtbnrPfai-
lipson, vous luiiait^ une injure criante , eavons livrant à de tels
soupçons* Sa conduite à moun égard a toujours éié pleine de dioi-
V9Xe e\ d'faonneur , celle d'un ami envers une amie , d'un frère en-
vers une sœnr -^ Daps tous ses discours » dans toutes ses actions , il
n'aurait pfi montrer ploa de respect , d^^ifiection , de franchise et de
sincérité. Dans nos entrevues et dans nos promenades fréquentes»
iji eist vrai qu'il paraissait me voir avec plaisir , m'ètre attacha; si
j'avais é<é disposée » et je l'ai peut-être quejlquefois été trop , à fé*
ço«ter a\ec indulgence » peut-être... Annaïqipuya sa main sur sm
front» et,quelques.larmes coulaient à travers se§ jolis doigts..* mais
jamaia^ il ne m.*a |#irl/é d'ajucun sentiment d^ préiérencQ , d'amoor*
S*il en nouirrit quelqu'uu , qnebpe obstacle, iasurnaontable de son
côté Fa empêché d'en, faire l'aveu.
— Quebja^ cJ^stacle 1 répliqua Anneti». Sans doatC|une ûnsiài^
ppérîle., de sol^ idées sur ce que votre naissance est tellement
au-d(eésu^ dfb 1a sienne, un rêve de modestie portée à l'excès , qiu
liiLÎ feit crokur^ qu'il est imj^asible de briaer k gbcq fermée par ooe
tl^^i9fW«i9f^fQm^qf^^mf>iM dfeaf^ovagea^aiisHffironf pop^
CttLRUtS LE l^sKIÉtlÀltlë. $<yif
4Umfmt eècte iihisioii ; el )• mè ohafgëràt «è «ttte fidie, i6i
chère Aime , pour tous épar^er l'embarras de roaglir.
«-^Ponr PaiBowr du elêl, n'mi fids rîeik , Tcflehem! s^écria la
îeuie bnronHe, dont Attnette était depoia loD^teilip^ là cdiiff-
iente et la eompagtid ptàcAt ifa» la 8lit<fànte; tti m }4fÉx detiiiè^
iÇidle est la aatm^ daa ebitaetei ^i pettV^nt femf^Aitt de é'esi^
pUqaer eonme ta désites teUottleiit l'y enpiger; Ecente-lnoi t ma
preiuèf« ëddcaiiM et les talsHntMidiiè de tten bon onde nf oikkk
appris stur les éwasgen et leurs manière ^nelqeef tliose de ploft
fae ]e n'anrais jamais p« eil sateit danè t^ttt heiirense retraiHe
de Gekerstdn. D'après ee qve j'ai tu et ce qne Je sais , je sois
presque conTaincoe qiié ces PbilipsoB sont d'un rang fort snpé*
rieur a la professién qu'ik. paraissent «gercer. Le père est on
bomme profond , obserrateui^y fléchi , généreux , et il fiiit diss
présem dont k valent' est fart an-dessna de tonte la libéralité
qn'oB peut supposer à nn marchand.
--••Crest la vérité; et qnant à moi, jefirai qne la chaîne d'ar-
gent qu'il m'a donnée pèse dit eonronnes ; et la ttm qn'Arthnr y
ajouta, le lendemain dn jour de la longde promenade qne nous
fines du côté dn mont Pilate, ne vant pas moins, à ce qu'on m'a^
sore : il »*y en à^pas nne semblable dans tons les Gantons. Eh
bienl qu'en résnlte-t-il? ils sont riches , vons l'êtes aussi ; c'est
tant mieiK*
-*«• Hélas I Aimette , non^senlement ils sont riohesy mais ils sont
nobles; j'en sois persuadée^ Xai souvent remarqué que le pète
prenait un air de mépris plein de dignité pour se dièpenSer d'en-
trer dans quelque discussion que^ Domierfafugel on quelque antre
dierohidt a èucam^ pour avoii^une occasion de qùerdle. Et quand
kfib était f objet d'nne observation peucivile^ ou d'une plaisan-
terie trsp farte» PœU d'Arthur étineelaity ses joues devenaient
pourpres, et ce n^éttdl qu'un regard de son père qui retenait la
réplique cooirroncée prête à i^échapper de ses lèvres.
— YouB lies avez <Â8erf>és de' bien près , dit Annette. Tont cela
peut être^raî ; qnant à moi, je n'y ai faiff aucm^e attention. Mais',
je le répèfie, qu'importe? si Arthur porte quelque' beau nom qui soit
noble dans^ son pays, n^êtes-vous pas vous-même' baronne d'AI1^
heim? Et f avouerai franchement qne ce titre a quelque valeur,
s^ pent aplanir les voies à un mariage qui ferait , je crois , votre
20.
808 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Célicité; je Yesffire, da moinsi, sans quoi je n'y donnerais pas d'en-
cooragement.
, — Je vous croisy ma fidèle Veilchem ; mais, hélas I éleyée comme
.TOUS l'avez ëté dans un état de liberté naturelle , comment pomr-
riez«Toas connaître on même Tons figurer l'état de contrainte que
cette chaîne d*or ou dorée du rang et de. la noblesse imposé à ceux
qui , comme je le crains, en sont chargés, plutôt que décorés ? Dans
tous les'pays, tes distinctions de rang obligent les' hommes à de
certains devoirs : elles peuvent leur défendre de contracter des
alliances en pays étranger, et même les empêcher de consalier
leur inclination, quand ils se marient dans leur pays; elles condni-
sent à des mariages dans lesquels le cœur n'est jamais consulté, à
des unions projetées et arrêtées quand les deux parties sont encore
au berceau ou conduites à la lisière, n^ais que rhonnenr et la bonne
foi n'en rendent pas moins obligatoires. Qui sait s'il n'existe pas
quelque obstacle de cette nature dans le cas dont nous parlons?
La politique d'Etat entre souvent aussi pour beaucoup dans ces
alliances; et si l'intérêt véritable pu supposé de l'Angleterre a
déterminé Philipson à contracter un pareil engagement pour son
.fils , Arthur mourrait de chagrin, il laisserait mourir de chagrin
n'importe qui, plutôt que de ne pas tenir la parole donnée par son
père.
— Ceux qui prennent de pareils engagemens pour leurs enfans
n'en ont que plus à rougir, dit Annette. On parle de l'Angleterre
comme d'un pays libre ; mais si Fou y prive les jeunes gens des
deux sexes du droit naturel de disposer de leur cœur et de leur
main , j'aimers^ mieux être un serf d'Allemagne. Eh bien! vous
savez beaucoup de choses, et je ne suis qu'une ignorante ; qu'allons-
nous faire ? J'ai amené ce jeune homme ici, dans l'espoir, comme
Dieu le sait, que votre entrevue aurait un plus heureux résultat;
mais il est bien clair que vous ne pouvez Tépouser sans qu'il vons
le demande. J'avoue que si je croyais qu'il fût disposé à perdre la
main de la plus belle fille des Cantons, &ute d'être assez hardi pour
la demander, ou par égard pour quelque sot engagement pris par
son père avec quelque autre noble de leur île de noblesse, dans
l'un comme dans l'autre cas, je lui ferais bien volontiers faire le
plongeon dans lé fossé. Mais une autre question est de savoir si
nous le renverrons d^ci pour aller se faire astessiner par ces
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 309
oonpe-jarrets da Rhingrave; et à moins de prendre oe parti , je
ne sais coniiment nons en débarrasser.
— Dis à liViUiam de le senrir, et veille à ce qa'il ne loi manque
rien. II Tant mieux que nous ne nous voyions pas.
— Cela est fort aisé; mais que lui dirai-je de votre part? Mal-
heareusement je lui ai appris que vous êtes ici.
— Quelle imprudence , Annette I Mais pourquoi te blâmerais-je,
qnand j'ai le même reproche à me fidre ? C'est moi qui , en permet-
tant à mon imagination de trop s'occuper de ce jeune homme et de
ses bonnes qualités > me suis jetée dans cet embarras ; mais je te
ferai voir que je puis me montrer supérieure à cette folie, et je ne
chercherai pas dans ma propre erreur un motif pour éviter de
remplir les devoirs de Thospitalité. Va, Veilchem, va faire pré-
parer des rafraîchissemens ; tu souperas avec nous , et tu auras
scia de ne pas nous quitter ; 4n me verras me conduire comme il
convient à une baronne allemande et à une fille de la Suisse.
Donne-moi d'abord une lumière^ Annette, et de l'eau fraîche, car
mes yeux en ont besoin, ils déposeraient contre moi; €^t il faut
anssi que je fasse un peu de toilette.
Toute cette explication avait bien ét<mné Annette. Les idées
qu'elle avait prises dans les montagnes de là Suisse sur la ma-
nière de faire l'amour, et sur l'amour même, avaient tant de sim^
plicité, qu'elle s'était imaginé que ,ks deux amans saisiraient la
première occasion que leur fournirait l'absence de ceux qui de*
vaîeot naturellement diriger leur conduite, pour s'unir par un
nœud indissoluble ; elle avait même anrangé un petit plan secon-
daire, d'après lequel son fidèle Sprenger et elle devaient rester*
avec le jeune couple en qualité d^amis et de serviteurs. Réduite
an silence, mais non convaincue par les objections de sa msd-
tresse, Annette toujours zélée sortit pour lui obéir, en se disant
à elle-même :
— Ce petit nH>t sur sa toilette est la seule chose.qne je l'aie en-
tendue dire qui soit naturelle et sensée. S'il plaît à Dieu , je re-
tiendrai dans un clin d'oeil pour l'aider. Habiller ma maîtresse est
la seule partie desfonctions d'une; femme de chambre pour laquelle
j'aie du goût. Il semble si naturel à une jolie fille d'en parer une.
antre! Sur ma foi, ce n'est qu'apprendre à se parer soi-même.
£t en finissant cette sage remarque, Annette Yeilchem descen-
dit l'escalier.
%
qiApiTfiE xxn.
^j;t^ civilité qui n'est que vomerie.
Im grâce, «Meycs-^OB» , Monsieur . )« rooBeafnt,
Y^s^pronçncet ces unots ei^ p^iautli» genoux»
St l'on TOUS y répond d'un ton tout aussi doux :
rr «. M<u> Moan««^» éffr•^|i yovfi 1 on serii dpqc p«r $mfH
Au diable ce jargon. Quand, de cette manière,.
I<'9f)^«ii t«Ht ft| oa«h^ ^uaBB 4f bofs tt^mfnrt
k peine on nteodiant l'admettrait dans «on coqpiw »
AiWBSTB VaiLCBui monta •! dMcenjKt t€i|s tes eMaikfSfHS»
triMiTaieiit dans, la seuls |Mi?tie qm iite habiiiMe4e l'imiiieiise^slii!»
taaa d'Arnlieiiiiy <Àelie,ét«it Famé de taau Sa surmUanee aW
blîait rien. £Ue avança la- ièle ^^ns Yéfiotie pour s'assure^ qfl»
TVilliamayait ea soin du cheval d'Arthuff , fi^ me a{q»aiitioo è$m
la cmitie pour rtoomnaBder à la vieiMe eoisini^ que les^ deux
perdreaux fussent râtis en temps eonvenable, aièealioa qù aelal
valut aucun remerdement, ailu» prendre dana feeellicar ime boa»
teille e« deux de- vin du Rhin, et entva enfiu'dfeuis Vhppc^lemenl)
oii elle avait laissé A^tter*, ai&de> véir eèqufil devcnaité Aywtea
la satislactkm de veçr qu'il avait ensplejé le tempe db soi» abseoee
omettre quelquejOrdre;daBS>eesvè«emenSy elle lui ditqufUae ta^
-derait. pas à voir sa maîtresse , qui était un peu iadisposée>, maû
-qni ne poumût^ s'empdcher de descendre pour voîv n» aqù dont
die feisait tentée cas.
Arthur rougit de plaisir eu Penlendant pavl^ ainsi i et seatnils
animés plurent tellement aux yeux de la jeune femme de chambre,
qu'elle se dit àcUe-mème en remontant ^hez sa maîtresse : ^ Eb
bien , si l'amour ne peut arranger les choses de manière à' ce qoe
ce jeane couple soit unien dépit des obstacles qui les arrêtent, je
ne sais pourquoi, je ne croirai jamais qu'il existe nn^amoni^ vénr
table dans le monde , quçi qu'en puisse dure Martin Sprenger|i(
quand il le jurerait sur TEvangile.
fin entarant dans la ehanibre>de la jeune bar4>nne, elle vifc» à sa
gnmde surprise I que sa maîtresse , au lieu de quelqu'.onMsspap
GHABIAS LE TESORAHIE. 2li
rares qa'eUe pootrfdMt, aTtit ms k robe bhiidie qu'elle portait
le jour où Arihar était arriyé à Geierstetii. Annctte-penUtiirpriee
et embarrassée; mais tont à coQp elle rendit juotiee as gèAi qoi
avait présidé aa choix de ce costame , et s'écria : - i
— Vous avez raison , tous ayes raisxMif il vaut mieilx aller le
trourer comme one montagnarde dont le cœar est firane etonverL
— Alais en même temps, dit Anne en souriant, je dote, dans
les murs d'Arnbeim, me montra à quelques égards eommi la.fiUe
de mon père. Aide-moi à placer cette aigrette sur le ruban qui
relient mes cheveux.
C'était un paiiache composé de deux plumes de vautour i atta-
cha par une ag^e enrichie d'une superbe opate^ dont la eau-
leur cbaogeant à chaque reflet de la lumière , ravit d'admiratiob
la jeune suivamei qui n'avait jatmab rien vu de semblaUe dans
tonte sa vie.
— Eh bien , baronne Anne , dit-elle » si ce joU joyan ?flft réelle-
ment porté conuneun digne de votre rang, c'est la seule chose
appartenant à votre dignité qui me paraisse digne d'envie ; car il
change de couleur à chaque instant d'une manière merveiUense»
précisément comme, nos joues quand nous sommes émoes.
— Hélas 1 AnnettCi dit la baronne en passant une main sur ses
yeu;x^ de tous les bijoux qu'ont possédés les temmçs de n^a fomHle,
c'est peut-être celui qui a été le plus fa|al à celle qui le porta la
première.
— En ce cas, pourquoi le portez-^vous? et surtçat pourquoi le
portez-vous aujourd'hui , de préférence à tout autre jour ? .
— Parce qu'il me rappelle ce que je dois à mon père et à ma
famille; et maintenant» Annette, songe que tu dois te mettre à
table avec nous , et ne pas quitter l'appartement. Ne va pas te
lever et courir çà et là pour servir les autres ou prendre ce dont
tu auras besoin toi-même ; reste assise et tranquille, et laisse Wil*
Uam s'acquitter de tous ces soins.
— C'est une ^lode qui me plaît assez , et William noiissert desi
bon cœnr que c'est un plaisir de le voir. Cependant il me seinble
de temps en temps, qne je ne suis plus Anneite Veilchemy mais
, seulement son portrait; car je ne puis ni me lever , nim'asseoir,
ni courir, ni rester en repos , sans courir le risque de violer qu^l-
qu'une de vos règles d'étiquette ; j'ose dire qu'il n'en est pas de
même de vous , qui avez toujoura des maàlères de cour.
312 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
— Elles me sont moins naturelles que tu ne sepibles le penser,
Annette; mais la cratrainte qu'elles imposent me paraît plos
pénible sur le gazon et en plein air , que dans les murs d'un ap*
partement.
•— Ah 1 c'est bien yrai 1 La danse 1 -— C'est une chose qui vaat
bien qu'on la regrette.
— r Mais ce que je regrette davantage, Annette, c'est de ne
pouvoir me dire précisément si je fais bien ou mal de voir ce jeane
homme , quoique ce doive être pour la derqière fois. Si mon j)ère
arrivait I Si Ital Schreckenwald revenait !
— Votre père est trop sérieusement occupé de ses projets pro-
fonds et mystérieux , répondit la soubrette avec un ton de légèreté.
Il a pris son vol vers les montagnes de Brocken-Berg , où les sor
dères fotit le sabbat, ou bien il suit une partie de chasse avec le
Chasseur Sauvage^.
— Fi , Annette t Comment osea-tu parler ainsi ûe mon père 1
— Sur ma foi i je le connais personnellement fort peu ; et vous*
même vous ne le connaissez guère davantage. Et comment ce qoe
tout le monde dit être vrai se trouverait-il £^ux ?
— Que veux- tu dire, folle ? Que dit tout le monde?
— Que le comte est un sorcier , que votre grand'mère était un
&rfadet , et que le vieuik Ital Schreckenwald est an diable incamé;
mais quant à ce demiet point , il s'y trouve quelque vérité, quoi
qu'il en puisse être du reste,
— Où est-il en ce moment ?
— Il est all^ passer la nuit dans le village pour y mettre lessd-
dats en logement, et pour tâcher de maintenir l'ofdre parmi eoi;
car ils sont mécontens de.ne pas avoir reçu là paie qui lenra^ait
^té promise, et, quand cela arrive, rien ne ressemble à un ours
en colère comme un lansquenet.
— Allons , descendons , Annette. Cette soirée est peut-être b
dernière que nous passerons , d'ici bien des années , avec un reste
de liberté.
Je n'entreprendrai pas de décrire l'embarras marqué avec !••
quel Arthur PUlipson et Anne de Geier$tein s'abordèrent. En se
saluant, ils ne levèrent pas les yeux , et ne prononcèrent qne des
paroles inintelligibles ; la rougeur qui couvrit les joues de la jeune
1. Allasion à une tradition populaire d' AUemayne , rebtiTemaot à an fantAme-cbaMenr. ï^*" J
prtiiiien esMb poétiques, sir Walter Scott a imité uoe baUade allemaiida de Butgtt, stf ce < J<"
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 313
Iiaroime ne fat pas pins vÎTé que celle de son amant timide. Pen*
dant ce temps , la jenne et enjouée suivante ^ dont lès idées qu'elle
se faisait de l'amour se ressentaient davantage de la liberté des
coutumes d'un pays qui avait quelque chose de Tantique Arcadie,
regardait avec un air d'étonnement auquel il se inélait quelque
peu de mépris , uu couple qui ^ comme elle ïe pensait , agissait avec
une réserve si peu naturelle. Arthur salua profondément la jeune
baronne en lui présentant la main, et sa rougeur redoubla; Anne
de Geierstein> en répondantà cette politesse , ne montra pas moins
de timidité , d'agitation et d'embarras. En un mot , sans qu'il àe
passât rien on presque rien d'intelligible entre ce couple aimable^
l'entrevue n'en eut pas moins d'intérêt. Arthqr donna la main à
la belle baronne , comme c'était le devoir d'un galant à cette
époque , pour la conduire dans une salle voisine où le souper était
servi; et Annette, qui examinait avec une attention toute particn^
lière fout ce qui se passait , éprouva avec surprise que les formes
et le cérémonial des premières classes de la société avaient autant
d'influence /même sur son esprit nourri d'idées de liberté , que les
rites des Druides en avaient eu sur celui du général romain quand
il s'écria:
r— Jtt 1« méprÎMt
Mais ils soht iaposanst
— Pourquoi sont-ils si changés? se demanda Annette. Quand
9a étaient à Geierstein, ils ressemblaient aux autres garçons et
aux antres filles y si ce n'est qu'Anne était plus joUe ; et maintenant
ib marchent en mesure comme s'ils allaient danser un grave
pavin y et se traitent avec autant de respect que^ s'il était Lah-
dammand'Underwaldy et qu'elle lut la première dame de Berne.
Tout cela est sans doute fort beau; mais ce n'est pas ainsi que
Martin Sprenger fait l'amour.
Les droonstances dans lesquelles se trouvaient ces deux^jeunes
gens leur rappelaient évidemment les habitudes de courtoise céré*
moniense auxquelles chacun d'eux pouvait avoir été accoutumé
dans sa première jeunesse. Tandis que la baronne jugeait néces-
saire d'obseryer le plus strict décorum pour justifier à ses yeux
l'admission d'Arthur dan^ l'intérieur de sa retraite , celui-ci , de
son côté y s'efforçait de montrer > par |a profondeur de son respect,
qu'il était incapable d'abuser de la bonté qu'elle loi témoignait. Ils
414 GmiRbB» IJB TésiillAIKBw
l^ttireiit àlablft, àiiMteUe ^isUmee l'tw^erMlrBif^eltTWtft
h plus scrupuleuse n'aurait pu y trouver r&ea à re^re^ WiUîiult
les servit avec adresse ^ intelligence ^.en jeune laquais habitlié à
rempUr cette fonction; et Auuette ^ se plaçant entre emx deux^ et
a'efforçant d'imiter anssi bien qu'elle le pouvait toui Ce qti'étte les
voyait faire y montra toute la <»iviUté qu'on devnk attendre de la
servante d^ine baronne, Oepeadan telle coininitqiielitue^ ntéprise».
En général, elle se conduisit comme un lévrier en lesae ^ qm est
prêt à s'élancer à chaque instant, et ^lle n'était reteMe ^fàé'^pÉr
la réflexion qu'elle devait demander ee qu'elle numt ptéfiM iîlér
prendre elle-même* ^
Elle enfreignit encore pluûears autres règles d'étiquette après
le souper/ quand William se fut retiré. Elle j^enait part à la Cori-
versation avec trop peu de cérémonie» Souvent il lui arrivaiitdeile
•donner à sa mattrésse que le nom d'Anne, et elle o«Mi»taièHie
qudqnefois le décorum au point de lui parler ainsi qu'à Artltir ^
4u et par Un; ce qui était alors et ce qui est endure aii}e<M'h«é en
Allema^e on solécifliW éponvaiftable en politesse* Ses inadv6^
tances produisirent du moins un bon effet. Elles fsnmirelit ate
deux jeunes gens un sujet de réflexioii étranger à leur simtfiîoii
respective; elles diminuèrent nn peu leur embarras , et leur per-
mirent d'échanger un sourire aux dépeîis de la pauvre Annette.
Elle ne fut pas long-temps sans s'en apercevoir ; et à demi piqaée,
à demi charmée de trpuver une excase pour dire eeqniaé'lMSfiait
dana son espritir elle s'écria avec hardiesse :
— Vous vous êtes tous deux bien amusés à. mes d^^ns sans ùêêt
tredit , parce que pendant le souper j'avais envie de me lever pstir
aller chercher ce dont j'avais besoin, au lieu d'attendre que œ
panvre garçon, qninefaisa,it que courir du bulfetàla table et de
la table au buffet, eût le temps de me le donner. Et à présent v<^
riez de moi, parce je vous donne les noms que vous avez reças'Ae
!a sainte Eglise lor^ de votre ^ptênsfi , et que. je dis t« et t<fi en
n'adressant à un Juneker et à une Yungfrau S comme je le feniis
ai j'étais à genoux pour prier le ciel. Mais en dépit de vos nouvelles
fantaisies, je vous dirai que vo^ns. n'êtes que deux enfans qui ^
savent pas ee qn'ik veulent , et que vous pierdrea à plaisanter k
seul moment q^i vous est accordé pour assurer .votre propte bctt*
f . lèoM Ik&mtÊt et Jeiuie til«.
fSftMJB UI tÊÊtbUOBBÊi tu
kffff. Ski finoooftftfafl «isti k' Boarail» m doàMf iillihgw» n#
4aaie la baremie ; fni tq 4vop ioo^mft la «Mot PifaMe pwh'ataii
p««r d'aa froAt ^orcilleu*
-^ $îl»ice» Aanelle^ iû «dit m maîtnêmf m 8Mte)de l^aiiIÉv-
---Si jen'éubipM Totale awie ^as^qne laMOme^réptaiit l'dpft
aiatre Aanelte sans selaîsMr intiiièw» j'«iiMîtiraÎMai4eNdiMttp^
et da châteaa aussi ; je tous laisserais ici tenir TOtre maisos«M
YOre aimable sàiëchaly lui Scbrwiuatmià*
•^Sicen'es¶mîiiéf «pMeeseitpar hoill!»e«|iar chdiîlé^
Annette, taisez-yous , on quittez celle obambrel ' ^
«^Mafoi, mM tndt e0tpaptl;'Mid8i,aalMÉidiiicoÉip1ei]0B'ai
fait que donner à eatendre » ^ue leat le mend^ disait àar la f«*
lonaa a Geiersteia» k s^irqlii^ l'aride BoMiahela a été ftmd«#
Vous «avec ^waraacieâne^ l^epfaétie dit. . «
—Silence» peor TadMiir d^'del^ dît la jewie lmniÊatf<mû
fittdra que e& sait moi q«i m-ea^ele d'ki*
-^ Ah 1 dit Auelie «hanfeant de le*» eemne^sieUe ^t cndatt
fpe sa maitressene ae retirât i^rilabkment; s'il fa«mne tewTOM
énvoKez \ on ne peut résisur à la aëoessité^ ; et je ne conùiv
0nBsemieeAdiatdèyo«ftS«iirre#S«ireZ'f««8» moasienF ArtlMr^ ^e
mamaitresse ansaii besok d'a¥oir pew fémiae de chaidMre» nés
une bonne jeone fiUerde çbaii^et de sang , eemase Tona ma Toyesy
nsiana étr^donAk snbaMioa ffi^ aatai déliée qae k fil/'^de k
Tierge» et qfoi ne vaspitfit.que les pavliankalei^plntf sobliks'dai
l'^air? m'èpt creineiHrMfrP Bien des fane penseM ^elk esl'dKéé
àkrace des espritaélémeniaifiefry el c'est oeqnikaefed plnatfaliid»
f|e .)ea antres filka de ce monde*
Aane de ^Geiemtein-paiimt oharné^de^fosTer une ee^aston i»
détommer k eon«eilsatimi< à. ktiMeUetayais donnée Ueli Yeapritiu^
peu Tolontaire de sa suivante , et de la faire tomber sur des sujeti
plnaindifférena, quoique aymit encoife<persMneUenient «l|^rt
àelkmdme.
*« Le signov Alrdinrr dilieUe^. «Ml pest^tre avair qnelqtié
Tuson p^nr concevoir les soupçons létrang^ auqnek votre 'ei«>
trayagance yient de faire allusion, et que quelqaes pcmsonneê» tanlï
aaAUenagneiqu'e&SuiÉseiy sontasaeirîoUeapooitcnnteiMSniiabks.
316 CHARLES LE TÉMÉRAIRE^
ÀToaez» sigHor Arthar, que tous avez en sur moi des idées bieit
singulières quand vous m'ayez Tùe passer près' de yous pendant
que TOUS étiez de garde sur le pont de Gratfs-Lust^ la nuit dernière.
Le souvenir de toutes les circonstances qui i'ayaient alors tel-
lement surpris produisit un tel effet sur Tesprit d'Arthur, qu'il loi
' fiillut quelques instans pour pouvoir faire une réponse , encors
cette réponse ne fut-elle composée que de quelques mots sans
liaison.
—J'avoue que j'ai entendu dire. . • , c'est*à-dire Rodolphe Donner-
hngel m'a raconté... , mais que j'aie pu ciroireque vous fussiez
autre chose qu'une chrétienne... ^
— Ah 1 s'éôria Annette , si c'est de Rodolphe que vous tenez vos
informations y vous avez entendu tout ce qu'on peut dire de pire
sur ma maîtresse et sa faniille. Rodolphe est un de ces personuagfes
prudens qui trouvent des défauts aux marchandises qu'ils ont des-
sein d'acheter, et qui cher^chent à les déprécier afin d'en dégoûter
les autres. Oui, il vous a raconté une hélle histoire de lutin, en
vous parlant de la grand'mère de la baronne; et véritablement, il
est arrivé, j'ose le dire, que les circonstances ont doimé à vos
yeux quelque apparence de réalité à... /
— Point du tout , Annette , s'écria Arthur; j^ai regardé comme
ne méritant aucune foi tout ce que j'ai jamais entendu dired'é*
trange et d'incompréhensiMe relativement à votre maîtresse.
--^Pas toutjhfait, je crois, r^rit Annette sans faire attention
aux signes de mécontentement de sa maîtresse , et je soupçonne
fortement que j'aurais eu beaucoup plus de peihe à vous attirer en
ce château , si vous aviez su que vous approchiez d'un lieu hanté
par la Nymphe du Feu, la Salamandre, comme on appelle sa
grand'mère , pour ne rien dire du sentiment que vous aurait fait
éprouver l'idée de revoir 4a descendante de la FiUe au Manteau de
Feu.
— Encore une fois, Annette, silence, dit la jeune baronne.
Puisque le hasard a permis cette entrevue, je ne veux. pas laisser
échapper cette occasion de désabuser notre ami des bruits absurdes
qu'il a écoutés avec doute et surprise peut-être , sinon avec une
incrédulité absolue.
« Signer Arthur, continua-t-elle , il est très vrai que mon
grand*père. maternel , le baron d'Arnheim , était un homme qui
avait de grandes connaissances dans les sciences ^traites. U était
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. S 17
«assi prudent d'an ^nbunal dont Toas ayez entendu parler, et
qa'cku appelle le saint FeÂmé. Un soir, un étranger, pearsu^Ti par
ks agens de cette cour, qu'il n'est paa pnident même de nommer»
arriva afei cfaâ^eaa de mon aïenl , réclama sa protection, et invoqua
les droitS'de l'hospitalité. Le baron , voyant que cet étranger était
parvenu au grade d'adepte, lui accorda sa demande, et garantit
qu'il se présenterait pour répondre à l'accusation portée contre lui
dans lin an et un jour, délai qu'il paraît avoir eu le droit d'exiger
en faveur de son protégé. Ils étudièrent ensemble pendant ce temps,
et pous&èrent leurs recherches dans les mystères de la nature, pro-
bablement aussi loin qu'il est possible à l'homme de le Cure. A
l'approche du jour &tal où l'étranger devait se séparer de son
hâte, il demanda la permission de faire venir sa fille au château
pour lui faire ses derniers adieux.. Elle y fut introduite secrète*
ment, et après qu'elle y eut passé quelques jours , le sort futur de
son père paraissant fort incertain , le baron proposa de donner à
la fille on asile diez lui, dans l'«spoir de faire de nouveaux pro-
grès avec elle dans les langues et les sciences de l'Orient. Danis*
chemend, son père, y consentit, et il partit du château pour se
rendre devant le FeAmé-Genchl , séantà Fulde. Ce qui s'enspivit
est inconnu : peut-être fut-il sauvé par le témoignage du baron
d'Amheim , peut-être fut-il abandonné au fer et à la corde. Qui
ose parier de pareilles choses ?
a La belle Persane devint l'épouse de son tuteur, de son pro-
tecteur. A un grand nombre de bonnes qualités elle joignait quelque
impradeuce. Elle profita de son costume et de ses manières étran-
gères j de sa beauté qu'on dit avoir-été merveilleuse, et d'une agi-
lité qui était sans égale , pour étonner ^ effrayer d'ignorantes
dames allemandes, qui, en l'entendant. parler en ))ersan et en
arabe, étaient déjà disposées à la regarder comme étant en rap-
port avec le monde surnaturel* Son imagination était vive et fan-
tasque, et elle aimait à se placer dans des situations qui semblaient
confirmer les soupçons absurdes dont elle se faisait un amusement.
Il n'y avait pas de fin aux histoires auxquelles elle donnait lieu. Sa
première apparition au château avait formé une scène pittoresque,
et qui tenait presque du merveilleux. A la légèreté d'un enfant elle
joignait quelques fantaisies puériles; et tandis qu'elle encoora-
geait la circulation des légendes les plus extraordinaires, elle
avait avec les damés de sa colidiiion des tjuerelles sur \é rang et
911 GBiBUS LE TÉHÉKUKB.
It préatooe» objet n^el ks duMsde Wotpliaiia mt atmcM wk
lOQt t^D^ une grande îetperttuioe. Cela loi ooAta la nie^ car k
jeer dtt baptâmfi de ma paoïnre nèrèy la baronne d'Amheim me»
ralAubHesient , pendant «pt^irae compagme briUanfte était réame
dtae la cbapelle da châteaa pour aasieter à eette céréinemè. Oa
omt ^'eUe était auirte eaiipoisonnée par la baronne de Stetnfeldc^
ai»c qoi elle «fait en «ne violente querelle, priaeipalement ecea^
imiée pacee qa*«Ue afaik prie le parti de la oomteasef de Waldstt^
taia,, ion amie et sa campagne^ »
-- Haia Fepak » Tean ipi'en kd jeU an IpoatP dit Arthur.
-r- Abl répondit la baronne , je vois que vons déanrea connaître
rhisteîra véritable de ma (amilley dont on ne tous a appris que h
légende fid^olense* Quand mon i^cnfe perdit cennaissanGe, û était
tant naturel qn^on loi jetât de. l'eau an visage ; quant à Popale^
j'ai entendu dire qu'elle perdit son lustre en ce moment , mais on
assure que c'est une propriété de cette noble pierve lorsqu'un p<»
SM quelconque en approche. Une partie de la querelle ariiec la ht*
imae de Steiafeldt venak de ce que cette dama prétendait que h
belle Persane ne devait pas for\»r cette pierre » dont- un de mes
^cétres avait dépouillé sur le champ es bataille un Soudan ds
Trébisonde» Toutes cea ôroonstances se sont coniDnèues dans h
tradiûon» et les fidts réels sont devenus un iBonte de fée;
— Mais vous ne m'avez rien dit smr... sur..«
-^ Sur quoi?
— Sur votre apparition de la mût demièreu
~ — Est-il pess^Je qu'nn homme de bon sens, un Anglais , ae
puisse devine^ l'explication que j'ai à kn donner , quoique peo^
être eno^Nre vat pea obscure? Mon père, comme véna pouvesk
Sftvoir , a joué le rôle d'un homme important dans un pajs rempli
de troublaay et il a enaourula.lraine^ie plusieurs puissans persan*
qa^es; il est d(»ie*.oblîgé d'user de secret dana tons ses mout^
mens, et de ne pas se mettreea éridenee saaa néesmitë* ly aHlernSy
il avait de la répugnance à setrouveran fine de eon^finëre le Laa*
damw^« Il me fit donc nverlâr, quand, non entrâmes en AU»
magne, que j'eusse à allias le joindre tat premier signal que j'sa
recevrai^t et eesigeal devait être un petit craeifiK de bronse qâ
«^vaif appartenu; à mapauvre wàw^ Je.k tcouivai dana me dhambif
à Gfa^-liuat ,. a^ee^uae lettoe de nson[ père ,. qui m^indiquait oa
f$mt^ iiPeiAl; pennem^sef tir. Ge pansage auaîtyàird'écre'ssiidsk
CflÂlLIS LE TÉHrtRAHIE* 9t$
ment boadiéaffee despienres» mais it éutt facile de les déranger.
Je d»raia sortir pav là de mon appartement , gagner la porte da
skâteany et entrer dansie bois poarj aHertreaTornion père.
-rr-C'éudt aoe entreprise étrange et dangerèoee.
— Je n'ai jamais été pkis consternée qn'en reoevant cet ordre,
fOiqi'ebligeait à quitter en secret un oncle anssi bon qn'aflectionné,
poiB! aller je ne saiaoà. Mais. je ne pontais me dispenser d'obéir*
Le lien du ret^dec-TOos m'était ekirhaent e9i|Mqné. Une preme*
nade à minuit , dana les environs d'an endroit o j'étais sAre da
trouvée protection , n'étMt rien pour moi , mais la précaution qn*on
avait prise de placer des sentinéUes à la porte gênait mes projets.
Je fus obligée d'en faire confidence à quelqnes*uns de* mes cousins
Bîedemiany qui me promirent de me laisser passer et repasser sans
■le faire ancnne question. ¥006 connaisseï mes cousins , ils ont nii
MMD* excellent, mais leurs idées sont bornées , et ib sont tont
aos^i incapables d^un sentiment dé délicatesse généreuse /<[ue..»
quecertaines autres personnes. — Ici elle jeta un regard sur Annetto
Veikhem. — Ils exigèrent ^ne je cacbassem<m dessein à Si'gismond;
et comme ik cherchent .toujours à rire aux dépens de ce bon et
ample jeune IwBMne y ils inaîstèrent pour que>je passasse près de
lui de manière à lui persuader que j'étais un espnt , dans l'espoir
de s'amuser ^e la terreur que lui causerait ia Toe d'un être surna-*
torel. Je fus obligée de m'assura* de leur discrétion en consentant
à tout ce qu'ils me demandaient; et dans le Mï, j'avais trop de re*
gret de me dérober ainsi à mon oaale pour songer beaucoup à autre
chose. Mais je fas bien surpriéequand, Contre mon attente , je
TOUS treuTui de garde sur le pbnt au lien de'Sigisbaond. Je ne tous
demande pas quelles furoit tos idées en oe moment.
— Le^ idées d'un fou, d^un tripie fou. Si je ne l'avais pas
M , je voaa^aurms odsrt de vous escorter , et mes armes. . •
— Je n'aurais pas accepté votre protection. Le but de mon ex-
earsion devait , sous tous les rapports , rester secret. Je trouvai
mon père. Une entrevue- qa'ii avait eue avec Donnerhngel avait
changé la résolution qu'il avait fbroiée de m'èmtaiener avec lui cette
nuit même. Cependant je le rejÎNgnis ce Inatin 'de bonne heure ,
tandis qu'Arinette jouait mon rMe, et tenait ma place à la suite
de.ladéputatton suisse » n^n pèrone v<ouknt pas qu^on sût quand
et viee qui j'avais qui^ mou onetei 6t s6é escorte. Je n'ai pas
besoin de vous rappeler que je vous ai vu dans votre prison*
320 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
— Et que Toas m'ayez sairré la Tie , reoda la liberté*
— Ne me demandez pas la raison, de mon silence. J'agissais
alors d'après les ordres des antres , et >non d'après ma propre vo-
lonté. Ou favorisa yotre fuite ponr établir une communication
entre les Suisses qui étaient bors de la ville , et les soldats qui se
trouvaient dans l'intérieur. Après votre départ de la Férette, j'ap-
pris de Sigismond Biederman qu'un parti de bandits vovs poarsoi-
yait, vous et votre père» dads le dessein de vous dépouiller. Mon
père m'avait fourni le moyen de métamorphoser Anne de Geiers*
tein en baronne allemande ; je partis sur*le»champ , et je m'ap-
plaudis de vous avoir donné un avis qui a pu vous être utile.
— Mais mon père ? dit Arthur.
— J'ai tout lieu d'espérer qu'il est en sûreté. D*anti%s qnemoi
désiraient le protéger ainsi que vous, surtout le pauvre Sigis-
mond. F.t maintenant que vous avez entendu l'explication de tous
ces mystères, Arthur, il est temps que nous nous séparions, et
pour toujours.
— Que nous nous séparions ! et pour toujours I répéta Arthur
d'une voix qui semblait être un écho éloigné.
— Le destin le vent ainsi. J'en appelle à vous^néme. N'est-ce pas
votre devoir ? c'est aussi le mien. Vous (partirez pour Strasbourg
an lever du soleil, et... et... nous ne nous re verrons plus.
Cédant à une passion ardente qu'il ne put réprimer, Arthur se
jeta aux pieds d'Anne de Geierstein, dont la voix défaillante, en
prononçant ces derniers mots, prouvait clairement les sentimens
qui l'agi talent. Elle chefcba des yeux Apnette, mais Annette aTait
disparu en ce moment très critique i et pendant quelques secondes
sa maîtresse n'en fut peat-ètre pas fâchée.
— Levez- vous, Arthur, levez- vous, dit-elle; ilnefantpasvoos
abandonner à dos sentimens qui pourraient nous être funestes à
tons deux.
•^ Econtez-moi avant qpe je vous dise adieu. ••• adieu pour toa*
jours. On écoute la voix d'un accuséf quelque mauvaise que puisse
être sa cause. Je suis chevalier, fils et héritier d'un comte dontle
nom s'est fait connaître en Angleterre, en France, et partout oi
la valeur peut procurer de la renommée.
— Hélas! dit Anne d'une voix faible, je nfi soupçonnais qn0
depuis trop long-temps ce que vous m*a{yrenez. Mais levez-voos,
levez- vous, de grâce !
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 321
— Pas avant que vous ne m'ayez entendn , répondit Arthur en
lui saisissant unemain qoi tremblait » mais qui cherchait à peine à
se dérober aux siennes. Ecoutez-moi , ajouta-t-ii ayec la chaleur
d'un premier amour qui a renyersé les obstacles que lui oppo»
saient la timidité et la défiance de soi-même ; je conviens que
mon père et moi nous sommes chargés d'une mission très dan-
gereuse et dont Iq succès est douteux. Vous en apprendrez bien-
tôt le résultat; s'il est fatvorabley tous entendrez parler de moi
sous mouTéritable nom : si je succombe, je dois... je puis... oui,
je réclame une larme d'Anne de Geiérstein. Mais si j'échappe an
danger, j'ai encore un cheval, une lance, une épée, et vous en-
tendrez parler noblement de celui que vous avez protégé trois fois
contre des périls imminens*
— Levez- vous, levez-vous, répéta la jeune baronne, dont les
larmes commençaient à couler , et tombaient sur la tête de son
amant tandis qu'elle cherchait à le relever. J'en ai assez entendu ;
vous écouter serait le comble de la démence, et pour vous et
pour moi.
— Un seul ihpt de plus. Tant qu'Arthur aura un cœur , il battra
pour vous ; tant qu'il pourra lever un bras , ce bras sera prêt à vous
défendre et à vous protéger.
En ce moment, Annette rentra précipitamment.
— Partez! partez I s'écria-^ëlle. Schreckenwald est de retour;
il apporte quelques nouvelles terribles, et je crois qu'il vient de
ce côté.
Arthur s'était relevé au premier signal d'alarme.
— Si votre maîtresse court quelque danger, Annette, dit-il,
die a du moins près d'elle un ami sincère.
Annette regarda la baronne avec un air d'inquiétude.
— Maïs Schreckenwald I s'écria-t-elle;' Schreckenwald, l'in-
tendant de votre père, son confident I Réfléchissez-y bien I Je puis
cacher Arthur quelque part.
Anne de Geierstein avait déjà recouvré tout son calme, et elle
répondit avec dignité : '
—Je n'ai rien fait qui doive offenser mon père. Si Schreckenwald
est Fintendant de mon père , il est mon vassal. Je n'ai pas besoin
de lai cacher qui je reçois ici. As&cyez-vous , signor Arthur, et re-
cevons cet homme. Qu'il vienne sur-le-champ, Annette; qq'il
ai
222 GHÀBUa LE TEMaÉRAIRB.
nous £asae part des BoayeU«» ^'il apporte ; et âiftika qn^sa me
parlant ,. il se sowwniie. %D'il paris à aa maîtresao.
Arthar se rassit » feBda.ejMMe> plus fier d« choix qD'îi acisaitSait,
par la iiobkiiitrépidité4l'iuie)eiMie>persQiiiie «pu irenast deprcmyer
an instant auporavamt. Qu'elle élait snaeeptiblé daa aentâmeos les
plos doojL de son seste...
Annette , puisant uu.uowEean eourage daua la temeté de aa
msu tresse > sortît en battant des imint» et on diss^ià^denii-Toii:
— Après tout , jç vois que c'est qn^ue ebeee que d'élre baronne,
quand on peut soutenir sa dignité de cette maulère^u Gfunment ae
iait-il que. cet bomiue, grossier m'ait Mt une teUefrayaor?
CHAPITRE XXni.
L'affaire dont il faut trait«r à petit brait ,
Qai, comme les esprit*, marehe pendant b nnlt»
Bst tout a«tre qv* cell« ayant poar carppl&re
D'gUnr droit à «90 bat sans craindre la Inmièra.
La peâte compare attendit alom bardiment la présence de
Pintendant. Artbur, flatté et encouragé par la fermeté qu'Anne
ayait montirée lorstjue l'arrivée de cet iudividu avait été anjioncée,
réfléchit à la bâte sur le r&le qu'il devait jouer dans la scène qoi
allait avoir lien , et il résolut prudemment de n'y prendre une part
active et personnelle qu'autant qu'il verrait ^ d'après la çondaite
d'Anne de Geierstein, que cela pourrait lui être utile ou agréable,
n s'assit donc, à quelque distance d'elle, près de la table sar la-
quelle leur souper venait de leur être servi , déterminé à agir de
' û manière que les regards d* Anne lui feraient présumer la plus sage
et la plus convenable. Il cbercha en même temps à voiler la vive
inquiétude qu'il éprouvait, soUs l'apparence de ce calme respec-
tueux que prend un homme d'un rang inférieur quand il est admis
en présence d'une personne bien au-dessus de lui. De son côté , la
jeune baronne parut se préparer à une entrevue importante. Un
air de dignité succéda à Textrême agitation qu'elle avait montrée
QQAIILBS U TBMBiUIllE. «S
M réotmoïent • et, s'ocçupaat à traviuller à quekpiQ •avrage 4e
«on se^, die «a^iUa aussi altendre ayec tranquillité la viaite qui
avait diêfoaé sa MÛyaiita à eoQcayoir laat d'alarmea.
Ob enteucUt qoelqa'iui monter l'eacalier d'un pas précipitent
négaly oomme s'il eût été pressé et agité en même temps^ La
porte s'oeyrit, etkal Schreckeawiriil entra dans l'appartemeiit.
Les détails doimés à Philipson par leLandamman d'Uoderwald
eut déjà fait connaître en partie œt indiyida à nos leoleare. C'éi^t
wn bomme de grande taiUe» biea fait» et avec nn air militaire.
$on babil , semblable à celui que pt^taient alors en Allemagne les
hommes d'an raiig distingué , était lestonné , tailladé , et en g^
néral pies orné que oelui qui était adopté en France e| en Angle-
^erra, I^ {Aame de founoQ qm déeorait sa loque» sniyaut Tesage
omVersel, était attachée par nn médaillon d'er fui lia ^enNlit
4'agmfe. a pmtail wn pourpoint de peau de buffle» oomn# armure
défamye I mais 9 en phrase de tailleur» galonné sur tontes les cou-
lareas e| Ton voyait sur sa. poitrine une eha}ne d'or» emblème du
leiif ^'il <iceupail dans b maîtan du b^reo. Il entra à la h&t#,
d'iw fur méoQu^ul etaflUié» et dit d*uu tenaasea groasîer : ^^
•Goqnnenl, jeune damel QiieyeQt dire eem j Dpe élvang^pn» dansle
^dukeiiu à une pareille beure de hi imii; 1
Anne de Geiecstmni ipiotfn'ell* tàt été leog^tiiepe abseete ée
aen paya aatal, en eounais^ait parCaitonieni lea bebitudes et l^
usages ; et eÙe savait avec quellebauleur les JH^bki iMHÎeiKt seitir
leur enierité à tent ee qui dépendait d'emu
— £tee>Tous un Taseal d'ArubeiiHi bal Sehrec)c«ttwald? lui
dit-elle » et oses^yous parler à bi baronne d'Anibem» dans, a^n
propre ohateau » en éWant la Yoix » ayee un air iueelent et la i4te
eonyerte ? Songez à ce que yous âtes ; et quand yous m'aurez de-
mandé pardon de yotre impertinence « je pourrai écouter çe^e
yous ayez à me dire, pouryu que yous yous eipliquiezen termes
eonyenables à yotre oondition et à la mienne.
La main de Schreckenwald se porta à sa toque en dépit de lui-
même , et découyrit son front hautain.
— Pardon, noble baronne, dit-il d'un ton un peu plus doux , si
ma précipitation m'a fait parler d'an .ton trop brusque, mais le
cas est urgent. Les soldats du Rhingraye yiennent de se mutiner.
Ils ont déchiré le drapeau de leur maître , et se sont ralliés autour
d'une bannière indépendante qu'ils appellent l'enseigne de Saint-
324 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Nicolas. Ils déclarent qu'ils maintiendront la paix avec Diea , mais
qu'ils feront la guerre à tout lé monde. Ce château ne peut leur
échapper, car ils disent que la première chose qu'ils aient à feire^
€:3tde s'emparer d'une place forte pour s'y maintenir. Il faut donc
que vous partiez d'ici au point du jour. En ce moment , ils s'oe-
capent à boire le vin des paysans ; ils s'endormiront ensuite , mais
en s'éyeillant ils marcheront indubitablement vers ce château, et
TOUS pourriez tomber entre les mains de gens qui ne s'inquièteroiit
pas plus delà terreur qu'inspire Arnheim, que des fictions d'im
conte de fée, et qui ne feront que rire des prétentions de la
maîtresse du château à être honorée et respectée; *
— Est-il donc inipossible de leur résister ? Ce château est fort,
el il me répugne d'abandonner la demeure de mes pères sabs es-
sayer de la défendre.
— Cinq cents hommes de garnison pourraient suffire pour en
défendre les tours et les murailles ; mais l'entreprendre ayec nn
moindre nombre , ce serait le comble de la folie ; et je ne sais
comment m'y prendre pour rassembler une vingtaine de soldats.
Et maintenant que vous savez toute l'histoire, permettez-moi de
vous prier de congédier cet étranger,. bien jeune, à ce qu'il me
paraît, pour être admis chez une dame comme vous. Je lui moH-
trerai le chemin le plus court pour sortir du château ; car, dans
le cas urgent où nous nous trouvons, nous devons nous contenter
de songer à notre propre sûreté.
— Et où vous proposez-vous d'aller? demanda la baronne, con-
servant toujours à l'égard de Schreckenwald cet air d'autorité ab-
solue auquel il cédait avec quelques marques d'impatience, comme
un cheval fougueux trépigne sous un cavalier en état de le maîtriser.
-^ J'ai dessein d'aller à Strasbourg , c'est-à-dire si vous le trou-
vez bon , avec telle escorte que je pourrai rassembler d'ici au
point du -jour. J^espère que nous pourrons passer sans être
aperçus par les mutins ; et , si nous en rencontrons quelque déta*
chement, je crois qu'il ne nous sera pas difficile de forcer le passage.
— Et pourquoi préférez-vous chercher un asile à Strasbourg
plutôt qu'ailleurs?
— -Parce que je crois que nous y trouverons le père de Votre
Excellence , le noble comte Albert de Geierstein.
— C'est bien, répondit la jeune baronne. Signor Philipson, je
crois que vous parliez aussi de vous rendre à Strasbourg. Si cela
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 325
Tons conviçnty tous pourrez profiter de la protection de mon es^
corte poar gagner cette Tille, où vous devez rejoindre votre père.
On croira aisément qu'Arthur accepta avec grand plaisir une
offre qui devait prolonger le temps qu'il avait à passer dans la
compagnie d'Anne de Geierstein, et qui pouvait, comme sa vive
imagination le lui suggéra, lui fournir l'occasion de lui rendre'quel-
que important service sur une Iroute pleine de dangers.
Ital Schreckenwald voulut faire des représentations.
— Noble baronne, dit-il en donnant de nouvelles marques d'im-
patience...
— Respirez à loisir, Schreckenwàld , dit Anne , et vous serez
en état de vous exprimer distinctement et avec le respect conve-
nable.
Le vassal insolent jura entre ses dents , mais répondit avec une
civilité contrainte : »
— ; Permettez-moi de vous faire observer que notre situation
exige que nous n'ayons à songer qu'à vous seule. Nous ne serons
pas en trop grand nombre pour vous défendre , et je ne puis per-
mettre à aucun étranger de voyager avec nous.
— Si je croyais que ma présence dAt être nuisible ou même in-
utile à la retraite de cette dame , dit Arthur, rien an monde, sire
écuyer, ne pourrait me déterminer à accepter son offre obligeante.
Hais je ne suis ni une femme ni un enfant; je suis dans toute la
force de l'âge , et disposé à payer de ma personne pour la défense
de votre maîtresse.
— Si nous ne devons pas douter de votre courage et de votre
savoir-faire, jeune homme, répliqua Schreckenwàld, qui nous ré-
pondra de votre fidélité ?
-- En tout autre lieu , s'écria Arthur^ il pourrait être dange-
renx d'en douter.
Aune se hâta de les interrompre. — Puisque nous devons partir
âe si grand matin, dit-elle, il est temps d'aller prendre quelque
repos ; et cependant il faut nous tenir sur nos gardes en cas ^'alarmev
Schreckenwàld, je compte sur vos soins pour placer quelques
sentinelles sur les murailles. Je présume que vous avez assez de
monde pour cela; et éeoutez-moi bien. Mon bon plaisir, ma vo-
lonté est que cet étranger' loge ici cette nuit, et qu'il voyage de-
main avec nous. Votre devoir est d'obéir à mes ordres, et j'en
serai responsable à mon père» J'ai eu l'occasion de connaît]:e ce
SSB CtlAtlLES LE tÉMËRAmfi.
jeune homme et son père, qui ont passe quelque temps chez mon
onclA le Landamman. Vous le placerez à yotre côté penémt le
TdyagOy et je voos ordonne d'avoir poor loi aiita!&t de politesse
qtte le permettra la rudesse de totre caractère.
liai Schreekenwald la salua avec respect , mais en kii adressant
un regard plein d'ameitume qu'il serait difRetle de décrire ; car il
exprimait le dépit, an or^^eil humilié et nne seumissioti forcée.
Il obéit pourtant, et il oondaîsit Aithnr dans une chambre où il
trouva nu bon lit , qui , apf^s l'&^tation et les fiitîgues qu'il avait
éprouvées la journée précédente, ne lui fut nullement dés»
agréable.
Malgré l^impatience avec laquelle il attendait te poitft da joflr,
l'excès de la fatigue le plongea dans un profond sommeil qui da»
mit encore quand il fut éveillé, à l'instant oh te finnameat se tei-
gnait d'une couleur de rose du côté de l'orient, par 4a voix de
Sehreekenwald, qui s'écriait : — Debout, sire Anglais, debout, à
vous voulez payer de votre personne, eomaye vous vous en êtes
vamé. Nous devrions déjà être tn selle, et nous n'attendras pM
les paresseux.
Se lever et sliahiller ftit pour Arthur fat^re ë^ttù instant :
il n'oublia pas de mcftu^ sa cotte de maS^es, et de se munir des
armes nécessaires pour joueir un rôle actif dans l'escorte , S'ilélMt
nécessaire. Il courut ensuite à l'écurie pour faire seller son cheval ;
et comme il travel*8ait les corridors du rez-de-chaussée poar se
rendre dans la cour , il entendit Annette Yeilchem lui dîre à demi'^
TOix:
. -^ Par ici , signer PhiHpson ; j'ai besoin de vous parler. Et «a
même temps la jeune suivante lui fit signe d'entrer dans une petite
chambre où il se tronva seiïl avec elle. '
— N'avez-vous pas été surpris, lui dit-elle, de voiriiafa taaî*
tresse se faire si bien obéir par Ital Sehreekenwald ,_ tfni ft^ppe de
terreur tous les autres avec son^ir Csirouche et son le» bourra? H
me semble qu'il lui soit si naturel de commander , qv'to lieu d'elle
baronne elle devrak être impératrice. Il Caut^ue œ^ soit dû à la
naissance, après toat ; ear hier soif j'ai easaifé de prendre «rn air
imposant, comme ma maltresse, et, le eroirez-voiis , cett« brate
de Sehreekenwald m'a menacée de me jt^tel" par la fbnétre; msis A
jaMaass je retisis Martin Spremger, je saurai si le bras ^'un SnisflS
a <fe la fMNM > et s'il est en écsn de jouer du bfiteti^ Mais jfim'^oM»
cbahles le têhéraiiib. m
iû à jaser tandis qae je derrak Toas dire que ma maîtresse dësm
TOUS voir nà instant avant 4|ne nous mentions à cheval.
— Votre mattressei s'écria Aitbur en tressaiUant ; penr^ttoi
avez-Yons asam perdu le temps? Que ne me TaTCK-Tous dit pins
tôt?
— Parce que. je n'étais chargée que de tsos retenir iei jusqu'à
ce ^'elle viot» et... et hi voilà.
Anne de Geientein entra en ooetnme de rsyage. Annettey ton^
jomrs disposée a fure pour les aam»ee qu^Uenni^ vonla qu'on
fît poor ette, fit an meavement pour sortir de Tappartement ; mais
sa mutiesse, qui avait ^mleminent pris son pairti sur ce quHriio
aYait à dire on à faire, Ini'Oidonna positivement détester.
— Je snis sâre» dit-cUe, qne la signor PhiUpson imerpfétem
convenablonent le «entiment d'iiospitalité, je pvis dire d'amîtié,
qoi m'a eDa^iêchée dé sonffiîr qu'en le congédiât de mon ehâtean i
et qai m'a détermiiiéo à ko penneitve de m'accompagner snr la
Toote un peu dangereuse de Strasboufg. A la porto de cette ville ,
nous nons séparerons, BU>i ponr aller joindre mon père , vons
pour vons mettre sons les ordres da vdtre. A compter de ce mo^
ment , tout rapport finit entre aonsi et mms ne devons nons son^
vetnr l'un de l'antre que oonme aons pensons aux amis dont la
mort nous a privés.
— Il est de tendres souvenirs » dit Arthur d^un ton passionné ,
qui sont pins charsà nos cœmrs qae tons ceux qne k tombeau peut
nous offrir.
— Pas un mot sur ce ton , reprit la baronne. Tontj^ illusion doit
finir avec la nuit, et la raison doit s'éveiller avec Taurore. Encore
un mot. Ne m'adressez pas la parole snr la route; en le fiiisant
vous pourries m'e^qioser à des soupçons désagréables et injurieux/
vouis attirer des querelles » et courir des dangers. Adieu, notre
escorte est prête à monter à cheval.
Elle sortit de l'appartement, et y kmss Arthur en proie au dés*
appointement et à la tristesse. La patience , il oSa mémo dire k
manière fiiYorable avec laquelle ^ne de Geîerstein avait éeouté
la veille l'aveu de sa passion, ne l'avait pas préparé à l'air do
réserve et de retenue qu'elle lui montrait maintenant. Il ignorait
qu'un oœnr noble , quand la sensibilité et la passion l'ont écarté
un instant du sentier des principes ot du devoir, s'efforce de r&
parer cette faute en y rentrant sttr*le*champ, et en suivant pfam
328 CHARLES lE TÉMÉRAIRE/
exactement la ligne droite qu'il a un moment quittée. Il jeta XSt
regard douloureux sur Annette, qui, de même qu'elle était entrée
dans cette chambre avant sa maîtresse ^ avait pris la liberté d^
rester une minute après son départ ; mais il ne trouva aucune
consolation dans les yeux de la suivante^ qui semblait aussi décon-
certée qu'il l'était lui-même. ,
— Je ne puis concevoir ee qui lui est arrivé^ dit Annette; elle
me témoigne autant de bonté que jamais ; mais à l'égard de tout
aatre^ elle est baronne et comtesse jusqu'au bout des doigts. Et
maintenant voilà qu'elle commence à tyranniser ses propres senti-
mens, qui sont si naturebl Si c'est là de la grandeur, Annette
Yeilcheni .espère bien rester toujours une simple montagnarde ne
possédant, pas un sou : elle est maîtresse d'elle-même du moins;
elle est libre de causer avec son amoureux quand bon lui semble^
pourvu que la religion et la modestie n'aient point à se plaindre de
cette conversation. Oh! une marguerite placée dans mes cheveux
me paraît au-dessus de toutes les opales de l'Inde , si ces joyaux
nous obligent à faire notre tourment et celui des autres , et nous
empêchent de dire ce que nous pensons quand nous avons le cœur
sur les lèvres. JMais ne craignez rien y Arthur ; si elle a la cruauté
de vouloir vqus oublier , vous pouvez compter sur une amie , qui,
tant qu'elle aura une langue, et que Anne pourra l'entendre, la
n^ettra dans l'impossibilité d'y réussir.
.A ces mots,' Annette se retira après avoir indiqué à Arthur un
corridor par lequel il pourrait arriver à la cour des écuries. Il y
trouva son cheval sellé et harnaché, sdnsi qu'une vingtaine d'au-
tres. Douze étaient couverts d'une armure défensive, étant destinés
à un pareil nombre d'hommes d'armes, vassaux de la Bamille
^Arnheim, que le sénéchal avait réussi à réunir pour ce service.
Deux palefrois, distingués par la magnificence, de leurs harnais,
attendaient Anne de Geierstein et ssk suivante favorite. Les autres
chevaux étaient pour les domestiques et les servantes^ Au signal
qui fut donné, les soldats prirent. leurs lances et se placèrent
chacun près de sa monture , pu ils restèrent jusqu'à ce que la
baronne fût à cheval ainsi que ses dQmestiques-.Ils se mirent alors
en selle, et commencèrent à marcher à pas lents et avec précau-
tion. Schreckenwald était en avant, ayant à son côté Arthur Phi-
4ipson. Anne et sa suivante marchaient au centre de l'escorte,
suivies par la troupe peu belliqueuse des domestiques, et deux ou
CHARLES LE TÉftlÉRAIRE. 329
trois cavaliers expériQientés formaient l'arrière-garde, ayec ordre
de prendre les mesures nécessaires pour être, à l'abri de toute
surprise. , . *
Lors^'on fut en marche, la première chose qui surprit Arlhur
fut de ne pas entendre le son aigu et retentissant que rendent les
pieds des che^ux lorsque leurs fers sont en contact avec la pierre;
mais quand le jour commença à paraître, il s'aperçut qu'on leur
ayait soigneusement entouré les pieds de laine. C'était une chose
singulière que de voir cette petite troupe descendre le chemin
rocailleux qui. conduisait du château dans la plaine , sans faire
entendre ce bruit que nous sommes disposés à considérer comme
inséparable des mouyemens de la eavalerie, et dont l'absence
semblait donner un caractère particulier et presque surnaturel à
cette cavalcade.
Ils suivirent ainsi le sentier sinueux du château d'Amheim au
village voisin y qui, conformément à l'ancienne coutume féodale,
était situé si près de la forteresse, que ceux qui l'habitaient, lors-
qu'ils en étaient requis par leur seigneur, pouvaient en quelques'
instans accourir à sa défense; mais il avait alors des habitans tout
différens, étant occupé par les soldats révoltés du Rhingrave.
Quand l'escorte approcha de l'entrée du village, Scbreckenwald
fit un signe , et l'on fit halte à l'instant. Il marcha alors en avant,
accompagné d'Arthur,, pour faire une reconnaissance , tous deux
s'avançant avec mesure et circonspection. Le plus profond silence
régnait dans les rues désertes. On y voyait çà et là uxi soldat qui
paraissait avoir été mis en sentinelle, mais tous étaient profondé-
ment endormis.
— Les pourceaux de mutins I dit Schreckenwald. Quelle bonne
garde ils font, et quel joli réveil-matin je leur donnerais, si mon
premier objet ne devait pas être de protéger cette péronnelle aca-
riâtre I Etranger, restez ici tandis que je vais retourner pour faire
avancer l'escorte. Il n'y a aucun danger.
A ces mots, .Schreckenwald quitta Arthur, qui, resté seul dans
la rue d'un village rempli de bandits , quoique endormis en ce
moment, n'avait pas lieu de se regarder comme en parfaite sûreté.
Quelques rimes de chanson à boire, que quelque ivrogne répétait
en rcvant, ou le grondement de quelque chien du village, semblait
pouvoir servir de signal à cent brigands pour se lever et se montrer
à lui. Mais au bout de deux on trois minutes , la cavalcade silen*
SIO GHA^RLES LE TÉMÊRAHIB.
oMiey oondaile par Ital Schreekenwald, lerejoigin^ty et svmtflMi
cbef y en prenant les pins grandes précantions ponr se donner
aucune alarme. Tout alla bien'jusqu^à ce qu'ils arrivassent à
l'antre hwn ém TÎUa^; mais alors, quoique i^ Bemrèn^HmiUr^
qui y étak de garde iSm aussi i«rre «t aussi assoupi que ses compa-
gnons, «n gros chien oouehë près de lui fut plus y^ikiit. Dès que
la petite troupe «pprocha, Tanimal ponssa des hnrleraens furieux,
capables d'<éyieîtler les Sept-l>onKaQS ^, "et qui interrompîrenteffeo-
tivement le sommeil de son maître. Le ^dat prit sa carabine et
lâcha son «coup sans sav^ ni pourquoi, ni «outre qui. La balle
frappa pourtant le eheral d' Arthmr ; l'anmal temba , et la seati-
neÛe se précipita sur le euvalier renversé, soit pour le tuer, soit
pour le fiiire prisonnier.
— En ayant , soldats d'Amheim ! s'écria SchrectkenwaM ; ne
songez qu'à 4a sftreté de votre wattresse 1
-^ ArrèteE ! je tous ^ordonne ; secourez l'étranger! sur TOtre
yie f s'écria Anne d'une voix qm , -quoique natnréUement douce , se
£c entendre , comme le son 4'un clairon d'argent , de tous ceox
qm l^entoursûent. Je ne ferai pas un seul pas qu'U ne -soit hors de
danger.
SohreciBenwald Avait déjà îmX, sentir l'aiguillon à son eooràer ;
mais voyîmt qu'Anne révisait d'avancer, il revint sur ses pas,
saisit mi cheval sellé et bridé qui était attaché à'un piquet, en
jeta les rênes à Arthur, et poussant le sien en même temps entre
l'Anglais et le soldat , il força 'celui*ei à lâcher prise. A l'instant
même Pfailipson se mit en selle , «t le lansquenet se précipitant
encore sur lai pour le saisir, il prit une hache d'ames qui était
suspendue à l'arçon de la selle de sa nouvelle monture , et lui en
porta un coup qui le renversa. Toute la tronpe partit alors as
galop, car l'alarme commençait à se répandre dans le village, et
l'on voyait quelques soldats sortir des nmisons , et se disposer à
monter à cheval. Avant que Schreckenwald et le eortége eussent
&it an «dlle , Us entendirent plus <Pnne fois le son des cors, et
«
i: Lîtténrteiuent , «c«e)ui qui -porte irao pean A'vnrs , sobrîqti«t tjuVn donne aux soldats «Ih*
maads. (JVa(« dt V Auteur.) — C'est on terme de i^épm.J
a. Cette allusion aux Sept Dormans revient souvent dans les romans de Walter Scott, C'est an*
lé^eade duétienne , qui à passé d«iia le««iMet//«ar oiienttU Scm» teaAguc de Diéeina , des jeunes gem
Balnm «Sans to paraG» ^e Bbhomet.
GHARLBS UE TÉHERUBS. tôt
étant amTés sur le ha«t d'une jéntnence doBÛnant le TîHage» le
chef 9 qui , pendant oette seiraiie, s'éudt placé à rarriàre^garde,
& haUe poor reconnaître l'ennemi laîaaé en arrière. Tool était en
confusion et en tomuke dans la rue , mais on ne paraissait paa 99
flippoflrr à ka po9rsai?rcu SohreckftnwaU conlînva donc sa roule
le kmg de la rivière^ aai» pourtant aller aasee TÎte poor mettan»
hanes de sorvîoa le pins manYaia cheTal do t#«te la troupe*
Aptèa jiiaê de deux heures de marche » Sobrecàeawald reprit
aaaea de confianee pour cHrdonner «ne halle derrière un petit boii'
qoHSOitirrait sa Ireope , afin que les cheranx et les cayaliers puaaenl
se repoasr et prendre quelqne nfinrriinre ; car il arait en soin de
se ttnnir de fourrage et de provisic»». Après nwir en une courte
emyenation avec la baronnet ^ rerint trouver son compagnon de
ToyàgOy qu'il contiauait à traiter avec une eiviàîté grossière. B
TinTita même à partager les rairaitofaisseniens dont il était penrvu ,
et qiâ notaient pas pfa» recherehés que ceux des simjdes cMm^
litts , mais qui étaient accompagnés d'un flacon de TÎn plus choisi.
^^ A votre saaté> mon frère , ditnil à Arthor ; si vous racontes
avec vérité l'iiistoire de notre voyage , vous conviendrez que Je
me sniscondnità veiartt<égard en hon camarade, ily a denx heures ,
en traversant le village d'Amheim.
— Je ne le nierai jamais , Monsieur, répondit Arthur Philipson »
et je vem remercie de m'avoir seeoara fort à prefos.; n'impMte
q«e vcons l'ajrea fait par ordre de votre maîtresse , ou de votre
propre volonté.
-^ Oh ! ohl l'emiJ s'écria Sdupeckenwald en riant ; vous étesun
philosophe , et veospouves faire des distixiGtions pendant que voire
cheval eit abattu sur vous et qu'un Baafvn-Hdntêr vous tient le
sabre sur la gorge 1 £h bien I puisque. votre esprit a fait cette dé*
couverte , je me soucie peu que vous sachiez que je ne me secais
fait ancmi sornpule de sacrifier vingt figures imbert>es cenmie la
vôtre , plntèt que de laisser courir le moindre danger à la jeune
baronne d'AtnheJun.
-t** Ce sentiment est si juste ^qne je ra|)pronve, répliqua Phi-
lipson >, qnoiqiœ vous enssieE pu l'exprimer d'ane manière nmins
grossière*
En faisant oette réponse^ Artfaiar, piqoé de l'insolœccf de
SdhreekenwaUL» éleva un peu la voix. Cette circonstance lut re-»
mnrfaée» om au même instœt Aonette VeilcheBi arriva près
333 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
d'eux f et lear ordonna à tons deox , de la part de sa maîtresse , de
parler pins bas , on plut&t de garder tont-à-Mt le silence.
— Dites à votre maîtresse que je vais être muet, répondit
Arthnr.
— Notre maîtresse , la baronne , continua Annette , en àppnyant
sur ce titre y auquel elle commençait à attribuer l'influence d'un ta-
lisman; la baronne, Yous dis<je, prétend que le silence est très
important à notre sûreté;; car il serait dangereux d'attirer sm
cette petite troupe fugitive l'attention des voyageurs qui peuvent
passer sur la route pendant que nous faisons cette halte indispen-
sable. Les ordres de la baronne sont donc que vous continuiez à
fournir de l'occupation à vos dents le plus vite possible , mais que
vous vous absteniez de donner de l'exercice à vos langues jusqu'à
oé que nous soyons en lieu de sûreté.
— La baronne est prudente , dit Ital Schreckenwald , et sa sm>
vante a de l'esprit. Annette , je bois un verre de vin de Ruders-
beimer à la continuation de sa sagacité , et à celle de votre ai-
mable vivacité. Vous plaira-t-il de m'en foire raison ^ en buvant
avec moi?
— Fi donc y tonneau allemand! fil flacon de vin éternel!
Avez-vous jamais vu une fille modeste boire du vin avant le
'^ner?
— Eb bien ! tu n'en éprouveras pas les inspirations généreuses;
conteute-toi de nourrir ton humeur satirique avec du cidre adde
ou du petit-lait aigre.
Après avoir pris quelques instans pour se rafraîchir, les voya-
geurs remontèrent à cheyal , et ils marchèrent avec une telle célé-
rité , que f long-temps avant midi, ils arrivèrent à la petite ville
fortifiée de Kehl, située en face de Strasbourg sur la rive droite
du Rhin.
C'est aux antiquaires du pays qu'il appartient de découvrir si
nos voyageurs firent la traversée de Kehl à Strasbourg par le cé-
lèbre pont de bateaux qui sert aujourd'hui de moyen de communi-
cation entre les deux rives , ou s'ils passèrent le Rhin de quelque
autre manière ; il nous suffira de dire qu'ils le traversèrent en
sûreté. Dès qu'ils forent sur l'autre rive , soit que la baronne crai-
gnît qu'Arthur n'oubliât l'ayis qu'elle lui avait donné , qu'ils de-
vaient se séparer en cet endroit, soit qu'elle crût pouvoir lui dire
encore quelques mots à l'instant de le quiuer , Avant de remonter
CHARLES LE TEMERAIRE. 333
achevai, elle s'approcha du jeune Anglais y qui ne prévoyait que
trop ce qu'il allait entendre.
— Jeune étranger, lui dit-elle, je dois maintenant tous faire
mes adieux. Mais permettez-moi d'abord de tous demander si tous
saTez où. tous dcTCz chercher TOtre père?
— Il m'a donné rendez-TOUS dans une auberge à renseigne dû
Cerf- Ailé , répondit Arthur aTec un ton d'accablement ; mais je
ne sais pas dans quelle partie de cette grande Tille elle se trouTe.
— Connaissez-Tous cette auberge, Ital Schreckenwald?
— Moi, noblebaronne ! non. Je ne connais ni Strasbourg, ni les
auberges de cette Tille ; et je crois qu'aucun de nos gens n'est plus
saTant que moi.
— Do moius TOUS parlez allemand ainsi qu'eux, reprit la ba-
ronne d*un ton sec, et tous pouTCZ prendre des renseignemens
plus facilement qu'un étranger. Chargez-TOus-en, Monsieur, et
n'oubliez pas que l'humanité pour un étranger est un devoir re-
ligieux.
En IcTant les épaules de manière à prouTer que cette mission ne
loi plaisait guère, Ital alla &ire quelques enquêtes; et quelque
courte que fût son absence, elle fournit à Anne de Geierstein Toc-
casion de dire en secret à Arthur : '— Adieu ! adieu I Acceptez ce
gage d'amitié et portez-le pour l'amour de moi. Puissiez«T0usétre
heureux!
Ses doigts déliés lui glissèrent dans là main un très petit pa«
qnet. Il se retourna pour la remercier, mais elle était déjà à quel-
que distance , et Schreckenwald, qui Tenait de reprendre sa place
à son côté , lui dit aTec le ton dur qui lui é tait ordinaire : — Allons;
venez I j'ai trouTé TOtre lieu de rendez-TOUS, et je n'ai pas le'loisir
de jouer long- temps le rôle de chambellan.
n précéda Arthur, qui, monté sur son coursier, le suiTit en
silence jusqu'à un endroit où une grande rue coupait à angle
droit celle qu'ils aTaient prise en quittant le quai où ils avaient
débarqué.
— Voilà le Cerf-Ailé, lui dit alors Ital en loi montrant une
grande enseigne attachée à une énorme charpente en bois , et qui
s'étendait presque sur toute la largeur de la rue. Je crois que Votre
intelhgence pourra vous suffire pour guide , avec une telle enseigne
devant les yeux.
A ces mots, il fit retourner son cheval, sans &ire d'autres
S3t CaUBLBS LE TÉMÉRAIBB.
mËfearwajmutétnÊÈgetf et retoagoa joindre ga iMJIfPiit tm
escorte.
Les ymx d'Artiwr s'vrritèrent «i ifetunt nv le mêoie grwipe,
mais presque aassitftt le souTemir 4» son père se présesla à mi
€sprity et pressant la mardie te senehevmt iatigaéil arriva à l'as-
fcârge dn Ger&Ailé.
CHAPITRE XXIV.
IfOK^iM df'«oie «id'or mes jonn iUMBtili|t
J«#i<ffMrft. a ait wal, tarife Ml* àBflilM»i
M^ia mop jProntavjparA'hai, anurbc ^miff>màl9*
Ife «'offre pl«M à toas eeint «• baadMa II» l«l.
C»m«aw.to4artMn»iVWaw.tj»4>w
Me montrer rési|;iiée à moa haoïble ferUmt.
Us ▼oyagem qaî allaiml loger à Tlidiellvia du (hrMiiiit
Stfaabonrg n'y trauvakni gnèie plus de paliteaca et ptod'it^
Ikm pour Irara b^smiia el famra aisas 4|m eliw MMfi^ M
tontes les antres anberges de l'Empire germanique àcett# é(fff^
m»B la jaonesfta a( la konM mim ^Arthar VMlipMBf «0^
atancea qui ne nanqnent jaipus aaifii asaiiqiia«t laimwaft daift*
4oîre qnelqoe eff^t sor le bea» aaaa> awwi asaflad*inlaaiA<»^
ne petite ytmgfinm dont les joaes wmeUaa étaient m^^
tfnne donble iosaetle et dent les yen étaient biens et Itp^
blanche. C'était la fille de l'anb^rgiste du Ger<*Ailé , neiUari4>^
son embonpoint retenait snr sa cbaiae de ohéne dans le itM* ^
aoKmtra an jeune Anglais une oendeseenduica qd étsit prewp^
une dégradati<m ponr la raoe privilégiée à laqudle alla apparte-
naijt. Non-seulement elle mit ses légers brodequins et le bas ^'^
jambe bien tournée en danger de se salir , an travorsant la <^^
ponr luir montrer une écurie dispanÂbley mais Arthur Ifâ *1^
demandé des nouvelles de son père, elle daigna se rappeler (f^^
voyageur semblable à celui dont il. lui faisait la description ^tait
venu loger le soir précédent au Cerf-Ailé, et avait dit qu'il y a'*"'*'
dait un jenne homme i son compagnon de voyage.
GBiRUES LE TEMÉRAmit. ||5
-^ Je ¥«13 VM& l'tnyQyer, beau airei répsoi^t U petite ym^*
^0 avec un souiire qm» û Voa doit jnger du prix d'im sourire pet
sà rareté » devait passer pour inestimable*.
Elle tiAt sa parole. Au boel de qoelques inalans Pbilipson mftiEa
dans l'écurie , et anrra son âls dans ses bras.
— Mon filsl mou cher filai a'éeria l'Auflais, dont le stoïoisQie
eéda à sa sensânlité naturdle et à sa tendresse patemeUe, tous
êtes pour moi le bienvenu en tout temps ; mais yoQS l'éles double-
ment dans un moment d'inquiétude et de danger» et encore da-
vantage dans un instant qui amène précisément. la crise de notve
destinée. Dans quelques heures je saurai ce que nous devons at-
tendre du duc de Boorgogue, Avea * voue le gage iiqK>rtaiit q^e
vous savez?
ta maiu d'Arthur eh^rcba d'^rd ee qui» dava les deux iOM»
lui touchait le coour de plus près» le gage d'amtié qu'Anne lui awt
donné mi le quittant ; mais il retrouva sa |»*ésence d'esprit sur4e-
dtamp, et il remit à son père 1a petite bëîle qui avait été perdue
et recouvrée d'une maniàre si étrange à la F#etle»
*^ Depuis que voks ne l'avez vu » lui 4it-il , il a eoiiru dea risques
ainsi que moi» J'ai reçu rbospitalité dans un château h^ nqit der-
nière» et ce matin un corps de lansquenets des environs s'est in-
surgé parce qu'il ne reeevait pas «a paie* Im hebitam du ehatean
ont pris la fuite pour échapper ù teuc violence» efc oomme mm
passions au point du jour près de ceamq^iu wt-^awign éimUff fcnie
a tué sous moi mon pauvre cheval » et j'ai été obligé » par voie d'é»
qhange , de me contenter de cette lourde mouture iwuawdPn avec
sa seUe d'acier et son mauvais chanfrein»
•^ Notre route est parsemée d'écueils » et j'en ai aussi reuoontvé
ma part » car j'ai couru un grand danger » lui répondit son père
sans lui en expliquer la nature» dans une auberge où j'ai pai>sé la
nuit dernière; mais j'en suis parti ce matin » et je suis arrivé ioi en
sûreté. J'ai enfin obtenu une escorte pour me conduire au camp
du duc , près de Dijon » et j'espère avoir une audience de lui ce
soir. Alors y si notre dernier espoir nous est ravi, nons nous ren-
drons à Marseille; nous nous y embarquerons pour l'île de Candie
ou pour celle de Rhodes » et nous exposerons notre vie pour la
défense de la chrétienté , puisque nous ne pouvons plus combattre
pour TAngleterre.
Arthur entendit ce discours de mauvais augure sans y rien ré-
336 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
pondre ; mais il fit sur son cœur une impression aussi profonde que
celle que produit sar l'esprit d'un criminel la sentence d'un jage
qm le condamne à passer en prison le reste de son existence. Les
cloches de la cathédrale commencèrent à sonner en ce moment, et
rappelèrent à Philipson le deyoir qui lui prescrivait d'entendre la
messe, qu'on célébrait à toute heure dans quelqu'une des chapelles
de ce magnifique édifice. Il aftnonça son intention à son fils; et
Arthur le suivit.
En approchant de la cathédrale, nos voyageurs trouvèrent leor
chemin obstrué^ comme c'est l'usage dans les pays catholiques ^
par une foule de mendians des deux sexes , attroupés autour da
portail pour fournir aux fidèles l'occasion de s'acquitter du devoir
de l'aumône, devoir si positivement enjoint par les préceptes de
leur Eglise. Les deux Anglais se débarrassèrent de leurs importa-
nités en donnant, comme c'est la coutume en pareille occasion,
quelques pièces de petite monnaie à ceux qui semblaient être dans
le plus grand besoin et mériter davantage leur charité. Une grande
femme qui était debout sur la dernière marche du perron , près da
portail , tendit la main à Philipson, et celui-ci, frappé de son exté-
rieur, lui présenta une pièce d'argent , au lieu de monnaie de enivre
qu'il avait distribuée aux autres.
— Quelle merveille I s'écria-t-elle , Mais de manière à n'être en-
tendue que de lui , quoique Arthur Tentendît également; oui, c'est
un miracle 1 Un Anglais avoir encore une pièce d'argent , et être
en état de la donner aux pauvres I
Apthur remarqua que le son de la voix de cette femme , on les
paroles qu'elle venait de prononcer, faisaient tressaillir son père;
et, dans le fait , il trouvait lui-même dans ce discours quelque
chose qui était au-dessus de la portée d'une mendiante ordinaire.
Mais, après avoir jeté un coup d'oeil sur celle qui venait de parier
ainsi , Philipson entra dans l'église , et donna toute son attention
à la messe qu'un prêtre célébrait dans une chapelle d'une des ailes
de ce splendide édifice, et qui^ d'après le tableau placé au-dessus
de l'autel, était dédiée à saint George, ce saint militaire dont la
véritable histoire est si obscure, quoique sa légende populaire Tait
rendu un objet de vénération toute particulière pendant les siècles
de la féodalité. La cérémonie commença et finit avec toutes les
X. k. cette époqaeil y arait peu de pays non-eatholîqaes. Depuis la réforme f la (a*9 dêtpnff**
explique comment les mendians sont moins nombreux en Angleterre.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 337
formes d'asage. Le prêtre officiant se retira avec les enfans de
chœur qui avaient servi là messe ^ et qubiqae quelqn<^s - uns des
fidèles^ qui avaient assisté à cette solennité restassent encore occu-
pés à finir leur chapelet on à Caire qucflques prières particulières ^
la plupart sortirent de la chapelle, soit poor passer dans une autre^
soit pour aller s'occuper de leurs affaires.
Mais Arthur remarqua que ^ tandis qu'ils s'en allaient les uns
après les autres ^ la grande femme à qui soapère avait donné une
pièce d^argent continuait de rester à genoux devant l'autel , et il
fat encore plus surpris que son père, qui, comme il le savait, avait
de fortes raisons pour ne donner alors à la dévotion que le temps
nécessaire pour s'acquitter des devoirs prescrits par la religion ,
restât également agenouillé, les jeux fixés sur cette mendiante qui
avait la tête couverte d'un grand voile, et dont on aurait dit que
les mouvemens devaient déterminer les siens ; mais il ne se pré-
senta à son esprit iaucuné idée qui pût le mettre en état de former
la moindre conjecture sur les motifs que pouvait avoir son père
pour agir ainsi. Il savait seulement qu'il était occupé d* une négo-
ciation critique et dangereuse qui pouvait éprouver de l'iuflaence
oa quelque interruption de différons côtés ; il savait aussi que la
méfiance politique avait tellement pris l'éveil en France/ en Italie
et dans la Flandre, que les agens les plus imporlatis étaient sou-
vent obligés de. prendre'les déguisemens les plus impénétrables ,
afin de s'introduire , sans donner lieu à aucun soupçon , dans les
pays où leurs services étaient nécessaires. Louis XÏ surtout, dont
la politique singulière semblait jusqu'à un certain point imprimer
nn caractère particulier à ce siècle, était connu pour avoir déguisé
ses prineipaut émissaires sous les divers costumes de moines men-
dians, de ménestrels, d'Egyptiens, et d'autres voyageurs privilé-
giés du plus bas étage.
Arthur en conclut donc qu'il n'était pas invraisemblable que
cette feinme fût, comme son père et lui, quelque chose de plus
que ses vétemens ne l'indiquaient, et il résolut de bien observer
la conduite de son père, et de régler la sienne en conséquence.
Enfin une cloche annonça qu'une grand'messe allait être célébrée
an grand autel , et ce son fit sortir de la chapelle de Saint-George
tons cenx qui y restaient encore, à l'exception du père et du fils ,
et de la femme qui était toujours agenouillée en face d'eux. Quand
tous les autres en furent partis, la mendiante se leva et s'avança
V
388 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
▼0» PhiUptotite Celui-ci , croisant les bras sur sa poitriae et bais-
aant la têtCi dans une altitude humble et riespectueuse que sou fils
ne l'avait jamais tu prendre^ parut attendre ce qu'elle avait à lui
dire, plutôt que se disposer à lui adresser la parole*
Elle s'arrêta un instant» Quatre lampes allumées devant l'image
du saint jetaiient une faible clarté sur son coursier et sur êm ar-
mure, car il était représenté transperçant le drageon , dont les ailes
étendues et le cou gonflé de fureur étaient à peine visibles loas
leurs Payons ; le peu de jour qui régnait dans le reste de la cha-
pdle était dû au soleil d^automne, qui pouvait à peine pénétra
travers les vitraux peints dé la fenêtre longue et étroite qui en
formait la seule ouverture extérieure. La lunûère sombre et in-
certaine qu'il produisait, chargée des diverses couleurs des vi-
traux , tombait sur la taille majestueuse 'de cette femme, qui sem-
blait pourtant abattue et accablée, sur les traits mélancoliques et
inquiets dé Philipson, et sur ceux d'Arthur, qui, avec Finté-
rét ardent de la jeunesse, soupçonnait et prévoyait des suites ex-
traordinaires d'une semblable entrevue.
Enfin elle s'apprbcha du colé de la chapelle où Arthur était
aVeè son père, comme pour pouvoir s'en faire entendre plue dis-
tinctement sans être obligée d'élever la voix plus qu'elle ne l'avait
fiiit en parlant à Philipson d'un ton grave et solennel à la porte de
l'église.
— Yénérez'^as ici, lui demanda-t^lle, le saint George de Bour-
gogne ou le saint George de la joyeuse Angleterre, la fleur de la
die Valérie?
— Je vénère, répondit Philipson les mains toujours humblement
croisées sur son eœur^ le §aint auquel cette chapelle est dédiée, et
le Dieu près duquel j'espère en son intercession, soiti«», soit dans
ifton pays natal.
-^ Oui ) vou94tfèiiie, vous qui avez fak partie du miroir de la
i^vaferie, Vous pouvez bublier ee que vous avez vénéré dans la
chapelle royale de Windsor; vous pouvez^ vous-méine, oublier
que Vous y avez, fléchi un genou ^ entouré de la jarretière, dans on
lieu oà des rois et des princes étaient agenouillés autour de vous,
tods pouvez Toublier, et offrir vos oraisons dans une chapelle
étrangère, sans avoir lé cceur troublé pat la pensée de ce que vous
utes été; j^er comme un pauvre paysan pour avoir du pain
et conserver l'existence pendant le jour qui passe sur votre tête 1
CaURLES LE TÉMÉRAIRE. 339
— Madame» à l'époqne où je pouvais avpir le plus de fierté , je
n'étais devant l'Etre auquel j'offrais mes prières que comme un
vermisseau couvert de poussière. Aujourd'hui je ne suis ni plus
ni moins à ses yeux , quelque dégradé que je puisse paraître à ceux
de mes semblables.
— Ck)mment peuvtu penser ainsi? et pourtant il est heureux
pour toi que tu le puisses. Mais que sont tes pertes, comparées
aux miennes ?
Elle foti^ la main à son front y et parut un instant livrée à à^
souvenirs accablans.
Arthur s'approcha de son père et lui demanda à voix basse, mais
avec un intérêt irrésistible : — Mon père, qui est celte dame ? se-
rait-ce ma mère?
— Non, mon fils , répondit Philipson ; silence, pour l'amour de
tout ce qui vous est cher, de tout ce que vous regardez comme
sacré.
La question et la réponse avaient été fiâtes à demi-voix , cepen-
dant cette femme singulière avait entendu l'une et l'autre.
— Oui, jeune homme, dit-elle, je suis, j'ai été, devrais-je dire,
votre mère , la mère, la protectrice de tout ce qui était noble en
Angleterre : je suis Marguerite d'Anjou.
Arthur flédût le genou devant la veuve intrépide d'Henri VI ,
qui avait si long^l^mps , et dans des circonstances si désespérées ,
sotttoau par un oourage déterminé et par une politique profonde,
la cause chancelante de son faible époux ; et qui, si elle avait quel-
quefois abusé de la victoire en se livrant à la vengeance et à la
cruauté , avait expié cette faute, en partie , par la résolution in-
domptable avec laquelle elle avait bravé les plus terribles orages
de faâv^vsité. Arthur avait été élevé dans les sentimens du plus
entier dévouement pour la maison alors détrônée de Lancastre,
dont son père avait été un des plus nobles appuis; et ses premiers
eatploitB, qui , ^pmqiie si malheureux, n'avaient été ni obscurs ni
méprieiaMee, atai^Bt eu lieu pour cettç cause. Avec un enthou-
siasBR appartenant à son âge, et qui était aussi la suite de son
éducation, il jeta sa toque par terre au même instant, et se préci-
pita aUx i^iadsde son infortunée souveraine.
M argaterite rej^a en arrière le voile qui cachait ses traits nobles
et nMfjeatueux. Bile avait encore des restes de cettie beauté célé-
brée autrefois comme sans égale en Europe , malgré les torrens
3iO CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
de larmes qni avaient sillonné ses joues, malgré Pinqaiëtude,
les chagrins domestiques et l'orgueil humilié, qui avaient en partie
éteint le feu de ses yeux et privé son front de son caractère de
dignité. La froide apathie qu'une longue suite d'infortunes et d'es-
pérances trompées avait fait naître dans le cœur de cette malhea*
rense princesse , céda un instant à la vue de l'enthousiasme de ce
beau jeune homme. Elle lui tendit une main qu'il baisa en l'arro-
sant de larmes, et elle passa l'autre, avec la tendresse d'une mère,
sur les boucles de ses cheveux , tout en cherchant à le relever.
Pendant ce temps, son père ferma la porte de la chapelle , s'y ap-
puya, s'éloignant de ce groupe intéressant, pour empêcher qu'aa-
cun étranger ne vînt à entrer pendant une scène si extraordinaire.
— Ainsi donc, beau jeune homme, dit Marguerite d'une voix
dans laquelle on pouvait remarquer là tendresse d'une femme
combattant, d'une manière étrange , contre la fierté naturelle du
rang , et contre l'indifférence calme et stoïque causée par tant de
malheurs; ainsi donc tu es le dernier rejeton de ce noble tronc,
dont tant de belles branches sont tombées pour liotre malheureuse
cause. Hélas ! que puis-je faire pour toi? Marguerite n'a pas même
une bénédiction à donner 1 Son destin est si cruel qu'elle maudit
en bénissant ; elle n'a qu'à te regarder et te souhaiter du bonheur
pour rendre ta perte prompte et sûre. C'es( moi , moi , qui ai été
le fatal arbre à poison dont l'influence a détruit toutes les belles
plantes qui croissaient autour de moi et à mes côtés I j'ai causé la
mort de tous mes amis , et cependant la mort ne peut me frapper
moi-même!
— Ma noble et royale maîtresse, dit le père d'Arthur^ que votre
cœur qui a supporté tant de malheurs ne se décourage pas main-
tenant qu'ils sont passés, et que nous avons du moins l'espoir de
voir arriver un temps plus heureux pour vous et pour l'Angle-
terre.
— Pour r Angleterre ! pour moi! noble Oxford , dit la reine dé-
solée ; si le soleil pouvait me revoir demain assise sur le trdne
d'Angleterre , qui pourrait me rendre ce que j'ai perdu? Je ne
parle ni de richesse, ni de puissance, elles ne sont rien dans la
balance; je ne parle pas de cette armée de nobles auiis qui ont
péri pour me défendre moi et les miens, les Somersets, les PercySi
les Straffords, les ClifTords: la renommée leur a assigné une place
dans leâ annales de leur pays; je ne parle pas de mon époux 9 il à
CHARLES LE TÉMÉRAIHË. 341
échangé la situatioA d'an saint souffrant sur la terre, pour celle
d'un saint dorifié dans le ciel. Mais, ô Oxford, mon fils, mon
Edouard I m'est-il possible de jeter les yeux sur ce jeune homme
sans me rappeler que votre épouse et moi nous leur avons donné
la naissance une même nuit? Combien de fois n'ayons-nous pas
cherché, elle et moi, à prévoir leur fortune future, et à nousper»
suader que la même constellation qui avait présidé à leur naissance
verserait une influence propice et bienfaitrice sur toute leur vie
jusqu'à ce qu'ils pussent recueillir une riche moisson d'honneur et
de félicité I Hélas 1 ton Arthur vit ; mais mon Edouard , né sous les
mêmes auspices , repose dans une tombe ensanglantée?
Elle se couvrit la tête de sa mante , comme pour étouffer les cris
et lesgémissemena que ces cruels spuvenirs arrachaient à sa ten-
dresse maternelle. Philipson, ou le comte d'Oxford exilé , distin-
gué, conune on peut le dire , dans un temps où l'on avait vu tant
de personnes changer de parti , par un attachement fidèle et loyal
à la maison de Lancastre, vit qu'il était imprudent de laisser sa
souveraine s'abandonner à cette faiblesse.
— Madame , lui dit-il , le voyage de la vie est celui d'une courte
journée d'hiver; et soit que nous profitions ou non de sa durée,
il n'en faut pas moins qu'elle se termine. Ma souveraine est,. j'çS'
père, trop maîtresse d'elle-même pour souffrir que le rçgiçel; du
passé l'empêche de pouvoir tirer parti du présent. Je s^is ici ^ar
obéissance à vos ordres; je dois voir avant peu le duc de Boui;-
gogne ; s'il se prête aux impressions que nou^ désirons lui donner^
il peat arriver des évènemens qui changeront notre tristesse en
joie. Mais il faut saisir l'occasion avec autant de prompiit;ude que
de zèle. Informez-moi donc , Madame , pourquoi Votre Majesté est
venue ici déguisée, et au risque de plus d'un danger. Sûrement ce
n'était pas seulement pour pleurer sur ce jeune homme que la noble
reine Marguerite a quitté la cour de son père, sous ce vil costume^
et , laissant un lieu où elle était en sûreté, est venue dans un pays
où elle court du moins quelques risques, si elle n'est pas positive*
ment en péril.
— Vous vous jouez de moi , Oxford , répondit la malheureuse
reine , ou vous vous trompez vous-même , si vous croyez revoir
encore cette Marguerite qui ne prononçait jamais un mot sans
quelque raison, et dont la moindre action était déterminée par un
motif. Hélas I je ne suis plus la même]!! La fièvre du chagrin, en
342 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
me faisant haïr lé lieu où je me trouve, me ehasse vers un autre
par une irrésistible impatience d'esprit. Je suis en sûreté» dites-
Vous, à la tour de mon père; mais est-elle supportable ponr une
làme comme la mienne? Une femme qui a été privée du plus noble
et du plus riche royaume de FEurope , qui a perdu des armées de
nobles amis , qiii est épouse sans mari et mère sans enfens , sur qui
le ciel a versé les dernières gouttes de son courroux , peut-elle s'a-
baisser à être la compagne d'un faible vieillard qui trouve dans les
sonnets et la musique , dans des folies et des futilités, dans le son
de la harpe et dans la cadence des vers, une consolation non-seu*
lement de tout ce que la pauvreté a d'humiliant , mais, ce qui est
encore pire , du ridicule et du mépris ?
— Avec votre permission , Madame , ne blâmez pas le bon roi
René , parce que, persécuté par la fortune, il a su s'ouvrir des
sources plus humbles de consolation que votre esprit plus fier est
disposé à dédaigner. Un défi entre ses ménestrels a ponr lui tout
Fhttrait d'un combat chevaleresque, et une couronne de fleurs,
tressée par ses troubadours et chantée dans leurs sonnets , lui
paraît une compensation suffisante ponr les diadèmeis de Napleset
des Deux-Siciles dont il ne possède que le vain titre.
* -7~ Ne me parlez pas de ce vieillard digne de pitié > tombé au-
desslous de la haine de ses plus mortels ennemis , qui ne l'ont ja-
àiais jugé digne que de mépris. Je te dis, noble Oxford, que mon
siéjonr'à Aîx, au milieu de ce misérable cercle qu'il appelle sa
cour ; m'a presque fait perdre la raison. Mes oreilles, quoiqu'elles
he s'ouvrent volontiers maintenant que pour des paroles d'afflic-
tion , ne sont pas si importunées du bruit éternel des harpes, des
casiaîgneites et des autres instrumens; mes yeux ne sont pas si
fatigués de la vue de la sotte affectation d'un cérémonial de cour ,
qui n4mprime le respect que lorsqu'il indique lâ richesse et qu'il
annonce le pouvoir, que mon cœilr est dégoûté delà misérable
ambition qui peut trouver du plaisir dans un vain clinquant, quand
tout «e qui est grand et noble a disparu ! Non , Oxford , si je suis
destinée 4i perdre la dernière chance que la fortune inconstante
semble m'offrir , je me retirerai dans le couvent le plus obscur des
Pyrénées, et j'éviterai du moins le spectacle de la gaieté idiote de
mon père. Qu'il s'efface de notre mémoire comme des pa^es de
l'histoire dans lesquelles son nom ne se trouvera jamais ! J'ai à
vous dire et à apprendre de vous des choses plus importantes. Et
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. S43
maintenant, mon cher Oxfort, quelles nouvelles d'Italie! Leduc
de Milan nous aidera-t-il de ses conseils on de ses trésors f
^- De ses conseils! Madame, très^volontiers ; mais je ne sais
s'ils Tons plairont , car il nous recommande la sonmiirim à
notre malhenrenx destin , et la résignation a«st votonlés de la
ProvîdjBnce.
— L'astucieux Italien ! Galéas n'avancera donc aucune partie
des trésors qu'il a amassés? il n'assistera pas nne amie à q«i it a si
souvent juré sa foi?
— Les diamans que je liit ai offert de déposer entre ees mains
n'ont pas même pu le déterminer à ouvrir son trésor afin de nous
fournir des ducats pour notre entreprise. Cependant il m'a dit que
si le duc Charles pensait sérieusement à fiiire un effort en netro
faveur, il avait tant de considération pour ce grand prince , et il
prenait une ^art si vive aux infortunes de Votre Majesté, quV
verrait ce que l'état de ses finances , quoique épuisées, et la situa-
tion de ses sujets , quoique appauvris par les împAts et la taîRe ,
pourraient lui permettre de vous avancer.
— L'hypocrite à double visage! Ainsi donc, si l'aide du ênc dis
Bourgogne nous offre une chance de regagner ce qui nom appar»
tient, il nous avancera quelque méprisable argent pour que notre
prospérité renaissante puisse oublier l'indifférence avec laquelle
il a vu notre adversité ! Mais parlons du dic de Bourgogne, ie me
suis hasardée ici pour vous dire ce que j'ai appris , et pour être
informée des résultats de vos démarches. Des gens de confiance
veillent à ce que notre entrevue reste secrète. Mon impatience de
vous voir m'a amenée ici sous ce déguisement; et j'ai nne petite
suite dans un couvent à tm mille de la ville. J'ai fait épier votre
arrivée par le fidèle Lambert; et maintenant je viens pour con*
naître vos espérances et vos craintes, et pour vous fkire part des
miennes.
— Je n'ai pas encore vu le duc , Madame. Vous eonnaisBeB son
caractère; il est volontaire, vif, hautain, opini&tre. S*il peut
adopter la politique cahue et soutenue que les circonstances exi-
gent, je ne doute guère qu'il n'obtienne tonte satisfaction de Louis,
son ennemi juré, et même d'Edouard , son ambitieux beai^frère.
Mais s'il s'abandonne à des accès de colère extravagante , sans
provocation, ou même avec de justes motifs, il peut se précipiti^
dans une querellé avec les Suisses, nalien pauvre mmsèaÊâxéfiàt ,
344 CHAHLËS LE TÉMERAiRË.
il se trouvera probablement engagé dana one lutte dangereuse,
dans laquelle il ne peut espérer de gagner le moindre avantage,
tandis qu'il court le risque de faire les pertes les plus sérieuses.
— Il ne se fiera sûrement pas à l'usurpateur Edouard, dans le
moment même où celui-ci lui donne la plus grande preuve de
trahison ? ^
— Sous quel rapport, Madame ? La nouvelle dont vous me parlez
n'est pas encore arrivée jusqu'à moi.
— Comment, Milordl suis-je donc la première à vous annoncer
qu'Edouard d'York a traversé la mer avec une armée telle que
l'illustre Henri Y, mon beau-père i n'çn a peut-être jamais iait
passer de France en Italie 1
— J'avais entendu dire qu'on s'attendait à cet événement, et je
prévoyais que le résultat en serait fatal à notre causer
— Oui, Bdouiird est arrivé. Ce traître, cet usurpateur a bravé
le roi Louis , en le faisant sommer de lui remettre , comme lui
appartenant de droit, la couronne de France, cette couronne qui
fut placée sur la tête de mon malheureux époux, lorsqu'il était
encore au berceau.
— La chose est donc décidée! les Anglais sont en France I dit
le comte d'Oxford avec le ton de la plus rive inquiétude. Et qui
Edouard amène-t^l av^ lui pour cette expédition ?
— Tous les plus cruels ennemis de notre maison et de notre
cause. Cet homme sans foi et «ans honneur, ce traître George,
qu'il appelle duc de Clarence, le buveur de sang Richard, le licen-
cieux Hastings, Howard, Stanley ; en un mot, les chefs de tous ces
traîtres que je ne voudrais nommer qu'autant que ma malédiction
pourrait les balayer de la surface de la terre.
— Et je tremble en vous faisant cette question : le duc de Bour-
gogne se prépare-t-il à les joindre dans cette guerre , et à faire
cause commune avec cette armée de la maiso^ d'York contre le
roi de France?
— D'après les avis privés que j'ai reçus, ils sont sûrs, et le bruit
général les confirme, non, mon bon Oxford, non.
— Que tous les saints en soient loués I Edouard d'York, car je
rends justice même à un ennemi , est un chef audacieux et intré-
pide; mais ce n'est ni Edouard III, ni le prince Noir, ce héros
renommé; ce n'est pas même cet Henri Y de Lancastre, sous le-
quel j'ai gagné mes éperons, et au lignage duquel le souvenir de sa
CHARLES LE TÉMEHAIRE. 345
glorieuse mémoire aurait suffi pour me rendre fidèle, quand même
TDOXk serment d'allégeance m'aurait permis de conceToir une seule
pensée de défection. Qu'Edouard fasse la guerre à Louis sans le
secours de la Bourgogne, sur lequel il a compté. Sans doute Louis
n'est pas un héros, mais c'est un général prudent et habile, et plus
à redouter peut-être, dans ce siècle politique, qu'un Charlemague
qui pourrait encore lever l'oriflamme, entouré de Roland et de
tous ses paladins. Louis ne risquera pas des batailles comme celles
de Grécy, de Poitiers et d'Azincourt. Ayons mille lances du Hai-
naut, et vingt mille écus de la Bourgogne, et Edouard pourra
perdre l'Angleterre pendant qu'il s'occupera d'une guerre prolon-
gée pour recouvrer la Normandie et la Guienne, Mais que fidt à
présent le duc de Bourgogne ?
— Il menace l'Allemagne, et ses troupes parcourent la Lorraine,
dont il occupe les principales villes et les châteaux forts.
— Où est René de Vaud^mont? c'est un jeune homme entrepre-
nant et courageux , dit-on ; il réclame la Lorraine du chef de sa
mère, Yolande d'Anjou, sœur de Votre Majesté.
— Il s'est réfugié en Allemagne ou en Suisse.
— Que le duc prenne garde ji lui. Si ce jeune homme dépouillé
trouve des confédérés en Allemagne, et obtient l'alliance des in-
trépides Suisses, Charles peut trouver en lui un ennemi plus for-
midable qu'il ne s'y attend. C'est la force du duc qui fait toute la
nôtre en ce moment, et s'il l'épuisé en effoits frivoles et inutiles,
nos espérances, hélas I s'évanouissent avec son pouvoir, quand
même il aurait la volonté décidée de nous aider. Mes amis, en
Angleterre, sont résolus à ne pas faire un mouvement sans avoir
reçu de la Bourgogne des secours d'hommes et d'argent.
— C'est un motif de crainte, Oxford, mais ce n'est pas le plus
ui^nt. Je redoute bien davantage la politique de Louis, qui, à
moins que mes espions ne m'aient grossièrement trompée, a déjà
proposé secrètement la paix à Edouard , une trêve de sept ans, et
une somme considérable pour le mettre à portée d'assurer l'Angle-
terre à la maison d'York.
— Impossible , Madame ; nul Anglais , à la tête d'une armée
semblable à celle que commande Edouard, n^oserait, sans honte i
se retirer de la France sans avoir fait une noble tentative pour re-
couvrer les provinces que l'Angleterre a perdues.
Tels seraient les sentimens d'un prince légitime, qui aurait
348 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
laissé derrière loi un royaame fidèle et obéissant ; mais tels ne
penvent être cenx de cet Edonard , dont l'esprit est pent-étre aussi
bas que son sang est Til , puisqu'on prétend que son véritable père
est un nommé Blackburn » archer de Middieham ^ , et qui , s'il
n^est pas un bfttard, est du moins on usurpateur. Non, tels ne
peuvent être ses sentimens; chaque brise arrivant d'Angleterre
lui apportera des craintes de la défection des sujets sur lesquels il
jouit d'une autorité usurpée. Il ne dormira pas en paix jus^'à ce
qu'il soit de retour en Angleterre , avec ses coupe-jarrets sur les-
quels il compte pour défendre la couronne dont il s'est emparé. Il
ne fera pas la guerre à Louis, car Louis n'hésitera pas à fiatter
son orgueil en s'humiliant devant lui , et à assouvir sa cupidité en
lui prodiguant l'or pour fournir à ses profusions voluptueuses. Je
crains donc que nous n'apprenions bientôt son départ de France
avec son armée , n'emportant que la vaine gloriole d'avoir dé-
ployé ses étendards , pendant une quinzaine de jours , dans les pro-
vinces qui autrefois appartenaient à l'Angleterre.
n n'en est que plus important de presser la décision du dac
de Bourgogne; et je vais partir pour Dijon afin d'y travailler. II
faut à une armée comme celle d'Edouard plusieurs semaines pour
traverser le détroit. IL est probable qu'elle passera l'hiver en
France, quand même il y aurait une trêve avec le roi Louis. Avec
mille lances du Hainaut, tirées de la partie orientale de la Flandre,
je serai bientôt dans le Nord, où nous comptons un grand nombre
d'amis, outre l'assurance que nous avons d'obtenir les secours de
l'Ecosse. Les comtés de l'ouest nous sont fidèles et s'insurgeront
au premier signal. On pourra trouver un ClifFord, quoique les
brouillards des montagnes l'aient dérobé aux recherches de Ri-
chard. Le nom de Tudor sera le premier cri de ralliement des Gal-
lois. La Rose Rouge se redressera sur sa tige, et l'on entendra par-
tout: — Vive le roi Henri I —
— Hélas 1 Oxford , ce n'est ni mon mari ^ ni mon ami ; il n'est
que le fils de ma belle-mère et d'un Chef gallois ; un prince froid
et astucieux , dit-on. Mais n'importe; que je voie la maison de
Lancastre triompher, que je sois vengée de celle d'York, et je
mourrai contente !
*— Votre bon plaisir est donc que je fasse les offres contenues
I. L« parti ém Lancastrt préUrodait qa' Edouard «tait bitard, co qai «tait tant fondement.
CHARLES LE TEMERAIRE. 347
dans la dernière lettre de Votre Majesté, poar décider le dnc à
faire quelque mouyement en notre faveur ? S'il apprend la propo-
sition d'une trêve entre la France et l'Angleterre , ce sera pour
lui nn aiguillon plus puissant que tout ce que je pourrais lui offrir.
— N'importe, offrez-lui tout; je le connais jusqu'au fond de
Fanae ; il n'a d'autre but que d'étendre de tous côtés les domaines
de sa maison. C'est pour cela qu'il s'est emparé du pays de Gueldre.
C'est pour cela qu'il occupe en ce moment la Lorraine. Cest pour
cela qu'il envie à mon père les pauvres restes de la Provence qu'il
possède encore. Après une telle augmentation de territoire, il
aspire à changer son diadème ducal contre une couronne de mo-
narque indépendant. Dites au duc que Marguerite peut Faider dan$
ses projets. Dites-lui que mon père René désavouera la protesdSi-
tion faite contre l'occupation de la Lorraine par le duc ; quM fera
plus; que, de mon plein consentement, il reconnaîtra Charles
pour héritier de la Provence. Dites-lui que te vieillard Itii cédera
ses domaines le jour même où leis troupes du Hainaut s'embarque-
ront pour l'Angleterre, si on lui assure de quoi payer un concert
de musicietis et tine troupe de danseurs ; le roi Retié n'a pas d'au-
tres besoins sur la terre. Les miens sont encore moins nom-
breux : vengeance de lainaison d'York, et une prompte mort 1
Vous avez des joyaux à remettre en garantie du misérable or qu'il
nous faut : quant aux autres conditions, donnez toutes celjes qui
seront exigées.
— Indépendamment de votre parole royale. Madame^ j'en ga-
rantirai l'exécution sur mon honneur comme chevalier ; et si Ton
en demande davantage, mon fils restera comme otage entre les
mains du duc de Bourgogne.
— Oh ! non ! non , s'écria la reine détrônée , émue peut-être par
ce seul genre de sensibilité qu'une longue suite d'infortunes ex-
traordinaires n'eût peut-être pas émoussée, ne hasardez pas la vie
de ce noble jeune homme ! songez qu'il est le seul reste de la royale
maison de Vère. Il aurait été le frère d'armes de mon cher Edouard,
qu'il a été si près de suivre dans une tombe sanglante et prématu-
rée ; ne lui faites prendre aucune part dans ces fatales intrigues ,
qui ont causé la ruine de sa famille. Qu'il vienne avec moi. Lui,
du moins je le mettrai à l'abri de tous dangers tant que j'existerai,
et j'aurai soin qu'il ne lui manque rien après ma mort.
— Pardon , Madame, répondit Oxford avec la fermeté qui le
348 CHARLES L£ TÉMÉKAIRË.
caractérisait : mon fils est an de Vère , comme vous avez la bonté
de vous en souvenir; il peut se faire qu'il soit destiné à être le der-
nier qui porte ce nom , il est possible qu'il périsse , mais ce ne doit
pas être sans honneur. A quelcjues dangers que son devoir et sa
loyauté puissent l'exposer , Tépée ou la lance, la hache ou le gibet,
il doit les braver hardiment pour donner des preuves de sa fidé-
lité. Ses ancêtres lui ont tracé le chemin qu'il doit suivre.
— Cela est vrai , dit la malheureuse reine en levant les bras
d'un air égaré ; il faut que tout périsse ; tout ce qui a servi la mai-
son de Lancastre, tout ce qui a aimé Marguerite , tout ce qu'elle a
aimé 1 la destruction doit être universelle. Il faut que le jeune
homme tombe avec le vieillard. Pas un agneau du troupeau dis-
persé ne pourra échapper I
— Pour l'amour du ciel, Madame, calmez-vous I s'écria Oi*
ford ; j'entends frapper à la porte de la chapelle I
— C'est le signal qui m'annonce qu'il faut nous séparer, dit la
reine exilée, d'un air plus tranquille. Ne craignez rien , noble Ox-
ford ; il m'arrive rarement d'être agitée comme je viens de Tétre,
car il est bien rare que je voie des amis dont la voix, dont les
traits, puissent troubler le calme de mon désespoir. Laissez-moi
TOUS attacher cette relique autour du cou, jeune homme. Ne
craignez pas qu'elle ait une influence £atale, quoique vous la rece-
viez d'une main qui pourrait la rendre de mauvais augure. Elle a
appartenu à mon époux ;. elle a été bénite par bien des prières,
sanctifiée par bien des larmes , et mes mains , toute infortunée que
je suis, ne peuvent la priver de son saint caractère. Je me propo-
sais de la placer sur le sein d'Edouard dans la matinée terrible de
la bataille de Tewkesbury ; mais il s'arma de bonne heure, partit
sans me voir, et je ne pus exécuter mon projet.
En parlant ainsi , elle passa autour du cou d'Arthur une chaîne
d'or à laquelle était suspendu un petit crucifix d'or massif, d'an
travail précieux mais barbare. Suivant la tradition, il avait ap-
partenu à Edouard- le-Confesseur. En ce moment, on frappa une
seconde fois à la porte de la chapelle.
— *U ne faut pas tarder davantage , dit Marguerite ; séparons-
nous. Vous allez partir pour Dijon , et je vais me rendre à Aix
pour y habiter avec mes inquiétudes. Adieu ; peut-être nous re-
verrons-nous dans un temps plus heureux. Cependant comment
puis-je l'espérer ? J'en disais autant avant le combat de Saint- Al-
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 349
banS;» avant celai de Towton , avant la bataille encore pins san-
glante de Tewkesbury, et qu'en est-il résulté ? Mais l'espérance est
une plante qu'on ne peut arracher d'un cœur noble qu'avec la vie.
A ces mots, elle sortit de la chapelle, et se perdit dans la foule
de personnes de toutes conditions qui faisaient leurs prières , qui
satisfaisaient leur curiosité , ou qui passaient quelques instans de
loisir dans les ailes de la cathédrale.
Le comjte d'Oxford et son fils, sur lesquels l'entrevue singulière
qui venait d'avoir lieu avait fait une impression profonde, re-
tournèrent à leur auberge , où ils trouvèrent un poursuivant
d'armes, portant les couleurs et la livrée du duc de Bourgogne,
qui les informa que s'ils étaient les Anglais qui apportaient des
marchandises précieuses à Isl cour du duc , il avait ordre de les
j escorter, et de les placer sous la protection de son caractère in-
violable. Mais il régnait une telle incertitude dans tous les mouve-
mens du duc de Bourgogne , et ils rencontrèrent des obstacles si
nombreux qui retardèrent leur marche, dans un pays où il y
avait un passage continuel de troupes, et où des préparatifs de
guerre se faisaient avec activité , que ce ne fut que dans la se-
conde soirée qui suivit leur départ, qu'ils arrivèrent dans la
grande plaine voisine de Dijon, où était campée la totalité ou du
moins la plus grande partie des forces de ce prince. .
CHAPITRE XXX.
Ainsi parla le doc. •—
SaAUTKiLBS.
Les yeux du père d'Arthur étaient accoutumés au spectacle
d'une pompe martiale ; ils furent cependant éblouis par l'aspect
splendide du camp des Bourguignons , dans lequel , sous les murs
de Dijon, Charles , le prince le plus riche de l'Europe, avait dé-
ployé tout le luxe de son orgueil , et avait aussi encouragé^senx
qui formaient sa suite à de semblables profusions. Les pavillons
350 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
de ses moindres officiers étaient de soie et de sanût ^» tandis (pe
ceax de la noblesse et des principaux chefs brillaient de drap
d'or et d'argent, de magnifiques tapis, et d'autres étoffes pré-
cieuses, qui, dans aucune autre occasion , n'auraient été exposées
aux injures du temps. Les détachemens de cavalerie et d^infan-
terie qui montaient la garde , étincelaient de riches armures. Un
train d'artillerie, aussi beau que nombreux, était rangé à l'entrée
du camp, et Philipson, pour donner au comte le nom de voyage
auquel nos lecteurs sont habitués , reconnut dans Fotficier qui le
commandait Henri Colvin, Anglais de naissance inférieure, mais
distingué par son habileté dans l'art de ces redoutables bouches
de bronze , qui depuis peu étaient devenues d'un usage général
dans la guerre. Les bannières et les pennons déployés par les che-
valiers, les barons , et tous les hommes d'un rang distingoé, flot-
taient devant leur tente, et les babil ans de ces demeures guer-
rières étaient assis devant leur porte à demi armés, regardant les
soldats qui s'amusaient à la lutte , au palet et à d'autres exercices
militaires.
On voyait attachées au piquet de longues rangées de superbes
chevaux, frappant la terre du pied et agitant la tête en hennissant,
comme s'ils eussent été fatigués de l'inaction dans laquelle on les
tenait , tandis que leur proyende était étalée abondamment devant
eux. Les soldats se formaient en groupes joyeux autour de mé-
nestrels et de jongleurs ambulans, ou étaient à boire sous les tentes
des cantiniers; d'autres se promenaient les bras croisés, jetant les
yeux de temps en temps vers le soleil couchant, conmie s'ils eussent
attendu avec impatience l'heure qui terminerait une journée passée
dans l'oisiveté, et par conséquent dans l'ennui.
Enfin, au milieu de l'éclat varié de ce spectacle militaire, nos
voyageurs arrivèrent au pavillon du duc, devant lequel flottait, au
gré de la brise du soir, la large et riche bannière où l'on voyait
briller les armoiries d'un prince, duc de six provinces, et comte de
quinze comtés, qui, d'après sa puissance, son caractère, et le
sueeès dont semblaient suivies toutes ses entreprises, était la ter-
reur de toute l'Europe. Le poursuivant se fit connaître à quelques
personnes de la maison du duc, et les Anglais furent accueillis avec
politesse , mais non de manière à attirer l'attention sur eux. On
les conduisit ensuite sous une tente voisine, celle d'un officie^
X. Samit on sanus , étoffe Ténitieone de soie et d'argent.
CHARLES LE TÉBIERMRE. iU
général » qui 9 leur dit-on, était destinée à leur servir 4e logeatent ;
on j déposa leurs bagages, et on leur servit des rafraicfaisseoieas*
— Comme le camp est rempli de soldats de diffiérentet nations,
ans dispositions desquels on ne peut pas toat-à*{ait se fier, Irar dit
le domestique qui les servait , le duc a ordonné qu'on plaçât une
sentinelle à la porte de cette tente pour la sûreté de v4)s marchan-
dises ; cependant tenez-vous prêts , car vous pouvez compter que
vous serez mandés incessamment auprès de Son Altesse.
££Cectivement, Philipson ne tarda pas à recevoir Tordre de se
rendre en présence du duc. On le fit entrer dans le pavillon de ce
prince par une porte de derrière , et on l'introduisit dans la partie
qui , séparée du reste par des barricades en bois et des rideaux
fermés, composait l'appartement privé de Charles. La simplicité
de l'ameublement et l'appareil négligé du duc formaient un con-
traste frappant avec l'extérieur splendide du pavillon ; car Charles
qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, était fiturt loin
d'être toujours d'accord avec lui-même^ affichait, pendant la
guerre , une sorte d'austérité, ou plutôt de grossièreté dans son
costume et quelquefois même dans ses manières , qui ressemblait à
la rudesse d'un lansquenet allemand plutôt qu'à la dignité d'un
prince d'un rang si élevé, tandis qu'en même temps il encourageait
et enjoignait même une splendeur coûteuse parmi ses vassaux et ses
courtisans ; comme si porter des vètemens grossiers , mépriser
toute contrainte, se dispenser des cérémonies les, plus ordinaires,
eût été un privilège qui n'appartenait qu'au souverain. Cependant ,
quand il lui plaisait de donner un air de^majesté à sa personne et à
ses manières, personne ne savait mieux que Charles duc de Bour-
gogne comment il devait se costumer et agir.
On voyait sur sa toilette des brosses et des peignes qui auraient
pu réclamer leur réforme attendu leurs services, des chapeaux et
des justaucorps usés, des baudriers de cuir, des laisses de chiens,
et d'autres objets de même nature, parmi lesquels étaient jetés
coname au hasard le gros diamant nommé Sanci , les trois rubis
nomo^és les Trois-Frères d'Anvers, un autre beau diamant nommé
la Lampe de Flandre , et divers joyaux j^psque aussi précieux et
aussi rares. Ce mélange extraordinaire avait quelque ressemblancjC
avec le caractère du duc , qui joignait la cruauté à la justice , la
magnanimité à ta bassesse, l'économie à la prodigalité, et la libé-
ralité à l'avarice ; en un mot, Charles n'était d'accord en rien avec
8&2 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Ini-même , si ce n'est dans son opiniâtreté à snivre le plan qa'il
ayait une fois adopté, quelle que fût la situation des choses, et
quelques risques qu'il eût à courir.
Au milieu des bijoux inestimables et des autres objets sans
valeur étalés sur sa toilette et dans sa garde-robe, le duc de Bou^
gogne s'écria, en voyant entrer le voyageur anglais : Soyez le bien-
venu , Herr Philipson , soyez le bien- venu , vous qui êtes d'one
nation où les commerçans sont des princes , et les marchands des
grands de la terre. Quelles nouvelles marchandises apportez-vous
pour nous amorcer? Par saint George ! vous autres marchands,
vous êtes une génération rusée.
— Sur ma foi , Monseigneur, je ne vous apporte pas de nouvelles
marchandises; je n'ai que celles que j'ai déjà montrées à Votre
Altesse la dernière fois que j'ai eu l'honneur de vous voir, et je
viens vous les mettre encore sous les yeux , avec l'espoir qa'a un
pauvre marchand qu'elles pourront vous être plus agréables qae
la première fois.
— Fort bien , sir..... Philipville, je crois qu'on vous nomme.
— Vous êtes un marchand bien simple , ou vous me prenez pour
une pratique bien sotte , si vous croyez pouvoir me tenter par la
vue de marchandises que j'ai déjà rebutées. Le changement, la
nouveauté , voilà la devise du commerce. Vos marchandises de
Lancastre ont eu leur temps ; j'en ai acheté comme un autre , et
je les ai probablement payées assez cher ; mais aujourd'hui ce sont
celles d'York qui sont à la mode.
— Gela peut être pour le vulgaire , Monseigneur ; mais pour
des âmes comme la vôtre , la bonne foi , l'honneur et la loyaaté
sont des joyaux qu'aucun changement d'idées ou de goût ne pent
mettre hors de mode.
— Sur ma foi , noble Oxford , il est possible que je conserve en
secret quelque vénération pour ces vertus du vieux temps ; autre-
ment pourquoi aurais-je tant d'estime pour vous qui les avez toa-
jours possédées à'un degré si éminent ? Mais je suis dans une situa-
tion cruelle et urgente ; si je faisais un faux pas dans ce moment
de crise, je pourrais manquer le but vers lequel à tendu toute ma
vie. Faites bien attendu , sire marchand ; vous connaissez votre
ancien compétiteur Rlackbum , autrement appelé Edouard d'York
ou de Londres ; il vient d'arriver avec une cargaison d'arcs et de
lances , telle qu'il n'en est jamais entré dans les ports de France
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. ^3«S
depuis le temps du roi Arthary et il m'offre une part dans son
commerce. Pom* parler clairement , il me propose de faire cause
conumme avec la Bourgogne , pour enfumer dans ses terriers le
vieux renard Louis , l'en faire sortir, et clouer sa peau à la porte
de ses écories. En un mot , le roi d'Angleterre m'inyite à une al-
liance avec lui contre le plus astucieux et le plus invétéré de mes
ennemis , à briser la chaîne du vasselage , et à m'élever an rang
des princes indépendans. Comment croyez-vous , noble ccmite,
que îe paisse résister à cette tentation séduisante ?
— n faut adresser cette question , Monseigneur, à quelqu'un de
vos conseillers bourguignons ; elle comprend la ruine de ma cause ,
et mon opinion ne pourrait être impartiale.
— Mais je vous demande, comme à un homme d'honneur»
quelle objection vous trouvez à ce que j'accepte la proposition qui
m'est faite ; je désire savoir quelle est votre opinion , et dites-la-
moi franchement.
— Monseigneur, je sais qu'il est dans le caractère de Votre Al-
tesse de ne concevoir aucun doute sur la facilité d'exécuter une
résolution que vous avez une fois prise ; mais , quoique cette dis-
position d'esprit puisse être digne d'un prince , et même préparer
quelquefois le succès de ses entreprises , il est aussi des circon-
stances dans lesquelles , si nous persistons dans noi résolutions
uniquement parce que nous les avons prisés , cette fermeté d'ame ,
an lieu de nous conduire au succès , peut nous entraîner à notre
ruine. Regardez donc cette armée anglaise ; l'hiver s'approche , où
troavera-t-elle des logemens? Comment sera-t-elle approvisionnée?
Qui la paiera ? Votre Altesse est-elle disposée à se charger de tous
les frais nécessaires pour la mettre en état d'entrer en campagne
l'été prochain ? car , soyez-en bien convaincu , jamais une armée
anglaise n'a été ni ne sera propre au service miUtaire, avant
d'avoir passé hors de notre île un temps suffisant pour s'habituer
aux devoirs qu'il impose. On ne trouverait pas dans le monde entier
des hommes plus propres à faire d'excellens soldats; mais ils ne le
sont pas encore , et il faudra que Votre Altesse fasse les frais de
leur apprentissage.
— Soit ! Je crois que les Pays-Bas pourront fournir de la nour-
ritnre à vos mangeurs de bœuf pendant quelques semaines, des vil-
lages pour les loger, des officiers pour endurcir leurs membres
a3
3M CQAiU*^ ÏS TVmfimR*
Tig^illf u i te dipcipliiiç miliuir^ « ^i 4^ (r^ndp pr^y^s pmr j
8i)amettr« leijr esprit réfr^ctaire,
-^ Et qii'%rrivçra-t-il eo3Uit§ ? Vou^ n^archez à Pari§ , im
lyoutçz un «eçoocl royaume à celui qu'ËJou^rd ^ usurpé ; tqq^ lui
rfipde^ toaties les possessions que rAn^lçterre a jamais eues ea
Franc9 , k Normaudie « le M^ii^e , l'Anjou , la Gascqgne ; tous lui
assure^ méioe le reste de ce royaume. EU t)ien 1 pouvez-vous avoir
pleine çoi)6ai»ee en pet E4ouard » quaud vQu;^ aurez f^insi augHttuté
sa force, et que vous l'aurez rendu bmu plus redoutable queco
I^uily ^ae T08 armi^ réuaies auront renversé du trône ?
— Par saint Q^orge 1 je na disfioiul^rai pas av^c yoi|s ; c'est
précisément sur ce point que j'ai des douter qui rpe tourm^nt^pt.
Éd^Ui^rd est mon beau-fr^re ; mais je ne guis pas bpmme à placer
p^ têtff SQUS le cotillon dç ma femme.
-rrr- fy. l'exp^rî^uce ^ démontré bien çouyeut qna les ^Uisaccs dfi
familles ont bien peu d'efficacité pour prévenir le§ yi(d$^ûa4^ dfl
foi les plps grossière^r
n- Vous avez r^iso^, comte* Qarei^^ a trahi son beafi^père;
L(iuis a empoisonné son frère» hes af£e$»tions privées ! ahl elles
peuvent parler au cœur d'uu particulier assis au e^n de son (eu ,
mais on ne les trouve ni sur le ^hampde bataille , ni à 1^ <^^f dtis
princes^ Non , mon iilUaoce par mariage avec Élouard ne me serait
p^s de grand secours en cas de besoin. Y compter, ce serait moaier
^n cheval i^dou»pt4 sjin^ autre bride que la jarretière d'uMe femme,
liais qu'en ré^uH^^iril ? Ë4ouaFd f'*it I4 guerre à Uouis ; peu mHin-
porte qui sera viptorieu)^) je ne puis qu'y gagner, car ilss'afiaibli-
ront 9 et leur faiblesse fait ma £orce. Les Anglai-^ abattront les
Français avec leurs longues flèchts; ceu:i^-ci alfaibliront, detrui-
rpnti anéantiront l'arinée anglaise à force d'escarmouches. Au
printemps je j^e mets en cau9p^gue avec des forces supérieure ^^
leurs deux armées ; et alors» ss^iut Qeorge et la Bourgogne I
T-f Et ri , en attendant 9 Votre AUea§u. daigne aider. le moinfl da
monde la cause la plus bonorable pour laquelle un chejplier ait
jamais levé la lance , une modique somme d'argent et un petit
corps de lanciers du Hainaut , qui pourront gagner à ce service
gloire et richesses , peuvent remettre l'héritier dépouillé de la
maisim de Lanqastre en posses^ion des domaines auxquels sa nais-
#<infie lui donne un droit légitime.
— $ur ma foi, sire comte , vous en venez à votre point de but
GHABUSS LB TÉMÉRAIllB. MS
eB Une i BMiB noua avons tu , en partie de nea pveprea y««x ,
tant de retours de fortune entre les maison» d* York et de Lancastrey
q^e imaa ne savoes trop à laquelle des àêux le oiel a di>iifié le boa
droit « ^ rincUnation du peuple accordé le pouTok effectif. Tant
d'eKtMordioaires réTolutions de fortune qui ont eu lieu en Angle»
terre voiua ont réellemeat eauaé de véritables Tertiges.
— (Teat une preuve, Moaaeigneur, que ces ehangemena nesent
paaoïeore à leur fin, et que votre généreux secours peut assurer
Favaslage et le saccèa de Sa benne cause.
-**^ Quoi! que je prête à ma cousine , Marguerite d*Anje« , Kaide
de moJB bms pour déti âtier mon beau-frère? Ce n'est peut-élre pas
qu'il mérite de moi de grands égards , puisque lui et ses nobles in*
soleos m'ont assailli de remontrances , et même de menaces, pour
ipÊQ^e lusse de c&téme^ importantes affaires personnelles, et que
je me joigne à Edouard dans son expédition de chevalier errant
Qoiitre Louis. Je ntarcheraT contre Louis quand je le jugerai con«
venable, et pas plus \M, Par saint George! ni roi insulaire ni
DoUe inaubire ne dicteront des ordres à Charles de Bnurgogne.
Vous aveu une bonn^ proviiiion d'amour^propre, vous autres An*
glaiadea deux partis , qui vous imaginez que les affaires de votre tle
de faus soni aussi intéressantes pour le monde entier que pour
vooftimèmes. Mais ni York , ni Lancastre , ni le frère Blackburn ,
ni la couftue Marguerite, même appuyée sur John de Vère, ne
riaiaimnt à n;^ii faire accroire. Le fauconnier qui rappelle son
oiseau ne doit pas avoir les mains vides.
O&ferd, eeufiaiHfrant par^itenient le caractère du duc , le laissa
donnerii» libre cours à l'humeur que lui causait Tidée que quelqu'un
préieodtl M dieter ce qu'il avait à faire ; e( quand ce ^Ti..ce garda
«afin le silence il hn répondit d'ufi ton calme :
•*«<-' E|t*il bien vrai que y en tende te noble duc de Bourgogne, le
mireifde la ehevalerre d^Europe, dire qu'on ne lui a donné aucune
banB# raisen pour le décider à une entreprise qui a pour objet de
rendre îestice à nne malheureuse reine , et de relever de la pous-
sière une maison royale ?Pf'orFre-telle pas une moisson immortelle
de lea et d'honnear ? La trompette de la renommée ne. proclamera*
t*eUe pas lia nom du souverain qui , seul , dans un siècle dégénéré ^^
a réuni les d^^voirs d^un prince et ceux d'un chevalier généreux ?
La due l'în^erroinpit en lui donnant un coup sur l'épaule t — Et
n'oubliez pas les cinq cents ménestrels du roi René , raclant de leurs
23.
)
356 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
instrumens enchaatant mes louanges, elle roi René lui-même les
écoutant et s'écriant : Bien combattu , Duc ! bien joué , ménes-
trels iJe te dis , John Oxford , que lorsque toi et moi nous portions
nne armure encore vierge , des mots comme ceux-ci, renommée ^
loSy honneur, gloire chevaleresque, amour des dames, étaient
d'excellentes devises à graver sur nos écus blancs comme la neige,
et un assez bon argument pour rompre quelques lances. Oui , et
dans une joute, quoique je commence à devenir un peu vieux pour
de pareilles folies , je paierais encore de ma personne dans de sem-
blables querelles, comme doit le faire un chevalier. Mais quand il
s'agit de débourser des sommes considérables , et de mettre en mer
de fortes escadres , il faut que nous ayons à alléguer à nos sujets
quelque excuse plus palpable pour les plonger dans une guerre;
que nous puissions leur montrer un objet tendant au bien public
ou , par saint George 1 à notre avantage privé , ce qui est la même
chose. C'est ainsi que va le monde, Oxford; et, pour te dire la
pure vérité , j'ai dessein de suivre la même marche.
— A Dieu ne plaise que j'engage Votre Altesse à agir autrement
que dans la vue du bien de ses sujets, c'est-à-dire, comme Votre
Altesse Ta exprimé heureusement, dans la vue de l'agrandisse-
ment de votre pouvoir et de vos domaines. L'argent que nous de-
mandons n'est pas en pur don , c'est par forme de pi et. Marguerite
est disposée à laisser en dépôt ses joyaux, dont je crois que Votre
Altesse connaît la valeur, jusqu'à ce qu'elle puisse rendre la somme
que votre amiiié peut lui avancer dans ses besoins.
— Ah I ahl notre cousine veut donc Caire de nous un préteur
sur gages : elle veut que nous agissions envers elle comme ou
usurier, comme un juif? Cependant, Oxford, de bonne foi, il est
possible que ces diamans nous soient nécessaires , car si je me dé-
terminais à entrer dans vos vues, il pourrait se faire que je fosse
moi-même obUgé d'emprunter pour fournir aux besoins demacoih
sine. Je me suis adressé aux Etats du duché , qui sont assemblés
en ce moment, et j'en attends, comme cela est juste, on octroi
considérable. Mais il s'y trouve des têtes remuantes et des mains
serrées, et je puis rencontrer delalésinerie. Ainsi, en attendant,
laissez ces joyaux sur cette table. Eh bien 1 supposons que je n'aie
rien à perdre du côté de la bourse, par cet acte de chevalerie er-
rante que vous me proposez; cependant les princes ne font pas la
guerre sans avoir en vue quelque avantage.
CKARLËS LE TÉMÉRAIRE. 357
— EcoQiez-moiy noble souverain. Votre but est natureUement
de réunir les vastes domaines de votre père à ceux que vos armes
y ont ajoutés , pour en former un duché compact...
— Dites un royaume , Oxford ; ce mot sonne mieux.
— Un royaume, dis-je, dont la couronne brillera avec autant
de grâce et de majesté sur le front de Votre Altesse que sur celui
de Louis 9 roi de France, aujourd'hui votre suzerain.
— Il ne faut pas toute votre pénétration pour deviner que tel est
mon dessein; sans cela, pourquoi suis-je ici , le casque en tête et
Tépée an côté ? Pourquoi mes troupes s'emparent-elles des forte-
resses de la Lorraine, et chassent-elles devant elles oe mendiant
de Vaudemont S qui a l'insolence de la réclamer comme son héri-
tage ?Oai, mon ami, l'agrandissement de la Bourgogne est une
cause pour laquelle le duc de cette belle province est tenu de com-
battre tant qu'il peut mettre le pied à l'éirier.
— Mais ne croyez-vous pas, puisque Votre Altesse me permet
de lui parler librement et d'après les privilèges d'une ancienne
connaissance, ne croyez-vous pas que, sur cette carte de vos do-
maines , déjà si bien arrondis , il se trouve du côté des frontières
da midi quelque chose qui pourrait être plus avantageusement ar-
rangé pour un roi de Bourgogne ?
— Je ne puis deviner où vous voulez en venir, répondit le duc
en jetant un regard sur une carte de son duché et de ses autres
possessions, vers laquelle un geste du comte d'Oxford avait di-
rigé son attention, et en fixant ensuite sur lui ses grands yeux
perçans.
*. — Je veux dire que, pour un prince aussi puissant que Votre Al-
tesse, il n'existe aucune frontière aussi sûre que la mer. Voici la
Provence , qui est placée entre vous et la Méditerranée ; la Pro-
vence avec ses ports superbes, ses champs fertiles, ses beaux vi-
gnobles. Ne serait-il pas à propos de la comprendre dans la carte
de votre souveraineté , de manière que vous puissiez toucher d'une
main les bords de la Méditerranée , et de l'autre ceux de l'Océan
du nord sur les côtes de Flandre?
— La Provence, dites- vous? répliqua le duc avec vivacité.
Quoi 1 je ne rêve que de la Provence. Je ne puis sentir l'odeur
I. Le roi René aTait marié m fille Yolande à Ferri II , comte de Vaudemont. De ce maria|;e naquit
I«aé II » doc de Lorraine. C*ett de René II qae vent parler le dnc de Bourf «(ne, en le désignant par
U nom deaon pèr»
158 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
d*une orange sans (|u'eile me rapf^elle les bois et les bosquets par-
fumés de cette province, ses citrons, ses olives, «es grenades.
Mais comment y élever des prétentions? Ce serait une honte de
troubler les derniers instans du bon vieux René> et cela necon-
viendrak paa à un proche parent. Ensuite, il est oncle do Louis,
et il est probable qu'à défaut de sa fille Marguerite , et peut-être
même de préférence à elle, il a déjà nommé le rc^ de France son
héritier.
«^U est possible d'y opposer de meilleures prétentions en votte
perAonne, Monseigneur, si voi» consentes à accorder à Marguerite
d'Amjoo les secours qu'elle sollicite par ma voix.
^ Prends tout ce que tu demandes , s* écria Charles éa ftSftpinnt
avec force et en changeant de couleur; prends -en le doubfe en
hommes et en argent 1 Fotirnis*moi seulement nne préientioit sur
la Provence, fût-elle aussi faible qu'un des cheveux delà reitie
Margnerite, et laisse*moi le soin d'en faire un câble! Mats je suis
fou d'écouter les rêves d'un homme qui, ruiné lui-même, n'a
rieii à perdrv en présentant aux autres les espérances les plus et-
travaganiea*
— Je n« suis point homme à agir ainsi , Mottseigneuf . EcôQte^
moi, je vous prie. Reué est accablé sous le poids des années; il
aime le repos , il est trop pauvre pour soutenir son rang avec la
dignité eonVenable, trop bon ou trop faible pour établir de ooa-
veaux impôts sur ses sujets; il est las de lutter contre la mAuvaiie
iM'lune, et il désire abdiquer sa souverainetés
— Sa souveraineté I
-^Oui, la souveraineté des domaines qtt^il possédé dé fait, tt
dos domaines bien plus étendus auxquels il a lies droits, mais qoi
he sont plus en sa puissance.
*^ Vous me coupez la respiration , comté ! René flbdiqtie h sou-
VtfTftineté de la Provence ! Et que dit à cela Marguerite, là Hèrei
l'ambitiettse Marguerite ? Consentira-t-elte à une détaiaf che si ha-
iniUante?
— Pour avoir seulement une chance de voir la ihaisoii de Lsn-
Castro triompher en Angleterre, elle renoncerait non^seulement à
tons ses domaines, mais à la vie même. Et dans le fait, ce sacri-
fice est moindre qu'il ne le paraît. Il est certain qu*a la mort da
vieux roi René, le roi de France réclamera le cothté do Provence,
comme étant un fief dans la ligne masculine , et il n'existe pétsoilfts
CHâALËS le tEMÉttAlAË. m
cafiÉbte âë fkite valoir le droit de MargUéThe à cet hérf tâ^^ quelque
jasie qu'il pnisse être.
^— Il est juste et inattaquable, s'écria Châfîes, et ]« M éouffH-
rai pas qu'on y porte atteinte, ou qu'on le ttaeite même en quetotion,
c'est-à-dire quand il sera établi en ma pei^sonne. Le trtti principe
de là gaerre du bien public est de ne p^ft souffrif qii*ftitcuii des
grands Aeh se réunisse à la couronné de Franee, et aufteui tant
qu'elle sera placée sur le front d'un monarque aussi fourbe > Mtaèi
dépouryn de principes que Louis. La Pfeveticé jointe h la Bour-
gognel Un domaine qui s'étendra deptiis l'Océati gimitàlliqQe jus-
qu'à la Méditerranée î Oxfurd , tu es mom bott ange !
-^ Votre Altesse doit pourtant liéfléchif qu'il fhut uiSufer une
existence honorable aU roi René.
•^Certaiuemeht, très certainement ; il aufa deë mëuêttfelft et
des jotigleurs par douzaines, pour jouei*, chanter et buugler de-
vant lai du malin au soir. Il aura Une cour de tro>iiba#aiirs qui ne
seront occupés qu'à boire , à faire des vers , et à prononce!* des ar-
rêts d'amour, dont on appellera à René même , et qu*il confirmera
ou cassera , comme suprême roi d'amour. Et Marguerite attesisera
traitée de la manière la plus honorable, et comme tous l'indique-
rez vous-même.
-^Ce poiîit sera facile à régler, Monseigneur. 81 h6ê efforts
réussissent en Angleterre, Marguerite n'aura J)as bea^iu des »e^
cours de la Bourgogne.d nous échouohs, elle se retire dans aa
cloître, où probablement elle ne jouira pas bien long* temps du
traitement honorable que la générosité de Votre Altesse est sans
doute disposée à lui accorder.
— ^ Sans contredit , et ce traitement sera digne d'elle et de lUoi.
Mais , par Notre-Dame ! John de Vère , l'abbesse du couvent où
se retirera Marguerite aura affaire à Une pénitente Indomptable^
Je la connais bien , sire comte , et je ne prolongerai pas inutile-
ment cet entretien en exprimant des doutes qu'elle ne puisse ft>rcer
son père à abdiquer ses domaihes en faveur de quicolique elle voU*
dra lui indiquer. Elle ressemble à ma braque Gorgone, qui, n'im*
porte avec quel chien elle soit en laisse, l'oblige à marcher dU
côté qu'elle le veut , ou l'étrangle s'il résiste. C'est ainsi que Mar*
guérite a agi avec son mari simple et débonnaire; et je Sais que
son père, fou d'une autre espète, doit nécessairement se montrer
aussi maniable. Si nous ations été attelés ensemble, je croift qu'êlte
360 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
aurait trouvé son mahre; mais le cou me fait mal qaand je songe
combien j'aurais eu à tirer pour la faire marcher à mon gré. Voiis
arez l'air graye, parce que je plaisante sur le caractère opiniâtre
de ma malheureuse cousine.
r>i — Monseigneur, quels que puissent être on aToir été les débuts
de la reine ma mutresse, elle est dans le malheur et presque dans
le désespoir, elle est ma souyeraine et la cousine de Votre Al-
tesse.
— n suffit, sire comte; parlons sérieusement. Quoique nons
puissions croire à l'abdication du roi René, je pense qu'il sera dif-
ficile d'engager le roi Louis à envisager cette affaire sous un point
de vue aussi fiiTorable que nous le faisons. Il soutiendra que le
comté de Proyence est un fief passant de mâle en mâle, et qoe ni
l'abdication de René, ni le consentement de sa fille, ne peuvent
l'empêcher de retourner à la couronne de France, puisque le roi
de Sicile, comme on appelle René, n'a pas d'enfans dans la ligne
masculine.
— En ce cas , s'il plaît à Votre Altesse, ce sera une question i
décider sur le champ de bataille , et vous avez plus d'une fois
bravé Louis avec succès pour des objets beaucoup moins impor-
tans. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, si les secours de
Votre Altesse mettent le jeune comte de Richemond en état de
réussir dans son entreprise, vous aurez l'aide de trois mille archers
anglais, quand le vieux John d'Oxfi>rd%^ute d'un meilleur chef,
devrait vous les amener lui-même.
— • C'est un aide qui ne serait pas à dédaigner, et qui acquemit
un nouveau prix par la présence de celui qui me promet de me l'a-
mener. Votre secours, noble Oxford , me serait précieux ^ quand
vous n'arriveriez qu'avec une épée à votre côté et un seul page
à votre suite. Je vous connais bien, je connais votre tête et
votre cœur. Mais revenons à notre affaire. Les exilés, même
les plus sages , ont un privilège pour £sdre des promesses ; mais
quelquefois, vous m'excuserez, noble Oxford, ils se trompent eox-
mêmes aussi bien que les autres. Quelle espérance &vez-yoos de
réussir, quand vous me pressez de m'embarquer sur un océan
aussi orageux que celui de vos dissensions civiles?
Le comte d'Oxford tira de sa poche le plan qu'il avait tracé de
son expédition , l'expliqua au duc , et ajouta qu'il devait être se-
condé par une insurrection des partisans de la maison de Lan-
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 361
castre. Nons nous bornerons à dire que ce projet était d'ime aa-
dace qai allait jusqu'à la témérité; mais il était si bien conçu, il y
régnait an tel ensemble, que, sons un chef comme Oxford , dont on
connaissait les talens militaires et la sagacité politique, il présen-
tait nne apparence de succès probable.
Tandis que le duc Charles examinait les détails d'une entreprise,
qui avait d'autant plus d'attraits pour lui qu'elle était parfaitement
d'accord avec son propre caractère , pendant qu'il s'appesantissait
sur les affronts qu'il avait reçus de son beau-frère, Edouard lY ;
qu'il songeait à l'occasion qui se présentait d'en tirer une yengeance
signalée, et qu'il réfléchissait sur la riche acquisition qu'il espé-
rait faire en Provence par suite de l'abdication que feraient en sa
faveur le roi René et sa fille, le noble Anglais ne manqua pas d'in-
sister sur la nécessité urgente de ne pas perdre un seul instant.
— L'accomplissement de ce projet , dit-il, exige la plus grande
promptitude. Pour avoir une chance de succès , il faut que je sois
en Angleterre avec les forces auxiliaires, avant qu'Edouard
d'York y revienne de France avec son armée.
— Puisqu'il est venu ici , répondit le duc, notre digne frère ne
sera pas très pressé de s'en retourner ; il trouvera des Françaises
aux yeux noirs , du vin de France couleur de rubis ; et notre frère
Blàckbum n'est pas un homme à quitter de si bonnes choses avec
précipitation.
— Monseigneur, je parlerai de mon ennemi avec vérité. Edouard
est indolent et voluptueux quand tout est calme autour de lui ;
mais qu'il sente l'aiguillon de la nécessité, et il reprend toute l'ar-
dear d'un coursier bien nourri. D'une autre part, Louis, qui
manque rarement de trouver des moyens pour arriver à son but ,
est décidé à mettre tout en œuvre pour le déterminer à repasser la
mer; ainsi donc, la célérité, nqble prince, la célérité est l'ame de
votre entreprise.
— La célérité 1 répéta le duc de Bourgogne. Quoi ! J'irai avec
vous; je verrai moi-même l'embarquement ; et vous aurez des sol-
dats braves et éprouvés , tels qu'on n'en trouve nulle part, si ce
n'est en Artois ou dans le Hainaut I
— Pardonnez encore, noble duc, l'impatience d'un malheureux
qui se noie et qui implore du secours. Quand partirons-nous
pour les cfttes de Flandre, afin de mettre à exécution cette
mesqre importante?
ièî CflAhLËà LE TÉMÉftAïRE.
— Mais (lans une quinzaine de jours, peut-être dans ùtié se-
tnàine; en un mot, dès <\ue j'aurai couTétmblement châtié une
bande d\e voleurs et de brigands, qui^ comme l'i^cume qui monte
loûjôuts au haut du chaudron , se sont établis sur les hauteurs des
Alpes y et de là infestent hos frontières par un trafic de coutre-
babde, par le vol et par des brigandages de toute espèce.
— Vôtre Altesse veut parler des confédérés suisses?
— Oui , tel est le nom qné se donnent ces manans. C'eât une
Bôrte de serfs âttranchis de l'Autriche ; et, de luéine qu'un chien de
basse*eour qui a romt)u sa chaîne, ils profitent de leur liberté
"pont attaquer et déchirer tout ce qui Se trouve sur leur
chemin.
— J'ai tiraversé leuf pays en revenant d^Italie, et j'y ai appris
que ^intention des Cantons était d'envoyer des députés | Votre
Altesée pour solliciter la paix.
— La paix ! leurs ambassadeurs se sont cohduits d^iiine manière
étrangement pacifique. Profitant d'une mutinerie des bourgeois de
la Férette, première ville de garnison où il sont entrés, ils ont pris
la place d'assaut, se sont emparés û'Archibald Von Hagenbach , et
Vont mis à mort sur la place du Marché. Une telle insulte doit être
punie, noble John de Vère, et si vous ne me voyei pas en proie a
la fureur quMle doit exciter, c^est parce que j^ai déjà donné ordre
de conduire au gibet ces misérables qui prennent le titre d'ambaâ*
sadeurs.
— t^our l'amour du ciel, noble duc, s^ccria Oxford en se jetant
aux pieds de Charles, par égard pour votre gloire et pour la paix
de là chrétienté, révoquez cet ordre, si vous l'avez vérilableiueut
donné t
— Que signifient de telles instances? Quel intérêt prenez*
vous à la vie de pareils êtres? Ce ne peut être qu'à cause du
délai de quelques jours que cette guerre peut occasioner à vulie
expétition.
— Elle peut, elle doit la faire échouer. Ëcoutez-moî, Monsei-
gneur ^ j'ai accompagné ces envoyés pendant une partie de leur
voyage.
— Vous I vous I avoir accompagné de misérables paysans
suisses ! le malheur a cruellement abaissé la fierté des nobles an-
glais, puisqu'ils choisissent de tels compagnons.
— Le hasard m'a jeté parmi eux. Quelques-uns â'entrô ettX
éttAilLËS LE tÉMÉRAlft*, SgS
sont de sang noble, et je connais si bien leurs intentions pacifi-
quesy qae j'ose me rendre leur garant.
•: — Sur ma foi , Miiord , tous leur faites beaucoup d^honneur,
ainsi i)ti*a tnoî, en tous établissant médiateur entre les Suisses et
nous. Pennettez-moi de touh dire que c^est un acte de condescen-
dance, quand, en considération d'une ancienne amitié, je tous
permets de me parler de tos afTuires d'Angleterre; il me semble
que tous pourriez tous dispenser de me donner TOtre opinion sur
des sujets qui n^ont aucun rapport direct à tos intérêts.
— Duc de Bourgogne , répondit Oxford, j*ai suiTi Totre ban-
nière à Paria , et j'ai eu la bonne fortune de tous secourir à la ba-
taille de Montlhéri , quand tous étiez entouré par des hommes
d'armes français....
— Noos no l'aTons pas oublié , et la pfeuTO que nous nous sou-
tenons de ce sCfTice, c^est que nous souffrons que tous restiez si
long-temps dcTant nous à plaider ta cause de ces misérables , que
nous sommes iUTités à dérober à Téchafaud qui les réclame,
parce qu'ik ont été les compagnons de Toyage du comte d'Ox-
ford.
— Non , Monseigneur ; si je demande leur TÎe , c*est parce
qn^ls sont chargés d^une mission pacifique, et que leurs chefs
dli moins n'ont pris aucune part au crime dont tous vous
plaignez.
Le duc se protnena dahs l^appartement , d'un pas inégal , ayant
Pair fort agité, fronçant ses gros hourcils de manière à cacher
presque ses yeux , fermant les poings et grinçant les dents. Enfin
il parut aToir pris son parti , et il agita fortement une sonnette
d'argent qui était sur sa table.
— Contay, dit-il au gentilhomme de sa chambre qui se pré-
senta sur-le-champ , ces coquins de montagnards sont-ils exé-
cuté» ?
— Non , Monseigneur ; mais l^exécuteur attend seulement que
le prêtre les ait confessés !
— Qu'ils TiTent. Nous entendrons demain ce qu*ils ont à dire
pour justifier leur conduite euTers nous«
Contay salua , et se retira.
Le duc de Bourgogne, le front calme et l'air tranquille, se tourna
Ters l'Anglais, et lui dit d*un ton qui offrait un mélange inexpri-
mable de hauteur, de Miiliarité , et même de bonté : — Nous
364 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
sommes maintenant décharge de tonte obligation, Milord : vous
ayez obtena vie pour vie ; et pour compenser quelque différence
qui pourrait se trouver entre les marchandises échangées, yom
en avez obtenu six pour une. Je ne ferai donc plus aucune atten-
tion à ce que tous pourrez me dire si yous me parlez encore de ma
chute de cheyal à Montlhéri , et de yos exploits en cette occasioD.
Bien des princes se contentent de haïr secrètement ceux qui leur
ont rendu de pareils services : autre est mon caractère ; je dé-
teste seulement qu'on me rappelle que j'en ai eu besoin. Sur ma
toi, j'étouffe presque par Tefifort que j'ai dû bire pour renoncer
à une résolution arrêtée. — Holà, quelqu'un 1 qu'on m'apporte à
boire!
Un huissier entra, apportant un flacon d'argent qui contenait,
au lieu de via , une tisane d'herbes aromatiques.
— Mon tempérament est si ardent et si impétueux, dit le duc,
que les médecins me défendent de boire du vin. Mais vons n'êtes
pas astreint à un pareil régime, Oxford. Retournez sons la tente de
votre compatriote Coivîn , notre général d'artillerie. Nous vous
confions à ses soins et à son hospitalité jusqu'à demain. Ce sera nn
jour d'affaires, car je m'attends à recevoir la réponse de ces oisons
de l'assemblée des Etats de Dijon, et j'aurai aussi à entendre, grâce
à l'ioteryention de Votre Seigneurie, ces misérables enyojés
suisses, comme ils s'appellent. Soit! n'y pensons plus. Au revoir.
Vous pouvez parler librement à Colvin , qui est, comme vons, on
ancien partisan de la maison de Lancastre. Mais attention ! pas
un mot sur la Provence; pas même en rêve. Contayl conduisez
cet Anglais à la tente de Colvin ; il connaît mon bon plaisir à cet
égard.
— Monseigneur , dit Contay , j'y ai déjà laissé le fils de mon-
sieur.
— Quoi! votre fils, Oxford? il est ici avec vous? Pourquoi
ne m'en avez-vous rien dit ? Est-ce un digne rejeton du vieux
tronc ?
— Je suis fier de pouvoir le croire , Monseigneur ; il a été
le fidèle compagnon de tous mes voyages et de tous mes dangers.
— Heureux mortel ! dit le duc en soupirant , vous avez nn fils
pour partager votre pauvreté et votre détresse , Oxford ; je n'en
ai point pour partager ma grandeur et me succéder.
— Vous avez une fille , Monseigneur, et l'on doit espérer qu'elle
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 3(^5
é{K)nsera nn jour quelque prince puissant qui sera le soutien de la
maison de Votre Altesse.
— Jamais! par saint George! jamais! s'écria le duc d'un ton
bref et décidé. Je ne Teox pas un gendre qui puisse faire du lit de
ma fille un marche-pied pour atteindre à la couronne du père.
Oxfordy je tous ai parlé plus librement que je n*y suis accoutumé,
que je ne le devrais peut-être ; mais il existe quelques personnes
que je crois dignes de confiance , et je tous regarde comme étant
de ce nombre, John de Yère.
Le comte anglais salua, et il se retirait, quand le duc le
rappela.
— Encore un mot, Oxford. La cession delà Provence n'est pas
tont-à-fait assez. Il faut que le roi René et Marguerite désavouent
cet écervelé de René^ de Yaudemont , qui prétend avoir des droits
sur la Lorraine du chef de sa mère Yolande, et qui m'y oppose une
sotte rési.^tance.
— Monseig;neur, René est petit-fils du roi René , neveu de la
reine Marguerite; cependant
— Cependant il &ut que les droits qu'il préteud avoir sur la
Lorraine soient positivement désavoués. Vous me parlez d'affection
de famille , tandis que vous me pressez de faire la guerre à mou
beau-firère!
— La meilleure excuse que puisse avoir René pour abandonner
son petit-fils, c'est l'impossibilité absolue où il se trouve de l'aider
et de le soutenir. Je lui ferai part de la condition que nous impose
Yotre Altesse, quelque dure qu'elle soit.
Et il ces mots, le comte d'Oxford sortit du pavillon.
X. Sir Walter Scott , dans ses premières éditions, appelait René Ferrand on Ferfy, du nom de son
père.
CHAPITRE XXVI.
Je remer«^ Hamb1«aB«nt Vptre ^'t^iMi
Bt j'ai bien au plaisir , eu cette occasion,
4 û Toir Kpvfù ma fariof 4h se%
SaAKSRJMfl^
^ Là tente assignée pour le logement dti comte d'Oxford étail celle
de Colvin , l'ofticief anglais à qui le dqc (Je Bourgogne avait ^nfié
le soin de son artillerie, en lui accordant de ricl^çs appointeaieiiS.
11 reçut son hôte avec tout le respect du à son rang et i^Qiiforin^-
ment aux ordres spéciaux que le duc lui avait donnés. Il ^v^t lui-
même combattu pour la maison de Lancastre , et par cpnséquei^t
il était favorablement disposé à Tégai d du petit nombre d'hoinmes
de distinction qu'il avait connus personnellement^ et qui ^v^ent
ét^ constamment fidèles à cette famille pendant la longue suite
d'inPortunes qui semblaient l'avoir à iamais accablée. U^ysat d^jà
offert des rafraicbissemens à Arthur, et il fît alors servir a^ coQitt
un repas pendant lequel il n'oublia pas de lui recommand^F, par
son exemple autant que par ses conseils ^ le bon vin de 3ourgpgne,
dont le souverain de cette province était obligé de ç'a^âtenir lai"
même.
— Le duc montre en cela qu'il a de l'empire çur lui-mâine, dH
Colvin; car, pour dire l^ vérité entre amis, son caractère est trop
fougueux pour supporter la fermentation qu'occasioue dans le
sang ce breuvage cordial; aussi est-il assez sage pour %e borner à
des boissons propres à calmer le feu naturel de son tempérameat^
au lieu de l'enflammer encore davantage.
— C'est ce dont je puis m'apercevoir , répondit le comte; quand
j'ai commencé à connaître le noble duc , qui était alors comte de
Charolais , son caractère , quoique toujours suffisamment impé-
tueux, était l'image d'un calme parfait, auprès de la violence i
laquelle il s'emporte maintenant à la moindre contradiction. Tel
est le résultat d'une suite non interrompue d« prospérités. Il s'est
élevé par son propre courage, et grâces à d'heureuses circon-
stances, du rang précaire de prince feudataire et tributaire aa
GHAIVLIS& U; TÉMÉRAIRii. MU
rang des plus puissans soayerains de rËurope, et U a pnn mi ««v»
ractère de majesté indépendant. Mais je me fimu^ qi|9 cei Dobtif
traits ^e générobiié , qui con)pens9ient les actes 4'tKM9 v^V>n^ Hi**
bi traire et fantasque » ne sont, p^ d^vem^s pllifk riUW qH'^i^ M
l'étaient autrefois.
— Je puis lui rendre justice à cet égard^ dit }e soM^^ d^ i<Mrtm«i
qui attacha au mot de générosjté Iç ^eu^ moîn^ el^lH^ de HMrnf
ïité ; le duc eât un maître noble , e( àn^t Ifi gipîa #t Ipiygim prdtt
à s'ouvrir.
— J«5 désire qu'il accorde nés bofit^ à des tuNBlues apasî ^rmes
et aussi kîdèles di^ns leur service qi|e vous l'avez (puJQiirsélé» Ciils
vin. Mais je remarque un changement i\%m yQtreariBée* Je timn
nais les bannières de la plupart des aficie«i»es mai^oiis de Bour-
gpgne; comment se fait-il que j'§n y<4e|ii pHtd^na teçftinpdHduel
je vois, comme autrefois, des drapeaux , 4e# éteudêfda» des pesr
uof>s ; mais quoiqqe je cQnnaii>se dt^puis lant d'anuéea la eoblesse
de France pi de plsmdre , leurs arnoaines lae aosil iueowiuiea.
— Noble comte d'Oxford, il convient mal à ua haminfi qui est
à la solde du dup de critiquer sa ceiiiUiii^e % i^kk il eat vrai dit dire
que , di^pui^ quelque temps» le duc , à q^ qu'il me sefnhle » aocûPdi
trop ù^ coii&9nce 9MX foldais de lélrauge^^t U aime mieux prendre
à sa sqlde des troupes, nombreuses d'AUematids-et d'Itjilifctts, que
de réuftir sous sa bannière les eb^v^Uf rs et les éeiiyers qui faû
sont attachés par les liens de l'allégeance féodale. U ii% reeomrs à
ses sujets que poqi* en tirer les somm^ devi U A bt^MMO peur solder
ces mercenaires- (««s Allemands ^(m% des dràUs assea hannètas
qui^nd \\s som payés ré^i|iièremefi(; mais que le oiel me ppéa«rve
des bander itaUennesdp duc» et deea Campo-Bassa» lewr chel, qui
n'attepd qu'un prix capable de le tenter poui? i^eadce &oa jUmhhmi*,
confirme ^n moHten deiiÎAé à la tuerie*
— r- Penise^TVPus si mal 4a lui ?
-rr 4'en pense si nuil, que je eroisqu^U a'exiaieancHne soFieée
trahifiQ» que Tesprit puisse imaginer et que b bvos pBÎ^S6 eKéoa-
ter y poar laqoelte son ame et ^ maio ne.&eiei|t prétfa. il ast pé-
nible, Qli|6rd> pour un Anglais , pour un hanne d^honneur eemnie
moi, de servir dans une armée pu de paveils traîtres «et un oom-
«landetnent. Mais que puis^je faire , à moins qtie je ne trouée de
nouveau rocçasion dé porSar les armes dans mon pays naul 7 j'es-
père encpre qpi'il pbâra à la merei dq «el de ralluner dans aetve
96» CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
chère Angleterre ces bonnes guerres civiles , où l'on se battait de
firanc jea , où l'on n'entendait point parler de trahisons.
Lord Oxford donna à entendre à son hôte qu'il ne devait peut-
être pas désespérer de voir s'accomplir le pieux désir qu'il formait
de vivre et de mourir dans sa patrie » et dans l'exercice de sa
profession. Il lui demanda ensuite de lui procurer le lendemain
de bonne heure un passe - port et une escorte pour son fils qu'il
était oMigé de dépêcher sur-le-champ à Aix, résidence du roi
René.
— Quoil dit Golvin^ le jeune lord Oxford va-t-il prendre ses
degrés dans la cour d'Amour ? On ne s'occupe dans la capitale do
roi René d'antre affaire que d'amour et de poésie.
— Je n'ambitionne pas pour lui une pareille distinction, mon
bon hôte ; mais la reine Marguerite est avec son père, et il con-
vient que ce jeune homme aille lui baiser la main.
— J'entends» dit le vétéran lancastrien ; quoique nous touchions
à l'hiver , je me flatte que nous pourrons voir la Rose-Rouge flea-
rir au printemps.
U fit alors entrer le comte d'Oxford dans la partie de la tente
qu'il devait occuper, et où il se trouvait aussi un lit pour Arthur.
Leur hôte> comme nous pouvons appeler Colvin, les assura, en
se retirant, qu'ail point du jour des chevaux et des hommes d'armes
sur qui il pourrait compter seraient prêts à conduire le jeune
homme à Aix.
— Et maintenant, Arthur, lui dit son père, il fiant nous séparer
encore une fois. Dans ce pays où régnent tant de dangers , je n'ose
vous donner aucune lettre pour la reine Marguerite, ma maî-
tresse; dite^lui que j'ai trouvé le duc de Rourgogne tenant forte-
ment aux vues de ses intérêts personnels, mais assez disposé à les
allier avec ceux de la maison de Lancastre. Dites-lui que je ne
doute guère qu'il ne nous accorde les secours que nous lui deman-
dons, mais non pas sans une abdication en sa fiaveur par le roi
René et par elle-même. Dites-lui que je ne lui «aurais jamais cofl'
•seillé de faire un pareil sacrifice pour la chance précaire de ren-
verser du trftne la maison d'York , si je n'étais bien convaincu qœ
le roi de France et le duc de Rourgogne sont comme drax vautours
planant sur la Provence, et que l'un ou l'autre de ces princes »
peut-être tous deux , sont prêts , à l'instant de la mort de son père,
à fondre sur les domaines qu'ils lui ont laissés à regret pendant sa
CHARLES LE TEft^RAIRE. S69
Tie. Un amiigeinent avec le due de Bourgogne peut donc i d'ane
part , nous assarer sa ooopëratioa aclive dans notre entreprise en
Angleterre; et de l'autre, si notre npbie mi^resse ne consent pas
à la d^Bftande du duc , la justice de sa cause ne mettra pas*plos en
sûreté ses droits l^réditaires aux domaines de son père. Invitez
donc la reine Marguerite, à moins que ses projets ne soient chan*
gés, à obtenir du roi René Facte formel de la oessiod de tes do-
maines au duc de Bourgogne , avec le consentement exprès de Sa
llajesté. Le revenu a assurer au roi et à elle - même sera réglé
comme elle le désirera. On peut même laisser cet article en blanc,
car je puis mo fier à la générosité du duc de Boulogne pour le
remplir eouTenàblement. Toute ma crainte , c'est que Son Altesse
ne s^embarque...
— Dans quelque sot exploit nécessaire à smi honneur et à la
sûreté de ses domaines, ajouta une voix en dehors de la tente, et
ne fittse ainsi plus d'attention à ses affidres qu'aux nfttres. N'est-ce
pas cebi, sire comte ?
Le rideau qui fdrmaiit, de. ce cAté , la porte de la tente se leva
en même temps, et on vit entrer un homme portant le costume et
la toque du soldat de la garde wallone , mab en qui Oxford re-
connu sur4e-champ les traits durs du duc de Bourgogne, et son
fier qui étincelaît sous la fourrure et la plume dont' sa toque
ornée.
Arthur, qui n'avait jamais vu ce prince , tressaillit en voyant
entrer un inconnu, et porta la main sur son poignard. Mais son
père lui fit hn signe qui lui fit baisser le bras, et il vit avec sur-
^se le reqpeet solennel avec lequel le comte reçut le prétendu
soldat. Les premiers mots qui furent prononcés loi expliquèrent ce
mystère.
— Si ce déguisement a été pris pour mettre ma foi à Téprèuve,
ngM» duc, dit le comte, permettez-moi de vous dire qu'il était
inutile.
— Gonvenet, Oxford, répondit Charles , que je suis un espion
courtois; car j'ai cessé de jouer le rôle d'écouteur aux portes, à
l'instant même où j'avais lieu de penser que vous alliez dire quelque
ehosequi exciterait mon courroux.
*— Sur ma parole de chevalier. Monseigneur, si vous étiez
resté derrière la tente, vous n'auriez entendu que les mêmes
qpie je sins prêt à dire en pfésence de Votre Altesse,
«4
170 GRàRKËS LE TÉHÉRAIRE;
qiioi(q[u*6ll«0 enfluf ni été peat-ècre «sprimées uni pra pbs Bbre»
-**Eh bteal dilefl4Br'doiie» er de la niMdèrtf qu'Uvousplain;
Us en ofti menti parla gorge, eeitt qm disent qae Gliarleede Boor*
gagoeVest jamaie offeosé des •ans-donnés 'par nii^aniid.oot il cash
natt les bonnes^ intentionSé
*^ J'asratft desc dit qae loat ce cpie Ifai^nerite d'Aqen avairà
onaindrei o'étaitqae'le dos de Benrgogpe , à Uinstaatde prendnr
son ariniipe pourgagner la Poovenee ponr kimnème^- et pour aider
desodibraspoisBani ma-nnllntaie'à'ftdra'Tdmr'ses dMta en An*
g^ieterre, ne se laissât détourner d'objetâssiimpertanspar ledéi»
inpnideii4de se tenger d'atCroatsiaaagioatvea'qQiini^entété fut»,
comme il le suppose, par certaines confédérations, de movtilgDiTda
des Alpea^ oontre lesquels il est impossible de remperCer un avan-
tage inportuMly ou d*aequémr de k-gloise, etau risque de pcrdfe
l'oa et l'autre. Ces hommes, Monseignettr, demeurent an- milieu
de rochers et de déserts presque inaccessible^; il» se contentent de
si peu de ebose pour leur noorritufe, que le plus pauvre de tos
sojets mourrais de faim s^il était asac^li %u aiên» régnoe. Us son»
formés par la- naturetda manière à serrir de gamîaon anx mon**
tagnes au milieu desquelles elle les a placés, et qui sont autant de
fopteresseà^ Pour Fauiour du oiell ne immis neUeapastengaefre
avec eux , mais marchez vers un but plus noble et plus important^
sans-roeltre en mouTement un nid de gui^s,.doBt îeé piqAres sont
capables de mettre en Inrenr ceux qu'eUestattaquent*
Le doc avait promis*de la patienoe , et il s'efforça de tenir p>»
rôle ; maisJesi muselé» gonfla de son Yiftage et ses yeux étiim*
lans. aniuMifaîeut oondxk» il lui en* coûtait' po«r nateniF son'
courroux.
-^^-Yons éteamid informé, Milnrd, répo&ditPtl^i eue hommes ne
sontpaisles bergers et lesrpaysans paisibles 'qu'il' vous plaît detes<
supposer. S'ils n'étaient que cela, il me serait possible de lesnié*
priser^ Mais^ fiens^de quelques. Tiotoirertqi^iltf ont roMpertéés sur
les indeienatAntriofaiens, ils • ont seceuétont-respeet pour Fanto*
rîté; iia se»donneBt des airs d'indépendaueê,' fik'meut des Iqjites',
font des invasions, prennent des villes. dlassant> jugent et font
e»éeutendes hommeadeimble naisaBiicbau^gréidelqnBèonpiaistr.
1tt'as>res|iritiabtuav CHcford,. car Unasl^aindlBile'paBinie'CMfl*
jfmnàiU BeiavagilerleB'àaBigdmglaié^ et.teiftiireientae9duns>me»
CmiRLâS LE TÉHÉRAIRE^ 37t
scMimeil«<àr Vég/gÊàéctûa motiMpmrû^t apyferenda que ces Smstê'
sêat de TiwksèÀt» Eieesstis poar les paities de' nés domaines dont
il» istoBt Tôisin»; pMweB> fiénr^ fiéroees; s'effieneaiit aisément,
pairce qil'ils gagnent w Im gaerre; dif&siks à apaiser, parce qn'ils'
nourrissent niresporit d» -^engeanœ; teoJDWs (vèts- à saisir Foeea**
siDD' &Tora)bk pour attaquer un Toisin qoand il est oecopé d'autres
affaires» Owi les Saisae» sont pomr la EMir^gne et pour ses aUiés
des ennemis aussi remnans, aéssi^ perfide^, aiussî invétérés, qne
les- Edes^ai» pont l'Angleterre. Qcie diras^tn maintenant? Puis*je
aenfcer à< anonoe esÉtreprise importante anr^nt d'ai^r terrassd
Torgneil^d'un tel people ? Ce ne sera VaffiiiM que de quelques jours.
Je saisirai le pore-épic des montagnes airee meÉ gantelet d'acier.
— Ils donnemrit douer moins de besogne à Votre Altesse ^e
ass rois d'Angletems nfén est etia^rec- lea Eoossais. Nos goerrèa
af?eecenx««ioet dnréei longtemps' et ont étésisang^tes, que les
hommes sages-regrettent eneore qn'on lerait jamais entreprises.
-^ Je tt'entends pnaiaire«anix Eeoisais l'affront de les oompa-
ixr, sons tons lea rapports), à ces manant des montagnes de Suisse.
ÏA noblesso'dn sfeing et le courage s& tronrent en Ecosse, et nous
enaToswTii bien des exemples; Ces Sinsfiss^ au-eontraire, ne sont
qn'nM race die paysa^e^^et si qudqnes»uns d'entre ewL pèttyent m
-vanter d^nne naissance pies dislin^née , il faut qu'ils la cachent
sons le eo8tlimeetlesmsniîèresrde>ce8 rostres. Je ne crois pas qu'ils
soetiennent mw cbargedema cavalerie dn Hàinant.
•^"Semy A la cwvdieriej^Bnt traônrer un terrain propre à nne
•lMrge«liaiSi..«
— «-Pmp réâmre^YOs sempuies ait>silcittcevdît le duo en l'inter-
raaq>aBt.,i apprenez qie ees-mainansensouragent par leur protec-
tion el leur aidela fesînation dés oonspÎTtitîons les plus dangereuses
dânsmea^domainds. Je voneai^dk qnemon gouverneur, sir Archi-
bald YonSbgenbaeh, aétë ansasdiné après la prise de la ville de
IftFéretter par eaa traîtres, vos bons-Suisse». Et voici on chiffon
de parchmidaffei m^anneoeé que mon serVitenr a- été m^k mort
en vertu d'une sentence dit Vehifeié'Gerieht , bande d'assassins se-
crète, dent je ne souffirirai^lmaiftlesatiroi^inens dans aucune
partie dernme domaines^ Que ne^pni^'j^ les trxuiveii sur la surface
dé la taneMsabaiaénHMitiqti'âsise raasemblenir dan^sesemrailles l
.Vc9ei& BinseltMatdejoet éctiti
Gethéeli^iportàit*^ eme>lÀ dalts^-di» jotw e^dta^aleJiSi» '^e seetmfce
a4.
372 CHARLES LE TéMÉRAiRt.
de mort aTait M rendae contre Archibald Von Hagenbadiipark
saint Vehmé, et qu'elle avait éié mise à exécution par ses offi-
ciers, qui n'éiaient responsables de leur conduite qu'à leQrtribs-
nal ; cet écrit était contresigné en encre ronge , et scellé da sceau
de la société secrète, un rouleau de cordes et un poignard.
— J'ai trouTé cette pièce clouée sur ma toilette arec an poi-
gnard, reprit le duc. C'est un autre de leurs tours, pour ajonter
le mystère à leurs jongleries homicides.
Le souvenir du danger auquel il avait été exposé dans l'aoberge
de Mengs, et les réflexions qu'il fit en ce moment sur l'étendue
et le pouvoir de ces associations secrètes, &rent frémir inyolon-
tairement le brave Anglais.
— Pour l'amour de tous les saints qui sont dans le cieli Mon-
seigneur, dit-il , prenez garde à la manière dont vous parlez de
ces redoutables sociétés, dont les agens nous entourât, et sont
sur notre tète et sous nos pieds. Personne n'est sûr de sa yie,
quelque bien gardée qu'elle soit, si un homme prêt à saeriAer la
sienne veut la lui ravir. Vous êtes environné d'Allemands, d'Ita-
liens et d'autres étrangers. Combien s'en peut-il trouver panai
eux qui soient chargés de ces chaînes secrètes qui dégagent les
hommes de tout autre lien social pour les unir en une confédéra*
tien terrible dont ils ne peuvent plus sortir? Songez, noUe
prince, à la situation dans laquelle votre trftne est placé, qnoi«
qu'il brille de toute la splendeur de la puissance, qumqu'il repose
sur une base solide et digiie d'un édifice si auguste. Je dois voos
dire , moi, ami de votre maison, quand ce devraient être mes der*
nières paroles, que ces Suisses sont une avalanche snspendae
sur votre tête , et que ces associations secrètes travaillent soos
vos pieds pour produire les premières secousses d'un tremble»
ment de. terre. Ne provoquez pas une lutte dangereuse, et la
neige restera inunobile sur la dme de la montagne ; la fermenta-
tion des vapeurs souterraines s'apaisera. Mais une parole de me-
nace , un regard d'indignation ou de mépris , peuvent éire «
signal pour foire éclater ces deux fléaux.
— Vous semblés témoigner plus de crainte pour une troope de
manans à demi nus et pour une bande d'assassiiis nocturnes, ^
je ne vous en ai vu montrer pour des dangers réels. Gepeaéant^
ne dédaigne pas votre avis. J'écouterai avec patâence les eovop
suisses, et jen^abstiendrai, si cela m'est possible, de kar f^
CHARLES LE TÉHÉRAIRB. 378
voir 1q mépris ayec lequel je ne pais m'empécher de regarder
lears prétentions à traiter comme Etat indépendant. Je garderai
le sileoce^ur les associations secrètes, jusqu'à ce que le temps me
loornisse les o^oyens d'agir, de concert avec TEmpereur, la diète
et les princes de l'Empire, pour les ^chasser en même temps de
tous leurs terriers. Eh bien 1 sûre comte , est-ce bien parler ?
— C'est bien penser , Monseigneur ; mais c'est peut - être
parler imprudemment. Vous êtes dans une situation où un seul
mot, entendu par un traître, peut être une cause de mine et de
mort.
— Je n'ai 'pas de traîtres autour de moi, comte. Si je croyais
qu'il en existât dans mon- camp, j'aimerais mieux périr sur-le-
champ par leur main , que de vÎTre perpétuellement en proie à h
terreur et au soupçon. . '
— Lea anciens serviteurs de Votre Altesse ne parient pas fa*
Torai^lement 4n comte de Gampo-Basso, qui occupe un rang si
éleyé dans TC^treconfiance.
— 'Oui, répliqua le duc d'un ton calme , il est facile à la haine
unanime de tous les courtisans de dénigrer le plus fidèle serriteur
d'une cour. Jefépondsque Golvin, -votre concitoyen à tête de
taureau, l'a noira dans Tolrë esprit comme tous les autres. Mais
pourquoi ? C'est que Campo-Basso prend som de m'avertira sans
crainte et sans espoir de faveur, de tout ce qui va mal dans mon
duché. Ensuite ses pensées sont jetées dans le înême moule que les
miennes, de sorte que je puis à peine le décider à s'expliquer sur
^e qu'il entend le mieux , quand nous différons tant soit peu sous
quelque rapport. Ajoutez à cela un extérieur plein de noblesse,
de la grâoe, de la gaieté, une adresse parfaite dana tous les exer-
cices de la guerre, et dans tous les arts de la paix qui convielinent
à nne cour. Tel est Campo-Basso. N'est-ce donc pas un joyau
pour le cabinet d'un prince?
— Je vois qu'il possède tout ce qui est nécessaire pour former
un fsivori; mais toutes ces qualités ne sent pas aussi propres à
faire un fidèle conseiller.
-^Fon soupçonneux! s'écria lé duc; faut*il donc te dire mon
grand secret sur «eCampo-Basso? N'est-il que ce moyen de te
guérir des soupçons chimériques que ton nouveau métier de mar.
chaud ambulant t'a probablement disposé à concevoir si légère-
ment?
874 .GHMH2B ILE IlÉIfÉRMtUI.
-^6i yotra AiUsfim oa'lioiion d« m i^omàÊmêe, ttm eeqaeje
ipuis dire, c'est <i«d ma Âdélilté 74rép«ndm^
-^Saoh» dope, )l6 fimêwêBmat dermorMb, qiie4iioB'boil oati,
jnm cher irèroy -LoDÂ^nm ét'Ftmaçe^aftk fidi AMBier «w ei
flscret par on perBonsage qaitn>te|t4ia& néins'qoe'aen fimeut
barbier, Olvvier leOiable, jfMJCanpOdBasfloliii a^akoffert, f&à
«Incertaine somme d'argent ,; de va livrer à 4|ii, mort oh vif.—
IVoastressaillex?
-r* Et ce d'est pas «ans raisoa , me siçpalaiit ><iaa ^foive iMige
constant, Monseigneur, est d'éire légèrement armé et mal aooMU-
pagoéf quand tous allés âam d» ••eeoùaissaaoaa p« Visiler vos
avant-postes , mt. songeant par. copséquent 'combien il sersit kcBfi
dlP.mottreà)eKéontionuB4dpMgetdetra^son« :
— Bon , bon ! tu vois le danger comme s?ilél|iA réel; ittfena
no peQt être plusceniaînique aLmoB oharicoviaîn, deM&da AanWt
tAt veqa nne«pa!r0illBipfEr^,iU^t'Mle'demer haimme duiisnAe
à me prévenir de me tenir en garde contfc^oette^porfidîe. Nsb,'10D,
il sait quel pdbc j'attache aux lasnricesido Gampo^lasso, st il a
imaginé cotte Acan«4ition{iapir>m'enf»n!fer. .
— Et cependant, Monseîçn^or, . ai ¥otive Alto^ao vdnt wmm^vM
Moseil, vous ne qoituunea |»aa aansjnéoassiti iKMawamiassÀ'l^
Ittieuye do fer, et voBaiiemaffcherefli€[ii'«v?ec nap bonne escortad^
iroa^fidèlfis Wallona.
-*-Tn voodnis donc., à ISaide dn.soieilietidel'aeier, Jairew
tarbonifAde d'un malhenreuxicopime imoi^ :tt»pjaar» cân^oméyar
one fièvre brûlante? Mes qooîfue jeiplaisanteiainai, jèserai prtr
^ant. Quant k. veos , jeune faamme , voaa'*poiMrez asauprer sm €oqr
aine, Margoorited'Anjony.quejeeagarderaiaeaaffbfiMseaiilDieta
miennes ; mois fMmvenee«>voa& auaai'que ks sectatsdes prÊnocs sMf
des présens dangereux, û^oeux è jqoi dlpaobt confiés manquent de
discrétion^ mais qu'ils font la fortune de eeoac qni^aveiitiasganlir
Salement. Vous encourez là preuve,* éi -vous flpe v^pportet d'Aix
l'aote d'abdication dont votre pêne -vona-a parlé. Adieu, adieaJ
— Vous venez de voir, dit le comte d'Oxford à son fils, lefO^
t»dt de ee pi»ee e.tnioidin»re , ir^^ë par Im^do.. il «t fi^ik
' d'exciter son ambition et sa. soif de pouvoir, mais il est presque
impossible de lui faire prendre le <^emin direct qui pooneit*^
eondoire an- point désiré. Il est toujours oomoia Farcdier novicei
dont l'œil est distrait du but par une hirondelle qui vole pendakiq"^
GBAiRUBS UE TÉRÉBASHL «»
|ifeJa>oorflede<an«rc. iTantfttméfiMl'saM cflii9MCiiqti8leiiMrit>
«antAt&'alnniiMHHuit à.«ne oonfimee «bs Imi mÊB^aimgahre>9wmaà
de latBiaîson deiLamoHtre et jiUié de œile d'iYork ^ oudoieiiant le
deraîereBpeir et k seal appei 4e etite sinseBdétrâiiée. Il eit
féynble d*a.voirA>gegenierilflB jowwy ée veîr oMumem^on ptvt
{[agner la piatie,iet/de:te'troaver, par le eiqpnce de»«eives> pmrë
4ie je«f reonuMe il le iradiak. Que de grands ^kMëiéu «dépendeat
ihladéleraiînBtâas fseprendm dcnudn ledaoQhaekal etoomUen
est faible mon inflnenee pour le dédder à agir <e(NBne«reKÎgeBt ja
aftMié'et sitre avantagel Booseir, /mon'fita; IniMsini le sein des
érènemens à celui qoi peat senl en diriger le oonn.
CHAPITRE XXVn.
^ui , loon saqg est trop firoid* paisqQe j'ai sqpportc
'Hc» indignes propos sans qaf l ait fcrmeotâ.
JVQtni le Mviex fort bien » fi votre impertinence
Teut Toir jusqa'à quel point ira ma patience.
S«AK0»ft*av«
VâmoU'éveiUa le comte d'Oxfbvdet son tts, et sas preaums
myQM '^Kenaient a peine d'éckirer l'iiorizon dn côté de l'orioiiy
quand lenr.bôte, Cobiiny entra aiwcfindomesliqne portant quelques
fiaqnets quiîl déposa 1par.terre9.ei f«î se i^etira ensuite. Le général
d'aniUene dn àac kor aimonça alocs qn^il étaît chargé d'un mes-
aa^B de la part de Charles deJBomqgogoe.
--^ Le dnc , dtt4I, envoie à mon jenne maître d'Oxford quatt«
laiMiers lobnstes pour Tesearter; nne. bourse d'or bien remplie
jkOBf fournir à. stsdépeoses à Aîk , tant qute: ses afbires Vj retîen-
4f)(Hit; des lettres de oréanoe pour le roi Aené 9 afin de lui assucer
«m bon accueil; et deux habits complets, conTOoables à nn gentil-
^mme anglais qû désire être t&noin d^s fêles solennelles de la
IVoTence 9 et à.la sûreté dnqnel le duc daigne prendre un grand
jntérât. S'il a quelques antres affaires dans ce pays. Son Altesie
.lai recommande ide les «ondoke ayec prudence et discrétion* h&
•flnc lui envoie aussi deux cheymix pour son usage ^ un ge&et mar-
376 CHARLES LE TÉKÉRAIBE.
chant à l'amble pour la route, et mi vigoareiuL cberal de Flandre,
couvert de son armare, dans le cas où il en aurait besoin. Il est à
propos que mon jeune midtre change.de vâtemehs, et prenne un
costume qui se rapproche un peu plus de son véritable rang. Ceux
qui doivent le suivre connaissent la route ; et ils sont antorisés, si
les circonstances l'exigent» à requérir, au nom du duc, l'assistance
de tout fidèle Bourguignon. Il ne mérestequ'à ajouter que plus tôt
mon jeune maître partira, plus on en tirera un augi^e £aivarabledi
succès de son voyage*
— Je suis prêt à monter à cheval dès que j'aurai changé d'habit ,
répondit Arthur.
— Et moi , dit son père, je n'ai nulle envie d'apporter le moindre
délai au service dont il est chargé. Ni lui ni moi nous n'avons à nous
dire autre chose que : Dieu soit avec vous ! Qui peut savoir quand
et où nous nous reverrons ?
— Je crois, dit Colvin, que cela doit dépendre des mouvemens
du duc , qui peut-être ne sont pas encore déterminés ; mais Charles
compte que vous resterez avec lui, Milord, jusqu'à ce que les af-
faires qui vous ont conduit ici soient définitivement arrangées. J'ai
quelque chose de plus à vous dire en particulier, après le départ
de votre fils.
Tandis que Colvin parlait ainsi avec le comte, Arthur, qui n'é-
tait qu'à demi habillé quand il était arrivé, profita de l'obscurité
qui régnait dans un coin de la tente ponr changer les simples vête-
mens qui convenaient à son état supposé de marchand , contre on
habit de voyage pouvant être porté par un jeune homme de c<wdi-
tion attaché à la cour de Bourgogne. Naturellement^ cène fut
pas sans quelque sensation de plaisir qu'Arthur reprit un costume
digne de sa naissance, et que les grâces de son extérieur le ren-
daient plus digne que personne de porter ; mais ce fut avec encore
plus de joie qu'il jeta à la hâte autour de son cou , le plus secrè-
tement possible, et qu'il cacha sous le collet de son beau pourpoint,
une petite chaîne d'or élégamment fabriquée à la manière mau-
resque , comme on appelait alors ce genre de travail. C'était ce
qn^il avait trouvé dans le petit paquet qu'Anne de Geierstein , cé-
dant peot«ê(re à ses propres sentimens autant qu'à ceux d'Arthur,
lui avait remis entre les mains quand il l'avait quittée. Les deux
bouts de la chaîne s'attachaient par le moyeu d'un petit médaillon
en or, sur un c6té duquel on avait tracé avec la.pointe d*une ai*
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. S77
goSle on à*mk ccmteaa , en caractères très petits 9 mais très lisiblesi
les mots : Aduu pour toujours! tandis que de l'antre on pouyait
lire, qncMqne pen distinctement : N'oubuez pas A. vr G.
Tons mes lecteurs ont été , sont , ou seront amans; il n'en est
aucun qui ne puisse comprendre pourquoi Arthur suspendit soi-
gnmaenient à son cou ce gage d'affection , de manière à ce que
cette dernière inscription reposât immédiatement contre son cœur,,
dont chaque battement deyait agiter le médaillon chéri.
. Ayant achevé sa toilette , il fléchit un genou devant son père
pour hd demander sa bénédiction et ses derniers ordres pour Aiz.
Le comte le bénit d'une voix presque inarticulée, et lui dit, d'un
ton encore mal assuré, qu'il avait déjà tout ce qui était nécessaire
pour le succès de sa mission.
— Quand vous pourrez m'apporter les actes dont nous avons
besoin , loi ajonta-t-il à voix basse, en reprenant sa fermeté, voua
me trouverez près de la personne du duc de Bourgogne.
Ils sortirent de la tente en silence, et virent à la porte les quatre
lanciers bourguignons, hommes de grande taille, et actifs, déjà eir
selle, et tenant deux chevaux sellés et bridés; le premier était un
coursier caparaçonné comme pour la guerre, l'autre un genêt plein
d'ardeur, pour servir pendant le-voyage; un des soldats tenait en
laisse un èheval de sondme chargé des bagages , parmi lesquels Col*
vin informa Arthur qu'il trouverait les vdtém^s qui lui seraient
nécessaires en arrivant à 'Aix , et en même temps il lui remit une
bourse pleine d'or.
— Thiébault, continua-t-il en lui montrant le plus âgé des
hommes de l'escorte, mérite toute confiance ; je garantis son in*-
tdligence et sa fidélité. Les trois autres sont hommes d'élite, et ils
ne sont pas gens à craindre que leur peau soit entamée.
Arthur sauta en selle avec une sensation de plaisir bien natu»
relie à un jeune cavalier qui , depuis plusieurs mois , n'avait pas
senti sous lui un cheval plein d'ardeur. Le genêt, impatient, tr^
pignait et se cabrait. Arthur, ferme sur la selle, comme s'il eût fait
partie de l'animal , dit seulement : — Avant que nous ayons fait
une longue connaissance, mon beau rouan, ton ardeur apprendra
à se modérer un peu.
— Encore un mot, mon fils , lui dit son père^ qui ajouta , en lui
parlant à l'oreille , tandis qu'Arthur se baissait pour l'écoutert
Si vous recevez une lettre de moi , ne vous croyez hiea instruit
8T8 GlUdUiBS .12 lEÉHlIBlIHUL
dejonco]itaMi4«>piàaMQÎr.Mpoaé'fe iniiiervft)iB/«lHltar4«dfini«
;Arthiir salot, . et fit iui> signeau plus âgé des flokktftde marcber
«a ayant; et tous., ladiMitla'Mdeà]«a».ctievaiix,yt«iiiif«pèfe^
4e camp an ^gcattd.troi , ileijauae honune Iwaiii inn (datmer «igné
'd'adieu à ani .pèffe jet k GoItîa.
Le comte areata oomme mn iiamme acaoïpé d'iiii.«oiige. , enhoait
^aw fils daa yeux ,* danaimieraettB de:»êifiarieqi|i nelabînteffMiBipiie
qae lorsque Gokm Im dit :
'-*- Je ne sois pns surpris^ Milord^ fque mon ijeHie iniMtre
TOUS inspive tant de seUickiide; c'estion galant jeane hmamSfm^
ntant biani toat>rintérât d'un père » let nous (vivons dansiun aiàcle
de trahison at deaang.
— Je prends Dieu et sainte Marie.àitiMnoin , .gdpenditjQifaiJy
^pie, >si JASuis dans le^agrin , can'estfiaa senl^mmit poaraoMnai-
•on; qm».si )J'«ide l'iofuiétudc^ ce.n'eat /pasmon^lâ andtqoi Jâ
cause; mais il est <pénible de risqnernn demicrieqJM^daais aie
imm ai dimgeiseiise. fih Mon ! rqada ^ordcaa ^'«{qioiAflmf ans de la
part dn duo?
-p*Son Aitease montera àoberval :iipvès:aiBûiir:d^îawaé.X^dos
TOuàanTOÎe des métomans qui, s'ii8ine^sont)paaioenx.faieiugecsil
votre rang» vous oon^knMttt pourtant ffiic^uK qae ceos qwe vaus
portez giaiof entant. JU àémce qna, gardaiit.toi^oncs votre ineognili
«klaqnalité derkboimiffchandaQglaiiayrroiasf&asiezfiartîeidelaicar
vakadeqni va le^oonduiffe à Dijon» 0Ùildûit4ioaevoir:kisipHne
des Etats de Bourgogne sur des objets soumis à leur eaamant tft<^
il donnera ensuite ^une andienoe pilUi^Me. aak diéputû» ivôsies.
Um'a chargQde voas plaoer de «anière»qiie tTons pnisaiazvotrii
votre aise ces deux cérAoLonieSfiaujuiaelfes ilJS^ppoaelfll(^0mlS^
étranger y"^ voi^ aérez .ckmrmé dfaasistfir. Mais Û voua a pmhk
bl^nent dit tout «eia biMnaaiie» ear je enoia qne< .^ns l'aiMia vn^dé*
guisélanuit deenièire. N'ayéZipasl!^fii«cf«ia; le duc joue aeitovr
trop souvent pour ipi'il puisse letaîre^ouiseafet^jl la'y.a pas>!is
palefrenier qni ne k reoonnm^e» ipiwd il Acav^rse Jes tentas dw
jsoldsts ; et lea vif audiàrea le4U)mnient l'<aspioo espîopn|é.,Sil'haQ-
néte Henry Gohin était le seul -qui en fût instroit » il se. f avdasiit
bien d'en ouvrir la bouche ; mais personne ne VignovOf Allasa»
Milovd» quoique ma langne doive ooUisridé n^ous donn^oe titre,
voolea-vous venir, d^jepner ?
Le d^ieoner » suivant l'usogedn tampoi .était nn repas snbfW-
M, fft.im! ofi^mBlMKmdoiM de Bomgogm tTait^Mlffliiiioyau
4e^CQceinQir^w»AiieJioapitdtilé«Kilii^ fini ayM&àrait
kmu reafiMt. rMais atant fa'iljfûtjiiiiyiwi son IhH^aMtxbtiwii-
(géUes att»onça(fHele»dQc et lo&oarlé^a allai«itflnvter>à ehevid.
,<ki préaema^ de lji.|MnrtdadOG , «iiBMfiiifiiipie ttoraierÀ Phitip-
•«•o^iiCHvi qM le CQHttejd!OclN»leQntiMaiiià peeier; jeCileeiJMgnit
ayec son hftte à laibr^ksit yéqmettqpi cnai^enyitià ae bnnep en
Ifiee d« paYÎUaa dn doe. C!epf!iace'eiiJéo[i^t,aii.<lxrai de^pMliaes
pUmlee , portanili^ snpedie «oatiune de l'mdrei de> k fïei^eii^rOsç,
Aott.aon pèi» aiwk ité ie {asdaleor, etidoQtiQi»rka.âaîtlBi-
Mlal^ le pr#teoteiinaAfe.6]N£iPliiaieiirade.aBS mmatûuoÊmdÊkAaiutt
raeaî raTétHB^ et ikdéplejaiait ^ ainai4}aeleu*aiiile ,â»it d'édat,
fSBM^ÂB ^deadear, qu'ils yastifiaieat ee fs'eAdiaakgéBtfcaleneHI,
ifse Ja cmr de dec de BoavgogçAétait la fdp»mfigiiifiqiie4e tea^
laeh«étieiili.il4B8i0fficierB deaaiaiaiioa éuieat iaii»àiear»plaoe,
«nâ qne les/hén^|ia8 et les «ponaaÙTau» donnée , dost le^ooeMBiey
anasiidche qœ-gnoieeque, ipnidiiisjdtiuiieQet sîngalier auprèadeB*
anbeanet dea dalmatîfnee du qlengé , etdeBasquBret BtbdsankeideB
étmyu^oBm et de8>Taeiai|x. Le^eooite.d)Oxfonl était plaeé panqi^es
demiera, ^pà àaientiéfaifids de direraesanamèreei'aiiivaDt la mâ-
ture du seryioe dont ils éieieatcctiaicgds. il ne tpértnit anean'Oni-
tonue mîlitaits, et^aon .cetiape n'était ni asse:L.sim|^ pour ipa-
iBiti«.déplaeé^AnniîlieB.d8 taat da> splendeur , ni assez lâebepoar
«ttiaer sar iloi J'^tantieiib .11 éieit à«o6lé de Oelain ^^t sa gfiiafAe
^Ndtte , ses .moseteeiet ets itiaits te leraiut praneacés » i £iisaient> od
contraste frappant avec Tembonpoint et la jAgreiononBe linson-
oi^tB de l'offiqieihde ionliiii^.
Le d«c sortit ^dn^aampy^e^fSe-diri^^vers. la "ville de Dijen., qai
était aloffB la cai»ts|le de éoate la fBenrgegne ; m snite fonmiit nn
^inaà eorfége , donft Vannè«&rgsHBdei«tàit /composée dcid^mi eems
anpuriiasBeiistd'éUle» fMre4e soldats qni «commençaient aloes à
élve epfNréeiés, .et d'nn.pareHnombve d'hMvnea d'armes à obenral»
La Tille de Dijon était défendue par de grands murs, et perdes
foseéa dont Fean était feai^ie par jMie petite mière noninée
rOac^e tiCt ^ar le toirent deSa«on. Qastre parles Imifiéesi flan-
épiées 4e redwtes.» et auxquelles c^ndaifkatf^njt des, ;poiils4e¥iK,
CQrresponAimntjpne^qae aax qiiaA»B^potfits cardmaw* -TveattiNtrois
tours s'élevaient a«-d(»sas des jiuia^Ues « et iétiÂeeit |dacées à idif-
ifrens; angles ' pour ^tes pr«iég«ar. Lea «luraiUes ^s-mânosi .fpà.
380 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
aTaient plas de trente pieds de haiitear, ea beaucoup d'endrattsTy
étaient d'une épaisseur considérable, et construtes en grosses
pierres carrées. Celte belle cité était entourée de montagnes ooi»
.vertes de -vignobles, et dans son sein s^élevaient les tours d'un
grand nombre d'édifices publics et d'habitations particoUèree^ qô,
avec les cloches des églises et des monastères , attestaient la ri-
chesse et la dévotion de la maison de Bourgogne.
Quand les trompettes du cortège eurent averti la garde bour-
geoise qui était à la porte de Saint^Nicolas, le pont-levis se baissa,
la herse se leva , le peuple poussa de grands cris de joie, et Charles,
placé au milieu de ses principaux officiers, entra dans la ville, dont
toutes les maisons étaient ornées de tapisseries. Il était monté sur
un coursier blanc comme le lait, et soivi de ^ix pages, dont le
plus âgé n'avait pas quatorze ans, et dont chacun tenut en main
une pertuisane dorée. Les acclamations générales avec lesquelles
il fut salué prouvai^it que , si quelques actes de pouvoir arbitraire
avaient diminué sa popularité , il lui en restait assez pour qu^il fût
accueilli dans sa capitale avec joie , sinon avec enthousiasme. U
est probable que la.yénération conservée pour la mémoire de son
père arrêta long*temps le mauvais effet qu'une partie de sa con-
duite devait produire sur l'esprit publie.
Le cortège s'arrêta devant un grand édifice gothiqcte situé an
centre même de Dijon. On l'appelait alors la maison du duc; et
après la réunion de la Bourgogne à la France , .oA la nomma la
Maison du Roi. Le maire de Dijon attendait Charles sur k^ degrés
conduisant à ce palais.
Il était accompagné de tout le corps municipal , et escorté par
un corps de cent bourgeois en habits de velours noir, tenant en
main une demi-pique. Le maire s'agenouilla pour baiser l'étrier
du duc, et à l'instant où Charles descendit de cheval, toutes les
cloches de la ville commencèrent à sonner d'un carillon eapabit
d'éveiller tous les morts qui reposaient dans le voisioAge des
clochers.
Pendant cet accueil assourdissant , le duc entra dans la grande
salle du palais. A l'extrémité supérieure, <mi voyait un trône pour
le souverain , des sièges pour les principaux officiers et pour ses
vassaux les plus distingués , avec des bancs par derrière poar les
personnes de moindre considération. Ce fut là que Colvin fit as-
seoir le noble Anglais ; mais il eut soin de lui choirir une place d'où
CHARLES LC TÉMÉRAIRE. Ml.
fl pût Toir Csicileiiieiit tonte TasseBiblée et le dac Inknèiiie; et
Clharlesy dont Voad yit et perçant parconrut tons les rangs dès
qn'on fat assis , sembla indiquer par un léger signe de tête»
marque imperceptible pour ceux quiVentonraient, ^'ilappron-^
Tait cet arrang^nent.
Quand le doc et sa snite fàrent assis» le maire, s'approchant de
noavean de la muiière la pins hamble, et s'agenonillant sur le
plus bas degré dn trône dncal , snpplia le dnc de Ini permettre de
loi demander s'il aymt le loisir d'entendre les habiiaus de sa capi-
tale Ini exprimer leur zèle et leur déTonement ponr sa personne,
et 8*U daignerait accepter lenr tribut d'afiection , sons la forme
d'une coupe d'aiigent remplie de pièces d'or, qu'il avait l'honnenr
de déposer à ses pieds , au nom des citoyens et du corps municipal
de Pfjon.
Charles , qui n'atfeetait jamais beaucoup de courtoisie , répondit
d'un ton bref 9 et d'une Toix naturellement dure et rauque : —
Chaque chose à son tour, maître maire ; nous entendrons d'abord
ce que les Etats de Bourgogne ont à nous dire , après quoi nous
écouterons les bourgeois de Dijon.
Le maire se releva et se retira, emportant sa coupe, aussi
surprisque piqué , probablement que ce qu'elle contenait n'eût pas
été acêcepté sur^le«hamp et ne lui eût pas talu un accueil plus
gracieux.
— Je m'attendais , dit Charles, à trouver en ce lieu et à cette
heure nos Etats du duché de Bourgogne, on une députation, ponr
m'apporier une réponse au message que nous leur avons envoyé ,
il y a trois jours, par notre chancelier. N'y a-t-il personne ici de
leur part?
Personne n'osant répondre, le maire dit que les membres des
Etats avaient été en délibérai ion sérieuse toute la matinée , et qu'ils
se rendraient sans, doute sur*le-champ devant Son Altesse, dès
fa'ils apprendraioit que la ville était honorée de sa présence.
— Toison-d'Or, dit le Duc au premier héraut de cet ordre S allez
«nncmoer à ces messieurs que nous désirons connaître le résultat
de leurs délibérations , et que ni la courtoisie ni la loyauté ne leur
permeuoit de nous tme attendre long-temps. Parlez-leur claire-
ment, sire héraut; ou sinon, je vous parlerai clairement à vous*
Blême.
I. U Toiton-d'er, prtnf«rd«s ordfn de cheralerie dans ïu f^t é» B«WfofM.
u
I
889e GHAiAOG» £E TÉMteMRe:
Peniâm-qne te h A^aot ^âofttitlè de êa mlssvMi , bnhw pwftteMm^
âe 8oii;«l»eiice pour ntppeterà nos Idciânrb qtfe , peadànt le moyen^^
âge 9 la cN>iiâCilatlcm de foas les pnys^de ttodalitéy c'e«€-à*^re âti'
presifiW'tMid rSorope y respirait vn esprit ardent de liberCé. h^
seal défaut qui s'y trouvât, était que cette liberté, pear làqueBir
les grands vassaux ecMibattaîeiity ne s'étendait pas jusqu'aux classes
infërieiires de la société > et n'aGoordaitastoinie protecdon à cettr^
<p étaient danslecas-df^H tffbir le plus grand besoin. Les deux
premierB' ordres de rUtadi la nsblesseet le dergé; jouissaient de
gnuids priivilëges'yi et mente le tiers^éiat, ou la bourgeoisie , avait
leéroît particulier de ne pouvoir être sounais à aucuns nouveaux
dmias ou* knpftta d^aueane eggèee^ sents qu^il y eût donné son cou-
sentement»
La mémoire du duc Philippe était chère aux Bourguignons; car,
pendant vingt ans*, ce prince avaîtnMilkienu' son rang avècdigmté
parmi les souVeraiiito de l'Europe , et ii avait aecamulé dés trésors
sans ex^er et sims reùtffoit a«feune augmentation de reveim dss
riehes pays* quVl gOttvernait« MMs les projets extruvi^ns et les^^
dépenses excessives de Charles avaient déjà excité le mécontente-
ment de ses Etats y et' la bonne intelligence qm avait régné entre
le prince et les sujets commençait à ftÉro place, d'une part, ao
sotipçon et à la méfiance, et' de l'autre à ime' fierté hautaine qui
méprisait l'opinion publique. L'esprit de résistance des Etats s'était
irrité depuis peu, car ik avaient désapprouvé hautement diffé-
rentes guerres que le dHo avait entteprises^sans' nécessité; et le»
levées qu'il avttit faites^ de corps nombreuxde troupes* mercenaires
leur fidsait^soupçoittieir qu'il pouvait finir por se servir des-ootxt)is
que ses sujets lui accordaient pour étendre aii-delà des justes bernes
lèis prérogatives^ du- soitvendiii>^ ee:adéaniîr leftdvoits et la Mberté
do peuple.
D*un(»anMef«rt^ eependHnt,le 8Uoeè»ooiistantqifel6 dÉcavait
obtenu dima des eutrepriaee qui pal*aîssaieMi ni^seiitonieiii dittf
ciles> ma!feB4upoaitàbte& àiexÂmter; i'estânietquHbspiiMîtilè noble
franchise de sOH' cara6tère<; la crainte que^fmsaîtnafiive^un naturel
ardent , obstiné et téméraire^ presqueintfoceMible ài>la persuasiee
et nesoniri«MtJjasnatfS|l^éilréoontredJit I enMavaiottiïéaiBOireléti^
d^nne t(»i¥etfr psapeemeusoi qutegineMaHe amssî fntlafcàemeaeiie
la populace pour la personne du duc Charles et pour la memoiiS
de son pècn.. On avait prévur ipfw^.diUM'^l'occAnen.préasatei» il
GHARLBS UE TÉMÉRiHIE. 18»
tfélàyerûit danslet Etats une forte oppesition'aittnonmlIcoccQBh
tribationsqUe le due kor a^ait &it proposa d?étaidir> et le i^
raltat de leurs d^Ubératious était attenda* avec beaocoap i^inr
fmëtiide par les oonseiiler» dti Aiey et w9ec* impatienee pav le
seuTerain lui-même.»
Envîroii dix minâtes 8^>itaitiit passées , qnaiid le ehaneeber'dir
Bourgogne , prélat de haat rang qui était arcboTéqne de Tienne i
entra dans la salle avec sa suite*. En pas8aiit> derrière le trAne dv
duc pour allep prends une des places les {dos honorables qoi lui
était TéseF¥ée9 il s'arrêta un instant pettr engager san midtre à
recevùr larépense des Etats en audience privée , lui donnant àen*^
tendre en mèooe temps qne le résnltalde leondélibérations n'était
nullement satistiisant.
---Par saint Geoi^e da Boorgogne^ monseigneor Parchevêquey
s^éeria Charles à voix hante et d'nn ton ferme , nons ne sommes
pas an prinoe dbnt Pesprît. sait assez bas pour craindre l'humeur
d^uee fiMîtioa mécontente el insolente. Si les Etats de Boulogne
SBTOÎent une réponse désobéissante et déloyale à notre message
paterneLy qu'elle swt prononcée en pleine cour, afin que le peuple
assemblé puisse apprendre à jnger entre son duo et ces petits es^
prits intriganaqoi voudraient empiéter snrtiolt« autorité.
Le chancelier le salua gravement et* s'assit à sa place. Pendtriit
ce temps, leoamte d'Oocferd^remarqua que la plupart des membres
de l'assemblée » du moins ieeux>^ étaient à l'abri des yeux péné-
trans de Charles , murmurèrent quelques mots à l'oreille de leurs
YoiàMM, donl^iquelqnespÉns ne répotadirent que par un cfin d'oeil ,
unmoinpeinelitde la tète oa des épaules , comme on le fait soWent'
cpiand'ilkskigit d'une affami sur Inqùeile on* regarde comme dàn*'
gsrenx de s'expliquer. En. ce moment^ Tois<m<lf(h*y qui remplissait'
lès fenctions de maître des cérémonies , rentra dans la salle , à la'
tète d'nne dépntntâen des Etats , oenpasée de douze membres ,
qnatt^ de èbâqne^idref qui fnrentf annoncés^ comme étant chargés^
d'apporter au duc de Bourgogne la réponse de cette assemblée.
Lorsque la dépulalionentra dans la salle'i Charles se levft , stii-
vant une ancienne étiquette, et ditten dtant sa toque dmie d'un
gmndpanadie: -^Sahst etbicnvenise àmesfi^anx sujets des Étatisa.
Tous ses courtisans se levèrent et se découvrirent là tête aveé lè^
niiênie oérémonial. Lesmenabres des Etats fléchirent alors un ge-
nou ; les quatre ecdésiastiques , parmi lesquels Oxiord reoonntil fe'
88i CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
prêtre de Saint-Panl , étant les plas près de la perionne du «m^-
rain , les nobles an second rang , et les quatre bourgeois en arrière.
— Noble dac y dit le prêtre deSaint-Paul, tous plaît-il d'entendre
k i^ponse de vos fidèles et loyaux États de Bourgogne par la voix
d'un seul membre parlant au nom de tous , on par trois personnes,
dont chacune vous fera connaître l'opinion d^ l'ordre dont il fait
partie ?
— Comme il tous plaira » répondit le duc*
— En ce cas y reprit le prêtre de Saint-Paul , un prêtre , un
noble , et un bourgeois de condititm libre , adresseront successÎTe-
ment la parole à Votre Altesse ; car , quoique les trois ordres soient
d'accord sur la réponse a vous faire , grâces en soient rendues aa
Dieu qui répand parmi des frères un esprit d'unanimité, chacun
d'eux a eu des motifs différens qui ont influé sur sa déiermioation*
— Nous yous entendrons l'un après l'antre y dit le duc eaTeme^
tant sa toque sur sa tête. Et s'asseyant au même instant , il s'ap-
puya nonchalamment sur le dossier de son fauteuil. Alors tons ceux
qui étaient de sang noble , soit daîns la députation , soit parmi les
spectateurs , firent preuve de leur droit à être regardés comme
pairs du souverain , en remettant aussi leurs toques , et un nuage
de plumes ondoyantes donna tout à coup une nouvelle grâce et une
nouvelle dignité à l'assemblée.
Quand le doc se fat assis , la députation se releva , et le prêtre de
Saint' Paul , faisant im pas en avant , lui adressa la parole en ees
termes :
— Monseigneur , votre loyal et fidèle clergé a pris en considé-
lotion votre proposition d'imposer un droit de taille sur votre
peuple pour vous, mettre en état de faire la guerre aux Cantons
.confédérés au milieu des Alpe^* Cette guerre , Monseigneur, parait
à votre clergé injuste et oppressive de la part de Votre Altesse ; il
ne peut espérer que Dieu bénisse ceux qui porteront les armes
pour la soutenir. Il est donc obligé de refuser la denande de Votre
Altesse.
Les yeux du duc se (ixèrenC d'un air sombre sur le porteur d'oo
message si désagréable. Il secoua la ^ête avec uu de ces regards
fiers et menaçans qui étaient parfaitement d'accord Avec ses traits
naturellement durs.
— Vous avez parlé , sire prêtre? fut la sfeule réponse qn'ï
daigna faire.
CHARLES LE TÉKIÉRAIRE. 385
Un des quatre nobles , le sire de Hirebeaa , prit alors la parole.
— Votre Altesse, a demandé à sa fidèle noblesse , dit-il , qu'elle
consentît qu'il fût levé de nouveaux impôts dans toute la Bour^
gogne j afin de soudoyer de nouvelles troupes d'étrangers pour
soutenir les querelles de l'État. Honseûpseur, les épées des nobles \
des cheTaliers et des gentilshommes bourguignons , ont toujours
été aux ordres de Votre Altesse , comme celles de nos ancêtres
sont sorties du fourreau pour vos prédécesseurs. Pour soutenir
tonte jaste querelle de Votre Altesse , nous irons plus loin , et
nous combattrons mieox que toutes les bandes mercenaires que
vous pourriez lever en France» en Allemagne et en Italie. Nous ne
pouvons donc consentir que le peuple soit chargé d'une taxe dont
le prodoit est destiné à soudoyer des étrangers pour s'acquitter de
devoirs militaires qu'il est de notre honneur et que nous avons le
privilège exclusif de rem{dir.
— Vous avez parlé , sire de Mirebeau ? fut encore toute la ré«
ponse du duc. Il la prononça lentement et d'un ton réfléchi, comme
s'il eût craint que quelque mot imprudent, arraché par la colère,
ne lui échappât avec ce qu'il voulait dire. Oxford crut le voir jeter
un r^ard sur lui avant de parler ainsi , comme si sa présence eût
imposé un frein de plus à son courroux.
— Fasse le ciel , se dit-il à lui-même , que cette opposition pro*
doise l'effet qu'on devait en attendre, et qu'elle décide le duc à
renoncer à un projet imprudent , si hasardeux et si inutile !
Pendant qu'il faisait ces réflexions,, le duc fit signe aux députés
du < tiers-état de parler à leur tour. Celui d'entre eux qui obéit à
cet ordre muet se nommait Martin Block, riche boucher de Dijon»^
— Noble prince, dit-il,, nos pères ont été les sujets fidèles de vos
prédécesseurs ; nous professons les mêmes sentimens pour Votre
Altesse , et nos enfans en feront autant à l'égard de vos succès*
seurs. Mais quant à la requête que votre chancelier nous a faite ,
c'en est une que nos ancêtres n'ont jamais accordée, que nous
sonmies déterminés à refuser» et que les Etats de Bourgogne n'oc-
troieront jamais à quelque prince que ce soit, jusqu'à la fin de»
siècles. -
Charles avait supporté avec un silence impatient les discours
des deux premiers orateurs ; mais la réponse ferme et hardie du
député du tiers-état fut pour lui plus qu'il ne lui était possible d'en-
durer. Il s'abandonna à toute l'impétuosité de son caractère,
25
m OUyRCBS: CE lÉHÉRAfllB.
tmfffk 4a |M1.40 vaiiîèMàibiBBkrfiMr.tiéM^ei à faire leitttir
U voûte de la s«Ue » el «eeeUa d'kvieeiîipeeraQdeeieax^boiirgeeis.
-^- Ane MlÀ» MamMà , kmkii done amû que je t^^B^ai»
Inire? I«e noble peiiM*écluMrledreitdepairkry paroe qu'il lôt
combattre; le^^fèdne peet^^^aertir d^ sa langue, e^eataon métier;
nuûs toi» loi fu n'aa jamaia. iramé que le^^sang de tea !»•
Mau» anaai alopidea qee tei-mâaMiy tu eses ^enir iei, eonMie im
^e priviln^i |tMr beuolfp devant le iaavche>pied dv trftne
d'un primo» 7 Saehe > brote qee ta ea^ que lea tanveaiut n'entrait
îwnaia dana va temple qae poor^re sacrifiée, etqaedeaboiidien
at dea artisans ne peaveatàtra admia en préaenee delearssoQTe-
reiaa qoe penr rtoît ThoMiénF de tiier de lenre tréaoïe aocanialés
4e quoi fewmiraBx beaoine pnblios J
Ua mnamure de méeeMtèntamant , qne b crainte du oonMin
du dac ne put même réprimer, se fit entendre danatoQteVsflBfim*
Uéck à aea paiele», et le bendier de Dijen, plébéien résobi, ré-
pUqiia MM beawonpde respect i — fhs booiaesaent ànsas,
U0nieiene«r> et, noms afen mettrona paa lea cerdMe entre les
aMias^defVetveAkaase^ àmoinaque aoqs neseyonasatiifcilsâe
VnaageanpieLiuitBa aegent doit être employée Dm reste , nonssa-
Tons comment protéger noa pairsonnaa;et4K)s>bien8'Centpedssyit*
lards et des mamudours étrangaçra*
diarlea élait aAr le peint d'ordennev qu'on arrêtfit le dépaté;
cependuit on. i^ard qu'il jeta sur le ceniledH3btihrd, dentlapré-
aanoe, eiidépvtda lairnAme, lui imiioaaît qnalqne ce«tm»te,loi
it.cbangar de réaokition, maissce fist^penr oonmettre on antrs
af»ie dfiaapfedeMe.
— Je.inaia}» ditiil eB.a'adtes6ant.à ladépnlatioadeaBtatfr, que
yfùMs ^teatooalignéa ponrt eeutrarier e^es^ projets , et, sens doaie,
pa«r me pvi^w de tent le pouvoir de la sonvevaineté , sanf letlroit
de porter wie eemMune duoale, etd^être serri à genoox covom»
on second Cbarka^le-Simple, tandis qoa les Etats de mes domaiaes
SQ partageront là réalité idu pouvoir . Mais voua apprendre» qœ
liens avea^afiUre à Gbarles de»Bo«rgogne, à on* prince qui, quoi-
qu'il ait daigné vous consulter, est en état de livrer des bataille»
smaiesecoora de sea mblas, puisqu'ils, lui refusent l'aide de
leira épées; de faire iace aux. dépanses d'une guerre sans J'assis-
taitae die aea aovdides bcargeaps; etpeutiêtrerde trouver le cbenÙR
dp .ciel sans lea prières d'un ingrat clergé. Jepienvwai àtoas
CffîURElS LE TÉMÉIliyiIlB. SBT
cpd flonft ici pvéBcns oémbieii b réponse séditienae qiie tous
a d« faite avniessage dant je WUS' avais honorés a fût peu
d^imfiMssioD sar- moD- esprit v et a peui changé mes résohitions.
Xloason^d'Or; ftdies veair en mire présenee ces dépt^tés, comme
ils se disent, des villes et Gantons confédérés de la Suisse.
Qxfbri, et toe» eeax ^ pFenaienft nn vérîidjle intérêt à la
froflpérilé da dve, Ifetttendirent avee la {Ans live inqniétadè
aBiioiieeps»vésekilie& de donner «andieBce aux envoyés stiisses,
pvéyeniieommail l^teit déjà contre enx , dans on moment où il
était covraonoé an pfais haut degré par le refas dés Ekals de lui ac^
corder en oetrei« lifr savaient <|qe les obstacles qne rencontrait sa
oelère étaient comme- des rochers dane le lit d\m flenve , qnine
pecrcnt en^ affvdter le oonrs , mais qni mk font heofllonner et
éÎEimer leaAots» Chaonn sentait qne le dé était jeté, mais il anndt
iaUn itoedoHi dlww prescience qn n'appartient pas anx mortds
poor sAfigorer tentée les'oonaéqnenees fin pouvaient en résulter.
Qxfordy ea partienUer , concevait que l'exécution de son plan de
tocenite «n Angleterre était le principal objet qui se trouvait corn-
piomia parrobstÎBation téméraire de Gharissi; mais il ne se dou^
tait pas, il aurait em rêver, sHl avait pu'le'supposer, que la vie
de ce prinoe lui-mdme , et fexistenoe dé la Bourgogne, comme
myaune indépendant , étaient duns^Ie même bassin de la balance.
CHAPITRE XXVIII.
C'est an style crael , an sty to*]wa
LtâitfU d'an défi q«e ferait on p«toa>
Oser n«os défier 1
^^ Les portes de la salle {tarent alors ouvertes aqx dépotés sassses^
ipif depuis une heure ,Jaîsaifint le pied de grue en dehors dn pa^
lais, sans recevoir la moindre de ces attentions que les nations
cifjiiséea aoeoxdent uaverseUement aux représentans d'un Etat
étranger* Dans le fût, leur apparition, en habit de gros- drap
gris, comme des chasseurs ou des bergers montagnards, au 'milieu
s5.
398 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
d'une assemblée 6ù les yeux étaient éblouis par de superbes Tête-
mens de toutes couleurs , ides galons d'or et d'argent, des brod^
ries magnifiques et des pierres précieuses , servait à confirmer
l'idée qu'ils ne pouvaient se présenter que comme de très humbles
pétitionnaires.
Cependant Oxford, qui épiait la contenance de ses anciens com-
pagnons de voyage , remarqua que chacun d'eux conservait le
caractère de fermeté et d'indiCCérence qui les avait distingués jas-
qu'alors. Rodolphe Dbnnerhugel avait toujourjS son air audacieux
et hautain ; le porte-bannière montrait son insouciance militaire,
qui faisait qu'il regardait avec apathie tout ce qui l'entourait; le
bourgeois de Soleure avait un air aussi solennel et aussi important
que jamais; aucun des trois ne semblait fraf^é le mains du monde
de la splendeur de la scène qui les environnait, ni embarrassé
par la comparaison qu'il pouvait &ire de l'infériorité de son eos*
tume. Mais le noble Landamman , sur qui Oxfbrd fixait princîpa-
lement son attention, semblait accablé par la conviction dé la po-
sition précaire dans laquelle son pays se trouvait. Le comte vit
qu'il craignait, d'après la manière peu honorable et même gros*
sière avec laquelle ils avaient été reçus, que la guerre ne fût in-
évitable; tandis qu'en même temps il déplorait, en ami de son
pays, la perte de sa liberté que pouvait entraîner une défaite, ou
celle de sa simplicité vertueuse et de son mépris pour les ri-
chesses, qui pouvait être le résultat de la victoire, par suite de
l'introduction d'un luxe étranger et de tous les maux qui en sont la
conséquence.
Connaissant parfaitement les sentimens d'Arnold Biederman,
Oxford pouvait aisément expliquer l'air mélancolique du Landam-
man, tandis que le camarade de celui-ci, Bonstetten, moins en état
de comprendre les pensées qui occupaient son ami , le regardait
avec cette expression qu'on peut remarquer dans les yeux d'an
chien fidèle, qui annoncé qu'il partage la tristesse de son maître,*
quoiqu'il ne puisse en connaître ni en apprécier la cause. De temps
en temps , un membre de ce groupe jetait un regard de surprise
vers cette brillante assiemblée; mais ni Donnerhugel ni le Lan-
damman ne lui accordaient cette légère marque d'attention; car
l'orgueil indomptable de l'un et le patriotisme constant de l'antre
empêchaient tout objet extérieur de les distraire de leurs profondes
et sériasses réflexions •
CHARLES Le TÉKIËRAIRE. 389
' Après vu silence df environ cmq minntes , le dae prit la. petole
avec ce ton dnr et huatamqii'il croyait s9B8 doute conTenir à son
rang, mais qni couTenait certainement à son caractère.
— Habitaps.de Berne, de Schwitz, on de qnelqne hdmean et de
quelque désert que tous pmssiea^ représenter, sachez qvte nous ne
TOUS aurions pas honorés d'une audience, rebelles comme vous
L'êtes à l'autorité de vos maîtres légitimes, sans Tintercesaion d'an
estimable ami qui a séjolinié quelque temps dans yos montagnes^
et que tous pouye^ oonnaîtjre sous le nom de Phiiipson, marchand
anglais, chargé de marchandises précieuses pour notse eoar.
Qédant à ses prières, nous avons daigné», au lien de vous envoyer
au gibet et à la roue, comme vous le méritez, sur la place de
Morimont, vous admettre en notre présence, siégeant en cour
plénière, pour recevoir de vous les excuses que vous pourrez n<Mis
offrir pour avoir poussé Vaudace au peint de prendre d'assaut
notre ville de la Férette, de «massacrer un grand nombre de nos
Sujets, et d'a^ças^iner de sang^froid.le noble chevalier Archibald
Ton Hagenhach, qui a été exécuté en votre présence, de votre
aveu, et avec votre appui. Parlez, si vous avez quelque chose à
dire en défense de votre féjonie.et de votre trahison ,.ou pour im-
plorer une merci que vous ne méritez pas et éviter, an juste cbâ*
timent.
Le Landamynan semblait s'apprêter à répondre; mais Rodolphe
Donnerhugel, avec la hardiesse efficoatée qui le caractérisait, se
chargea lui-mdnie de la réplique. Il soutint le regard de fierté du
duc avec un œil intrépide et unvisage aussi hautain que le sien.
— No^s ne sommes pas venus ici, dit-il, pour compromettre
notre honneur ou la djgaité du peuple libre que nous représentons,
en nous déclarant çoupabka de crimes dont nom sommes innocens.
Quand V0113 noua appelez rebelles, vous devez vous souvemr
qu'une loi^gue suite de victoires» dont l'histoire est éctîte avec le
si^ng le plus noble de l'Autriehe». a rendu à notre Gonfédératioa
la liberté dont une injuste tyrannie a essayé en vain de nous pn*
ver. Tant que l'Autriche a été pour nous une maîtresse juste et
bienfaisante^ nous l'avons servie aux dépens, de kiotre .Vie ; qnand
elle.est deyepiim oppressive^et tyranaiqùe , iHMis^nopa en sommes
rendue indépeuda^s. Si elle a encore quelque ehose à réclamer de
nptis^ les.des^endans de Xell, de«Fauat» de Stauffenbach» sout,ai^i
disposés à défendre leur liberté que leurs j>ères Font été à la-een*
f«Mr. -^ Vot»6râce> m téleat mtre 4ilr«, nHi |idhiti aettêer
dfis^qnenelbss entse neas et l'Aatriclie. Qaant à voft lafniaeies èi
gibet et de k nue» nous sémaiesici des hMMMnflMs défenw,
mÊt le eovt daiqaeb vens poo^es prononcer an {^ri 4e voire fan
idniiir ç maïs nona êa,yhm ■Mwrir,«t<neBfopdttrfm8 Miinront nom
Le dno krité 'n'annik répouAa 4n%ii<enlaiittnit ^terêier a Tin»
sinnt tODêlea dépalis» 'etiprdvabiementéetes'cotidaii^ à rééhi-
fànd; tnaîs son obancetter» profitant dn prMtëge ^ate loi iloiiiiâk
sarplnce^ seJ^nii^ ôtasatofae,!saloa pMfondénieailedao»etlm
demanda k pennÎMÎan 4e répondire'àmi fonne boiftOne égaré par
auefietfté déphsée, «et fni avait^i aial«oiapris le»biit dn discoâr»
defion Âhasse.
iQhariesy se sentant peni4tWB> trep-estfi'iDtic^-eii ee inoniciit poar
ponnoîr psendfo one délennmaiion eàlme» s^eaibn^ dans son
knteail avee jsaair d'impatieneeet decolèHd^ et^t im signe à aua
dinnidlier pour Ini mceMter la^pennisiion ttepài4«r.
'^^ Jenne iMnunei dit «o grand*oCfieier» voas^Tec'tiiàl compris se
qae wient de vons dire le hant^et pidssaHt sotrre^n en présence
doqnelvous vons tsowreE* ^Qaek ipie soient lesdroitâ de rAnlriéte
snr kmttsgesrévdcés^aionlseorâé )eJoiig'deknrttafin*elégitîoke^
nous ne sommes pas appelés à discuter cet argument. Mais toid
l'^jes sur k^Hslfion Altesse «vens demande ane réponse : PMr-
gwi 9 Tenant ici ent qnalilé et aifecle YSdradtète d^Bnvoyés Se psit
pour traiter a\nKâres oenoermlnt tos TiHages a 'les drats âes
snjeu dn dac de Beargogne, aTsa^eàspoitè 4«^giierre dans le seitt
demnë demainês tiMqnBles9.prisd^assam>nnefmwreiJSe9 ndassàâré
k^ramioon qm k ^dAbndsÉty'et Mk à mort \Éà ttdUe èliev^Ver qui
en était te goavemenrfTodteseesaotionissgtft'eolitkiiKkHes à k \A
des (nations, et mériienty <eertèS ,ik ^bâlkmttdOM VMs a^efeédt
jnstenmt noenaisés, màk'dont j^es|Aii« q«e wMt^ gràféicMt soave*
raan 'vons ism frtoe, si voas «xlminek vofrê if'è^gr^dë ^[5«t linsoleiit
oMrage en ki •elfrattt^lliiie i^aHMko^ssonftt nhe telle
ii^orè.
^^M^onsiStes préûi^^^igMiTiS'rive» répoMdittitadol|Ai^BonneAQgi9
an loiMawelinr deBoatgogna; nMns^a.«siste daMS' must «MtekÉbMe
anfsoMst^ v^nHieBOM^tArt^onnaaecMi^tion; jeleWtesiiiesnflMft
nktuliiff, Hmê n^a^ewr^ putot^asemilk Tilkide4ÉT»«ie; ht
penaa^Ms en Wi^ <ii^yfeif^wasWfee^ate<âiiiiiil<WiW» taj^^
GBâRLBS IJB TÉMÉRAIRB. 8»1
i4è»qiieflin8«TOB0étéeiilmdaB6hTille, nmii mwin mmnifiii
^wsreatiMunés par Ics-fokhiB 4e iea ArehibalA Von ItogeBfcâehi émt
le^e—jg MdcBt 4e «o«§ •nafsci' et 4e binm aanerieer, «liHiis
qae M>«6 elKeiis iMvs eeqeitter d'«M mfaiiott tpfccififuew En m
inement lestek^aos deia ville wemmvmmggé^f et oefété «kMi^
je ereift, pardes^nrins fu nepea^mèHi seafMrfrioB long-teupB
f ioBoleDce et Feppreoaiattqoi eTaîest «ende ArcfaiheUi -^a Hatgmh
Iwidiei edievs. fîowe ne lenr erMsdoniié'ainma seooaTs; ét/ee^
père ^oa ne poapvait atleaère de tMMt^qiie umm^rmlmm paM
en fctMT de eees qui se prépavnieKt à tums-aaiBBiiBe». Miiapai
wie pîfiie, pas âne lépéto apparieaaat à nowHuéiBeê en à nette
eaeerte, n^ont iélé> Uttâpàca 'daas.lè raang fceurgaij^nQii. Il est ^md
«pi'tàiiDUbald Vonliageîdiaoha périesrvn^échaibady et'^'cBtaTee
p]mmT ifÊB jeVm ym mB^irmkftttrtaiû'wmmwmatmfmiàwe par^we
cour reeeiMiae eti[iéliuH dans la We8t|dialie et dam teaieajflea
d^iandaorees» mâne de ee eftié da iUnié Je neaais pa»^>liséd'ea
jaBtifier leBprdoédés; mais je dMare qtieledec a rtga dea pimiwê
eempièteade cette ^tewee régcdfère, et npi'elle étidl ann^eaieni
ndaiiée'par Ice «aetea d\appireBri<m «t.de iyrame<dii-déiMit ^-aiiMi
cpepar ToilMisîiihwede'Ben aatorité. IMIe estk «vdrité rje-la soa^
tiendrai les armes à la i^ani >ceMre ss«t eeMradioMMr) efvcM
'Ji vm uèiSi'Ct atee «i:gest>e'ceufertaBB ae'ioii doat il vémitda
ptfiier, le fier Seiese fêla esn gant droit svr le plaaeliar de Ife
salle. »Miprè»yespnt belli^me&deoeiaièsle, le désirée sedisti»»
gMT par AeteiltaiiB fciti d'arènes, et pei^tétreeelai de |^gfker4«
bonMs ifFftees da duc-, il^ eot mi. iiidifeeueot >géiiéiml paimi; to
jentiae'Boiirg«igiioiis pëm* aeeêpeir< œ dé&, ^et^sept a-iiirii gaïAÉ
ÙÊtem jecés à Mnatant par les îenaes iDhevalîem pi^^eei 'k ^oelte
jsèttc; oMut qui dtajeet ea arrière les Jetant par-deeKoa là tèee des
aimwti» ÂehimBi#ew proiluMait aanAOtti et -son tiite en effraiit
le^pige- da toaAàu
««-"-dte lesrralève Unm^ dit l'aadaeieaK jeaaefiintBe, nanassantlei
gMia è «lesiire qà'ils «Mabâfieet \ encoi«' <pielqwe8«<«w^ Mesâleaf»|
Taatre, nne lice égale, dwjagesiiaqpsfMvio^^lB'etyadMft'è'f^
ÏUfét à^dbux^flâite^poer eofinev ^ ^<kM lyiagtaiBtt dtt'fètn^s teme
feiiiMt ^Mn wtdlel' •
^^dnétd% M««lém»aHtÉÉtt>;|e «vi^i» l?sBien«ptt(ié<iPkle4É»
392 . CHARLES LE TÉMÉRAIRE. >
satisfait da zièle qoi éclatait poar sacaose , na pea calmé par cette
d^monslration de loyauté, et ému par le ton de bravoure intrépide
d'un jeune champion dont le caractère avait tant de rapport ayec le
aien ,- peutpéire aussi n'étant pas fâché d'afficher aux yeux de sa
cour plénièrepltts de modération qu'il n'avait d'abord pu prendre
sur lui d'en montrer. — Toison-d'Or, continaa-t^il, ramassez ces
gantelets, et rendez4es à ceux à qui ils appartiennent. A Dieu et à
saint George ne plaise que nous exposions la vie du dernier de nos
nobles bourgnignons contre celle d'un vil paysan suisse qui n'a
jamais monté un coursier, et qui ne connaît ni la courtoisie cbeTa*
leresque «ni les grâces de la cheyaleriel Portez uHeurs vos rodo-
montades grossières , jeune homme , et sachez qu'en la présente
occasion la seule lice qui vous convienne serait la place de Mori»
mont, aveale bourreau pour antagoniste. Et vous, Messieurs, YoaSy
ses compagnons , qui, en souffrant que ce rodomont preihnele dé
sur vous, semblez prouver que les lois de la nature sont renversées
chez vous aussi bien qne celles de la société , et que la jeunesse y a
le pas sur Tâge mûr, comme les paysans sur la noblesse; vous
antres, barbes grises, dis^, n'y a-t*ii personne parmi vous qd
soit en état de nous expliquer votre mission en termes qu'il con-
vienne à un prince souverain d'entendre ?
— Noble duc , dit le Landamman en ^'avançant et en imposant
silence à .Rodolphe Donnerhugel qtn ouvrait la bouohe pour ré-
pondre avec .courroux; à Dieu ne plaise que nous ne puissions
noiis exprimer d'une manière convenable devant Votre Altesse,
puisque , comme je l'espère, nous ne lui adresserons que des pa-
n>les, de vérité , de paix et de justice. Si l'humilité peut disposa
Votre AltQBse à nous écouter plus favorablement, je suis. prêt à
m'humilièr, plutôt que.de vous voir refuser de nous entendre. Je
pois pourtant dire avec vérité que quoique, par suite d'un choûc
libre, J'aie véou jusqu'ici en. cultivateur et en chasseur des Alpes
d'Undf rwald, et qu^je sois, décidé à mourir de même, je^puis ré-
clamer., en vortu de ma naissance ,' le àrmt hévédit^ire de parler
4Qvant les dnea^ les rois et l'Empereur même. Il n'y a personne
d^iiSfceu^ .illustre assemblée» Monseigneur, dont le sang sorte
d'tae- source plus pure que celui de Geiersteîn.
i -^JNuusavonè entendu parler de vous , .dit^-le duc^; c^est vous
qu'on appelle le comte paysan. Votre naissance, fait votre hoBtCi
W^elle.de- votre mère, ai par Ibasard votre .p«e avait un garçon
CHARLES LE TfjHfcRAIRR ^ 3M
4e c^rrne de boime oûne, digne d'avoir doimë le jour à m
bomme qui s'est rendu YolonUdrement serf.
. — Non iiasserf , Mcnueigneor» mms homme libre, qui ne yeut
ni opprimer les antres , ni • se laisser tyranniser. Mon père était
un noble seigneur, et ma mère une d»ne jMne de veita. Mais
nne plaisanterie méprisante ne m'empécbera pas de m'aoqoitter
arec calme de la mission dont mon pays.m'a chargé. Les habitans
des contrées peu fertiles des Alpes désirent, Monseignenr, vitre*
en paix avec tons leurs voisins , et jouir du gouvernement qu'As
ont choisi comme celui qui convenait le mieux à leur situation et
à leurs habitudesi en laissant à tous autres Etats et {laySfla même
liberté à cet égard. Ils désirent surtout rester en paix et en amitié
avec la maison souveraineté Bourgogpe, dont les domaines ton*
chent leurs possessions sur tant de points. Ils le désirent. Bien*
seigneur; ils vous le demandent; ils vmit même jusqu'à vous en
prier. On nous a «j^^^és des gens intraitables et opimitres, mé- 1
prisant insolemment toute autorité ; des fauteurs de sédition et de
rébellion : en preuve du contraire , Monseigneur, moi qui ne me .
suis jamais agenouillé que pour prier le ciel, je ne trouve nulle
honte à fléchir le genou devant Votre Altesse comme devant un
souveraia tenant sa courplénière, où il a droit d'exiger l'hommage
de ses sujets comme un devoir, et celui des étrangers comme un
acte de courtoisie. Un vain orgueil, ajouta le vieillard, les yeux
humides, en posant un genou en terre devant le trône, ne m'em-
pêch^a jamais de m^humilier personneUement, quand la paix,
cette beureuse paix , si chère à Dieu , et d'un prix si inapprédaUe
pour l'homme , est en danger d'être rompue.
Toute l'assemblée et le duc lui-même forent émus par la ma-
nière noble et majestueuse dont rintré|»de vieillard fit une génn«.
flexion qui n'était évidemment dictée ni par la peur ni par la
bassesse. .
— Relevez-vous, llonsieur, lui dit le duc. .Si nous avons dit
quelque tcboae qui ait pu blesser votre sensibilité personnelle, nonst
le rétractons aussi^pnbliquement que nous l'avons énoncé^ et nous
sommes prêt à vous- enlèadre comme nu envoyé af eut de. bonnes
intentions. . . . ' •
. —Je VQU9 enremensftç, noM^ prince f et je legardtfai ce jouTii
comme heui^nx, si je puis .trouver des espressioiis dignèstdela«
cau^e que j'ai à idaider. Monseigneur, umplacet qui U'éuS vernis:
SM GHA3RUSS UB 113liiÊtlAABé
€Blre lesmaiÉséB Votre AitesM eMtkfM l^émitaiéraiStfii 4e» griefe
nombreux que nous avotts settfléits ^de k pâi^i éfi; tes toffieiers, et
de lœHe Ae RoMoiit» xjoattede Samte, instre alliée -Yotre coup
aeitter, agÎBHicdt, .coMue nous a^e«B k <dreH de'ie<«iip|wsery smis
lft)pMt0Btm de 'Votre Aheaee. QttantM eoinfte RoMMt, tladéja
iqpfvkè'q^ il e «fEnireç iMiB neus^n'a^ans «Mtoei^ ^àmemies
jiwiiûft en représailles diM iti^uves, dctt «^flirMift ^t ditt 4ttterrap-
tkm apportées àrwilre 'COMmerae qae iveiM arotis à rre^modier à
eenx qui ae vMit fréeahn ie «v^tre atttortté pmr aitéter iios eom>
paftMMss dMs bare iroyage^v p^ar piWtt leay8^gi^dhàWJiefes> 'tes
jator en .piîton y et ménH^^ea ^Mlquaa ^^^jefartèaB > 'les nUiiiUfe a
aiatt. Quant à ^raflhîiiede4a4M^€Jite» Je fMsfeMre 'témm^age
de ae ^qm §W tu; nom tn^y <a^oiM 'pas éMtié lien , et nom n'y
a¥Ms im a«cone patt. {Jependimt $leât^!itiipoÉeHrte ^qa'aiieiiatiott
indépendante «aniCre platfSenn^ feinte ^ptfi^les hijnrëii/et im&
SÊÊÊmeê déienniiiés 4i reMer llbraâ'et4bdé]|MMMs , irtt à tnentir
penr ia^délenBe de Ma droits. Qm 'doit^ldcmc en rémker, à
maina qne Voire AltOBise H'écatfte Icfs «pk-é^i^itiMs qee je sois
dÂngédeint iiâi«?.Laf«ertre, niie^^Miè d'e^^temihiath^i ait
ai eetie liMiie'lftMie^>oNnn(enee nue tm ^^l f MMa j^nerreeiitreles
Bmas pniaBanB et iB^tiles*de Votre^Alte^e ^etnes panvres-ct s^
rfles «anaens, tant qnHM kemine de nt^tt^ eotriédéfation set^ en
élatide abaiiiar intxe fcaIMpÉtde. fit que petit j^gne^ le nôbie âût
defiottq|Ogne4'iaae tiHeloViie? A-%*im^>i^nè làirMieasey ie(tt-
lage? :liélln, Mônselgnenry ily « phis d'or et d'ai*gein anr les
InâeB^deae^^niieiv de votre nai«im,qa>M!i i^ennihsttve^ftdansie
trésor public et chez tena les ^iMk;*tiet«^ ne^revx]»hfiédériti<m.
AapîreiE-iraasàda gloîiiSy àls «'enô^Mttiéé^it f% pièatinonncMirà
a«qiiérir parnne niaiiftbiiéiOse 'aiiâéb ^apijfM^^^'i^'ttèlqiie^ tronpds
^oMideB <Mapenfés^ ^ at^des'^èldats'oèiiyeihts de fer, cetebattadt
des laboureurs et des bergers à demi armés : une teile-tigteftfe
aaiaitipBn gtanenak. .Meas ai, «oimne «iM^lM'chMIiéii^le^eiiw^t,
awBÉie>la «mtenif A&tefeiqttié^tfWMé ivi^NM^ie tioapè^
pnvie inesMiMtogifenB àl^é^ an
néeaeiaoordatît^le >rtèBiplie»na*yft^ i^fm^fim tfèMbï^ee^.Mt sd*
data les plus mal armés, je laisse à Votre Altesse le soin^e juger
€erqm«éKfftmâMi«n)f aMH ^ans^^veâ^ dMUirMl^tet %Mr« têpexh
tâto> iUdainii. mmm mf eh*>nit>j^h» p'eAdMWiriftrt» àe^m, des é^
CHARLBS LE TÉHiBAIUL H%
Toisins?Mchezqiie s^ilpbtti Dira qae^vooB tous «aiptrieE dé
nos moiH«gii«s eacaripées, nonsnoos retiref ons , eomin» ao§ an«^
«itaros, dans itê soUloto plus staTigts et {dos ImntaiMS, d
faVipràB avoûr opposé la darnière rétîBlaiieey noos «omTons an
■ulifiodea neigea 4e &•• gladen. Oui, homnaiy fcmawsâ, enfidiBi
•om y aeieas toas anéastn ayant qQ'aii aanl SoiMe libre reeon»
naîtae on «M^re éttnngier.
Le Asooort 4a Lanéamman fit une impression tisible. Le dne
s^sn aperçât, el son obsiîBation nfeiitnrella fat encore irritée; par les
dispotttîaos favorables k iVttnbassadeer qa'il voyait régner gêné*
ralement dans l'assembléB. Ge niaoTais prineqie, inné tén Ini^
effaça qaotfne impreMâon qii'avait proAaite snr wa esprit'lenebitt
disQoars'de Bîedeman; il.ftronça le sonreil^ et interrompit le
TÎeîUard y qoiae préparait à oonlînner son dintours*
— Yoas pestes d'une ba» fansse, ère comte, sire Landam^
man^ ou ^fanlqneaeit'Jb titrai qne-ToiisTons donnes, iai<Ait^il,sl
TOUS Toos ima^ioas qoe naos veoliens Tons faire la guerve pont
obtenir djssdépeaiUes on acqnérir èela gtoire^ Noos savons , sans
qne 'vms ayez besoin de nous ie<dnre., qn'il n'y ani preit m hôn^
nanràvooB vanisre;tniais les sonverains àiqniDîeaa Msêi lé
pen^içoir dûvent détraûre las htitè» de brigalids> qookiaVn dt à
lougir de œesnver aon épéa oontre les lenvs; et nons taisons tme
lAasse à mort àtnne troupo de lonps , ^^loiqfae letor ^dndr ne soit
qus-isharogiae at ^e lenr fisan ne soit kmme à rien.
Le landmnman aeeoaa aaitéfee grise, et véplifuii sans moAtr^
aBaone éaaotioa » atmâme^avae nneiespèeede somïire :
— Je sais nO;plns ^enx^ehasseitf qne vo«s, Monsèignenry et
j'jû pent^tlie fflos d^xpérieneeiente genre. Le chassenr le phi^
hardi n'atiafoe pm sans danger le iaïqf» dans son nntre. J'aide*
iDonlréà YotseiàltflaaBeombBsn peu tous ponteie ga^oer> ^«om*
bien veaarioqnea de perdre^ pmsBaatvomme'venB l'êtes, en ha*
aardantune goarreMsmredas bammenddtamdnés et désespérés.
PanMttM^moi de^vons dane miinaBniMtttos ^e^nens sommes dis-
pasésà faire ;poor MBS anmMraÉaq^ainnèré et darriileti^
Botse fwssaht ^iàia , le dac deflmif^gnev Vt>tf% Attease^eet^M^
ciipée là <ewr4hk -la Imaïaîna, at éi araMa^f«olNM&> soab nn
painçe ai «antnsiBtsmnt, fBe^vaprte ansamiéfpaavna attendre Jnft^
4n!anx 4iAies éeJaMidkasranéai .fisj^AOïre naWe (affil «t jmMM
aHié sîMiMi^ rataos snanlagÉas^ Bdf wjbc s phiraim gUMtfiil U^
m CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
miliarbés avec la yitu^ire, tous senriront de barrières contre
l'AIlemagiie et l'Italie. Par égard pour tous, noas ferons la paix
ayeo le comte de Savoie , et nous loi rendrons nos conquêtes aux
conditions que Votre ÂÏtessa jugera raisonnables. Nous garderons
le silence sur les plaintes que nous aurions à foire pour le passé
contre tos lieutenans et vos gouverneurs sur la frontière , poum
que nous soyons assurés que^e pareils actes d'agression n'auront
plas lieu à l'avenir. Enfin, c'est osa dernière offre , celle que je
sois le plus fier de pouvoir vous fiiire , nous vous enverrons trois
mille de nos jeunes gens pour aider Votre Altesse dans toute guerre
que voQs auriez à faire au roi de France ou à l'empereur d'Alle-
magne. C'est une race d'hommes, jepub ledtreavec orgueil, tonte
différente de cette écume d'Allemagne et d'Italie qui se forme en
bandes de soldats mercenaires; et si le ciel détermine Votre AI-
tQSse à accepter cette offre» vous aurez dans votre armée tm corps
dont' chaque soldat perdra la vie sur le champ de bataille avant
qu'un seul d'entre eux manque à la foi qu'il vous aura jurée.
Un.honune dont le teiât était basané ^ mais grand et bien fait ,
portant un corselet richement travaiHé à l'arabesque , se lera
comme emporté par un mouvement auquel il lui était impossible
de. résister. C'était le conHe de Gampo-Bawo, commandant les
troupes itaUemies soudoyées de Charles , qui , comme nous Tavons
déjà dit, possédait sur l'esprit du due une grande infiuence , qn'il
devait principalement à l'adresse avec laquelle il savait se prêter
aux opinions et aux préjugés, de son mattre, et lui fournir des
argumens spécneux pour justifier -^on opiniâtreté dans ses projets.
— Son Altesse doit m'eiicuser , dit*il, si je parle pour défendre
mon honneur et celui de mes bonnes lances , qui , s'attachant à ma
fortune , ont quitté l'Italie pour venir servir le prince le plus brave
de tonte la chrétienté* J'aurais pat sans doute éeonter sans ressen-
ti^ient le langage. outrageant de^ce manant à cheveux gris, dont
les paroles: ne peu){[ent &dre plus d'impression sur un noble che-
valier queies aboiemens du dien d'un paysaÉ. Mais quand je l'en-
tends proposer )d'uhip cea bandes de nâséFaides mutins indisci-
plînéS'a^x trtmpas dé Votre Alieése , je dois hû fadre savoir qn'it
n'existe pas dHiiSimieà rangs tiniaeul pidefireUer qui voulAt corn*
biiltre ta piùtiettle.emnpagaift. 'Mvî'Uièaae,' chargé, comme je le
sujiaV de mUet»ltea»»degratîtàdev je ne^oui^ais' me résoudre à
me trouver pr^ de If 1s:0Émarade&< Je ptierais ma bamrière, et je
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. S97
condairais dnq mille hwunes , non pas sons la bannière d'an plus
noble maîlre , car Fanivers n'en a pas un semblable , xnsàs à dcr
guerres où nous ne sorions pas foncés d'avoir à rougir de nos corn»
pagnons d'armes.
— Silence, Campo-Basso, dit le duc, etsoyez assuré que tous
serrez un prince, qui cimnafl trop bien votre mérite pour renoncer
à des services qu'il a su apprécier , et pour accepter en place les
secours peu sûrs de gens qu'il n'a «Minus que comme des voisins
malfaisans et importuns.
Se tournant alors vers Amdd Biederman , il lui ditd'nn ton froid
et sévère :
— Sire Landamman» nous vous avons écouté aveccafane; nbus
vous avons écouté, quoique vous vous présentiez devant nous les
mains encore teintes du sang de notre serviteur sire Arcfaibald
Von Hagraibach; car» en supposant qu'il ait été assassiné par
ordre d'une infeone association qui, par saint George ! ne lèvera
jamais sa tête venimeuse de ce côté du Rhin , il n'en est pas moins
iucontestable , et vous n'avez pas cherché à le nier , que vous aveas
été témoin de ce crime , que vous aviez des armes ei) main » et que
votre présence a servi d'encouragement aux meurtriers» Retournez
dans vos montagnes, e( remerciez le ciel de pouvoir y retoimier
en vie. Dites à ceux qui vous ont envoyé que je serai bientftt sur
leurs frontières. Une députation des plus notables de vos bourgeois
se présentant devanj^ moi, une corde autour du cou, une torche
à la main gauche, et tenant de la droite Tépée par la pointe,.'
pourra apprendre à q^jfelles conditicns nous vous accorderons la
paix.
— En ce cas, adieu la paix , et salut à la guerre! dit le Lan*
djimman ; et puissent ses fléaux et ses malédictions retomber sur -
la tête de ceux qui préfèrent une lutte sanglante à une union paci-
fique! Vous nous trouverez sur nos frontières, l'épée nueà la main,,
mais nous la tiendrons par la poignée , et> non par la pointe.
Charles de Bourgogne » de Flandre et de Lorraine , duc de sept
duchés, comte de dix*sept comtés , je vous, défie et vous déclare-
la guerre au nom des Cantons confédérés et autres , qui s'uniront
à leur ligue. Voici l'acte de déclaration.
Le héraut reçut cette pièce fatale des mains d'Arnold Bie-
derman.
— Ne lis pas ce misérable écrit , Toison-d'Or i dit le duc avee
m CHABLHS LE TÉMÉlUâlIlB.
lii»ot6iir. Qm FaiéiVtmar ^im hantes «sv^mB lUHoelio à la ^pn»
^esoii cheval» le ttraSne dasa les rues da Hjoa, at le elôM aa
gîhel, afittdemmtBeBfDélcaaiioaa'eiifMaoïia» ainai que ée^eeax
qui l'ont envoyé.— Partez^ Messieiirs , ajoiita-t»il'en s^dreasaBl
aux Sniasas; Mtonrnas daoa iMïaâiaerta'aiiasi vitale ^oa^jàmbes
pourroai toq» y eandwre. Qnandi irm» noas^ reverroas , tobs
aaarea nûeiix qui vûoa ave? offieué* QaAonai'apprèce mon châtrai :
h cour jj^lénière aatkifée.
Le maire de Dijon , tandis que chacuB^ était m moavwont
]po«r aartîr de la sdUa » s'apfNToeba de 'noifreair de Charles, et'lai
exprima ayec timidité l'espoir qu'il accepterait un banquet que
le corpa mamcipal aivait fiât piéparep pemr Son Altesse.
• *-*Nony par saint Gearfe de Bourgogne! sins maiire> s^éeriale
4iie en loi lançant un de ces regarda >fo«èreyaafr par lésquel^il
amit contOBia d'espairaer une iMtgntion mMée de mépris. Le
d^eoner quinonfraétésenvî newasapaaaasez'pkipoaa^qaenoas
jagiûBS à propos de confie» le setn^de notre diÉier à notre boniie
viUe de Dijon*
A ces mots» il toumftibmsqnament la4aa au magistrat; mantaà
chavial» et se rendit à sont oaa^p , cansant anreo Tîvaeité> eheHun
ftiaant» ayec le comte de Gampo-Basso»
— Je yons offrirais à dieer» KHlord , dit Golvin an eomteMi^
fard quand ils fàreajtMaAréasQas sa tente, si jene pféveyaisqaV
YÊÊki ^e^ous eusaias le'ieÉoqM'dè Tousmetureà table» yeneseteK'
mandé en préaance do duet car e'est l^iaage inyariaiiIèileCllarltt,
qnaiidil a prisma mawveîs pmrtii de^apaa-se domier de repos-
jusqu'à ce qu'il ait prouvé à ses amis et à ses conseillers qu'il aei
niaon de le prendre; Movblea 1 il ne manque jamais de convertir
ètson opimon ce souple ItaMao*
L'augure de Colvin ne!tardàpas<à^seréaliS6r<; car un pagear*
rive presque au même instant peur «vertir le- mamdiand anglais
Pliîlipson de se lendreprès du duo. Ssos attendre un memeot,
Gharlease répan^t enTepreehes^et en myeativea contre les EtMS'
de son dnohé^ pourloi a^voir raftisé eifeeeMe eireonoismee un miaos
oatroî qu'il leur demandait; il s'égiMrft«isai«e*dans de longues «-
plications sur la nécessité où il prétendadt se trouver de châtier
l'audace de&Sniases; et il finit par ajouter : — Bttoi aussi , Ox-
ford , tu es un fou assez impatient pour youloir que je m'engage
dans une guerre lointaine c<mtcerAngleterrey et que je transporte
tières des matins si irnmlimM I
Quand il enteiifiaoeaaé de pirlér, lôooaile loi rvpréstnta arec
autant de force que de-nMpeet les dangen anxqvcls il pannsait
^ei|iQser en attaquant va panple , jiaawe à la iréiilé » maironi-
Yersellement redouté par son oanrage et sadiicipliiiei et oela smb
les yeux d'un rival ausMdaagaeaaxquaLoaîsi rm deFraiM9B| qoi ne
BMoqaerait paadesmiienîr soos oiaîn Isa ennemis du doc , sHt ne
se joigoait pas à eux ouvertement. Mais sur ce point il trowa la
résoloiien de Charka ioébranlable.
— Jamais Une sera dit » s!écria«t-il , que j*ai bit des menaces
sans OMHT las SKéemer. Ces paysans m'ont déclaré la gaarroi et<il
bot qo'iis aiipreBiiMil. quel est le prinoe dont ils ont mconsidé-
rémisnt provoqué le courroux. Je ne venooce pourtant pas à tan
projet, anonbMQdord. Si tu pepxprecurerlaoessionâelaP^FOo
yenoe, et engager le vieux René à abandonner la cause de son pe«>
tit*filsea LorraînC) tu mêleras penser que oala vaut la peine que
je te donne de béas secours .oonire men firère Haekbôm, qui ,
tandis qu'il beîl des vasadesen Fnmoe, pourra bien perdre sas de«
maines en Angleterre. Mais ne t'impatiente pas si je ne patsen^
Toyer des troupes outre^mcr à rinstant^mème* La marche que je
vaisiûre sor Neuobâtel , qm est, jecreia, le point le phs voisin
eu j# tnmven4 ces rnanans^ ne astaqu^une faoursion^Von matim
TùBfiFe que veasneneaeisempagnerezy men vieux oompagnon%
Je serai chaneé de vmt si* pendant vetreeéjewr daae'ceB^ae»?
tagnea«i ¥Ops.n'aves pas.oub^.deviensteBsr tome en sdle^ et de
mettre une lance ea anrôlw
— <- Je snivmi Votre AUessi^ conmae c^est mon devoir, cap Ions
mes meuvemena deiMetdépflodDe de* votre bon plaisir; mais jene
porterai parles armes centre lea bsbitans de l'Helvétie^ ehee qoi
j'ai reçu TbospitaUté , à moins que^e nesoptpour ma défense per-
siOBQfdle»
— Soit J jfy cwmena» Noos» ancens en voes^ un eieellant jage
pour nous dire quit&na le mieux, son detveir contre ces rastresxBamr
tagi^ard^»
La conversation fut. interrompue en ce moment par qnelqaNm^
qoi - finoppa à la porte dupavillett du duc ; et au mâme instant le
chanceUer de Booi^ogne entra aveeon air empressé et affidré.
— Je vous ajipoiie des neuvelles , Monseigneur, des nouvelliKr
éOO CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
de France et d'Angleterre , dit le prâat« Mais apercevant an
étranger, il regarda le dnc et garda le aiienee.
— C'est nn ami digne de confiance, lui dit le dnc; vons pou-
vez m'apprendre vos nonvdles en sa présence.
— EUes seront bienlAt publiques, reprit le prélat. Louis et
Edonard isont pleinement d'accord.
Le dnc et le comte anglais tressaillirent.
— Je m'y attendais , dit Charles; mais je ne cro jais pas qae ceh
dAt arriver si tAt.
— Les deox rois se sont renoœitrés , continaa le ministre.
— Comment ! sur le champ de bataille? demanda Oxford, s'on-
bliant un instant , dans son empressement d'être nûenx instruit.
Le chancdier parut surpris; mais le duc ayant Tair d'attendre
qu'il répondit à cette question : — Non, sire étranger, dit-îl,
non sur le champ de bataille, mab en rendez-vous paisible et
amical.
— Ce spectacle aurait mérité d'être vu , s'écria le duc. Le vieux
renard Louis et mOn frère Black...... je veux dire mon frère
Edouard , avoir une entrevue amicale I Et où ce rendez«voQs a-t-il
eu lieu ?
— Sur un pont sur la Seine, à Péquigny.
— Je. voudrais que tu y eusses été, dit le duc en se tournant
vers Oxford, et que tu y eusses frappé un bon coup de hache
d'armes pour l'Angleterre et un autre pour la Bourgogne. Ce fdt
précisément à une semUable. entrevue que mon grand-père fat
traitrensemenl; assassiné sur le pont de M onterean-snr-Yonne !
— Ponr prévenir une pareille chance, dit le prélat , on avait
établi au ^milieu dnpont une forte barricade, semblable à celle qni
ferme les cages '^dans lesquelles on enferme des bétes sauvages , et
qui ne leur laissait pas même la possibilité de se toucher la main.
— Ah 1 ah I par saii^t Greorge, cela s^it la méfiance et la cir-
conspection de Louis ; car l'Anglais , pour lui rendre ce qui loi est
dû , ne connaît pas plus la crainte que la politique. Mais de quoi
sont-ils convenus ? Où l'armée anglaise prendra-t*elle ses quartiers
d'hiver? Quelles villes, quelles forteresses, quels châteaux Louis
remet*il en gage on à perpétuité à Edouard?
^ Il ne lui remet rien. Monseigneur. L'armée anglaise retourne
en Angleterre aussitât qu'elle pourra se procurer des bâtim^s
pour l'y transporter ; et Louis lui prêtera jusqu'à la dernière voile
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 401
et la dernière rame de son royaume pour en débarrasser pins tôt
la France.
^ £t par quelles concessions Lonis a-t-il acheté nne paix si in-
dispensable à ses affaires ?
— Par de belles paroles , par des présens , et à Faide de cinq à
six cents toaneanx de vin.
— De vin I As-tu jamais entendu pareille chose» signer Philip-
son ?Sar ma foi 9 vos compatriotes ne valent pas mieox qn'Esatt »
qui rendit son droit d'aînesse pour un plat de lentilles. En vérité,
je dois avouer que je n'ai jamais vu un Anglais qui aimât à oon-
dure an marché les lèvres sèches.
— J'ai peine à croire cette nouvelle, dit le comte d'OxfiMtl.
Qaand même cet Edouard consentirait à repasser la mer avec cin-
foante mille Anglais , il y a dans »on camp des nobles assez fiers
et des soldats assez courageux pour résister à ce projet honteux.
— L'argent de Louis, répondit le chancelier, a trouvé de nobles
mains disposées à s'ouvrir pour le recevoir , et le vin de France a
inondé tous les gosiers de l'armée anglaise. Le tumulte et le dés-
ordre n'y connaissaient plus aucunes bornes, il fut un moment oii
la ville d'Amiens, où Loub lui-même résidait, était tellement
remplie d'archers anglais qui s'enivraient , que la personne du roi
de France était presque en leur pouvoir. C'est une orgie univer*
flelie, qui a fait perdre aux Anglais toute idée d'honneur national.
Ceox d'entre eux qui veulent conserver un air de dignité et jouer
le r&le de politiques sages , disent qu'étant venus en France de con*
oeî*t avec le dac de Bourgogne, et ce prince n'ayant pas tenu sa
parole de joindre ses forces aux leurs , ils agissent avec sagesse et
prudence , vu la saison, de l'année et l'impossibilité de trouver de
bons quartiers d'hiver, en recevant un tribut de la France , et en
retournant chez eux en triomphe.
— Et en laissant à Louis, ajouta Oxford , pleine liberté d'atta-
quer la Bourgogne avec toutes ses forces.
— Pas du tout, l'ami PhiUpson, dit le duc Charles; sache qu?il
^ste une trêve de sept ans entre la France et la Bourgogne.; et
SI elle n'eût été convenue et signée , il est probable que nous au-
noDs pu trouver des moyens de susciter quelque obstacle à ce
traité entre Louis et Edouard , eussions-nous dû gorger à nos
frais ces voraces insulaires , de bœuf et de bière , pendant quel-
ques mois d'hiver* Sire chancelier , vous pouvez vous retirer ;
4u QïïÂKum vt JivÉAàaaL
rappeler.
Qwmd «QA wMiiiUPt fiil«Dilî du p»fittei»« le éee, qnt à sph ea-
ractère brusque et impérieux joignait KfiianaeHp éè beoâé ^ M#ai
nap t^mkmiÈé wtJmvdh » «'t^aiiça vena le lorï lançai rie» ^ ^oi
était comme un homme aux pieds du^ael Tie»! de tomhar k
faiidir«
«•«o Heu fMWve Axiail » l«i dâlÀl, In eadéidé par oett« ntm
TritB« «ar jtttM9MU^4o«lai^ip*6Ue mpradiiisettiifaidieffetpoar
le profet4|M toii coHir layal neoFfit ftvee tant de dérMêmeBt et
de fidélité. Jeyoudrais, pour l'aflMMirdeteiy avoir pu retenir las
Aftglaîa plus leDg-t«infia en Vraiiee ; mua u ya Favata esa^jé , adieu
ma irèf» avae Lents , et par eoDaétfaent adiea ta pea«ihîii<rf à^
ahâlier eea miiénUea Cantons , et d'ciiveyer tuie expééÉdon «p
A«glet«pre. Dans l'état où sont les chesiasy aoeordennoi seaiesMni
we aawaiiie peor pimi^ ces ■aoatafwurda, et je tedonnn^à akrs
pour ten entfepriae à&s ferees pins considérables fne eeUes foa u
m'as fredeafitmeat demandées. En attendant, j^anrai soin 4pM
BUokbnra et ses cousins les ardievs ne puissent «mmii^f un seal
bilinMBft dans tooln la Fiandre. Convage, te disoje, in serasea
▲ngietem long-tempe avant eux , et , je te le r^épète, compte nr
BHm aesism^ee t la cession de la Provence, bien entendny éiaal
olinrtnén, cwie de raison, il iandm que les diamans deaaw
nonaine Ifaungnsrite nous restent quelque temps entre lea nuias ,
et pent^ra eervimnftrîU, UTeo qnelqttesi4itis des antvfs, à friie
ymr le jonr aux aag^s d'er iqne tseonent à l'ombre nos nsnriersfe
mandSy jfii ne renient prêter , même à leur souveraiii , que sav
d'e^ËoeUens fagas ec av^ toute eAreté. ¥oilà à quelle extrénal^
Vnvaripe désobéissante de nos Bi«ts nous réduit pour te meupont.
— Hélas , Monseigneur ! répondit le comte aeeaUié de éttafriai
je serais un ingrat ei je pouirais Coûter de la siaeérité de tos
bonnes intentions. Mais qui peuc compter sur les ebances de is
pierni« anrtei^ quand les drconstapees exigent une prompte dé-
cîsiott{ ¥ous avez la bonté d'avoir quelque confiance eh moi, pof^
tea»la plus loin encore. Permettez^-moi de monter à dieyal et de
eourir après le L^anéimman , s'il est d^ parti. Je ne dente pas
que yb ne {use avec lui un arrangement qui vous donne toate
sitreté pour vos frontières à l'est et au midi. Vous pourrez alors
ex^vler sans danger vos projeta amr la Lorraine et sur la Fra>
vence.
CHARLES LE TÉMÉRAIRB. 40S
— Ne m'en parlez pas I s'écria le duc avec Tivacité.YoQsyoïu
oubliez» et tous oubliez également qui je suis j en supposant qa'nn
prince qoi a donné sa parole à son peuple puisse la révoquer,
comme un marchand qui a sm&it aea maickandises. Soyez tran-
quille, nous tous aiderons, mais nous jugerons nous-méme quand
et coDàmei^tqpusdeyojQS tous aider. CSicpeudant, comme nous nous
intéresqon^ à noire naHMwevae eouwne d'Anjou, et étant votre
ami , noua n'allendroja» |paa t»op longtemps. Notre armée a ordre
de se metUNieamar«becesAip iwr Neufchâtel, et ces Suisses or-
gaeîUeia coameocfTOUt i J appreA^re ce que c'est que d'avoir
provo^é le fer et le fbu.
Oxford poussa un profond soupir , mais il ne fit plus aucune re-
montrance ; et il agit sagement en cela , car il était probable que
de nouvelles représentations n'auraient fait qu'irriter le caractère
io^WW dHk ^HV«^FW^ ^wpA il Ip^ Mml «4r««9^ r ^. ill ^¥ût
<^ruUa ^'il n'Mrailk p9& r^iwi à le laire vto«ger de ré^otio^^
Upeit cwBji du 4fic» et r^tooma chra Colm qu'il nroava \o^
f^mpp^ de»?(f4ras 4» saa déB«rtf npieAt , ^ se piréparwt, à foire
«sauve m mavf^a \» \Tm 4'Ar^ilkri«, apér^vion q^i^e la^ vuuiviâa^
coasiimcUan il^ fiCfCU» a l'état déte^^e des romes r^dai«ip( %
eeUe épc^Hie bof^oco^p pli^a difficile qv'eUe w X^si sM^ount'i^iii r
quoique «e spit ^iMmr^ m to i9^i|veai^fK;i8 laa plivs pénible <bh mk
compagnent la marche d'une armée. Le général d'artillfsrif a^ilipi
Qi^f^ avec m air- i^ gjçwHi plaisir, Iw <ttt qu'il se ^^Mut de
VjbMMBffiew qn'il a«raîti de j^r di m con^^agnia pe^dant^ U çaapir
pagM, et IWoriM qiM»n d'aprè$t Tordre spécî^il 4» ^aci, il avait
pri% UHKteft kf» diapqaitiaRa s^ce^res pour qu'U ne loi wanq^lii
iia»dA ae qii'o«L pmvait ^m^ dao^ vn c^mp, w^^de^iiwuim^ è
M ^'tt pfti lPi|îo«rfl^«»c4«r )^ jf^^mf^ iAç^gnitA*
sO.
CHAPITRE XXIX.
C'était an bon Tivant , et les n«if as de l'Agé
Blanchiuaient sea chereux , aana glacer son eonra^
A l'instant où ses jours approchaient de lear fin.
Il savait encore être un joyeux boute-en-traia ;
Et sa gatié, trouvant des nuances nouvelles.
Pouvait se comparer aux glaces éternelles
Qui de mille couleurs éblouissent les yeax ,
Au sommet des glaciers , i^nand , faisant ses adieoz.
Le soleil va finir sa course joaraaliire.
Laissant le comte d'Oxford saivre l'opiniâtre duc de Bourgogne
dans une expédition que celai -ci représentait comme une courte
excursion ressemblant plutôt à une partie de chasse qu'à une cam-
pagne, et que ie premier considérait sous un point de vue plus
grave et plus dangereux , nous retournerons près d*Arihur de Vère,
ou du jeune Philipson, comme on continuait à l'appeler , qui s'a-
yançait vers la Provence , et que son guide conduisait avec autant
de succès que de fidélité , mais certainement aussi avec beaucoup
de lenteur.
La Bourgogne , étant comme la Lorraine couverte par l'armée
de Charles , était infestée en même temps par différentes bandes
éparses qui tenaient la campagne , ou occupaient des châteaux
forts , au nom , comme elles le prétendaient , du comte René de
Vaudemont. Cet état du pays exposait un voyageur à tant de dan-
gers qu'il était souvent nécessaire de quitter la grande route et
de prendre des chemins détournés pour éviter des rencontres peu
amicales.
Arthur avait appris par l'expérience à se méfier des guides étran-
gers; cependant, durant ce voyage périlleux, il se trouva disposé
à accorder beaucoup de confiance à son nouveau conductenr.
Ihiébault, Provençal de naissance, connaissait parfaitement la
route, et autant qu'Arthur pouvait en juger il s'acquittait de ses
devoirs avec fidélité. L'habitude de prudence qu'il avait contrac-
tée en voyageant , et le rôle de marchand , qu'il continuait à jouer,
l'engagèrent à mettre de côté cette morgue , ou cet air de supërio-
CHARLES L£ TÉMÉRAIRE. 405
rite hautaine qu*un noble et on chevalier pouvaient alors se per-
mettre à l'égard d'un individu de condition fort inférieure. D'ailleurs
il présuma avec raison qu'une sorte de familiarité avec cei homme,
qui semblait rempli d'intelligence, le mettrait probablement plus à
portée d'apprécier ses. opinions et ses dispositions à son égard. Eu
retour de sa condescendance , il obtint de lui divers renseignemens
sur la province dont ils s'approchaient.
Lorsqu'ils furent sur les frontières de la Provence, la conver-
sation de Thiébault devint encore plus intéressante. Non-seulement
il pouvait dire le nom et l'histoire de tous les châteaux qu'ils ren-
contraient sur la route souvent détournée qu'ils suivaient , mais
il avait gravé dans sa mémoire la chronique chevaleresque des
nobles chevaliers et barons qui en étaient alors propriétaires, ou
à gai ils avaient autrefois appartenu; il racontait à Arthur les ex-
ploits par lesquels ils s'étaient illustrés eu repoussant les attaques
des Sarrasius contre la chrétienté, ou les efforts qu'ils avaient
faits pour arracher le saint Sépulcre aux païens. Tout en faisant
de pareils récits, Thiébault trouva l'occasion de parler des trou-
badours, race de poètes d'oiigine provençale, tout différens des
ménestrels de Normandie et des provinces adjacentes; et Arthur,
comme la plupart des jeunes nobles de son pays, connaissait par-
faitement les romans de chevalerie , des versions nombreuses en
ayant été faites en français-normand et en anglais. Thiébault tirait
vanité de ce que son grand-père, d'humble naissance à la vérité,
mais doué de tatens distingués, avait fait partie de cette race in-
spirée par les Muses, dont les ouvrages produisirent tant d'effet
sur le caractère et les mœurs de leur siècle et de leur pays. Il était
cependant à regretter qu'en inculquant comme le premier devoir
de la vie un esprit fantasque de galanteiie qui dépassait quelque-
fois les règles platoniques prescrites, les poésies des troubadours
servissent trop souvent à amollir, à séduire et à corrompre le
coeur (6 ')•
Arthur eut occasion de faire cette remarque, lorsque Thiébault
lui eut chanté, ce qu'il pouvait faire très agréablement, l'histoire
d'un troubadour, nommé Guillaume Cabestaing, qui aimait par
amour une noble et belle dame, Marguerite, épouse du baron
Raymond de RoussilloQ. Le mari jaloux eut la preuve de son dés-
x> VojM 1« note A à U fin de m ▼•lame. ,
lioAaenr » et zpùm ttté Cab«btài^g il M ^rtkèsk \étoS6ût, tefttà|^
prêter Gomme celai A*ùn 'à^ifaiftl , rt Ift fit hét^ à s& tOùM. Im-
qu^etle ènt mangé de cet iit>rrib)fe imetà , il bi â))|[^rit te ((tt5i il élltt
comjMMë. fille fui rëpdhM que puis^H'C^ ntàn ^tiis xm tmi^
tnrë si f^ieôse, sèà iHf^s n^ lôKi^tÈtàiétat jàlliM^ ^ItMltm é
mens. Elle perbîsta dabs sa IrésohttM , M %k tatelià ttt^tfht âetik.
Le tronbadoiir qui avait c^ét>YC è«tlé hi%rbiiti iMig^, làVûidé-
floyè dans ton ouvrage bèàncoûp d^alt et èe ialent potù^tt^lftla
faute des amans sur tè coûîiptîÈ de là déjltihée ; il à^il âp})tîyî sttr
leur sort déplorable aVec encore ^tûà tfe pa^«ti^e, lèt 'MX M
par déclamer contre la furetilr àvén^té ita Itaàtl àVdéltftttela k-
Year ^une indignation poèÙqdè , aj^Otattl; , ^teè iiù 'p\^M Viftdi-
catit, qoe toAs lès Waves dleva^èrs, tôtïlà)fe6 Irtài^ iifliatt^dûtadi)i
de la t^rance , s'^étaienl réàiiis pôuY* atltti411é^ \é cèiiteàVi iû bâr«n>
iTataient pris d^assâM , n^y àyai'ëïit pas laissé pièltè h^f ^éttty'd
ayaient fait Subir an tyran nàe mort ignominiense* Atthtfir pfit
quelque intérêt à cette histoire tragique, 4^1 loi timckln^tte
quelques larmes; mais quand il porta plus loin siés peïtiàééSi ^
yeux se séchèrent, et il dit atec quelque sévéïité :
— Yhiébault , ne me chante^ plus 4e parëilà IaIs ; pi ètttfthdtt
moh père dire qtie rieta n^est plus propre à teôrfolûl^tlè Ife Ctteùt oW
ehréden que d'accorder au vice la pitié et les étôgtesiîtt'6tttt«awt
qu*à la vertu. Votre baron de ^oussilbn é^ M ttôtïslrt «
cruauté , mais vos infortunés amans n'en étàieht pas ttioins coa-
paUes. C'est en donnant de beaux noms à de mauvaises âcMê»
que ceux que le vice rtiis a nu effraierait d^abbrd âpptfth»^^^
en pratique^ les leçons sous le masque dé la tieHû.
— 3e vous prie de taire attention , Sighor , Tfépotadit
que ce lai de Cabestaing et de ta belle M&)rgùefitë dé Hoossilloij
est regardé comme un ehet-d*œuvre àe la gaie ôcifettùb. '^^^
]§igno^y vous êtes trop jeune pour être un cetiseitf st f^^
mœurs. Que ferez-vous quand votre tête sera grise ^ si
êtes si scrupuleuJL pendant qu^êlle ésl icôïliV^tté ^ ^^"^
— ©ne tète q[ul écoute des tolîès peftdaîit sa jjétetièsSÔ, ^^
Arthur , sera difficilement respéctàtle à tin âge plûâ af àWe.
Yhiébault n'^avait pas envie de continuer cette dtsctt'sSwD'
— Je n'ai pas dessein d'entrer en contestation avec ^^J^^
gnor, dit-il à Arthur; je pense seuleiïkeiït, cdttitt^ td«t ^f***""
CHARLES LE TEMERAIRB. «17
enfliM de ta eberalerie ei dès Maie»^ qn'Mi thmniwt «m wmà-
mBÊiCf est cotntM wa flr mmieBt nu» éiotfe.
«^ Kg le âawypag ? répgpdil Aftbnr ^ oimtt twi mbwi riàni'
dftos les téntfïres , qœ de suivre une kisière trmÊfeutm qui eei^
dtth dan» les aUfties da Ti«e#
'^ Il pe«t se faire qae Tout ayea raîtcn», dit le gaktoi il est •e^-
tiltt ^pe fiiéttie ici, en Pnnreneey noua de aatoiia fUms m Mtu pÊg&r
ks ttifairea d'anonr, ses difiiciiltésy an embarras f se» wnremté^
depuis qa'm ne regarde phv les tronbadoor» acamne on la iaisaik
antfefcis f et cfue la bavie et noble Ce«r d'Amev (c ' ) * eesad de
tustàf ses séances^ Mats depœa 4[aelqaè teaq» lea priaea» aoo^d-
ttÊÂMy les ducs y les tm, aa lie» d'ètns les premiers et Mspliis
fidèles tasasai de la ooar de Gupidoa, sent def enua èn-viilaes les
esctaTee de régoïsme et le la capiditâ. Am Vum de gagner des
cceiirs en rompant des hmces dans la bee , ils déèespèrènt levrl
Tassavi appanirris, en conmeUant le» pins eraalles exaeiîons» kk
ken de ehereher è mériter les sourires et les faTenrs des dames» ils
ne pensent qn'à Toter à lenrs Toisins leurs ti^iatesuxy lenrs villes
et lenrs provinces. Longue vie an bon d vénétable roi Kené I
tant qn^il lui restera nn arpent de terre, sa résidenee sera le rèn-
dec^ens des valllans ehevaliers qni n'ont en vue qne k gloire des
nrâies, des i^ais amans qne la fonnne persénrte^ et des poète» et
des mnslelens qni satent ombrer l'amonr et la vmleni'^
Artlnir^ qni dMrait ëavim* sar ce prince qnelqne dbose de pins
qne oe qne le bmit cotnnfon Ini en avait appris^ engagea aisément
le Provençal commnnieatif à hn parler de son vieua souverain ,
qne Tbiébanlt Ini peignit èomme étant juste f joyeux et débon-
naire, aiid des nobles eâerciees de la ebasse et de la joute i et en-
core pins de k joyeuse seiencé de la poésie et de là mmiqnei dé-
pmisoiit pins qu'il n'avflit de revenu , pcMr kire des largesses ank
ehevaliers errans et ans anibicîens andmians dont sa dOanr étdlt
tonjonira t^aàfiUi ^ comme ét^t dti petit noinbf« de eelles dû l'mi
fetrodirslt eiiechre l'aneienne heftpitakté;
Tel làt le portrait qiie Thiébank tra^ du ^fnler roi mé-
nestrel ; et f quoique l'éloge Iftc esagéiHS, les kks ne l'étaient pèdt-
ètf é pà».
lié dé satig rdyal> Aebé, fe iuètine épèqne de si irU} tfavait ph
1- f«fMlliMWft«ttiac(iW^M(èlA«.
408 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
rendre sa fortune égale à ses droits. Des royaumes sur lesquels il
avait des prétentions , il ne lui restait que le comté de Proyence,
belle et paisible principauté, mais considérablement diminuée,
d'une part, parce que la France avait acquis des droits sur di«
yerses portions de ce territoire, en avançant à René les sommes
dont il avait eu besoin pour ses dépenses personnelles ; et d'uoe
autre, parce qu'ayant été fait prison DÎer par le duc de Bourgogne,
il lui en avait engagé d'autres portions pour sa rançon. Dans sa
jeunesse , il avait entrepris plus d'une expédition militaire , dans
l'espoir de regagner quelque partie des domaines dont on l'appe-
lait encore le souverain. On ne fit aucun reproche à son courage,
mais la fortune ne sourit jamais à ses tentatives, et il parut re-
connaître enfin qu'admirer et célébrer les qualités guerrières ,
n'était pas les posséder. Dans le fait , René était un prince de ta*
lens très médiocres , doué d'un amour enthousiaste pour les
beaux-arts, et d'une humeur calme et enjouée, qui ne lui permet*
tait jamais de se dépiter contre la mauvaise fortune, et qui le ren-
dait heureux, quand un prince ayant des sensations plus vives
serait mort de désespoir. Ce caractère doux , léger, gai , inconsi-
déré et insouciant, mit René à l'abri de toutes les passions cpi
remplissent la vie d'amertume , et qui souvent en abrègent le
cours, et le conduisit à une vieillesse accompagnée de santé et de
joie. Les chagrins domestiques, qui aiffectent souvent ceux mêmes
qui sont à l'épreuve des simples revers de fortune, ne firent pas
une impression bien profonde sur le cœur de ce vieux monarque.
Plusieurs de &es enfans moururent jeunes ; René su).»porta cette
perte avec une résignation parfaite. Le mariage de sa fille Mar-
guerite avec le puissant Henri , roi d'Angleterre , fut regardé
comme une alliance beaucoup au-dessus de ce que pouvait espérer
le roi des troubadours. Mais au résultat, bien loin que cette union
fit rejaillir quelque splendeur sur René, il se trouva enveloppé
dans les infortunes de sa fille, et fut souvent obligé de s'appaavnr
pour lui fournir une rançon. Peut-être le vieux roi, au fond du cceur,
ne trouva-t-il pas ces pertes aussi mortifiantes que la nécessité où
il fut ensuite de recevoir Marguerite à sa cour et dans sa famille.
Enflammée de fureur quand elle songeait aux pertes qu'elle avait
faites , pleurant les amis que la mort lui avait enlevés, et les
royaumes qu'elle avais perdus, la plus fière et la plus impétueuse
des princesses n'était pas faite pour demeurer avec le plus gai et
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 409
le pins insoneiant des souverains , dont elle méprisait les goûts ,
et à qui elle ne pouvait pardonner la légèreté d'esprit qui trouvait
de la consolation dans des occupations frivoles, indignes d'un mo-
narque. La gêne qn'inspirait sa préi»encei les souvenirs vindicatifs
auxquels elle se livrait, embarrassaient le vieux souverain , mais
ne pouvaient lui faire perdre sa bonne humeur et son égalité
d'âme.
Une antre infortune pesait sur lui encore davantage. Yolande ,
fille qn^il avait eue de sa première femme Isabelle, avait transmis
ses droits sur le duché de la Lorraine à son hls René , comte de
Vandemont , jeune homme plein d'ardeur et de courage , occupé
alors de faire valoir ses prétentions contre celles du duc de Bour-
gogne, qui, avec moins de droits, mais beaucoup plus de pouvoir,
s'emparait de ce riche duché, le couvrait de ses troupes, et le
réclamait comme un fief devant rester dans la ligne masculine.
Enfin, tandis que ce vieux roi voyait, d'un côté, sa fille détrônée,
plongée dans un désespoir qui ne connaissait pas de remède, et de
l'autre son petit-fils , privé de son héritage, faisant tous deux de
vains efforts pour recouvrer une partie de leurs droits , il avait
encore le malheur de savoir que son neveu , Louis, roi de France,
et son cousin, Charles, duc de Bourgogne, se disputaient secrète-
ment à qui succéderait à la portion de la Provence qui était encore
en sa possession , et que ce n'était que la jalousie qu'ils nourris-
saient l'un contre l'autre qui empêchait qu'il ne fût dé j touillé de ce
dernier reste de ses domaines. Cependant , au milieu d'une telle
détresse, René donnait des festins, réunissait des convives, dan-
sait, chantait, composait des vers, maniait le crayon et le pinceau
avec une adresse peu commune , dressait des plans de fêtes et de
processions , les faisait exécuter, et cherchait à entretenir autant
qu'il le pouvait la gaieté et la bonne humeur de ses sujets , s'il ne
pouvait assurer matériellement leur prospérité permanente ^ ;
aussi ne l'appelaient-ils jamais autrement que a le bon roi René, »
titre qui lui est encore accordé aujourd'hui , et auquel les qualités
de son cœur, sinon celles de sa tète , lui donnent un droit incon-
testable.
Tandis qu'Arthur recevait de son guide un compte détaillé du
I. Voyes VHhloir» dm roi Rgitd, par M. d« VniraeavK-Bargeiaont. On a publié en i8t6, cbei
Mott0f on magnifique ouvrage intitolé le Tournoi au roi René; c'est le/ae timile, texte et estampée,
d'an manaserit du roi René. Les Rrehtrtko* tmr tjif\fom tt lu TotuxUno , par M. Bodin , contiennent
muX daa détaila «ariaox anr ce boa prinoe*
110 CflÀtil«i$ LE HsiilÉftjLtfl&.
cftf à6tèfè pàlUdffttier du rôi Acné , ils «tHVftiêM Sttt le imttUfl^ (h
iïe jôy6ai montrée. L*«môni«i6 étftit ^vtaeê , H fMfk étaft à
F^poqûè 5ù k» contrées du Mfd^mt d« U fVàm» dte lifoiittifiM; «^
tè ittôim d'àtatitag'e. LVrfhrier est FàtMle ^di ddttiM to ProVëmîiS;
)et cômwé là tôuteuir ceirdféê de ^ste^ léuiUeë ^f^'àsieiiible à eîeffe <K
Soi brùtë pair le Boleft , Mttôult datis cette ^iioii lôû ^ttiÊh to»^-
mencent à se flétrir, elles donnent à tout le paysage une tein^f'^
et àrtde. Oqyendaftt , ddus 1^ ré^kMê liMmÉ^M^»)èé et iftgt^ètes,
on tYôùVàit des pày)S^Biges pitts frài^, gt'Aee à fttté fbttle idmirbt^
yerts. Ëb gétiéf al tottt le pky» àtait nm àppàfe^e ifiii hd était
pài^ticùlière.
X chaque p6A tels tôy^r^tlfs tirdtftAiéM qttellttt^ lâlÉtt^ei tû têt-
tsiciete ëingutier dtt M. La Pi^y^hcé étàtt là pfe)âàièr« pàAie^
Caûlës qfii t*ëçiit des RoDiaitts le bietifait dé là civilisa tioti , et kyàiiï
été encôfe pluslotig-temp^ la tlésidetite de la ebltMilè ^f'eiMICte* ti^
fonda Star^éiile, est plilS remplie de ^stes IsptemHdes id'àtidëmi^
àrchitecttii^e qu^àtrctane &titv*e paKle de rfiarope, Il Peteepliidii de
fltalie et de là Cfèce. Le bon g^dt dh tbi Retté ItH hf ait bii^
quelque» effôns pottr c^lfôefveî' ties ^tkVteftiiH de l'diitiqilitlé , tét
leur rendt'e tiùe partie de ieù^ àiictett éélai. S^il existait ihiàH^
triomphe ou nh àhcieti teûiplè , 6ti disait dilpafi&hte de tsàu VOii^-
nagé les huttes et les (chauniièi*é8 , et Vx)tk prenait des ftieâtt^és pon^
reUrder du Inoibs Fapproôhe de lèor Mtte. -^ La foâlâfrië (fe
marbré que là sîipei'siitioir avait eonsaetée à quêlqtiè iiàïade soli-
taire, était entôui-ée d^ôliViërS, d'aifiàïlâîei^ et d'ôfaiigefâ; lè
l)assi6 en était réparé , et il pôtlVàit encofe fëtëfaif datis sàû sdû
ses tréèors de cristal. — LéÉ Tàstés atnphitbéâtl'es , les ebtbtift^
gigantesques étaiéht Fôbjet de^ mét»es ^oitis , et attestaient Faffîbiiir
du roi ftené pour les beaUx-àrtî» , même dah§ te cours de cette pé-
riode qti'on appelle les siècles d^gtio^nce et de bafbarië.
On pouvait aussi reinayqtlër uti chàngemetit danà les màblèfé^
générales du peuple , en sortant de là Botifgogne , OÀ la soéiëté éë
ressentait encore de là rudesse àtlemàhdë, pdtlt- entrer dan^ les
contrées pastorales dé la IProTence , oh. l'influencé d^uti beau dimàt
et d'un langage mélodieux , jointe aux goûts nn peu romatieàqttéi
du vieux monarque, et à ûû àinoilr universel pôtif' h. ttinsiqtkë et la
peéaîe , avaient introdiik mie lâviUsalioQ de mœurs qaâ approchait
T. Sans aôQte irtliur se Vehàail à lis par ÛUngè èi âàiiii-iteaix* maU c^bl ï àrla» ^*û ei^
•wtottt p« admiiw !•• noBnoMDa de la puMOMt rmifliiàl.
<!!HÀMLtS LE tËlflÉilifKfe. ill
de l^àiteetàtiôii. Le Y^tgtt conddisâit lé fliatth sêft fuôutôns àû pâ-
turage , éh lèar chàntaht quelque sonnet àflautireui coiliposé pair
tan trOilbàdbtift* bi^ii épris , et quelquefois plus àënsiUe que dans
t'es ëKihàts du !9dM ; et àbti trodpeàii M^mblaït ëprouver PinHuencè
de la iiitisique. Àfthut* )rétnafqua aiisâi ^ne lés fiàôdtons proren-
eaux , au tieti d'être chàsëës détaht lé béi^r, te stoivaiékit r^-
hèremëiiiy et né âë dispertôient pouf ébintûéncer à paître que
lorsque , s^arrétatit et se tournant Verà éttt , il élécùlaît quelques
Tariations sur t^àii* qûHt jbUait> comme pour leur en donner le si-
gnA. "tandis qu'il marchait, son jgros chien , d^une espèce dressée
a coihbattrê le loup , et <^é lè^ taioui'obs f*ëspectënt comme leur
{)rotecteury sans le cfàthdré coUinié teuï* lyf àU , lUitàit son maître,
es érèillês dre&s^éSy conimé pféttiler cHtiqUe éi principal juge
d^uiiè UdUsiqne dont il niaU(l]uàit j^àiréUiènt dé désap()roùvery en jap-
pant, eertain's sbn^, tandis qttè lé ii*ôUpéaU, coâUiè la majorité
d^un auditoire y dôhiiait, pat* soh silenéé , ta àéttté espèce d^applau-
dissement unahiftié ^u^l pouvait àécôHlét^. Yers Uiidi , lès audi-
teurs du berger devenaient Quelquefois ptuis nombreux , grâce à
l'arrivé d'une màtroUé , ou d^uné jeune fille aux jôûes flenries ,
avec qui il avait rendez- vous sur lés boVds de (]uelque fontaine du
genre de celtes dont nOUà kVôns parlé , et (}iii écoutait lès sons du
cbaluinéàn dé soU Uàri ôU dé son atnànt, ou chantait avec lui quel-
ques-uns de ces duos dont les poésies deè troubadours nous ont
laissé tant d'exétnpleis. t'endàUl là fraîcheui* du soir, là danse des
viAageéis sur le gàzou , le conifiéH thistiqué detànt là porte de la
cabane y et le petit repas , composé de fruits , de laitage et de pain,
^uè lé VoyàgeUf était invité & partager, prêtaient de nouveaux
chàrnieà a rilInsioUy et semblaient vtèritàblément indiquer la l^ro*
véncé éomfné I^Âréàdié dé là Fr&Uîâè.
Mais la plus grande singularité ^U^ottrit àut yéui d^Arlbur ce
pays pacifique , c'était l^abl^Uce cbftiplète dé soldats et d'hommes
armés. En Angleterre , personne ne sortait de chez soi sans son
arbalète, son épée et Son bouclier; en France, le labourent* por-
tait une armure, même en conduisant sa charTUe; en Allemagne,
on ne pouvait pas faite Un mille sur là grande routé , sans que l^oéil
renèèntrât des nuagéé dé|H)Ussièré, au milieu desquels on voyait
de 'téUip& en temps dés panachés bndoyëf , et dés àrmeS élihôeter ';
même en Suisse , lé paysan , sMl àVàit seulement deux milles a
, M êé WàîMl j^àà dé àé mettre éti êbëmlu âàUs âà hallebarde
412 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
et son épëe à deax mains. Mais en Provence » tout paraissait tran-
quille et paisible, comme si le génie delà musique y avait apaisé
toutes les passions violentes. De temps en temps nos voyageurs
pouvaient rencontrer un cavalier; mais la harpe suspendue à
l'arçon de la selle, ou portée par un homme qui le suivait, indi-
quait la profession de troubadour, qui était exercée par des hommes
de tous les rangs; et un peiit couteau de chasse, fixé contre sa
cuisse gauche , plutôt comme un ornement que pour s'en servir, ne
semblait être qu*un inutile accessoire de son équipement.
— La paix , dit Arthur en regardant autour de lui, est un joyau
inestimable , mais dont il sera bien facile de priver ceux dont le
cœur et le bras ne sont pas prêts à le défendre.
La vue de l'ancienne et intéressante ville d'Aix, où le roi René
tenait sa cour, dissipa ses réflexions vagues , et fixa les idées du
jeune Anglais sur la mission particulière dont il était chargé.
Il demanda à Thiébault si ses instructions étaient de le qiûtter,
maintenant qu'il était arrivé au but de son voyage.
— J'ai ordre de rester à Aix , répondit le Provençal, tant que
TOUS y demeurerez, pour vous y rendre tous les services qui pour-
ront être en mon pouvoir, comme votre guide et votre servitem*,
et de tenir ces trois hommes à vos ordres pour vous servir de
messagers ou d'escorte. Si vous le trouvez bon , je vais leur proca-
rer un logement convenable , et je viendrai recevoir de vous mes
instructions ultérieures en tel endroit qu'il vous plaira de m'indi-
quer. Je vous propose cette séparation , parce que je sais que vous
désirez être seul.
— 11 faut que j'aille à la cour sans aucun délai. Attendez-moi,
dans une demi-heure , dans cette rue , près de cette fontaine d'où
jaillit un jet d'eau si magnifique , entouré d'une vapeur qu'on ju-
rerait produite par l'eau bouillante et qui semble lui servir de voile.
— Ce jet est ainsi entouré parce que l'eau qui le forme est foup
nie par une source d'eau chaude qui sort des entrailles de la terre ;
et la gelée blanche de cette matinée d'automne rend la vapeur plus
distincte qu'elle ne l'est ordinairement. Mais si c'est le bon roi
René que vous chf^rchez, vous le trouverez en ce moment se
promenant dans sa cheminée. Ne craignez pas de vous en appro-
cher ; jamais monarque n'a eu l'accès si facile , et surtout pour des
étrangers de bonne mine comme vous , Si^mor.
— Mais les chambellans m'admettront-ils dans son salon ?
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 413
— Son salon ! Qael salon?
— liO salon dn roi René, je suppose. S'il se promène dans une
cheminée , ce doit être dans celle de son salon , et il faut que ce
soit une cheminée d'ime belle taille, pour qu*il puisse y prendre un
tel exercice.
— Yoos ne m'avez pas bien compris , dit le guide en souriant ;
ce que nous appelons la cheminée du roi René , est l'étroit para-
pet que TOUS voyez. Il s'étend entre ces deux tours, et par son
exposition au midi est abrité des trois autres cdtés. Le plaisir du roi
est de s'y promener, et de jouir des premiers rayons du soleil dans
les matinées fraîches comme celle-ci. 11 nourrit , dit-il , sa veine
poétique. Si vous vous approchez de sa promenade , il vous par-
lera volontiers , à moins qu'il ne soit dans le feu de la composition.
Arthur ne put s'empêcher de sourire à l'idée d'un roi âgé de
quatre-vingts ans, accablé d'infortunes, menacé de mille dangers,
et s'amusant pourtant à se promener sur un parapet en plein air,
et à composer des vers en présence de tous ceux de ses fidèles
sujets à qui il plaisait de le regarder.
— Si vous faites quelques pas de ce^côté, dit Thiébault, vous
pourrez voir le bon roi , et juger si vous devez ou non l'aborder en
ce moment. Je vais pourvoir au logement de nos gens , et j'irai
attendre vos ordres près de la fontaine , sur le Cours.
Arthur ne trouva aucune objection à faire à la proposition de
son guide , et il ne fut pas fêché d'avoir l'occasion d'examiner un
peu le bon roi René , avant de se présenter devant lui.
CHAPITRE XXX.
Oui . «*est loi dont le front «st ceint d*nn diadème^
Oavrage des neuf saurs et d'Apollon lui* même»
Et qui de Japiter ne craint pas les carreaux.
Il le préfère au casque» aux plus brillans joyaux }
Couronné de lauriers, emblème du génie,
11 est rot de* «nui» , roi de U poésie.
Eh s'approchant avec précaution delà cheminée , tf est-à-dire de
la promenade favorite de ce roi que Shakspeare décrit comme por-»
tant le titre de roi de Naples , des Dei|^-$iqlçs ^i de JfeBf^d^ , et
TiiiMi (fojgyrttml p<^ a«i^ nub^ <}v'rû baa ferwer 4'Ambtene,
UA TiiiiLUrd doat 1» W^rtm égalait pre$q»a çn )>)»iuJ)«iv ^i^m
pleur celle de l'envoyé de Schwiiz , et dont les cheveimi^râtlll
vén» «(t«i(wr, Cependant il a^ait «qçore les ioi^ (wptM»^t Ter-
wH\n I cA l'o^lplfiio de i^iv^çîté, l^ ri^li^^e 4« aoA cg^mof^cour
ir wait pcait^urfs pai^ à 109 a; « ; mais oa f^\ pu q^^çr $^ cl|«Teu
Vii^nf»^ à TW »oa pa§ e^çor^ feri«« e( méim^ 1q9^* Tandis qu'il
«wy?p^( vie UpeU( (WApçi qu'il ?vait cboiai poor ^pro(amd(»
idutât k caim d<) «a «itqftipp. abritée nw pQnr &« 4éïai^ aui
KUX > iWt «on f :it^içjNr n^u^rait IfL Tii(^«^^ 4^ la jj^iuu|sa« coiiÂ*
DHAAt il amw^r un oorp» cl^urgé d'aune* h^ ^it^Q^ roi (f^( ^
\n»iii aes^ uHm^a a( w crayosis paraû^awt M<slaMiceiQçi|( çmP^
dei 9»». prc^i^a p^iuiéea, sa^^ f^ii:^ a(<^utiofi k pUimm'vAvi»^
^oi I plftçé^ pl«» tm I tçtnaient l^ yeiu Qxés aup bût
Ql<Àilfajpa^un« de c^ «ari^aiç , 4. leura nianîère» et à Iw^ Ç<)^
tomesy semblaient être eux-mèa;ie^ de^tronbadpara» (VilktiiMiMt
QQ «lai^ dma i^^beçM > dç^ rpt^ > de p^Ut«s barpa#» «t ^^^oires
^«ibola^ de Lçur proj^^ii. Us r^taieut iimppbiles > iQQ9^9i^ ^'il*
eussent été occupés à ^^iiûpe dea renjiarqaef 9Pir l^» iigéditaù(# ^
leur prince. Lça am^^ra^ éVaie^t (tas pas^aos , qui , (MQpapél d'4#^
ptua séview^a » l!9t«iQiM m c^HP d'wl awr le rai , cooua^^ V^^'
qu'on qu'ijla ^mnk babi^iéa à ^ftii^ IQH^ l#ft JQura ; vais iU v^ V^
saient jamaia $»aa ^UUT leur bpnupt t e( s^ua témaigAW p«r «a ialnt
conveuable Tamoar et la yénéralion qu'ils avaient pour sa per^
sonne ; et leur air de cordialité sincère semblait suppléer à ce fU
pouvait y manquer du côté du respect.
Cependant René semblait ne pas sayoïr qu'il était le but aaqaei
s'adressaient les regards de ceux qui s'étaient arrêtés pour l'exaou-
PW» <U?dea ?iaUita que {Euaaieut t^U» les passans; son esprit parais*
sait ei;çlu9iT<9qif U.t PCÇIIBé dç quelqne tâche difficile qu'il s'était
impeeée en poéaie ou ep mu^yie. |1 marchait vite on leotemeot;
d'accord sanedeiile avee ka progrès de sa composition. Tantôt u
s'arrêtait pour écrire à la hâte quelque idée qu'il ne Youlait pas
laisser échapper ; tantôt il effaçait avec dépit ce qu'il avait écrit)
et jetait par terre ses tablettes et son crayon ^ dans une sorte
désaspoif • Cm tmii!^ #jltiuaa étai^ot to^^ciar^ •oigf^^^^'^
par mbwi i»«ft f9i étaîi seulà a% suîMi f 4( ^ ^^'
djôt xfimBflliBCBMBiMftl la uToiiiière- œcaiiou £EiY(irid>Ifi> habb Iba t^
tm^t to SroM 9«$i^auiitf et ^^açi^wx* QHet«a«fm 9m eAttHM^
siasme s'élevait au point qu'il sautait et bondissait q^^ç d^ %Q|ji^
Y}t4 q^çi'i^ «'wriiit pi^ ^ «t^i^rf 49^ sm %9( drai 4'WMIW in-
stans tous ses mouvemens étaient excessivement lents ; 9( U Ijiî
am^laflmi 4« i^dter i^^moM^ » A^tw V^ttiiudQ 4'mi ïiifimm^ livré
w^ 9l«w BT^M^^ pédiiatifti^. Qwu«4 pi^r b^M^A il j«tM w g^hb
4'ml W l# glFOj^ qui «(Pn^toH l'^içF,t ^ 9^i 4f^ ^«NP^ ^9» t^WM
Q» n'ét^jl qpe p(HU* f«ire uo^ ina(io[|t^9 4a t^ , 4' W m^m^ ^
40 jxMiM lHU««^r^ faveur ^u'U u« in^^quipÂt i^nm^ à!%^9^^ i
cm^ qui le «Rltttaeiit 9^ ps^s^nt, ^m^^d V^ueiuijMà «ikieu«e q^'ik
damait k §% 4«b9 1 ^pielle qu'elle pû^ 4$Pfi t Iw pf^r^qi^lait 4§ %'m
ap^rwYWt
Lm y^n^ 4ii m lowbèrfpt ^f\^ «wr Airthnr» w^^ w^mii»^
tingué et son attitude d'observi^ioi^ iVil^cÂeafiili Iw ftraol» rci^fm^
B^ire ««niiQe ^tipanger, I^Aé fo w figm À ^14 p^m» ^«À» «yant
Feça lea «r4r«i q<i9 soo v^Urf liii dqm« k v^x iNMutt 4wj(H(4ît
4a hmt Ae la çlM^pée «ur )« pb tf^f^print ^ r^«»H M 4QM$m> «(
qui était ouverte' au public. S'appr«iQl|4JPt 4'Airlbw «9^ 4H«>Vi
toiai^, il l'infQfiUî^ q«« (e roi d^Tiiit Idi parler. l«fl^i«Wft Ap^is
o'iLvaîi 4'aiitre parti k preo^rf^ que celiû 4- obéir à eei «r^, omm
U ne «avaii trap çoaam^At il 4«vmt «e Qonperter avec w roî
d'aiM 0^èw f^uiiâ bizarre^
Quand il fut ^s du roi» Aené lui ttdresaa la pere)e ews w
ton #^ pMf )i»iiie q<ii pféiaii paa ssaie 4igMKJii ei Aithnr*^ ea se
UopvaAi;4#^Q^ l^i> ftil fftpp^4o pl«ft 4e reipeel ^'il «'winit pft
se rimagia^, 4'epm ri4ée qi^il ev««t ««nçueda fUf^eêmMi im voî«
— YiHi» wrtjBJwHr i!Wieepe> fae w «ge» lui 4i4 le s^ei itmi» que
¥Wfl litei éiranf er dana ofi p^yt, Qu^l nom d«vws-iMpa vew
donner, et à quelle affaire devoeMKVIB eWÎbilpr te ptmair 4e fam
vipîr à notve eMT ?
Artbw œ féppoda^t pea MHr4e^«hettp» 1® bflsa ¥ieiU«Kl evM
^'U gwrdaît le sitowe par reepeet et pev linidilé, elil «entÔHHi
à loi parier d'en lou eqœureeeanl.
— La modestie est toujeare louable dans lajenniwee» M Muiàf
Ait CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
TOUS êtes sans donte un néophyte dans la noble et joyeuse science
des ménestrels et de la musique , attiré ici par Taccneil favorable
que nous nous plaisons à faire à ceux qui prtffessent ces arts, dans
lesquels, grâces en soient rendues à Notre-Dame et à tons les
saints , on yeut bien croire que nous avons fait nons-même qod-
ques progrès.
— Je n'aspire pas à Thonnenr d'être un troubadour, répondit
Arthur.
-—Je vous crois y car vous avez l'accent septentrional du fran-
çais-normand, tel qu'on le parle en Angleterre et. dans d'autres
pays où le goût n'est pas encore épuré. Mais vous êtes peut-être
un ménestrel de ces contrées ultramontaines. Soyez assuré que
nous ne méprisons pas leurs efforts ; car nous avons écooté , non
sans y trouver plaisir et instruction , plusieurs de leurs romances
hardies et sauvages , qui , quoique dépourvues d'invention , pé-
chant par le style , et par conséquent bien inférieures aux poésies
régulières de nos troubadours^ offrent pourtant dans leur rhythme
énergique et brut quelque chose qui fait quelquefois palpiter le
cœur comme le son de la trompette.
— J'ai reconnu la vérité de l'observation de Votre Majesté en
entendant chanter les ballades de mon pays; mais je n'ai ni assez
de talent ni assez d'audace pour vouloir imiter ce que j'admire.
J'arrive en ce moment d'Italie.
— Peut-être donc ête&-vous habile en peinture? C'est un art qui
parle aux yeux ^ comme la poésie et la musique s'adressent aux
oreilles , et dont nous ne faisons guère moins de cas. Si vous avez
des talens en ce genre , vous êtes devant un monarque qui estime
cet art et qui aime le beau pays où on le cultive.
— La simple vérité, Sire, c'est que je suis Anglais, et ma
main a été trop endurcie par l'usage de l'arc, de la lance et de
l'épée, pour pouvoir pincer la harpe ou manier le crayon.
— Anglais I répéta René d'un tcm évidemment plus froid ; et que
venez-vous faire ici? Il y a long-temps qu'il ne règne guère
d'amitié entre l'Angleterre et moi.
— C'est précisément pour cette raison que vous m'y voyez,
Sire. Je viens pour y rendre hommage à la fille de Votre Ma-
jesté, la princesse Marguerite d'Anjou , que moi et beaucoap de
fidèles Anglais nous reconnaissons encore pour notre reine, quoi-
que la trahison l'ait dépouillée de ce titre.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 417
— Hâ^sl bon jeune homme^ je dois en èite fâché ponr vons,
tout en respectant yotre loyauté et Totre fidélité. Si ma fille Mar-
gaerite avait écouté mes avis , elle aurait renoncé depuis long-
temps à des prétentions qui ont répandu par flots le sang des plus
nobles et des plus braves de ses serviteurs.
Le roi semblait vouloir en dire davantage ; mais il se retint.
— Rends-toi à mon palais, reprit-il; demande le sénéchal
Hugues de Saint-Cyr ; il te donnera les moyens de voir Marguerite,
c'est-à-dire si c'est son bon plaisir de te voir. Dans le cas con-
traire, bon jeune Anglais , retourne à mon paiais, et tu y recevras
un accueil hospitalier ; car un roi qui aime la poésie, la musique et
la peinture ne peut manquer d'être sensible aux droits de l'honneur,
de la vertu et de la loyauté , et je vois dans ta physionomie que tu
possèdes toutes ces qualités. J'aime à croire même que dans un
temps plus tranquille tu pourras aspirer aux honneurs de la gaie
science. Mais si tu as un cœur qui soit susceptible d'être touché
par la beauté et les belles proportions , il bondira d'aise à la pre-
mière vue de mon palais , dont la grâce majestueuse peut se com-
parer au port imposant et enchanteur d'une noble dame , ou aux
modulations savantes, quoique simples en apparence, d'un air
tel que celui que nous composions en ce moment.
Le roi semMait disposé à prendre son instrument et à régaler
les oreilles du jeune Anglais de l'air qu'il venait de composer ;
mais Arthur éprouvait intérieurement la sensation pénible de
cette espèce particulière de honte que ressent un cœur bien né
quand il voit quelqu'un prendre un ton d'importance, dans l'idée
qu'il excite l'admiration, quand il ne fait que s'exposer au ridicule.
En un mot , Arthar> dominé par cette sorte de honte, prit congé
du roi de Naples , des Deux-Siciles et de Jérusalem, un peu plus
brusquement que l'étiquette ne l'aurait exigé. Pendant qu'il à'éloi-
gnait , le roi le regarda d'un air surpris ; mais il attribua ce
manque de savoir-vivre à l'éducation que ce jeune homme avait
reçue dans son île; et prenant sa viole, il se mit à en joaer.
— Le vieux fou 1 dit Arthur ; sa fille est détrônée , ses domaines
sont démembrés, sa famille est à la veille de s'éteindre, son petit-
fils est chassé de retraite en retraite et dépouillé de l'héritage de sa
mère, et il peut trouver de l'amusement dans de pareilles frivo-
lités i En voyant sa longue barbe blanche , je le supposais semblable
a7
4(8 CUèMMSk Xd! lÉBIÉliJUL
Soloniosu
. Tandia (pe csa véflAKmMi «t felgot» mlya» ^ù n^étasevi pai
plus hoaotablts pour l«.Mii BmA » ao^ pvéaestBÎflni à VînMfpnaliiB
d'Arthur, il arriva au ramtezrTM» qsCiLacmtJkimé à IhitiMwlt
1 1 le trouT» pcèfli da jet d'oMi qpii s'ékn^ail M«o {«•• d^iwe de-ccs
soniices. d'eau duMide fni awMitl^.faiA anlvefaiîaleftdélMieB deaS^i-
maina» Tbiéhault luî.ayaat BeadUfflopyMi ^pus sa» ascocta^ honmes
et chevaiix ,. éuil placéa de u^mètB- suaire prêle auipoewer si-
gnal ^ ae chacgjBa^de le condiûre aii' palaîa duixai Hei/i ^ ^pi^ d'apnb
la. siiig;olarité , et. l'on peut mémà dire la beawii de aoas andûieo*
tnre.^ méritaiJ) certainement l'éloge qMle Tien&noifttf qMeeaavait
fait. La faigide consistait en. troia tours d'acobiuollire vemaine;
deux étant placées. anjL angles du palais ».et U tnoisiàme, f» aonaûl
deinaasolée.9 fiiisant partie do gronpo» qpMÂqpie-délaetiée deaiavlmB
bâtimens*. Eien die plna beau ipioleapisopot taons de oelte devniife
tqor . La forti» inUcieure en était carrée^ et servait eomm» de pié»
destal à la partie sapéneore.^ dont la temOiétait ei]NMibâr«,.et9M
était entourée de odonnesi massivAS- de (^anUi. Les deiub antic»
tours au angles, dn palais étaient renilftft, déeorées. anasit dè.e»*
lonnesy et ayaient deux étages, de esoiséee» finSBeetdetoeamieft
des travaux des Bomainsi dont on âôsait Bemonleir VeongiHie aa
cinquième ou au si&ième siède ^a'élavaili rancien^ palaia des eonte»
de Provence , constroit oq siècle oa.deia.i]Au8«t«rd ^ et deBikl9biile
façade gotbiqne ou. mauresque iaisaitooi|iraslev« meia sanA^nMnqws
d'harmonie , avec l!architectmne ptusrégttlièive et phie MASsûredas
maîtres du monde. Il n'jt a pas plus de trente in qaanantsaofl^qiie
ces restes curieux d'antiij^é ont été démolis , pont faine plaoe à
de nouveaux édifices puUicsquin'on^ jamais été élevép*.
Arthur éprouva réellement une sensation qui réalisa» hsppiédîih
tion du vieux Iioi9;qfiand ils'aio^étaaveesnrprieedavantJaçQfftetDar
jours ouverte de ce palais, où daa p^fBonnes delouteoQndidoniaaBiir
blaient entrer libsement. ApisèsiavjMR eenAemplépendenL quel ipyw
minutes ce Bel édifice^ le jene Anglai» monta les dagrésd'oa
noble portiqua |. et demandai à im poviieB ansii viens ^ «nsei gréa
et aussi indolent qpe devait L'âu» ua servitenr du roiRené» lasé-
néchaldontle roi. lui avait a^pria^le nom^ Le grosi portier^ avee
beaucoup depplitessey donn^poiiR gnîda à Féteanger on page 911
le conduisit, dans une chambre oii il trouva un fonctionnaire 4^
plos iMMl i«H|f, MMsàpM fuit Ai uiiiiBr 2ge qa»l0fmfkT,
aym ant pbysîottMiie inrcMst», un oeil cahae et qb Aront aar
iB^id bfnmié a^âmtopa» cvMBé «m vide ; ngMs fn rad^taieiife
qme le sAiédud d^Âifli pmkomiÊ b pUloM^o de se» aiigune
■wttre. SbBB amir jumis ?« Artbiar, ii k FecoMmt à Kiibuui
méfli9 ev il itfrirwBv
^^YimêfmleEUSnmçÊÊB»a0rmmiè, hêêSÈfSif, lndi«>*il; toas
aTCZ les cheyeax plas blond»et lettîiit:plo»Nft«c que IcB halit—e
d» c# fty» : ¥0a» dsntMidez k y«mi» Murgoente; h tovlts ces
iMWfMs, je Yons qae YOte èles A^ghi». Sa Majeslés'aitqmtle en
4»WMBÊÊmXéwûl^rmla «i ceiif«iit d^ Mom-âeiiile-yîctiiire ; et si yoos
-fHii» MMBOiea Aitfaor Pfaiiipaoïi » j" ai erdre de tous laîpe eoinkiive
ST'k^cfcnmp ea sa préseMe, e'essà-dire sfvès. q«e ^««s aavez
déjeuné.
Anhar aikii k pmr de fm dîjpeawr, nuis le sénédMiie loi
ea kîâsa pa» k kmr.
— lAsasa et repe» n'oat jaeaiis uni aax affiâve», dk-U^ et d'ailv
kars il cas dmagBmwx poov aa jcane hoBuaer de iaiia beamconp da
4dieMia l'eatoaMic ^ide. Je naagerat am-méaie va Mereeaa avea
fmm f et je toq» fevai raaoa ayee m iaceade Tîeil BmaiCaga*
La tafck kt.eoaTerte arrcc aae pronptitade tpà proaYak qna
Pho^itdîlé était nae wita haUlaetteaient pnaiqaéei dans les de-
maiaes daret René. Des pané», dn gibier, la aobla bare de san*-
glier^ es dfaatres mets délieats, fterent piaeës snrla tabk* Le aé
aéehal jeaa parltiienient k rèk d'im. hâte joyeax , et fit à Artlnir
de frëqaeates exeuses^ sans beaaeoap de aûfeessit» , de ne paa
lueax peécher d'cxempk » attendu qu'il était chargé de reaqpkr
le» feiietMS d'éeajvr tvaaalHnl. à k taUe dk roi René , et q oak)
bon reî a^éadt aaitisbit qn'aaiant que sea appétit égalatl soai
adresse à déoovper.
^■^ Qnaat à yms, bcaa sire, ajoata-toil, Yoas n'avez pas ks
OHiéBUs raiseas peur voas ménager, car veos ne Terres peut- êire
peiataa antre tepaad'ici an coacher dta soleil. La reine Margaeiica
prend ses infortunes tellemcint à eeeer, que les soupirs sent sa
saak aoutTilare » efc ks. kwneS' son seul bvearaga,. coDaae dit le
Psakàsteur Maiis je eraiaqDe inhis aarea beseta de çèanmas, fomt
iMMs et pear fos gens, paarToai. rendre à ]ttont<8ainte*yi0tehr&^
ifû est à sept milles d'Aix.
Arthur lui répondit qa'il avait un guide et des chevaux qui Tat**
27,
420 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
tendaient ^ et lai deman^fi la. permission de lui faire ses adieux. Le
digne sénéchal , dont le yentre arrondi était décoré d'une chaîne
d'or, l'accompagna jusqu'à la porte d'un pas. qu'un léger accès de
goutte rendait un peu traînant ; mais il assura Arthur que » grâces
aux sources d'eau chaude, il n'en serait plus question dans trois
jours. Thiébault était devant la porte, non avec 1^ chevaux &ti-
gués qu'ils avaient quittés une heure auparavant , mais avec des
coursiers frais , tirés des écuries du roi.
— Us sont à vous, du moment que vous aurez mis le jned sur
rétrier, dit le sénéchal : le hon roi René ne reçoit jamais comme
lui appartenant un cheval qu'il a prêté à un de ses hôtes. C'est
peut-être une des raisons qui font que Sa Alajesté, et nous autres
qui composons sa maison, nous sommes si souvent obligés d'aller
à pied.
Le sénéchal prit alors congé du jeune Anglais, qui partit pour
aller trouver la reine Marguerite au célèbre monastère de Sainte-
Victoire. Il demanda à son guide de quel côté il était situé, et
celui-ci lui m<mtra, avec un air de triomphe, une montagne^ qui
s'élevait à environ deux lieues de la ville, «à la hapteur dé trois
mille pieds , et que sa cime aride et escarpée rendait l'objet le plus
remarquable qu'on aperçût dans les environs. Thiébanlt en parla
avec un feu et une énergie extraordinaires , et Arthur fut porté à en
conclure que son fidèle écuyer n'avait pas négligé de profiter de
l'hospitahté du bon roi René. Thiébault continua. long-temps à
s'étendre sur la renommée de la montagne et du monastère ; leur
nom leur avait été donné, dit-il, par suite d'une grande victoire
qu'un général romain, nommé Caio Mario, avait remportée sur
deux grandes armées de Sarrasins portant des noms nltramontains,
probablement les Teutons et les Cimbres. En reconnaissance de
cette victoire, Caio Mario fit vœu de bâtir un monastère sur cette
montagne, et de le dédier à la Vierge Marie, en l'honneiur de la-
quelle il avait été baptisé. Thiébault , avec le ton d'importance
d'un homme au fait des localités , se mit à prouver son asseriion
générale par des faits particuliers.
-^ Là-bas, dit-il ^ était le camp des Sarrasins. Quand la bataille
parut décidée^ les femmes en sortirent les cheveux épars, eu pous-
sant des cris horribles, et, comme autant de furies, elles réussirent
•i
T. Il estcàrieox de rapprocher de la deacription de cette montagne celle qu'en fait, dans /«
Con/rérû du S«U/tf-Espnt, un aatenr marwillais, M. Rey Daasaeil.
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 421
à arrêter quelque temps dans lear faite leurs pères, lenrs frères ,
lears maris et leurs fils. Il montra ànssi la riTière dont les inanœn-
Très supérieures des Romains leur ayaient défendu l'accès, et
c'était pour en regagner les bords que les Barbares, qu'il nommait
Sarrasins, hasardèrent celte bataille, et en teignirent les eaux de
leur sang. En un mot, il mentionna diverses circonstances qui
prouTaient avec quelle exactitude )a tradition bonserre les détails
des anciens éyènemens, alors même qu'elle oublie et qu'elle con»
fond les dates et les personnes.
S'aperceyant qu'Arthur l'écontait ayec plaisir, car on peut bien
supposer que Téducation d'un jeune homme éleyé au milieu de la
fureur des guerres ciyiles ne le rendait pas très propre à critiquer
une relation de guerres qui ayaient en lieu à une époque si éloi-
gnée, le Proyençal , après ayoir épuisé ce sujet, s'approcha da-
vantage de son maître , et lui demanda s'il connaissait , ou s'il
désirait connaître les motifi qn'ayait eus la reine Marguerite
pour quitter Aix et aller s'établir dans le monastère de Sainte-
Victoire.
-^ C'est pour accomplir un yœa qu'elle a fitdt , répotidit Arthur ;
tout le monde le sait.
— Tout Aix sait le contraire. Signer^ et je pourrais vous ap-
prendre la yérité si j'étais sûr de ne pas yous offenser.
— La yérité ne peut offenser un homme raisonnable, pourvu
qu'elle sOit exprimée en termes qui puissent être employés à l'égard
de la reine Marguerite en parlant devant un Anglais.
Arthur, en faisant cette réponse, désirait recevoir tons les ren-
seignemens possibles, et voulait en même temps empêcher le
Provençal de se permettre trop de liberté.
— Je n'ai rien à dire au désavantage de la noble reine, Signor ;
son seul malheur, c'est que^ comme le roi son père, elle a plus de
titres que de villes; d'ailleurs je sais fort bien que vous autres
Anglais, tout en parlant vous-mêmes fort librement de vos souve-
rains , vous ne souffrez pas que les autres leur manquent de
respect.
— En ce cas, parlez.
— Il faut donc que vous sachiez , Signor, que le bon roi René ,
touché de la mélancolie profonde qui s'est emparée de la reine
Marguerite, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour lui inspirer
nne humeur plus gaie. Il a donné *de8 fêtes ; il a réuni des mènes*
4X1 CHâAlOS LE TÉMBBAIBB.
traii «t des trodbad^ars dont la flomsif ae et Lm jftoëUùes joMweat
arvAcbé u seani» i «n malade mt aoa lit de mort. Xcmt le pay»
Tetenliaaait de crie de joie et de {daisir, et la raine ae {loiivait
aartîr dans le plna alaiot ioeognito aaas tosoJ^er, avant d'aTOÎr bk
nnn çifiitfaiiir de pas ^ dana mie enbna^ade rapaiftiauf en quelaiia
tpectade jayenic , gnelgaft maacarttdi?? dÎTeitiaaante , qui était aon»
ipont le finit de riflMfin«iieB du banmd llù-mèBiCy etqni im^muiK
paît aa aoUtnde penr dîtaiper ses penèiées iBélaBcaUqqes> Mais la
tristesse profonde' de la reine ne se prétait à anoon de ces moyens
de dîatraetîon; enfin «lie se rentemaeniiàpemeat dans ses appar-»
lomens, refasaot aoéaie de wmr le roi son père, par^ ^'il amenait
«iiidmaîrementaYeclBidesgensdnntilcn>7ait'qve lestalenspoor»
xaient cabner son affliction. Mais die sead»lait entendre areo
d^ût tons les joveors d'iasiitHnettS, et à l'exc^plMn d'an mnsî-
4nen ambulant >ang^is9 qai, en chantant nne iMJlade logobre» U»
fit pgt&oot d'ttie «haine de gnsnd prix» «lie ne Cuaait attention à
ancnn nutie, et ne ««nUait pas «âme s'aper€ew)ir de «a piésenee»
Enfin y comme j'ai déjà en l'honneur de tous le dire » Signor, elle
i^fiasa même de iFoir k roi fion pm y à mcins^n'il ne Tint seul , et
il n'en avait pas le couragç.
-^ Je ne snis pas surpris ifn'elle ait pris ce parti» dit Arthur.
Par le Cygne Blanc ! je sqîs dtonné que les folies de son père
n'aimit pas jnfaé la reûe dans une Yâôtalile démence*
— Ilyauthien fMkpie cb^ de cette ntatnre. Signer» et {eYsia
TOUS dire comment cela arrtfn. Il est à propos 4pie toos sachicK
qnelehonroîfiené, ne voulant pas abandonner sa fiUe an démon
de laméianoolie , résolat de faire on ^and effort. Il faut que tous
sachiez en outre que le roi , bnbile danslanei^M^e des tranbadoms
et des jongleurs, «et affssi re^rdé coaune ayant nn talent particn-
U^ pour arranger des aiystèr^a» des processions <» et ces autres
4»RBEtisseniens que notre sainte Eglise permet pour dÎTersifier et
^4gSfBr ses cérémonies pins graves p et bire épanouir les coeurs da
tons les vnais «afims de la reUgion, Il est reconnn que ,per8<nma
n'a jamais égalé notre bon roi pour son talent d'ordonner U
procession de la Fête-Dieu; et l'air sur lequel les diables dnnneot
la bastonnade ao roi Hérode, à la grande édification de tons les
spectateurs chrétiens, est de aa composition, U auguré luMaése à
Xarasfion dms le ballet de s^ie Marthe et dn Sri^gon* et iln
piMiTé ipi'il Mii,h ieuUi«pnr qftiM miW dn dinseria Xamr
CnyRLBS LE TÉMÉRASRB. 4i»
K Sa Mafnmé «JHttnimagHiié^iioa'iiieavznl^p^wki^
sécration de l'enfant-éTéque , et a«ompoeë«Beinii6iqiie grofteaifte
gaiAin'aumnt aiflTeBb ywr laite «desAMS. Iëbub tnot, le mérite
êm nd aeanaiilradhBM oea fêles «giaéalileBifat parsèment de fteors
le cteMMideiUAitfwatiWv^mqaîviMMMtesfiè^
chantant et en dansant.
Or, le i)cni «nai Aené, seaiaat «ssigéaBefonr ee fenre décom-
position récréatiye , résolut de le déployer tout entier, dans f^^s-
poirdte fiiiilagiii la nsélaaioelse de sa fiiHe, qnî ré^iandsit me sorte
et MMta^oaL WÊT^mm.m q«i japprodbafc d^eUe. 9 m^^ pas bien
lmMg4ssÊÊfB qn la veine s'«bn^«i qaaittuiHs foorsy je ne -sais poar
ijacile affaire m fioar aller oà ; mais son absence adonna an bon rai
Israaflips^ fiâre to«s ses prépasatiis. Lar8f«e*sa fiUe ia t de retond,
ii'dbaîat d!elle, à fonee ûlmmmmiesy if«Vile ferak partie 'd'«nepi!>e-
cession religieuse qui se rendrait à Saint-Sauveur, ia priattipnle
église d'Âîx. La reJNe, ignorant -les (dessans de aen père, se para
?naiaiamilli Miiit par étn t^Mtn de ce qn*elie regardait •comme
ibvasHtétMimecra¥e4DéFénuHNeéB piété, etyprendvepeatélle-
■aiane. Mm dès tqa'idk panit nr i^esplaaaide en &oe du palais ,
plnad'aBMarenSainedettaafweB^'âégvisife'en Taros^ «en JSarraniM ,
«ai J»^ en Mmstms et en je ik sms ^■eb'Svtres païens, s\ittroâ-
^pàmnt a«lmir é'die p«ar loi rméro bamiini^ oomMe à la reine
dbâabà, «fo'en siqBpotait qu'elle représentait* Ensaîie, an BOa
itmmt vnqne hnrïcsque, &aWTattgèreal peair dsnser an bMet
{giioteftfaepeBd«itieqnelîts«'airessèreaFt à k renie de Ifta nanière
faiplasplaÏMUtje, en<Kis»atdesgeAeBie9tt)ra«agans.Laraae,ét)oitt*-
dieparce braitataiéoonientede'ee(fB*<eUe appelait aàie inoiicnce
itaandB»,TgnakM: rentrer dans lepakas ; asaisies pertes «en avaiieat
par^M^re da ret à l'saMttaaa Mène où elle <en étaîft «ortit ,
'de sMte qae la miraifte lèi «était-eoapée de «e eteé. Afors ia veine
vefmÊL devant k fiiçadfe, et dxrdia perses gestes «t parées pa-
nâtes ji faîra cesser ie twonite; nais ks masques, qatuTaienit reçu
kanrsMistmctipna, ne loi r^ianibrentiqne par des «hai^s joj«ait ,
le son dniems instramens et des Uffioiamatisns répétées.
— J'aurais Mnla, «bt iàrdanT, ^'M selik troavé 4à nne^vial;-
4aâne de pajiaBisjmglaîs^ arasés seaienmnt ^ bâiaas» pour ap-
i«lji<H»S%«l A ^TilMw dmer on pkfiAt mmuàt U rfltttfnft^ foi était «-vommë
on sait , an dragon detoraat f ne sainte Marthe dompta et fit eiùiireriL sas pieds , après raToirpro-
^^— ^ JftMUk.»iMMciiiJi am atSui ^ammtxu f>aiU clfiM.
424 CHARLES LE TEMERAIRE.
prendre à ces misérables braillards à respecter une femme qui a
porté la oooronne d'Angleterre.
— Mais tout ce bmit, continua Thiébanlt/ était presque da
silence en comparaison de celai qui se fit entendre quand le bon roi
arriva lui-même^ grotesqnement TÔtu , et jou^mt le rôle du roi Sa-
lomon. /
^- Celui de tous les princes auquel il ressemble-le moins , dit
Arthur.
— Il s'avança vers la reine de Saba pour l'assurer qu'elle âait
la bien-venue dans ses Etats, et avec des cabrioles si plaisantes,
comme me l'ont dit tous ceux qui en ont été témoins » qu'elles au-
raient pu rappeler un mort à la vie^ et faire mourir de rire on
homme vivant. Comme partie de son costume, il tenait en main
une espèce de bâton de commandement, taillé à peu près conmie
une marotte...
— Sceptre bien digne d'un pareil souverain, dit Arthur.
— Et dont un bout était surmonté d'un petit modèle du temple
de Jérusalem , découpé artistement en carton doré. Il le maiûait
avec la meilleure grâce, et sa gaieté et sa dextérité enchantaient
tous les spectateurs, à l'exception de la reine. Plus il dansait, plus
il sautait, plus elle semblait furieuse. Enfin, quand il s'approcha
d'elle pour la conduire à la procession , eUe fut saisie d'une sortede
frénésie, lui arracha des mains le bâton qu'elle jeta par terre avec
force, et, traversant la foule , qui s'écarta comme si c'eût été une
tigresse qui se fut élancée de son repaire, elle s'enfuît dans la cour
des écuries du palais. Avant qu'on eûteu le temps de rétablir l'ordre
du spectacle que sa violence avait interrompu , on l'en vit sortir, à
cheval, accompagnée de deux ou trois cavaliers auglais qui font
partie de la suite de Sa Majesté. Elle se firaya un chemin à travers
• la foule , sans faire attention, à sa propre sûreté ni à celle des
autres, traversâtes rues avec la rapidité de l'éclair, et continua i
courir de même jusqu'à ce qu'elle fût arrivée au pied du mont
Sainte- Victoire. Elle fut alors re^ue dans le couvent, et elle y est
restée jusqu'à ce jour. L^ vœu dont on vous a parlé est un pré-
texte pour couvrir la querelle entre son père et elle.
— Combien, y a-t-il de temps que tout cela est arrivé ? demanda
Arthur»
' — Il n'y a que trois jours que la reine Marguerite a quitté Aix
de la manière que je viens de vous le dire. Mais nous ne saurions
CaSARLES LE TÉMERAmE. 435
^ler plos haut sur la montagne sans d^scendFe de cheval. Yoos
^oyez là*ba8 le monastère qui s'élève entre deux énormes rodiers
qui «forment le sommet du mont Sainte^Yictoire. Il ne s'y tronre
d'antre terrain nni qne ce qni est contenu dans le défilé où est en
qaelqae sorte niché le monastère de Sainte-Marie de la Victoire, et
l'accès en est défendu par les précipices les plas dangereux. Pour
en gagner la cime, il faut que vous suiviez cet étroit sentier y qui,
tournant Siutour de la montagne, conduit enfin au sonmiet et à la
porte du couvent.
— Et que deviendrez-votts avec les chevaux ? i
— > Nous n<ms reposerons dans l'hospice e<mstruit par les bons
pères an pied de la montagne pour y recevoir ceux qui vont an
mcmastère en. qualité de pèlerins ; car je vous assure qu'on y vient
en pèlerinage de très loin , et Vùa ne fidt past ce voyage à pied.
Ne vous inquiétez pas de moi , je serai bient&t à couvert ; mais je
vois se rassembler, du côté de l'ouest, des nuages menaçans , et
TOUS pourrez bien en souffrir 'quelques inconvéniens, si vous
n'arrivez à temps au couvent. Je vous donne une heure pour cda,
et je vous dirai que vous êtes aussi léger qu'un chasseur de cha-
mois si ce temps vous suffit.
' Arthur jeta un coup d'œil autour de lui , et vit effectivement s'a-
monceler dans le lointain, du côté de l'occident, des nuages qui
menaçaient de changer la &oe du jour, naguère si pur et si serein,
qu'on aurait entendu la chute d'une feuille. Il s'engagea donc dans
le sentie raide et rocailleux qni c<mduisait au haut de la mon-
- Cagne, tantte en escaladant des rochers presque escarpés, tantôt
^1 faisant un circuit pour en atteindre le sommet. Ce sentier ser*
pentait à travers des touffes de buis et d'antres arbustes aroma-
tiques-, qui fournissaient quelque nourriture- aux chèvres de la
montagne, mais qui offraient des obstacles désagréables au voya-
. geur. Ces <d>stacles étaient si fréqu^is , que l'heiûre que Thiébault
lui avait donnée était écoulée quand Arthur arriva sur le sommet
^ du mont Sainte*Victoire, en face du singulier couvent qui portait
le même nom.
Nous avons déjà dit que le sommet de la montagne se terminait
'par un rocher à double.pic, {ormuii le vided'une espèce de défilé,
on avait été construit le couvent ,. qui occupait tout l'espace in-
termédiaire. La façade de ce bâtiment était du genre gothique le
plus ancien et le plus sombre, ou peut^étre# comme on l'a appelé,
496 OMBLBS LE TÉMÉBiftaS.
4a«i7leMXM. EUe.i^iidalUfttrfttte»aHrt, àtet iggMd» 4 la
Anae SMicage dea tf oohere*, dent TédifiM Mmblnt iaÎBe {MirlM, et
dont il^tak entouré. .11 TOiiiMA«ntowMintwmfgtk>€$|iapette«tcrgMn
oui «t déoamentv mt leqml, à faaw de iBwvaîl,. «t cuffaaiaeeaAt
eor 4Miela neaUigM fe fflndelenpeifekm f |iMiiBÉtiraiiver«Q
4îttrM» eadroiie , les baai mms emiant «Jnaé à forner on
^jardia.
Le aeii d'une «locka At anriTer ui Arèneiai, pontîer deate ooa-
Tentsi singulièrement siiaé/ à qui Arthur s'asManfaiCMnMevQ
marchand anglais « aisawné Philipii— ,> foi "weaMt -piiéfMBiw son
hommage à la raae Manfiierbte. Le iierliar raonniUit «ivee res-
ipeot^ le fit entiier daas Je mfmnÊêèvt, •etle «ondÉisit .dansiu fiar-
loir domt leslaiiéljrasidoiaHMBt du «teéd'iiiK^etttffeaimiAaweinie
BMignifife des fMVlies néndMiiakis eft oeeîdeBtake de 4a Pre-
▼enoe. C'élak dis loe «Aie iqu'Aj*tlMrrs'iitakaffin>joliéde>la«BS«i-
<agM; maïs teiiiimlinr cirovUre fa'iliaivast sara lui en a^wîiiRt
4éorire tonte bioînMHi^éeeiien. Les oraiséaa yeiit i^f s dn câié de
ronoîdent ioamitiaptlaimit4a iwe dont tiens nanenidcjMMnfar„gtâl
eemUait ^pm c'était .penr |>onveîr fOi jouir qn'on amitcmisftnnt
tout le long du bâtiment un grand balsM de ifuinac à viangCpiids ,
.dhmtd'mincàl'MHre. UneieiiâtiisdnyaiUr jptvmeltakid'eaS.rer
sur ee hdcen , et Aithnr, s'y^nntnjiraïuaé, mnanqna-qne leamr
dn iwnaiMBt s'^éle^aît sur leinnd d'an f nécîpîos à «raq cents ineis
an^essens des fandationsduoenrettU finrpria deise t0e8i<v«rM|iiès
d^nn lelnbinie, Acihn: ftieanilik*et détowna ks jem penr adm-
rar le fajfsafe plaséie^pié^ le sokîl despendaitates wrs i'naâ-
dcpt yëyap dlsit le emsun édat et ses tn^ens rengeama «nr dis
mUées «tdesceUînes, snr des flaines et4des hssfneta, sordss
TiUes« desdglises et des lèâteanK, doBtfttsIqBes Ansn'élefymeat
dnmiUeu des ariMM;d'a^ins isaient. flânes isurdes^mÎMnois
neoaîlleosfls ^ «l; ykisksos epaaicHt ksJieidB deJaes^de xi^iàÊm^
«Msînage Mehenelié daan an dimaA .haâlant ennne lûeiai de Ja
Promenée.
Le reste du paysage présentait à la vue des objets -scnshlaUes
|p»ndie tèanpsdiakMfein, «wnlestmâss en Aaiwt nffiaeéspar
Tmabin dy siaM des nnaprs ii|bi , canYonat dy <me gtwrie jMBSie
•de rbemean, penaçanit dVcUpser fcientk . brsaiiU, qaoïqne «ee
Mi diss nalMs Intida ensemeeamae nn MnaaiMpnflaaA^ api èeiie
dn|insde^ieiaenn.BMnmntnièaiedfttsndtfiiÉp iHns asni Ansu'
gcrs fi'on wxmt pa prendw fonr des ^[énifiteneBs^t des horle-
jieng, et ye le veat ptwUiîfiMi 4>pb les Beinhreases eavenws 4ai
n^cben, forétaîent a oeue scène «a earaetène de^erreiury et sea^
Uaient «uu>acer la faeear 4e yelfue teBqpdle<eiioere élaigaée>
ifiioiqaewaeabne flBBaaittrd rég|Éatdatt»rak, sar leèai»t4axeeber.
Axtbnr tanéit jaslioe aax amaes fui avaieat elMiisi «eue siMwtioii
aanvage et pittefcfwfir, 4'oà ib poavaîeat vaîr les plas gnatec et
les {tes ini|iosABtes lattes de la ttsiare, et ooe^MUier le aésKtde
rhomanité avec ses redonlaUes oeirvalsMMis.
Âxûmr -était tellerileat •efioapé da speoladie <fai s'afiraità ses
ar^uds» «fa'il a^mt prosiqae ouUié TimportaBte affaire ^i l'ataît
mnaa^ ea ce iiea, quamà il Int tout àceop renflé à loi enee troa-
iwat ea préseace 4e Margaerite d'AaiOBv qui» ne le vejant paa
daas le parlmr» Vêtait avaaeëe sar le baieqii peur lai |>arler plas tdt .
La «eiae 4taît Téuie de neir, «t a'avsait d'antie eroeBseait faHtti
émaîtlKMideaadWqaireteBflîtcesleiigs oheveas Méirs, doatka
ajiBiées et les îofortaiies avateai; dMuagéea partie la eeafeur. Dans
celte esi^èce de eeiiroaae iétateat passées âneplMne aoîveet oœ
rose rouge, la deraière^elasaMOi^ i|oelelrèiw jardtuerlaiafTait
présentée le BMOin, coanae le symhele de la maison de^en époux.
Les soucis, les faitigaes, les dxègnas^ setMawat granriis aar son
fraat et aar toas ses tipiis* Elle aarait prcdtableaieat hk une
Torle sQiaonoe à ftoat aatae aaasoagor qoi n'Aamt pasété prêt à
^aeqcduar de aan devoir à rinataat aatane de aoa arrMe:; asaÎB
Arthor aiait le inénie aige« le aièiaff qrtéweor <fae le fils qa'eile
avait fierdu ; Mai^gaerite avaitaîaibé «a anère pmsfae oonMoe -aae
aoear ; et la reiiie éétrâaée «e tappela le seatâaieat de asndresee
natenaUeqa'ette aie«kié|HroaYé.laiMqa'elie TaTaît wm poar la fire-
laière lois dans la eaihédrak de ^«msboiirg. Elle le relefa quand
il déeUt le genaa devant otte, kd parla avec Ja ^^as g raade èonté,
en l'eagafeant à lui rendae aon^ite te naasege vdoeit aoa père Ta-
▼ait chargé^ et à rinCarmer des antres noaaelles qa'tt avait pu
i^prendine pendant son ooart fi^î^Mr à Diifon.
£Ue lai daawMla easateteqnal^odêé ledae«GbaKksafvatt.lait
— Vers le lac de Jllenicliâlel/ népondk Artàor; da anoins à «e
^ne tt'a donné à enteodoe le «énérai de FasatUerie. C'est 4e ee
«A«é.fnete4noaepfe«|Niaa4ed«qg«r«a pnanMve-fltafai
la^&âaee.
428 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
— L'insensé ! s^ëcria la reine Marguerite. Il ressemble aa mal-
henreax qui gravit le 'sommet id'nne montagne ponr rencontrer la
plliie à mi-chemin. Et ton père me conseille-t-ii donc encore d'a-
bandonner les derniers restes des domaines autrefois si étendus de
notre maison royale; et pour quelques milUers de couronnés , pour
le misérable secours de quelques centaines de lances, de céder ce
•qui nous reste de patrimoine à notre orgueilleux et égoïste cousin,
ce duc de Bourgogne y qui couToite tout ce que lions possédons, et
qui nous paie de la promesse d'un si chétif secours.
— Je m'acquitterais mal de la mission que mon père m'a don-
née , répondit Arthur, si je laissais croire qu'il recommande à
Votre Majesté de faire un si grand sacrifice. Il connaît par&itement
l'ambition insatiable du duc de Bourgogne. Cependant il croit que
la Provence, à la mort du roi René, peut-être même plus tôt, tom-
bera en partage au duc Charles, ou à Louis, roi de France, quelque
résistance que puisse y opposer Votre Majesté, et il peut se faire,
comme chevalier, comme soldat, qu'il se livre à de grandes espé-
rances s'il obtient les moyens de faire une tentative en Angleterre.
Mais c'est à Votre Majesté qu'il appartient d'en décider.
— Jeune homme, dit la reine, à peine si je conserve l'nsage de
ma raison en écoutant uûe proposition semblable.
En parlant ainsi, elle s'assit, comme si les jambes lui eussent
manqué, sur un banc de pierre placé sur le bord même du balcon,
«ans faire attention à l'orage qui commençait alors , et qui était
accompagné d'un ouragan furieux, dont la direction était inter-
rompue et changée par les rochers autour desquels il sifflait. On
aurait dit que Bor^ , Eurns et Caurus déchaînaient les vents
rivaux du ciel autour du couvent de Sainté-Marie-de-la-Victoire.
Au milieu dé ce tumuhe des tourbillons de poussière qui cachaient
le fond du précipice , et des masses de nuages noirs qui roulaient
sur leurs têtes, le bruit des torrens de pluie ressemblait à celui
d'une cataracte , plutôt qu'à icelui de l'eau descendant du ciel. Le
banc sur lequel Marguerite était, assise était à peu près abrité
contre Forage; mais les coups de vent, dont la direction changeait
à chaque instant, faisaient souvent voltiger ses cheveux ^ars, et
il serait difficile de décrire ses traits nobles et beaux, quoique
pâles et flétris , agités par le doute, l'inquiétude et mille pensées
contraires . Ponr en avoir une idée, il faut avoir vu notre inimitable
Siddons représenter une femme placée dans la même situation.
CHARLES LE TÉftlÉRAIRE. «2»
Arthur» an comble de l'inqniëtade et presque de la terrear, ne put
que snpplier la reine de se mettre pins à l'abri de l'orage, en ren»
trant dans l'intérieor da coavent.
-^— Non, répottdit^elle avec fermeté ; les plafonds et les murailles
ont des oreilles ; et ipibiqQe les moines aient renoncé an monde,
ils n'en sont pas moins cnrienx dé savoir ce qui se passe hors de
lenrscellales. C'est ici qu'il fiant que vous entendiez ce que j'ai à
vous dire. Vous êtes soldat, et par conséquent vous pouvez braver
un coup de vent et quelques gouttes de pluie ; quant à moi , qui ai
souvent tenu conseil au son des trompettes et du cliquetis des
armes, au moment de livrer une bataille, la guerre des élémens
m'inquiète peu. Je vous dis, Arthur de Yère, comme je le dirais à
votre père, comme je le dirais à mon fils, si le ciel avait laissé une
telle consolation à la plus misérable des femmes. ...
Elle s'interrompit un instant, et continua ainsi qu'il suit : '
"-^ Je vous dis, comme je l'aurais dit à mon cher Edouard, que
cette Marguerite , dont les résolutions étaient autrefois fermés et
immuables comme les rochers au milieu desquels nous nous trou*
vons , est maintenant aussi variabledans ses projets que ces nuages
livrés au caprice du vent. J'ai^parlé à votre père , dans la joie que
m'inspirait la vue d'un sujet si loyal , des sacrifices que je ferais
pour vous assurer l'aide du duc de Bourgogne dans une entreprise
aussi glorieuse que celle qtiilui a été proposée par le fidèle Oxford.
Mais depuis ce temps j'ai eu lieu de £ûre de profondes réflexions.
Je n'ai revu mon vieux père que pour l'offenser, et, je le dis à ma
honte, pour insulter ce vieillard au milieu de son peuple. Nos ca-
ractères sont aussi opposés l'un à l'autre que les rayons du soleil
qui doraient il. y a une heure ce superbe paysage diffèrent de la
tempête qui le dévaste en ce moment. J'ai rejeté avec dédain et
mépris les consolations qu'il avait cru devoir m'offrir dans son
affection maladroite. Dégoûtée par les vaines folies qu'il avait ima-
ginées pour guérir la mélancolie d'une reine détrônée , de la veuve
d'nn roi ,' d'une mère sans enfaus , je me suis retirée ici , loin d'une
gaieté. folle et bruyante, qui n'était qu'une nouvelle amertume
ajoutée à mes/chagrins. Le caractère de René est si bon, si doux,
que ma conduite peu filiale ne diminuera pas mon influence sur
lui; et si votre père m'avait annoncé que le duc de Bourgogne vou- ^
lait coopérer noblement, cordialement, en chevalier et en souve-
rain, au plan du loyal Oxford, mon cœur aurait pu s'armer de la
4Mi GBIkIJUn Ul IBMBIJJUL
IQ9W n^iMHWBW |pwHr wwr mi - iwbdbw vb'
boidei «t ankitMiiM polkiqn«veii rettav A'a» M«Qiif» différé
tenant jusqu'à ce qtt'il ait satisfait sem iMiwiiMr iilaii» ei hril^
qÊtmm, Devais qsa je sw»ki^ le eahn» de la selkade mfa dené
lirUTnaff ^f^^'^^^^j ^ j'*'" *^-y^ ^ ttî "*"J"^«^i^*^^>»^tTiTiTTr
«1 ben TieîUardy el a» tort que j'élais sai le point de kd Saire.
Mon père, ear je doi»' loi xeodee joatioe,» est anasi le pèce d»iea
sifeca. Ib ent vécnsoBa leera vignes etlenes fifgiucra dans one aâ»
sanee pemt^tne pen noUr» nuôe à rabrâdar tente oppreaeioA, de
tente enaetion ^ et leur bonheneaiût œlaâ do lew boa rai.Fantâ
qa» je change tonib cela? Faali41 que j'atda à. livrer ce^ peuple sih
tîsiait à un prince violenâ, témévaMrar.et Jaupetf ? Et si je «énssis à
j déteminer mont pauvre vieux pèr/S'r n'este pas sisqner de brs^
ser son cœur sensible , quoique ineenaidëté? Teliea sont fes^qoe»'
tions que je trdmia de- m'adresser à meinnâflie. IVune aolre pant ,
rendre inutiles tous les travaux A» notpvpère; p tremper aesespé-
raneesy perdre la aeute eocaeioa, qur je n» ironvern peatfètie
jamais, de me venger de lamaiaon perfid» d'York, et de rétablir
sur le trftne odUe de Laneastoe 1 Avthur 1 le pi^sageqBt neuse»>
toure n'est pas si agité par ce tenriUts ouvagaa, q/n mon. cœur
Test par le doute et rittoertitudew
— Hélas 1 ^répendit Artbur,. je suis tnap^ jeune et jf ai urap psu
d'expérience pour donner des conseiA^àVjstve Majesté. FÛta»
del que mon pare sa treuvat ku^mènef em votre peésencel
~- Je sais ce qu'il me dim^ ; maie « secittDt tout, je n^espàDC a»*
cune aide des conseils des bommesè. J^ai chercbd'dfatttFes^consBift-
1ers, mais ils ont été sourds à mes pnijowt. Ou», Avdiur,.lefrinAi»
tunes de Margumte l'ont vendue supeacûtieuse. Appeends» que
SOU& ces rochers, sous liss fandafàena de ce eenivent , il se ti«uve
une caverne dans laqneUei on entre pao un paesage secret et bian
défendu, un peu à l'ouest du sommet de la> montagne, etqmraîuaa
ouverture vers le sud,» d'où, aussi bims que de ce beleon, eopeat
voir le beau porfnge que voua avien tous à Ëbeuae sous les. j«vt,
conuns à présent Isi lutte des élémens. Au milîepde cette esvum»
ou de ce passage sou temint est un pmte. creusé par k natnaev et
dent la profondeur est, ineemMWv Quand on jr jptie une pierru,
ou l'entend frapper contre lese&tés,.et lo bruit qu'elle faitUDloa»*
bant, d'abord retentissant comme le Sannerre, finit par ètrenasai
fiible que eslui de la clochette. d'uu mouton, entendueà ma milfe
BI IBMBBftlpK, 4$t
dmdiêmnrm LB-fmfU, dm* Mn juiM, iRnik ce gmtÊk^ 0^
fvajMpt.&v Ganxgamle;i e« 1m inriMiiB. du: wmwÊêtin aMftcàent
dM mammmrs éma^psia «» Kca àéjjksaaeM umblm par Itti-mÀne.
De»araab», dit^H. y étaieat vcadnt^ dv;ttMp» êm pata», par des
TWB MOÊmmioBs ipii aaMnent de TafelBiey et Fo* dit qn^ettes afi«^
noncèrent au général romain , par des yers rades et gfoaniefB , h.
ymtoÊm^,^ a donaé' i» nonLà.eBMe nentagiie. On* aaaor^qae ces
<Nrarake9 pamnat «icQve èm& consaltsée apvèa arvoir aecempK de»
rites étranges , dans lesquels des cérémonies païennes sont mêlées
àdesii0te»de.déTOtJ0a cbtétieBiie. Les «bbésde Moat4aiate»yic-
toweent déohré que c'est m péohé qve de oeasulter Poracle êe
lamGamgoak et bs esprits qwî y vésiden»; nuôe eemme ce péché
peiA s'expier par des pvéëens fâîtS' à FEd^ise» pav des nwsses et
par 1» péêttenoe r 1m Ikm» pères oat quelquefois la complaisance
d'tecKvnr la porte à ceux qu'une* curiosité auàieitase perte à
ymdoiry à quelque risque et par quelque nHH^n que ce isoit , pâié*
tnerdaai»la unit de Pamuir. Arthur , j'en aii ftut TépreuTe , et je
sops«n cemoment mêmedh cette cairerae , eà, conformément aux
rites mentionnés par la tradition , j'ai passé six heures sur le bord
de ce gouffiw, siailIreaRi qu'en comparaison des horreurs qu'il
offiroy cette tempête terrible est un spectacle agréable*
La rsiue se tut, et Arthur , d'autuit plus fhqipé de ce récit
étrange , qu'il lui rappelait le lieu de son emprisonnement i la Fé-
rette , lui demanda a^uc empressement si <dle a^ait obtenu quel-
qMV^ponae*
— ■" AucuBUr répondit la mriheureuse'prinoesse. Les dëmons de
hm Garagoidey s'il y en existe » sont sourds aux prières d'une in**
fo0M[iée»oomme meiy qui ne peut^oblenir conseil et secemrSy ni dans
ce monde tisible , ni dans lfauta«. Ge sout les circonstances dans
leeqneUesniottpère'Se'trewi^'qm m^empèshent apprendre à Pin»
stuut une forte résolution. SUI ne s^agissait que de mes prétentions
persenneltes* snr ce peuple dbanimt de troubadours » j'j renon^
ceraâsv pour bseuk dMinee de mettre encore une fois le pied en
An^terre^y aussi vohmtierBv aussi aisément que j'abandonne à Ik
tempête ce yain. emblème du rang royal que j'ai perdu.
A ces mots elle arracha de ses cheTcnx la plume noire et la rose .
rouge que l'ouragan avait déjà détachées du cercle d'or qui les
retenait, et les jeta du haut du balcon ayec un geste dont l'énergie
ayait quelque chose de sauyage. Le yent s'en empara. Uo tourbii-
432 CHARLES LE TÉS^RAIHB.
Ion fit monler la plame si haat et l'emporta si loin» qu'elle échappa
aux regards eu un iostant. Mais tandis que les yeax d'Arthur efaer-
chaient iavolontairement à la suivre ,. un coap de vent ccmtraire
reponssa la rose ronge sur le balcon et la porta contre sa poitrine ;
la saisissant à la hâte» il s'écria en remettant à la reine cette fletùr
emblématique :
— Joie ! joie et douleur. Madame l La tempête rend le symbole
de la maison de Lancastre à celle qui en est légitimement pro-
priétaire.
-^ J'en accepte l'augure, noble jeune homme, répondit Mai^oe*
rite, mais ce n'est pas à moi, c'est à vous qu'il s'adresse. La plume
emporté^ par l'ouragan est l'emblème de Marguerite* Mes jeux
ne verront jamais la restauration de la maison de Lancastre ; mais
vous vivrej^ pour la voir, et vous y contribuerez^ Vous donnerez
à notre rose rouge une teinte encore plus foncée en la plongeant
dans le sang des traîtres et des tyrans. Hélas ! il ne faut qu'une
plume , une fleur pour troubler ma pauvre tête ! J'éprouve déjà
des vertiges, et le cceur me manque. Demain vous Terrez one
autre Marguerite, et jusqu'alors adieu.
Il était temps qu'elle se retirât , car le vent commençait à
pousser des torrens de pluie contre la croisée. Lorsqu'ib rentrè-
rent dans le parloir, la reine frappa des mains, et deux femmes se
présentèrent.
— Faites savoir au père abbé , leur dit-elle , que nous désirons
que ce jeune étranger reçoive ici l'bospitalité cette uoit , d'une
manière digne d*un ami que nous estimons. — A demain. Mon-
sieur, au revoir.
Déjà le calme était revenu sur. son front, et avec une courtoisie
majestueuse qui lui aurait convenu quand elle brillait dans les
salons de Windsor, elle présenta une main à Arthur, qui la baisa
respectueusement. Quelques instans après qu'elle fut. sortie du
parloir, l'abbé y entra, et l'attention qu'il eut de faire servir à
Arthur un bon repas et de le placer dans une cellule commode i
prouva le désir qu'il avait de se conformer aux ordres de la reiae
Marguerite.
CHAPITRE ^XXL
Vous fant-il an ««ilUrd connaUunt bien le monde?
Celai que Toas to jes est taillé toat exprès;
C'est an moine , et parlant il • du pour jamais
Renoncer pear le froc aax Tanités bnmaines :
Mais il a TU le monde , il en porta les chaînes ;
11 «n coonait le boa et le mauvais odté.
AmUékiM eoméiUt.
Uaurore commençait à peine à paraître^ qnand Arthur s'ëveiUa
en entendant sonner avec force à la porte da coavent. Quelques
instans après , le portier entra dans sa cellule , et lui dit que , s^il
se nommait Arthur Philipson, un frère de leur ordre lui apportait
des dépêches de son père. Le jeune homme tressaillit , s'habilla à
la hâte , et descendit dans le parloir, où il trouTa un moiae du
même ordre que ceux du coûtent du mont Sainte-Victoire , c'est-
à-dire un carme.
— J'ai fait bien du chetnin , jeune homme , pour vous apporter
cette lettre, dit le moine, ayant promis à votre père qu'elle vous
serait remise sans délai. Je suis arrivé hier soir à Aix pendant
l'orage, et ayant appris au palais que vous étiez venu ici, je suis
monté. à cheval dès que la tempête a été moins violente , et me
voici.
— Je vous remercie , mon Père , répondit Arthur, et si je pou-
vais vous indenmiser de votre peine par une petite donation pour
votre couvent....
— Non, non , dit le moine en l'interrompant; je me suis person-
nellement chargé de cette commission par amitié pour votre père,
et d'ailleurs, j'avais à me rendre de cecôté. On a amplement pourvu
aux frais de mon long voyage. — • Mais lisez votre lettre ; je pourrai
répondre à loisir à vos questions.
Arthur se retira dans l'embrasure d*une croisée, et lut ce qui
suit î
« Mon fils Arthur, il est bon que vous sachiez que la situation
du pays çst très précaire relativement à la sûreté des voyageurs.
a8
X
434 CHARLES LE TEMERAIRE.
Le dac a pris les Villes de Brie et de GraDsoti,^ a &it prisonnier»
cinq cents hommes qui y étaient en garnison , et les a bit mettre i
mort. Hais les Gonfiédérés «'approchent avec one force considé-
rable, et Dieii jugera à qui est le droit. De quelque manière que
l'affaire se décide^ cette guerre se poursuit Tiyement , et il n'est
gnère question de quartier d'un côté ni de l'autre. Par conséquent,
il n'y a pas de sûreté pour les gens de notre profession jusqu'à ce
qu'il arrive quelque chose de décisif. En attendant , vous pouvez
assurer la dame veuve que notre correspondant continue à être
dans l'intention d'acheter les marchandises dont elle peut^disposer,
mais il ne sera guère en état d'en payer le prix ayant que ses
affaires soient terminées. J'espère qu'elles le seront à temps pour
permettre d'employer les fonds dans l'entreprise profitable dont
j'ai parlé à notre amie. J'ai chargé un frère qui se rend eu Pro**
vence , de vous reipettre cette lettre, et j'espère qu'elle vous
firrivera en sûreté. Yons pouvez avoir confiaiice dans le porteur.
« Votre affectionné père,
a John Phiupson. »
Arthur comprit aisément la dernière partie dé cette épître, et
il fut charmé de l'avoir reçue dans un moment si critique. Il de-
manda au carme si l'armée du duc était nombreuse, et le moine
lai dit qu'elle consistait en soixante mille hommes, tandis que les
Confédérés ; quoique faisant les plus grands efforts , n'en avaient
pas encore pu réunir le tiers de ce nombre. Le jeune René de
Vaudemont était avec leur armée, et il avait reçu, à ce qu'on pen-
sait , quelques secours secrets de la France ; mais comme il était
peu connu dans la carrière des armes, et qu'il n'avait qu'un petit
nombre d'adhéréns, son vain titre de général ajoutait pea de
chose à la force de }a Confédération. Au total , tontes les chances,
d'après le rapport du moine , paraissaient en faveur de Charles ; et
Arthur , regardant le succès de ce prince conune le seul événe-
ment qui pût favoriser les projets 4^ son père, ne fpt pas peo
charmé do les trouver assurés, autant que cela pouvait dépendre
d'une grande supériorité de forces. Il n^eut pas le loisir de. fidre
d'autres questions , car la reine entra en ce moment dans le par-
loir, et le/D|urpie> apprenant fon rapg, sf retirât, aTOÇ. m pc^^od
respect.
GHyiLBS LE TÉMÉIUffiB. 434
Ia' p&lear deMn^teisf annonçait eneore Msiâtîgiies de la veSle ;
mais lorsqu'elle salua Anbur , Hmk air et dNau toa gracieux , elle
avait la physiouomie 9 la -fmx et les yeux armés 4e fermeté. —
Yoiis me voyez» kii dît-dle^ non comme je tous ai ^itté hier
smr , mais ayant pris ma résolution. Je suis convaînciie qne si
Bené ne cède pas volontaiûneBient son trône de Pi^oveace, par
^fd^se mesure semUdlile à celle ^ue nous proposons , il en sera
renversé par la violence ; et en oe eus, il est possible -que sa YÎe
màmesoit &k dong^er. Nous, nous mettrons donc à Fceuvre sans
perdre un instant. Le plus fâcheux , c'est <{He je ne pnis quitter ce
couvent ayant d'ai&oir fait c^veniJ^lement pénitcnde pour avoir
visité lou Garagoule; sans cela , je ne serais pas digne du nom de
chrôienne. Quand vousscs^ezde retour à Aix, demandez mon se-
crétaire pour qui je vous remets cette lettre de créance. Avant
même .qne je visse s'ouvrir cette porte à l'espérance, j'ai cherché
à me fiiire isne idée de la situation du roi René , et je me suis pro-
curé tontes les pièces qui me somt nécessaires. Dites-lui de m'en-
voyer, hûen scdlée et par «n homme sûr » ma petite cassette en-
tourée 4e cercles d'argent. Les heures de péniteaoe pour des
errenrs passées peuvent être employées à en prévenir d'autres.
D'après les papiers qui y sont ôontenus, je verrai si , dans cette
ai&ire importante, je sacrifie les vrais intérêts de mon père à des
espérances presque chimériques. Mais il ne me reste que bien peu
de dontes à oet égard. Je pais &ire préparer ici sous mes yeux les
actes d'abdication et de cessikm » et je prendrai des mesures pour
les mettre à exécution dès que je serai de retour à Aix, ce qui
s^*a aussit&t que j'aurai terminé ma pénitence.
— Et cette lettre » Madame , dit Arthur , apprendra à Votre
Majest^é les é^pteemeas qui s'approchent , et vous fera voir combien
il est imputant de saisir Toccasion. Mettez-mcn en possession de
œs actes, et je marcherai jour et nuit jusqu'à ce que j'arrive au
cam^ du due. Je le trouverai probablement dans le moment de la
victoire, let il aura le coBor trop joyeux pour refusi^ une demande
à UAe^inoemé sa parmtay qui Mii abandonne tout. Oui > dans an
pareil instant , nous en obtiendrons , nous devons en obtemr des
aeeonra dignes d'un prince si puissant. Nous verrons bient&t si le
lieencieiBL Sdonard d'York , le sauvage BJcbar4, le traître et paur*
jure Qarenee, doivettt<oûlitinner à être maîtres 4e l'Angleterre ^
a8.
4S6 CBABLES LE TÉMÉRAIRE.
on faire place à nn souverain plas légitime et plus vertaeu; Hais,
Madame, tout dépend de la promptitude.
— Sans doute I Cependant quelques jours peuvent , doivent
même décider entre Charles et ses ennemis ; et avant de taire nn
si grand abandon , il serait bon d'être bien sûrs que celui que nous
voulons nous rendre propice est en état dé nous aider. Tous les
évènemens tragiques et variés de ma vie m'ont appris qu'il n'existe
pas d'ennemis qui soient à mépriser. Je me hâterai pourtant; et,
en attendant, nous pourrons recevoir de bonnes nouvelles des
bords du lac de Neufchâtel.
— Mais qui sera chargé de rédiger des actes si importans? de-
manda Arthur.
Mai*guerite ne répondit pas sur-le-champ. — Le Père gardien
est complaisant , et je le crois fidèle , dit-elle enfin ; mais je ne don-
nerais pas volontiers ma confiance à nn de ces moines provençaux.
Attendez, laissez-moi le temps de réfléchir. Votre père dit que le
caiine qui a apporté sa lettre mérite toute confiance. Je l'en char-
gerai. Il est étranger, et quelque argent nous assurera de sa dis-
crétion. — Adieu , Arthur de Vêre. — Mon père vous recevra avec
hospitalité. S^il vous arrive d'autres nouvelles, ayez soin de m*en
faire part; et si j'ai d'autres instructions à vous donner, je ne
manquerai pas de vous les transmettre. — Adieu,
Arthur descendit la montagne beaucoup plus vite qu'il ne l'avait
montée la veille. Le ciel était serein, le soleil dans tout son éclat,
et les beautés de la végétation, dans un pays où elle ne sommôUe
jamais tout-à-fait, offraient un spectacle délicieux. Passant des
pics du mont Sainte-Victoire aux montagnes du canton d'Under*
wald , l'imagination d'Arthur lui retraçait l'instant où il se pro-
menait au milieu d'un paysage du même genre que celui qu'il avait
sous les yeux, non en solitaire, mais avec une compagne dont la
beauté simple était gravée dans sa mémoire. Ces pensées étaient
de nature à l'occuper exclusivement , et nous regrettons d'avoir à
dire qu'elles lui firent oublier l'avis mystérieux que lui avait donné
son père de ne croire bien connaître le contenu de ses lettres qu'a-
près les avoir exposées devant le feu.
La première chose qui lui rappela cet avis singulier, fut la vue
d'un brasier de charbon allumé dans la cuisine de l'hospice sitaé
an bas de la montagne, et où il trouva Thiébault et ses chevaux*
C'était la première fois qu'il voyait du feu depuis qu'il avait reçu
J
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 437
la lettre de son père, et cette circonstance lui rappela tout natu-
rellement ce que le comte lui aTait recommandé. Quelle fut sa
surprise quand, a^Hrès en avoir approché le papier comme pour
le sécher y il y vit paraître un nouveau mot qui changeait totale-
ment le sens d'un passage très important. C'était dans la dernière
phrase y qui disait alors : Vous ne pouvez avoir confiance dans le
porteur. Accablé de honte et de dépit > Arthur crut n'avoir rien
de mieux à faire que de retourner tout de suite au couvent pour
informer la reine de cette découverte , et il espéra y arriver encore
assez à temps pour prévenir le risque d'une trahison de la part
du carme.
Courroucé contre lui-même, et impatient de réparer sa faute,
il gravit la montagne escarpée , et il en gagna le sommet en moins
de temps qu'on ne l'avait jamais fait avant lui, car quarante^ mi-
nutes s'étaient à peine écoulées depuis qu'il avait quitté le pied
delà montagne, quand il arriva, épuisé et hors d'haleine, en
présence de la reine Marguerite, qui fut aussi surprise de l'état
dans lequel elle le voyait que de son prompt retour.
— Ne vous fiez pas au carme! s'écria-t-il. Vous êtes trahie, noble
reine, et vous l'êtes par ma négligence. Voici mon poignard;
ordonnez-moi de me l'enfoncer dans le cœur I
Marguerite lui demanda et en obtint une plus ample explica-
tion , et après l'avoir entendue, elle lui dit : — C'est un accident
malheureux ; mais votre père aurait dû vous donner des instruc-
tions plus précises. J'ai parlé à ce carme des actes dont il s'agit,
et je l'ai chargé de les rédiger. Il sait donc tout , et la chose est ir-
réparable. Mais il vient seulement de me quitter pour assister à
l'office dans le chœur> et j'obtiendrai aisément du Père gardien
de le retenir, tant que le secret nous sera nécessaire. C'est le
meilleur moyen de nous assurer de sa discrétion , et nous aurons
soin de l'indemniser des inconvéniens que sa détention pourra lui
occasioner. — Mais assieds-toi, bon Arthur, repose-toi, et des-
serre le collet de ton manteau. Pauvre jeune homme! tu es venu
avec une hâte qui t'a épuisé.
Arthur obéit, et s'assit sur une chaise dans nn coin du parloir,
car la vitesse avec laquelle il avait couru lui laissait à peine la
force de se soutenir sur ses jambes.
— Si je pouvais voir un instant ce moine perfide , dit-il , je trou-
verais un moyen de le forcer aù^silence.
«88 OURUES LE TÉMÉRAIRE.
— YovB ferea nû«n de m^en iMser le floitt, âil Klfdaie; Ba m
mot y je yew défende de Tes» néler de œ^ affaire. La ceifibesc
fiMieii état que le casque de traker avec le eapnebon. Ne ne
parlez ploe de lai. — J>» ams charmée de voir que tous portez
antour do coa la saiRte reli<iiie qae je veas ai doûfiée. -^ Itris
quel bijov Havresq^ pertec-^ocie avesi ? Hëlas ! je n'ai pas besoia
de Toas faire celle qaestioH* Votre roiigeBr> presqae aussi me
qae lorsque- voas êtes arrivé il y a un qnart df heure, aVoneqne
c'est an gage d'amoar. Ah 1 mon pauvre enfant ! n'as^ta pas one
part assez forte à supporter dans les chagrins de ton pays , et
jfaut-il qae tu sois aussi chargé du poids de tes propres afftictionsi
Le temps te prouvera combien elles sont imaginaires , mais elles
ne t'en paraissent pas moins pénibles en ce moment. JaiKs Mar^
guérite d' Anjon aurait pa te servir en quelque lieu que ton affee*-
tion fût placée; mais^ aujourdf hui elle ne peut que centribœr »U
ruine de ses amis^ et jamais à leur bonheur. -^ Et cette daoïe de
tes pensées, Arthur ^ esi-elle belle? Est-elle sage et vertmose?
Est-elle de noble naissance? Taime-t-elle ?
En l'interrogeant ainsi , elle fixait sur lai le regard perçant de
Faigle.
— Je le vois, continua-t»eHe , tu répondrais oui à tomes mes
questions, si la timidité te le permettait. Eh bien! aime-la en re-
tour, car deraraour naissent les beHes actions*. — Va , mon noble
jenne homme, avec la naissance, la loyauté, la valeur, la verta,
l'amour et la jeunesse, à quoi ne peuxHu pas^ t'étever ? L'esprit de
ia chevalerie de l'ancienne Europe ne vit que dans^les cœurs sem-
blables au tien. Va , que les éloges des reines enflamment ton cœur
d'amour pour l'honneur et la gloire I — Dans trois jours nous nous
re verrons à Aix.
Arthur se retira vivement touché de la condescendanee et de k.
bonté de la reine. Il descendit la montagne plus fecilemeat, mais
moins vite qof^il ne l'avait montée, et il retrouva dans l'hospice
son écuy er provençal , qui était resté fort surpr is en voyant la prfr
cipitation avec laquelle son maitre en était reparti toattroubléi
presque à l'instant où il venait d'y arriver d'un air calme et tran-
quille. Arthur en allégua pour cause qu'il avait oubHé sa bourse
au couvent. — Votre bourse oubliée chez les moines I dit Tbié^
bault , je ne suis plus surpris de votre hâte ; mais je prendS'Notre-
Dame à témoin que je n'ai jamais vu une créature vivanMi sî^
CfiAKtES LE rÉMÉRAIItE. 439
n'est une cfaèv^ ayant un loup snr ses talons, gfayir les rochers
et courir à travers les ronces comme vous yenez de le £adre !
Ils arrivèrent à Aix après une hetire de marche environ , et Ar-
thor ne perdit pas de temps pour se rendre près du roi ftené, qui
lui fit le meiOeur accueil ^ autant par stiite de la lettre du duc de
Bourgogne , qu'à son titre d'Anglais , sujet fidèle et avoué de l'in-
fortunée HtargU'erite. Le bon monarque eût facilement oublié le
manque de déférence qu'avait montré son jeune hôte en disparais-
sant brusquement à Tinstant où il aurait dû écouter un air de sa
composition y et Arthur vit bientôt que s'excuser de cette impoli-
tesse, ce serait s'exposer au risque d'être tenté plus d'une fois de
retomber dans là même faute , car il ne put détourner le roi de lui
réciter ses poésies , et de lui &ire entendre sa musique , qu'en l'en-
gageant à parler de sa fille Marguerite. Artliur avait été quelque-
fois tenté de douter de Finfluence que la reine prétendait avoir
sur son vieux père ; mais quand il le connut personneliement , il
resta convaincu que rintelligence supérieure de Marguerite et son
énergique caractère , tout en rendant René fier d'une telle fille,
donnait à celle-ci un irrésistible ascendant sur son faible père.
Quoiqu'elle ne l'eût quitté que depuis un jour ou deux , et d'une
mailière si peu gracieuse ^ René montra autant de joie de la proba-
bilité de son prochain retour, que le père le plus passionné aurait
pu en éprouver à la perspective d'être bientôt réuni à la fille la
plus soumise dont il aurait été séparé plusieurs années. Le roi at-
tendait le jour de son arrivée avec toute Timpatience d'un enfant ;
et continuant à se faire une étrange illusion sur la différence qui
'existait entre les goûts de sa fille et les siens , ce ne fut qu'avec
difficulté qu'il se laissa détourner du projet qu'il avait formé de la
recevoir déguisé en Palémon , le prince et l'orgueil des bergers ,
à la tête d'un cortège de nymphes et de pasteurs arcadiens dont
les danses et les chants seraient animés par le son de toutes les
musettes et de tous les tambourins de la contrée mis en réquisition.
Cependant le vieux sénéchal lui-même intima sa désapprobation
de cette espèce de joyeuse entrée ; et René se laissa enfin per-
suader que la reine était encore trop pénétrée des impressions re*
ligieuses qu'elle avait reçues pendant sa retraite, pour que des
spectacles et des sons profanes pussent produire en elle une sensa-
tion agréable. Le roi céda à ces raisons en soupirant de rêgrét;
mais Marguerite échappa à la contrariété d'une réception qui l'au-^
440 CHARLES LE TEMERAIRE.
rait peut-être renvoyée avec impadence au couyent de Sainte-Yic*
toire et dans la sombre caverne de lou Garagoule.
Pendant son absence, les jours se passaient à la cour de Pro-
vence en jeux et diyertissemens de toute espèce; des joutes ayec
des lances à fer émonssé , le jeu de bagues , des parties de chasse
avec des chiens et des faucons , occupaient les jeunes gens i^^
deux sexes 9 dans la compagnie desquels le vieux roi se plaisait;
et les soirées étaient consacrées à la danse et à la musique.
Arthur ne pouvait s'empêcher de s'avouer que, quelque temps
auparavant , un tel genre de vie l'aurait rendu complètement hea-
reux; maîsjes derniers mois de son existence avaient déyeloppé
son intelligence et ses passions. Il était alors initié aux devoirs
sérieux de la vie^ et il en regardait les amusetnens avec une sorte
de mépris, de sorte que, parmi la jeune et élégante noblesse qui
composait cette cour joyeuse, il fut surnommé le jeune philo-
sophe , et , l'on peut bien le supposer, ce surnom n'était pas mi
compliment.
Le quatrième jour, un exprès vint annoncer que la reine Mar-
guerite arriverait à Aix avant midi, pour faire de nouveau sa ré-
sidence dans le palais de son père. Lorsque ce moment approcha ,
le bon roi René sembla craindre une entrevue avec sa fille, autant
qu'il l'avait désirée auparavant , et tout ce qui l'entourait se res^
sentit de son inquiète impatience. Il tourmenta son maître-d'hôtel
et ses cuisiniers pour qu'ils se rappelassent les différens mets qui
avaient obtenu l'approbation de Marguerite ; il pressa les musi-
ciens de préparer les airs qu'elle préférait, et l'un d'eux ayant été
assez hardi pour lui répondre qu'il ne se souvenait pas d'avoir ja-
maisVu Sa Majesté en écouter aucun aveô plaisir, le vieux mo-
narque le menaça de le chasser de son service pour avoir ca-
lomnié le goût de sa fille. II. ordonna que le banquet fût prêt à
onze heures et demie, comme si en l'avançant il dût accélérer l'ar-
rivée des convives qu'il attendait. Alors le bon roi René , sa ser-
viette sur le bras, se promena dans son salon , et alla de croisée
en croisée, demandant à chacun s'il n'apercevait pas encore la
reine d'Angleterre. A l'instant où les cloches sonnaient midi, Mar-
guerite entra dans la ville d'Aix avec un cortège peu nombreux^
principalement composé d'Anglais, tous en habits de deuil comme
. elle. Le roi René, à la tête de sa cour, ne tnanqua pas de descen-
dre du péristyle de son superbe palais, et il s'avança dans la rue
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 441
pour aller aurdeyant de sa fille. Fière, hautaine, et craignant le
ridioule , Marguerite ne fut pas charmée de cette entrevue pu*
bliqae ; mais elle désirait en ce moment faire une sorte d'amende
honorable de son emportement , et elle s'emp Asa de descendre
de son palefroi. Elle fut choquée de yoir son père une serviette
sur le bras ; cependant elle s'humilia en fléchissant un genou de-^
yant lui, et lui demanda sa bénédiction et son pardon.
— r Tu as ma bénédiction, tu l'as, ma colombe souffrante , dit le
plus simple des rois à la plus fière et à la plus impatiente princesse
qjn ait jamais perdu une couronne; et quant à mon pardon, com*
ment peux-tu me le demander, toi qui ne m'as jamais oflensé depuis
que Dieu m'a fait la grâce de m'accorder une fille comme toi?
Lève-toi, lève- toi, dis-je ; ce serait à moi à te demander pardon. Il
est vrai que je m'étais dit, dans mon ignorance, que mon cœur
avait imaginé une excellente scène ; mais elle t'a chagrinée : c'est
donc à toi à me pardonner. Le bon roi René se mit à son tour à
genoux devant sa fille, et le peuple, qui aime ordinairement tout
ce qui fait spectacle , applaudit à grand bruit , et non sans quelque
rire étouffé, une situation qui semblait être une répétition du tableau
de a la Charité romaine. »
Marguerite, sensible à la honte du ridicule, et comprenant que
cette situation avait quelque chose ^e burlesque, du moins par sa
publicité, fit signe à Arthur, qu'elle vit à la suite du roi, de s'ap«
prêcher d'elle, et s'appuyant sur son bras pour se relever, elle lui
dit en anglais : — A quel saint me vouerai-je pour en obtenir la
patience dont j'ai un si grand besoin ?
— Par pitié. Madame, rappelez votre sang-froid et votre fermeté
d'ame, lui dit à demi-voix son nouvel écuyer, plus embarrassé
qu'honoré des fonctions qu'il remplissait, car il sentait la reine
trembler de dépit et d'impatience.
Enfin, ils se remirent en marche vers le palais, le père et la fille
se tenant par le bras, situation très agréable à Marguerite, qui
pouvait se résoudre à supporter les effusions de tendresse de son
père et le ton ordinaire de sa conversation , pourvu que ce ne fût
pas devant témoins. Elle souffrit de même les attentions fatigantes
qu'il eut pour elle à table, dit quelques mots à ses principaux cour-
tisans, demanda des nouvelles de quelques autres, fit elle-même
tomber la conversation sur ses sujets favoris^ la poésie, la musique
et la peinture; au point que le bon roi fut aussi enchanté de la
142 CHÂRISS Lt; TÉnéftAIRE.
eiYifité ettraoYdinaire de sa fifle, que jamais amant te fat ddteûdre
aTea qu'il reçoit d*ane maltresse après plusieurs années d'ime
timide assiduité^ en coûta à la hautaine Marguerite pins d'un
effort pour se plier à joaer ce rôle, et son orgueil lui reprocbait
de s'abaisser à flatter les faibles de son père, afin d^obtenh* de lai
Tabdication de ses domaines ; mais ayant déjà tant hasardé sur cette
seule chance de succès pour une entreprise en Angleterre , elle ne
Tit on ne voulut voir aucune autre alternative.
Entre le banquet et le bal dont il devait être suivi y la reine
chercha Poccasion de parler à Arthur.
— Mauvaises nouvelles, mon jeune conseiller, lui dit-elle: le
carme n'est pas rentré dans le cloître après Toffice. Ayant appris
que vous étiez revenu en grande hâte, il en a probablement coocla
qu'il pouvait être soupçonné, et il a quitté le couvent du mont
Sainte-Victoire.
— Il faut donc accélérer les mesures que Votre Majesté a résola
d^adopter, répondît Arthur.
— Je parlerai à mon père demain, dit Marguerite. En attendant,
jouissez des plaisirs de la soirée, car ils peuvent être pour voas des
plaisirs. Mademoiselle de Boisgelin, je vous donne ce soir ce cava-
lier pour partenaire'.
La jolie Provençale aux yeux noirs fit une révérence avec tout
le décorum convenable , et jetai un coup d'oeil d'approbation sor le
jeune et bel Anglais. Mais soit qu'elle craignît sa réputation de
philosophe, soit qu'elle eût des doutes sur son rang, elle ajouta
cette clause : — Si ma mère y consent.
— Votre mère. Mademoiselle, dit la reine avec fierté, ne peut,
je crois, désapprouver que vous acceptiez un partenaire qdi vous
est offert par Marguerite d'Anjou. Heureux privilège de la jeunesse!
ajouta-t-elle en soupirant, pendant que le jeune couple s'éloignait
pour coDunencer un branle ^ ; elle peut encore cueillir une flenr
dans le sentier le plus aride.
Arthur se comporta si bien pendant tonte la soirée, que la jeune
comtesse n'éprouva peut-être d'autre regret que de voir un jeune
homme si bien fait et si accompli borner ses complimens et ses
attentions à cette politesse un peu froide que prescrivent les règles
de la cérémonie.
I. En uçlaû brawlt une espèce de dattse.
CHAPITRE XXXIL
C'Mest fait, j'ai donné mon plein consentement*
Co fnoi 1» oNjecté B'«st piiM qv'abaiasemeiiti
Mh gloire est éclipsée et se change en bassesse,
Wm pouvoir en oéeM et mai foroven ftûbleiee.
Le monarque n'est plus qu'an sujet, an manant.
SBAKSPXAaa.
L« jour snmnt fat téincâii d'oM scène phM gra^e. Le rei René
pas ouUié de dresser le plaît des plsLisirs de la jammée^
maia, à sa grande sarprise et à son regret encore phis grand,
Margnerite lui demanda on entretien ponralfaires sérieuses. S*il y
«^ait au monde une prQf)Osition que René détestât an fcmd du cœur^
c^était celle de s'oceaper d- affaires»
— Que désirait sa chère enfant ? lui demanda-t-il. Etait-ce de
i^ar^jeat ? il lui dkiniiersult tont ce qa'il en artak, qooiqne son trésor
fkt^ presque vies; cependasat' ii Tenait de recevoir me portion' de
son revenu : dix mille •cooronnesv Combien en voniaiti* dle>? k
aoilié ? les trovs-qnart&P le tout était à sa* disposition.
— Hélas I mon^père ^ répondit I^vguerite , ce n'est pas de mes
ettâres^qiie je désire veas perler; c'«5t des vôtres.
— Dos miennes! répéto René ; en ce cas , je sois s&remenc le
«wilré de les nsmettare à anântiie j^mr^ à quelque jour de pluie qui
ne peut être bon à rien de mieux. Vois, ma chère enfant , les feio-
cenmers sont, déjà a;, cbe^al:!;: nos co«irstera> hemiisseiit et trépi-
gnent; nosjeune» gens de» deusL sexes ont lefancon surlepoing;
ks épagnenk sovt acoouplés e» laisse^ Ce serait un pédn&y avee
le temps et le vent qu'il Mt, de perdre une si Joëlle journée»
— Laissez-les partir es s^amusar, nH>n pèse; cav dœis PaOuie
dont j'ai' à vous parler, il. s'agit de l'honnenr et de la Tie.
— Mais j'ai à juger ufit dé& entre Galezon et Jean à^Mgae^
Vkfnm^ nos deux plus célèbres troubademrsy et illaut que je les
«Meide.
— Remettez cette af&ire à demain , et aiqéivd'iiui eonoucitt
«ne heuffeeu dcos à ctiite qui sont ptos/impoitante».
444 CHARLES LE TEMERAIRE.
— Si yons l'exigez absolument , ma chère enfant , vous sayez
que je ne pois voas dire non.
Et le roi René , fort à contre-cœnr , donna ordre qu'on partit
sans lui pour la chasse.
Semblable à un lëyrier que retient le chasseur, le yieux roi se
laissa alors conduire dans un appartement particulier. Pour s'as-
surer de ne pas être interrompue, la reine plaça dans l'antichambre
son secrétaire Mordaunt et Arthur, en leur donnant la consigne de
ne laisser entrer personne.
— Quant à ce qui me concerne, Marguerite, dit le bon vieillard,
je consens à être tenu au secret ; mais pourquoi empêcher le vieux
Mordaunt de faire une promenade par une si belle matinée , et le
jeune Arthur de s'amuser comme les autres? Quoiqu'on l'appelle
philosophe , je vous réponds qu'en dansant hier soir avec la jeune
.comtesse de Boisgelin , il a prouvé qu'il a le pied aussi léger qu'aor
cun galant de la Provence,
— Ils sont nés dans un pays, répondit Marguerite, on les
hommes apprennent dès l'enfance à préférer leurs devoirs à leurs
plaisirs.
Le pauvre roi , conduit dans ce que nous pouvons appeler le
cabinet du conseil, vit en frémissant intérieurement la fatale cas-
sette à cercles d'argent, qui ne s'était jamais ouverte en sa pré-
sence que pour l'accabler d'ennui , et il calcula donloureasemeot
combien de bâillemens il aurait à étouffer avant d'avoir pris en
considération tout ce qui s'y trouvait. Cependant quand le con-
tenu fiit mis sons ses yeux , il reconnut qu'il était d'un genre
à lui inspirer à lui - même de l'intérêt , quoique d'une nature
pénible.
Sa fille lui présenta un aperçu clair et précis des dettes assurées
sur diverses parties de ses domaines qui en étaient le gage , et on
état exact des sommes considérables dont le paiement était exigible
à l'instant même , et pour l'acquit desquelles il n'existait aucoBS
fonds disponibles. Le roi se défendit comme le font les débiteurs
qui se trouvent dans la m'êmesituation. A chaque demande de six ,
sept on huit mille ducats , il répondait qu'il avait dix mille écos
dans son trésor, et il montra la plus grande répugnance à se lais-
ser convaincre que cette somme ne pouvait suffire pour en acquit-
ter trente fois autant.
— En ce cas , dit le roi avec qpelque impatience > pourquoi' ne
CHARLES LE TÉÀIÉkAIRE. 445
pas payer çenx qui sont le plas pressans» et faire attendre les antres
jusqa'à ce que nous ayons fait quelque autre recette ?
— C'est à quoi Ton a eu trop souvent recours y répondit la reine ;
on ne peut agir honorablemeot sans payer des créanciers qui ont
avancé tout ce qu'ils possèdent pour le service de Votre Majesté.
— I^Iais ne suis-je pas roi des Deux-Siciles , de Naples , d'Ara-
gon et de Jérusalem ! Le monarque de si beaux royaumes doit-il
être poussé à la muraille , comme un banqueroutier, pour quelques
misérables sacs d'écus ?
— Vous êtes sans doute monarque de ces royaumes ; mais est-
il nécessaire de rappeler à Votre Majesté que vous ne Têtes que
comme je suis reine d'Angleterre, sans y posséder un seul arpent de
territoire , et sans en tirer un sou de revenu ? Vous n'avez d'autres
domaines que ceux qui sont énoncés sar cet autre papier , avec la
liste exacte du revenu qu'ils rapportent Vous voyez qu'il est
bien loin de pouvoir suffire pour maintenir votre dignité et pour
payer les sommes considérables que vous devez à divers créanciers.
— Il est cruel de me presser ainsi , Marguerite. Que puis-je
faire ? Si je suis pauvre, ce n'est pas ma faute. Bien certainement je
paierais avec grand plaisir les dettes dont vous parlez, si j'en avais
le moyen.
— Je vais vous l'indiquer, mon père. — Renoncez à votre di-
gnité inutile , et qui , avec les prétentions dont elle est accompa-
gnée , ne sert qu'à jeter du ridicule sur vos infortunes. Abdiquez
Tos droits comme souverain , et le revenu qui e3.t insuffisant pour
fournir aux vaines dépenses d'une ombre de cour vous mettra en
état , comme simple baron , de jouir, dans le sein de l'opulence ,
de tous les plaisirs que vous aimez.
— Vous parlez follement , Marguerite , répondit René avec un
peu d'humeur. Les nœuds qui attachent nn roi et son peuple ne
peuvent être rompus sans crime. Mes sujets sont mon troupeau ;
le ciel les a confiés à mes soins, et je n'ose renoncer au devoir de
les protéger.
— Si vous étiez en état de le faire , Marguerite vous conseille-
rait de combattre jusqu'à la mort. Mais endossez votre armure ,
que vous n'avez pas portée depuis si long-temps ; — montez sur
TOtre cheval de bataille , poussez le cri de guerre : — René et la
Provence I et vous verrez si cent hommes se rassembleront autour
de votre étendard. Vos forteresses sont entre les mains d'étran-
446 GHAaUSiS
gtts ; TOtis a'awK p» d'amëe ; ^os ▼Msanx ftmfeat a^oir delà
bonne volonté , aMÎs il lewr aun^e la sdenee militaire et la dif-
dpliiie , qui fMit les soldaU. Votre uMmurchie n'est qu'on sque-
lette que la France on la Bonrgogne pent renverser à TinsUit
où il plaira à l'une de ces puissances d'étendre le bras conu«
elle.
Les larmes coulèrent en abondanoe le long des joues du vieux
roiy quand ce fâcheux tableau lui £ut mis sois les yeux ; et il ne put
s'empêcher de convenir qu'il n'avait le moyen, ni de se défendre
lui-même, ni de protéger ses domaines, et d'avouer même qu'il
avait souvent songé à la nécessité de traiter de ses possessions
avec l'un de ses puissans voisins.
— C'est votre intérêt, dure et cmelle Marguerite, ajoutaht-il,
qui m'a empêché jusqu'à présent de prendre des mesures pénibles
à ma sensibilité , mais peut-être plus convenables à moa avantage
particulier. J'avais espéré que l'état actuel des choses pourraât
dorer autant que moi, et que vous, ma fille, avec les talens qoele
ciel vous a donnés, vous auriez trouvé quelque moyen pour remé-
dier à des malheurs anxquds je ne puis échapper ^'en évitant
d'y songer.
— Si c'est tout de bon que vous parlez de mon intérêt, sadiei
qu'en abdiquant la souveraineté de la Provence, vous satisferez
le désir le plus ardent, presque le seul désir que num cœur poisse
former; mais je prends le del à témoin, mon père, ^e c'est
pour vous autant que pour moi que je v^ms y engage.
— Ne m'en dites pas davantage, ma chère eaiant; donneMnoi
l'acte d'abdication, et je le signerai; car je vois que vous l'ayez
déjà préparé. Signons-le , et nous irons rejoindre la ichasse. Ufaat
savoir supporter le malheurs à quoi sert de s'en laisser accabler et
de pleurer?
— Ne me deyiandezn^wus pas, dit Marguerite surprise de «m
s^tUe } ^ qni "^otts cédez vos domaines ?
— Que m'importe, puisqu'ils ne doivent plus m'appartenir?
Ce doit être on à Charles de£oargogne, ou'àmon nev^eu Louis,
deux princes poissans et politiques. Diaa teuiUe que mes pauvres
sujets n'aient pas lieu de regretter leuff vienx roi, dont k seul
plaisir était de les voir hieur«nx et joyeux.
-^ C'est au duc deBoni^giigne que voas^ cèdes la^ProveMCu
--C'i^t^^ehiiipiei'auraispréfei^. U tslfler, wéa U n'astp«
rji^pT^!,S l£ TÉHEIUIBE. 447
méchant. Un mot de plas : les droits et privilèges de mas sojeU
sont-ils bien assurés ?
— Pleinement ; et il a été poaryu honorablement à tons tos
besoins. Je n'ai pas voulu laisser en blanc les stipulations à cet
égard, quoique j'eusse peut-être pu me fier à la générosité de
Charles de Bourgogne quand il n'est question que d'argent.
— Je ne demande rien pour moi. Avec sa viole et son crayon^
René le troubadour sera aussi heureux que l'a jamais été le roi René*
£n acheyant ces mots, il siffla très philosophiquement le refrain
du dernier air qu'il avait composé, et signa Tabandon des posses-
sions royales qui lui restaient , sans ôter son gant et sans même
lire l'acte d'abdication.
— Et qu'est ceci ? ddnauda-t-il en regardant un morceau de
parchemin de moindres dimensions. Faut-il que notre par^t
Charles ait les Deux-Siciles , la Catalogne, Naples et Jérusalem,
abssi bien que les pauvres restes de notre Provence? Il me
semble que, par décence, on aurait dû choisir une plus grande
feuille de parchemin pour une cession si considérable.
— Cet acte, repondit Marguerite , désavoue seulement les ef-
forts téméraires de René de Yaiidemont en Lorraine, abandonne
sa cause, et renonce à toute querelle à ce sujet avec Charles de
Bourgogne.
Pour cette fois seulement Marguerite avait trop compté sur le
caractère facile de son père. René tressaillit 9 ses joues devinrent
pourpres ; il l'interrompit, et s'écria en bégayant de cx>lère:
— Quoi I désavoue seulement , — abandonne seulement , — re-
nonce seulement! Et il s'agit de la cause de mon petit-fils, du fils
de ma chère Yolande , de ses droits légitimes sur l'héritage de
sa mère! Marguerite, j'en rougis pour toi. Ton orgueil est une
excuse pour ton mauvais caractère ; mais qu'est-ce que l'oi^eil
qui peut s'abaisser jusqu'à commettre un acte déshonorant? Aban-
donner, désavouer ma chair et mon sang , parce que ce jeune
homme lève le bouclier en brave chevalier, et est disposé à dé-
fendre ses droits par les armes! — Je mériterais que les sons de
cette harpe ne fissent retentir que ma honte, si j'étais capable de
t'écouter.
Marguerite fi^t pve^ne étourdie par l'opposition inattendue du
vieillard. £Ue chercha pourtant à hii prouver que le point d'hon-
j^T n'^xigmtf^s j^neJiep^ ^usat la cau^d'unjemio aventor
448 CHARLES LE TÉMÉaAIRE.
lier dont les droitSi fassent-ils meilleurs qu'ils ne Pétaient , ne se
trouvaient soutenus que par quelques misérables secours d'ar-
gent qu'il recevait sous main de la France , et par les armes de
quelques-unes de ces troupes de bandits qui infestent les frontières
de tous les pays. Mais avant que le roi René eût pu lui répondre,
on entendit parler à haute voix dans l'antichambre, la porte s'en-
tr'ouvrit avec violence, et l'on vît entrer un chevalier armé, cou-
yert de poussière , et dont l'extérieur annonçait qu'il venait de
faire un long voyage.
— Me voici, père de ma mère, dît-il: voyez votre petit-fils,
René de Yaudemont, le fils de votre Yolande, s'agenouiller à vos
pieds pour vous demander votre bénédiction.
— Je te la donne, répondit le roi René, et puisse-t-elle te
porter bonheur, brave jeune homme^ image de ta sainte mèrei
Mes bénédictions, mes prières et mes espérances sont pour toi!
— Et vous, belle tante d'Angleterre, dit le jeune chevalier
en se tournant vers Marguerite, vous qui avez vous-même été
dépouillée par des traîtres , n'avouerez-vous pas la cause d'un pa-
rent qui fait les derniers efforts pour défendre son héritage ?
«-Je vous souhaite tout le bonheur possible , beau neveu, ré-
pondit la reine d'Angleterre , quoique vos traits me soient étran-
gers. Mais conseiller à ce vieillard d'embrasser votre cause, quand
elle est désespérée aux yeux de tous les hommes sages , ce serait
une folie , une impiété.
— Ma cause est-elle donc si désespérée? dit le jeune René. Par-
donnez-moi si je l'ignorais. Est-ce ma tante Marguerite qui parle
ainsi ? elle dont le courage a soutenu si long-temps la cause de la
maison de Lancastre , quand les défaites avaient abattu ses guer-
riers? Quoi ! pardon encore une fois, mais je dois plaider ma cause.
— Qu'auriez- vous dit si ma mère Yolande avait été capable de
conseiller à son père de désavouer votre époux Edouard , si le ciel
lui avait permis d'arriver en Provence en sûreté ?
— Edouard, répondit Marguerite en pleurant, était incapable
d'engager ses amis à embrasser une cause qui n'était plus soate-
nable. Mais c'en était une pour laquelle des pairs et des princes puis-
sans avaient levé la lance.
— Cependant le ciel ne l'a pas bénie> dit Yaudemont.
— La vôtre, continua Marguerite, n'est appuyée que par les
barons brigands d'Allemagne , les bourgeois parvenus des cités
CHARLES LE TÉMERiURE. 449
da Rhin 9 et les misérables paysans confédérés des Cantons.
— Mais le ciel l'a bénie , répliijaa Yaudemont. Apprenez, femme
oi^eilleusey que je Tiens ici pour mettre fin à vos intrigues per-
fides, et que je n'y arrive pas en aventurier inconnu, faisant la
guerre et subsistant plutôt par subterfuge que par la force, mais
en vainqueur quittant un champ de bataille sanglant , sur lequel
le ciel a humilié l'orgueil du tyran de la Rourgogne.
— Cela est faux I s'écria la reine en tressaillant ; je ne le
crois pas.
— Gela est vrai, dit le jeune René , aussi vrai qu'il l'est que le
ciel nous couvre. — Il n'y a que quatre jours que j'ai quitté le
champ de bataille de Granson couvert des cadavres des soldats
mercenaires de Charles. — Ses richesses, ses joyaux , son argen-
terie, ses brillantes décorations, sont devenus la proie des Suisses ,
qui peuvent à peine en apprécier la valeur. — Connaissez-vous
ceci, reine Marguerite? ajouta-t-il en lui montrant le joyau bien
connu qui décorait le cordon de l'ordre de la Toison-d'Or que por-
tait le duc ; croyez-vous que le lion n'était pas chassé de bien près,
quand il a laissé de telles dépouilles à ceux qui le poursuivaient ?
Marguerite fixa des yeux hagards sur une . preuve qui Confir-
mait la défaite du duc, et qui lui annonçait la perte de ses der-
nières espérances. Son père, au contraire, fut frappé de l'hé-
roKisme du jeune guerrier, qualité qu'il croyait éteinte dans sa
famille^ à l'exception de ce qui en restait dans le sein de sa fille
Marguerite. Admirant au fond du cœur ce jeune homme qui s'ex-
posait à tant de dangers pour acquérir de la gloire, presque au-
tant que les poètes qui rendent inmiortelle la renommée des guer-
riers, il serra son petit-fils contre son cœur, lui dit de ceindre
son épée avec confiance, et l'assura que si Targent pouvait être
utile à ses affaires, il avait dans son trésor dix mille écus qui étaient,
en partie ou en totalité, à sa disposition , prouvant ainsi la vérité
de ce qu'on a dit de lui , que sa tête était incapable de contenir
deux idées à la fois.
Nous retournerons maintenant près d'Arthur , qui , ainsi que
Mordaunt , .le secrétaire de la rejine d'Angleterre, n'avait pas été
peu surpris de voir le comte de Yaudemont , se qualifiant duc de
Lorraine, entrer dans l'antichambre où ils étaient en quelque
sorte en faction, suivi d'un grand et vigoureux Suisse portant une
énorme hallebarde appuyée sur son épaule. Le prince s'étant
^9
4M CHARLES LE TÉUÉRAIRE.
nommé, Artlnir ne jtigeft pat crawnftMe de aftoppeser à ee^^'il
se présentât devant son olèîilet sn ttmey dftatant plno fn'il enmt
&lki aToirreoours à la ftreeponr Farrêier. DansleTObnatoludb*
bardioTi qui ent assez de kon sens ponr s*«rfâter âa«s ¥%êA
cbambrei Arthary à son grand éfeonnement, reeonnni Stginmeai
Biederman, qm, après avoir regardé «n instant Artlinrenoanrraiic
de grands yeux, eomme on ctnen qaà rooonnak tout à eo«p onde
ses favoria , eosrat à lai en poussant on eri de joie, et lu dit pré-
cipitamment combien il était charmé de Tavoir rencontré , «lleada
qa'il ayait des choses importantes à hn raconter. Jamaîe â a^tttt
facile à Sigismond de mettre de l'ordre dans ses idées, et il j ré-
gnait en ce moment tant de confcsîon , par suite de k jde qœ loi
inspirait la victoire qoe ses concitoyens Tenaient de remporter snr
le dnc de Bourgogne , qoe ce fixt avec une nouvelle surpnsa fa'Ar-
thur entendit son récit on peu obscur , quoique fidèle.
— Voyez - touo , roi Arthur , dit Sigismond , le eue était
arrivé arec une armée immense jusqu'à Granson , qui est sîlaé
près des bords du grand lue de Neufchâtel r il y awt; ckui à tàx.
cents Gon£édéréa dans cette place, et 3s tinrent bon tant qu*ib
eurent des vivres^ après quoi yous sentez qu'ib fiirei^ ebligés
de se rendre. Mais quoicpie la tsàm soit difficile à suppeeiery as
auraient mieux fait de la souffrir un jour ou deux de plus , car
Charles, ce boucher,. les fit pendre tous aux arbres qui sout tant
autour de la yille ; et après vue pareille opération, tous jugez bkn
qn'ik n'avaient plus d''a|^tit. Pendmt ce tenips^ dbacuase met-
tait en mouTement sur noa montagnes, et quicompie UTait une
'épée ou une {«que, s'en armait. Nous nous réuntaws à Nanchâ*
UA , et quelques Allemands se joignirent à nous avec le noble duc
de Lorraine. Ahl rw Arthur, Tstti^ un chef I Hbua le regandOBS
tous comme ne le cédant qu'à Rodolphe DonaerhngeL Voma^nca
de le Totr ; c'est liû qpi i^ent d'entrer dans celte chamliraw Mais
TOUS Fayiez vu auparavant; c'est lui qui, élmt le cheuaMer Uea
de Baie. Nous le nommions alors Laurenz , parce que Rodolphe
disait qu'il ne £aUmt pas que mon père sèt qifil était amec nous;
et quant à moi, je ne savmis rédfement pas qui il était» JBh hieul
quand nous arrivlbies à Néndhttet , nous étions en «eseB bon
nombre, envirmi quinze mille rrtmstes GoiilëdéréB,«tîe iKmagi^
rantis qu'il pouvait y avoir en outre cinq mille AtteanÂds ou Lor-
raâas. Là nous: apprimea que le due avait soixante mâle àoBomes
CRiURLES LE TÉMÉRAIRE. 4St
ïfÈigÊB ; flnkoii ttOQS Ht «ttssi que Girarles aTâit fait pendre
frères eMime des ohiens; et il rfj aTait peint parmi nous,
j^mtendsparmi les CSonfMérés, un senl henime «foi-votilûl sTamnser
4 eoaipler eomUen- nons-étienB , quand il s'agissait de les Tengér»
Je Toôdrais que to«s eassieE entendn les eris terribles de qninie
flttfie Soisses deasandanc à marcher contre le boncher de lenrs
irèresl Mon père hn-mème, qui, comme toqs le savez, esc ordl^
naarem^ifl; si ami de la paix , but le premier à donner sa TOix ponr
qdfàn liTrft baCirille. Ainsi donc, an point dn jonr , nous descett*>
•Âmes le long du lac dn côté de Granson , les larmes ans yeax , les
armeé à la main , et ne respirant que mort ou Tongeance. Nons
arriirames à ime sorte de déAlé entre Vanxmoreax et le lac ; il j
avait de la cavalerie snr la petite plaine entre k montagne et le
lac f et on corps nombreux d^iuhnterie occupait ht montagne. Nons
la gravîmes ponr Pen chasser , tandis que le duc de Lorraine et
ses troupes at€aq«iaient ht cavalerie. Notre attaque fut Paffiiirë
d'un moment* Clâcnn de nous était comme chez lui sur lesrochers^
et les soldats du doc y étaient [aussi embarrassés que vous Pa^ez
été , Arthur, le jour de votre arrivée à Geierstfein. Hais ils ne
trouvèrent pas de jolies filles pour leur donner la main et les aider
àdescendre. Non, non, il n'y avait que despiques, despertnisanes,
des hallebardes , et en bon nombre, pour les pousser et les préd*
piter de ces lieux où ils auraient à peine pu tenir pl«d s'il n'y avait
en personne pour les en déloger. Les cavaliers , pressés par les
Lorrains, et nous voyant sur leurs flancs , s'enftiiretit aussi vite
que leurs chevaux purent les porter. Alors nous nous réunîmes de
nouveau sur la plaine , en baon campagna , comme disent les Ita^
liens, dans un endroit où les montagnes s'éloignent du lac. Mais à
peine avions-nous formé nos rangs, que nons entendîmes un cariU
km d'instmmens , un brnit de chevaux , des cris assourdissans^
comme si toute la cavalerie, tons les soldats et tous les ménestrels
de France et d^AMemâgne se fussent disputés à qui ferait le plus de
tapage. Nous vîmes s'approcher un épais nuage de poussière ; et
nons commençâmes à penser qu'il fallait vaincre ou mourir, car
Chartes avançait avec toute son armée ponr soutenir son avant-
garde. Un coup et vent venant des [nKmtagnes diissipa la pous^
sière , car ils avaient Sait halte ponr se ranger en bataille. O
Arthur! vous auriez donné #& ans [de votre vie pour voir ee
spectadel il y avait des milHers^de dkevaux dent les harnais su-
^9-
452 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
perbes brillaient an soleil ; des chevaliers par centaines, ayant sur
leurs casques des couronnes d'or ou d'argent ; des masses de lan-
ciers à pied y et des canonsi comme on les appelle. Je ne savais
ce qu'étaient ces machines que des bœub traînaient lourdement,
qu'ils placèrent en avant de leur armée , mais j'appris à les con-
naître mieux avant la fin de la matinée. Eh bien 1 on nous ordonna
de nous former en bataillon carré, comme si nous avions fait l'exer-
cice; et avant de marcher en avant, on nous commanda, suivant
notre pieux et bon usage , de nous mettre à genoux pour invoquer
l'aide de Dieu, de Notre-Dame et des saints. Nous apprîmes ensuite
que Charles , dans son arrogance , s'imagina que c'était pour im-
plorer sa merci. Ha ! ha I ha 1 excellente plaisanterie I Si mon père
s'est agenouillé devant lui, c'était pour épargner le sang chrétien
et obtenir la paix ; mais sur le champ de bataille, Arnold Bieder-
man ne fléchirait pas un genou devant lui et toute sa chevalerie,
quand il ne serait entouré que de ses fils. — Eh bien 1 Charles ,
supposant que nous lui demandions grâce, voulut nous prouver que
c'était inutilement, car il s'écria : Tirez le canon sur ces lâches
paysans ; c'est toute la merci qu'ils ont à attendre de moi ! Et i
l'instant même , bom I — bom 1 — bom 1 les machines dont je viens
de parler vomirent la foudre et les éclairs, et nous firent qnelqae
ma), mais moins qu'elles ne nous en auraient Cedt si nous n'eussions
pas été à genoux ; les saints dont nous implorions la merci , et non
celle de créatures mortelles, donnèrent sans doute un coup de maîu
aux boulets pour les faire passer par-dessus nos têtes. Après cette
décharge, on nous fit le signal de nous relever et de marcher en
avant, et je vous promets que personne ne fut pareaseux. Chacun
de nous se sentait la force de dix hommes. Ma hallebarde n'est pas
un jouet d'enfant, la voilà, si vous l'avez oubliée , et cependant
elle tremblait dans ma main , comme si c'eût été une baguette de
saule pour chasser les vaches. Au bruit du canon il en succéda un
autre qui fit trembler la terre pendant que nous avancions : c'étaient
les hommes d'armes qui accouraient au galop pour nous charger.
Mais nos chefs connaissaient leur métier, et ce n'était pas la pre-
mière fois qu'ils se trouvaient à pareille fête. Nous les entendîmes
crier : Halte! A genoux, le premier rangl le second, le corps
penché en avant 1 épaule contre épaule comme des frères I toutes
les piques en avant I offrez -leur un mur de Ssrl Ils arrivèrent^
et ils brisèrent assez de lances pour que ces fragmens pussent
CHARLES LE TEMÉRAliRE. 453
fournir aux Tieilles femmes de tout TUnderwald assez de bois ponr
allnmer leur feu pendant une année. Mais nos piques firent lenr
besogne , les chevaux percés furent renversés; on vit tomber les
hommes d'armes, les chei^aliers, les bannières, les bottes à longue
pointe et les casques à couronne; et de tous ceux qui tombèrent
ainsi , pas un ne se releva vivant. Les antres se retirèrent en dés-
ordre ; et avant qu'ils eussent eu le temps de se rallier pour re-
venir à la charge, le duc René les chargea à son tour avec sa cava-
lerie , et nous marchâmes pour le soutenir. L'infanterie du duc ,
voyant les cavaliers si maltraités , lâcha pied, et nous donna à
peine le temps d'arriver. Alors, si vous aviez vu les nuages de
poussière, et entendu le bruit des coups! cent mille batteurs en
grange faisant voler la paille autour d'eux vous en donneraient à
peine une idée. Sar ma parole, j'étais presque honteux de frapper
de ma hallebarde des gens qui ne songeaient plus à résister. Nous
tuâmes des centaines de fuyards , et toute l'armée fut en déroute
complète.
— Et mon père, mon père 1 s'écria Arthur, que peut-il être de-
venu dans un tel désastre?
"— Il est en sûreté ; il s'est enfui avec Charles.
' — Il a dû être versé bien du sang avant qu'il prît la fuite.
— Il n'a pris aucune part au combat; il était resté seulement
près de Charles , et des prisonniers nous dirent que cela n'était pas
malheureux pour nous , parce que c'est un homme de bon conseil
et d'une grande intrépidité dans une bataille. Quanta prendre la
fuite , il faut bien , en pareille occasion , qu'un homme recule quand
il ne peut avancer, et il n'y a aucune honte à cela , surtout quand
en ne combat point personnellement.
Leur conversation fut interrompue en ce moment par Mordaunt,
qui s'écria , quoique à voix basse : Chut I silence! — Le roi et la
reine!
— Que dois-je foire 7 demanda Sigismond avec quelque alarme :
je m'inquiète peu du duc de Lorraine ; mais que faut-il que je faisse
quand des rois et des reines arrivent ?
^- Vous lever, ôter votre toque, et garder le silence , répondit
Arthur ; rien de plus.
' Sigismond suivit ponctuellement cet avis.
Le roi René traversa l'antichambre, appuyé sur le bras de son
petit«>fils; Marguerite les suivait, le chagrin et le dépit gravés sur
4M GQàUJIS LE TÉliBBàBIB,
aott f«i»l. Ea iMumnls elk At ijgiie à Jùrlbur dei^appradhar^^
liû 4it : -* Assnre-toi delà vérité d'une noa^eUe ai înatlméweit el
aifarte^n'ea le» déuiU. Merdrant te fiera «nurer •
Elle jeta «n covp d'cotl tw le jeune Sniase, et répendifc mime
courtoisie a« ealnt qu'il M fit d'en air g«Ache« Le roi et la rené
eurent bimlAt quitté l'antÎGhapibre ; René déieminé à condairie
eon petilpfila h la partie de^kanse qu'il n'avait pa «eivre ^ et Mar^
gmerite eaiprestée de rtigagner la aalitnde de son appartrawnt
poar y attendre ta confirmation de ee qn'elie negaidait oonine une
manvaiee neuvette.
De» qu'ils forent sertis , Sigisnond s'écria : ^^ Ainri dnnet veîlà
œ 91e c'est qn'un roi et qu'une reînel Pestel le roi ressemble aa
iMux Jaecmoy jonenr de viofe^ qni avait eontaïae de nana en ra^
qiaand ses rondes ramenaient à Gieîerstein,. Uais la seine est awr
créainre imposante : la preoNOre vacha du trou|Meaa, mUo^ perte
les bonfuets et les guirlandes, et qpii refondait les autres an
chalet y n'a point le pas plus majeslneux. — - Et comme veos voua
êtes apirocbé d'ella ! Comme i^ms kû avea parlai Je n'aurais Ja*
mais pu le faire avec autant de grâce. Mais il est pcabaUe (pm vous
ayez fait votre appnmtissage dana le métier de la eenr*.
— Laiesonaeëla quanta présent, monlienJKgisMMid, etparlez-
moi enoere de eetie bataille*
— Par SainteJtfarie» fl me fiant d'abend de ipmi boire atmmifsr»
aï votre crédit im jusque4à dmis ei^te belle maiffon,
-^ N'en dootea pas, Sigîsmend, r^;>eadit iorthar» St par Via^
terveniionde Mardaunt , iLse procura aisément» daAanna ebambre
plus retirée « des rafiri^ebissemeas auxq^mls le jeune ^iederaMmfil;
grand honneur, rendant tonte jostiee au ban vin qu.'mi^ lui avait
servi; car, en dépit des préceptes aecr tifegade son père» sau pahûs
commençait à s'f babstner, et fl devenait cennaissettr.. Quand il
eut satisfait son appétit , et qu'il se trouva seul avec Arthur, a^ant
devant lui nufimûmde c&ta«Àtia et naa assiette dabiseaitsdf Aiz ,
Une se fit paa presser pour eontiimer «an récit.
— Où en étais-je? oh !..• à la déroute de leur infivDMrie* fil
lîmi.} elle nasa raUia jamai&t et la esafesian augmenta parmi les
inyards à chaque pas. Nous aurions pu en massacrer lameitâétSi
nous ne nous étions anélés poar aiamimir la snn^ da Qmite.
JJI9.I roi Arthur, ^pml i^Mict^da 1 Cba^pm pivilhm était ans^i K de
xvAff» vétemfoaib 4'srwinii^ biîllamps, 4a laip» fbtfs «l é^êit
CHàlLBS LB TÉHélUIRE. 415
mm, fM UtadcB 0iB8 prétcnclMtat èa& tf arggat ; MHi jeiàms
qae, dans le monde entier, il ne poayait exister tant d'argest^ et
j'élib aûrqM esne fKWfnl Aim qoe^de l'élaia bie» laisanu U s'y
tueiwFait desawieo dcMmtewrienliafcite falewiéf » depalelke-
mers , de pagiee; €• «Q «M^âly^iTait numt de detestiy es f|e
de flridsta dans l'anfede, etdea je— ia et joliti fillea par ailliers»
jecfois. EUea^aieaft, dewiaieqtteleaaalrea» à lâdiipoMtîen
éÊ9 xmÊBMfÊttmBf auds îe vmm preieta qae immi père a éié iièa«
aéfère àl'égaiddeceaii qw ^odaîem ahmer des Areîtade la^orfe.
Qmil<|MO IMS de M» jeanea §m^ ae Iféeestaient pas irep» maiail
lenr incnlqna respfHé'ehéîaeanee a^ee le bois de aa kidlabavde.
Bh bieD» Artbnr, il y e«t «d joli pMage; ear lea ÀtteBUods et les
Lorrains qui étaient awe nées pîUaieat lent ee qa'ila U'oaTaient ,
et qtlqaeB*gBs4e«oe gens aaiweul «el eaettple > car il est conta-
gieax. Si bien doue qnej'eatrat laiwiit dans le paillon de
Gharlea ; Rodolphe et qMiqnea»«m de aea ania y étaient d^y et
eberckaîeot à « éearter loua lea aaftraa^ afin de piUer ploaàleor
aiae^à et qneje peaas* Maia ailaiy aiaacHi de aas Benoîa, a'eta
aedi«Meiit lever «i daigt ear moi, de aae«e qne /entrai sarcle-
champ, et je les vis occupés à entasser dans des caisseaet dès
«laBea éa» pile»#aaBiellea Talrisatca* J'anMnfai dans l'apparte-
ment imérieardii pa^nHen, oi était k liftée C;haiies;^ilfiM|t
qaejehâgepdejoatieeyîln'yeaawtpaaiMtplaadnrdaaaleiHle
eamfi. J^^aaur mie table de petitacaiHeiabrillane, détentes
igadijaia , jetés ao hasard anaailieii daagaatelets, des bottes»» des
pesfMS, etc. Cela me fit penser à Titre pève et à toiib; et tandis
qne je regardai» ces petites piatfittf, pemr en choisir qnelqii'mie,
qne croyez-vous qne j'aperçns ? rien de faaine qne mem àMea ami
qma teicâ* Bt à œamots, Stgiamaad tira de soa aei»le ooffierdek
«me Ifargaerite. -*- Hel he>f mon ^samaradé , ao^écmi-je ^ Toas
lie sans pas boargingnen pkm* laaf^enipB , el Toas irea levair flws
brave» anû» angkns. -^ Je le reeoann» sar4e^hamp f pavoe qae
iraoaaaves^wje fs^mink^ tiaéde^nada» da Seim^^fïïneiieréùU
CViatfe^ espar eoaaéqttentr»*
— n est d^nne laAear imeaensay M Aftbar^ aaiis il n'apparlteiit
ni à mon père ni à moi ; fl est à la reine qtt» vvm venez de
— Elle est digne de le porter, reprit Sîgismond; si elle avait
vingt à trente ans de moins , ce serait une excellente tammeponr
456 CHARLES LE TEMERAIRE.
îin fermier suisse. Je réponds qa'elle tiendrait sa maison en bon
ordre.
— Elle Toas récompensera libéralement de loi avoir rendn oe
joyan » dit Arthur pouvant à peine retenir nn sourire à Viàée delà
fière Marguerite devenant la femme d'un berger delà Suisse.
-^ Gomment y elle me récompensera! décria le jeune Helvë-
tien; oubliez*vous que je suis Sîgismond Biederman, fils du Lan*
damman d'Uoderwald? Je ne suis pas nn vil lansquenet, à qui
l'on paie une politesse avec des piastres. Qu'elle m'adresse quel-
ques mots obligeans de remerciement , ou qu'elle me donne quel-
que chose comme un baiser, à la bonne heure I
— Peut-être vous pennettra»t-elle de lui baiser la main , dit Ar-
thur souriant encore de la simplicité de son ami.
— La main ! dit Sîgismond. Eh bien , cela peut suffire pour une
reine qui a passé la cinquantaine ; mais ce serait un pauvre hom-
mage à rendre à une reine du premier mai.
Arthur fit de nouveau retomber la conversation sur le sujet de
la bataille, et il apprit que le massacre des troupes du duc, pen-
dant la déroute , n'avait pas été proportionné à l'importance de
l'action.
— Un grand nombre avaient des chevaux pour s'enfuir , ditSi-
gismond , et nos rtiierî ^ allemands s'occupaient du butin , an lien
de poursuivre les fuyards. D'ailleurs, pour dire la vérité » le camp
de Charles nons airêta nous-mêmes dans la poursuite ; mais si
nous avions été à un demi-mille plus loin , et que nous eussions vu
' nos amis encore pendus aux arbres, pas un confédéré nesesendt
. arrêté, tant qu'il amrait eu des jambes pour le porter*
— Et qu'est devenu le duc?
—Charles s'est retiré en Bourgogne, comme un sanglier qui a
senti la pointe de l'épieu, et qui est plus enragé que blessé; mais
on dit qu'il est sombre et mélancolique. D'autres prétendent qa'îl
' a rallié son armée éparse, qu'il y a réuni de nouvelles forces, et
qu'il a extorqué de l'argent de ses sujets ; de sorte que nous pou*
vons nous attendre à avoir encore à en découdre. Mais, après une
telle victoire , tonte la Suisse se joindra à nous.
— Et mon père est avec Charles ?
— Sans contredit; et il a fait franchement tout ce qui était en
r GaralàcB.
CHARLES LE TEftlERAIRE. 457
loi ponr conclare un traité de paix avec mon père; mais il aura
peine à réussir. Charles est anssi obstiné que jamais ; nos gens sont
fiers de leur yictoire , et ce n'est pas sans raison. Cependant mon
père est toujours à prêcher que de telles victoires et de tels mon*
ceaux de richesses changeront nos anciennes manières , et que le
laboureur quittera sa charrue pour se faire soldat. Il dit bien des
choses à ce sujet. Mais pourquoi de beaux habits , de l'argent , de
bonne nourriture, et du vin de choix, nous feraient-ils tant de mal ?
c'est ce que ma pauvre tête ne peut comprendre, et il y en a de
meilleures que la mienne qui ne sont pas moins embarrassées. A
TOtre santé , l'ami Arthur. Ce vin est excellent !
— Et pourquoi êtes-vous venus ici si promptement, vous et votre
général le prince René 7
— Sur ma foi, c'est vous qui en êtes cause.
— Mai! comment cela se peut-il?
— Gn dit que vous et la reine Marguerite , vous pressez ce vieux
roi des violes de céder ses domaines à Charles, et de désavouer
les prétentions du duc René sur la Lorraine. Et le duc de Lor*
raine a envoyé un homme que vous connaissez bien ; c'est-à-dire,
TOUS ne le connaissez pas, lui, mais vous connaissez quelques per-
sonnes de sa famille , et il vous éonns^t mieux que vous ne vous en
doutez , pour enrayer vos roues , et empêcher que vous n'obteniez
pour Charles le comté de Provence, et que le duc René ne soit
troublé et contrarié dans ses droits naturels sur la Lorraine.
— Sur ma parole, Sigismond, je ne vous comprends pas.
— Il faut que j'aie du malheur! Tout le monde dit à la maison
que je ne comprends rien , et l'on dira bientôt que je ne puis me
faire comprendre de personne. Eh bien , en un mot comme en
cent, je veux parler de mon oncle , le comte Albert de Geierstein,
comme il se nomme , le firère de mon père.
— Le père d'Anne de Geierstein ! s'écria Arthur.
— Oui , lui-même. Je pensais bien que je trouverais un moyen
de vous le &ire reconnaître.
— Klais je ne l'ai jamais vu.
— Pardonnez-moi. C'est un habile homme, et qui connaît mieux
les affaires de chacun^ que chacun ne les connaît soi-même. Ohl
' ce n'est pas pour rien qu'il a épousé la fille d'une salamandre !
— Allons donc, Sigismond I comment pouvez- vous croire à de
' telles sottises ?
418 CHABUFfr LB TBilÉAàlUI.
— Rodolphe m'a dit que voas n'étic£ gaère buôhs eonbasmié
que moi une certaine nuk à 6ralt»*Liist«
— Ea ce catt jie n'en ëlaisqnepbuâaa.
— ttk hieul cel oncle dmt je Toot pade a fulfoes-viis 4cs
TOOZ lÎTTes de conjuration de la hibliothèye d'Arabeîm. On £t
qa'il pent se transporter d'nn lien dans nn antre aicee la oâérilé
d'un espriiy et qu'il est aidé dans ses desseins par des consetUers
igaà ont plus que la puissance de rhnmnie. Cependant malgré tons
ses talenaet tous les secours qu'il reçoit» n'importe qn'ilskn Tien-
nent du bon ou du maUTais càté, E n'en est guère plna amncé;
car il est toujours plongé dans les aDriMurr as at les dangers*
— Je ne connais que peu de détails de sa vie,, dit Arthar, dé-
guisant aussi bien qu'il le pouvait le désir qn^il airait d'enapprendre
davantage ; j'ai senleo^ent entendu dire qu'il avait fuilté la Suisse
pour se rendre près de l'Empet^nr^
-* C'est la vérité : et ce fut alors qu'il épousa la jeune baronne
d'Ambeim^Maisensuiteil eni^oarutk disgrâce de l'empereur Fer-
dinand et selle d« duc d'Aulricfae^Oa dit^jue voos ne pouvez vivre
à Rome si vous êtes en querelle avec le pape; de sorte que mon
oncle JMgea à j/rofùs de passer le Rhip , et de se réfugier à lacoar
de Charles» q|ai faisait toujours bon acoaefl aux étsaiigera de toes
les pays» pourvu qu'ils fussent annoncéa sons qnelqne nom bisD
ronflam , oamme comte y marquis ou haron* Mon oncle en fiit donc
parÊdtement reçu; mais depuis un an ou deux cette amitié s'est
évanouie. Mon oncle Albert avait obteim nn grand ascendant dans
qndqjoes soeiétéamjstérienses^ qui n'avaient pas à beanconp près
l'approbation du doc Charles; et cekii-cidavintsi courroucé contre
mon pauvre onde » qu'il fut oMigé de prendie les ordres et de se
faire tondre» de crainte qu'on ne hd coupât 4e cou. Mais quoi^'il
ait perdu ses cheveux , iln'a pas perdnaon caractère remuant; et
quoique le ducini eût laissé la liberté^ il kn^oKita tant de tra-
casseries et d'embarras^ que tout le monde crcg^ail qnerUharles
n'attendait qu'un prétexte pour le faire arrêter et lé fidre mettre
à mort. Mais mon oncle persiste à dire ^'il nem^aintpas Charles,
et qne, tont duc qu'il est» c'est Cbarlesf ai doit le redouter. Et
Yona aïKx vn avec quelle hardiesse il a. joué aonrâla à la Krette.
->— Par saint Gemedi Windaoi: l décria Artbmyc'est le paître
de SainttPanl.
— Oh ! oh I vous me con^renez à présent. Ehlîmi|:il.priaav
GHARUS LE TÉMÉRàlRB. A»
lui 4e dire ^le Cbarlea n'oserait le punir de la part qu'il tcwx
prise à la mort du goayerneiir ; et ce fut ce qui arrlya; ^otcpie
mon onde Albert eût siégé et Toté dans les Etats de Bourgogne;,
et ^'il kfl eût excités de tout son pouvoir à refuser au doc l'ar-
gent qu'il lenr demaudait. Mais quand la guerre contrôla Snîsfle
eoimnença» mon oncle Albert apprit que sa tonsure ne le proté-
gerait plus » et que Charles nyait dessein de raccns» d'avoir des
ccoxespondances avec son frèxe et ses conq[iatriotes ; et tout à coup
il parut dans le camp de René de Yaudemont a Neufcbâtel^ d'oii,
pour le braver,, il lui envo}:a dn-e qu'il renonçait à son allégeance.
— Cette histoire est sû^ulière , dit le jeune Anglais > et elle
anmmce un homme dont le corps est aussi actif que son eqprit est
versatile.
•*— Vous chercheriez en vain dans le monde entier un honune
eomme mon oncle Albert. Ensuite» comme il n^nore rien , il a
dit au duc René ce que vous fusiez id, et il lui a offert de s'y
rendre pour j obtenir des informations plus certaines. Oui , quoi^
qu'il n'ait quitté notre camp que cinq à six jours avant la bataille ,
et qu'il j ait quatre cents milles Inen complu entre Aix et Nenfchâ-
tel , nous l'avons rencontré qui en revenait , quand le duc René
et moi , qui l'accompagnais pour lui montrer le chemin^ nous ve»
nions ici après avoir quitté le champ de bataille.
— Rencontré 1 répéta Arthur ; rencontré qui ? Le prêtre de
Saint-Paul?
— Oui, c'est lui que je veux dire; mais il était déguisé en carme.
— En carme i s*écria Arthur frappé comme d'un trait de lu-
mière ;. et j'ai été assez aveugle pour recommander ses services a
la reine 1 Je me souviens fort bien qu'il se tenait le visage caché
sons son capucbou« Et moi qui suis tombé si grossièrement dans le
pîége 1 Au surplus , ce n'est peu^étre pas un grand malheur que
l'ailàire projeté ait été interrompue ; car quand même ^e eût
été terminée comme nous le désirions , il est à craindre que cette
inconcevable défaite n'e&t dérangé tous nos plans.
La conversation en était là quand Mordauat vint annoncer à
Arthur que la reine désirait le voir. Un sombre appartement ,
dont les fenêtres donnaient sur les rmnés de l'édifice construit par
les Romains , et d'où l'on ne pouvait voir que des débris de mu-
nailles et des fragmens de colonnes » était la retraite que Mai^gue*
rite avait i^^ie dims «e brillant pakis» Jill^ x&gA Arthur avee
460 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
une bonté d'antant plas touchante , qu'elle partait d'un cœur fier
et impérieux , assailli par mille infortunes , et qui les sentait
Tiyement.
*- Hélas ! pauyre Arthur ! lui dit-elle , ta Tie commence comme
celle de ton père menace de finir , par des travaux inutiles pour
sauver un navire qui coule à fond. La voie d'eau y laisse entrer
l'onde amère plus vite que toutes les pompes ne peuvent l'en faire
sortir. Toute entreprise échoue , pour peu qu'elle se rattache à
notre cause. La force se change en faiblesse , la sagesse en folie ,
le courage en lâcheté. Le duc de Bourgogne , victorieux jusqu'ici
dans toutes ses entreprises les plus audacieuses, n'a qu'à concevoir
un instant la pensée de donner quelque secours à la maison de
Lancastre pour voir son glaive brisé par le fléau d'un paysan ; son
armée bien disciplinée , regardée comme la première du monde ,
se dissiper comme la paille emportée par le vent , et ses dépouitles
se partager entre de vils soldats mercenaires allemands et des ber-
gers , des barbares des Alpes 1 Qu'as-tu appris de nouveau de cette
étrange histoire ?
— Presque rien de plus que ce que vous savez déjà , Madame.
Le plus fâcheux , c'est que la bataille n'a été disputée qu'avec une
lâcheté honteuse de la part des Bourguignons , et qu'elle a été
perdue , quand on avait tous les avantages possibles pour la gagner.
Le plus heureux , c'est que l'armée du duc a été dispersée platôt
que détruite , et que le duc lui-même a échappé i et rallie mainte-
nant ses forces dans la haute Bourgogne.
— Pour éprouver une nouvelle débite ou s'engager dans une
lutte douteuse et prolongée , non moins fatale à sa réputation. Et
où est ton père ?
— On m'a assuré qu'il est avec le dac , Madame.
— Va le rejoindre y et dis-lui de ma part qu'il songe à sa sûreté
et qu'il ne s'occupe plus de mes intérêts. Ce dernier coup m'a
anéantie. Je suis sans un allié , sans un ami, sans argent....^.
— Pardonnez-moi , Madame ; un heureux hasard remet entre
les mains de Votre Majesté ce reste inestimable de votre prospé-
rité , dit Arthur. Et lui présentant le précieux collier, il lui ra-
conta comment il avait été retrouvé.
— Je suis charmée du hasard qui nous a rendu ces brillans;
grâce à eux, du moins, je mourrai sans faire banqueroute du côté
de la reconnaissance. Portez-les à votre père ; dites-lui que je re«
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 4€1
nonce à tons mes projeta , et que les ressorts de mon cœur, ces
ressorts dont l'espérance seole soutenait l'action, tiennent d'être
brisés. Dites*lni que ces bijoux lui appartiennent , et que je Yeux
qa'il les emploie à son usage. Ce ne sera qu'une pauyre indemnité
du riche comté d'Oxford , qu'il a perdu pour la cause de celle qui
les lui enyoie.
*-^ Soyez bien sûre. Madame, que mon père aimerait mieux
gagner sa vie en servant comme schwartz^reiter ^ que de vous de-
venir à chai^ dans vos infortunes.
— Il n'a jamais désobéi à aucun de mes ordres , et celui-ci est le
dernier que je lui donnerai. S'il est trop riche ou trop fier pour
vouloir profiter d'un don que lui fait sa reine, il ne trouvera que
trop de malheureux Lancastriens qui seront plus pauvres ou moins
scrupuleux.
— Il me reste une circonstance à communiquer à Votre Majesté,
dit Arthur.
U loi raconta l'histoire d'Albert de Geierstein, et lui apprit son
déguisement en carme.
— Etes-vous assez fou , lui demanda la reine , pour supposer que
cet homme soit aidé par quelques puissances surnaturelles dans les
projets de son ambition et dans la célérité de ses voyages ?
— Non, Madame ; mais on dit tout bas que ce comte Albert de
Geierstein ou ce prêtre de Saint-Paul est un des chefs des associa-
tions secrètes d'Allemagne, aussi redoutées que détestées même
par les princes; car l'homme qui peut disposer de cent poignarda
doit être craint, même par ceux qui ont à leurs ordres des milliers
d'épées.
— Mais cet homme étant maintenant dans les ordres, peut-il
conserver de l'autorité parmi ceux qui prononcent sur la vie et la
mort? Cela est contraire aux canons.
— On devrait le croire. Madame ; mais tout ce qui se passe dans
ces institutions obscures est différent de ce qui se fait à la lumière
du jour. Des prélats sont souvent à la tête d'une cour de Vehnié, et
l'archevêque de Cologne est chef général de ces terribles tribunaux
secrets, comme duc de Westphalie, pays où ces sociétés sont sur-
tout florissantes ^. Les membres les plus importans de ces sociétés
I. Cavalier noir : nom d'nne des compagnies franches.
1, L'archerêqne de Cologne fat reconnu comme chef de toutes les Cours Franches , c'est>^>dire les
cours da V*hmét en Westphalie» par un privilège accordé, en i335, par l'empereur Charles IV. Wen-
48f GHâRKËS LE TÉSD^IAIRK.
téoSbrfBoses ont des priTfléges qm leor A)iiiieiit seerèmMnr «œ
DeHè influence , qu'elle pent parattre sumatnreUe aox bommes fd
M eonnoasent pas les drcenstances dont personne n'ose piller
tout liant.
— Que ce soit nn sorcier on nn assassin , dit h reine, je le
remercie d'avoir contribaé à déranger le plan qae j'avair formé
de déterminer mon vieux père à consommer ta cession Sa h. n*o»
vence ; ce qni , d'après les évènemens qni viennent d'arriver, annât
dépouillé René de ses domaines sans fevoriser notre projet d'inva-
sion en Angleterre. Je vous le dis encore une fois, partez demain
an point du jour, et allez rejoindre votre père. Ordonnez-lui de
ma part de songer à lui et de ne plus penser à moi. La Bretagne ,
où nSside Fhéritier de la maison de Lancastre , sera l'asile le plus
sûr pour ceux qui en ont été les plus braves défenseurs. Le tri-
banal invisible , à ce qu'il paraît, est tout puissant sur les deux
rives du Rhin , et l'innocence n'est pas un titre pour être à Fabri
àé tout danger. Même ici, le traité projeté avec la Bourgogne peut
devenir connu, et les Provençaux portent des poignards aussi bien
que des chalumeaux et des houlettes. Mais j'entends les chevaux
des chasseurs qui rentrent, et mon vieux père insouciant, ne son-
geant plus aux é vènemens impo rtaus de cette journée , qui sifflera
montant les degrés du péristyle. Nous nous séparerons bientôt,
et je crois que cette séparation sera un soulagement pour fm*.
Allez vous préparer pour le banquet et pour le bal, pour le brait
et pour la folie; mais surtout soyez prêt à partir au point du jour.
Après avoir quitté la reine, le premier soin d'Arthur fut d'avertir
Thiébault de tout préparer pour son départ, et ensuite il se disposa
à jouir des plaisirs de la soirée. Le chagrin'd'avoir vu échouer sa
n^ociation n'était peut-être pas assez vif pour le rendre incapable
de trouver quelque consolation dans une pareille scène , car la
vérité était que son cœur se réroltait secrètement contre l'idée de
voir le bon vieux roi se dépouiller de ses domaines pour Cavoriser
une invasion en Angleterre, qui, quelque intérêt qu'il pût prendre
aux droits de sa fille, n'offrait qu'une bien fsoMe chance de succès.
Si de tels senUmens étaient blâmables, ils reçurent lear pnni-
cosUsle oonfirma, en x38a, par an acte daoa lequel rarcbefâqmi est mommi gniubaMtlre du
f^tàmé, on grand iaquUiteur, Ce prélat et d'autres ^tres fUrent autociaée à eseroer om Conetioa»
par le pape Boniface III . dont la discipline eoclésiastiqae leur peroût, eu pawiicaa • d^ jnfti daa
•f&tires où il 7 allait de la vie et de la mort.
(mhWfS £8 TEMÉltâniB^ 4et
tiMi* ^BOMjM bieii poB Ab gSDS Bossent jii8q[iA quel pofait FâiiiféiB
ds éam deLomiiie et les noirrellea qvfH arait apfportées mTaknt
dëconoerté les plans de la reine Margnerite, on savait parfaitement
(fmH. n arait jamais régné beanconp dfamitij entre Yolande et
MaffpBenle dr Anjon* Le jeone prince se trovra donoy i la cour de
son aléiily a la fêle «t^on parti nomlnreaz auquel ns marner es han*
taJnee de sa tante déplaçaient, et qni étaft fatigué de son air de
mAaneolîe étemelle y de sa eonversation grare et* sérieuse , et de
son mépris aroné pour tontes les frivolités dont eUe était entourée.
René , d'aiUenrs , était jennei bien fait; il arrivait d'une bataHIe
oi il avait oombattn glorieneement, et qui avait été gagnée contre
tOQieslesprobaMKiés.Qa'ilréunftsur lui touvlies regards, enravis-
sant à Aithar tous ceux que l'influence de la reine lui avi&ent pro-
curés la soirée précédente , c'était une conséquence naturdle de
leur situation respective. Mais ce qui piqua surtout l'amour-propre
d'Artfcor fut de voir la gloire du duc de Lorraine rayonner jusque
sur son ami Sigtsmond-le-Simpte, comme ses frères l'appelaient ;
car René de Y audemont présenta le jeune et brave Staisse à toutes
les dames, sous le titre de Sigismond deGeierstein, et il avait eu
soin de lui procurer des vétemens plus convenables à une* cour si
splendide que le costume de montagnard d'Underwald sous lequel
était arrivé le comte, autrement dit Sigismond Biederman.
Tout ce qui est nouveau est sûr de plaire pendant un certain
temps, quand même la nouveauté en serait le seul mérite. Les
Suisses n'étaient guère personnellement connus an^dà de leurs
montagnes, mais on en pariait beaucoup , et c'était une recom*
mandation d'être' de ce pays. Les manières de Sigismond avaient
quelque chosede brusque; elles offraient un mélange de ganchetie
et de rudesse qu'on appela franchise pendant le moment de fevenr
dont il jouit. Il parlait mal le français , et l'italien plusmal encore ,
mais son jargon , disait*on, donnait un caractère de nafveté à tout
ce qu'il disait. Ses membres étaient trop massifs et trop robustes
ponr avoir de la grâce; sa danse, car le comte Sigismond ne
manqua pas de danser , ressemblait aux bonds d'un jeune éléphant.
Cependant tout cela parut préférable aux belles proportions et
auj( mouvenieas gracieux, du jeune AnglaÎA , mêmeà la belte corn*
tesse aux yeux noirs , dans les bonnes grâces de laquelle Arthur
avait fait quelques progrès la soirée précédente. Arthur, jeté
ainsi dans l'ombre, se trouva dans la situation où fut par bt suite
464 CHARLES US TEBiERAiaE.
M. Pepys ^ qptaià il déchira son manteaa de camelot ; le doimiiage
n'était pas grand, mais cela soCGit pour troubler son égalité
d'ame.
Cependant la soirée ne se passa pas sans loi procurer une petite
Tengeance* Les arts produisent quelques onyrages dont on n'aper-
çoit les défauts que lorsqu'on a assez peu de jugement pour les
exposer an grand jour : ce fut ce qui arriva à Sigismond-le-Simple»
Les Provençaux , dont l'esprit est vif, quoique capricieux, eurent
bientôt découvert son peu d'intelligence et sa bonhomie; ib s'a-
musèrent donc à ses dépens par des complimens ironiques et par
des railleries détournées. Il est même probable qu'ils y auraient
mis moins de délicatesse et de retenue, si le Suisse n'eût apporte
jusque dans la salle de bal sa compagne inséparable , sa halle-
barde, dont la taille, le poids et la grosseur ne promettaieot rien
de bon à quiconque laisserait apercevoir à son maître qu'il voulait
rire à ses dépens. Cependant la seule gaucherie bien prononcée
que fit Sigismond cette soirée, fut qu'en exécutant un superbe en-
trechat, il retomba de tout son poids sur le pied de sa jolie dan-
seuse f qu'il mit presque en capilotade.
Jusqu'alors Arthur avait évité , pendant toute la soirée , de jeter
les yeux sur la reine Marguerite, de peur de détourner ses pen-
sées du cours qu'elles avaient probablement pris , en ayant l'air de
réclamer sa protection. Mais il y avait quelque chose de si plaisant
dans la gaucherie avec laquelle le Suisse maladroit exprimait sou
regret, et dans la physionomie courroucée de la jeune beauté,
privée pour quelque temps de Vusage d'un pied, qu'il ne put s'em-
pêcher de jeter un coup d'œil vers l'endroit où était placé le &ia-
teuil d'apparat de Marguerite, pour voir si elle avait remarqué
cet incident. Ce qu'il vit était de nature à fixer son attention. La
tête de Marguerite était penchée sur sa poitrine; ses yeux étaient
à demi fermés, ses traits décomposés, ses mains contractées avec
effort. La dame d'honneur qui était debout derrière elle , vieille
Anglaise qui était sourde et qui avait la vue courte , n'avait aperça
dans la position de sa maîtresse que l'attitude d'indifférence et de
I. M. Pepys (Samuel) éuit nn seeréuire de l'amirauté , soos les règ^nes de Charles II et Jaoqaes II,
qm tenait nn registre exact des érènemeDS les pins importans comme des pins pnérils, jour par
jonr , dans le genn des Mémoires on Journal du marquis de Dangeau. Voici comment Pepys wea-
tienne le malheur annuel sir Walter Scott fait ici allusion :
« àigourd'hui j'ai fait nn petit accroc à mon beau manteau de camelot nenf » atec le loquet de ta
porte de sir O. Carteret. Je l'ai fait porter chez mon tailleur» et il n'y paraîtra presque plus , nais
eeU m'a taxé. »
GHARL^ LE TÉMÉRAIRE. 46A
aTec laquelle Maf^erite aasisiait habitneUement aox
fêtes de la cour de ProTence^ Mais lorqae Anhar , alarmé, yint,
derrière le foateuil , Tinviter à faire attention à Tétat dans lequel
se trouyait la reine , elle s'écria, après l'aToir bien examinée : —
Mère du Ciel 1 la reine est morte!— Le fait était rrai; il sendrfait
qae la dernière étincelle de la vie, dans cette ame fière et ambi*
tieiise , se fût éteinte en n^me temps >qae la dernière lueur de ses
eqpérances p^tiques, comme elle l'aTatt prédit elle-même.
CHAPITRE XXXIU.
De la grandeur, cloehet, sonnei la chute I
AnnoDoes la fin de la latte
D'un cœur brisé par l'excès de ses maïuu
La ^e asfr un spectacle t il-dnre une minute s
Le rideau tom|}e et l'on est en repos.
jtnchn poèmes
La. commotion pccasionée par un événement jà singulier et si
déplorable i et les cris de surprise et de terreur qu'il fit pousser
aux dames de la cour , ayaient commencé à se calmer , et Ton put
alors entendre les soupirs plus sérieux, quoi^e m<Hns bruyans, du
petit nombre d'Anglais que la reine avait à sa suite , et kê gémi^
•semens du vieux roi René, dont les émotions étaient aussi vives
^e peu durables. Après que les médecins eurent tenu une longue
et inutile consultation , le corps, naguère celui d'une reine, fut
remis aux prêtres de Saint-Sauveur , cette belle église dans laquelle
les dépouilles des temples païens ont contribué à la maguificence
d'un édifice cbrétieii- La nef, le chœur et les ailes en furent ma-
gi^fiquement illuminés, et les funérailles farent célébrées avec
pompe. Quand on examina les papiers dit la reine, on vit qu'en
disposant de <pielques joyaux, et en vivant avec économie » elle
ayait trouvé le moyen d'assurer une existence décente an petit
nombre d'Anglaisqai étaient à ssii.smte. Dans son testament, elle
disait que son collier de brillans était entre les mains d'un mar«
diand anglais nommé John Philipson et de son fils Arthur , et elle
le leur léguait^ oft le pri« qii^ils «n ayaient tir^» s'ils rayaient
3o
466 CBAilfiBB? Ul ifiHBaMRE.
Teiicht M RM en gtÊgp fom le faire «snrir avK^iMtebM^^Ule
«raittaroftéa et q«*iU oonnaâaflaieBt; m, si FeoéendoBreadAye-
atà iM|KW>iWe, fomt Vemfèojet k kar^ propres* hemim- et
affairos. fille chai^geaitexchHi^^«oaeiil AîrlharPkiitpaoa dirstoiade
saa faaënntteay et éemandait cpa'eUe» aoiaciift Jiea â\apiès les
formes-iisitëaa en Angleterre. Celle dernière dîsfiadtien élaîrcoii-
te»nedao»4U oodicîUejdaié dajoBr jpènœ de'saniert.
Artlnry aana perdre de teflBip»^ défièche Tfaiéfanakiàiaonpire;
avec une lettre qui lui apprenait y en termes qu'il savait que le
comte comprendrait aisément , tout ce qui s'était passé depuis
son arrivée à Aix , et surtout la mort de la reine Marguerite. Enfin
il lui demandait des itistmctions sur ce qu'il devait {aire, puisque
le délai nécessairement occasioné par les préparatifs des ob&èques
d'une personne de ce rang le retiendrait à Aix assez long-temps
pour qu'il pût y< recevoir sa réponse.
•Le vieux roi supporta si bien la mort de sa (ille, que , le second
jour après cet événement , il s'occupait à arranger une procession
pompeuse pour les funérailles» et à composer une élégie qui de-
vait être chantée sur un air également de sa composition, en l'hon-
neur de la reine défunte, qui était comparée aux déesses de la
mythologie paitotme, a Judith, àDébera et autres hëretfnes4èl'Ân-
eien*T6stament<> povr ne poînt^parle^ des saintes du siartjfToldge.
PIoos Ém p9UT0ti8 nous dispenser d'avover que kirs^fue la j^renuère
^ieteWLedèson ehagrin fàt paseée, le roi Renéiie puts'empêdier
desetttir\|iie la mort de Marguerite tranèhait un noend^politîque
qn'ibaurait trou^ sMs^cefat cyfttcile à: dénouer, et hii permettait
de prendre éuvm*t6»ent le parti de > son petic&fils, e^es»4i*dire de
l'aider d^tine partie cmnsidénMe'des seraiites^seiifiëRnes dalkisle
tréai»rp«l>Hc de la»Provence^ et qui^ comme nou» Kiii^ons dit, ne
montaient en ce*moinent qu'à ^x nâlle éeus. R-ené, ayant ainsi
4*éçu lii bénédibiioti^cb son^ aïeul sous Une forme-impertante à ses
'affaires^ alla rqcôndtt» les hommes déterminés qu'il cominandait;
et lft*je«ineeé brav#SttÎ88e Sigîsmond'Siedciiniian , dit le Simple,
pateH^^a^ec Ini, après avoir fidt à' Atthiip^^ ««dieux |rieins d'aï-
ftcâHm , *♦ "
Ëa petite eoerii'Aix'l^t alerslIiisBée à son dèeilt LeVei René,
févit qurteete oérémotiie d^apparat , qu^elle eàt pour eanse Ja tris-
tëÉM eu Ift foie» était teajours onegKawdë alMre^ aurtà«vehMilten
di][)eiisé, poiA* oélébrer leseb0èq|ies4tsa^filleBtogitente, toMce
GHARLBS LE TâffiâlIAIRE. 4«7
qpnhîîMsiaitâeso'ii r«f«iiuyniai»ilêiî fiK«mp6e1ié, eh partie
p^ les peaicttitraBeeft-âe toftnriatotres) et en pariiê par l'opposi-
tion q«'i|^reReoiilni dé la part' d'A^rthur, qui, a^sant d'après la
volonté préMmée^e la dofante, ne youliit pas souffrir qu'oii in-
tmikii^it dans loè ftiaéraflles de- lareine^tieQne de ees fritoUtés
pottipevsesqiri aTaien&élé Pobjelde son mépris pendant sa vie.
Après plusieurs jours passés^n prière» publiques e£ en actes de
dévoûoii > les obsèques féreal'doiio oélébrées a^ee la ma^ficence
lugubre que rédumalt la haute naissanee de la défaiite, et que
FEgkise roinaiBe sait ^i bieiiMMDployier pour pariertanx yeux , aux
oreiUe&etaux eœurs^
Parmi les divers nobles qui assistèrent àcette cérémonie solen-
nelle» il en ftit un qui n^urriv» à Aix qu'à ^instant où le son des
grosseS'doches-de Saint-Sanveur annonçait que le cortège funèbre
étttt d^à eachemiu vers la*catfaédt*ale.
Il quitta à la bâte son oostotne de voyage pour prendre des ha-
Ints de deuil faits à- la mode anglaise. Ainsi vêtu, il se rendit à la
cathédrale, et le noble msûotien dn^eavaHer étranger imposa
teUeaaeBt aux speetaitewrs, que cbiaoun lui fttplaee pour lui per-
mettre 4e s'avaneer tout* à oAlé4» catafalque. Gefbfr là, et par-
deasns<le eerooeil d'une .peine qu'il avait âî fidèlement* servie, et
pour laquelle il amit<tant souffert, que le 'vaillant oonfte d'Oxford
éèbangea un regard métaneolique avec bon fils. Tbus «euK qui as-
asifaseut «ui^ifiinéraiHes ,«et surtout lepetit nombre des serviteurs
anglais de Marguerite, les regardaient tous deux avec surprise et
respect ; le cemte surtoM'leor paraissait un digne représentant des
auîetsanglaâs restés^ fidèles à la maison de Laneasire, et rendant
les dermers devoirs à la mémoire d'une reine qui avait si long-
temps porté le sceptre, siaon^aus commettre des fautes, du moins
«f une &Miîateiu§omrs ha^rdie et résolue.
Lesdegmîers sons des antiennes fteéraires avaient cessé de se
faire eflieodre, et^ presque tons les spectateurs s'étaient déjà reti-
ré») iii9ia4e petto et le<fila étaient eUGoreMdàns «n sileuce mélan-
colique^ prèe ,à^ restes- de leur «aou^^raine* Les prèti*es s'appro-
chèrent d'eux et le^ir annoncèrent qu'ils allaient aceompKr les
deraiersritea e»> livrait le ^sorps^ 4e la dfifunte, ce corps qui na-
guère avait été anin^par un esprit si inquiet et si hautain, àia
'peossftre, mtsilenéret^àl'dlisauriié du caveau qui depuis bien
lofffMispa aer^iftt àlaF^sépuMiad ds^t^eenites' de Brormcè. Six
3o.
468 CHARLES LE TEMERAIRE.
prêtres chargèrent le eercaeil sur leurs épaules, d'autresle précé-
daient on marchaient à la snite» tenant de gros cierges de cirft; îb
descendirent tons les degrés qui conduisaient dans lecayeaa son-
terrain. Lorsque les sons du requiem qu'ils chantaient eurent cessé
de s'élever dans l'église et d'en fiiire- retentir les voûtes , lorscpe
la lueur des cierges qui brûlaient encore dans le caveau ne put
plus se répandre à l'extérieur, le comte d'Oxford prit lé bras de
son fils et se rendit en silence avec. lui dans une petite cour, en
forme de cloître, située derrière cet édifice religieux. Ils s'y trou-
vèrent seuls , et ib restèrent quelques minutes sans se. parler, car
ils étaient tous deux , et surtout le père, profondément affectés.
Enfin le comte prit la parole :
— * Et voilà donc quelle est ta fin, noble princesse ! dit-il ; ici
s'écroulent avec toi tous les projets que tu avais formés , et que
nous devions exécuter au risque de.notre vie I Ce cœur si résolu a
cessé de battre! Cette tdte si entrq[»renante a cessé de méditer!
Qu'importe que les membres qui* devaient contribuer à ton entre-
prise aient encprela vie et le mouvement I Hélas I Marguerite d'An-
jou, puisse le ciel t'accorder la récompense de tes Tertus, et
le pardon de tes erreurs ! Les unes et les autres appartenaient
à ton rang : et si, dans la prospârité, tu as élevé la tête un peu
trop haut, jamais princesse n'a su braver comme toi les tem-
pêtes de l'adversité, et y opposer une si noble détermination.
Cet événement est le dénouement du. drame, mon fils, et notre
rôle est joué.
— En ce cas , mon père, nous allons porter les armes contre
les infidèles, dit Arthur avec un soupir qui se fit à peine en-
tendre.
— Il &ut d'abord que je sache m Henri de Richmond, héritier
incontestable de la maison de Lancastre, n'a pa&besoin de nos sec*
vices. Ce collier, si étrangement perdu et ai étrangement recou-
vré, comme vous me l'avez mandé, peut lui fournir des ressources
encore plus utiles que vos services et les miens. Mais je ne re-
tourne plus désormais au camp du duc de Bourgogne, car il n'y a
aucun secours à en espérer.
— Est-il possible qu'une seule bataille ait anéanti le pouvoir
d'un souverain ;si puissant ?
— Non certes! Il a fait une grande peiwà la jommée de Gran-
son; mais ppur. la Bourgogne^ ce n'est, qu'qne égratignure sur
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 469
l'épaide d'an géant. C'est son esprit , sa sagesse, sa préToyance,
qoi ont cédé à la mortification d'une défûte, en se Toyant vaincu
par des ennemis qu'il méprisait et qu'il croyait que quelques esca-
drons de ses hommes d'armes suffiraient pour terrasser. Son ca-
ractère eçt déyenu plus volontaire, plus obstiné, plus absolu que
jamais, ^'écoutant plus que ceux qui le flattent et qui le trahissent,
comme il n'y a que trop de raisons pour le croire, il soupçonne
les' conseillers qui lui donnent des avis salutaires. J'ai eu moi-même
ma part de sa méfiance. J'ai refusé de porter les armes contre nos
anciens hdtes les Suisses, et Charles n'y avait trouvé aucun motif
pour m'empécher de l'accompagner dans cette expédition. Mais
depuis sa défaite à Granson, j'ai remarqué en lui un changement
aussi considérable que soudain , qu'il faut attribuer en grande
partie aux insinuations de Campo-Basso, et un peu aussi à l'or-
gueil humilié de Charles » qui n'aimait pas qu'un homme impar*
tial/ placé dans ma situation et pensant comme je pense, eût été
témoin de Tafibront qu'ont reçu ses armes. Il parla en ma présence
d'amis tièdes et froids prétendant rester neutres , et ajouta que
quiconque n'était pas pour lui était contre lui. Oui, Arthur de
Yère , le duc a dit des choses qui touchaient mon honneur de si
près, que si les ordres de la reine Marguerite et les intérêts de la
maison de Lancastre ne m'en eussent fait un devoir, je ne serais
pas resté un instant de plus dans son camp* Tout est maintenant
fini. Ma souveraine n'a plus besoin de m%s humbles services. Le
duc n'est plus en état de nous accorder aucun secours , et quand il
le pourrait, nous n'avons plus à notre disposition le prix qui pour-
rait seid l'y déterminer; car nous avons perdu avec Marguerite
d'Anjou toift les moyens de seconder sesTues sur la Provence.
— Et quels sont donc vos projets , mon père ?
— Mon projet est de rester à la cour du roi René jusqu'à ce que
j'aie reçu des nouvelles du comte de Richmond , comme nous de-
vons encore l'appeler. Je sais que les exilés sont rarement bien
accueillis à la cour d'un prince étranger ; mais René songera que
j'ai été le constant et fidèle serviteur de sa fille Marguerite. D'ail-
leurs j'eoftends rester ici déguisé ; je ne lui demande ni secours ni
attention d'aucune espèce; je présume donc qu'il ne me refusera
pas la permission de respirer l'air de sesdomaines jusqu'à ce que
joiSdfche de quel côté m'appelleront la fortune ou mon devoir.
— N'en doutei pas, i^pondit Arthur, le roi René est incapable
4T0 GBtIILBS OLfe TBHnUililB.
d'oM pensée bMse •« ignoble. S^il «a'mt an^ner les frivxftitéB
cornue il déteste le déehenneiiry il(>oanrttt étnrpkoâkieii'haAt an
rang des monarques.
Cette Tésc^ttlîon «yant ëté iide|itée, .Arthift présenta sea père à
la 4iourdeRené, en itifomiantseGrètenicsit'ieTisifn'il'étaitlioinne
de qualité, et partisan distitigtié de 'la maison de Laneaatre. JLe
bon roi , an fond du eœor, ««pait 'préfâr6«n' honmié dbonédétaina
d'nn autre genre , et d'*un<dara<tère plus gai, à un iionmiSe d'Ela^
à un gnerrierdent la physîoDomie était toujours .grave et mékm»
colique. Le • côtoie le eomprtt,- et ranenient tnmbb4«il par sa pré*
sence les friTéles loisirs de son hoie biemteiilant. 'Il trouva pour-
tant Tocoasion de rendre au vieux Foi tm servioe înipertant, en
amenant à An un trrité entre tuiet sovneveo>Louis, roi de France*
Ce fut défimtivement à ce monarque astucieux que R«ié assura la
possession de «la Pr^^venee ; *oar là néeessité ^«de tatesaro de eu
gcKire était alors devenue évidente mène à «es yeux , et teate peu*
sée fsvorable à Cliaries , duc de Bonvgegne , était morte aveek
reine Marguerite. La poiittque et la sagesse du .cotnte aurais, qoi
feu presque'seill chalrgé'de négocaerxetteaffnre sécrété et délicatSi
furent delà phtsgrande utilité au beu m René, qui^sorët ainsi
de tout anbartfas personne «t pé8unia(ire,«^t qui se «rouva en état
de descendre au tombeau en composant des «vers et en jouant de k
viole. Louis né manqua pas de «hemher à ee rendne propieak
plémpotenyaire 6ii>lui*faiélittt ^entifeyedr Ttlipoir éloigne de cecevoir
de lui des secours pour aider ta >maiao»deL.anea8lre en Jongle*
terre > et il y eut raêÉie un Aiible»ooaMneneeBient de «négociatMiS
à ce sujet. Oes affîiires, qui obUgèrentie comte d*Oji€«lrd«t sonfik
à faire deux voytiges à Paris pendtfntle priti temps et IVit^de 147 6,
les occupèrent les six premiers mois de cette année.
•Cependant la guerre continuait avtec iareur-entreledacde
Bourgogne d'une part, et les Gantons susses et Ferrand de ItMP*
raine de l'aatre. Avant le milieu de Pétéde k raètne urinée, Chailes
avait mis sur pied une nouvelle armée de phts de soiitafnte modk
hommes, soutenue par un .paire d'aftilleriede cent cinquante pièces
de canon, dans le dessein d'envahir la Suisse. De leur eAlé, les
bdliqueux montagnards levèrent aisément une armée de trente
mille Suisses qui se regardaient alors presque comme invindUeSi
et requirent leurs confédérés , les Tilles libres du Rhîn , de kor
fammir un copps conaidérabk de cavalerie. Lee premiers eifforts
CHARLES ilB TÉMÉRAIRE. 471
de Charles lai rëossireiit. Il couvrit de ses troupes le pays de Yaud,
et reprit la plupart des places qu'il avait perdues après la bataille
de Granson. Mais au lico de chercher à s'assurer d'une frontière
bien défendue , ou , ce qui aurait été encore plus sage, de faire la
paix à des conditions équitables avec ses redputables voisins, le
plus obstiné des^ prisées conçut de nouveau le dessein de pénétrer
dans 1a cœur ta&Ât des Alpes^ et de châtier lès montagnards au
miliea de leurs fiMrteresses naturelles, quoique 1 eipérience eût dû
loi apprendre le danger de cette entreprise, et même le faire dés-
espérer du succès.
liaoOiaie d'CHbfoi^ eca#n fils, à le«r retour àf Ais w miUea d^
Téiéy «pprictni que GbarUs t'était avaJicé^iiiwjpl'à/MoratouIMUir-
tea^ ptao^sitwée^anrles b«»rds>d^ttn tac.foriavtileuvâflie nom» à
rentrée dieia>Siii#«e, Lie hniii.|H»Uic4^fl|ût> qu'Adrien deJBubmii*
l>^rS9 /vieus^ ehavaUer de B«rB^,.ooii|iiMiiidait >w «et endroit, et
qi>'iiV]r faisût kl plas v^^asanse résistance eo attendant les se-
cows que ses oo«cîtojQns se préféraient à la, tiate à 1 A envoyer*
-^Hélasl mon •acteo^ère.d'^rpiesl s'écria le «(pmte anappxe*
nant cette nouvelle; cette ville assiégée» eès-Msailts repoussés,
ce voim^fe du paysetonenii, ice laii profo^di ««s rochers iiiao^s-
sililtis VMS uKs^aeent d'une sèaende représefita(îoii4e la tragédie
de GtmhQn f et peut<étre ^ne^ç phis dé^astreiisf) fue lapremière I
JRetdant la d^ière semaine de juUtet , la capitale 4^ la Pro-
yeUBKeefui agitée |Mtr un de oes bffuito qui ne paraisaent londéssur
ri«, maisiqui sont génécateBÉent-aoctêilli», et^qui Iransniettent içs
gmeda évènemens atecune cétévitéinoroyable» coimpaiiiie prange
jetée de laain «a main: par des gens plaeés dedistanaeeii dtsiance,
paroMnpa ion eispaiee domié^ infinioieQt plus vite f«e si eUe était
ponée s«aceasiTep«Mit par les ^epitiers^ les pt«s<agiles. Ce .bruit
animfj^t jB«a seao«<fe ^éfciie des Bouiigfi^aofiseQ tenues si exa»
gérés f 4fm le «oniDe d'Oxford rc^^véait la nounrelle ecMutte ftasse>
an nifiui»ea gftnde pttrtia.
CHAPITRE XXXIV.
Quoi I les eniMinU sont Tenns I
III ont Mmporté la TWloinl
Dm flou de taof ont été ttpanda* ,
8'U «t vraf qii'ao Isyattt Dtrwaat tôniit sa fWrt;
Ls 80]iiiiieil«Ae ferma lei yeux ni dn comte tf Oxford ni: de wfssL
fils; car, qaoiqae les succès ou les dé&ites da dac de Bourgogne
ne pussent désormais être d'aucune importance pour leurs ailaîres
privées ou la situation de FAnglet^rre, le père ne pouvait cesser
de prendre intérêt au sort de son ancien compagnon d'armes, et
le filsy avec le feu de la jeunesse, toujours portée à désirer de Yoir
quelque choSs de nouveau ^ , s'attendait à trouver de quoi avan-
cer ou retarder ses progrès dans le monde ^ dans chaque événe-
ment remarquable qui l'agitait.
Arthur venait de se lever, et il était occupé à s'habiUer, quand
le bruit de la marche d'un cheval attira son attention. Dès qn'H
se fut approché d'une fenêtre^ il s'écria : — Des nouvelles, mon
père 1 des nouvelles de l'année ! Et courant à la hâte dans la me,
il y trouva uU'Câvaliw qui demandait où il pourrait trouvet JdÉn
Philipson et son fils. Il ne lui Ait pas difficile de reconnaître Got
vin, général d'artillerie dn duc Charles. Son air effieffé annonçait
le trouble de son esprit ; son* armure en désordre, brisée en
partie, et ronillée par la pinie ou par le sang, proclamait la non»
Telle qu'il avait récemment pris part à quelque afftûre dans la»
quelle il avait probablement eu le dessous; et son coursier était
tellement épuisé , que c'était avec difficulté que l'animal se soute-
nait sur ses jambes; le cavalier n'était guère, en metUeur ëtat.^
Quand il descendit de cheval pour saluer Arthur, il chancela telle-
ment qu'il serait tombé si son jeune compatriote ne se fût hâté
de le soutenir. Ses yeux semblaient avoir perdu la faculté de
voir; ses membres ne possédaient plus qu'un pouvoir imparfiaiit de
mouvement, et ce fut d'une voix presque étouffée qu'il bégaya:
2. Oy^Aw iMfsnM rrrui.
CHARLES LE TâiâUIRB. 473
^^ Gé nW qne la CaLtigoe, le manque de nourriture et de repor^
Arthor le fit entrer dans la ipaison, et on lui fit servir des ra^*
fraîchissemens ; mais il ne Tonlnt accepter qu'on Terre de yin , et
après y avoir goûté il le remit sur la table , puis, regardant le
comte d'Oxford avec Pair de la plus profonde affliction , il dit dou-
loureusement: — Le doc de Bourgogne!
— Tué I s'écria le comte ; j'espère lé contrairOé
— Il vaudrait mieux qu'il le fût , répondit Gilvin ; mais la honte
est arrivée pour lui avant la mort.
— Il a donc été déCeiit ? dit le comte.
— D'une manière si complète et si terrible , que toutes les dé-^
tûtes que j'ai vues jusqu'ici ne sont rien en comparaison.
— Mais où? comment? Vous étiez supérieurs en nombre , à ce
quton nous a dit.
— Deux contre un, au moins; et en vous parlant de cette af-
faire ea ce moment y je me sens prêt à me déchirer moi-même
de rage d'avoir à vous fiedre un récit si honteux. Depuis huit
jours nous étions arrêtés à faire le tfiége d'une bicoque nommée
Hurten, Morat,^ ou tout ce qu'on voudra. Nous fûmes bravés par
le gouvemenry un de ces ours opiniâtres des montagnes de Berne ;
il ne nous fit pas même l'honneur d'en faire fermer les portes \ et
quai^jious loi fîmes une sommation de rendre la ville , il nous ré-
pondiPque nûus pouvions y entrer si nous le voulions, et que
nous y serions convenablement reçus. J'aurais voulu essayer dé
loi faire entende raison par le moyen d'une couple de salves d'ar-
tillerie; maisikduc était trop courroucé pour écouter un bon
conseil. Excité par ce misérable traître , Gampo-Basso, il jugea
plus à propos de donner un assaut y avec toutes ses forces, à une
place dont j'aurais pu faire tomber les murailles sur les oreilles de
ceux qui la défendaient, mais qui était trop forte pour qu'on pût la
prendre avec des épéeset des lances. Nous fûmes repoussés avec
grande perte, et le découragement «se mit parmi nos soldats. Nous
nous mimes alors à l'œuvre d'Une manière plus régulière, et mes
batteries auraient rendu l'usage de leurs sens à ces enragés Suisses.
Les murs et les remparts s'écroulaient sous les boulets des braves
canonniers de Bourgogne; nous étions protégés par d'excellens
retranchemens contlre l'armée qu'on disait s'avancer pour nous
forcer à lever le siège; mais dans la soirée du 20 de ce mois, nous^
apprhnes qu'elle n'était plais qu'à peu de distance de nous; et
474 CHâlIItf US traMÉKàlRK. '
CSiarlefty ne conMihant yieson esprit auckcMix « najPchiiÀ Iqv
rencontre, abandûnnant l'avantage de nos batteries et de noirt
bonne position. Par son ordre , quoiiiine contre mon ptopre i^sgc
ment , je raccompagnai arec vingt excellentes pièces d'arMUerie
et la fleur de mes gens. Nous levâmes le camp le lendemaia matin,
et nons n'avions pas fait beauconp de cUemin. quand nous vîmes
une montagne bérissée de piqnea, de ballehardes et d'épées à deux
mains. Le del lui-même y ajouta ses lerrears i uœ tempête armée
de toute la fureur de ce climat orageux éclata sur les deux armées»
mais fit beauconp plus de mal à la nôtre , car nos soldats, et surlont
les Italiens, étaient moins babitaés.à recevoir un psureil déhige^
et ensuite tous les ruisseaux qui descendaient des montagnes, gon-
flés et changés en torrens par la pluie, noip inondaient et mettaient,
le désordre dans nos rangs. Le duc yit en un instant qu'il étaîl
nécessaire de revenir sur la résolution qu'il avait prise de Urvrer
bataille sur-le-champ ; il accourut à moi , et m'ordonna de couvrir
avec mon artillerie la retraite qu'il allait con^nencer, ajoutant
qu'il me soutiendrait en personne avecles hommes d'armes. L'ordre
fut donné de battre en retraite; mais ce mouvement inspira une
nouvelle ardeur à un ennemi déjà assez audameux. A l'instant
même, toute l'armée suisse se n»t à genoux pour prier. Je tournai
en ridicule cette pratique de piété sur le champ de bat2|iUe ; mais
cela ne.m'arrivera.plus. Au bout de cinq minutes, les Suislls*se
relevèrent, et commencèrent à s'a vanc-er rapidement en sonnant,
de leurs cornets à bon^quin., «t en ponssant leur cridegnerre avec
leur férocité ordinaire. Tout à coup, Milord, lesnujifl^ crevèpenl,
le soleil jeta des torrens de himièiH^ sur les Confédérés, tandis
qu'un véritable déluge continuait à toniber sur nos rangs. Nea gens
furent découragés. L'armée était en retiraite derrière eux, et le
vif éclat du soleil brillant sur les Suisses qui avançaient, montrait
siir la montagne une profusion debamiiàres et d'armes étincelantes
qui disaient paraître l'ennemi en nombre doiible de ce qu'il avait
paru d'abord. J'exhortai mes gens. à tenir ferme, mais en le ftiisanft
j'eus une pensée qui était un péché, et je prononçai un mot qnim
était un antre : Tenez bon, ..mes braves canonniers, leipr difi^t^» et
nons leur ferons voir des éclairs et entendre un tonnerre dont
tontes leurs prières ne pourront les garantir. Aies gens poussèrent
des acclamations. lUms c'était une pensée impie, nn blasphème, et
U*noua en arriva malheur, Nons pointâmes nos canonS'eonlre'lia
CHARLES LE TÉMBHAIQE. 47tf
masses qui avançaient^ ansat bien qne canons aient .jamais été
pointés; je puis en répondre» car je pointai moi-même la Grande-
Duchesse de Bourgogpe. Hélas!» pauvre Duchessei ea, quelles mains
ignorantes te tronves-tu nutintenant! La voléeftartk^ ^et avant que
la fumée eût en le temps de se répandre ,. je pus voir tomber bien
des hommes et des bannières. IL était naturel de croire qu'imo
pareille décharge aurait ralenti lUo^éinosité de l'atiaqoe, et pen*
dsmt que la fumée nous cachait leS' Suisses ,je donnai ordre de
recharger nos canons , et je fis tous mes efforts pour tâcher de les
reconnaître à travers la fumée; mais avant qu'elle se fiât dissipée,
et que nos pièces eussent été rechargées, les Suisses tombent
sur nous comme la grêle ; piétons et 'cavaliers, vieillards et jeunet
gens, chevaliers et varlets, nous chargeant à la bouche même da
canon , av'ee le mépris le. plus complet de leur .vie^ l^les braves
canonniers furent taillés en pièces ou foulés aux pieds »^ pendant
qu'ils s'occupaient encore à chdcger leurs canons, etije^neoroispaa
qu'une seule pièce ait tiré un second coup.
— Et le duc ne vôus'soutint-il pas? demanda Oxford.
-^ Il nous soutint avec autant de bravoure que de loyauté, à la
tète de ses gardes wallonnes et bourguignonnes. Maisun millier ^
mercenaires italiens tournèrent le dos , et ne se remontrèrent plus.
D'ailleurs, nous étions dans undéfdé, étr^tpar lui-même^ et en-
combré d'artillerie , bordé d'un côté par des montagnes et des ro*
ehers, et de l'autre |mr un lac profond. £n iin mot, nous étions
dans un lieu qui ne convenait nullement aux manceuvares de la ca*
Valérie. En dépit des. deniers efforts du duc et de cenxdes braves
Flamands qui<combaUaient autour de lui, tout te repoussé en dés-
ordre complet. J'étais àfned, combattant comme je le pouvais»
sans espoir de sauver ma vie^ et n'y songeant oieme pas, quand
je vis mes canonsipris , et mes fidèles canonniers maasacrés. Maia»
en ce moment, j'aperçus le duc Charles qui était serrédeprès, et
je pris mon cheval des mains demon'pag;equi'letenait.Ettoi aussi
tu as péri, pauvre orphelin! Je me joignis alors à M. de Croye.et
à quelques autres pour dégager le duc, et notre retraite devint une
déroutç complète. En arrivant près de notre ^arrière-garde, que
nous avions laissée campée dans une forte position , 'nous vimes les
bannières suisses flotter sur nos batteries; Une forte division de
leur armée, qui avait -fait un circiût à travers les montagnes , en
piSsant par des défilés qoi- ne aoi)t çonmis q^ed'eux » était tombée
476 CHARLES LE TÉMÉRAIRE,
sur notre camp , et elle avait été Tigonreasement secondée par ce
maaffit Adrien de Babemberg, qni ayait fait une sortie au même
instant , de manière qne le camp s'était trouvé attaqué dé deux
cAtés à la fois. J'ai de pins à tous dire qu'ayant couru nuit et jour
pour TOUS apportet ces mauvaises nouvelles , ma langue est collée
contre mon palais , et que je sens que je ne puis plus parler. Tout
le reste n'est que fuite , massacre, honteuse déroute pour tous ceux
qui étaient sur le champ de bataille. Quant à moi, je confesse que
j'ai à me reprocher ma confiance en moi-même » mon insolence à
l'égard de l'ennemi , et mon blasphème envers le eiel. Si je survis
à cette honte , ce sera pdur cacher ma tête déshonorée sous
on capuchon , et expier ainsi les nombreux péchés d'une vie li-
cenciense.
A peine fht-il possible de déterminer le guerrier accablé de cha-
grin à prendre quelque nourriture, et à aller se livrer au repos ,
après avoir avalé une potion calmante qui lui fut ordonnée par le
médecin du roi René, qui là jagea nécessaire pour maintenir la
raison dans un corps épuisé par les fatigues d'une bataille et d'une
course forcée.
Le comte d'Oxford et son fils restèrent alternativement près do
lit de Col vin, et ils ne voulurent partager ce soin avec personne.
Malgré la potion qui lui avait été administrée, il tarda long-temps
à jouir du repos. Des tressaillemens soudains , la sueur qui loi coo"
Trait le front, les contractions des muscles de son visage, l'agi-
tation convulsive de tous ses membres , là manière dont il serrait
les poings, tout prouvait que ses rêves le transportaient de non-
Teau sur la scène d'un combat sanglant et désespéré. Cet état dura
plusieurs heures.' Ce ne fut que vers midi que la fatigue et l'in*
fluence du breuva(^e qu'il avait pris l'emportèrent sur cette agita-
tion nerveuse, et le guerrier vaincu tomba alors dans un sommeil
paisible qui dura sans interruption jusqu'au soir. Le soleil allait
se coucher quand Colvin s'éveiHa ; et après avoir appris où 3
' était , et avec qni il se trouvait, il prit quelques rafraîchissemens,
et leur raconta de nouveau tous les détails de la bataille de Alurten,
sans avoir l'air de se souvenir qu^il les en avait déjà informés.
— Sans trop s'écarter de la vérité , ajouta-t-il, on peut calculer
que la moitié de l'armée du duc a péri par le fer, ou a été poussée
dans le lac. Ceux qui ont évité la mort sont dispersés de tons côtés,
et ne se réuniront plus. Jamais on n'a vu une défaite si irrépa*
j
CHARLES LE TftlIÉRAIiœ. 47T
table. Noas ayons pris la fuite comme des daims, eommedesmoa-
tons, ou d'autres animaux timides , qui ne restent ensemble qjm
parce qu'ils craiguemt de se séparer, n^ais qui ne songent jamais à
se mettre en ordre ou en défense.
' — Et le duc 7 demanda le comte d'Oxfordl
— Nous l'entraînâmes avec nous, plutôt par instinct que par
loyauté , comme les hommes qui s'enfuient d'une maison incendiée
prennent leurs effets les plus précieux sans songer à ce qu'ils font.
Chevaliers et Tarlets, officiers et soldats ,^ tout partagea la même
terreur panique , et chaque son que le cornet d'Cri faisait entendre
derrière nous, semblait nous attacher des ailes aux talons.
^ Et le duc ? répéta Oxford.
— D'abord il résistait à nps ^efforts , et voulait retourna à l'en-
nemi ; mais quand la fuite devint générale , il galopa comme nous,
«ans prononcer un mot, sans donner un seul ordre. D'abord nous
crûmes que son silence et son impassibilité , si extraordinaires
dans un caractère si iippétneux , étaient un.symptdme heureux ,
puisqu'ilsnous permettaient de veiller à sli sûreté personnelle; mais
quand nous eûmes couru toute la journée, sans pouvoir en obtenir
une réponse à nos question^ y quapd nous le vîmes refuser toute
espèce de rafraîchissemens, quoiqia'il n'eûtpri» aucune nourriture
pendant toute la durée de ce jour désastreux ; quand tous les ca-
prices de son humeur altière et impérieuse firent place à un dés*
espoir sombre et silencieux , nous tînmes conseil sur ce que nous
devions (aire; et comme on sait que vous êtes le seul homme pour
les avis duquel Charles ait montré de temps en téraps.quelque défé-
rence , la voix générale me chargea de venir vous inviter à aller
le trouver sur-le-champ dans la retraite où il est en ce qioment ,,et
à déployer toute votre influence pour le tirer de cette apathie lé«
ihargique, qni, sans cela, peut terminer son, existence.
— Et quel remède pujis-je y >apporter ? 4i^ Oxford ; vous savez
qu*^l a négligé mes avis, quand en les suivant il aurait pu servir
mes intérêts comme les siens. Vous savez que ma vie n'était pas
même en sûreté parmi les mécréans qui entouraient le duc , et qui
ayaient de l'influence sur son ^prit.
— C'est la véritjé , répondit Colvin.; mais je sms aussi qu'il est
votre ancien compagnon d'armes , et il me conriendrait mal de
vouloir apprendre au nobje comte d'Ôxford ce que les lois de. la
chevalerie exigent. Quant à la sûreté de Votre Seigneurie , tout
478 OUURLES LB TÉMÉlUinaS.
iMHMBe d^liOMiMr qui se troa^e dans notiv armée est prêt* ala
«garMitin
. <— C^est oe qÊà m'inqnîèle le moios , dit Oxford avee tm ion
d'indifférence ; si ma présence penyait être utile au dnc > si je poa-
yais croire qu'il désirât me voir
-*-> Il le désire , Mllord , il le désire , s'écria le fidèle «oldat , les
lames aux yeux. Néas l^atens entenda tous nommer, conmie si
tiotre Bomlaiéciiappait dans un songe pénible.
— Cela étant , j4rai le joindre y reprit Oxford; et firai siir4e-
champ. Oà<ayait-il dessein d'établir son quar^er^général?
V — U n''a rien déaidé aur ce point ni sur auoun autre ; mais
M. de Contay a désigné la Rivière , près de Salkis , daais la hante
Bourgogne , comme devant erre le lieu de sa. retraite.
— C'est dcHnelà que je me rendrai 6n tente hftte aVee mon Sis,
Quant àveusy Golvin « viens €sre« «nieux de rester im , et de v^ir
quelque saint koHiii|je<peur m obtenir l'ahsétutien dtt pécM que
r voosaveaoomjmisenparlanvcomme'vous-l^vezlftit snrle ehamp
de bataille de Merat. C'en ëlait un sans doute > jnais oe serait le
inal véparer q«e de quitter un makregénérenx , quand il a le plus
grand besoin de vos bene service. C'est nn aete de l&eheté que
de se retirer dans le cloîtré tant qu'«n a des devcârs plus aottfe à
remplir dàna^lo' monde.
• «^ Yotts ave? raison > Bftlord , car41 est vrai que si je-quittais le
duc à présent , il ne resterait- peat*élre pas dans sën 'armée im
homme en état denianceilvrer'GonvenftblemeEit'une^prîèoè èe^anen.
La vue de Votre Seigti^rié ne pentqn'epérer nn effet favorable
sur mon nobte maître, pnisqu'ene a réveillé eç moii fes sentimois
d^in vie»x soldat r Si- vous ponvefc Tetarder-votre'dépaurt' jusqu'à
demain^ j^urai'le temps^de mettre ordre au^E afTaiiies de ma cen*
science f et ma santé-dô corps eerft'au(li$aimnent refaire potirme
pe#mettre;de voua serVir dé gpidev ^jimut au ^lettre , fj songerai
quand J'aurai -regagné Vboàiiear' que j'«Éi;perdu à Uurten.- Mkiis je
ferai «dire des^meêseS) et des messes* solennelles^ pour les âmes de
mes^^pvres canonniers^
La proposition die Colvin fut adopf^-; Oxferd^et^n fils pas-
làrent le reste de . Is^uf née à» se préparer à- leur -départ^, sauf le
temps nécessaire pour aller {^rendre congé du roi René , qui eot
Tair dé les ro)r paitii^' a:? eo regrdl. ^eeompàgnés dû général d'âr-
tyiarîe4ti4îi6 de Sèain^^tict» ils tt*aYeriècent leaprovinces qar se
OfUiOiBI LK T^MlilAlIlE. 47»
tioiireolenlrela TiUed'Aix etltflMedMM'laqfqflHeGhfti^ t'tiait
retiré. Mais la di6tanoe*et ka iÀeoAvému âTmie si Iwigm route
lea retinreat en chcn^in plus de.^iuim jovn » atja laàis dejuil*
let 1176 était commencé quand nos yoyagenrs arrivèrent dans la
Haute-Bourgogne» au château du la Rivière , situé à environ vingt
milles au sud de Salins. Ce château » édifice peu considérable , était
entouré d-im grand nombre de teoioB» placées «oonlpsément et en
désordre, et d'une nanière fert éloignée diela diseipHne qni^ ré*
gnait ordinairement dans le camp de Ghàiies. Gopandanâ la pré-
sence du duc était amiOAcée p^r sa^grande hanflâère, décorée de
tottte8;se6 armoiries , qu .flottait sur iesJertiftsaiîpns. Une garde
en sortit pour reeonnaiure leç étrangers ^ mais avec, aipeu dWdre »
que le comte îsta un regard aw Golvîn , eonme peur loi en de-
mander rexpUcation, ttCgéaéral d'ertilkne leva^Jas épautos , et
garda le silence.
^olvin ayant cnavoyé avis de son arrîifée et de edle dutoomte
anglai&f M. deConla^ les refvtà rinstant mâiney et montra beau-
coup de joie de > lès veivoir,
— Quelquesfidàleu serviteçnps du due sont eaee iqenient à tenir
490AseM, lenr dii-tly et vos avis , neblç lord Oxford » ■oas.sepont
de la plua grande. importaeeciw MM» de Clroy«^. de. Graon, de
Rubempré, et d'iautrea nobles boorgnignona y soiitaeMmbléa pour
prendre des mesufes pour la défense du paysy danaoe monent
critique.'
, TouatAnmgiièrettt4iuieenrte:d'OrfordleplaagMmd|ilaisîr Aele
revoir^ et ils lui dirent. que s'ils s'étaient ab^enua délai donner
des mapqnas d'alKiealîon .pendant le demiev 'Sëiour qu'il avaîiffait
dans l^caïaip^ du dno^ Q'élait paroi» ^l'ila-eonnanaaienk'sen >déBit de
garder Incognito»
— Son Akease vense denmndé don fioifty dis deCmen , et tou-
jpufSraonsi votre^nout -supposé de. innKpâon. ^
. — Je n'en auia pas isurpria , répondit le comte ; l'origine de ce
nom remonte assez loin , an temps où j'étais à la oeur de Aour-
g€§ue, pendnni mon premier exil. On dit alovftque nous autres ,
pauvres noUestlaaeastriens , noua* deviens .ebongep de nom , et le
bon duc Philippe ajouta que, comme j'étais frère d'armes» de^^on
SkCharlea» je devais prendre te sien^ «t m^appelêr PUtipson ^
t* tf^^iwi âiiaau ■IftfliMfti' ytàkimi^mj^pm/im
480 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
En mémoire de oe bon sonverain , je pris ce nom quand je fos
•obligé de qoitter le mien ; et je Tois que le doc y en m'àppelant
4dnai , se rappelle notre ancienne intimité. Comment se trouve Son
Altesse?
Les Bourguignons se regardèrent Tnii l'autre et restèrent silen-
•deux.
— Gommeun homme étourdi, brave Oxford y dit enfin de Cou-
tay. — Sired^Argenton, vous pouvez mieux que personne répondre
A h question du noble comte.
— Il est comme un homme qui a perdu la raison , dit le futur
historien de ce temps de troubles. Depuis la bataille de Granson,
il n'a jamais montré , à mon avis , un jugement aussi sain qu'au-
paravant. Mais après cette bataille/ il était capricieux, déraiton*
nablcy absolu y inconséquent; il se fâchait des conseils qu'on loi
donnait , comme si l'on eût voulu l'insulter^ et il se piquait du
moindre manque de cérémonial^ comme si c'eût été une marque de
mépris : . maintenant , il s'est Opéré en lui un changement total y
comme si ce second coup l'eût étourdi, et eût calmé les passions
violentes que le premier avait excitées. Il est silencieux comme
«m chartreux, solitaire comme un erniite; il ne prend intérêt à
rien , et , moins qu'à tonte autre chose , à la conduite de l'armée.
Vous savez qu'il donnait quelque attention à son costume , il y avait
même une sorte d'affectation dans le négligé qu'il adoptait sou-
vent ; mais, sur ma foi ! vous le trouverez bien changé à cet égard.
n ne veut pas même souifrir qu'on lui coupe les ongles, et qu'on
kd peigné les cheveux ; il n'a ni soin ni égard pour lui-même ; il
prend peu de nourriture, quelquefms même il la relàse, et il boit
les vins les plus capiteux > qui eep^dant ne paraissent pas loi
monter au cerveau. Il ne veut entendre parler ni de guerre et
d'affaires d'État , ni de chasse et de divertiasemens. Supposez on
anachorète tiré de ja cellule pour gouverner un royaume , et
vous aurez , à la dévotion près, un portrait pfirfût du fier et impé*
iueux Charries dé Bourgogne.'
— * Vous parlez d'un esprit qui a reçu une pr^>{Dnde blessure,
dit le comte anglais.. Jugez-vous à propos que je me présente de»
vaht le duc ? ^
— Je vais ni'en assurer, répondit* Gontày. Il sortit un instant i
rentra sur-le-champ, et fit signe au comte de le suivre.
Il trouva le maÛeiu:eu Charles dans son cabinet, les
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 481
nonchalamment étendues sur un tabouret, mais telleioent change,'
qn'il.anrait pu croire qu'au lieu de la personne du duc il voyait
son esprit. Ses longs cheveux tombant en désordre le long de ses
joues 9 et se mêlant avec sa barbe , ses yeux creux et égarés, sa
poitrine renfoncée, ses épaules saillaptes, lui donnaient l'air lu-
gubre d'un être à peine échappé aux dernières angoisses qui ôtent
à l'homme tout signe de yie et d'énergie. Son costume même , qui
n'était qu'un mantean jeté au hasard sur ses épaules , augmentait
encore cette ressemblance avec un spectre couvert d'un linceul.
De Gontay nomma le comte d^xford. Le duc fixa sur lui des yeux
qui avaient perdu tout leur éclat, et ne dit pas un mot.
— Parlez-lui , brave Oxford , lui dit Gontay à voix basse ; il est
encore plus mal que de coutume ; mais peut^tre reconnaîtra-t-il
votre voix.
Jamais, quand le duc de Bourgogne était au plus haut point de
sa prospérité , le noble anglais n'avait fléchi le genou devant lui
avec un respect, si sincère. Il honorait en lui , non- seulement l'ami
affligé , mais encore le souverain humilié , aux yeux de qui la
foudre venait de frapper la tour qui faisait sa force et sa confiance»
Ce fut probablement une larme tombée sur la main de Charles
qui éveilla son attention, car il leva de nouveau les yeux sur le
comte, et lui dit : — Oxford, Philipson , mon ancien , mon seul
ami! m'as-tu donc découvert dans cette retraite de honte et de
douleur?
-r^Je ne suis pas votre seul ami , Monseigneur, dit Oxford. Le
ciel vous a donné un grand nomJi)re d'amis affectionnés et fidèles
parmi vos sujets naturels. Mais quoique étranger, et sauf l'allé -
geance que je dois à mon souverain légitime , je ne le céderai à
aucun d'eux , par les sentimens de respect et de déférence que
j'avais pour vous dans le temps de votre prospérité , et dont je
viens vous assurer de nouveau dans l'adversité.
Adversité I dit le duc ; oui vraiment, adversité irréparable I
— J'étais nagnère Charles de Bourgogne , surnommé le Hardi * ,
et maintenant j'ai été battu deux fois par l'écume des paysans de
rAUemagne ; j'ai vu mon étendard pris , mes hommes d'armes mis
en déroute, mon camp pillé à deux reprises, et ce qui s'y trouvait
chaque fois était d'un prix supérieur à ce que vaut toute la Suisse ;
T. Ths bold. Noos arons dqà fait observer qu« cette épilhète ne se prenait pas toajours en mail»
t«i«e part dans la Ub^m anglaise. K\xx yew de Charles , d'ailleurs , témérité était brwQurt.^
4m mAMjm le iiÊnfiRMitB.
mkaéMB'fai M pensuiVi ,. chassé comme me ehèvffg otr lai:
éliaoi0i* 1 •^Tëate» les fareinrs de fènfer K^aondènt po aeeiimtiler
|ihB èe hùÊm sar lu ttte (Pnii' sonTeniiii.
-^ AacoMMnra > MotMeigncaf, e^esc use ëpreirre Ai' ciel , qui
exige de la pMieiioe et de la ferceif ame. Le plas brave et le meil-
lear cheyaMit* peut perdre les arçons , mais c'est vm cheTaSer
oevardqae celui' qui FesleAaiidir sur le saMe de h. lice» qwmd
cet aoddent lai est amf é.
-— Ah f couard, dis-tu ? s^ria le dnc, eeMe eïpressioii hardie
lai rendant nne partie de son ancien esprit. Sortes de ma pré*
sence , Monsienr, et ne vons présentez pks devant moi sans en
arroir reçvror dre.
— Et j^Mrpère ne Pattendre, dit le comter atec-beanconp de^sai^
froid , que jusqu'à ce qae Votre Altesse ait quitté son dériiabiflé,
et'se soit disposée à recevoir ses vassanx et ses amis d'une manière
digne d'eus: et du duc de Bourgogne.
— Que YOtttez-vous dire, sire comte? vous me naanques de
impect.
— Si cela est, Monseigneur, cr sont les cireonstaiices qu*
m'ont feiit oublier mon saroir^vre. Je puis pleurer sur Ib gran*^
deur déchue, mais je ne puis honorer celui qui se déshonore lai»
même en se courbant comme un faible entant sous les coups de
l'infortune.
— Et qui suis-je pour que vous me parliez ainsi ? s'écria CiMarles
reprenant tout l'orgueil et toute la fierté de son caractère^ PFétes-
vous pas un maTheurenr exihé ? Osmment osea^vous tous présea*
ter devant mofi sans y être mandé , et me manquer de- respect m
m'adressant de pareils reproches ?
— Quant à moi, répondît Qsford, je suis, comme Votre Allasse'
le dit, lin misérable exilé; cependant je n'ai pas à rougir #un mrt
que je dois à ma constante fidélité pour mon roi lén^liSBe et ses
héritiers. Rhis quant à vomr, nfonseigneer, puis-je roeonnaflrele
duc de Bourgogne dims un sombre ermite , nlayant d'antre garde
qu^nne soldatesque en désordre qui n'est k craindre qne poor ses
atnis ; — dans nn prineedont les conseils sont livrât à la cootifr-
sion, parce qnll reftise d*y paraître; qui, semblable à «n louf^
blessé dans son antre, snenferme 4ani un gâteau obscur, 4aBt
les- portes s'ouvriraient au premier son des cornets suisst» puis-
qu'il ne s'y trouve personne pour les défendre ^ qui ne porte pas
CHARLES LE TÉSV^RAIRfi. i8t
Viç ^P^ ponr se protéger en chevalier ;; ^ui nQ peut même mxmr
m noblement comme tm cerf aux abois ^ et préfère se laisser en-
filmer comme on regard dans sa tanière;.
— Mort et enfer! traître calomniateur! s^écria le duc d*ôiie
Toix Ae tonnerre en jetant un coup d'oeil à son côt^ ; et s'werce»
Tant qnUl était sans armes : Il est heureux pQOr toi que je n'aie
pas d'épée, déjà ton insqleixce attrait reçu son châtiment. —
Avance y Contay, et confonds cq traître. — Dis-moi , mes soldats
ne sont-ils pas en bon ordre , bien disciplinés ?
— Monseigneur y répondit Contay tremblant, malgré ^a bra»
Toore, de la fureur à laquelle il voyait Charles se livrer ; vous
avez encore à vos ordres de nombreux soldats ; mais je dois avouer
^^ils sont plus en désordre et moins soumis à la discipline qu'ils
n'y étaient habitués.
— Je le voisy je le voi^> dit le duc; vous êtes tous des fainéans
et de mauvais conseillers. — Ecoutez-moi , monteur de Contay»
À quoi donc êtes-vous bon , vous et tous les autres , qui tenez de
moi de grands fiefe et de vastes domaines y si je ne puis étendre
llies meiobres sur mon Ii( , quand je suis malade et que j'ai le cœur
à demi brisé y sans que mes troupes tombent dans un désordre
assez scandaleux pour m'exposer aux reproches et aux mépris dti
premier mendiant étranger ?
— Monseigneur, répondit Contay avec plus de fermeté, nou^
avons Mt tout ce que nous ^vons pu. Mais vous avez habitué vo$
généraux mercenaires et les chef^ de vos compagnies franches à ne
recevoir d'ordres que deTotre Altesse, fis poussent les hauts cris
pour obtenir leur paie', et votre trésorier refuse de la leur comp*
ter sans votre ordre, alléguant qu'il pourrait lui en coûter la tête ;
«t ces chefs, ces généraux,, ne veuleïit écouter ni les ordres ni les
avis de ceux qui composent votre conseil.
Le duc sourit amèrement; mais il était évident que cette réponse
ne lui déplaisait pas.
— Ah! ah! dit-il, il n'y a que Charles de Bourgogne qui puisse
monter ses cheyaux indomptés et tenir sous le jôug ses soldats»
Ecoutez, Contay : demain je pa9serai;^mes troupe en revue. JPon*
bUerai les désordres qui ont eu lieu. La paie sera comptée. Mai&
malheur à quiconque m'aura offensé! Dites âmes cham1)ellansde
m'apporter des vêtemens convenables et des surmes. J'ai reçu une
leçon, ajoutait-il en jetant uu sombre regard sur le comte anglais»
3i.
484 CHARLES LE TÉMÉRAIRE»
et je ne yeux pas être insulté une seconde fois sans avoir les moyens
(Iq m'en venger. Retirez-vons tons deux. Contay , dites à mon tré-
sorier de m'apporter ses comptes , et malheur à lui si je trouve
quelque chose à y redire. Partez , et envoyez-le-moi sur-le-champ.
Tous deux sortirent de l'appartement en le saluant avec res-
pect. Comme ils se retiraient , le duc s'écria tout à coup : — Comte
d'Oxford y un mot 1 Où avez-vous étudié la médecine? Dans votre
célèbre université, je suppose? Hé bien! docteur Philipson,
vous avez fait une cure merveilleuse ^ mais elle aurait pu vous
coûter la vie.
— J'ai toujours compté la vie pour peu de chose, Monseigneur,
quand il s'agit de servir un ami.
— Tu es véritablement un ami, et un ami intrépide. Mais re-
tire-toi; j'ai en l'esprit cruellement troublé, et tu viens de me
mettre à une rude épreuve. Demain nous reprendrons cet entre-
tien; en attendant je te pardonne et je t'honore.
Le comte d'Oxford retourna dans la chambre du conseil , où
tous les nobles bourguignons qui avaient appris de Contay ce qui
venait de se passer , se groupèrent autour de lui pour l'accabler
de remerciemens , de complimens et de félicitations. Il s'ensaivit
un mouvement général ; et des ordres furent envoyés partout. Les
officiers qui avaient négligé leur devoir prirent de^ mesures à la
hâte pour cacher leur négligence on pour la réparer. Il y eut dans
le camp un tumulte général , mais c'était un tumulte de joie ; car
les soldats sont toujours charmés d'être rendus au service mili-
taire ; et quoique la licence et l'inaction puissent leur plaire un
moment, la continuation ne leur en est pas aussi agréable que la
discipline et la perspective d'être plus sérieusement occupes.
Le trésorier^ qui , heureusement pour lui , était un homme doué
de bon sens et exact dans ses fonctions , après avoir passé deux
heures tête à tête avec le duc, revint avec un air de surprise, et
déclara que jamais, dans les jours les plus prospères de.ce prince,
il ne l'avait vu montrer des connaissances plus profondes en fi-
nances, quoique le matin même il eût paru totalement incapable
de s'en occuper. On en attribua universellement le mérite à la vi-
site du comte d'Oxford, dont la réprimande, faite à propos ^ avait
tiré le duc de sa mélancolie noire, comme un coup de canon dis-
perse d'épaisses vapeurs.
Le leudemain Charles passa ses troupes en revue ayec sou atten-
GHARLEI& LE TEMERAIRE. 485
tion èrdinaircf , ordonna de nouvelles levées, fit diverses disposi-
tions pour le placement de ses forces , et remédia au manque de
discipline par des (ordres sévères qui furent accompagnés de quel»
ques châtimens bien mérités dont les troupes italiennes merce-
naires de Campo-Basso recurent leur bonne part sans qu'elles en
murmurassent trop, grâce à la paie libérale qui leur fut comptée ,
et qui était faite pour les attacher à la bannière sous laquelle elles
servaient.
De son côté, lé duc , après avoir consulté son conseil , consentit
à convoquer les assemblées des Etats de ses différentes provinces,
à faire droit à certaines plaintes qui s'étaient élevées de toutes
part9, et à accorder à ses sujets quelques faveurs qu'il leur avait
refusées jusqu'alors, cherchant ainsi à se procurer dans leur cœur
une nouvelle source de popularité en remplacement de celle que
son imprudence avait épuisée.
CHAPITRE XXXV.
•^ j'ai mainièiiaiit nûe ftnbe
Pourirapper soossa tente an fénénl Tainqueur ,
Un prince sur son trdne entouré de splendeur,
Un prélat révéré, fût-il à l'autel méaw.
jinciêmtt pièce.
A compter de ce moment l'activité régna à la cour du duc de
Bourgogne et dans son camp. Il se procura de l'argent, leva des
soldats, et il n'attendait que des nouvelles certaines des mouve-
mens des Confédérés pour se mettre en campagne. Mais quoique
Charles parût à l'extérieur aussi actif que jamais, ceux qui ap-
prochaient le plus près de sa personne étaient d'avis qu^il n'avait
plus le jugement aussi sain ni la même énergie qui avaient été un
sujet d'admiration générale avant ses revers. Il était encore sujet à
des accès de sombre mélancolie semblables à ceux qui s'empa-
raient de Saûl , et il était violent et furieux quand il en sortait. Le
comte d'Oxford lui-même semblait avoir perdu l'influence qu'il
avait d'abord exercée sur le prince. Dans le fait, quoique Charles
4M CHARLES LE TÉMÉRAIRB.
^•enciore pour lui ds Eafléction ek de la rMontiaisssiioe , ceaei»
fIMmr «iiglaîft l'av^t yjbl im^ mii éuit ^'mfmKmxK^ mmàkt ; ei;«e
ipovmir rbpwliiôl.. U areAgimx ^èvs teU«mat f«Vm •« «ite
^'îli^glissaitd'apràftla» coii9eilft^d«i ^^lAle d'Oslord , fa'ï r^fetait
flMWttt 865 «¥is« mûquemant, à ^^ ^n^il ftmmnmit » pcnir jpv^wver
ion in^^peu^ai^e d'esprit*
Çanq^-Bwa» «niiiretaniuit le duo dm» #otee tamonr pémluite «i
blit4Hlv^« Ce tfw^ce %9m»kuaL ¥Ojrttt abn que la ptûsMoiee de
son maître chancelait , et il avait résolu de servir de levwr ponr
1^ £ûre écrou^Br 9 afin d'a^w ^vcHt i Me pairt tk sw di^ottîMes.
U regardait Oxford 4;ûiBiHe aa de» amis et de» ^uMModlers ks ^a
babiles de ce |NWce ; il ^aroyait yoix dans sea yewiL qu'il avait fé*
iiétré «Aa projets pwfides, et p^ar conaéqneiit H ta liaïaaait; aawit
^'il le cmigiMit. I>*aiUeiirs , pealb-âtne poiir cçim^^ même k a»
propKea yeux, aw abomiBaMe per^die» il affeatuii d'èire <o«r*^
roocé da châtiment que le duc avait fait suliir réaeaNMikt à qatA^
qœs maraudeurs de ses bandes italiennes. Il croyait que ce châ-
timent leur avait été infligé par l'avis d'Oxford, et il soupçonnait
que cette mesure avait éié prise dans l'espoir de découvrir que
ces Italiens avaient pillé non-seulement pour leur propre compte,
mais pour le profil de leur commandant. Croyant Oxford son en-
nemi , Campo-Basso aurait bientôt trouvé le moyen de s'en débar-
rasser, si le .cqiD^tie Jiui-même n'eût jugé à propos de prendre
quelques précautions , et si let» seigneurs flamands et bourgoi-
gnons, qui l'aimaient pour les raisons .qui portaient l'Italien à le
détester, n'eussent veiilé à sa sûreté avec un soin dont le comte
ne se doutait nullement, mais qui contribua certainement à loi
sauver la vie.
Il n'étajit pas à supçpser q^e J^jCné de l^fm§ €# ^ si V>«g-
teipps sans cherQhe]r à jff f^GXf^r d^e ^ v^ctoi^ç; jpi^i^le^ çpp|^#é»
suisses, qui formaiç^t lai priuçijipal^ partie dp s^ff torç^, insf^^
rent pour que les premf èrçp ojpfy;^ppj^ i^ }^ m^T^ ^mmO' U«l
en Savoie et dans le pay? dp Y^^^ , pi^ Jlçp )?9HWïff^W ^^
mahrçs de plusieurs placps qu'o^ ifp ppuya^ xp^m^ jn VVfimW^
ment ni facilement , jjupiqu'pllps m Tfi^^pj^p jt^gi^^ $#Qpu¥ft.
D^aiUeurs les i^uiss^s , cop^fie Jj ]s)m^^ ^ ?9W»teJ*? fi^IMm
nation à cette époque, fuieffi ^n^ p^j^^ ^e fffj/«^} )^ pl^^^
ret^mfient cl^3^ eux, §9HP?nf ^mk'ïï m^m^fm^Vm J
CHàRLSS l£ TÉMÉRABIE. Agi
d'jiQ jeue cbevalier pourponrsuiTre les avAiitiige8.q[a*il avait abr
UmuA , ne put faire aucan mouvement juaqa'aa inoistâe dëoembiMi
ldt76. Pendant cetioter? aUe les .forgea dnxluc de Beturgogn^ powr
être moins à charge au pays , furent cantonnées en difféseos ea«
droits^ et l'on ne négligea m» pour dûctpUnar les «evueUesie-
yées. Le duc, s'il eût été abandonné àliiiim4ina« aurait aiMiélécé la
lutte en réunissant ses forées et en entrant deiUKiveaa sur 4e.ter-
ritoire helvéti^e ; mais quoigue sa foieor s'attanât au sameirâ
de Granson et de Murten., ces désastres étaia&t tr^p léaansipo»
peroieHre un pareil plan de campagne^
Cependant les semaines s'écoulènent, et le smm dedéeenlw»
était déjà avancé quand un maûn y tandis ^jiie le d«e tenait aan
conseil, Campo-Basso entra toat.à conp ayec un air dejoyevit
transport, tout différent de l'ej^pression lUiifosmànent firoidede a*
physiono^mie, et avec ce sourire malicieux qui. indi^ttaitaestplQa
grands accès de gaieté. -^ Guantes ^^ dit^il, ^manies, s*il piâîi à
Votre Altesse > pour la bonne nouvelle que je viens lui annoneerw
— Et quel bonheur la fortune nous apporte -t ««lie donc? de-
manda le duc. Je croyais jqu'elle avait oublié le chemin qui autre-
fois nous Pamenait.
— Elle est revenue , Monseigneur; elle est revenue, tenant eit^
main sa corue d'abondance remplie d« ses dons les plus «hoîsisy
prêle à répandre ses fleurs , ses fruits et ses trésors sur la têie d»
souverain de l'Europe qui en est le plus digne. ^: ''»i^
— Que signifie tout cela ? dit Charles. Ce n'est^qu'aux enCemS'
qu'on propose des énigmes.
— Cet écervelé , ce jeune fou, ce René, qui se donne le dUve
de duc de Lorraine^ est descendu des moniagnea à la tête 4'uiie
armée mal en ordre^ composée de va]n*iens' comohe lui^ et^ |e
croiriez -vous? ha, ha^ Jbial il est eptré en Lorraine «t « pria
Nancil ha, ha> ha! ^ «
— Sur ma foi 9 sire comte, dit Gontay éton^ié de la gaieté avi^
laquelle l'Italien parlait d'une affaire si sàrieuse , j'ai rarement^»
tendu uh fou rire die meilleur cœur d'Éoe mauvaise plaisanterie ,
que vous ne le faites de la perte de la principale Tille de la p0fM
vince pour laq9elle nous combattons*
-T- Jie ris au milieu des lances , irépondit Canipo^Baiso » CMnaie
X. Moi mfttgtàl'ÊigiiMkÉmt ^AtUf0en9iut 4fi» gàna , «t ddnt on se ttH'éànt U mime seos qu'on
488 CHARLES LE TÉMÉRAlftË.
mon cheval de bataille hennit an son des trompettes, je rià en
songeant à la- destmction des ennemis , an partage de leurs dé-
pouilles, comme l'aigle pousse ded cris de joie en fondant sur sa
proie. Je ris...
— Vous riez tout seul, s'écria Contay impatienté, comme tous
ayez ri aprè» nos pertes à Granson et à Murten.
— Silence, Monsieur ! dit le duc. Le comte de Campo-Basso a
envisagé cette affaire sous le-mêmejour que je la vois. Ce jeune che-
valier errant se hasarde à quitter la protection de ses montagnes,
et que le ciel me punisse si je ne tiens pas le serment que je fais,
que le premier champ de bataille sur lequel nous nous rencontrer ons
Terra sa mort ou la mienne. Nous sommes dans la dernière semaine
de l'année , et avant le jour des Rois nous Terrons qui de lai ou
de moi trouvera la fève dans le gâteau. Aux armes. Messieurs /
que le camp soit levé sur-le-champ , et que nos troupes se dirigent
sur la Lorraine. Qu'on fasse marcher en avant la cavalerie légère
italienne et albanaise, et les Stradiotes pour balayer le pays.
Oxford, ne porteras-tu pas les armes dans cette expédition?
— Certainement , Monseigneur, répondit le comte. Je mange
le pain de Votre Altesse ; et quand un ennemi vous attaque , il est
de mon honneur de combattre pour vous comme si j'étais né votre
sujet. Avec votre permissiSn , je chargerai un poursuivant d'une
lettre pour mon ancien et bon hôte le Landamman d'UndenvaZJ,
pour l'informer de ma résolution.
Le duc y ayant consenti, un poursuivant fut chargé de ce mes-
sage, et il revint au bout de quelques heures , taiit les deux armées
étaient à peu de distance l'une de l'autre. Il rapportait au comte
une réponse du Landamman , qui lui exprimait, dans les termes
les plus polis et les plus affectueux , le regret qu'il éprouvait d'être
dans la nécessité de porter, les armes contre un ancien hôte pour
qui il conservait la plus sincère estime. Il était aussi chargé de
présenter à Arthur les amitiés de tous les fik d'Arnold Biederinan,
et de lui remetti*e une lettre qui contenait ce qui suit :
« RoiJolphe Donnerhugel désire fournir au jeune marchand Ar-
thur Philipson l'occasion de conclure le marché qui n'a pu se ter-
miner dans la cour du château de Geîersten. 11 le désire d'autant
plus qu'il sait que ledit Arthur lui a nui en s'emparant de l'affec-
tion d'une jeune personne de qualité pour qui ledit Philipson n'est
et ne peut être qu'une connaissance ordinaire. Rodolphe* Donner-
CHARLES tE TÉMERAlttE- 489
hngél tetSi ààvoir à Arthur Philipson quand ils pourront se ren-
contrer à armes égales sur un terrain neutre. En attendant il sera
toujours y autant qn^il le pourra ^ au premier rang dans toutes les
escarmouches. »
Le cœur d'Arthur battit yivement en lisante» défi; le ton pi*
que qui y régnait , en lui révélant quels étaient les sentimens de
Rodolf^e , prouvait suffisamment que ce jeune Suisse avait perdu
tout espoir de réussir dans ses projets sur Anne de Geierstein f
et qu'il la soupçonnait d'avoir donné son affection au jeune étraa*
ger. Arthur fit remettre à Donnerhngel une réponse à son cartel ,
et il l'assura du plaisir avec lequel il se trouverait en face de lui i
âoit au premier rang de la ligne ^ soit en tout autre lien que Ro-
dolphe désirerait.
Cependant les deux armées s'approchèrent , et les troupes lé-
gères avaient même quelquefois des attires d'avant-postes. Les
Stradiotes , espèce de cavalerie venue du territoire de Venise y et
ressemblant à celle des Turcs , rendaient , en ces occasions, à l'ar-
mée du duc de Bourgogne un genre de services pour lequel ils
étaient admirablement propres , si l'on avait pu compter sur leur
fidélité. Le comte d'Oxford remarqua que ces hommes, qui étaient
sons les ordres de Campo-Basso, rapportaient toujours la nouvelle
que les ennemis étaient en mauvais ordrç et en pleine retraite. Ce
fut aussi par leur moyen qu'on apprit que certains individus contre
lesquels le duc de Bourgogne avait conçu une haine personnelle,
et qu'il désirait particulièrement avoir entre les mains, s'étaient
réfugiés dans les murs de Nanci. Cette circonstance stimula en-
core davantage l'envie qu'avait Charles de reprendre cette place,
et il lui fut impossible d'y résister quand il apprit que le duc René
et les Suisses, ses alliés,, avaient pris position, à la nouvelle de
son arrivée, dans un endroit nommé Saint-Nicolas. La plupart de
ses conseillers bourguignons, auxquels se joignit le comte d'Ox-
ford, cherchèrent à le détourner du projet d'attaquer une place
forte tandis que des ennemis pleins d'activité se trouvaient à peu
de dislance pour la secourir. Ils lui représentèrent qu'ayant forcé
l'ennemi à faire un mouvement rétrograde, il devait suspendre
toute opération décisive jusqu'au printemps. Charles essaya d'a-
bord de discuter et d'opposer des argumeus aux argumens; mais
quand ses conseillers lui remontrèrent qu'il allait placer sa per-
49Q CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
sonne et son armée dans la même position qu'à Granson et^à Mm>
ten, ce souvenir le rendit furienx; il écnma de rage, et répondit,
tti jtirant et en vomissant des imprécations , qu'il serait maître de
Nanci avant le joar des Rois.
En conséquence l'armée bourguignonne se présenta devant
Nanci , et yprh une forte position protégée par le lit d'une rivière
et couverte par trente pièces de canon qui étaient sous la directioii
deColvin.
Ajant satisfait son obstinavîon en arrangeant ainsi son plan de
campagne , le duc de Bourgogne montra un peu plus de déférence
aux prières que lui firent ses conseillers de veiller davantage à la
sûreté de sa personne, et il permit au comte d'Oxford, à son fils,
et à deux ou trois oUiciers de sa maison , d'une fidélité à toute
épreuve , de coucher dans son pavillon , indépendamment de sa
garde or<Bnaire.
Troisjonrs avant Noël, le duc étant toujours devant Nanci , il.
arriva pendant la nuit un tumulte qui parut vérifier les alarmes
qu'on avidt conçues pour sa sdreté persoimetle. A minuit, tandis
que CoQt reposait dans le paviHon du duc , le cri trahison ! se fit
eirtendre. Le comte d'Oxford tira son épée,* et prenant une lumière
qak bvAbdtsur une table, H se précipita dans l'appartement du duc;
ille-tronva dériiabillé, debout, Fépée àia main , et s'en escrimant
avec taift de fureur, que ce fut avec peine qu'Oxford put en éviter
les cwipe. Ses autres officiers arrivèrent presque en même temps,
l'ëpée nue, et le bras gaudie enveloppée de leur manteau. Quand
le due sévit entouré de ses amis , ilr se calma un peu , et il les in-
forma, #UB ton fort agité , qu'en dépit de toutes les précautions
qo^Oft «vait prises , les émissaires du Tribunal secret avaient trouvé
le moyen de s'introduire dans sa chambre, et l'avaient sommé,
sous peine de mort, de comparsiître deyant le Saînê Vehiné la sait
de Noël.
Les amis du duc entendirent ce récit avec une grande surprime ,
et qnalques-uBs m^me nesavaienttrop ^ts devaient le considérer
CêBime une réalité ou comnte un rêve deTimagination irritable de
Gharles. Mais la sommation se troirvu sur là toilette du duc , et
de énit, siivfant l^usage, écrite sur parchemins signée de tjrpis
creiK êlielouée smc^la table arrec un pdignard. Un morce^^ de bois
avai^uisii dté coupé de la taille. Oxford lat^eette pièce avec a^tén-
CHARLES LE TEMERAIRB. 49 1
tkm. Elle dé&ignait, comme c'était la coutmney le lien où le dac
Ant amnmé éb se rendre , sans fermes et ^ans suite , et d'où l'on
disait qn'il serait condait devant la coor.
GiiirieB , après avoir regardé qfacSqoe temps Hsét écrit , "ûtprima
eiifin les Idées ^vi roeoapaieiit.
— Je sais de quel carquois part cette flèche, dit-9. Elle m'a été
kncée par ee noble dégénéré , ce prêtre apostat , te eomplice de
SÊgmerSy Albert de Geiersidn. Noos dvons appris <iQ^l fait partie
et la horâe de meortariers et àe proscrits rasseittUés par le petit»
jfils da vieux joueur de viole de Provence. Mais, par saintGeoi^
4e9oQi^gne I ni le ci^pochon «l'on moine, ni leciaisqiie d'tn i<^dat,
]|î le })onnet 4*iin sorcier, ne sauveront «sa tête après nne intalte
s^iablable. Je le dégraderai de Terdre de la cherralerie et je le
fcraipendreauplus haut oIocher4e Nancî. Sa fiUe n'eaia^l'anlro
aïti^iSiaAive que d'épeuser le plus vil fponjat de :mon armée 4m
d'entrer d^^s i^ couvent d^ FiUes-iVf penties.
•— Qi«els que «aient vos projets» Monseigneur^ dit Gontay, il
^ait^rlainemeut plps prudent degardier le sUenee, car^d'eprè»
<^jeMee^èced'a^paritioU| il serait possible que'vmis fiissiecen-*
Vç^djfi par plus de i^i»(4us /^«e voua ne pensez.
û^^ikvi^ parut £aire qu^l<|i»e impresi^ion «ar r^e^>riit du tec* U
g9^d9t le '^li^QG y oi^ dm moins il se JboFM è jurer et è menaeer
eptxe 3es dents. On fit le^ perquisitions lee plus exacle9|K»ir dii-
c^vrir iccftni q^^ fiv^it 9iUm troiiUé son rep^i vm» e0 &t în^
miU^Hte^t.
(parles conMiuia 40$ ri^cbercbe^^ cwci^onoé d'nn trait d'an-
d»ce qui surp»s^it 14^ ce qu'ievaient /^é se permettce jusqi^alors
ces sooi^étés secrète^; car, i|^]^r/^la terreu^r qu'eUbes inspicaient^
ejto n'ayaiei^ ^^ encore été jwqv^ià s'aittaq»er «ux «ouve^aûis.^
Ite ié^lmxïeixi 4» Mh^ Boi]irgnignoi}s fut cbangé» la mnt de
Noël» de surveiljjçr h M^u indiqué, qiii ^tait un endroit oè qwatie
rwt^s ^ <»:oi^a^ftt, 4^^ d^ s'ie^paripr de U>m ceni^ qui s'y moi^re»
i^di^t } ifkm e^r^v^m^ n'y p^^f^t m iw» tes eAwone. Le duc ik'en
eonli^iw Si%s uipi^s # %\txib^f k èibf^n de Geiersieîn l'affinoat
€ffi%l ^ym F«^ IL miff ^^ ^^ h v^ i ^ G^^p^s^sso, lon^ow»
djipqAé i^ SiAU^v Vbiiwwd^ go9i naii!^|:re, lui fvdmM/Vif» qfielqnei-
iiA« de jm yts^Ueu^ , qipi 1^ »k%n9m^n% p^s ^expérimce en iiit de
mn^it ^^plpii^, ]m mkimfi^e^t' yif^t, vmÎ^ w Tîf , le bimn
493 CHARLES LE TEMERAIRE.
et plasiears aatres sourirent seci^èteinent des prometees de Tlta*
lien présomptueux.
— Quelle que soit sa dextérité, dit CoWiu, il fera descendre
sur son poing le vautour sauvage avant de mettre la main sur Al-
bert de Geierstein*
Arthur, a qui les discours du duc n'avaient pas donné peu d'in-
quiétude pour Anne de Geierstein et pour son père, pour rameur
^'«Ue r respira plus librement en entendant parler ainsi de ses
menaces.
Le surlendemain de cette alarme, Oxford désira de connaître
lui-même le camp de René de Lorraine , ayant quelque doute
qu'on eût fait au duc des rapports exacts sur sa force et sa posi-
tion* Le duc lui en accorda la permission, et il lui fit présent en
même temps, ainsi qu'à son fils , de deux nobles coursiers d'une
Itjgèreté sans égale, et dont il faisait un cas particulier.
Dès que la volonté du due eut été signifiée au comte italien , il
témoigna la plus grande joie d'avoir, pour faire reconnaissance ,
l'aide d'un homme ayant l'âge et l'expérience du comte d'Oxford,
et choisit pour ce service un détachement de cent Stradiotes d'élite
qu'il avait plusieurs fois, dit-il, envoyés foire des escarmouches à
la barbe même de Tarmée suisse. Le comte d'Oxford se montra
fort satisfait de l'intelligence et de l'activité que mirent ces sol-
dats à s'acquitter de leur devoir ; ils chassèrent même devant eux
et dispersèrent quelques détachemens de la cavalerie de René. A
l'entrée d'un défilé, Campo-Basso dit à Oxford qu'en avançant à
l'autre extrémité ils auraient une vue complète de la position de
l'ennemi. Quelques Stradiotes furent chargés de reconnaître les
lieux , et à leur retour ils rendirent compte de leur mission à leur
maître en leur propre langue. Celui-ci déclara qu'on pouvait
passer en sûreté , et invita le comte à l'accompagner. Ils avan»
cèrent sans voir un seul ennemi; mais en arrivant dans la'plaône
à laquelle aboutissait le défilé , au point indiqué par Campo-Basso,
Arthur, qui était à l'avant-garde des Stradiotes, et par conséquent
séparé de son père , vit non-seulement le camp du duc René , qui
était à un demi-mille de distance , mais un corps nombreux de ca- '
Valérie qui venait d'en sortir et qui courait à toute bride vers
l'entrée du défilé qu'il avait quitté quelques instans auparavant.
Il éuût sur le poiiat de retourner sur ses pas pour y rentrer ;. mais
comptant sur la vitesse de^on cheval , il crut pouvoir attendre un
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 493
moment pour mieux examiner le camp ennemi. Les Stradiotes
qui l'accompagnaient n'attendirent pas ses ordres pour se retirer,
mais ils partirent sur-le-champ , comme dans le fait c'était leur
devoir, étant attaqués par une force supérieure.
Cependant Arthur remarqua que le cheyalier qui semblait à la
tête de l'escadron qui s'avançait, monté sur un vigoureux cheval
dont les pieds faisaient trembler la terre , portait sur son écu
l'Ours de Berne, et avait la tournure robuste de Rodolphe Donner-
hngel. Il fut convaincu que c'était lui^ quand il le vit faire faire
halte à son détachement, et s'avancer vers lui , seul , la lance en
arrêt et au pas, comme pour lui donner le temps de se préparer à
le recevoir. Accepter ce défi , dans un pareil moment , était dan-
gereux, mais le refuser eût été déshonorant ; et tandis que le sang
d'Arthur fermentait à Tidée de châtier un rival insolent, il n'était
pas très fâché que leur rencontre eût lieu à cheval , l'expérience
qu'il avait acquise dans les tournois devant lui donner un avantage
sur le Suisse, qu'il devait croire encore novice dans cette science.
Ils se rencontrèrent, suivant l'expression du temps, en hommes
sous le bouclier. La lance du Suisse glissa sur le casque de FAn-
glais, qui avait été son point de mire; mais celle d'Arthur, dirigée
contre la poitrine de son adversaire, fut poussée avec une telle
force et si bien secondée par le galop rapide de son coursier^
qu'elle perça non-seulement le bouclier suspendu au cou du mal-
heureux guerrier, mais sa cuirasse et une cotte de mailles qu'il
portait; et lui traversant le corps, la pointe n'en fut arrêtée que
par la plaque de fer qui lui couvrait le dos. L'infortuné cavalier
fut renversé, roula deux ou trois fois sur le terrain , en déchirant
la terre avec ses mains> et expira à l'instant même.
Un cri de rage et de désespoir s'éleva parmi les hommes d'armes
dont Rodolphe venait de quitter les rangs , et plusieurs d'entre
eux couchaient déjà leur lance pour le venger. Mais Roné de Lor-
raine , qui était lui-même avec eux , leur ordonna de se borner à
bire prisonnier le champion vainqueur, et leur défendit de lui
faire aucun mal. Cet ordre fut facile à exécuter ; car la retraite
était coupée à Arthur, et la résistance eût été une folie.
Lorsqu'il fut amené devant René, il leva la visière de son casque
et il lui dit : — Est-il juste , Monseigneur, de faire captif un cheva-
lier qui n'a fait que s'acquitter de son devoir en acceptant le défi
d'un ennemi personnel ?
494 CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
— Arthur d'Oxford, répondit le duc René, ne Tons pldgn^qm
d'une injustice avant de l'i^yoir éprouvée. Vous êtes libre,j aire
chevalier. Votre père et vous , vous avez été fidèles à. la ram
Marguerite y ma tante; et quoiqu'elle fût mon ennemie, je ^cBfis
justice à votre fidélité pour elle. C'est par respect pour la mémoîrei
d'une femme dépouillée de ses droits comme moi , et poar plaire
à mon aïeul, qui, je crois, avait quelque estime pour voas, que je
vous rends la liberté. Mais je dois aussi veillera ce que voi^ puis-
siez regagner en sûreté le camp du duc, de Bourgogne. De ce côté
de la montagne, nous sommes francs et loyaux; mais de l'autre, il
se trouve des traîtres et des meurtriers. Comte , je crois que vous
vous chargerez volontiers d'escorter notre prisonnier jusqu'à ce
qu'il soit hors de tout danger.
Le chevalier à qui René parlait ainsi était un homme de grande
taille et d'une tournure imposante, et il s'appçocha suT-le-cl|amp
pour accompagner Arthur, pendant que celui-ci exprin^t au
jeune .duc de Lorraine combien il était sensible à sa courtoisie
chevaleresque. — Adieu, sir Arthui? de Vère, dit René : vous avez
donné la mort à un noble champion, à un ami qui m'était fidèle et
utile ; mais vous l'avez fait noblement, à armes égales, en iEsice de
nos lignes , et la faute en est à celui qui a cherché la querelle.
Arthur le salua profondément. René lui rendit son salut, et its se
séparèrent.
Arthur n'avait encore fait que quelques pas avec sou nouveau
compagnon , quand celui-ci lui adressa la parole.
— Nous avons déjà été compagnons de voyage, jeune homme,
et cependant vous ne vous souvenez pas de moi.
Arthur leva les yeux sur le cavalier qui lui parlait ainsi , et
remarquant que le cimier de son casque était en forme de vautour,
il commença à concevoir d'étranges soapcon^ , qui se trouvèrent
confirmés quand le chevalier, levant la visière de son casque, loi
montra les traits sombres et sévères du prêtre de Saînt-Paûl.
— Le comte Albert de Geierstein I s^écria Arthur !
— Lui-même , répondit le comte , quoique vous l'ayez tu ^us
un costume bien différent. Mais la tyrannie force toua les homn^es
à s'armer ; j'ai repris , avec la permission de mes supérieure » et
même par leur ordre , la profession que j'avais quittée. Une guerre
contre la cruauté et l'oppression est aussi sainte qu'une croisade
en Palestine , où les prêtres portent les armes.
CHARLES LE TÉIBÉIIAIIIE. 496
«<*- Comte Albert 9 dit Artlnirafec TÎracité , je ne jrais yoiis
sqii»Im* trop tdt c^aHer rejoi&dre k détachement de René de Lor^
raine. Yons êtes ici en danger, et ni le conrage ni la force ne poor^
raient voas en préserver. Le dac a mis votre t£te à prix , et d^ci
à Ntaci tout le pays est couvert de Stradiotes et de détachemeos
dècwalerie légère italienne.
— Je ne Ibs crains pas , vépondlt le comte. Jt n'ai pas vécu si
long-temps an milieu des orages du monde et des intrigues de là
guerre et de la p<rfitiqne , pour tomber sons les coups de si vils
ennemis. D'ailleurs , vous êtes avec mot , et je viens de voir ce que
vous éles en état de faire.
— Pour votre défense y comte Albert , dit Arthur, qui ne pen-
sait en ce moment à son compagnon que comme père d'Anne de
Geierstein , je ferais certainement de mon mieux.
— Quoi, jeune homme I répliqua le comte avec un sourire iro-
nique qui était particulier à sa physionomie , aideriez-vous l'en-
nemi du maitre sous la bannière duquel vous servez , contre les
soldats qu'il soudoie ?
' Arthur fut un instant étourdi par la tournure inattendue donnée
à son offre d'assistance , dont il espérait du moins un remercie-
ment. Mais il reprit sur-le-champ sa présence d'esprit , et répon-
dit : — Vous avez bien voulu vous mettre en danger pour me pro-
téger contre les gêna de votre parti ; c'est égatenent un devoir
pour moi de voua défendre contre les partisans du mien.
— La répottveest heureusement trouvée, dh le comte ; mais je
crois qu41 existe un petit partisan aveugle , dont partent les trou-
badours et les ménestrels, à l'influence duquel je poumds , en cas
de besoin , être redevable du grand zèle de mon protecteur.
Arthur était un peu embarrassé , mab le comte se lui donna pas
le temps de répondre. — Ecoutez-moi , jeune homme » continua-t-
il ; votre lance a rendu aujourd'hui xm mauvais service à la Suisse ,
à Berne et au duc René, en les privant de leur plus brave cham-
pfenr. Mais pour moi , la -mort de Rodo^he Donnerhugel est m
événement heureux. Apprends que, présumant de ses services ,
il avait , par ses importunités , obtenu du due René qu'il favorise^
rait ses prétentions à la main de ma iUle. Oui, le duo , fils d'une
princesse , n^a pas rougi de me sotlieiter d'accorder le seul reste
de ma maison f car la Cannâlé de mon frère est une race dégénérée,
à im jeune présomptueux dant Ponde remplissait des fonctions de
496 CHARLES LE TÉflBRAiaE.
domesticité dans la maison da père de ma femme, qnoiqa'il pré-
tendit à quelque parenté , dont Torigine était» je crois, illégitime,
niais dont Rodolphe cherchait à se préyaloir, parce qu'elle favo-
risait ses prétentions.
— Certainement , dit Arthur, un mariage si disproportionné do
cdté de la naissance , et qui l'était encore davantage sous tons les
autres rapports , était une chose trop monstrueuse pour qu'on y
pût songer.
— Jamais cette union n'aurait eu lieu tant que j'aurais vécu ,
reprit le comte Albert , si mon poignard enfoncé dans le sein de
ma fille et dans celui de son amant présomptueux avait.pu préve^
nir cette souillure à l'honneur de ma maison. Mais quand je n'exis-
terai plus, moi dont les jours, dont les mouyemens sont comptés,
qui aurait pu empêcher un jeune homme ardent et déterminé,
fiiYorisé par le duc René , appuyé par l'approbation unanime de
son pays , et soutenu peut-être par la malheureuse prédilection
de mon frère Arnold , d'arriver à son but , malgré la résistance et
les scrupules d'une jeune fille isolée I
— Rodolphe est mort , dit Arthur, et puisse le ciel lui pardon-
donner ses fautes 1 mais s'il vivait , et qu^il osât prétendre à
la main d'Anne de Geierstein, il. aurait d'abord à soutenir on
combat
— Qui a déjà été décidé, ajouta le comte Albert. Maintenant,
écoutez-moi bien , Arthur de Yère. Ma fille m'a appris tout ce qui
s'est passé entre vous. Vos sentimens et votre conduite sont dignes
de la noble maison dont vous descendez , car je sais qu'on doit la
compter parmi les plus illustres de l'Europe, Vous avez été dé-
pouillé de vos biens ; mais il en est de même de ma fille , à qui il
ne reste que ce que son oncle pourra lui donner de ce qui était aa-
trefois le domaine de son père. Si vous voulez partager avec elle
ces faibles débris, jusqu'à ce qu'il arrive des jours plus heureux,
en supposant que votre noble père consente à cette union, car ma
fille n'entrera jamais dans une famille contre la volonté de celai
qui en est le chef , elle sait déjà qu'elle a mon consentement et ma
bénédiction. Mon frère connutra aussi mes intentions , et il les
approuvera ; car , quoique toute idée d'honneur et de chevalerie
soit éteinte en lui , il tient aux relations sociales ; il aime sa nièce,
et il a de l'amitié pour vous et pour votre père. Qu'en dites- vous,
jeune honmie? voulez-vous prendre une comtesse indigente pour
CHARLES LE TEMERAIRE. 497
la compagne du pèlerinage de vos joars ? Je crois , je prédis même ,
car je sois si près du tombeau » qu'il me semble que ma yue peut
s'étendre au-delà , que lorsque j'aurai terminé une vie agitée «t
orageuse , un jour viendra où un nouveau lustre brillera sur les
noms de de Yère et de Greierstein.
Arthur descendit précipitamment de son cheval , saisit la main
du comte Albert , et il allait s'épuiser en remerciemens , quand le
comte lui imposa silence.
— Nous sommes sut le point de nous séparer, lui dit-il; le temps
que nous avons à passer ensemble est court, et le lieu de notre
entrevue est dangereux. J'ose vous l'avouer, vous êtes pour moi
moins que rien. Si j'avais réussi dans un seul desi projets d'am-
bition qui ont occupé toute ma vie , le fils d'un comte exilé n'aurait
pas*été le gendre que j'aurais choisi. Remontez à cheval ; les re-
merci0mens ne sont pas agréables quand ils ne sont pas mérités.
Arthur se releva, remonta à cheval , et chercha à donner à ses
transports* une forme qui les fit accueillir. Il eût voulu exprimer
combien son amour pour Anne et ses efforts pour la rendre heu-
reuse prouveraient sa reconnaissance pour le père de celle qui avait
tonte son affection ; s'apereevant que le comte écoutait avec une
sorte de plaisir le tableau qu'il traçait de leur vie future , il ne put
s'empêcher de s'écrier : — Et vous , comte Albert, vous> qui aurez
été l'auteur de tout ce bonheur, jie voudrez-vous pas en être le
témoin et le partager ? Croyez-moi, nous ferons tous nos efforts
pour adoucir le souvenir des coups que vous a portés la fortune
trop cruelle ; et si des jours plus heureux viennent à luire sur nous ,
nous en jouirons doublement en vous en voyant jouir avec nous.
— Ne vous livrez pas à de pareilles chimères , dit le comte. Je
sais que la dernière scène de ma vie approche ; écoutez et trem*
blez ! Le duc de Eourgogne est condamné à mort, et les juges in-
visibles qui jugent et condamnent en secret comme la Divinité ,
ont remis entre mes mains la corde et le poignard.
— Jetez loin de vous ces infâmes emblèmes , s'écria Arthur avec
enthousiasme; qu'ils cherchent des bouchers et des assassins pour
exécuter de pareils ordres, et ne déshonorez pas le noble nom de
Geierstein.
— Silence, jeune insensé ! répondit le comte. Le serment que
j'ai prêté est monté plus haut que ces nuages qui nous cachent
le ciel, et il est plus profondément enraciné que les montagnes
32
496 CHARLES LE TâMâUIRE.
que nous voyons dans le IoûiUmb. Ne orojez pM ^e ce fne je
me propose soît l'acte, d'an assassin ^ quoique je passe alléguer
l'exemple du duc loMMène pour me justifier. N<my je n'^vrm
pas des brigands soudoyés, comme ces tiU Stradiotes, ponr lai
arracher la vie sans mettre la nùenue en danger. Je ne d<M»e
pas à sa fille, innocente de ses crimes, l'all^native d'an ma-
riage déshonmvnt ou d'une retraite liontense. Non, Arthur de
Yère, je poursuis Charles avec l'esprit détemnaé d'un homme-
qui , pour ôter la vîe à son adversaire , s^eipose lui-même à une
mort certaine.
•^ Je vous conjure de ne plus me parler ainsi , s'écria Arthur
d'une veix agilée ; faites attention que je sers en ce mènent le
pnnca que yous menaeez, et...^.
— £t que votre devoir est de l'informer de ee que je vous dis ,
ajouta to oomte : c'est précisément ce que je désire. Quoique le
diio ait déjà négligé d^obéir à une sommation du tribunal , je suis
charmé d'avoir cette occasion de lui envoyer un d^ personnel.
Dites donc à Charles de Bourgogne qu'il a été injuste à l'égard
d'Albert de Gei^stein. Celui dont l'honneur a été outragé ne tirat
plus à la vie , et quiconque la méprise est maître de celle de son
ennemi. Qu'il se tienne donc sur ses gardes I car s'il voit le soleil
se lever deux fois pendant l'auuée qui va commencer , Albert de
Geiw^teîn aara manqué à son serment. Maintenant je vous quitte,
car je vois s'approcher un détachement qui marche sousuneban-
nière bourguignonne. Sa prés^ice derient pour vous une sauve-
gardai nuis elie pomrrait nucre à ma silneié sijeresJtais plus long-
t^mpsw
A oea mots , le comte AJbert quitta Arthur c^a'éh^na au galop.
CHAPITRE XXXVL
04^ Mte94i# »f VmaI^ >r^itA» 1« In tiilR;
La guerre et la farenr, marctiant aa preuiier rang,
m im9^§^ vwkiaB^ffmq%mhk.a»n m l»ja»g.
Arthi}R| resté feul , et désirant peiit-4tre copyiir ]|i.ruti*aUe 4^
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 499
donte Albl^ty s'aivanca vers le corps de cavalerie lN>iirgiHgDORiie
qui s'approchait sous la bannière de GonUy.
-^ Soyez le bienyena , le bknvenu 1 dit Contay en doublant le
pas pour aller à la rencontre do jenne chevalier. Le doc de^ Bour-
gogne est à un mille d'ici avec un corps de cavalerie pour nous
aoatesir pendant que nous faisons cette reconnaissance. IL n'y a
pas une demi-heure que votre père est revenu au camp au grand
galop , en disant que la trahison des Stradiotes vous avait conduit
dans une onbuscade, et que vous aviez été feit prisonnier. Il a'
accusé Gampo-Basso de trahison et l'a dé6é au combats Tous deuit
ont été renvoyés au camp , sous la garde du grand-maréchal , pour
empêcher qu'ils n'en vinssent aux mains sur-le-champ , quoiqu*il
me semble que ITtalien n'en avait pas grande envie. Le duc garde
lui-même les gages du combat, qui doit avoir lieu le jour des Rois.
— iJe crains que ce jour n'arrive jamais pour quelques-uns de
ceux qui l'attendent, répondit Arthur; mais si je le vois, ce sera
certainement moi , avec la permission de mon père , qui réela«
merai le combat.
Il suivit Gontay, et ils ne tardèrent pas à rencontrer un corps
plus nombreux de cavalerie , au milieu dnqod flottait la grande
bannière du duc de Bourgogne. Arthur fut conduit devant lui.
Charles entendit avec quelque impatience le jeune Anglais ap*-
puyer l'accusation portée par son père contre le comte italien, en
faveur auquel il était si fortement prévenu. Quand il fut assuré
que les Stradiotes avaient traversé le défilé, et avaient rendu
compte de leur reconnaissance à leur chef, à l'instant même où
cèlni-ci avait encouragé Arthur à avancer, comme l'avait prouvé
l'événement 7 au milieu d'une embuscade, le duc secoua la tête,
fronça les sourcils, et murmura comme s'il se fât parlé à lui-
même: -^Quelque malveillance contre Oxford peut-être, car les
ItaMens sont vindicatifs* Levant alors k tète^ il ordonna à Arthur
de eonUnuer son réeit*
il apprit avec une sorte de ravissement la mort de Rodolphe
Donnerhugel^et prenant une chaîne 4'or massif qu'il avait autour
du cou, il la jeta sur celui d'Arthur.
— Tu t'es emparé d'avance de tout rhoftMur, j'eone homttie ,
lut dk-il; àt tons leurs ourS', c'était le plus redoMabler Les tutrw
ne sont que des ouraekis, en compvraisoti. j'ai: trMivé un jtmm
Vmnà «;aiipoeer « leur Geftathaa cr&seéfiaisv L^^t I s'kaafiner
3a.
£00 CHARLES LE TÉftIERAIRE.
que la main d'an paysan pouvait manier la lance I Fort bien!
brave Arthar I Qa'as-tu de plus à noas dire? Comment t'es- ta
sauvé ? par quelque ruse, quelque adroit stratagème sans doute ?
— Pardonnez-moiy Monseigoeur; j'ai été protégé par leur cbef,
René de Yaudemont, Regardant ma rencontre avec Rodolphe
Donnerhugel comme une affaire personnelle , et désirant, comme
il me l'a dit, £iire la guerre loyalement, il m'a renvoyé honora-
blement en me laissant mon cheval et mes armes.
— Oui-dàl dit Charles reprenant sa mauvaise humeur; votre
prince aventurier veut jouer la générosité I Vraiment! cela peut
être dans son r61e ; mais sa conduite ne servira pas de règle pour
la mienne. Continuez votre histoire , sir Arthur de Yère.
Lorsque Arthur lui dit de quelle manière et dans quelles cir-
constances le comte Albert de Geierstein s'était fait connaître à
lui, le duc fixa sur lui des yeux ardens, tressaillit d4napatience,
et Tinterrompit en lui demandant avec force : — Et vous ne lui
avez pas enfoncé votre poignard sous la cinquième côte?
— Non, Monseigneur; une bonne foi mutuelle nous liait l'un à
l'autre.
— Vous saviez pourtant qu'il est mon ennemi mortel. Allez,
jeune homme, votre tiédeur vous fait perdre tout le mérite de
votre exploit. La vie laissée à Albert de Geierstein contre-balance
la mort donnée à Donnerhugel.
— SoitI Monseigneur, répondit [Arthur avec hardiesse; je ne
vous demande ni de m'accorder vos éloges^ ni de m'épargner
votre censure. Dans l'un et l'autre cas, j'avais des motifs qui
m'étaient personnels pour agir comme je l'ai fait. Donnerbugel
était mon ennemi, et je devais quelques égards au comte Albert.
Les nobles bourguignons qui entouraient le duc attendaient
avec crainte l'effat que produirait ce discours audacieux. Mais il
n'était jamais possible de deviner exactement comment Charles
prendrait les choses. Il jeta un coup d'œil autour de lui , et s'écria
en riant : — Entendez-vous ce jeune coq anglais , Messieurs ? Quel
bruit ne fera-t-il pas quelque jour, puisqu'il chante déjà si haut en'
présence d'un prince?
Quelques cavaliers, arrivant de différens côtés, annoncèrent
alors que René de Yaudemont était rentré dans son camp avec
son détachement, et que nul ennemi n'était dans la plaine.
• — Retirons-nous donc aussi, dit Charies, puisqu'il n'y a aucune
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 501
chance de rompre des lances aujourd'hui. Arthur de Yère, tu me
suiTras. \
Arrivé dans lepayillon du duc, Arthur subit un nouvel interro-
gatoire ; il né parla pas d'Anne de Geierstein , ni de ce que le
comte Albert lui avait dit relativement à sa fille, car il pensa que
Charles n'avait nul besoin d'en être instruit ; mais il lui rendit
compte avec franchise des discours et des menaces du comte. Le
duc l'écouta avec plus de modération; mais quand il entendit la
phrase , « quiconque méprise la vie est maître de celle de son
ennemi, » il s'écria : — Mais il existe une vie au-delà de celle-ci ,
une vie dans laquelle celui qui est traîtreusement assassiné, et son
vil et perfide assassin, seront jugés suivant leurs mérites. Il tira
alors de son sein une petite croix d'or, et la baisant avec toutes
les apparences d'une grande dévotion, il ajouta : — C'est dans ce
signe que je placerai ma confiance ; si je suis victime dans ce
monde, puissé-je trouver grâce dans l'autre ! — Ho I sire maréchal !
Amenez-nous vos prisonniers.
Le grand-maréchal de Bourgogne entra avec le comte d'Oxford,
et dit que son antre prisonnier, Campo-Basso, avait demandé si
instamment la permission d'aller poster les sentinelles dans la
partie du camp qui était confiée à la garde de ses troupes , qu'il
avait cru devoir la lui accorder.
— C'est bien, dit le duc, sans ajouter à ce peu de mots aucune
observation ; et se tournant vers Oxford , il ajouta : — J'aurais
voulu vous présenter votre fils, Milord, si vous ne Taviez déjà
serré dans vos bras. Il s'est acquis los et honneur , et m*a rendu
un bon service. Il y a dans l'année une époque où tous les gens de
bien pardonnent à leurs ennemis , je ne sais pourquoi. — Mon
esprit était peu accoutumé à s'occuper de pareils objets ; mais
j'éprouve un désir irrésistible de prévenir le combat convenu
entre vous et Campo-Basso. — Pour l'amour de moi, consentez à
être amis et à reprendre votre gage de combat. Laissez-moi ter-
miner cette année, qui peut être ma dernière, par un acte de paix.
—Vous me demandez bien peu de chose, Monseigneur, répon-
dit Oxford, puisque vous ne faites que me presser d'accomplir le
devoir d'un chrétien. J'étais désespéré d'avoir perdu mon fils ; il
m'est rendu, et j'en rends grâces au ciel et à Votre Altesse. Etre
ami de Campo-Basso est pour moi la chose impossible. On verrait
aussi bien la loyauté et la trahison , la vérité et le mensonge , se
i02 CHAULES LE TËHBRAIRE.
donner la nuda et a^Ambrasac r. U ne peat êire pour mei tptt oe
qn'il était avant cette rupture : rien. Mais je place mon honneur
entre les mains de Voire Altesse. Si œt Italien consent à reprendre
son ga^e, je consens à recevoir le mien. John de Vère n'a pas à
redouter que le monde supqMise qa'il craint Campo-Basso.
Le duc lui fit des remercîemens sincères, et il retînt le comte,
son fils et quelques-uns de aes principaux officiers, pour passer la
soirée avec lui. Ses manières parurent à Arthur plus affables qu'il
ne les avait jamais vues , et elles rappelèrent an comte d'Oxford
les premiers jours de leur intimité, avant que le pouvoir absolu
et l'habitude du succès eussent changé le caractère de Charles ,
naturellement impétueux , mais non dénué de générosité. Le duc
ordonna qn'on fit à ses soldats une distribution abondante de vivres
et de Tin. 11 demanda s'ils étaient passablement logés dans le
camp , comment allaient les blessés , et si la santé régnait en gép
néral dans l'armée. A tontes ces questions il ne reçut que des ré-
ponses peu satisfaisantes; et il dit à demi^voix à quelques-uns de
ses coQseillers : — Sans le serment que nous avons fait , nous re-
noncerions à notre projet jusqu'au printemps; à cette époque,
nos pauvres seldats auraient moins à souffrir pionr se mtettre en
campagne.
Du reste la conduite du duc n'offrît rien de remarquable, si oe
n'est qu'il demanda plusieurs fois Gampo-Bassa. Eolin on lui dît
qu'il était indisposé , et que, son médecin lui ayant ordonné le re-
pos, il s'était* couché, afin d'être prêt à remplir ses devoirs au
point du jour, la sàreté du cam^p dépendant en grande partie de
sa vigilance.
Le duc ne fit aucune observation sur cette excnse , qu'il regarda
comme indiquant dans l'Italien le désir secret d'éviter la présence
d'Oxford. Les seigneurs rassemblés dans k pavillon de Cbaries
n'en sortirent qu'une heure avant minuit.
Lorsque le comte d'Oxford fat rentré dans sa tente avec senfib,
il tomba^dans une profonde rêverie qui dura euTiren dix minutes.
Il en sortit enfin , et tressaillant : — Mon fils , dit-il à Arthur, don-
nez ordre à Thiébault et à ses gens d'amener nos chevaux devant
notre tente au point du jour et même un peu plus tôt. J'ai dessein
d'aller visiter les avant-postes au lever de l'aurore, et je ne serais
]>a8 £âché qne tous allassiez engager notre Toisin Golvin à noas
accompagner.
cayuuiss le tÉMÉiuimË. sos
-^Gûst Qne résololion bien âoiidnitie , ttio* (>èm.
•— Et cependant elle peut être prise trop tard ; s'il nirait fllit ckir
-de lune 9 j'aurais hAi cette ronde sur-te-cham]^.
— Il bit noir comme dans im four ; mais poar<pioi attez-voils
4)ette nnit des craintes particulières ?
—Vous trouverez peut-être votre père superstitieux, Arthur;
maîa ma nourrvee , Marthe Nixon , née dans ie nord de F Angle-
terre y était pleine de superstition. Je me souviens de Vavoir en-
tendue dire, entre autres choses, qu'an changement survenu tout
à coup et sans cause dans le caractère d'un homme, eomme celui
de l'ivrognerie en sobriété, de l'avarice en prodigiatité, de la cu-
pidité en désintéressement^ annonçait infailliblement un change-
ment immédiat en mieux ou en pire, mais plus probablement en
pire, puisque nous vivons dans un monde pervers , dana la fortune
ou la situation de celui en qui on le remarquait. G^tte idée de
la bonne femme s'est représentée si vivement à mon esprit, que
j'ai résolu de vérifier de mes propres yeux , avant le jour, si nos
gardes et nos patrouilles autour du camp font leur devdr.
Arthur alla avertir Colvin et Thiébault, et rentra dans la tente
de son père pour prendre quelque repos.
Ce fut le 1®** janvier 1477 , avant l'aurore, jour à jamais mémo-
rable par les évènemens dont il fnt témoin , que le comte d'Ox-
ford, Colvin et Arthur, suivis seulement par Thiébault et deux
antres soldats, commencèrent leur ronde autour du camp du duc
de Bourgogne. La matinée était extrêmement froide. La terre
était couverte d'une neige en partie fondue par un dégel qui avait
eu lieu pendant deux jours, et tout à coup thangée en glace pen-
dant la nuit par une forte gelée. Tout était sombre autour
d'eux.
Pendant la plus grande partie de leur ronde , ils trouvèrent
partout les sentinelles et les gardes à leur poste et sur le qui- vive.
Mais quelles furent la surprise et les alarmes du comte d'Oxford
et de ses compagnons quand ils arrivèrent à la partie du camp
occupée la veille par Gampo-Basso et ses italiens, qui, en Comp-
tant ses hommes d'armes et ses Stradiotes , formaient environ deux
miUe hommes! Nulle sentinelle ne leur demanda le mot d'ordre ;
ils n'entendirent pas un cheval au piquet ; nulle garde ne veillait
aor le camp. Ils entrèrent dans plusieurs .tentes, elles étaient
vides.
504 CHARLES LE TÉKIÉRAIRE.
— RetoamoDS au camp pour y donner l'alannei dit le comte
d'Oxford; il y a ici de la trahison.
— Un instant y Milord, dit Golvin, n'y portons pas une non-
Telle incomplète. J'ai à denx cents pas en avant une batterie qui
défend Rapproche de ce chemin creux ; voyons si mes canonniers
allemands sont à lear poste , et je crois pouvoir répondre que nous
les y trouverons. Celte batterie commande un défilé > seul chemin
par lequel on puisse approcher du camp , et si mes gens sont à leur
poste, je garantis que nous défendrons le passage jusqu'à ce que
TOUS nous ameniez des renforts du corps d'armée.
— En avant donc» au nom du ciell dit le comte d*Oxford.
Us coururent au galop, au risque de tomber à chaque pas sur an
terrain inégal, couvert de neige en certains endroits, et rendu
glissant par la glace en quelques autres. Ils arrivèrent à la batte-
rie , qui avait été placée très judicieusement de manière à pou-
voir balayer le défilé , qui allait en montant jusqu'à l'endroit où
étaient les canons^ et qui ensuite descendait en avançant vers le
camp. La faible clarté d'une lune d'hiver sur son déclin, se mêlant
aux premiers rayons de l'aurore, leur fit voir que toutes les pièces
d*artillerie étaient à leur place , mais ils n'aperçurent aucune sen-
tinelle.
— Il est impossible que ces misérables aient déserté 1 s*écria
Col vin avec surprise. Ahl je vois de la lumière dans une tente!
Oh 1 cette malheureuse distribution de vin I Les drôles se sont
livrés à leur péché favori. Mais j'aurai bientôt mis fin à leur dé-
bauche.
Il mit pied à terre, et courut sous. la tente où l'on voyait de la
lumière. Ses canonniers, ou du moins la plupart d'entre eux, y
étaient encore, mais étendus par terre, entre les coupes et les
pots , et si complètement ivres que Colvin , à force de menaces et
de prières, put à peine en éveiller deux ou trois, qui, obéissant
par instinct plutôt que par un sentiment de devoir , s'avancèrent
en chancelant vers la batterie. Eu ce moment un bruit sourd , sem-
blable au bruit produit par une troupe nombreuse marchant à
grands pas, se fit entendre à l'extrémité du défilé.
— C'est comme le mugissement d'une avalanche qu'on entend
dans le lointain , Arthur.
— C'est une ava^lanche de Suisses , et non pas de neige , s'écria
Colvin. Oh! ces misérables ivrognes ! Mais ces canons sont bien
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 505
chaînés, bien pointés, nne salve doit les arrêter, qnand oe se-
raient des diables incarnés, et le brait de la détonation donnera
l'alarme an camp plus yite que nous ne pourrions le faire nous*
mêmes. Mais ces maudits ivrognes I
— Ne comptez pas sur leur aide , dit le comte ; mon fils et moi
nous prendrons chacun une mècbe, et pour une fois nous nous
ferons canonniers.
Us mirent pied à terre ; le comte d'Oxford et son fils prirent une
mèche qu'ils allumèrent, et parmi ces canonniers ivres il s'en
trouvait trois qui pouvaient encore à peu près se tenir sur leurs
jambes et servir leur pièce.
— Bravo I s'écria le brave Colvin ; jamais batterie n'a été à
noblement garnie. Maintenant, camarades, pardon, Milord, mais
ce n'est pas le moment de faire des cérémonies, et vous , chi^s
d'ivrognes , songez bien à ne faire feu que lorsque j'en donnerai
l'ordre. Quand les côies de ces Suisses auraient été faites avec les
rochers de leurs Alpes, ils apprendront comment le vieux Colvin
charge ses canons.
Ils restèrent silencieux et immobiles , chacun près de sa pièce.
Le bruit redouté s'approchait de plus en plus; enfin, au peu de
clarté qu'il faisait encore, ils virent s'avancer une colonne serrée
de soldats portant des piques, des haches et d'autres armes , et
sur laquelle flottaient quelques bannières. Colvin les laissa s'ap-
procher jusqu'à la distance d'environ quatre-vingts pas; et s'écria
alors : Feul Mais il ne partit qu'un seul coup , celui de sa propre
pièce ; une légère flamme sortit seulement de la lumière des autres,
qui avaient été enclouées par les déserteurs italiens, et par con-
séquent mises hors de service , quoique rien ne l'annonçât à l'ex-
térieur. Si tous les canons avaient été en aussi bon état que celui
de Colvin, ils auraient probablement vérifié sa prophétie, car le
seul coup qu'il tira produisit un effet terrible, et fit une longue
trouée dans la colonne de Suisses , où l'on vit tomber un grand
nombre de morts et de blessés , et notamment le soldat portant la
bannière , qui marchait en avant.
— Tenez boni s'écria Colvin, et aidez -moi s'il est possible à
recharger ma pièce.
On ne leur en laissa pas le temps. Un guerrier d'une taille im-
posante, qui était au premier rang de la colonne presque rompue,
ramassa la bannière , tombée avec celui qui la portait , et s'écria
606 OHàilUB LE TÉl^IlAlilB.
d'une ^oiz aenddaUe à œil» d'un géant : -^Qmi I ôMtffem , aiMi-
▼oua Ta GranMii€t Mnrten, et vous kifserex-TMift eJFfirayer fèt
uVk Mal coop de canon ? Berne , Un » Sohwîtz , Toa banmères ei
avant! Underwald, yoici votre atendardl Poaaaez des cris de
gœrre; sonnez de vos cornets J Undeiwald, siû^ez' vetr^ Lan-
danimanl
Les Suisses se précipitèrent comme les vagaes d'âne nier €» fa-
renr, avec an bruit aosai eOrajant et une course aussi rapide^ Un
coup de haohe terrassa Golvin qui s'ocenpaù à recharger seii ca-
non» Oxford et son fils fiirent renversés par le torrent de soldats
dont les rangs étaient trop serrés et la marche trop précipitée
pour qu'ils passent porter auena coup. Arthur eut le bonheur de
pouvoir se glisser sous l'affût du canon près duquel il était ^ omîs
son père fut moins heureux ; il fut foulé aux pieds , et il aurail été
écrasé s'il n'avait été couvert d'une exceUente armure* Ce déhige
d'hommes , au nombre de plus de quatre miUe , se précipita alors,
en continnant à pensser des cria terribles , sur le oamp' beairgai*
gnon y d'où l'on entendit bientôt partir des gémis&emen» et des cris
d'alarme.
Une lumière vive et roogeâtre se montrant à la suite de la
marche des Suisses dans le camp , et faisant honte à la pâle lueur
d'un matin d'hiver , rappela Arthur an sentiment de sa siiualiOB.
Le camp était en feu derrière lui , et les cris de victoire dWe
part^ et de terreur de Fautre> qui se font entendre dans une vitte
prise d'assaut, y retentissaient de toutes parts. S'étant retevé à
la hâte y il chercha des yeux son père , et il le vit étendu près de
lui y ainsi que les canonniers à qui leur ivresse n^avait pas permis
de prendre la fuite. U leva la visière du casque du coaate, et ki
transporté de joie en le voyant reprendre rapidement l'usage de
ses sens ?
— Les chevaux! les chevaux! s'écria Arthur. Thiébaidly où
êtes-vous. ?
— Me voici I réfomàk le fidèle Provençal^ qvi s'était pra-
demment réfugié avec les chevaux dont il avait la garde, au mittea
d'an gros boisson que les Suisses, dans leur marche, avaient évité
pour ne pas rompre leurs rangs.
— Où est le brave CMvin?. demanda le comte, qui venait de
ae relever; donnez^lui un cheval; je ne le laisserai pas dans cet
embaras.
GHA11LB& LE TÉSt&RMRE. 507
— Ses gnerres sont terminëesi Milord, répondit HufiNnilt;
fffa» ne le Terrez pla» à cheiral;
Un regard et an soupir, quand il vit Colvin étenda par terrede-
YMXA la bouche de son canon , la tête fendne d'un coup de hache,
-et tirant encore en mam un refouloir, furent tout ce que le mo-
ment permettait.
— Où alk>ns-iKNis maintenant? demanda Arthur à son pare.
— Rejoindre le duc, répondit Oxford. Ce n'est pas en une telle
journée qne je le quitterai.
^ J'ai vu le duc , dit Thiébault, aceompagnë d'une dizaine de ses
gardes , traverser cette rivière et courir au grand galop pour ga-
gner la plaine du côté du nord. Je crois pouvoir vous conduire sur
fies traces.
— En ce cas , dit Oxford , montons à cheval et snivons-le. Je
Tois que le camp a été attaqué de plusieurs côtés à la fois , et tout
doit être perdu puisque Charles a pris la fuite.
Arthur et. Thiébaait aidèrent le comte à monter à cheval, car
il était froisse de sa chute, et ils coururent, aussi vite que le per-
mirent les forces qu'il recouvrait peu à peu, du côté indiqué parle
Provençal. Les soldats qui les avaient accompagnés avaient été
tués, ou avaient pris la fuite.
Plus d'une fois ils tournèrent la tète du oôté du camp , qui offrait
alors une vaste scène de conflagration dont la lumière vive et rou-
gcatre les aidait à reconnaître sur le terrain les traces du passage
de Charles et de sa petitesuite.
A environ trois milles du camp, d'où ils entendaient encore
partir des cris qui se mêlaient au carillon de victoire de toutes les
cloches de Nanoi , ils arrivèrent près d'une mare d'eap à demi gelée
sur les bords de laquelle ils trouvèrent plusieurs corps morts. Le
premier qu'ils reoennurent était celui du duc de Baurgogue , de ee
Charles possédant uagaère un pouvoir si absolu et tant de ri-
ehesses. Son corps , dépouillé en partie ainsi que ceux qui étaient
étendus près de lui , était couvert de blessures faites par différentes
armes. Son épée était encore dans sa main^ et l'air de férocité sin-
gulière qui animait ses traits pendant le combat contractait encore
ks traits de sou visage. Près de lui, et comme s'ils avaient suc-
combé tous deux en se cmnbattant , était le c^s inanimé du comte
Albert de Geiersiein, et à quelques pas de distance celui d'Ilal
Schreekenwaild , «o» fidèle qnoîfne peu scruprieux servitev* T«fs
508 CHARLES LE TEMERAIRE,
deux portaient l'aniforme des hommes de la garde da corps da dnc^
déguisement qu'ils avaient sans doute pris pour mettre à exécution
la fatale sentence du Tribunal secret. On supposa que Charles
ayaitété attaqué par un détachement de soldats du traître Campo-
Basso ; car on en trouva six ou sept , et un pareil nombre de gardes
du duC| tués dans le même endroit.
Le comte d'Oxford descendit de cheval et examinâtes restes de
son ancien frère d'armes avec tout le chagrin que lui inspirait le
souvenir d'une vieille amitié. Mais tandis qu'il se livrait aux ré-
flexions que foisait naître naturellement un exemple si mémorable
de la chute soudaine de la grandeur humaine , Thiébanlt , qui
avait l'œil aux aguets, s'écria vivement : A cheval, Milord, à
cheval! ce n'est pas le moment de pleurer les morts; à peine
aurons-nous le temps de sauver les vivans. Voilà les Suisses qui
arrivent !
,;;, — Prends la fuite» brave homme , dit le comte, et toi aussi,
Arthur ; réserve ta jeunesse pour des temps plus heureux. Moi, je
ne puis, ni ne veux aller plus loin. Je me rendrai aux ennemis.
Slils m'aceordent quartier, tant mieux! s'ils me refusent,
j'obtiendrai peut-être la merci d'un être qui est au-dessus d'eux
et de moi.
— Je ne fuirai pas , répondit Arthur, je ne vous laisserai pas
sans défense ; je veux partager votre destin.
— Je resterai aussi, ajouta Thiébanlt. Les Suisses font la guerre
loyalement quand ils n'ont pas le sang échauffé par trop de résis-
tance , et je crois qu'ils n'en ont guère rencontré aujourd'hui.
Le détachement suisse qui arriva presque au même instant était
composé detjeunes gens d'Underwald, à. la tête desquels se trou-
vaient Sigismond Biederman et son frère Ernest. Sigismond leor
accorda quartier sur-le-champ avec la plus grande joie , et rendit
ainsi pour la troisième fois un important service à Arthur, en re-
connaissance de l'amitié que celui - ci lui avait toujours té-
moignée.
— Je vous conduirai près de mon père , dit Sigismond; il sera
très, charmé de vous voir ; seulement il est dans le chagrin en ce
moment > à cause de la mort de mon frère Rudiger, qui a été toé
pendant qu'il portait la bannière d'Underwald, par ce seul coup
de canon qui a été tiré de tonte cette matinée. Les autres n'ont pas
pu aboyer, car Gampo-Basso avait muselé les mâtins de Gohio;
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 509
sans qaoi an bien plas^prând nombre de nous auraient eu le sort
du pauvre Rudiger. Mais Colvin a été tué.
— Vous étiez donc d'intelligence avec Gampo-Basso ? demanda
Arthur.
— Non pas nous , nous méprisons trop de pareils coquins ; mais
il y avait en quelque correspondance entre l'italien et le duc René ;
de sorte qu'après avoir encloué les canons , et avoir donné aux ca*
nonniers allemands de quoi s^enivrer proprement, il est arrivé
dans notre camp à la tête de plus de quinze cents cavaliers , et
nous a offert de prendre parti pour nous. Mais non , non , dit mon
père, des traîtres ne combattent pas dans les rangs des Suisses ?
Ainsi nous avons profité de la porte qu'il avait laissée ouverte, mais
nous n'avons pas voulu de sa compagnie. Alors il est allé trouver
le duc René, et il a attaqué avec lui l'autre côté du camp, où il a
fait entrer sans difficulté les troupes lorraines en se mettant à leur
tête et en s'annonçant comme revenant de Caire une reconnais-
sance.
— Jamais on n'a donc vu un traître si accompli! dit Arthur ; un
homme qui sût jeter ses filets avec tant de dextérité !
— C'est la vérité , répondit le jeune Suisse. On dit que le duc
ne sera jamais en état de lever une autre armée.
— Jamais, jeune homme, dit le comte, car le voilà mort devant
vos yeux (d^),
Sigismond tressaillit, car le nom redouté de Charles-le-Témé-
raire lui avait inspiré un respect et même une sorte de crainte dont
il ne pouvait se défendre ; et il avait peine à se persuader que ce
corps ensanglanté qu'il avait sous les yeux fût naguère le prince
puissant qui faisait tout trembler devant lui. Mais sa surprise fut
mêlée de chagrin quand il reconnut le corps de son onde, le comte
Albert de Geierstein.
— O mon oncle I s'écria- t-il, mon pauvre oncle Albert! Toute
votre grandeur, toute votre sagesse, n'ont-elles donc abouti qu'à
TOUS faire mourir sur le bord d'une mare comme un misérable
mendiant I Allons, il faut annoncer cette mauvaise nouvelle à mon
père, qui sera bien fâché d'apprendre la mort de son frère; ce
sera une nouvelle amertume ajoutée à celle dont l'a déjà abreuvé
la mort du papvre Rudîger. Cependant c'est une consolation de
I
c. Vojes la Bott if à la Sa dt M Toliaw.
àtù CHABIiKS LE TÊMÉXUIHE.
penser que mon onde et mon père n'ont jamais p« tirer dk»
même côté.
Ce ne fut pas sans difficulté qa'on pnt remettre en selle le comte
d'Oxfordy et ils allaient partir quand le comte dît à Sigismond : —
«Tespère qae tous placerez une garde ici ponr Teiller snr ces corps,
afin qu'ils ne soient pas exposés à quelques nouvelles indignités, et
qa'on puisse les ensevelir avec la solennité convenable.
*— Par Notre-Dame d'EinsiedIen , répondit Sigismond, je vous
remercie de m'y avoir fait penser. Sans doute, nous devons faire
pour mon oncle Albert tout ce qn'il est possible à l'Eglise de faire.
J'espère qu'il n'a pas perdu son ame d'avance en jouant avec
Satan à pair on non. Je voudrais que nous eussions sons la main
nn prêtre qui pût rester près de son corps ; mais peu importe : on
n'a jimiais entendu dire qa'un démon soit apparu à l'heure du dé-
jeuner.
Ils se rendirent an quartier-général du Landamman d'Under-
wald, et, chemin faisant, ils eurent sous les yeux nn spectacle
qn'Ârthnr, etmême son père, quoique accoutumësdepuislong-temps
aux horrenrs de la guerre, ne purent voir sans frémir. Mais Sigis-
mond , qui marchait à côté d'Arthur, entama un sujet de conver-
sation si intéressant ponr le jeune Anglais, que le sentiment pénible
qn'il éprouvait se dissipa peu à peu.
— Avez-vous quelque autre affaire en Bourgogne, lui demanda-
t-îly à présent que votre duc n'existe plus ?
— C'est à mon père à en juger, mais je ne le crois pas. La du-
chesse de Bourgogne, qui doit maintenant avoir quelque autorité
snr les domaines de feu son mari , est soeur d^Edouard d'York , et
pttr conséquent ennemie mortelle de la maison de Lancastreetde
tous ceux qui lui sont restés fidèles. H ne serait ni sûr ni prudent à
nous de rester dans aucun lieu où elle ait de l'influence.
— En ce cas, mon plan va tout senl. Vous reviendrez à Geicr-
stein, et vous y demeurerez avec nous. Votre père *er» un frère
pour moti père , et un meilleivr frère que mon onde Albert qu'il
voyait si rarement' et à qui il ne parlait presque, jamats j an lien
qn^lx^oeerai avec votre père du mntkt an soir, et il nons laissera
tonte la besogne de la ferme. Et vans, Arthnr, vous serez pour
non9*toiis:«n frère^ en place è» pauvre Rédiger, qui était eer*
tainement mon frère véritable, ce que vous ne pouvez être, et
cependant je crois que je ne l'aimais pai Mrtaat q«e vem^ pnroe
CHARLVS LV! TÉIlÉIlA!Re. £1 1
qi^il m*i:vftit pas TOtre bon caractère. Et puis Amie, ma cousine
Anne, elle est maintenant à Geierstein, et tont-à-fait sons la tutelle
de mon père. Vous savez, roi Arthur, que nous avions coutume
de l'appeler la reine Genèvre.
•*** Quelle folie 1 dit Arthur.
•«^Mais c'est une grande Térité. Car, Toyez-vous , j'aimais à
parler à Anne de nos chasses et d'atrtres choses semblables, mais
elle ne m'écoutait pas, à moins que je n'eusse quelque chose à lui
dire du roi Arthur. Alors elle était aussi attentive qu'une poule
qui a Ms pousMns sous ses ailes et qui voit planer l'épervier . A pré-
sejit q«e Donnerhu^l est mort, vous pouvez épouser ma cousine
quand vous le voudrez tons les deux, car personne n'a intérêt à
l'empêcher.
Arthur rougit de plaisir sous son casque', et oublia presque
tous les désastres dont avait été témoin cette première matinée de
l'année.
— Vous ne songez pas, dit*ilà Sigismond avec autant d'indiffé-
renee qu^L en put montrer, que je puis être vu de mauvais œil
dans votre pays à cause de la mort de Rodolphe.
•^ Pas du tout, pas le moins du monde. Nous n'avons pas de
raneone pour ce qui se fait loyalement sous le bouclier. C'est la
même chose que si vous l'aviez battu à la lutte ou au palet ; seule-
sMnt, c^est une partie dont il ne peut pas prendre sa revanche.
Ils entrèreifl alors dans la ville de Nanci , dont toutes les mu-
railles étaient tendues de tapisseries, et dont les rues étaient rem-
plies d'une foule immense qui poussait de grands cris de joie; car
la nouvelle de la débite signalée du duc de Bourgogne délivrait
les haèitans de la crainte d^éprouver la vengeance redoutable de
ce prince.
L9 Landamman fit le meillenr accueil aux prisonniers, et les
aasiva de sa protection et de son amitié. Il parut supporter avec
nésignatim la perte de son fils Bïudiger.
•r^n vaut mieiix:, dit^U l'aroir vu périr noblement les armes à
la^vain qued^kryôirTivre pour mépriser Pandenne simplicité
d0e«B pays, et pour croire que le but de la guerre était de faire
dn botin. L'or du due de Bourgogne , ajouta-t-il, pourra être plus
fancat# «EU SÉisses; en corrompant leurs moeurs^ que son épée ne
l'ajamakélé.
512 CHARLES LE TÉMÉRAIRE. '
II apprit la mort de son frère sans surprise, mais avecane émo-
tion évidente.
— Telle est la fin, dit*il, d'ane longue suite d'entreprises ambi-
tieuses qui finirent toujours par tromper ses espérances.
Le Landamman apprit ensuite au comte que son frère lui ayait
mandé qu'il était engagé dans une affaire si dangereuse, qu'il était
presque sûr qu'elle lui coûterait la ¥ie ; qu'il lui avait légué le
soin de sa fille, et lui avait même donné des instructions particu-
lières à ce sujet.
Leur première entrevue se borna à ce peu de mots ; mais bientôt
après le Landamman demanda au comte d'Oxford oe qu'il se pro-
posait de faire, et en quoi il pourrait le servir.
— Mon projet, répondit le comte, est de choisir pour retraite la
Bretagne, ou ma femme réside depuis que la bataille de Tewlces«
bury nous a bannis d'Angleterre.
— N'en faites rien , dit le bon Arnold. Venez à Geierstein avec
la comtesse; et si elle peut, comme vous, s'habituer aux manières
et à la vie de nos montagnes , tous serez les bienvenus dans la
maison d'un frère, et sur un sol qui n'a jamais nourri ni trahisons
ni conspirations. Çongez que le duc de Bretagne est un prince
faible, entièrement gouverné par un ministre corrompu, Pierre
Landais. IL est capable, je parle du ministre, de vendre le sang des
hommes braves comme un boucher vend la chair de ses bœufs; et
vous savez qu'il y a des gens , tant en France qu'en Bourgogne ,
qui ont soif du vôtre.
Le comte d'Oxford lui fit ses remerciemens de cette offre, et lui
dit qu'il l'accepterait, s'il obtenait l'approbation d'Henri de Lan-
castre, comte deRichmond, qu'il regardait alors comme son sou-
verain.
Pour terminer cette histoire, nous dirons qu'environ trois mois
après la bataille de Nancî , le comte d'Oxford, exilé, reprit le nom
emprunté de Philipson , et revint en Suisse avec son épouse et
quelques débris de leur ancienne fortune, qui les mirent en état de
se procurer une habitation commode près de C^ierstein. Le crédit
du Landamman ne tarda même pas à leur obtenir les droits de
citoyens suisses. La haute naissance, ht modique fortune et l'amour^
mutuel d'Anne de Geierstein et d'Arthur de Vère, tendaient leur
mariage parfaitement assorti sous tous les rapports, et Annette
CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 513
avec — son amonreiix — allèrent résider avec le jenne couple» non
comme domestiques ^ mais pour s'occuper de tous les détails de la
ferme, et des travaux qui exigeaient de la sonreillancey car Arthur
préférait toujours la chasse au labourage, et il pouvait se livrer à
ce goût, car le revenu modique dont il jouissait était presque de
l'opulence dans ce pauvre pays.
Cependant le temps s'écoula» et il y avait cinq ans que la famille
anglaise résidait en Suisse» lorsqu'en 1482 Arnold Biederman
mourut de la mort des justes. 11 fut universellement regretté »
conune étant une par&ite image des chefs sages et vaillans» pleins
de franchise et de sagacité» qui avaient avant lui gouverné les
Suisses pendant la paix» et qui les avaient conduits an combat en
temps de guerre. Dans le cours de la même année» le comte d'Ox-
ford perdit son épouse.
Mais à cette époque, l'astre de la maison de Lancastre commença
à reprendre son ascendant» et fit sortir de leur retraite le comte
d'Oxford et son fils» qui jouèrent de nouveau un rôle actif dans les
affaires politiques. Le collier de Marguerite d'Anjou» toujours con-
servé avec soin» reçut alors sa destination» et le produit en fut
employé à lever des troupes qui livrèrent bientôt après la célèbre
bataille de Bosworth» dans laquelle les armes d'Oxford et de son fils
contribuèrent aux succès de Henri VIL Cet événement changea la
destinée d'Arthur de Vère et de son épouse. Ils firent présent à
Annette et à son mari de leur ferme en Suisse; et les grfices et la
beauté d'Anne de Geierstein furent admirées à la cour d'Angle-
terre» comme elles l'avaient été dans le chalet où elle avait jus-
qu'alors résidé.
Vm DE CHABUBS LE TillàiAnUS.
33
NOTE DE. L'ÉDITEUR.
8fr W^llar Scott ■ pnBIl^'eet <mn«g« tout Te titre aodbste Hb Aimt dé GeùnttSt, Eimportanoe
émtM^'^'j'jùom le'JhedMIlBM'geg'iie nevea ftiivpcéttni^ co»me pl«r eppnipiié «reiqet , ediit^r
CkK^kêlê Ttmémhu* »iii1i|W iwMitf— imtatgt mtrf h H— far Jan^tfc* <ewiAd>«>iBtnîiB demito
Aboueinent de son ronum, lorsqu'il fait nourir Ourlet le T4mènit^9m»Jk aeatanaa «btribioal
eeeret; il noiu seosble d'abord qpie laa romau de sif Walter Scott tont aTant tont des rmam,-aiiDS
la nM>rt da doc de Boorgogne ayant donné lien » dans le temps , à plusieurs traditions fàbuleasci,
MÊtÊW ■uiilv t ania oont onveoerpownit Ubu en eUtwMi te ivmiiGier cuis Inen Dlltv dv cnonw
NOTES
BB
CHARLES LE TÉMÉRAIRE
om
ANNE DE GEIÈRSTEIN ,
LA flLliB DU wtimhhàsa>.
Oss preuves d'une évidaice iucuBlestable démontrent c|it*m mojenràge TempiQÎ^
dTexécuteur public était considéré comme très iionorable dans toute l^ Gtsaunim^
et encooe aujourd'hui dans certaines fortioos decettecontré% oàPanciisn usage dkià-'
cuter avec le sabre s'est perpétué, le bourreau est loin de Tétat d'ab|eclion oùd'a rédaîft
noire sentiment à ce sujet. Cesentiment ejq^osa les magistrats d'une ville d'Ecosse^ qijie
je crois être Glascow même ». a une forte dose de ridicule^.locsqfi'ile avertirent, ik y
a peu d'années,^ à l'occasion de la mort du bourreau,. « que des hommea respaclahies**
devaient seuls, se présenter pour, remplir le poste vacant» A. présent mènie,^ ea Cbinnr^
enPerse, et probablemeut dans tout l'Orient, le prmcipal exécuteur est un des grandit
oificîers de,r£tat, et il est aussi fier de l'emblème de sa fatale fonctiont, qpAjisitfi
l'être de sa dé d'or le Inrd cbambellan en £ure]^.
lies c&constancfls du sing|iiiei! ipj^ment. eide re;i.écntiQBL du cfaevaiîer d'Sagaii»»
baob sont raconta txès. en détaU* ]{ar M. deJtaranta, d'ap£ès.lcs dncumess-pui^.
dans les manuscrits contemporains, et le lectenr sera bien aise de. trouveiiei nm
écban tiUon du st^le de cet écriirjûn (x), — «Dei toutes pavts,. on- était aocooriL pai^
mînren |uour assîâ^r auprocès de ce crol gonrecmaur, tantlabaineétait g^ande^eo^MBH.
Iqh de sa psisonilentendait netentir suc leyentle BaSrdes.ch»vau3i».ets!en|uéniitè|ieAi
gpolier de ceu3^ q^i arrivaifiiit., soit pour étisaaes. j[i]g|es ^soit pour être léaMMBS dei
son sQipUfle. Pad^ le gfàlier ré|^d«U.: « Q» sont des émagfu^, jjp o» les.
X. U^tiftA rigimli dmn» le toOe fr«ii^s«t qm tnidwtioii.«i,ang|«&i ikWdtw âsot». laCr
m NOTES
pu. » — « Ne M>nt-oe pu » diiait le prisonnier, des gens assez mil vêtus , de baote
taille, de forte appareoee, montés sur des chevaux aux courtes oreilles ? » et si le
geôlier répondait : « OuL»— «Ah! ce sont les Suisses, 8*écriait Hagenbach; mon Dieu,
ayez pitié de moi 1» Et il se rappelait toutes les insultes qu'il leur avait faites,
tontes ses insolences envers eux : il pensait , mais trop tard, que c'était leur alliance
avec la maison d'Autriche qui était la cause de sa perle.
« Le 4 mai 1 47 4f «près avoir été mis à la question, il fut, à la diligence d'Hermann
d*Eptingen, gouverneur pour Tarchiduc, amené devant ses juges, sur la place pu-
blique de Brisach ; sa contenance était ferme et d'un homme qui ne craint pas la
mort. Henry Iselin de Bàle porta la parole au nom d'Hermann d'Eptingen, agis-
sant pour le seigneur et le pays; il parla i peu prés en ces termes ;
« Pierre de Hagenbach , chevalier , maitre-d*hôtel de monseigneur le doc de
Bourgogne et son gouverneur dans les pays de Férette et Haute-Alsace j aurait dd
respecter les privUéges réservés par Tacte d'engagement ; mais il n'a pas moins foulé
aux pieds les lois de Dieu et des hommes que les droits jurés et garantis au pays.
Ha fait mettre à mort sans jugement quatre honnêtes bourgeois de Thann; il a
dépouillé la ville de Brisach de sa juridiction , et y a établi juges et conseiU de son
choix; il a rompu et dispersé les communautés de la bourgeoisie et des métiers; ils
levé des impôts par sa seule volonté ; il a, contre tontes les lois , logé chez leshabi*
tans des gens de guerre lombards, français, picards ou flamands, et a Êivorisé
leurs désordres et pillages. Il leur a même commandé d'égorger leurs hôtes durant
la nuit et avait fait préparer, pour y embarquer les femmes et les enfons, des bateaux
qui devaient être submergés dans le Rhin. Enfin , 4ors même qu'il rejetterait de
telles cruautés sur les ordres qu'il a reçus, comment pourrait-il s'excuser d'avoir
ilit violence et outrage à l'honneur de tant de filles ou femmes, et même de saintes
religieuses? »
« D'autres accusations furent portées dans les interrogatoires , et des tétaoùta at-
testèrent les violences faites aux gens de Mulhausen et aux marchands de BAIe.
« Pour suivre toutes les formes de la justice on avait donné un avocat à l'accusé.
«Messtre Pierre de Hagenbach, dit-il , ne reconnaît d'autre juge, ni d'autre sei-
gneur que monseigneur le duc de Bourgogne, dont il avait commission et rece-
vait les commandemens ; il n'avait nul droit de contrôler les ordres qu'il étaiit chargé
d'exécuter, et son devoir était d'obéir. Ne sait-on pas quelle soumission les gens
de guerre doivent à leur seigneur et maître? Croit-on que le laudvogt de monsei-
gneur le duc eût à lui remontrer ou à lui résister? et monseigneur n'a-t-il pas en-
aoite par sa présence confirmé et ratifié tout ce qui avait été fait en son nom? Si
des impôts ont été demandés, c'est qu'il avait besoin d'argent. Pour les recueillir il a
bien iallu (lunîr ceux qui se refusaient à payer; c'est ce que monseigneur le duc et
iibême l'Empereur, lorsqu'ils imnt venns,4>nt reconnu nécessaire. Le logement des gens
de guerre était<aussi la suite des ordres du duc : quant à la juridiction de Brisach ,
le landvogt pouvait-il sou£frir cette résbtance? enfin, dans une affaire si grave où
il y va de la vie , convient-il de produire le dernier grief dont parle l'accusateur ^
Parmi ceux qui m'écontent y en a-t-il un seul qui puisse se vanter de n'avoir pas
saisi les occasions de se diVbrtir ? N'est-il pas dair que messire de Hagenbach a seu-
leinent profité de la bonne volonté de quelques femmes ou filles; ou, pour |nettre les
DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 5 If
choses au pis, qu'il n'a exercé d'autre contrainte envers elles qu'au moyen de son
argent?»
« Les juges siégèrent long-temps sur leur tribuDal, douze heures entières passèrent
sans que l'affaire fût terminée. Le sire de Hagenbach, toujours ferme et calme, n'al-
légua d'autres défenses , d'autres excuses que celles qu'il avait déjà données sous la
torture : les ordres et la volonté de son seigneur^qui était son seul juge et le seul qui
pût lui demander compte.
« Enfin à sept heures du soir^ à la clarté des flambeaux, les juges» après avoir déclaré
qu'à eux appartenait le' droit de prononcer sur les crimes imputés au laudvogt , le
firent rappeler, et rendirent leur sentence qui le condamna à mort. Il ne s'émut pas
davantage, et demanda pour toute grâce d'avoir seulement la télé tranchée. Huit
bourreaux de diverses villes se présentèrent pour exécuter Tarrét. Celui de Golmar,
qui passait pour le plus adroit, fut préféré.
« Avant de le conduire à l'échafaud ^ les seize chevaliers qui faisaient partie des
juges requirent que messire de Hagenbach fût dégradé de sa dignité de chevalier et
de tous ses honneurs. Pour lors s'avança Gaspard Hurter, héraut de l^mpereur, et
il dit : « Pierre de Hagenbach, il me déplaît grandement que vous ayez si mal em-
ployé votre vie mortelle , de sorte qu'il convient que vous perdiez non-seulement la
dignité et ordre de chevalerie , mais aussi la vie. Yotre devoir était de rendre la
justice, de protéger la veuve et l'orphelin, de respecter les femmes et les filles,
d'honorer les sainU prêtres, de vous opposer à toute ii^juste violence; et au contraire
vous avez commis tout ce que vous deviez empêcher. Ayant ainsi forfait au noble
ordre de la chevalerie et aux sermensque vous aviez jurés, les chevaliers ici présens
m'ont enjoint de vous ôter les insignes. Ne les voyant pas sur vous en ce moment,
je vous proclame indigne chevalier de Saint-^orge, au nom el en l'honneur duquel on .
vous avait autrefob honoré du baudrier de chevalier.» Puis s'avançaHermannd'Eptin-
gen. « Puisqu'on vient de te dégrader de chevalerie, je te dépouille de ton collier,
chaîne d'or, anneau, poignard, éperon et gantelet.» Il les lui prit et lui en firappa
le visage, et ajouta : « Chevaliers, et vous qui desirez le devenir, j'espère que cette
punition publique vous servira d'exemple, et que vous vivrez dans la crainte de Dieu
noblement et vaillamment, selon la dignité de la chevalerie et l'honneur de votre
nom. «Enfin Thomas Schutz, prévôt d'Enisisheim et maréchal de cette commission
de juges , se leva , et s'adressant au bourreau , lui dit : « Faites selon la justice. »
«Tous les juges montèrent à cheval ainsi qu'Hermann d'Eptingen; au milieu d'eux
marchait Pierre de Hagenbach entre deux prêtres; c'était pendant la nuit, des
torch|^ éclairaient la marche ; une foule immense se pressait autour de ce triste
cortège. Le condamné s'entretenait avec son confesseur d'un air pieux et recueilli,
mais ferme, se recommandant aux prières de tous ceux qui l'entouraient. Arrivé dans
nne prairie devant la porte de la ville, il monta sur Téchafaud d'un pas assuré;
puis élevant la voix. « Je n'ai pas peur de la mort , dit-il , encore que je ne l'atten*
disse pas de cçtte sorte , mais bien les armes à la main ; ce que je plains , c'est
tout le sang que le mien fera couler. Monseigneur ne laissera point ce jour sans vcn»
geance pour moi. Je ne regrette ni ma vie, ni mon corps. J'étais homme; priez
poov moi. » Il s'entretint encore un instant avec le confesseur , présenta la tète et
xeçut le copp. p (M, Dk Baravtx, tome X, page x 89.)
<46 NOTES
{è) Page 4o5. — LU TaouBADOiras.
li dotneur éa dMeete pMvm^, qui «e npprddie bnucDop àa latin qa'dii
«tiit perlé 4iirMt taat et sièdles, Aans «eqif on appelaft, -pWT la distinguer, te pro-
•lèiee ronaine de la Gaule , la riohaMe ^H fertiKté'4*inte région itbondante enttmt
ce qui peut charmer les sens et flatter rimagination , diqioninft nalkiréllement'sas
iMbitana à eoltivér la poétie , & eatinier et à encourager ceax qui te montraient les
errais enfana d*Apollon. Àuisi le titre detroubadour, c*ést-à dire trouperes on inpentettn,
équivalant au màker do Nord, était une gloire dans'toutes lesdasses, depuis h (Ans
ibave jusqu'à la plus liaute; un suwès poétique lionerait les lionmes Bn-rang leplas
obmret jetait un nouvel éoftM aar celui qui était né an sommet de TéâiAe sodaie;
l'esprit chevaleresque du temps leur faisait une loi de choisir pour sujets de leurs
ters la guerre et Tamour , oe dernier pins souvent encore. Tels étaient ausd les
•thèmes de nos ménestrels «eplentrionaax, mais tandis que ceux-ci se bornaient, éi
fénérsl , à ces contes rimes si connus, où des scènes de combat uenaèlent à des
aventures de féerie; des labiés degéans et de monstres Tafneuspirun vniHantdam-
tf ion, étaient ce qui pouvait »)e mîeuK convenir ntt oreilles des guerriers tant sdt
■peu stupides et encor plus barbares, du nord de h France , ite la IrMugne et deïi
Germanie, -^»le troubadour pins attrayant mettait enjeu tles passiotÉs phistddueei:
il chantait l^imour, l'affeelion, les soins coastans idout un dtevaHur ftdSe iktatit
entourer l'objet de son eboix, et auni mstiffie,'les égards qui devaient Trécomprtisér
'Ses soins assidus. '
On ne peut niar sans doute qne les sujeb aboisis parles trotabadoun «esoieÉt
«aux qui se prêtent le mieuk a la 'poésie et qui lui offi«iit le plus de chunefes de
•suwès. Mais il arrive presque toujours, lorsqu'on des beaux-arfes -^t cultivé «xda-
sivumeot , que le guet de ceux qui s^ livrant, ausai bien que de Mux. ^ ad^nêrâlt
•as productions, s'altère et perd de vue la naturetet lasimpKcité; l'artisles^efAnnçttt
de découvrir, pour «adtar davuntsge TadmirUtion, quélquesystèmu'illift oompliqfli,
^ans lequel la pédanterie étouffe les inspirations des senttmensvnii et où les sid^
tilités de la métepbysiqoe remplacent la darté^et le bon sens. C7est ainsi qifavec
l^pprobation unanime de'Ieurs auditeun, les troubadours se créèrent nu genre de
poésie fondé sur des setttimens aussi peu d'accord avec les loisde%i'ntflure que lus
«Mîtes des magieiimB, des ménestrels, «t qui avaient de plus l^eonvénient «acial
Mtre basés sur'un eileul très oonirairenitt nœars et à la monde. Chaque trodlv-
tmxt ou bon die^riier qui prenait pour règle deaa conduite les maximes «dafarèBs
dans ses vers était obligé de choisir pour dame de ses pensées , la plus beUe^ elfla pkis
ttOble , parmi lodios celles près desquelles il iivait accès , de lui votaer là la fois^Éi
lyre et son épée; uMrriée ou libre, elle devenait l'objet auquel sa-vîe , ses >pail»l«i*itt
Btt actions étaient également consacrées. D'un autre côté, la dffineaiBsi'lMMUfÉK
ttondt, en acceptant le culte du troubadour, le considérer connne son aniaill, dt *Iai
aneorder dans les occasions convenables les marques d'une fiiveur apécMe. H a^
^nrai <|tte, d'après les meillanrcs autorités, ces relations étaient d*un genreTMiNiMtft
plilouiq^e; le kgral soupirant ne devait pasaoUiciter, ni sa dame luieaiili&per,'an<-
cune gMce qui passAt les bornes ^ela modestie la plusstrictu. Même «i«»-«iMftyf«-
DE CHARLES LE TEMERAIRE. £19
trictîoB 9 tin tel «jf 1181116 était peo pcopreàuntcetâBÉr Ia|NBx>doiBeat^|ue d«£unUki^
puisqu'il peimetlait ou plm6t <Mij»ignaii des rapporte fréquans et iaoûlien'eairB la
.jqoble dame et son poétique admirateac. F^lus d*noeiois les paasîonsluinninesp pla-
cé^ dans une situation ai périlleuse, ae «trouvèrent Arcypiovtes jéur ne jms briser ks
limites imposées par un système 4ws8i .fantaatique que dangereux. liOs masia outvegés
.ae vengèrent en plusieurs circonstances de leurs moitiés infidèles avec sévérilé et
même avec une odieuse cniaulé ;et Tamant ne fut.pn>tôgé ni par sentaient musioal
ni par son titre de chevalier. Mais ce qui démontre le véritable .esprit du ayslàne»
c'est que dans les poèmes des autres troubadour», où de semblables aventures aont
raço^ntéea, toute leur pitié se j>orte sur l'amant malheureux , tandis .que, .sans 4a
moindre indulgence pour des actes trop motivés, le onariofEenséest voué à lleftéom
tion j)ublique.
(c) Page 407. — coua d'amour.
A J'^oque où les troubadoura floriasaient en Provence, Vamour y était regardé
4Bomme uneportion des .affaires de la vie si ..grave et .ai imporiante^ qtt?un paslenent
lOU cour d'amour fut instituépour jqger loutdébatde œ genre. Ce singalier tribiinal
était , ainsi qu'on peut le croire , plus occupé 4e j>rooès imaginaires que«de cauaes
jiéelles ; mais on ne peult s.'empécher d'être auipris en voyant avec quelle froide «t
fédantesque habileté les troubadours qui y siégeaient s'oceupaientà plaider et à àér
aûderyen&'appuyant sur des raisonnemens non moins étraiiges et ingénieur que dé-
iplafiéa,.les absurdes questions que leur biaarxe imagination avait préparées d'evanat.
JÛn cite, par exemple, le cas très célèlive d'une damequj, se trouvant avec trois pev-
.soanes, qui étaient aes admirateuoa, écouta l'jun avec le sourire le phis flatteinr»
pressa la main du second , et effleura de son pied celui du troisième. On discn^a
long^temps et vivement dana la cour d*amour, lequel de ces trois rivaux avait fe^ula
iplusgisande iaveur; beaucoqp.d'e«prit fut dépensé dans cette eauae et d'autres aam^
itiables; il en existe «un&eoUâetionirevBtue de touteg las forme» judieiaiBes , sous :1e
Mtre J' arrêts d'amaui:,
.(d) 'Pqge'Sog, — CHARx.Es-i.K'TKMBaAiaE.
. iLe morceau si semarquable que -noua insérons ici est oehii dans lequelPhilippe àe
4[î<—inei racoste le desnier «et» de.la vie de Cbarles^le-Téméraife, prince dent il ob-
piHait Aapiii8iaag*tempB.iBs di«trses. fortunes, avec Je sombre paessantioMBl qu'on
caractère si ennemi du repos et qui ne connaissait aucuafietn- devait lot joujard le
conduire à une fin tragique.
« A l'arrivée du comte de Gampo-9ache {'•y vers le duc de Loràine , les Alemans lui
firent dire qu'il se retirast et qu'ils oe vouloient nul traître avec eux ; et ainsi se re-
jira à Coodé un cbasteau .et passage près de là,, qu'il ren^para de cbarettes et -d'au-
^tres choses le mieux qu'il put, espérant que fuyant le duc de Boui|;ogne et ses^gens,
il en Jomberoit .-en sa, part eomme il fit assez; ce n'estoit pas le principal traite
ipi'eust ledit, comte de Campo-Bache que celuy du duc de Loraine, maisjpeu devant
«oii^.parj|ement ,jparla à d!autres , et avec ceux?là conclud , ,pour ce qu'il ne v^roît
ipoint qa'il pât .mettre .sa main sur le ducdeBmirgqgne, qu!il se toumeioitde
520 NOTES
Tantre part , «joand viendrait llieiire de la bataille : car plutost ne Tonloit partir
ledit comte afin de donner plus grand épouvantement à tout Tost dudit duc; mais
il assenroit bien que si le duc de Bourgogne fuyoit, qu'il n*en échapperoit jamais vif
et qn^il laisseroit douze, treize ou quatorze personnes qui lui seroient seures, les uns
pour commencer la fuite , dès qu*ik ▼enrôlent marcher les Alemans, et les autres qui
auroient Toeil sur ledit duc s'il foyoil pour le tuer en fuyant : et en cela n^y aurait
point de fiiute et ay connu deux ou trais de ceux qui demeurèrent pour tuer ledit
dttc. Après que ces grandes trahisons furent conclues, il se retira devant l'ost et puis
•e retourna contre son maistra, quand il vit arriver lesdits Alemans comme j*ay dît:
et puis quand il vid que lesdits Alemans ne le vouloient en leur compagnie, alla
comme , dit -est, en ce lieu de G>ndé.
«Lesdits Alemans marchèrent, et avec eux estoit grand nombrade gens-de-cheval
de deçà, qu'on y laissa aller; beaucoup d'autres se mirent aux embûches près du lieu,
pour voir si le duc serait déconfit, pour happer quelques prisonniers et autra butio,
et ainsi pouvez voir en quel état s'estoit mis ce pauvra duc de Bourgogne par faute
decraira conseil. Après que les deux armées furent assemblées, la sienne qui ja
avoit été déconfite par deux fois et qui estoit de peu de gens, et mal en point, fut
incontinent tourné en déconfituro,et tous morts ou en fuile; largement se sauvèrent,
le demeurant y^fut mort ou pris; et enlr'autres y mourut sur-le-champ ledit duc de
Bourgogne. Et ne veux point parler de la manière, pourtant que je n'y estois point:
mais m'a esté conté de la mort dudit duc par ceux qui le virant porter par terre et
ne le purant secourir, parce qu'ils estoient prisonniers : mais à leur vue ne fut point
tué , mais par une grande flotte de gens, qui y survindrent, qui le tuèrent et le dé-
pouillèrent en la grande troupe sans le connoisira : et fut ladite bataille le cinquième
Jour de janvier en l'an 1476, veille des Rois.»
« Un monsieur Claude de Bausmont , capitaine du chAteau de Dier-en-Loraine ,
tua le duc de Bourgogne. Yoyant son armée en déraute, il monta un cheval très
agile , et s'efforçant de traverser une petite rivière à la nage pour se sauver, son die-
▼al tomba et le renversa sous lui : le duc cria meray à ce gentilhomme qui esloit à sa
poursuite, mais loi étant sourd et ne l'entendant pas, le tua et le dépouilla sur-Ie-
cfaamp , sans savoir qui il étoit , et le laissa nu dans un fossé où son corps fut trouvé
le lendemain après la bataille, lequel le duc de Loraine (à son éternel honneur),
fit enterrer avec une grande pompe dans l'église de Saint-George à Nancy, lui-même
et toute sa noblesse assistant en grand deuil aux funérailles. L'épitaphe aaivanle fiit
quelque temps après gravée sur sa tombe :
Ctttvbu koe b»sto, Bargvmdm ghrimgentU ,
Conditmr, Europa qufmt ant* timor,
«J'ai depuis veu un signet à Milan que maintes fois j'avois veu pendu à son pour-
point qui estoit un anneau : et y avoit un fuzil entaillé en un camayeu , où estoient
ses armes : lequel fut vendu pour deux ducats au dit lieu de Milan : cduy qui lay
esta , luy fut mauvais valet de chambre : je l'ay veu maintes fois habiller et desba-
biller en grande révérence , et par grands personnages , et à cette dernière heure hn
estoient passés ses honneurs : et périt luy et sa maison comme j'ay dit au lieu où il
avoit consenti par avarice de bailler le connestable, et peu de temps après* Dieu iuy
DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE. 521
Teuilld pardonner ses péchés : je l'ay veu grand et honorable prince, el autant es-
timé et requis de ses voisins, un temps a esté, que nul prince qui fust en chres-
tienté , ou par aventure plus. Je n'ay veu nulle occasion pourqnoj plus tôt il deust
avoir encouru Tire de Dieu , que de ce que toutes les grâces et honneurs , qu*il
avoit reeeus en ce monde, il les estlmoit tous estre procédés de son sens et de sa vertu,
sans les attribuer à Dieu , comme il devoit. Et à la vérité , il avoit de bonnes et ver-
tueuses parties en luy. Nul prince ne le passa jamais de désirer nourrir grandes gens
«tles tenir bien réglés. Ses bienfaits n'estoient point fort grands : pour ce qu'il vou-
loit que chacun s*en ressentit : jamais nul plus libéralement ne donna audience à ses
serviteurs et sujets. Pour le temps que je Tay connu, il n'estoit point cruel : mais le
devint peu avant sa mort ( qui estoit mauvais signe de longue durée ) , et estoit fort
pompeux en habillemens, et toutes autres choses, et un peu trop. Il portoit fort grand
honneur aux ambassadeurs et gens estrangers. Ils estoient fort bien festoyés et re-
cueillis chez luy : il désiroit grande gloire , qui estoit ce qui plus le mettoit en ses
guerres que nulle autre : il eût bien voulu ressembler à ces anciens princes dont il
a été tant ^tarlé après leur mort , et eatoit autant hardy comme homme qui ait ré-
g;né de son temps.
« Or, sont finies toutes ces pensées : et le tout tourné à son préjudice et honte ;
car ceux qui gagnent ont tousjours Thonneur. Je ne saurais dire vers qui nostre
Seigneur s'est montré plus couroucé, ou vers luy qui mourut soudainement et en
ce champ sans guères languir, ou vers ses sujets , cui oncques puis n'eurent bien ni
repos , mais continuellement guerre : contre laquelle ils n'estoient suffisans de ré-
sister, aux troubles qu'ils avoient les uns contre les autres , et en guerre cruelle et
mortelle. Et ce qui leur a été plus fort à porter, a esté que ceux qui les défendoient
estoient gens estrangers qui naguères avoient esté leurs ennemis : c'étoient les Ale-
mans. Et en effet , depuis ladite mort, n'eurent jamais homme qui bien leur voulust ,
de quelques gens qu'ils se soient aidés.
« Et a semblé, à voir leurs œuvres, qu'ils eussent les sens aussi troublés comme leur
prince, un peu avant sa mort : car tout bon conseil ils ont rejette et cherché toutes
voyes qui leur estoient nuisibles , et sont en chemin que ce trou ne leur faudra de
grande pièce, ou au moins la crainte d'y recheoir
« Je serois assez de Topinion de quelqu'autre que j'ay veu , c*est que Dieu donne
le prinoe selon qu*il veut punir ou châtier les sujets; et aux princes les sujets, ont
leurs courages disposés envers lui , selon qu'il les veut élever ou abaisser ; et ainsi
en advint à cette maison de Bourgogne : car, après leur longue félicité et grandes ri-
chesses , et trois grands princes , bons et sages , pmdens , cestuy-ci qui avoient duré
six vingt ans et plus , en bon sens et vertu , il leur donna ce duc Qiarles : qui con-
tinuellement les tint en grande guerre, travail et despense, et presqu'autant aux
jours d'hiver qu'en ceux d'esté , tant que beaucoup de gens , riches et aisés , furent
morts et détruits par prisons en ces guerres. Les grandes pertes commencèrent devant
Huz , jusqu'à l'heure de sa mort ; et tellement que toute la force de son pays fut con-
sommée, et morts on détruits, on pris, tous ses gens qui eussent sceu ou voulu def-
fendre Testât et Thonneur de sa maison. Et ainsi, comme j'ay dit, semble que cette
perte ait été égale au temps qu'ils ont esté en félicité ; car comme je dis l'avoir veu
^rand , riche et honoré , encor puis-je dire avoir veu tout cela en ses sujets ; car je
Sn NOTES IMB CHARLES LE TÉMiBAiaE.
cnide aveir ^ea et coantt la nmillèure part àH^joeape. Toutes fois , je vfkftammvalÊt'
te^neerie, dî pa}» , tMf poap tanr, nj de^bcBoceop plm grande eafèodueeneoNs,
qoi fUt tant abendaiit es richeaaes , en meuUes et en édifices, et aosst en tontes pra*>-
digalitési dtospenaes, festoyeneus et cheret comme je les ay- Tues, pour- 1» temps qae^
y y estoia; Or, à nostre Seigneur il.» plu de faire cboir et ruiner font à eonp cettv^
puissante maison. Et telles et semblables ceuTres a ftât nostre Seigneur; mêmes aErant
que nonr fnsaions nés , et fera encore après que nous serons morts; ear if finit tenir
pour sent que la grande piospérîkédiBs priisees, ou leurs grandes adversités, provient
à» s» dhine ordonnance. » ( Pkistm nn Ctanms » liir. t, cfiap. 7 et 9.)
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